13 juin 2015

Hébétés, ils marchaient vers le désastre. (423ème semaine politique)



Manuel Valls adore le foot. Surtout quand le club de sa ville natale, Barcelone, joue. Il ne pouvait manquer cette finale de Ligue des Champions qui opposait le Barça à la Juventus de Turin. Au point d'emprunter les moyens volants de la République surendettée pour filer un soir de weekend assister à la rencontrer. C'était une faute, politique, comme tant d'autres commises en son temps par l'ancien monarque, moins grave que d'autres, presque anecdotique mais une faute quand même. C'était une faute de communication que Valls confessa en bégayant un soir de JT.

Avant, quelques coups de fil bien placés ou un plan de contre-communication bien conçu auraient suffit à maîtriser l'orage. Il n'y avait que quelques médias à encadrer plus ou moins discrètement. Ce temps est échu depuis longtemps. Internet autorise tout, et depuis longtemps. Chacun peut s'exprimer sans filtre. Personne n'a plus le droit à l'erreur, mais l'on a droit au pardon. Cette fois-ci, forcément les commentateurs s'emballent, la presse s'en saisie avec délectation, les amalgames se multiplient. La parole ne se contrôle plus.

On entend tout et n'importe quoi. Dimanche, il était triste et cocasse d'entendre un trafiquant de tableaux s'indigner de la faute. Claude Guéant n'avait pas de mots assez durs contre Valls, des mots aussi durs que sa morale personnelle était souple quand il était aux affaires sous Nicolas Sarkozy. Rappelons que l'homme a finalement confessé s'être rémunéré en primes en liquide quand il était directeur de cabinet du ministre de l'intérieur alors que c'était interdit pour le reste des effectifs policiers.

Allo, quoi ?

Jeudi, Valls confie qu'il va rembourser pour 2.500 euros.
"Si c’était à refaire, je ne le referais pas" Manuel Valls.

Sarkozy aussi a pris l'avion. 

Son service de communication a bien précisé qu'il s'agissait d'un avion de ligne pour son déplacement express en Israël, lundi 8 juin. Sur place, il congratule le premier ministre ultra-conservateur Benyamin Nétanyahou, mais il rencontre aussi le président de l'Autorité palestinienne. Et il  fustige au passage la proposition française au Conseil de Sécurité de fixer un délai de 18 mois pour négocier «une solution juste, durable et globale» au conflit israélo-palestinien, faute de quoi la France reconnaîtrait l'Etat palestinien. Sarkozy n'a pas changé, on retrouve son sionisme d'antan en quelques heures de voyage. Ce micro-périple de Sarkozy en Israel n'avait qu'un objectif, rappeler aux Français qu'il n'a pas perdu sa dimension présidentielle, qu'il avait encore une "stature" même si Hollande, fonction oblige, a démultiplié sa présence internationale depuis 3 ans. Le soir, Sarkozy donne une conférence dans la station balnéaire de Herzliya, dans la "Silicon Valley" israélienne. Son entourage précise qu'elle n'est pas "rémunérée". Ces gens sont à cran, cela en devient presque drôle. Ils voudraient qu'on oublie les casseroles aériennes et autres de Sarkofrance...

Mercredi, la presse s'attarde sur un énième meeting de l'ancien monarque, cette fois-ci à Puteaux,. On guette la petite phrase: "J'ai une pensée émue pour nos concitoyens qui ont voté à gauche avec tant d'espérance". Nous avons une pensée émue pour les militants UMP-LR qui suivront le feuilleton judiciaire de Bygmalion. Jérôme Lavrilleux, celui qui a avoué la fraude aux règles de financement électoral de la campagne de Sarko en 2012, sera confronté aux juges ce lundi.

Puteaux, fief des Hauts-de-Seine triomphants, la voisine du Levallois dirigé par le couple Balkany, mis en examen pour une cascade d'infractions; Puteaux et sa mairie qui persécute à coup de plaintes un blogueur devenu élu d'opposition trop curieux des magouilles locales; Puteaux, sa mairesse et ses HLM. La ville est un symbole de Sarkofrance, mais Sarkozy n'hésite pas à y donner des leçons d'éthique républicaine... Le Petit Journal de CANAL+ s'y régale avec les militantes locales, aussi indignées du voyage en jet de Valls qu'indulgentes avec un Le Havre-Paris en jet privé payé pour Sarko par une UMP surendettée.

La politique se résume-t-elle à ces fans-clubs vieillissants ?

Dimanche, le Parti socialiste achève son Congrès à Poitiers. C'est l'union nationale derrière François Hollande pour la présidentielle de 2017, aucun éclat de voix ni sifflet comme lors du rassemblement raté des Républicains de Nicolas Sarkozy 8 jours avant. Il n'y a même plus le suspense socialiste d'antan des négociations entre motions et autres clans puisque le vote des militants a tranché une semaine auparavant les équilibres du pouvoir. Bref, ça ronronne dans l'indifférence générale jusqu'à ce qu'une tribune violentissime de l'ancien ministre Arnaud Montebourg, désormais directeur chez Habitat, et de Mathieu Pigasse, toujours directeur chez Lazard, réveille les congressistes. "Est-il encore possible de sauver le quinquennat?" s'interrogent-ils. "Démocratie menacée", "conformisme politique", les formules claquent, les constats sont rudes. Montebourg attaque de l'intérieur; et Pigasse, qui conseille la Grèce contre ses créanciers européens, sait de quoi il parle quand il évoque l'Europe. Ces voix portent.

La politique actuelle, expliquent-ils, "répand la colère, le dépit, la violence chez des millions de nos concitoyens qui s'estiment bernés, trahis et abandonnés." Ils auraient pu ajouter "l'indifférence" à la colère. Car l'indifférence populaire est manifeste à l'encontre du sort des plus miséreux. La Vrauche accusera les médias, le gouvernement, les puissants. Le problème nous semble plus grave, plus insidieux; symptomatique d'une période incertaine qui facilite et nourrit la haine contre la générosité.

Lundi, quelque part dans le nord de la capitale, un contingent de CRS casqués attend que les premiers repas d'une soupe populaire pour migrants et pauvres en tous genres soient servis pour débouler et arrêter les clandestins. L'intervention est "musclée", une expression médiatique et hypocrite pour décrire une charge par des flics casqués en Dark Vador. Il y avait aussi une association humanitaire, et même un élu parisien, bousculé, frappé puis jeté au sol. Le drame de cette affaire est triple: ces migrants sont les premières victimes, fort heureusement expulsés d'un campement insalubre la semaine dernière Porte de la Chapelle avec le soutien d'associations humanitaires, mais sans solution de relogement. Le gouvernement sombre également. Entendre un ministre de l'intérieur se féliciter de l'humanité des interpellations, quelques heures après la diffusion de videos témoignant de la violence des faits et 17 migrants blessés par les forces de l'ordre avait quelque chose de pathétique. Mais le plus grave est que l'émoi ne concerne qu'un microcosme. D'après quelque sondages de fin de semaine, les deux tiers des Français interrogés s'en fichent éperdument.

Manuel Valls n'a pas un mot pour ce drame. A Roissy, deux enfants de 3 et 6 ans restent internés dans l'aéroport quatre jours durant. En revanche, Assemblée et Sénat tombent d'accord sur la version définitive de la Loi sur le Renseignement. En matière d'immigration comme en matière de sécurité, la gauche gouvernementale s'est glissé avec une aisance terrifiante dans les pantoufles du sarkozysme précédent.

L'extrême droite aurait un boulevard si elle ne peinait à régler ses comptes plus rapidement. Le Front national devenu mariniste cherche à exécuter le père fondateur. Cette semaine, vendredi, Le Pen père, 87 ans au compteur, planche 3 heures durant devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine). Il protestait contre la dissolution, au même moment, de sa fonction de président d'honneur du FN par le bureau politique du parti. Et hop ! Le patriarche est licencié par suppression de poste. Le Pen est puni par Le Pen, belle revanche de l'Histoire.

Le FN a ses méthodes que la démocratie ne peut comprendre. Un ancien responsable de la fédération de Seine-et-Marne du FN a été écroué cette semaine. Après quelques heures de garde à vue, il a avoué avoir incendier une douzaine de véhicules pour mieux dénoncer l'insécurité sur son blog.

En Grèce, le vrai combat continue. 

Une part du pays célèbre la réouverture de sa télévision publique, et la réintégration de 1.600 salariés. Il y a deux ans, le gouvernement conservateur avait fermé les ondes, du jour au lendemain. Le symbole était fort: soumis à ses créanciers, la Grèce d'alors préférait taire ses médias publics. Aujourd'hui, le bras de fer se poursuit avec ses créanciers pour le déblocage des 7,2 milliards d'euros restant à verser dans le cadre de son plan d'aide en cours depuis 2012. Le FMI réclame une baisse des retraites que le gouvernement Tspiras refuse. Sans surprise, Sarkozy fustige Tsipras, "pas à la hauteur" selon lui.

Au contraire, le jeune premier ministre grec est aux avant-postes. Il est plus et mieux qu'un lanceur d'alerte. Il nous fait comprendre in vivo vers quelle impasse nous courrons. En Grèce, les gouvernements européens ont protégé leurs banques qui avaient trop prêté. En Grèce, ce sont désormais les Etats européens qui sont débiteurs.

Peu à peu, les dirigeants européens se préparent à une faillite de la Grèce. Il y a 1,6 milliard à rembourser le 30 juin. En Bourse, et jusqu'à Wallstreet, on dévisse. A Bruxelles, on promet que la Grèce peut faire faillite sans abandonner l'euro.

On promet.

Ce qui se passe en Grèce est sans doute la seule réalité politique d'envergure à suivre en Europe. Et l'attitude de nos contemporains politiques sur cette affaire le seul feuilleton politique qui mériterait une chronique d'envergure.












Crédit illustration: Dozone Parody



10 commentaires:

  1. "En matière d'immigration comme en matière de sécurité, la gauche gouvernementale s'est glissé avec une aisance terrifiante dans les pantoufles du sarkozysme précédent".. Terrible constat, mais vrai.

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  2. la gauche gouvernementale s'est glissé avec une aisance terrifiante dans les pantoufles du sarkozysme précédent.

    C'est ce que l'on nommera bientôt le sarkocialisme.

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  3. « Ce qui se passe en Grèce est sans doute la seule réalité politique d'envergure à suivre en Europe. » Oui, oui, on peut écrire ça en gardant à l’esprit que ce qui est à l’œuvre en Grèce, cette opération de désintégration de l’économie et de la société, l’est également en France grâce à Sarkozy et Hollande (TSCG). « Ce qui se passe en Grèce » est l’illustration parfaite des effets de la politique de l’UE au service de la finance, de l’argent-roi.

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  4. Ce post m'a redonné envie de bloguer en politique.

    J'ai apprécié l'expression de Montebourg, Hébétés,... Elle était à reprendre.

    Ce qui me frappe, c'est qu'ils ont l'air sûrs d'eux. On a plus de chômeurs que dans les années 30 mais on continue. Cela fait trois ans que l'on attend de la croissance mais elle ne vient pas.

    Ce qui me frappe aussi, c'est que les éléments clef ne sont pas intégrés. Ce n'est pas possible de s'en sortir en l'Etat.

    Je ne vais pas faire le conservateur libéral aussi, mais, p...in, on est matraqué fiscalement, c'est du délire. Les allocations familiales, tout est méchamment rabotté, cela pèse aussi sur le peu de croissance que l'on pourrait espérer.

    Autre stat aussi de la semaine, un Français émet maintenant deux fois moins de CO2 qu'un Allemand, tout le monde s'en vantait. Mais c'est l'effet de la désindustrialisation française.

    Ils parlent transformation numérique aussi pour sauver l'emploi, mais ils oublient ces élites que la transfonum risque d'en faire perdre surtout !

    Hébétés, ils marchaient en sifflotant.


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    1. La différence de C02 entre France et Allemagne est surtout due à la part de l'électricité, qui est quasiment "0 carbone" en France (30g de C02/kWh) alors qu'elle est majoritairement produite à partir de lignite en Allemagne (770g CO2/kWh). Un peu grâce aux "verts" allemand, mais c'est une autre histoire.
      Mais vous savez, pour Sarko, Hollande et leur bande, l'industrie c'est sale. Seule la finance est propre. Ils n'ont jamais hésité à dégainer les milliards pour aider les banquiers mais on a laissé crever arcelor, alstom, alcatel, pechiney, peugeot, thomson, st, sagem, schneider, etc. Qu'il n'y ait plus de secrétaire d'état à l'industrie, et que le ministre de l'économie soit un banquier sans aucune formation économique est assez significatif.

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  5. A lire sur le site d'Olivier Berruyer (lescrises.fr).
    Extraits : "Selon la Süddeutsche Zeitung, les créanciers prépareraient un plan “à la chypriote” pour la Grèce en cas de défaut. Un moyen de faire pression sur le gouvernement hellénique qui demeure risqué...... Les créanciers ne cherchent plus réellement à trouver un accord. Ils jouent désormais le coup d’après, celui qui suivra le défaut du 30 juin." Merci à Olivier Berruyer. Et bravo aux crétins de l'UE qui passent à la vitesse supérieure.

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  6. « Hier, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne a ainsi osé déclarer lors d'une conférence de presse : Je ne me soucie pas du gouvernement grec, je me soucie du peuple grec.»
    Alors, Juan, quand envoie-t-on un message clair à Hollande et à ses valets pour qu’il comprenne (s’il en est capable) ? Allo, y a quelqu'un ?

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  7. En Grèce, le bank run s'accélère.

    Jeudi 18 juin 2015 :

    Les retraits des banques grecques s'accélèrent.

    Les retraits des banques grecques s'accélèrent depuis le blocage le week-end dernier des négociations entre Athènes et ses créanciers, a-t-on appris jeudi de sources bancaires.

    Les déposants ont retiré deux milliards d'euros sur les trois premiers jours de la semaine, soit environ 1,5% du montant total des comptes des banques du pays, qui s'élevait à 133,6 milliards d'euros fin avril, ont précisé les sources.

    http://www.challenges.fr/entreprise/20150618.REU9136/les-retraits-des-banques-grecques-s-accelerent.html

    Conséquence de ce bank run : les banques grecques sont en faillite.

    Vendredi 19 juin 2015, vers 8 heures du matin :

    ALERTE – Grèce : réunion d'urgence vendredi à la BCE pour accroître les financements aux banques.

    Le conseil des gouverneurs de la BCE doit tenir une conférence exceptionnelle ce vendredi pour discuter d'un possible relèvement des financements d'urgence (ELA) aux banques grecques, ont déclaré à l'AFP plusieurs sources européennes.

    Cette conférence, organisée par téléphone à la demande de la Banque de Grèce, est programmée vers midi (10H00 GMT), ont fait savoir ces sources qui ont demandé à ne pas être identifiées.

    Cette demande intervient alors que les retraits bancaires en Grèce se sont accélérés ces derniers jours.

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  8. Grèce : pour le mois de mai 2015, les recettes fiscales se sont effondrées.

    Les recettes fiscales sont en baisse de 24 %.

    Pour la Grèce, c'est la mort par asphyxie.

    Pour les banques grecques, c'est aussi la mort par asphyxie.

    Ces cinq derniers mois, les Grecs ont retiré 30 milliards d'euros hors des banques grecques.

    Et le bank run s'accélère : pour la seule journée de jeudi 18 juin, les Grecs ont retiré 1 milliard d'euros hors des banques grecques.

    Concernant la faillite des banques grecques, le gouverneur de la banque centrale de Grèce a paniqué. Vendredi matin, il a téléphoné à Mario Draghi pour lui demander une aide d'urgence.

    La BCE tiendra une réunion exceptionnelle vendredi après-midi pour tenter de sauver les banques grecques.

    Un membre de la BCE, Benoît Coeuré, a déclaré qu'il ne savait pas si les banques grecques pourraient ouvrir lundi 22 juin.

    Mais à part ça, ça va.

    http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN0OZ0E420150619?pageNumber=2&virtualBrandChannel=0

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