29 juillet 2015

Les Républicains voudraient faire oublier le bilan éducatif de l'UMP

"L'Éducation au cœur des projets des Républicains" ? Le titre claque en une du Figaro, le week-end dernier. "Suppression du collège unique, redéfinition du métier d'enseignant, réforme du bac: les principaux angles d'attaque de la refonte d'un système unanimement jugé défaillant figuraient dans le discours du président-candidat." On devrait pleurer. Même la journaliste Judith Waintraub le reconnaît: "c'était aussi l'aveu implicite que la droite n'avait pas fait mieux que la gauche".

En mai 2012, l'élection est derrière nous, Sarkozy a perdu, et le ministre de l'Education nationale du premier gouvernement Ayrault fait publier toute une série de rapports internes que la Sarkofrance avait décidé de cacher. On y rappelait la chute de la scolarisation des enfants de 2 ans (divisée par deux en une décennie), la crise de l'enseignement des langues anciennes (celui-même que Sarkozy et consorts font ine de vouloir défendre lors de la réforme du collège annoncée par Najat Vallaud-Belkacem, les mesures-gadgets comme la création d'une centaine de " collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite" sans moyens ni objectifs ou le gouffre financier des "internats d'excellent " , la dégradation de la formation des enseignants (un comble !), et, last but not least, la crise des non-remplacements et des classes surchargées après les coupes sévères dans les effectifs enseignants sous Nicolas Sarkozy alors que les contingents d'élèves s'envolaient.

Pendant un quinquennat de Sarkofrance, les profs furent méprisés, les RASED supprimées, les classes surchargées. On se souvient de la suppression de la carte scolaire dès 2007, de la réduction de 15.000 postes, chaque année entre 2008 et 2012. En cinq années de mandature sarkozyste, le nombre d'élèves dans l'enseignement public avait pourtant progressé de 43.000 en primaire, puis de 85.000 au collège, avant de chuter de 44.000 dans les lycées. Dans le même temps, le gouvernement nous expliqua qu'il fallait réduire le nombre d'enseignants car le nombre d'élèves aurait baissé. Joli mensonge, effet désastreux dans les classes... et les vocations. En moins de 10 ans, le nombre de candidats au CAPES s'est effondré - 92.000 en 2004, à peine 28.000 en 2011.

Passé dans l'opposition, tous les ténors des "Républicains" ont des idées grandioses. Aux détriments de leur propre bilan.

En 2014, l'an dernier, Nicolas Sarkozy a trahi sa promesse de retrait de la vie politique. Il fait campagne pour la présidence de l'UMP. Lors d'un meeting, tout sourire, il balance qu'il conviendrait de supprimer encore 30% des effectifs enseignants. 

Rien que ça.

"L'Éducation" serait donc "au cœur des projets des Républicains" .

Nous sommes impatients. 


25 juillet 2015

429ème semaine politique: qu'ils partent tous... en vacances

 

 

Les vacances approchent, avec leur lot de commentaires sur les embouteillages, la canicule ou les orages, les noyades et les campings. Et les petites phrases estivales. En France, toute notre classe politique devrait s'échapper, partir, disparaître. Pour son bien et le nôtre. 

 

Et rapidement.


L'agriculture ne prend pas de vacances.
La colère gronde chez les éleveurs, le prix de la viande surtout bovine s'effondre sans que les Français d'ailleurs ne le constatent dans leur assiette. On manifeste, plus ou moins violemment. Les images traditionnelles de tracteurs déversant du purin devant les préfectures ou d'agriculteurs en colère pullulent sur les chaînes d'informations. La pression monte. Sans surprise, Bruno Le Maire, ex-ministre agricole de Sarkozy, s'emporte contre le "mépris du gouvernement" et oublie son propre bilan. Lundi, Hollande comprend que l'affaire pourrait lui gâcher les vacances, et décide "d'accélérer": "il y avait le risque de constitution d'un kyste" confie-t-il. Mardi, Valls, qui n'a plus que les haussements de tons et les joutes oratoires pour incarner son action, croise le fer à l'Assemblée avec Christian Jacob sur le sujet. L'hémicycle est devenue une arène guignolesque.

Deux jours plus tard, le gouvernement dégaine un plan d'urgence a minima - 600 millions d'euros, pour l'essentiel des allègements de trésorerie. Jeudi, le président demande à la grande distribution de faire un effort sur les prix d'achat. Incantation politique, mais les blocus routiers se lèvent. Hollande livre un discours plein de sous-entendus à des vignerons honorés d'une récompense internationale: un éloge de la patience qui se conclut par un tacle contre Sarkozy:

"Ceux qui voudraient aller très vite au risque d'arriver nulle part, j'en connais".

L'action de fond comptait moins que le déminage immédiat. Triste politique agitée par les écrans médiatiques.

Il est temps qu'ils partent tous en vacances.

L'agenda présidentiel s'allège. Hollande reçoit Pierre Moscovici, ancien ministre dilettant du gouvernement Ayrault, et commissaire docile à la commission européenne. On ne doute pas que l'entretien a porté sur l'Europe, la Grèce ... et le TAFTA.

Ce dernier traité, dont les négociations restent toujours aussi opaques pour les peuples qu'elles sont agités par des manoeuvres de lobbys, n'inquiète pas le Commissaire Mosco: "Le Tafta est plus dans l'intérêt de l'Europe que des Etats-Unis." Mosco n'avait sans doute pas lu le dernier rapport des ONG Corporate Europe Observatory (CEO) et SumOfUs. Selon ces dernière, 88 % des parties consultées par la Commission européenne en marge des négociations de l'accord étaient des lobbys d'affaires – "quand les groupes d'intérêts publics, comme les ONG ou les associations de consommateurs, ne représentaient que 9 % de ces rencontres."

Il est temps que Mosco parte en vacances.

Vendredi, François Hollande fait une visite surprise à l'école 42 fondée par Xavier Niel. La presse retient qu'il a croisé des étudiants à moitié nus dormant dans les couloirs. Lundi, on nous promet une autre visite "surprise" cette fois-ci à Toulon, ancienne mairie frontiste. Hollande sillonne la France pour reconquérir l'opinion. En son temps, Sarkozy faisait de même, mais différemment. L'ancien monarque préférait les débarquements gigantesques, avec estrades ou table-rondes sur-filmées.

Mardi, le ministre du chômage, François Rebsamen, déclare que le burn-out n'est pas une maladie professionnelle. Sa "loi sur le dialogue social" a été votée dans la semaine. Le Sénat de droite avait justement retiré le burn-out de la liste des maladies professionnelles. L'Assemblée l'a partiellement réintégré jeudi: des commissions jugeront à l'avenir si les cas de burn-out sont professionnels ou pas. Non content de ne servir à rien contre l'inexorable progression du nombre de sans-emploi, Rebsamen choisit son camp, une honte de plus.

Il est temps que Rebsamen parte en vacances.

Sa loi, finalement votée, contient de modestes progrès - la représentation obligatoire des salariés des TPE, la sécurisation du régime des intermittents , la création d'un compte personnel d'activité et d'une "super-RSA" pour les travailleurs pauvres - et de tristes reculs, comme la simplification du compte pénibilité (l'une des rares mesures de progrès pour les salariés de l'ineffable réforme des retraites de Hollande en 2013). Rebsamen se félicite d'un texte "réformateur", "le plus important du quinquennat". Ce n'est pourtant qu'une révision laborieuse et sans ambition des relations sociales dans les entreprises. Dans les rangs politico-médiatiques, on éructe bien sûr comme si c'était la révolution ou la contre-révolution.

La rémunération du livret A chute encore, au ridicule taux de 0,75%. Au gouvernement, on s'excuse de n'appliquer que la réglementation. A gauche, on hurle que "Hollande prend dans la poche des petits épargnants et protège l’opacité des banques". Allez comprendre.

Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, défend le Flash-Ball. Pourquoi les hommes politiques deviennent-ils les dociles marionnettes de leur clientèle administrative dès qu'ils passent ministres ? Le Flash-Ball tue ou mutile chaque année en France, c'ets une arme imprécise que même la Police des polices juge "obsolète". Jacques Toubon, Défenseur des droits, qui est loin d'être un gauchiste laxiste, réclame l'interdiction de ces engins. Pour Cazeneuve, c'en est trop. Et l'ancien porte-parole de campagne de François Hollande n'hésite pas dans l'outrance pour répondre: "un moratoire sur les armes intermédiaires serait contre-productif et pourrait avoir des conséquences dangereuses : nous ne pouvons pas, en effet, nous permettre de désarmer nos forces de l’ordre.

Désarmer les forces de l'ordre ? WTF ?!

Il est temps qu'il parte en vacances.

Sa loi sur le Renseignement est validée, intégralement, par un Conseil Constitutionnel composée d'ancien présidents et d'un ancien ministre de l'intérieur. Une défaite pour la liberté, assez mémorable et illustrative de la période. 

Claude Guéant aimerait partir en vacances. Mais la justice lui court après. L'affaire de ses deux tableaux richement vendus pour 500.000 euros à un banquier par ailleurs administrateur des comptes d’un ancien haut dirigeant libyen, a pris une autre ampleur. On savait que ces tableaux n'avaient pas cette valeur. Guéant n'a pas même pu prouver leur acquisition initiale. A cette piste d'un financement libyen, s'est ajouté un autre scandale. Le produit de la vente aurait permis à l'ancien ministre de l'intérieur d'acquérir cash un appartement cossu à Paris. Selon Mediapart, le fisc a été informé dès 2011 "d’une possible fraude fiscale de Claude Guéant lors de l’achat de son appartement parisien". Mais il a enterré l'affaire juste après la campagne présidentielle de 2012.

Sarkozy devrait partir en vacances. Et pédaler ses 60 kilomètres quotidiens près du Cap Nègre comme il adore le rappeler chaque année à la presse et aux Français. Cette semaine, il était même au micro de France Télévisions pour commenter le Tour de France. Mais, lundi, ses déclarations publiques lors d'un déplacement en Tunisie ont fait les choux gras des réseaux sociaux, et créé une certaine consternation dans les milieux politiques: "La Tunisie est frontalière avec l'Algérie (et) avec la Libye. Ce n'est pas nouveau... Vous n'avez pas choisi votre emplacement. L'Algérie, qu'en sera-t-il dans l'avenir, de son développement, de sa situation ?". En Algérie, la presse s'est enflammée. Cette déclaration de haine de la part d'un ancien monarque qui prétend concourir à nouveau à la magistrature suprême a été vue comme un dérapage et une provocation.


Les Grecs, sauf les plus riches, ne partiront pas en vacances. Alexis Tsipras fait voter le second paquet législatif réclamé par les créanciers. Trente-deux députés Syriza, seulement, ont voté contre.

La Grèce est sortie de l'actualité politique française.

Nos touristes peuvent partir tranquilles.




18 juillet 2015

428ème semaine politique: La dernière leçon d'Alexis Tsipras

 "Diktat", "Traité de Versailles", "annexion", "viol", "politique coloniale", on ne compte plus les qualificatifs qui ont accompagné la signature d'un accord sur la Grèce dimanche dernier. La reddition est sans doute totale, mais il est trop pour savoir si la république hellénique est déjà de Weimar. Une chose est sûre, la déconstruction européenne a commencé. Et les nazis d'Aube Dorée peuvent espérer un joli score au prochain scrutin grec.


Cette semaine a eu son lot de victimes de l'actualité effarante qui occupe nos chroniques d'une crise qui s'éternise.

Nicolas Sarkozy s'est ridiculisé. 
L'ancien monarque n'a rien vu, rien compris. Et il s'est laissé débordé par son egocentrisme hors normes. Dimanche, alors que les dirigeants européens négociaient durement à Bruxelles, lui aussi est parti sur place pour un contre-sommet conservateur. Il a exhorté Hollande d'avancer vers un compromis. La démarche fut moquée jusque dans ces rangs. Sarkozy ne supporte pas ne pas avoir le pouvoir au point qu'il en déclenche des troubles du comportement de la sorte. L'ancien monarque, absent des affaires hormis les siennes depuis plus de trois ans, n'est pas regretté dans les instances européennes. On se souvient qu'il fut aux commandes du pays quand notre dette s'envola de quelque 500 milliards et que les trois premiers et inefficaces plans d'aide à la Grèce furent adoptés.

Sarkozy n'est pas aidé par ses proches.   Dimanche après-midi, après l'infâme résolution grecque, quand son fidèle Eric Woerth, ancien ministre du budget et époux de la conseillère financière de Liliane Bettencourt, déclara que "l'appel de Sarkozy n'était pas resté lettre morte" , on ne savait plus s'il fallait rire ou pleurer. Jeudi matin, trop tôt sans doute pour un mois de juillet, Nadine Morano ne fait pas mieux, et sombre à son tour en comparant Tsipras à Marine Le Pen: "Monsieur Tsipras, c’est Marine Le Pen au masculin".

Le problème de Sarkozy a toujours été ... Sarkozy. Cette semaine, l'ancien monarque a clos cette effroyable séquence de com' par une ... autre séquence de com', encore plus ridicule. Dans les colonnes du Parisien, Sarkozy applaudit le dopé Lance Amstrong et prend la pose sur son vélo. On ne sait plus s'il pédale encore sur celui offert par Martine Aubry. Mercredi, alors que le gouvernement venait de se féliciter d'avoir déjoué un projet d'attentat, et arrêté quatre suspects qui projetaient de kidnapper puis décapiter un haut gradé, l'ancien patron de la police nationale devenu directeur général des Républicains (sic!), Frédéric Péchenard, accusait Hollande de "communication politique". Personne, sauf peut-être Frédéric Péchenard lui-même, n'a oublié comment ni combien il a lui-même instrumentalisé sa fonction au service de la carrière de l'ancien monarque.

Cette séquence grecque a fait d'autres victimes. François Hollande pensait gagner ses galons de maréchal européen. On retiendra qu'il a accompagné une reddition. La semaine passée, ces proches ont cru qu'il sortirait grandi. Son job d'infirmier de l'Europe n'a fait que commencer, si tant est qu'il puisse l'assumer.

L'Europe s'est abîmée, gravement, durement, et pour longtemps
Alexis Tsipras a perdu son bras de fer avec les créanciers européens. Certains n'ont pas encore réalisé le dommage. C'est bien l'Europe qui est en cause, et en vrac. Même le FMI, si souvent décrié pour son absence de compréhension populaire, s'est inquiété ces 6 derniers mois de la dureté des positions de l'euro-group dirigé par l'Allemagne. Dans un énième rapport publié cette semaine, le 14 juillet, le FMI réclamait encore un allègement de la dette publique grecque via l'abandon de créances: "La dette de la Grèce ne peut désormais être viable qu'avec des mesures d'allègement de la dette qui vont beaucoup plus loin que ce que l'Europe a envisagé de faire jusque-là".

Pourtant, les dirigeants de l'eurogroup n'ont eu cure de ces alertes qu'ils connaissaient bien sûr. Dix-sept heures durant, le gouvernement grec a négocié, puis plié. Tsipras n'avait ni le mandat ni la volonté d'abandonner l'euro. Il fut aidé par François Hollande pour éviter ce Grexit précipité. La BCE, ce 20 juillet, allait couper les vivres, c'est-à-dire les financements aux banques grecques. Vendredi l'Union européenne valide en urgence un prêt de 7 milliards d'euros.

Certains ont critiqué Tsipras. L'homme pourtant a reconnu sa capitulation avec une rare franchise. Il a risqué l'explosion de son mouvement, et du remanier son gouvernement dans la semaine. Il y avait mercredi des manifestations contre lui dans les rues d'Athènes. Et plus de 30 députés Syriza ont quitté le mouvement  - et on espère leur mandat, puisque le deal de départ était leur solidarité gouvernementale.

"J'assume mes responsabilités pour toute erreur que j'ai pu commettre, j'assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays". Alexis Tsipras

D'autres, plus nombreux, ont fustigé cette gravissime atteinte à la souveraineté d'un pays: "ce n'est en effet pas un accord. C'est un viol, le consentement grec fut obtenu de la manière habituelle dans ces circonstances" a ainsi justement commenté l'économiste James Galbraith. Pour se défendre, l'actuel président du Conseil européen, Donald Dusk a estimé qu'il n'y avait rien "d'humiliant à recevoir quelque 80 milliards d'euros" d'endettement supplémentaire. On croit rêver, ou cauchemarder.

Les mesures qu'il est exigé de la Grèce, toutes libérales qu'elles sont, sont moins scandaleuses que la méthode et le procédé. Car la Grèce n'aura ses 80 milliards d'euros de prêts supplémentaires (pour crever à nouveau tous les plafonds de l'endettement public) qu'à condition de voter d'abord toutes sortes de lois plus ou moins rétrogrades ou symboliques.  On appelle cela un Diktat, à juste titre. Dimanche, c'est un "nouveau Traité de Versailles" qui a été imposé aux Grecs. L'expression est de l'ancien ministre des finances, le fameux Varoufakis qui a démissionné au soir de la victoire du NON au référendum grec du 5 juillet. On connaît ce qui a suivi le Traité de Versailles.

Tsipras a fait comprendre, involontairement ou pas, que l'euro n'était plus un projet démocratique

C'est peut-être un "instrument de domination allemande". Là n'est plus le sujet. La monnaie unique est devenue l'instrument de la répression, de la domination, de l'humiliation. Dans les quelques parlements européens à qui l'on demandait d'approuver l'accord, les soutiens furent rapides et sas souci. En France, à l'Assemblée nationale mercredi, tandis qu'il était demandé aux députés français d'approuver le Diktat grec, Eric Woerth, encore lui, traita Tsipras de menteur. C'était le seul argument qui restait à l'UMP pour se rallier au PS et voter son accord au Diktat européen contre la Grèce. Quelque 412 députés français ont approuvé le texte, contre 69 opposants et 49 abstentions. Parmi les votes "contre", deux députés socialistes (Jean-Pierre Laurent et Christian Hutin), 41 députés UMP-Républicains (dont Henri Guaino, Thierry Mariani, Alain Marsaud, Christian Estrosi, ou Herbé Mariton), trois écologistes (Noël Mamère, Serge Coronado et Isabelle Attard), et les 15 élus du Front de gauche.

Une députée proche de Jean-Pierre Chevènement eut le mot de cette fin provisoire: "le combat du loup et de la chèvre n’est pas de ceux qui peuvent être tranchés par les spectateurs."

Il était finalement urgent d'attendre, de prendre son temps pour comprendre et évaluer la suite. Nos dirigeants sont peut-être des zombies gagnés par un virus austéritaire ou autre. Pour l'heure, les nazis grecs d'Aube Dorée ont toutes leurs chances électorales. Alexis Tsipras évoque des élections anticipées à la fin de l'année. On peur prédire un score à deux chiffres pour les nazis. Et s'ils le réalisent, alors oui, cette république hellénique aura une ressemblance de plus avec son ancêtre allemande de Weimar. Et tout le monde comprendra, trop tard, que la crise grecque est d'abord une faillite européenne.



L'autre incroyable nouvelle de la semaine, qui fit peu de débat en Sarkofrance, était l'accord inespéré sur le nucléaire iranien. L'Iran est devenu fréquentable, grâce à la persévérance de Barack Obama à négocier la fin des sanctions économiques contre un compromis nucléaire. En son temps, Nicolas Sarkozy aussi avait la diplomatie très "nucléariste".

Ami grec, tiens bon.



Crédit illustration: Dozone Parody.


15 juillet 2015

Grèce: la défaite européenne

Y-avait-il beaucoup à attendre ou une grande surprise de l'épilogue de cette confrontation euro-grecque ?

Alexis Tsipras a eu le commentaire qui convenait après plus d'une journée de négociation le weekend dernier.
"Nous avons livré une énorme bataille. Le peuple grec peut continuer à se battre. Mais nous avons évité le pire. Finalement, la gestion des biens publics grecs ne sera pas transférée en dehors du pays. Nous léguons en Europe cette volonté de changer. Les mesures à adopter renforceront la récession, mais les fonds expressément prévus en faveur du développement feront j’espère la différence et les investisseurs reviendront." 
Oui, l'euro-group, flanqué du FMI, a exigé de la Grèce davantage de récession.

Après des heures de négociations, la plupart des médias franco-britanniques et allemands, qui étaient tous largement majoritairement hostiles à l'aventure Syriza en Grèce, ont fort logiquement titré sur la reddition, la capitulation, la défaite d'Alexis Tsipras.

"La nuit où l'Allemagne a fait plier Tsipras" titre donc le Monde.  "Alexis Tispras, l'art de la pirouette" renchérit Slate.fr.

Répétons un argument maintes fois répété dans ces colonnes: cette ardeur de la médiocratie européenne à clamer l'échec prétendument programmé de Syriza depuis les premières heures de son arrivée au pouvoir n'a d'égal que son refus de regarder l'échec des politiques austéritaires et les lacunes démocratiques de l'Union européenne en face.

La médiacratie néo-libérale  n'était pas seule à clamer la défaite de Tsipras. En France, la gauche de la gauche s'est divisée sur l'interprétation des récents évènements. Quelques blogueurs vrauchistes clamaient l'échec de Tsipras avec autant de hargne que les chroniqueurs libéraux. L'hebdo Politis publiait ainsi un édito rageur du "Yeti" avec le titre sans concession "Alexis Tsipras : une capitulation lourde de conséquences pour les gauches européennes". Le blogueur n'avait sans doute pas compris le sens politique de l'affaire. La politique est une histoire de négociation, de rapports de forces et de durée. Il croit savoir que seule l'extrême droite tirera les bénéfices politiques de l'affaire.

Nous devrions préférer le commentaire de Jean-Luc Mélenchon, ce 13 juillet 2015.
"Telle est dorénavant l'Union européenne. Un revolver sur la tempe, une nation déjà asphyxiée et placée sous blocus financier doit conclure un 'accord' après treize heures de 'discussion'. (...) .  Le gouvernement d'Alexis Tsipras a résisté pied à pied comme nul autre ne l'a aujourd'hui fait en Europe. Il accepte donc un armistice dans la guerre qui lui est menée."

Le jeune premier ministre grec, qui avait obtenu une très large victoire au référendum du 5 juillet contre le programme austéritaire que l'eurocratie lui proposait contre un sauvetage de la banqueroute, puis le soutien de tous les partis grecs pour négocier, a obtenu un rééchelonnement de la dette et l'octroi d'une nouvelle enveloppe de prêts bancaires pour éviter la fermeture du système bancaire nationale, et le chaos qui s'en suit.

En contrepartie, le gouvernement grec a accepté beaucoup, beaucoup trop. Tsipras, dans sa première intervention, reconnaît son échec provisoire, sans détour. Cette honnêteté détonne dans les cercles européens.

Tsipras pourra négocier un nouveau prêt de 82 à 86 milliards d’euros qu'une fois un certain nombre de mesures dites "prioritaires" qu'il faut que la Grèce adopte d'ici ce mercredi 15 juillet:  une réforme de la TVA, l'indépendance de l’institut national de statistiques, et la création d’un comité budgétaire indépendant, "qui devra veiller à ce que la Grèce respecte bien les objectifs de surplus budgétaire primaire." D'autres mesures doivent suivre d'ici le 22 juillet (comme un erzatz de loi Macron, une réforme bancaire, et quelques autres). Le plus grave est la façon dont  l'ensemble s'orchestre, comme une mise sous tutelle de la Grèce après un vote populaire.

Aussi le vrai perdant ce lundi 13 juillet, veille de fête nationale française, n'est-il pas Alexis Tsipras, ni même Syriza, et encore moins la Grèce. Le vrai perdant est l'Europe, la construction européenne, l'idéal européen.

L'Union européenne est apparue du côté des cyniques, des brutaux, des puissants. Elle est intervenue contre le suffrage majoritaire d'un pays.

L'Union européenne n'a pas trouvé de solution solidaire. Elle s'est laissée abusée par les clameurs égoïstes d'une Allemagne désormais parasitaire, flanquée de tous les nationaux-libéraux du continent. Aucun pays européen n'a osé de référendum pour tester ses propres opinions publiques sur le sujet grec. L'Europe a encore perdu davantage de crédit ces derniers jours. Qui peut encore croire que cette construction, un idéal formidable et prometteur, veut dire quelque chose de positif pour l'avenir ?

#ThisIsACoup clamait on sur les réseaux sociaux ce lundi 13 juillet.

C'est un coup de l'Europe contre l'Europe.

On s'en souviendra longtemps.

François Hollande, qui pouvait légitimement se féliciter de son action auprès de Tsipras et pour une solution européenne, a complètement raté un point: l'Europe ressort abîmée. Ce 14 juillet, Hollande était donc anachronique, c'est-à-dire comme décroché de la réalité. "L'accord permet à la Grèce de rester dans la zone euro", certes, explique-t-il. Mais il a ajouté: "l’humiliation aurait été que la Grèce soit licenciée ". Forcément, vu comme ça... François Hollande a entaché cette séquence jusqu'ici presque réussie de cette phrase de commentaire... La Grèce licenciée... L'euro-zone est donc telle une une entreprise privée, son patron s'appelle Merkel. Hollande a joué au délégué du personnel qui n'y peut pas grand chose sauf tenté d'éviter le pire.

Triste image.


11 juillet 2015

427ème semaine politique: comment Tsipras a donné une leçon politique à l'Europe

La Grèce a donné une leçon démocratique et surtout politique à l'Europe entière. Pour ceux des pays en proie à de grave difficultés financières, la Grèce a montré qu'il ne fallait pas renoncer à la démocratie ni au bras de fer politique, alors que les "sachants" et éditocrates prônaient la résignation auprès des créanciers du pays.


Cette semaine, la Grèce n'a rien gagné sauf une chose, son honneur.

Alexis Tsipras a rallié une écrasante majorité sur sa position de refus des conditions austéritaires prônées par le FMI, la BCE et les dirigeants de l'euro-Group lors du référendum du 5 juillet dernier. Il a coupé court aux tentatives européennes de constituer un gouvernement grec "bis" à son insu, une forme de putsch suscité par les dirigeants européens qui ces dernières semaines, avaient multiplié les rencontres avec l'opposition grecque pour mieux préparé "l'après-Tsipras".

Mais l'exemple grec ne s'est pas arrêté là.

Fort de sa victoire, le premier ministre grec, que Sarko qualifiait encore d'"irresponsable" et d'extrême gauchiste la semaine dernière, a rallié aussi la totalité des partis politiques du pays, nazis exceptés, sur un programme commun de négociations avec les créanciers: "couverture suffisante des besoins financiers du pays", "réformes crédibles avec pour critères le partage juste des charges et la promotion de la croissance", "programme de développement fort pour lutter en priorité contre le chômage et encourager l'entrepreneuriat", "engagement à ouvrir une discussion objective sur la question de la viabilité de la dette publique grecque",  "priorité immédiate au rétablissement de la liquidité dans le système financier, en accord avec la Banque centrale européenne". Varoufakis, le ministre des finances tant contesté pour son franc-parler et son intransigeance lors des négociations avec l'euro-group, a démissionné après la victoire. Son argument ? Il estimait que son départ faciliterait la suite des négociations.

L'union nationale contre la finance, qui dit mieux ?

Cette victoire grecque a surpris tout le monde, et donné le tournis à  quelques-uns. Nicolas Sarkozy en a perdu toute lucidité et refait la girouette. Lui qui réclamait, il y a 8 jours encore, l'expulsion de la Grèce de la zone euro, est soudainement plus enclin au compromis. Mercredi soir sur TF1, il n'est pas non plus avare en caricatures ("Le gouvernement d'extrême-gauche refuse de faire les réformes que les autres ont fait") et approximations ("Les grecs doivent 45 milliards d'euros à la France, soit 2 300 euros par famille"). Combien doit aux Français Nicolas Sarkozy, qui a laissé filer de 500 milliards d'euros la dette publique du pays quand il était monarque ?

Plus pitoyable encore, Emmanuel Macron dérape en plein virage. Il qualifie Marine Le Pen de "Tsipras français". On ne sait plus s'il témoigne d'un manque total de compréhension politique, ou de la mauvaise foi du perdant.

Alexis Tsipras a déjoué ses contradicteurs, les cyniques et les crétins.

Au final, la Grèce conserve son honneur, les autres l'ont perdu.

Dimanche, Hollande se rapproche de Tsipras: "je suis prêt à t'aider" aurait-il confié. "La France veut que la Grèce reste dans la zone euro et travaille pour y parvenir" ajoute-t-il dans une conférence de presse improvisée après un mini-sommet de l'eurogroup convoqué en urgence. Le président français n'a pas fustigé comme d'autres dirigeants européens le résultat du référendum grec de dimanche. Il cherche des voix de passage. Jean-Luc Mélenchon applaudit cette diplomatie française.

Le chef de file des députés socialistes, Bruno Le Roux, ose confier l'évidence, preuve que la tension est palpable: "François Hollande a une occasion unique de sauver son quinquennat ou de le plomber définitivement". Merkel déboule à Paris. En coulisses, des hauts fonctionnaires françaises aident le gouvernement grec à peaufiner ses propositions. "La France a, ici, délibérément choisi le camp des Etats-Unis contre celui de l’Allemagne" commente Jacques Sapir.

Mercredi, Tsipras parle au Parlement européen. "Jusqu'à maintenant, les fonds européens ont été affectés au sauvetage des banques, ils ne sont jamais parvenus au peuple grec" rappelle-t-il. Il supporte aussi sans sourire les gesticulations oratoires du leader des députés libéraux au Parlement, Guy Verhofstadt, ancien premier ministre d'un pays, la Belgique, qui fut paradis fiscal et orphelin de gouvernement pendant deux longues années.
"Mon pays est devenu un champ d’expérimentation de l’austérité" Alexis Tsipras, 8 juillet 2015
Mercredi, les dirigeants de l'euro-groupe balancent un troisième ultimatum, qui expire ... jeudi.

Toute la semaine, les commentateurs détaillent les scenarii-catastrophe. La sortie de la Grèce de l'euro pourrait être organisée presque sans heurts, et permettre à la Grèce de retrouver une monnaie nationale sous-évaluée et donc compétitive. Mais l'autre option, un "Grexit" brutal, semble plus probable faute d'accord: l'arrêt sec et rapide du financement des banques grecques par la BCE le 20 juillet prochain, date à laquelle la Grèce doit rembourser 3,6 milliards d'euros, précipiterait le pays dans le chaos.

Un feuilleton qui laissera des traces.

Dans la nuit de jeudi, Alexis Tspiras livre ses propositions, un texte préparé avec l'aide de hauts fonctionnaires français. Aussitôt, les "européistes" - journalistes ou politiciens - soulignent qu'il a capitulé. "Tsipras cède aux demandes des créanciers" titre le Monde du 11 juillet.

Qu'en est-il véritablement ? 

1. Tsipras a accepté de réduire quelques dépenses publiques, et d'augmenter quelques impôts. "l’économie grecque a désespérément besoin de souffler" note l'économiste Jacques Sapir sur son blog. "Cela aurait pu passer par des investissements, une baisse de la pression fiscale, bref par moins d’austérité. Ce n’est pas le chemin vers lequel on se dirige." D'autres points acceptés figuraient déjà dans le programme de Syriza: privatisations, lutte contre la corruption et la fraude fiscale. "Tsipras ne capitule pas, il poursuit sa stratégie", clame le Parti de Gauche.

2. Tsipras n'a pas cédé sur quelques points majeurs que le clan des cyniques se garde bien de rappeler: maintien des petites retraites, maintien de la TVA sur les produits de base et .... rééchelonnement de la dette grecque, une option que le FMI, la BCE, l'euro-group et surtout les dirigeants allemands ont toujours refusé jusqu' alors. Vendredi soir, le Parlement grec vote son accord, malgré la défection d'une dizaine de députés de Syriza (sur 149).

La balle est dans le camp européen. Hollande applaudit.

3. Cet épisode, qui n'est pas le dernier, a surtout confirmé quelques réalités de l'actuelle construction européenne: primo, les membres de la zone euro ont été incapables de considérer un minimum de solidarité à l'encontre de l'un des plus petits pays européens (2% du PIB de l'euro-zone). C'est triste et ce sera mémorable. Secundo, plus que jamais, l'austérité semble le corolaire obligée de l'euro, un constat que les européistes se gardent bien de rappeler; tertio, la Banque Centrale européenne est "en roue libre", en refusant, par exemple, de fluidifier au mieux la circulation monétaire en Grèce au profit d'intérêts politiques partisans.

Si le gouvernement grec a montré qu'il était possible de faire de la politique, c'est-à-dire de créer des rapports de force, de bousculer les cyniques et autres TINA, cet épisode européen a révélé de profondes fractures.

En France, la politique locale reste minable. 

Si l'on excepte la quasi-union nationale, Front national exceptée, à l'égard de Tsipras, l'actualité franco-française reste désespérante. Jugez plutôt.

Nicolas Sarkozy co-signe avec Eric Zemmour la tribune de l'écrivain Denis Tillinac dans les colonnes de l'hebdomadaire de la droite furibarde, "Valeurs Actuelles", "Touche pas à mon église!" s'exclament-il. En cause, l'idée ouverte par le président du Conseil français du culte musulman de convertir des églises désaffectées en mosquées. Ce débat sans intérêt autre que provocateur, agite les tréfonds de la droite catholique. Sarkozy se fait tacler à gauche comme à droite.

Bernard Tapie réclame un milliard d'euros au crédit Lyonnais, et à l'Etat. L'arbitrage qui lui avait attribué 400 millions d'euros d'indemnisation dans cette affaire avait été annulé en justice l'an dernier à cause de multiples fraudes. Tapie revient à la charge, le jugement est prévu en septembre. Les chances de Tapie sont minces. Mais au passage, l'ancien soutien de Nicolas Sarkozy confirme... les fraudes du précédent arbitrage, dont l'intervention directe de Sarkozy pour un arbitrage, et la rencontre entre son avocat et le juge arbitre Pierre Estoup.

Valérie Trierweiler confie à l'hebdo "Femme Actuelle" qu'elle pourrait faire campagne pour Mélenchon en 2017.

Minable, le double épilogue de l'affaire Le Pen versus Le Pen l'est tout autant. Le père Jean-Marie gagne ses appels en justices contre la présidente Marine. Il est réintégré président d'honneur par le Tribunal administratif, et le Congrès "exceptionnel" du FN de mars dernier, qui avait notamment supprimé le titre de président d'honneur créé spécialement pour lui, est suspendu.

Minable, mais grave, est le 3ème recours à l'article 49-3 de la Constitution cette année, cette fois-ci pour forcer l'adoption sans amendement de la loi Macron par l'Assemblée nationale. Dans cette dernière version, en sus de la libéralisation partielle du travail le dimanche et des transports par car, ou de l'assouplissement des possibilités d'augmentation du travail sans contrepartie de salaires, le gouvernement a même glissé un amendement sur les déchets radioactifs.

Bref.

Cet été, partez en Grèce.










Crédit illustration: DoZone Parody



5 juillet 2015

C'est non.

Le résultat du référendum grec est tombé. Il est écrasant de démocratie et de courage.



4 juillet 2015

426ème semaine politique: pourquoi ils veulent expulser la Grèce



Un temps, on a cru que la menace de disparition des Guignols de l'info allait occulter l'actualité politique du pays toute entière. Seul Nicolas Sarkozy n'est pas venu à la rescousse d'une émission qui finalement n'aura coûté que la place du principal dirigeant de la chaîne. Une fraction du microcosme semblait découvrir que le propriétaire d'un média a quelque droit sur son entreprise.

Des dizaines de milliers de tweets et autres manifestations digitales ou journalistiques ont sauvé le show satirique de la chaîne cryptée, une mobilisation aussi importante qu'elle est faible sur bien des causes du monde réel par ailleurs. Car le monde tourne mal, très mal.

Hollande est en Afrique. Un tour qui n'intéresse personne, et qui impose à Hollande d'abandonner encore un peu plus à la real-politik aux détriments des droits de l'homme.

La Grèce est en passe d'être expulsée de la zone euro. Faute d'accord avec ses créanciers, le pays est en défaut de paiement pour sa première semaine, quelques heures après l'échéance fatidique du 30 juin, à laquelle le pays devait rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI. Et pourtant le pays est encore debout, malgré la peur que l'ensemble des dirigeants européens tentent de propager dans le pays. 
"Pourquoi est-ce qu'ils nous ont forcés à fermer les banques ? Pour insuffler la peur aux gens. Et quand il s'agit de répandre la peur, on appelle ce phénomène le terrorisme, Yanis Varoufakis, ministre des finances.
Le gouvernement grec a effectivement fermé les banques, et imposé un plafond quotidien de 60 euros aux distributeurs de billets jusqu'au référendum organisé ce 5 juillet sur les propositions austéritaires de l'euro-groupe, du FMI et de la BCE. Depuis avril, quelque 40 milliards d'euros auraient été retirés des guichets par les Grecs.

Toute la semaine précédent le référendum, le gouvernement grec a continué de discuter et de proposer aux créanciers.

En vain.

A Paris, Nicolas Sarkozy plaide pour l'expulsion rapide de la Grèce. "Il faut protéger la zone euro du désastre grec" crie-t-il dans les colonnes du Monde. C'est plutôt l'inverse, c'est la Grèce qui pourrait sauver l'Europe de son propre désastre. Car ce continent européen, hier modèle de démocratie et terre d'accueil aux opprimés politiques ou économiques du globe, s'est mué en une forteresse assiégée, rance et fiévreuse. Un effort solidaire pour étaler les 320 milliards euros d'une dette contractée par d'anciens gouvernements clientélistes et conservateurs puis aggravée par une dizaine de plans austéritaires imposés sans succès au pays depuis 2010 sauverait l'Europe de la honte. La Grèce doit 320 milliards, dont une quarantaine à l'égard de la France, et quelques 400 millions d'agios annuels.

Lors d'un meeting devant des militants du sous-courant ultra-sarkozyste "La Droite Forte", il renchérit: "Prenez garde, M. Tsipras, car les créanciers de la Grèce, ce sont les contribuables français et européens." Vraiment ? Sarkozy oublie le tour de passe-passe opéré sous sa mandature par les dirigeants européens. Quand le désastre grec fut découvert en 2009, ce sont eux, dont Nicolas Sarkozy, les membres de l'Union substituèrent des crédits publics aux emprunts bancaires privés.

Vendredi en Grèce, Alexis Tsipras s'affiche justement dans un meeting pour le NON au référendum qu'il a lui-même organisé ce dimanche. Pour la première fois depuis longtemps, les Grecs sont appelés à voter pour ou compte le dernier plan d'austérité proposé par leurs créanciers. Cela ne plait pas à nombre d'éditocrates et de politiciens en France qui se succèdent sur les ondes pour expliquer combien les dirigeants grecs de Syriza ont eu tort d'organiser pareille consultation publique.

Tous les moyens sont bons. Après 5 longs jours de silence, le Conseil de l'Europe s'est fendu publiquement d'une critique à l'encontre du référendum grec: le délai entre l'annonce et le vote serait trop court. Il aurait fallu au moins "deux semaines", au lieu de ... 10 jours (sic!).
"Le fait nouveau, c'est que la Grèce s'est dotée d'un Premier ministre qui ne partage aucune de nos valeurs, qui n'assume aucune des responsabilités qui devraient être celles d'un Premier ministre d'un grand pays d'Europe, qui dit aux créanciers qu'il en a peu à faire de ce qu'ils pensent". Nicolas Sarkozy
Quelle curieuse conception de la démocratie que de refuser à un peuple le soin de voter sur son destin européen !

Les mêmes qui ne disaient rien à l'égard du texte constitutionnel européen de quelques centaines de pages qu'il fut donner à juger lors du référendum de 2005 sont les premiers et les plus virulents aujourd'hui à l'encontre de la question référendaire grecque.

« Le plan d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fond monétaire international lors de la réunion de l’Eurogroupe du 25/06/12, qui comprend deux parties et constitue leur proposition commune, doit-il être accepté ? Le premier document est intitulé Réformes pour l’achèvement du programme actuel et au-delà et le second Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette. Non accepté/NON ; accepté/OUI » (Question soumise à référendum le dimanche 5 juillet en Grèce).
Sans échauffourée ni dérapage, les Grecs débattent. Les sondages prédisent un score serré. A Athènes vendredi soir, deux foules de 20 000 personnes s'affrontaient ainsi par discours interposé à Athènes. L'une pour le OUI, l'autre pour le NON. L'Europe se réhabilite dans les urnes quand le débat n'est pas truqué.

"On donne une chance à l’Europe de retourner à la démocratie, on envoie un message d’espoir aux peuples de l’Europe." Alexis Tsipras, 3 juillet 2015

En regard, la politique française paraît minable et triste. On poursuit les commentaires techniques sur la course présidentielle vers 2017, on s'esbaudit sur le feuilleton "Uber versus taxis". On s'inquiète du énième refus de François Hollande d'accorder l'asile politique à un Julian Assange réfugié dans une ambassade sud-américaine. On s'inquiète d'une canicule record - 40 degrés atteints sur la capitale et quelques villes, comme si le réchauffement climatique tant redouté était enfin là.

Samedi 4 juillet, les ultra-sarkozystes se donnaient en show lors de leur "fête de la violette". Guillaume Peltier, co-animateur de la Droite forte, clame sur l'estrade que le retour politique de Sarkozy, un "homme pas comme les autres", sonne comme les "retrouvailles du roi et de son peuple". Le pauvre garçon, ancien du Front national, s'égare dans ses références royalistes. Peltier veut porter haut "les valeurs du sarkozysme". On ne sait pas si ces dernières intègrent ces conceptions toutes particulières de la justice et du rapport à l'argent qu'entretenait l'ancien monarque.

Le discours de Sarkozy est sans surprise, un mélange d'autosatisfaction et de bons mots contre ses adversaires, y compris dans son propre camp, et une improbable et introuvable "pensée unique" qui abaisserait les bons Français.  Car la pensée unique du moment est conservatrice, rance et excluante. Elle consiste à défendre le repli, l'exclusion, voire l'expulsion.

Migrants, pauvres, précaires, chômeurs, Grecs, choisissez votre bouc-émissaire. La liste est longue, presque infinie, et ajustable aux délires de chacun.

Sarkozy bêle son mépris de la République, sans critique, ou si peu.

François Fillon, son ex-meilleur premier collaborateur n'était pas en reste. Deux jours avant, il expliquait qu'il aimerait bien envoyer Sarko... dans l'espace.


C'est toute la politique française qui mériterait d'être satellisée.

Nos regards, en ce début de juillet, sont tournés vers la Grèce.