18 juillet 2015

428ème semaine politique: La dernière leçon d'Alexis Tsipras

 "Diktat", "Traité de Versailles", "annexion", "viol", "politique coloniale", on ne compte plus les qualificatifs qui ont accompagné la signature d'un accord sur la Grèce dimanche dernier. La reddition est sans doute totale, mais il est trop pour savoir si la république hellénique est déjà de Weimar. Une chose est sûre, la déconstruction européenne a commencé. Et les nazis d'Aube Dorée peuvent espérer un joli score au prochain scrutin grec.


Cette semaine a eu son lot de victimes de l'actualité effarante qui occupe nos chroniques d'une crise qui s'éternise.

Nicolas Sarkozy s'est ridiculisé. 
L'ancien monarque n'a rien vu, rien compris. Et il s'est laissé débordé par son egocentrisme hors normes. Dimanche, alors que les dirigeants européens négociaient durement à Bruxelles, lui aussi est parti sur place pour un contre-sommet conservateur. Il a exhorté Hollande d'avancer vers un compromis. La démarche fut moquée jusque dans ces rangs. Sarkozy ne supporte pas ne pas avoir le pouvoir au point qu'il en déclenche des troubles du comportement de la sorte. L'ancien monarque, absent des affaires hormis les siennes depuis plus de trois ans, n'est pas regretté dans les instances européennes. On se souvient qu'il fut aux commandes du pays quand notre dette s'envola de quelque 500 milliards et que les trois premiers et inefficaces plans d'aide à la Grèce furent adoptés.

Sarkozy n'est pas aidé par ses proches.   Dimanche après-midi, après l'infâme résolution grecque, quand son fidèle Eric Woerth, ancien ministre du budget et époux de la conseillère financière de Liliane Bettencourt, déclara que "l'appel de Sarkozy n'était pas resté lettre morte" , on ne savait plus s'il fallait rire ou pleurer. Jeudi matin, trop tôt sans doute pour un mois de juillet, Nadine Morano ne fait pas mieux, et sombre à son tour en comparant Tsipras à Marine Le Pen: "Monsieur Tsipras, c’est Marine Le Pen au masculin".

Le problème de Sarkozy a toujours été ... Sarkozy. Cette semaine, l'ancien monarque a clos cette effroyable séquence de com' par une ... autre séquence de com', encore plus ridicule. Dans les colonnes du Parisien, Sarkozy applaudit le dopé Lance Amstrong et prend la pose sur son vélo. On ne sait plus s'il pédale encore sur celui offert par Martine Aubry. Mercredi, alors que le gouvernement venait de se féliciter d'avoir déjoué un projet d'attentat, et arrêté quatre suspects qui projetaient de kidnapper puis décapiter un haut gradé, l'ancien patron de la police nationale devenu directeur général des Républicains (sic!), Frédéric Péchenard, accusait Hollande de "communication politique". Personne, sauf peut-être Frédéric Péchenard lui-même, n'a oublié comment ni combien il a lui-même instrumentalisé sa fonction au service de la carrière de l'ancien monarque.

Cette séquence grecque a fait d'autres victimes. François Hollande pensait gagner ses galons de maréchal européen. On retiendra qu'il a accompagné une reddition. La semaine passée, ces proches ont cru qu'il sortirait grandi. Son job d'infirmier de l'Europe n'a fait que commencer, si tant est qu'il puisse l'assumer.

L'Europe s'est abîmée, gravement, durement, et pour longtemps
Alexis Tsipras a perdu son bras de fer avec les créanciers européens. Certains n'ont pas encore réalisé le dommage. C'est bien l'Europe qui est en cause, et en vrac. Même le FMI, si souvent décrié pour son absence de compréhension populaire, s'est inquiété ces 6 derniers mois de la dureté des positions de l'euro-group dirigé par l'Allemagne. Dans un énième rapport publié cette semaine, le 14 juillet, le FMI réclamait encore un allègement de la dette publique grecque via l'abandon de créances: "La dette de la Grèce ne peut désormais être viable qu'avec des mesures d'allègement de la dette qui vont beaucoup plus loin que ce que l'Europe a envisagé de faire jusque-là".

Pourtant, les dirigeants de l'eurogroup n'ont eu cure de ces alertes qu'ils connaissaient bien sûr. Dix-sept heures durant, le gouvernement grec a négocié, puis plié. Tsipras n'avait ni le mandat ni la volonté d'abandonner l'euro. Il fut aidé par François Hollande pour éviter ce Grexit précipité. La BCE, ce 20 juillet, allait couper les vivres, c'est-à-dire les financements aux banques grecques. Vendredi l'Union européenne valide en urgence un prêt de 7 milliards d'euros.

Certains ont critiqué Tsipras. L'homme pourtant a reconnu sa capitulation avec une rare franchise. Il a risqué l'explosion de son mouvement, et du remanier son gouvernement dans la semaine. Il y avait mercredi des manifestations contre lui dans les rues d'Athènes. Et plus de 30 députés Syriza ont quitté le mouvement  - et on espère leur mandat, puisque le deal de départ était leur solidarité gouvernementale.

"J'assume mes responsabilités pour toute erreur que j'ai pu commettre, j'assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays". Alexis Tsipras

D'autres, plus nombreux, ont fustigé cette gravissime atteinte à la souveraineté d'un pays: "ce n'est en effet pas un accord. C'est un viol, le consentement grec fut obtenu de la manière habituelle dans ces circonstances" a ainsi justement commenté l'économiste James Galbraith. Pour se défendre, l'actuel président du Conseil européen, Donald Dusk a estimé qu'il n'y avait rien "d'humiliant à recevoir quelque 80 milliards d'euros" d'endettement supplémentaire. On croit rêver, ou cauchemarder.

Les mesures qu'il est exigé de la Grèce, toutes libérales qu'elles sont, sont moins scandaleuses que la méthode et le procédé. Car la Grèce n'aura ses 80 milliards d'euros de prêts supplémentaires (pour crever à nouveau tous les plafonds de l'endettement public) qu'à condition de voter d'abord toutes sortes de lois plus ou moins rétrogrades ou symboliques.  On appelle cela un Diktat, à juste titre. Dimanche, c'est un "nouveau Traité de Versailles" qui a été imposé aux Grecs. L'expression est de l'ancien ministre des finances, le fameux Varoufakis qui a démissionné au soir de la victoire du NON au référendum grec du 5 juillet. On connaît ce qui a suivi le Traité de Versailles.

Tsipras a fait comprendre, involontairement ou pas, que l'euro n'était plus un projet démocratique

C'est peut-être un "instrument de domination allemande". Là n'est plus le sujet. La monnaie unique est devenue l'instrument de la répression, de la domination, de l'humiliation. Dans les quelques parlements européens à qui l'on demandait d'approuver l'accord, les soutiens furent rapides et sas souci. En France, à l'Assemblée nationale mercredi, tandis qu'il était demandé aux députés français d'approuver le Diktat grec, Eric Woerth, encore lui, traita Tsipras de menteur. C'était le seul argument qui restait à l'UMP pour se rallier au PS et voter son accord au Diktat européen contre la Grèce. Quelque 412 députés français ont approuvé le texte, contre 69 opposants et 49 abstentions. Parmi les votes "contre", deux députés socialistes (Jean-Pierre Laurent et Christian Hutin), 41 députés UMP-Républicains (dont Henri Guaino, Thierry Mariani, Alain Marsaud, Christian Estrosi, ou Herbé Mariton), trois écologistes (Noël Mamère, Serge Coronado et Isabelle Attard), et les 15 élus du Front de gauche.

Une députée proche de Jean-Pierre Chevènement eut le mot de cette fin provisoire: "le combat du loup et de la chèvre n’est pas de ceux qui peuvent être tranchés par les spectateurs."

Il était finalement urgent d'attendre, de prendre son temps pour comprendre et évaluer la suite. Nos dirigeants sont peut-être des zombies gagnés par un virus austéritaire ou autre. Pour l'heure, les nazis grecs d'Aube Dorée ont toutes leurs chances électorales. Alexis Tsipras évoque des élections anticipées à la fin de l'année. On peur prédire un score à deux chiffres pour les nazis. Et s'ils le réalisent, alors oui, cette république hellénique aura une ressemblance de plus avec son ancêtre allemande de Weimar. Et tout le monde comprendra, trop tard, que la crise grecque est d'abord une faillite européenne.



L'autre incroyable nouvelle de la semaine, qui fit peu de débat en Sarkofrance, était l'accord inespéré sur le nucléaire iranien. L'Iran est devenu fréquentable, grâce à la persévérance de Barack Obama à négocier la fin des sanctions économiques contre un compromis nucléaire. En son temps, Nicolas Sarkozy aussi avait la diplomatie très "nucléariste".

Ami grec, tiens bon.



Crédit illustration: Dozone Parody.


10 commentaires:

  1. Je sais qu'on est sur le blog "SarkoFrance", mais ramener éternellement les choses à Sarko devient légèrement ridicule. Vous aurez beau répéter que la dette abyssale de la France lui revient de droit, les Français sont passés à autre chose, un autre pantin à tacler. Ce qui énerve les Français, ce n'est pas les fautes et erreurs dont la relativité permet à chacun de s'en défausser, mais bien le fait d'être au pouvoir, d'être celui tout en haut, d'être celui qui décide. Et vous comprendrez la maladie du peuple français, une maladie qui consiste à toujours de tirer une balle dans le pied en détestant tout ce qui représente la "réussite" ou la prise de risque. Les français ne reprochent pas à Sarko l'augmentation de la dette et la destruction du "vivre ensemble", mais bien d'être devenu sur la fin de mandat le petit chef, celui qui décide et qui impose un modèle de réussite...
    Revenons à Tsipras... ça devient lassant cette façon de réagir. C'est à se demander si l'absence de recul et de jugement n'est pas la panacée du blogueur/chroniqueur politique. Les "mauvaises langues" comme on ne cesse de nous appeler ont toujours conseillé de ne pas s'emballer et prendre Tsipras pour le père noel. Ces mêmes mauvaises langues sont de ceux qui ont considéré ce référendum comme populiste et très dangereux (sans pour autant excuser le comportement fasciste de l'allemagne et ses copains). Si Tsipras était réellement honnête, il aurait dû prévenir son peuple. "OUI, je vais tout faire pour vous soulager de cette austérité, mais NON je ne pourrai pas faire de miracle et il faudra sûrement faire encore des efforts" et surtout éviter ces putains de référendum qui ne servent à rien dès lors que cela concerne une entité plus grande que le pays qui donne son avis. L'europe est aussi anti-démocratique que les pays imaginant que voter un référendum permet d'imposer son choix au reste de l'europe...

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    1. Votre cynisme vous honore: il est évident qu'un référendum n'impose rien au reste de l'Europe. Il ne faut pas se résigner à l'idée que les aitres Européens n'ont pas vu le dommage qu'ils se créaient eux-même - une balle de chevrotine dans le pied.
      Tsipras a agit comme il devait, comme il pouvait.
      Sur Sarko, vous êtes effectivement sur Sarkofrance. Comme nous avons la mémoire courte, je l'entretiens.

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    2. Vous pensez que c'est un problème de persistance mémorielle ? Une partie (et j'en suis) pense comme vous et reproche à Sarko les problèmes de dettes. Les autres n'ont pas oublié, ce n'est tout simplement pas ce qu'ils lui reprochent. On est en France, et le problème avec les français restera toujours cette mauvaise foi légendaire (celle qui consiste à désigner la gauche comme cause de tout les problèmes depuis 50 ans par exemple). Je ne vous reproche rien et continuerai à lire ce blog encore longtemps, mais pour le coup, je ne vois pas ce que vient faire Sarko dans l'affaire !? A part ameuter les trolls je vois pas l'intérêt, et les commentaires suivants sont éloquents...
      Et je ne me résigne pas, cet élément de langage actuel qui veut que référendum=démocratie me saoule et me laisse dubitatif. Pour la grèce, je n'y ai vu qu'une façon de défoncer une porte ouverte. Le peuple avait démontré bien avant qu'il ne voulait plus de cette austérité. C'est surtout devenu un boulet qui lui est retombé à la figure lorsqu'il a fallu "négocier". c'est aussi devenu une excuse et une grande porte ouverte à l'extrême droite, vous le dites vous-même. Si un référendum était réellement démocratique, pourquoi des poutine, le pen et autres extrêmistes anti-démocratiques l'utiliseraient, à moins d'ouvrir les yeux et avouer que c'est surtout un outil populiste.

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  2. "L'Europe s'est abîmée, gravement, durement, et pour longtemps." Bah, je serai encore plus direct. L'Europe va en crever. Je ne sais dans combien de temps et après quels autres soubresauts, mais le chant du cygne est déjà entamé.

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  3. « Le FMI, si souvent décrié pour son absence de compréhension populaire, …».
    Juan, si le FMI intervient, ça n’a rien à voir avec une question d’humanité. Ce que veut le FMI, c’est que le système continue à fonctionner dans le sens des intérêts des privilégiés et des financiers. Il a compris, comme Schaüble, Merkel et même Hollande, que la décision de l’UE de continuer sur la même voie la conduisait droit dans le mur. Voilà pourquoi Hollande déclare dans le JDD d’hier : « Partager une monnaie, c'est bien plus que vouloir une convergence …. Ce choix appelle une organisation renforcée et avec les pays qui en décideront, une avant-garde. La France y est prête ». Les politicards en question ont visiblement une option en réserve : faire de l’UE un club de riches avec privilèges, carte Prémium et tout le toutim. Nous sommes vraiment très loin de l’Europe idéalisée par de doux rêveurs dont je fis partie, mais, pour ce qui me concerne, j’ai tourné la page.

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  4. Hahahahahaaaa quelle censure ! l ' est géné juan le procureur stalinien parano antisarko ??? tu ferais un bon gardien de goulag dis donc hahahahaaaa

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  5. L antisarkozysme est devenue une maladie mentale s ' apparentant à la paranoia , virant schyzophrénie ; ellelaisse beaucoup de séquelles irréversibles à ceux qui pratiquent cette idéologie excrémentielle ; notre cher Juan en est atteint , il macère lamentablement dans son petit blog déserté , alors que SARKO riche et célèbre , est toujours au top des personnages charismatiques adulés admirés et enviés . Le succés n est pas donné à tout le monde , il faut avoir du talent , juan n en a pas . mais j aime bien venir de temps en temps ici juste pour le bonheur de me faire censurer , car notre juan qui a défilé avec les charlie pour la liberté d expression ne supporte pas celles qui ne lui conviennent ; c est très de gauche tout çà en définitive ! MDR LOL

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  6. Juan, vous écrivez "Les mesures qu'il est exigé de la Grèce, toutes libérales qu'elles sont". Je vous invite à davantage de prudence, les hausses brutales de la TVA et autre taxes ne sont pas vraiment libérales-compatibles... (sans compter qu'elles ne peuvent que contracter encore davantage l'économie grec, et peser sur la consommation des classes populaires).

    Par ailleurs, la nature antidémocratique de l'euro (imposé de façon dictatoriale de l'aveu même d'Helmut Kohl => http://www.atlantico.fr/pepites/helmut-kohl-dit-avoir-agi-comme-dictateur-pour-installer-euro-693060.html ), et de l'UE, est connue depuis bien plus longtemps que l'actuelle crise: « Tous ceux qui – dont j’ai eu le privilège d’avoir fait partie – ont tenu la plume pour écrire les premières versions du traité de Maastricht ont fait en sorte que sortir ne soit pas possible. On a soigneusement oublié d’écrire l’article qui permet de sortir… Ce n’est peut-être pas très démocratique, évidemment, mais c’était une grande garantie pour rendre les choses plus difficiles, pour nous forcer d’avancer… » -Jacques Attali, à « l’université participative » organisée par Ségolène Royal le 24 janvier 2011.

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  7. "imposé de façon dictatoriale" ! les anti-MariagePourTous ont le même argument... en fait dès qu'une loi est votée, c'est donc de façon dictatoriale, non ? Personne n'a demandé l'avis aux colons leur avis sur la création des USA et d'être rassemblés en un seul état, idem pour l'URSS, idem pour la Chine. Croire que l'Europe peut se faire en concertation avec le peuple est encore plus idiot puisque les peuples européens sont tous différents de culture, d'histoire, de langue et de monnaie. Il y a 60 ans, un certain Charles avait son avis sur la question, je me rend compte qu'il ne disait pas que des conneries... La méthode de construction de l'UE utilisée se fera soit par des lois (au détriment du peuple car elles ne servent qu'une entité qui dépasse les simples personnes) ou par le peuple (au détriment du peuple puisque ça finira dans le sang).

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