28 novembre 2015

447ème semaine politique: hommage, caricatures et fragilités françaises

Croisepattes.


Le vote de l'état d'urgence a choqué quelques bonnes âmes et d'autres simples vigilants. La France est en deuil, sauf sans doute chez quelques politiciens et des commentateurs plus préoccupées par la cohérence de leur posture que la prise en compte de la réalité et de l'émotion. La France est en deuil et certains se sont trouvés de bonnes raisons pour se démarquer de l'hommage. Ils étaient heureusement marginaux. 

 

Mieux encore, le drapeau français n'était plus l'apanage de quelques excités, mais un symbole pour l'hommage aux victimes, deux semaines après les attentats.

 

Urgence assumée

Mardi 24 novembre, Manuel Valls est sur CANAL+. Il confie son inquiétude personnelle, le soir des attentats du 13 novembre, il habite dans le quartier du drame. Il n'a pas menti sur un point, il faut vivre avec ce terrorisme. Mais Manuel Valls est resté bloqué dans ce Petit Journal peu curieux. L'animateur Yann Barthès ne lui pose pas toutes les questions qui fâchent, notamment celle sur les premières bavures de l'état d'urgence. C'est une erreur. Car il faut surveiller, dénoncer, exposer ces bavures. La presse est un contre-pouvoir qui est affaibli en France.

La France a écrit au Conseil de l'Europe pour évacuer tout risque de plainte... pour violation des Droits de l'homme: "Les autorités françaises ont informé le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe d’un certain nombre de mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence […], mesures qui sont susceptibles de nécessiter une dérogation à certains droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme". Le gouvernement marche sur des oeufs, il le sait. Mediapart révèle que le ministre Cazeneuve a même appelé ses troupes au discernement dans les perquisitions administratives.

L'état d'urgence dont le Parlement tout entier (ou presque) a voté la prolongation la semaine précédente ne fait peur qu'à une minorité. Parmi elle, certains sont coincés dans leur posture: "un gouvernement socialiste qui cède à l'urgence sécuritaire", voilà une image - caricaturale si elle n'est replacée dans son contexte - qui est évidemment savoureuse pour les critiques compulsifs. Sur Mediapart, on pouvait ainsi lire François Bonnet le 24 novembre qualifier les autorités de "pouvoir hors la loi, (un) Etat hors contrôle." L'auteur osa comparer le gouvernement Valls qui lutte contre Daech à celui de Guy Mollet qui s'abima dans la répression contre les indépendantistes algériens... On croit rêver.  Sur un blog hébergé par le même Mediapart, une contributrice qualifiait le gouvernement français "d'Etat terroriste". Considérons que l'émotion trouble les esprits, que la douleur du 13 novembre - qui est elle est nationale - affaiblit le discernement.

"La démocratie n’est pas la guerre" explique le directeur de Mediapart. Plenel se trompe, ce n'est plus le sujet. La guerre est arrivée en démocratie. Inutile de jouer sur les mots. Et l'on sait combien la guerre est dangereuse pour la démocratie. Dans notre passé national, elle a abimé toutes nos Républiques successives. Mais il faut assumer le dilemme sécurité versus liberté, sans caricature ni outrance.

Deux journalistes de Mediapart s'inquiètent de la maigre efficacité des 1.600 perquisitions réalisées en Seine Saint-Denis en 15 jours depuis les attentats. En fallait-il moins ? Une autre s'indigne des interpellations d'islamistes "radicalisés" mais présumés innocents. Faut-il attendre ? Sur Canal+, Valls révèle que 10.500 personnes fichées du statut "S" par nos polices correspondent à la description du musulman radicalisé.

Conflit international
D'autres interrogent plus légitimement la stratégie internationale du gouvernement Hollande. Ainsi Jean-Luc Mélenchon commente-t-il, ce 24 novembre: "Je me contente de dire que je n’aurais pas voté l’état d’urgence qui me semble créer davantage de problèmes qu’il peut en régler." Il réclame "une répression sans faiblesse des prêches ou des manifestations propageant la haine religieuse." Il pointe les trop faibles moyens humains, et non juridiques, de la police et du renseignement, affaibli par une douzaine d'années d'austérité budgétaire: "Entendre François Hollande dire que « le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité » est un heureux changement de pied". Il ajoute surtout: "Puis je viens sur ce que je considère comme l’essentiel : avoir une stratégie globale dans le contexte."

Oui, l'essentiel est ailleurs, dans le contexte international.
Oui, l'internationalisation du conflit est évidente.
"Aucune action « terroriste » n’a jamais lieu en France autrement qu’en relation directe avec un conflit entre puissances." Jean-Luc Mélenchon
En premier lieu, les origines du conflit sont internationales: la déstabilisation du Moyen Orient depuis 1991, l'irresponsable politique américaine en Irak, les rivalités sunnites/chiites, le choc des révolutions arabes, etc. Daech n'est pas sorti de terre comme un simple rassemblement spontané d'illuminés fanatiques.

En second lieu, ce terrorisme est international. Bruxelles est ainsi déclarée morte pendant 4 jours. Quelques dizaines de perquisitions suffisent à identifier et arrêter quatre personnes soupçonnées d'avoir aidé à la fuite de l'un des meurtriers de Paris, Salah Abdeslam, vers Bruxelles en voiture depuis Paris. A Tunis, mardi, un vendeur ambulant de 26 ans se fait sauter dans un bus, tuant 13 personnes. Daech revendique l'attentat.
Deux semaines avant les attentats de Paris, deux journalistes syriens opposés à Daech étaient assassinés en Turquie. Cette même Turquie qu'on accuse de recycler/blanchir le pétrole de Daech. Comme l'Arabie Saoudite, devenue fréquentable malgré un soutien historique et décisif aux premières cohortes de Daech.

La réalité est grise.


En troisième lieuFrançois Hollande peine à constituer une force internationale contre Daech. Pire, ce front commun contre Daech se fissure avant même d'exister. Mardi, un bombardier russe Su-24 russe est abattu par deux F-16 turcs. Vladimir Poutine a annoncé quelques mesures immédiates de boycott de la Turquie.

En Europe, Hollande a eu recours à l’article 42-7 du traité de Lisbonne sur l’Union européenne adopté en 2009. Cette disposition oblige les membres de l'UE à un soutien somme toute modeste "au cas où un Etat membre serait l'objet d'une agression armée sur son territoire." Il faut avouer que les moyens militaires de l'Europe sont finalement tout aussi modestes, si l'on exclue la France - qui vient de faire voter 273 millions d'euros de crédits militaires supplémentaires au Sénat - et le Royaume Uni. "Nous enregistrons des messages de compassion du Premier ministre britannique, de la chancelière allemande, de tous les chefs d'Etat européens, mais nous sommes un peu seuls sur le terrain" regrette Alain Juppé.



Xénophobie identitaire
Si une partie de l'extrême gauche, soutenue par une poignée de journaux, s'oppose à l'état d'urgence sans s'interroger davantage sur les moyens de lutte immédiate et concrète contre Daech, l'extrême droite et la droite furibarde ont choisi de stigmatiser l'islam et le "multiculturalisme", d'en appeler à l'identité française et aux réflexes xénophobes.

Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il repris sa campagne des élections régionales. Le premier tour est dans 7 jours. Lors d'un meeting à Avignon, l'ancien chef d'Etat répète qu'il était président. Il cesse de faire des blagues, Il est plus calme sur l'estrade qu'il tient de ses deux mains. Il lit son texte tant celui-ci n'est pas naturel. Il abandonne son costume de De Funès version calembours qu'il avait emprunté depuis quelques lustres. Sarkozy cherche à se re-présidentialiser... ça ne vous rappelle rien ? L'homme tenté durant un quinquennat de paraître président, à défaut d'agir comme tel. Cette fois-ci, il est coincé entre un duo Hollande/Valls qui lui ont chipé tout son argumentaire sécuritaire, et une extrême droite clamant l'identité chrétienne du pays.

A Avignon, Sarkozy insiste sur l'identité nationale. Il fonce sur sa droite de peur de disparaître effacé sous le Front. "Il n'y a pas d'identité française heureuse dans une société devenue multiculturelle". Ce n'est plus une passerelle, c'est un aqueduc. Sarkozy rebondit sur le drame atroce du 13 novembre pour faire le procès des "mauvais Français": "Nul ne peut plus désormais vouloir partager le destin français sans prendre en compte les valeurs de la France. La France n'est pas un supermarché où l'on choisit ce qui vous convient. " A-t-il seulement compris ce qui se passe, d'où vient Daech, qui en a favorisé la création, et qui soutient cet Etat terroriste aujourd'hui ?


Hommage national
Heureusement, les déboires du microcosme politique intéressent peu. Et que l'enquête sur les attentats progresse à grand pas. On apprend peu à peu le circuit quasiment heure par heure des auteurs des 6 attentats. on découvre des complicités mal évaluées. La droite furibarde braille au laxisme passé, une gauche naïve crie à la fin de la République. Il y a même encore des débats sur le fait de savoir si Daech doit être nommé ainsi; si la France est vraiment en guerre. Il y a encore des débats, des joutes, des tribunes qu'il ne faut pas lire.


La France est en guerre, et vendredi, elle rendait hommage. Quinze jours après les attentats, des petits drapeaux français ont surgi partout dans Paris, sur des façades bourgeoises et des balcons plus abimés, sur la mairie du XVIème et les annexes de l'Armée du salut, dans le Nord et le Sud de Paris.

Cent-trente personnes, toutes civiles, pour la plupart jeunes ou très jeunes, ont été massacrées en quelques heures en plein Paris le 13 novembre. Il faudra se souvenir de cette douleur avec autant de vigueur que de vigilance à l'égard des enquêtes de police et de leurs éventuels dérapages. Car la réalité est ainsi, grise, très grise.


Vendredi, l'émotion est nationale. François Hollande livre un beau discours dans la cour des Invalides à Paris, devant 128 familles des victimes fauchées le 13 novembre (deux avaient refusé d'être là). "Vendredi 13 novembre, ce jour que nous n’oublierons jamais, la France a été frappée lâchement, dans un acte de guerre organisé de loin et froidement exécuté. Une horde d’assassins a tué 130 des nôtres et en a blessé des centaines, au nom d’une cause folle et d’un dieu trahi." 

"Ces hommes, ces femmes, avaient tous les âges, mais la plupart avait moins de 35 ans. (...) Ces femmes, ces hommes, étaient la jeunesse de France, la jeunesse d’un peuple libre, qui chérit la culture, la sienne, c’est-à-dire toutes les cultures."

Vendredi, l'hommage national ne souffrait aucun dilemme.

 Et il ne pleuvait pas.





21 novembre 2015

446ème semaine politique: Vivre avec le terrorisme... et notre classe politique.


C'est comme un mauvais cauchemar, mais pourtant si prévisible. Notre classe politique s'emballe malgré la douleur, les affres d'une vague d'attentats inédites dans notre République.

 

Il faut vivre avec.  Comme cette menace permanente.


Les regrets
La semaine d'après les attentats, on regrettait presque les polémiques d'avant. Celles des joutes outrancières dans un microcosme politique rétréci. On regrettait presque de débattre du plan secret de Manuel Valls et, accessoirement, François Hollande, pour le soir du premier tour des élections régionales du 6 décembre prochain: la fusion des listes PS avec celle de la droite qu'ils devinent en tête, ou le désistement du PS en faveur de l'ex-UMP, dans deux régions au moins qui s'annoncent perdues.

Qui se fiche encore des élections régionales ?

On regretterait ce temps si proche où nos journaux, aidés et involontairement soutenus par une classe de commentateurs professionnels ou amateurs sur-active, s'attachaient à entretenir coûte que coûte ces feuilletons politiciens, ces rebondissement fabriqués.

On regrettait le temps où l'on pouvait commenter combien Manuel Valls était coupable d'imaginer un rassemblement de centre-droit. Combien il semblait fatigué, épuisé, et cramé face au jeune Emmanuel Macron qui l'avait doublé dans les sondages.

Que tout ceci semble loin, très loin.

Futile, très futile.

La dure semaine
Samedi, puis dimanche, Jean-Luc Mélenchon eut des mots justes: oui, nous étions tristes et nous avions la haine; oui, l'Etat devait être fort. Mais non, il ne fallait pas oublier que la République devait rester républicaine et ne pas sombrer dans l'état d'exception. Nicolas Sarkozy, à l'inverse, sombra dans la critique de François Hollande sans attendre que les cadavres aient refroidi. Il continua sur sa lancée le weekend durant, tout préoccupé qu'il était par le risque de se faire doubler par Marine Le Pen. Sarkozy, qui réclamait l'union nationale quand lui-même président fut confronté à des attentats comme les attaques de Mohammed Merah, n'a plus décence ni retenue.

Dès dimanche, les Parisiens n'ont cure des interdictions de regroupement. On se rassemble, partout dans Paris. On allume des bougies devant les lieux du drame. On trinque, on sort, on travaille. Paris s'allume de bleu/blanc/rouge sur ses tours Eiffel et Montparnasse. Dans les rues, la tristesse et l'émotion encore. Et des soldats.

Lundi, François Hollande a livré un beau discours devant le parlement réuni en Congrès à Versailles. Un beau discours ponctué de quelques déclarations sidérantes. Car Hollande réclame la déchéance de nationalité contre les terroristes à double nationalité. Hollande sombre dans les pires bêtises du sarkozysme. Effrayé par son Grand Scrutin de 2017, il ne cherche plus qu'à trianguler ses adversaires pressentis Le Pen et Sarkozy.Et il annonce une réforme de la Constitution sous prétexte qu'elle ne serait plus adaptée ? Qui a vu que les attentats du 13 novembre avaient été facilités par des "failles" constitutionnelles ?

Hollande "intensifie" aussi les bombardements sur Daech en Syrie, et même en Irak. Le porte-avion Charles-de-Gaulle file sur la zone méditerranéenne proche pour multiplier par trois les frappes aériennes. Ce n'est pas Hollande est qui est parti en guerre, c'est la guerre qui l'a pris.

Mardi, comme la veille, les musulmans de France sont interpellés, parfois discriminés, parfois attaqués. Quelques réactionnaires et xénophobes identitaires se livrent à tous les amalgames.

Mercredi, les forces de l'ordre ont attaqué et capturé des terroristes, ce qui semble être le reste du commando qui avait frappé la France vendredi 13 novembre. Le même mardi, l'Assemblée nationale livrait un piteux spectacle de disputes entre députés de l'opposition et membres du gouvernement. Plus précisément, c'étaient les députés sarkozystes à droite qui braillaient dans l'indécence la plus totale. Désespérés ou cyniques, ils sont nombreux ceux qui sombrent dans la caricature. Eric Zemmour et Marine Le Pen sont de la seconde catégorie, quand ils accusent, à tour de rôle et avec les mêmes mots, le ministre de l'intérieur d'avoir expliqué que prôner le djihad n'est pas répréhensible.

Mercredi, les Anonymous commençaient à attaquer les identités numériques et sites internet de Daech. Selon le magazine Dazed and Confused, quelques 5000 comptes Twitter ou Facebook affiliés aux barbares auraient été ainsi désactivés la semaine dernière.

Jeudi, on en savait encore bien davantage sur les terroristes du 13 novembre. Et parmi eux, un cas qui autorisait tous les amalgames: l'un des kamikazes du Stade de France disposait d'un faux passeport syrien avec lequel il s'est fait passer pour un demandeur d'asile en octobre dernier, relate Mediapart. Cela suffit à exciter ce que la fachosphère compte de Ligards et de xénophobes.
En fin de semaine, un second cas de faux-réfugié parmi ces vrais barbares est identifié.

Vendredi, une trentaine de personnes sont tués à Bamako dans un hôtel luxueux. C'est le rival Al Qaïda qui revendique. La surenchère entre organisations barbares devient lunaire.

Mais vendredi, on trinque et sourit, debout et verre aux lèvres, à 21H20, heure de déclenchement de la première attaque la semaine précédente. Et les prêches de nombreuses mosquées étaient des appels à la paix.

Nos libertés rétrécies
Après le drame, les pleurs, et les souffrances des 6 attentats simultanés du vendredi 13 novembre, préalablement proclamé journée de la gentillesse, le pays eut quand même quelques satisfactions. Mercredi à l'aube, vers 4h45 du matin à Saint-Denis près de Paris, les forces de l'ordre ont neutralisé 6 terroristes: un kamikaze qui s'est fait sauter avec une ceinture d'explosifs; un autre homme tué également qu'on identifiera quelques heures plus tard comme le cerveau présumé des attentats de vendredi - Abdelhamid Abaaoud, un jeune djihadiste belgo-marocain qui faisait des selfies en Syrie devant des cadavres de civils; sa jeune cousine "obsédée du jihad", et 3 autres "suspects" interpelés vivants dans une cache insalubre et bourrée d'armes contrôlée par un malfrat du quartier. Nos terreurs islamistes, pour la plupart issue de la petite délinquance, continuaient de fréquenter des racailles.

En moins de 5 jours après les attentats, les forces de l'ordre ont donc fait un travail formidable. Et ce résultat a été obtenu grâce des réquisitions bancaires et de la surveillance électronique. On peut, on doit applaudir ces résultats même si l'on s'inquiète des restrictions portées aux libertés publiques.

Il y avait des grincheux, des jaloux, ou des politicards pour fustiger le gouvernement de la France qui n'aurait pas empêché Abdelhamid Abaaoud d'entrer sur notre sol alors que dernier était recherché par Interpol. Les partisans d'une France forteresse, qui n'ont jamais rien compris aux bénéfices de la circulation des biens et des hommes dans une Europe réconciliée, se régalent aujourd'hui que la France est meurtrie de voir que le réflexe sécuritaire a pris le dessus. A l'inverse, les réfractaires naïfs au moindre contrôle des frontières hurlent à la dictature, au "recul historique de la gauche", et à la fin des libertés individuelles.

Quand les autorités interdisent toute manifestation pendant la COP21, ils s'indignent. Qu'ont-ils compris de la menace ?

La veille des attentats de Paris, Daech revendiquait un attentat suicide à Beyrouth, au Liban, dans un fief du Hezbollah. Pour les cerveaux rétrécis aux Valeurs Actuelles et autres torchons xénophobes, cette lutte à mort entre deux établissements du terrorisme radical islamiste doit sembler curieuse et frappée.

Quand la France est en guerre - car on peut être en guerre contre autre chose que des Etats -, le pays doit se défendre et riposter. Imaginer que cette guerre contre Daech s'arrête après quelques jours de deuil est indécent, ou naïf.

En fin de semaine, le Parlement quasi-unanime vote la prolongation de l'état d'urgence, sans débattre. Il accepte l'application d'un texte de 1955 dont Manuel Valls confie qu'il n'est pas très constitutionnel. A gauche, quelques rares voix s'élèvent pour protester.  Des plus fortes facilités à l'action des enquêteurs ou à l'intervention des forces de l'ordre sont pourtant nécessaires. La Quadrature du Net s'inquiète ainsi que le gouvernement puisse censurer tout site ou média "faisant l'apologie du terrorisme ou provoquant à des actes de terrorisme." Pourquoi s'inquiéter que le magazine officiel de Daech puisse être censuré ? De plus, députés et sénateurs ont finalement interdit toute entrave à la liberté de presse et des avocats.

Il faudra débattre des conditions de cet état d'urgence et de la riposte contre le terrorisme de Daech. Mais en sommes-nous collectivement capables ?



On ne choisit pas de vivre avec le terrorisme. Mais on choisit son débat politique.



17 novembre 2015

Les 5 messages de François Hollande chef de guerre.

 

On pourrait paraphraser Renaud et sa chanson "Dès que le vent soufflera".

"Ce n'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme". 

Ce n'est pas Hollande est qui est parti en guerre, c'est la guerre qui l'a pris. 



Lundi 16 novembre, devant le parlement réuni en Congrès grâce à une réforme inutile mais célébré par quelques sarkozystes qui n'avaient que cela à bougonner lors de ces dernières heures dramatiques, Hollande a livré un grand discours qui effraie les pacifistes.

1. Hollande a infléchi son hostilité vis-à-vis de Bachar el Assad. Il se décide à discuter avec Poutine. Cette real-politik satisfait du Front national aux Républicains et jusqu'à une large fraction de la gauche. No comment. Qu'Hollande choisisse de se réfugier dans les résolutions du Conseil de Sécurité a suffit à convaincre la quasi-totalité de la classe politique.

2. Hollande réclame une modification de la Constitution pour davantage d'état d'urgence, sans donner trop de détails. La Constitution prévoit 12 jours sans autorisation parlementaire - 12 jours sans contrôle du Législateur pour les assignations à domicile et les perquisitions nécessaires. Est-ce trop peu ? La République a toutes les armes juridiques pour se livrer à la guerre contre Daech. Le juge Marc Trevidic, qui nous prévenait voici quelques semaines que le pire de l'Etat Islamique était à venir, l'a répété: nos forces de l'ordre et d'espionnage manquent de moyens humains, techniques et militaires. Pas de lois ni d'assouplissements de règles à l'encontre de nos libertés.

3. Hollande sombre dans le piège de la déchéance de nationalité. Penser que la déchéance de nationalité est (1) efficace, (2) républicaine, et (3) à la hauteur des évènements est un rétrécissement de la pensée collective née quelque part dans les années 40 quand la France n'était plus République. Hollande tombe dans le piège. Il rejoint Sarkozy et son débile discours de Grenoble de juillet 2010: "Nous ne pouvons pas rendre quelqu’un apatride, mais nous devons pouvoir le faire [déchéance de la nationalité] pour une personne condamnée pour des actes de terrorisme même si elle est née française, si elle a une autre nationalité" a expliqué Hollande ce lundi. Quelle est l'efficacité politique et militaire (puisque nous sommes en guerre) de cette mesure ? Nulle. Etendre la déchéance de nationalité à des Français nés français est symboliquement sidérant, politiquement rétréci et militairement inutile.

4. Pour la guerre, et la lutte contre Daech, Hollande créé le Pacte de sécurité, plus fort que le pacte de stabilité budgétaire. C'est heureux. Voici donc 5 000 postes de policiers et gendarmes d’ici à deux ans (10.000 sur l'ensemble du quinquennat), 1 000 postes pour les douanes ; 2 500 postes supplémentaires pour la justice et le rappel de 59 000 réservistes. 

5. Pour la France, et surtout sa fraction qui s'effraie de la crise des réfugiés, Hollande a rappelé l'évidence: "la crise des réfugiés est directement liée à la guerre en Syrie et en Irak. Leurs habitants sont martyrisés et fuient, ils sont aussi victimes. Il faut que l’Europe accueille avec dignité ceux qui relèvent du droit d’asile et renvoie ceux qui ne le sont pas." Hollande parle de réfugiés, pas de migrants.

Mais la République doit rester elle-même et ne pas abîmer son identité première, c'est-à-dire la citoyenneté.

14 novembre 2015

445ème semaine politique: #JeSuisEnGuerre

 

La France est entrée en guerre sur son sol vendredi 13 novembre.

Huit assaillants, pour la plupart avec des ceintures d'explosifs attachés autour de la taille, ont simultané frappé 6 lieux en Ile-de-France - la salle de concert du Bataclan, les abords du Stade de France où se déroulait un match amical France-Allemagne devant 80.000 personnes et le président Hollande; et un restaurant dans le 11ème arrondissement. Pour la première fois, quatre kamikazes se sont fait sauter pour tuer. Vers minuit, c'est un Hollande essoufflé par l'émotion qui annonce l'intervention de l'armée dans les rues de Paris, l'état d'urgence et la fermeture des frontières.

Samedi matin vers 11h55, l'Etat islamique a revendiqué les attentats.

Source AFP - samedi 14 novembre, 8h du matin

D'une vidéo filmée par un journaliste du Monde alors qu'il se prenait une balle dans le bras peu avant 22 heures à la sortie du Bataclan, aux prises de vues ou aux clichés rapidement postés sur les réseaux sociaux, des centaines d'images ont envahi nos écrans. Les témoignages des centaines de personnes rescapées ou blessées ont complété l'horreur.

Rue de Charonne, une fusillade a coûté la vie à 19 personnes.  "C'est une scène de guerre, on ne peut pas gérer ça" expliquait en pleurant, samedi, un témoin de l'attaque.

Dans la nuit de vendredi à samedi, on annonça 18 morts. Puis 30, puis 50. A petit matin, le comptage affichait plus de 120 tués dont 8 terroristes. Deux d'entre eux se font fait sauter à Saint Denis, deux autres au Bataclan. Une majorité du pays se réveille et découvre l'horreur. Le Nord de Paris a vécu des scènes de guerre.

Puisque nous sommes en guerre.

On peut rappeler la responsabilité de l'Europe ou des Etats-Unis dans la déstabilisation politique du Moyen Orient depuis l'aube des années 2000, jusqu'à la guerre de Libye en 2011 et la chute du régime du colonel Kadhafi. On peut pointer du doigt les interventions militaires françaises plus récentes au Mali contre Aqmi en 2013 ou contre Daech cette année; le double jeu de certains émirats ou les dérapages anti-islam en France qui renforcent les plus extrémistes et les plus fous. On peut aussi s'interroger sur les facilités de Daech à vendre son pétrole, et disposer ainsi de la plus grande fortune qu'une organisation terroriste ait jamais possédé.

Ces explications au long cours sont essentielles pour comprendre d'où l'on vient. Et totalement obsolètes pour savoir comment réagir, dangereuses alors que la mobilisation nécessaire.

La France est en guerre. Fallait-il se taire devant l'occupant en 1940 sous prétexte que les Alliés de 14-18 l'avaient bien cherché à force d'humiliations imposées à l'Allemagne ?

La France est fragile quand elle est divisée. Tout concourt aujourd'hui à sa fragilité. L'époque est d'abord au ricanement permanent et aux raccourcis de la pensée. Certains ne savent plus réagir autrement que comme cela. Certains auront besoin de critiquer pour démontrer que leur esprit critique reste aiguisé alors que la France pourrait sombrer dans l'unanimisme sécuritaire. Mais la France est en guerre.

130 morts ou plus devraient suffire à convaincre les indécis.

Alors que les assauts n'étaient pas résolus, les réactions les plus violentes et déplacées vinrent du Front national. Le sang des victimes était encore chaud que Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen, fustigeait la politique de François Hollande. Gilbert Collard appelait sans retenue à voter Marine Le Pen. La fachosphère publiait des fausses rumeurs sur internet.

La droite furibarde s'est aussi lâchée avec à peine moins de retenue. Laurent Wauquiez réclamait que "les 4 000 personnes vivant sur le territoire français, fichées pour terrorisme" soient rapidement internées.Vers 11h30 du matin, samedi, Nicolas Sarkozy réagissait d'abord sobrement. Mais sans surprise, il ne put s'empêcher de critiquer la politique de François Hollande. Son fils junior, Louis, a publié un tweet incendiaire et horrible contre Hollande qu'il a rapidement effacé. 

Ces attentats de Paris disqualifient aussi le discours anti-Charlie de janvier. 

Rappelez-vous la polémique, entretenue à des degrés divers, qui relayait l'idée selon laquelle les victimes des attentats de janvier l'avaient quelque part "bien cherché". Même la prise d'otage du supermarché HyperCasher fut attribué à la politique d'Israel comme certains savent si cyniquement bien le faire à chaque attentat antisémite. Rappelez-vous les auteurs d'ouvrages post-Charlie qui caricaturèrent ensuite l'émotion collective comme un assaut d'islamophobie conservatrice. Ces seconds attentats de Paris ont frappé à l'aveugle et en masse. Un vendredi soir veille de weekend. Dans les rues, des restaurants, dans une salle de concert, ou un stade où des dizaines de milliers de civils y compris des enfants, assistaient à un match de foot.

Ces attaques démontrent, s'il le fallait, que ce djihadisme ne choisit pas ses victimes: jeunes ou vieux, athées ou croyants, musulmans, juifs ou chrétiens, Français ou étrangers, citoyens ou immigrés. Environ 130 personnes ont été tuées ce vendredi 13 novembre, quatre-vingt autres gravement blessées. Paris s'est transformé en village, chacun aura un témoignage personnel, direct ou indirect, mais dramatique, à partager.

"C'est un acte de guerre commis par une armée terroriste, Daech; commis par une armée djihadiste; (...) un acte de guerre préparé, planifiée depuis l'extérieur, avec des complicités intérieures."  François Hollande, 14 novembre 2015.

#JeSuisEnGuerre



Ami citoyen, c'est la guerre.






(voici la chanson de Eagles of Death Metal, chantée au moment où 4 assaillants commencèrent à flinguer. #Enjoy)



7 novembre 2015

444ème semaine politique: Valls, Sarkozy, et Hollande dans les pièges de la com'



Où il est question de Manuel Valls qui fait à son tour son discours de Grenoble; de Nicolas Sarkozy surprenant de "Rantanplitude" sur RTL. De François Hollande embarqué par un désastre de com' "de terrain" avec une certaine Lucette, 69 ans.

Où il est question de cette com' qui remplace l'action, affaiblit les idées, et tue la politique à petit feu.

La politique mérite mieux. En Espagne, Podemos a redonné des couleurs à l'engagement citoyen. Au Portugal, la gauche plurielle s'unit. En France, des élus et sympathisants font campagne, parfois avec l'énergie du désespoir ou l'envie de convaincre. Mais en France, nos seniors du combat politique paraissent désemparés.


Valls et le discours de Moirans
Il fait paraît-il un "duel", de surcroît à distance, avec Nicolas Sarkozy. A-t-il le choix ? Manuel Valls tente de survivre. Aspiré par Hollande, coincé au gouvernement, abimé par l'enfer de Matignon, le premier ministre se place sur un horizon politique plus lointain que cette présidentielle. Et quoi de mieux que de s'affronter à un ancien monarque qui sera peut-être son adversaire de 2022 ?

Les meilleurs duels sont aussi ceux qui opposent des proches. Les meilleurs westerns cinématographiques ont de cet acabit.

Cette semaine, voici donc Valls sur le terrain sécuritaire. Il s'est rendu à Moirans, près de Grenoble, où des gens du voyage le 20 octobre dernier avaient incendié 35 voitures, détruit du mobilier public, dégradé un restaurant et bloqué une voie ferrée après le refus par un juge de libérer l'un des leurs pour qu'il assiste à un enterrement. En juillet 2010, Sarkozy alors président était venu dans la région dans des circonstances similaires. Son fameux discours de Grenoble, xénophobe et vichyste, pronant la déchéance de nationalité et la chasse aux roms, avait horrifié jusqu'à l'Eglise, la Commission et le Conseil européens, et même l'ONU, et fracturé pour la première fois sa propre majorité entre centristes et sarko-fans.

A son tour, Valls vient avec son discours, il livre sa tribune sur Facebook. A la différence de Sarkozy,  Valls ne délivre aucune outrance. Les mots sont importants dans un mots où l'hégémonie culturelle semble avoir été abandonnée à l'extrême droite et la droite furibarde. Valls cite Hobbes et Hannah Arrendt. Il s'inquiète de "l'effondrement plus ou moins général, plus ou moins dramatique de toutes les autorités traditionnelles". Il critique cette droite qui coupe dans les moyens de la justice et de la police mais braille en parallèle ses arguments anxiogènes et démagogiques.

Les mots sont importants, mais ils ne suffisent plus. Dans son (trop) long texte, Valls se livre aussi à une auto-défense qui ne résiste pas à l'examen de la réalité. Il n'est plus convaincant quand il loue sa politique de l'offre. Même les médias conservateurs commencent à l'avouer. Cette dernière est un flop.  Et  les signaux faibles d'une reprise économique molle et fatiguée n'écartent pas le constat principal: la France sortira du quinquennat Hollande avec des comptes un peu redressés, mais davantage de chômage et d'inégalités sociales.

Valls est aussi silencieux sur ses propres dérapages à l'encontre des immigrés, ou de l'atonie française à l'égard des réfugiés du Moyen-Orient. Il se félicite d'une Europe qui vient pourtant de mettre à genoux la Grèce.

Last but not least, Valls reprend l'antienne libérale confusionniste selon laquelle il y a trop d'impôts en France: "Oui, il y a une rupture de confiance entre les Français et l’impôt. Oui, les impôts ont trop augmenté" martèle-t-il. Mais de quels impôts parle-t-on ? La plus forte progression fiscale des 3 dernières années ont touché les revenus du capital et des couches les plus aisées. Par cynisme ou amateurisme, Valls entretient la confusion la plus complète entre les impôts des riches et les impôts des modestes. Avec l'amateurisme le plus complet, le gouvernement vient ainsi de supprimer la taxe foncière que quelque 250.000 retraités modestes s'apprêtaient à payer pour la première fois à cause d'un abaissement de seuil décidée par la majorité sarkozyste. Le secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert, a même appelé ces contribuables à ne pas payer leur impôt s'ils avaient déjà reçu l'appel du fisc. Quel cirque !

A l'inverse, le fisc est tombé sur deux des rares médias indépendants, Arrêt sur Images et Mediapart. La fiscalité a ses raisons que la justice ignore. Les deux sites n'appliquaient pas la bonne TVA depuis quelques lustres. Ce redressement peut leur coûter la survie.

Sarkozy, mensonges et omissions.
Il dérape, il dévie, détonne à peine sur RTL un 4 novembre au matin. Une trop longue interview, et voici que l'on retrouve l'ancien monarque sans filtre ni parachute. Sarkozy est resté Rantanplan, comme avant. Le même, inchangé, figé dans le temps et ses bourdes, incapable de réaliser combien il s'auto-détruit par ses propres bêtises. Ce mercredi-là, le déni dont il fit preuve a surpris: il n'a donc vraiment pas changé.
"J'aimerai savoir quelle est la promesse de 2007 que je n'ai pas tenue".
Il fallait l'entendre pour croire à une telle audace. Nicolas Sarkozy vit dans un monde parallèle.Sur le reste, le candidat est déjà lui aussi en campagne pour 2017: création de 20.000 places de prisons, maintien de la centrale de Fessenheim, suppression des 35 heures, affaiblissement du rôle syndical.

Dans son monde, on peut aussi dépenser deux ou trois fois plus que tous les plafonds légaux de financement de campagne présidentielle. Les enquêteurs de l'affaire Bygmalion - une fraude de 18 millions d'euros portant sur la campagne de 2012 - ont mis la main sur d'autres documents à charge... et une seconde agence de communication qui, selon Mediapart, surfacturait également ses frais.

L'actuel président de LR n'attire plus les foules, son autorité est contestée. C'est peut-être le seul changement par rapport à l'ancienne et glorieuse époque de Sarkofrance. Alors il sur-joue la com'.

Sarkozy est pourtant seul sur l'estrade de  la Mutualité, à Paris, pour son discours au conseil national du parti. Ses rivaux Fillon, Le Maire et Juppé sèchent, les sarkozystes fulminent. Et Sarkozy est défié dans le Sud-Ouest par un ancien politologue devenu tête de liste LR aux élections régionales, Dominique Reinié. Ce dernier vient d'éjecter un sarkozyste de son équipe. L'ancien monarque ne sait plus tenir son propre parti...


Hollande et le syndrome de Lucette
Tout concourt à préparer un duel Sarko/Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Et la course aveugle de l'équipe Hollande n'y change rien, bien au contraire.

Même sur le terrain sociétal, cette dernière commet des sorties de route sur le chemin du progrès. Cette semaine, Marisol Touraine a légalisé le don du sang par les homosexuels à condition d'une abstinence sexuelle ... de 12 mois (contre 4 mois pour les hétérosexuels). La ministre de la Santé abroge une interdiction pour officialiser une discrimination, la belle affaire !

A quelques semaines du scrutin régional et quelques jours de l'ouverture de la COP21, le même gouvernement laisse le préfet de Loire-Atlantique engager la « reprise » des travaux de l'aéroport controversé à Notre-Dame-des-Landes. Quel signe !

Engagés têtes baissées dans des efforts de com' tous azimuts comme pour masquer la réalité inaudible ou inexistante de leur action sur le terrain, les ministres prennent des coups ou trébuchent. Interrogée sur RMC, la ministre du travail confesse ainsi qu'elle ne sait pas combien de fois un CDD peut être renouvelé (deux fois, madame la ministre; deux fois). Sa consoeur de l'Education nationale est elle victime d'une violente diatribe misogyne à souhaits par le sous-chroniqueur d'un hebdomadaire conservateur qui raille son rouge-à-lèvres et son soutien-gorge. Najat Vallaud-Belkacem pouvait pourtant se féliciter pour sa campagne récente contre le harcèlement à l'école, une campagne qui a énervé ... des syndicats d'enseignants. Le monde tourne à l'envers...

La com' artificielle de la Présidence fait autant de ravages. L'effet Boomerang de la rencontre Hollande avec une retraitée dénommée "Lucette", le 29 octobre en Lorraine, est manifeste. Dans un appartement nettoyé et sécurisé de fonds en comble, décoré de multiples bouquets de fleurs,devant des caméras et les flashes crépitants de la presse,  l'échange "populo-présidentiel" a tout du pré-fabriqué daté et creux, c'est de la télé-réalité d'Etat dénonce Mélenchon. Lucette a tout balancé après: on lui avait soufflé les questions, on lui ne avait interdit d'autres.
"Le petit génie de la com qui a trouvé cette idée à deux balles nous prend vraiment pour des demeurés." Jean-Luc Mélenchon
Giscard invitait des éboueurs pour le petit-déjeuner matinal à l'Elysée, Sarkozy faisait embaucher des figurants pour des visites dans les usines, Hollande joue au café improvisé. Nous sommes en 2015, à l'heure des réseaux sociaux, de la sur-transparence médiatique, de l'instantanéité de la communication, et certains communicants élyséens déroulent encore des plans de com' hérités des années 70.



L'affaire Lucette n'est pas seulement risible, elle abime encore davantage la politique. Sommé de s'expliquer sur cette mise en scène, Hollande se justifie:


"Sur le contact direct, je sais que les Français savent me trouver."


Oui, les Français savent où vous trouver.


6 novembre 2015

#CoupDeGueule pour 2017.

Si en 2017, Madame Le Pen et Monsieur Sarkozy sont les seules options du second tour des élections présidentielles, monsieur, madame, ne préférez pas la mort à la peste ou au choléra, la pureté de vos bulletin se doit d’être salie pour la République dont les représentants ne peuvent être les meurtriers.


Mais, si en 2017, quinze ans n’ont pas suffit à virer l’extrême droite de nos urnes, alors ne votez pas pour Monsieur Sarkozy. Ne votez pas pour un ancien président, avec, pour excuse, sa prétendue expérience. Ne votez pas pour l'homme qui promet la fin d'une égalité maritale et qui promeut le début de nouvelles barrières.

Ne votez pas pour l'ami des dictateurs, le camarades des tyrans, le chef des cons. Ne votez pas pour celui dont l’équipe ministérielle était composée d'une imbécile raciste et d'un autre xénophobe.

Ne votez pas pour celui que le gouvernement a "humilié", celui que la justice a "déshonoré", celui que la France a "appelé".

Non ne votez pas pour lui.

Votez contre elle, contre l'extrémisme, non pas religieux mais politique, contre le suicide français, pour reprendre les mots d'un pseudo intellectuel réactionnaire, homophobe et misogyne, contre la fin de la république, de la démocratie, de la France. "La France aux Français" qu'ils fanfaronnaient sous leurs étendards bleu marine? Même la symbolique de la seule couleur représentante de ce parti de la République anti-républicain est défaillante, bleu marine tu n'es pas la France, son peuple et ses combats, bleu marine si tu t'abats sur nous de ton voile de nuit, c'est dans les ténèbres du XXIeme siècle que tu nous plongeras, adieu Lumières, Voltaires, Diderot et les autres, adieu liberté et révolution, adieu la France.

Et toi France, douce France, belle France, ne la laisse pas sonner le glas de ton indifférence! Que fait-il, ton gouvernement, pour contrer à ce massacre? Élite politique de notre pays, je t'accuse d'être enfermée entre les hauts murs du "palais" de l'Elysée, de Matignon ou d'un quelconque autre ministère.

Hommes et femmes politiques de la nation, où êtes-vous quand elle a besoin de vous? Et plus encore, qui êtes vous? Ce n'est pas du fait de mon jeune âge que je ne me reconnais pas dans votre politique, vos paroles, vos promesses. Représentants d'un État que vous ne représentez plus, pourquoi ne réagissez-vous pas?

Trouvez-vous cela normal, de ne plus être les ambassadeurs de vos propres idées et programmes? Il vous reste un an pour changer la mise, alors essayez. Car je vous accuse tous, je vous tiens pour responsables, coupables de ce crime contre l'Etat français, complice dans la non-assistance d'idéal en danger, vous, députés, sénateurs, ministres, chefs de partis, maires, responsables politiques et vous, monsieur le Président, coupables si le résultat de notre dernier scrutin signe la fin de notre République.

Vous pouvez stigmatiser l’extrême droite autant qu’il vous plaira, faire front au Front National dans vos séances à huit-clos, quels seront les résultats de ces mesures invisibles?

Que changerez-vous à ne rien faire?








PS: premier billet de Lianne.

5 novembre 2015

L'Alzheimer frappe Sarkozy en pleine jeunesse.

L'exercice est fatiguant, si prévisible. L'homme n'a pas changé. S'il était à nouveau élu en 2017, il suffira de relire nos blogs - celui-ci et quelques autres, pour savoir de quoi il en retourne.

L'exercice est fatiguant.

Nicolas Sarkozy était ce 4 novembre sur RTL comme pris d'une amnésie intense et prévisible.


L'homme ne savait plus quelle promesse il n'avait pas tenues.

"J’aimerais savoir quelle est la promesse de 2007 que je n’ai pas tenue". Nicolas Sarkozy, 4 novembre 2015


On aurait pu lui "pousser" un abécédaire écrit au fil du temps pendant 5 ans.

On aurait pu.

Mais quelle fatigue...


L'abécédaire des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy (2007-2012)

Voici notre quatrième mise à jour de l’abécédaire de ses promesses non tenues, réalisé une première fois en décembre 2008, une seconde fois en mai 2010, et une troisième en mai dernier. L'exercice touche à sa fin. En mai 2010, les communicants de l'Elysée avaient déjà publié un premier feuillet d'auto-justification publié par les communicants de l'Elysée, réactualisé l'an passé.


(lire la suite)