26 décembre 2015

La France déchue de François Hollande (451ème semaine politique)

 
Crédit Illustration: DoZone Parody

 

Le réveillon est clos. Hollande remonte dans les sondages. Le chômage frôle des records inattendus. L'extrême droite sera au second tour d'un scrutin présidentiel de la République.


Joyeux Noël.

 

Mercredi 23 décembre, François Hollande a finalement maintenu la déchéance de nationalité comme punition symbolique, détestable et inefficace à son projet de loi d'extension de l'état d'urgence dans notre Constitution.  Politiquement, la décision fait débat. Hollande retient des élections régionales qu'il a blanc-seing pour chiper tous les symboles de la droite furibarde, jusqu'à ceux de l'extrême droite.


Le tournant
Si elle est votée, cette déchéance s'étendra donc aux bi-nationaux "condamnés définitivement pour un acte qualifié de crime ou de délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme" même s'ils sont nés Français. Le Conseil d'Etat ne trouve rien à redire, ou presque: "cette mesure pourrait se heurter à un éventuel principe fondamental reconnu par les lois de la République interdisant de priver les Français de naissance de leur nationalité. (...) La mesure envisagée par le Gouvernement poserait, en particulier, la question de sa conformité au principe de la garantie des droits proclamé par l’article 16 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen."

Rien que ça.

Christiane Taubira, garde des Sceaux, assurait la veille de la décision de son opposition à la mesure et que cette dernière avait été abandonnée par Hollande. Après son adoption en conseil des ministres, la déchéance de nationalité affaiblit la crédibilité de la Garde des Sceaux.

Les supporteurs du président toussent, ils expliquent que "les clivages tombent", que les "temps ont changé" à cause des attentats qui ont frappé la France. Ils confondent la riposte militaire contre Daesch avec cette manœuvre politicienne. Ils rappellent que la République avait été plus violente en 1848 en menaçant de déchéance de nationalité les esclavagistes. Ils rappellent aussi la réforme d'Elisabeth Guigou de 1998, oubliant au passage que sa démarche était l'exact opposé -  La gauche plurielle du gouvernement Jospin l'avait restreinte aux bi-nationaux naturalisés en 1998 pour éviter de créer des apatrides.

Cette mesure est stupide: elle créera plus de problèmes que de solutions. L'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic s'interroge: "Que se passera-t-il si l'Algérie, les Etats-Unis nous adressent des déchus ? Allons-nous les accepter ?" La mesure est discriminatoire, puisqu'elle ne concerne pas les terroristes qui ne sont pas bi-nationaux. C'est une "rupture d'égalité" commente Martine Aubry puisqu'elle créé une distinction entre Français nés Français.  Elle heurte évidemment à gauche, mais bien au-delà de l'opposition traditionnelle. Elle heurte aussi chez les centristes ou des gaullistes (Jacques Toubon) Elle déclenche une levée de boucliers chez ce qu'il reste d'intellectuels et des personnalités du monde de la culture. Ces cris et protestations braquent quelques soutiens du président, y compris chez les blogueurs. "Vous avez perdu la tête !" lancent-ils, soudainement oublieux de l'Histoire. Et les voici à appeler au calme alors que Hollande surréagit sous le coup de l'émotion avec l'agitation d'un Sarkozy de pacotille.

Même Manuel Valls a reconnu l'inefficacité de la mesure: "Ça ne dissuade aucun terroriste de se faire sauter au Bataclan" confie-t-il à des journalistes le 15 décembre dernier.  Les rares djihadistes bi-nationaux des attentats de Paris de 2015 n'étaient Français que par hasard et se fichaient d'ailleurs pas mal de savoir s'ils l'étaient. François Bayrou confirme l'inutilité, même s'il votera la mesure.
"La déchéance de nationalité est contraire aux fondements de la Republique et n'a aucune efficacité contre le terrorisme. Pourquoi alors?" Arnaud Montebourg.
La déchéance de nationalité est un symbole, rien qu'un symbole. Et donc la question suit, inévitablement, naturellement: pour qui donc cette déchéance de nationalité est-elle un symbole ? Chaque républicain connaît la réponse: c'est un symbole pour celles et ceux qui pensent qu'il faut effectivement trier parmi les Français. C'est-à-dire pour l'extrême droite et cette large fraction de la droite furibarde. Marine Le Pen applaudit la décision: "Déchéance de nationalité: premier effet des 6,8 millions de voix pour le Front national aux élections régionales" écrit-elle sur Twitter. L'avocat Jean-Pierre Mignard, proche de Hollande, prévient: "La déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France (est un) rétablissement régressif des Français de souche, et du droit du sang".

La déchéance de nationalité n'est pas votée pour lutter contre le terrorisme, elle n'est qu'un symbole. C'est comme poser une gerbe sur la tombe de Pétain. Cela ne change rien à notre vie quotidienne. C'est juste un symbole ignoble. François Hollande connaît l'importance des symboles. Au cours de son quinquennat, il en a choisi quelques-uns de très nobles pour faire avancer le droit et la mémoire, et reconnaitre les failles de la France. Mais en cette veille de Noël, il s'est abimé par un tournant dont il sous-estime peut-être la portée.

La primaire
La déchéance de nationalité est d'abord une déchéance politique, la compromission de trop. Eric Besson, ex-ministre de l'identité nationale de Nicolas Sarkozy, doit se frotter les mains à voir Hollande faire un tel pas. Hollande, comme l'écrit Libération, a réussi, "au prétexte d’être en phase avec l’opinion, à légitimer une bonne fois pour toutes une mesure issue de l’extrême droite, à offrir une victoire politique à la droite et à fracturer une gauche qu’il s’agit précisément de ressouder dans la perspective de la prochaine présidentielle." Ce n'est pas une "France unie" comme Mitterrand l'avait cherchée et construite en 1988 face à une droite fatiguée par son extrême, mais une composition politique rétrécie vers la droite d'un Giscard de 1974 que Hollande vise. On murmure que Bayrou ou Borloo seraient ses prochains premiers ministres en cas de victoire en 2017. Qu'importe ! On sait désormais que Hollande est capable de tout.

Hollande n'est pas engagé dans une primaire à gauche pour concourir à sa réélection, mais dans une primaire à droite. Avec ce nouveau "coup de poker" contre son camp, Hollande préparerait une vaste recomposition politique pour 2017, la grande alliance avec le centre-droit, l'union nationale contre le Front national menaçant. "Il prépare le gouvernement d'union nationale de son deuxième quinquennat" confie un proche anonyme au JDD.

La Vème République s'abîme ainsi encore dans ses compromissions et autres trahisons avec ses principes fondateurs. Le virus de ce régime monarchique focalise les locataires élyséens sur leur survie davantage que sur leur programme, sur leur réélection plus que sur leurs alliés. Hollande a fatigué son électorat de 2012, il en cherche un autre comme on change de chemise quand le col est usé. Il est habile. Il fait désormais la course en tête pour le Grand Scrutin.  La perspective d'une victoire possible fera taire les critiques dans son camp. Car cette victoire, présentée comme impossible depuis 2013, serait un miracle pour nombre de socialistes fidèles, tétanisés par la descente aux enfers qu'a subi leur mentor depuis son élection.

Faut-il juger ce président exclusivement sur ce tournant symbolique ? Non bien sûr, mais que nous reste-t-il ?

François Hollande n'a pas voulu priver de droits civiques les évadés fiscaux. Contre eux, pourtant, la mesure auraient eu une sacrée efficacité dissuasive. Et le paiement de l'impôt national n'est-il pas l'un des premiers fondements de la République ?

En matière sociale, le bilan est morose. Le 1er janvier, la prime d'activité entre en vigueur. C'est un subside d'environ 80 à 100 euros mensuels pour les "travailleurs mensuels"."C’est une aide importante qui peut faire la différence au quotidien" pavoise le ministère du travail. Vraiment ? La France compte un million de travailleurs pauvres, contraints au temps partiel et à un revenu inférieur à 800 euros mensuels.
"Un Iphone 6 représente à lui seul un mois d’indemnisation pour la moitié des chômeurs." Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, 23 décembre 2015.
 L'Insee vient de publier une première estimation de la pauvreté en France pour 2014. L'institut, qui cherche à réduire son temps d'analyse, conclue que "la baisse des inégalités constatée en 2012 et 2013 ne se poursuivrait pas en 2014 ". L'an dernier, la France comptait 14,2% de pauvres. L'extension de la crise aux couches moyennes a même fait baisser le seuil de pauvreté: autrement dit, "des personnes pauvres en 2011 ne l’étaient plus en 2012 avec le même revenu", rappelle l'Observatoire des inégalités à la veille de Noël.

Le chômage, non plus, ne baisse pas. Les statistiques publiées par Pôle emploi le 24 décembre le confirment (seule la catégorie A des sans-emploi fléchit de 15.000 inscrits en novembre). La courbe ne s'inverse pas. La ministre du travail, Myriam El Khomri, promet une énième réforme du code du travail pour mars, et un nouveau plan en janvier, centré sur l’accompagnement des personnes peu qualifiées.

Les années passent, les discours se répètent.

Seul Hollande change.






Mauvais Noël.













19 décembre 2015

450ème semaine politique: la République débande face à l'hystérie frontiste

Crédit illustration: DoZone Parody
La France a peur de tout. En tout cas, on le lui répète. L'histoire a commencé à l'aube des années 1980, et elle n'a cessé depuis de s'aggraver. Dimanche 13 décembre, le FN a tout perdu et tout gagné à la fois: il n'a remporté aucun région, mais il ressort consolidé. Le choc a dérangé les esprits les plus sains. Mais comment donc allons-nous nous débarrasser des Le Pen ?



Trauma
"On l'a échappé belle", c'était le constat dimanche soir, après le second tour des élections régionales. Le FN n'a remporté aucune région. Xavier Bertrand (Nord) et Christian Estrosi (PACA) ont remporté la victoire facile, malgré un regain de bulletins blancs (entre 4 et 5% des suffrages exprimés). Estrosi s'est même découvert "républicain pour de vrai". Pourtant, le FN a gagné des voix, et donc de la voix, entre le premier et le second tour de  ces élections.

Il y a d'autres clichés tout aussi lourds que cette prétendue victoire de la démocratie dimanche 13 décembre. L'un est que les abstentionnistes sont forcément tous des sympathisants de gauche qui, si l'offre politique du moment était plus satisfaisante, se seraient davantage déplacés pour faire échec à la droite. La réalité, comme souvent, est plus nuancée. Selon une étude publiée par le Monde ce 19 décembre, quelque 55% des 23 millions d'abstentionnistes du premier tour ne se sont pas déplacés pour le second. La surprise est ailleurs: 11% des abstentionnistes du premier tour sont allés voter au second pour ...  le FN.

Mercredi, le journaliste Jean-Jacques Bourdin évoque à l'antenne de RMC le "repli identitaire" en ces termes: "Revenons sur Daech. Je voudrais revenir sur les liens... euh... entre Daech et le Front... enfin les liens, pas les liens directs entre Daech et le Front national, mais ce repli identitaire, qui finalement est une communauté... d’esprit, parce que l’idée pour Daech c’est de pousser la société française au repli identitaire". Il n'en fallait pas davantage pour que Marine Le Pen perde ses nerfs et balance sur Twitter des trois photos monstrueuses de victimes de Daech. Cette dame ambitionne d'être présidente de la République.

On se pince pour le croire.


Le trauma post-13 décembre a frappé l'UMP Les RépublicainsUne heure après les résultats, Nicolas Sarkozy a filé... au Parc des Princes pour assister à un match du PSG, tout invité qu'il était par le propriétaire qatari du club parisien.
"Cela fait 45 ans que je vais au Parc des Princes. Je n'ai pas l'intention de changer mes habitudes". Nicolas Sarkozy.
Le lendemain, il vire Nathalie Kosciusko-Morizet, numéro deux du parti. Laquelle avait fustigé sur les plateaux télévisés le refus de Sarkozy de faire désister les candidats LR quand il y avait un risque de victoire frontiste:"si les électeurs avaient appliqué le ni-ni  (prôné par Sarkozy) nous n'aurions pas gagné le NPDC et la PACA" avait-elle expliqué. Pour commenter une éviction qu'elle apprit par la presse, elle eut la formule cinglante: "Et les militants qui ne sont pas d'accord, on les remplacera par quoi, par des gens qui sont au garde à vous? C'est ça un parti politique moderne?" Alain Juppé regrette cette éviction. Les sondages le donnent gagnant haut la main. Mais sera-t-il seulement qualifié par son propre parti aux primaires l'an prochain ?


Pour les écologistes, la débâcle régionale sonne le glas d'une candidature autonome à l'élection présidentielle. La perte de plusieurs centaine d'élus régionaux va creuser les difficultés financières du parti. Ccéile Duflot tend la main à Hollande... On ne comprend plus.

En Corse, le spectacle fut plus pittoresque, comme si le milieu local était totalement déconnecté de la vie politique en métropole. Sur l'île de Beauté, on a beaucoup plus voté, 60% dès le premier tour; et encore 68% au second. Les nationalistes victorieux ont surjoué leur intronisation à la tête de l'exécutif régional - la région à Jean-Guy Talamoni, le Conseil exécutif de la Collectivité territorial de Corse à Gilles Simeoni. Avec 35% des voix, le second a évoqué une "révolution démocratique" tandis que le premier a prononcé une partie de son discours inaugural en Corse. La droite locale et nationale s'en est offusquée avec plus de violence verbale que lorsqu'il s'agissait de dénoncer les douteuses fréquentations locales de Nicolas Sarkozy.

Molletisme
Jeudi, François Hollande rend hommage aux soldats français et allemands qui ont fraternisé contre et pendant la Grande Guerre de 1914. La démarche est hautement symbolique. La Grande Muette a toujours considéré ces soldats comme des traitres. Ce jour-là, Hollande réclame une "concorde nationale", aux côtés de Xavier Bertrand: "La France est partagée entre des sensibilités différentes, elles sont nécessaires, indispensables même à la démocratie. (...) Le débat est toujours utile, il est même inhérent à la République et rien ne serait pire que de l'éteindre, mais face aux épreuves et aux défis, notre pays a besoin de concorde pour résister face à la menace terroriste, pour écarter la peur qui mine la cohésion, pour répondre aux conséquences des crises". Cette intervention est rapidement confondue avec l'agitation du microcosme politique.

Car certains sont tentés par une sorte d' "union républicaine", une coalition centriste-molle qui rassemblerait les Raffarin, Juppé, Valls et autre Bayrou, contre l'ignoble front mariniste et le chômage. Mardi, le premier ministre confie à des députés de droite qu' "un jour, on sera dans le même groupe". Le lendemain, le sénateur UMP Raffarin, ancien premier ministre de Chirac, réclame un "pacte républicain contre le chômage pour la fin du mois de janvier". Cette tentation d'union centriste molle existe. Elle tiraille la gauche comme la droite. Cette "Raffarinade" est en fait une double imposture.

En premier lieu, le gouvernement Hollande/Valls gouverne déjà à droite. Il conduit déjà une politique de l'offre. Il libéralise déjà le travail le dimanche. Il réduit déjà les charges des entreprises, et bien plus fortement que la décennie UMP précédente ne l'avait réalisée. Que demander de plus ?  Cela fait longtemps que François Hollande travaille à diviser la droite en gouvernant sur son terrain.

Comme si rien n'avait été entendu ni compris du résultat des élections régionales, la ministre du Travail Myriam El Khomri a même annoncé au lendemain du désastre électoral qu'il n'y aurait aucun coup de pouce pour le SMIC au 1er janvier 2016. Au Conseil des ministres du mercredi suivant, Hollande acte la ridicule revalorisation du salaire minimum. Au 1er janvier, le SMIC prendra ... 0,6%, soit quelques dizaines centimes de plus chaque mois. Pour atteindre 9,67 € par heure, ou 1466,62 € mensuels sur la base de la durée légale du travail de 35 heures hebdomadaires. En cause, l'inflation inexistante (-0,1% entre novembre 2014 et novembre 2015) alors que le taux de salaire horaire de base ouvriers et employés a déjà enregistré une hausse de 1,2 %.

La politique de l'offre est un succès, vous dira-t-on dans les cercles élyséens ou du Medef. La baisse du chômage serait pour bientôt. On devrait écouter l'INSEE, comme l'an dernier. Le chômage redescendrait au niveau ... de 2015.

Le scénario noir de François Hollande à propos du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi se confirme: la première réduction massive, non ciblée et sans contreparties de charges sociales de ce quinquennat a plutôt été reversée en primes de Noël et augmentations de salaires qu'utilisée à créer des emplois. François Hollande ferait-il de la relance salariale à l'insu de son plein gré ? Cette conclusion cocasse n'émane pas de dangereux vrauchistes, mais de l'Observatoire français des conjonctures économiques: "Pour un montant de CICE équivalent à 1% de la masse salariale, l'emploi d'une branche relativement aux autres branches augmenterait de 0,5% et les salaires augmenteraient de 0,7%". Pour Hollande, c'est tout faux: non seulement son dispositif s'avère inutile pour réduire le coût du travail. Mais en plus il ne tire aucun bénéfice politique de ces augmentations de salaires. 

Joyeux Noël ! 

Xénophobie
En second lieu, résumer la montée du FN à celle du chômage est un raccourci facile. Plus de 6,8 millions d’électeurs ont choisi consciemment de voter pour l’Immonde sans attendre une quelconque solution aux problèmes économiques du pays de sa part. Tous les sondages concordent: les premières motivations de cet électorat sont la peur et la xénophobie. La République contre le Front n'est pas un choix politique.
"Faisons baisser le chômage, on fera baisser le FN." Jean-Pierre Raffarin
"Tous rassemblés pour en finir avec le chômage! Ok avec Jean-Pierre Raffarin!"  Manuel Valls
Nos voisins allemands ont la pratique de ces gouvernements d'union nationale. Mais cette dernière se négocie chez eux durant des mois sur un programme de gouvernement. Et jamais, ô grand jamais, ne s'est-elle réalisée sous la pression et la peur de l'arrivée au pouvoir d'un mouvement xénophobe. La cogestion est une tradition allemande depuis la guerre. L'éructation et la précipitation sont devenus des travers français.

En France, l'actuel gouvernement joue des peurs, involontairement ou pas. Même la ministre de l'Education est tombée dans le panneau de la communication sécuritaire: Vendredi 18 décembre, l'affaire fait la couverture du Monde. Najat Vallaud Belkacem publie une nouvelle circulaire et, surtout, un large communiqué de presse détaillant un arsenal de prévention anti-terroriste en milieu scolaire à terrifier tous les parents inquiets: contrôle aux entrées, interdiction de stationnement aux abords des établissements, vidéo-protection ou digicode pour les zones mal surveillées, formation de formateurs « sûreté », exercice d'entrainement à la gestion de crise en milieu scolaire, etc.


La communication sur l'insécurité et l'action contre le terrorisme sont deux choses bien différentes. La seconde est une nécessité, la première un artifice politique qui donne du grain à moudre aux furibards de l'extrême droite.

Un "pacte" appuyé sur des restrictions de libertés publiques, la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux terroristes, et une communication anxiogène permanente n'a rien de républicain. Et l'état d'urgence, dont la prolongation était justifiée quelques jours après les massacres du 13 novembre, semble désormais hors de contrôle: le projet de modification constitutionnelle comprend toujours cette funeste idée de déchoir de nationalité des terroristes.  Les parquets sont débordés, comme si notre république était prise d'une boulimie répressive. Le manque de moyens de la justice devient criant. Des dérapages ne sont pas sanctionnés, comme ces licenciements d'agents de sécurité à orly pour cause de "barbe trop longue".

Cette incroyable débandade politique collective est résumée d'une phrase par un Jean-Luc Mélenchon qui ne sait pourtant comment sortir de ce marasme: "après eux, le déluge". 

C'est exactement cela.


Ami républicain, reste libre.










12 décembre 2015

449ème semaine politique: pourquoi Hollande, Sarkozy et les autres sont des pompiers pyromanes

 
Crédit illustration: DoZone Parody

 

Méprisées, les élections régionales réveillent enfin le débat politique. Elles révèlent surtout les comportements, et aggravent les postures, comme une répétition générale avant la présidentielle de 2017.

Le Front national frôle les 30% des votes grâce à l'abstention. Pour la gauche désunie, c'est le désastre. le PS se saborde dans ces fiefs historiques du Nord et en PACA. François Hollande se tait. Et Nicolas Sarkozy est en rage. Les "Républicains" sont sortis à la ramasse du FN à l'issue du premier tour. 

 

Ces pompiers pyromanes se réveillent-ils trop tard ?



La fausse surprise frontiste
Dimanche, Marine Le Pen n'a pas raté son affront national. Les sondages l'annonçaient, Marine l'a fait. Avec le même nombre de suffrages qu'au premier tour de l'élection présidentielle de 2012, et une campagne totalement nationalisée sur des thèmes sans rapport avec nos régions (lutte contre le terrorisme, islamisme et immigration), la fille du borgne est parvenue à semer le trouble et chiper la victoire à l'union des droites classiques.

L'abstention est gigantesque - un électeur sur deux ne s'est pas déplacé. Près de 70% des 18-25 ans se sont ainsi abstenus. Sur le tiers restant, les votants ont été majoritairement frontistes. Dans le Nord comme en région PACA, le PS se saborde, et retire ses candidats arrivés troisième, au nom d'un front  qu'il voudrait républicain contre la probable victoire des Le Pen. Dans l'Est, le candidat socialiste Masseret refuse le retrait que lui impose la direction nationale. "C'est un déni de démocratie !" proclament en coeur des sympathisants ou militants socialistes déçus, Nicolas Sarkozy et, bien sûr, les leaders du FN. "Il faut permettre au peuple de gauche de voter et, pour qu’il puisse voter, il lui faut des candidats" écrit l'acteur Philippe Torreton dans l'Humanité. Mais on oublie l'essentiel: ce sont les électeurs qui ont abandonné la gauche de gouvernement comme d’opposition au premier tour. Et ils avaient leurs raisons.

Egaré, l'économiste Jacques Sapir explique dans les colonnes de Marianne que puisque le PS est capable de "s'allier" à la droite contre le FN, une alliance avec FN des souverainistes de gauche comme de droite serait bien légitime.

Toute la semaine, les ténors des partis socialistes, UMP, centristes ou Front de Gauche se sont enchaînés sur les plateaux pour commenter un scénario pourtant connu d'avance. Et chacun d'accuser l'autre de toutes les responsabilités. Ces pompiers pyromanes sont nombreux, mais ils n'ont visiblement pas fini de jouer avec les allumettes.
Nous n'avions qu'un message, simple et direct, à leur adresser:

"ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !"

Ce message s'adresse naturellement à la droite devenue furibarde, incapable d'autre chose que de suivre la voie pétainiste et anxiogène du frontisme mariniste. Ce message s'adresse aussi au centre-droit qui s'est laissé embarquer sans résistance ni débat dans une campagne sarkozyste aux relents xénophobes pour conserver quelque sièges. Ce message s'adresse bien sûr, et en premier lieu, à François Hollande dont l'action a découragé l'immense majorité de ses électeurs de 2012; au Parti socialiste qui gouverne à droite de son programme législatif de 2012, qui laisse sans broncher Hollande trianguler le camp adverse à coup de déchéance de nationalité, politique de l'offre et autre "macronnerie". Ce message s'adresse enfin à la "vrauche" (ou "vraie gauche") éparpillée façon puzzle dans 4 combinaisons politiques pour ce scrutin politique, et qui n'est pas parvenue à construire une opposition de gauche accueillante mais vigilante, crédible et durable. Jean-Luc Mélenchon fut l'un des rares à exprimer avec lucidité l'état du pays, y compris de son propre mouvement.

Abstentionnistes ... du second tour.
Voter ou ne pas voter, telle est donc encore la question que certains se posent pour le second tour des élections régionales. L'offre politique déçoit, et encore plus après les retraits socialistes du Nord et du Sud.

Les abstentionnistes du second tour, comme du premier, comptent des indifférents... et des anti-frontistes. Les mêmes à dénoncer le Front national s'affaissent par doute sincère ou posture coincée à refuser de voter pour les UMP Xavier Bertrand (contre Marine Le Pen) ou Christian Estrosi (contre Marion Maréchal-Le Pen). Cette démarche est révélatrice d'une confusion générale. 

Parfois, on avance que droite et extrême droite seraient finalement similaires. On confond certaines copies avec l'original. On oublie d'où vient et où est encore la hiérarchie frontiste. La dédiabolisation du FN est un mythe: "Quoi qu’en dise sa présidente, le Front National n’a jamais cessé d’être raciste et xénophobe, à en juger par l’opinion de ses adhérents et sympathisants" explique Nonna Mayer, chercheuse du CNRS.

D'autres expliquent que voter pour une liste d'union de la gauche qui comprend le PS est pire encore que laisser passer le Front national ou la droite furibarde. D'autres, parfois les mêmes, fustigent l'imposture démocratique qui consisterait à interdit la moindre manifestation au nom de l'état d'urgence et en même temps réquisitionner le vote de chacun au nom de la lutte contre le fascisme montant. Puisque la démocratie serait déjà morte et enterrée, pourquoi donc suivre ces injonctions au barrage républicain contre l'extrême droite ? Ils récusent en fait ce qui n'est qu'un constat: le FN mobilise ses troupes mieux que les autres, lesquelles sont découragées par trop de renoncement.

Dans 8 régions, les différentes listes de gauche s'unissent voire fusionnent, au grand dam de quelques irréductibles. Ainsi en Rhône-Alpes Auvergne, où le candidat de la droite furibarde Laurent Wauquiez est arrivé largement en tête et le candidat socialiste bon troisième,  Paul Ariès dénonce la "trahison" du Front de gauche local. Corinne Morel-Darleux lui répond aussitôt: "se pincer le nez de loin est facile". Elle explique aussi et surtout que fusion des listes ne signifie pas solidarité de gestion, bien au contraire. Là comme ailleurs, les élus du Front de gauche ne participeront pas à l'exécutif régional si la liste unie l'emporte. 

En d'autres termes, voter contre le FN ne vaut pas soutien au PS ni, évidemment, à l'ex-UMP.

Dans le camp de l'Immonde, l'abstention n'est pas de mise. Marine Le Pen mobilise toujours, et de mieux en mieux, ses supporteurs. Sans surprise, le sinistre Dieudonné appelle à voter Marion Maréchal-Le Pen.

Les errances de Sarkozy
Comme en 2012, les centristes se sont constitués prisonniers de la dérive frontiste de Nicolas Sarkozy. Car l'homme a véritablement tout donné pour siphonner, en vain,  l'électorat de Marine Le Pen. Dimanche soir, son échec était évident. Jamais depuis son succès de 2007, Nicolas Sarkozy n'est parvenir à contenir l'irrésistible ascension du FN.

Et pourtant, il s'obstine. Ainsi refuse-t-il de rendre la pareille au PS, c'est-à-dire les désistements de listes, alors que le PS se saborde dans ses deux régions historiques - le Nord et la Provence. En Languedoc-Roussillon-Midi Pyrénées, l'UMP/UDI Dominique Reynié, arrivé bon troisième derrière le PS et le FN, maintient donc sa candidature.  

Deux jours après le premier tour, l'ancien monarque paraît usé, fatigué, égaré sur sur France 2. Il s'embrouille dans ses formules: "Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Ce n’est pas : Passe-moi la salade, je t’envoie la rhubarbe". La phrase fait les délices des réseaux sociaux et des moqueries du Petit Journal.

En Charentes-Maritimes pour soutenir une autre candidate, Virginie Calmels, Nicolas Sarkozy ouvre grandes les portes à l'électorat frontiste: "le vote pour le FN n'est pas un vote contre la République sinon la République aurait du interdire le FN". L'ancien monarque se trompe: depuis l'origine, la République tolère des partis qui ne sont pas républicains, à gauche comme à droite.  Sarkozy oublie notre Histoire, comme cette majorité monarchiste dans l'Assemblée Nationale de 1871 ou, plus récemment, ces quelques mouvements d'extrême gauche qui réclamaient le communisme. Il y a même encore aujourd'hui quelques élus de la République qui espèrent le retour à la royauté.

Samedi, Sarkozy fait la une du Figaro, quand son épouse Carla la couverture du Figaro Magazine, le weekend du second tour.

Manoeuvres hollandaises
"Photographier la politique est un sport de combat." nous explique Les Jours. Le nouveau quotidien digital, bientôt à paraître, fondé par de anciens de Libération et quelques autres, s'inquiète et s'interroge. "Nous sommes requis" proclame Edwy Plenel, "La France est à la merci d'un accident historique : l'élection à la présidence de la République, en 2017, de la dirigeante d'extrême droite, Marine Le Pen." Et le fondateur de Mediapart d'ajouter: "nos votes ne suffisent pas à enrayer son ascension. Car ils sont suivis de politiques qui lui font la courte échelle, épousant ses thématiques."

La gauche s'inquiète, quelque soit son orientation.

A deux jours du second tour, Manuel Valls paraît usé, fatigué, égaré sur France inter.
Il refuse de critiquer les dérives de l'état d'urgence, qualifiant 7 militants écologistes assignés à résidence de "dangers pour la République"; il répète comme un robot que sa priorité est la lutte contre terrorisme. Il évacue toute critique sur son inefficacité contre le chômage.

François Hollande ne dit rien. Mais a-t-il compris ? La période est détestable de cynisme. On sait combien il travaille à un scénario à la Chirac-2002, un second tour face à Le Pen pour provoquer un réflexe républicain sur sa personne. On sait bien qu'il entend récolter les fruits politiques de ces désistements régionaux du PS. Hollande veut réduire notre démocratie à un référendum contre le Front national.

Est-ce pour autant une raison pour déserter les urnes et faciliter l'accession au pouvoir des sbires de Marine Le Pen ?



Ami citoyen, va voter !

5 décembre 2015

448ème semaine politique: le front oublié de François Hollande ... et de la gauche

Crédit illustration: DoZone Parody

Fronts militaire, écologique ou politique, François Hollande est partout. Une stratégie d'occupation du temps et de l'espace politiques qui ne doit rien au hasard, mais n'empêchera pas la débâcle dimanche. L'état de crise depuis les attentats du 13 novembre re-présidentialise le régime, au risque d'étouffer le débat politique, ... et de démotiver davantage les citoyens.



Le front de l'urgence

Lundi, Hollande avait à réagir aux troubles du weekend. Dimanche, il y avait pourtant une belle chaîne humaine à Paris, pour célébrer la COP21 et insister sur les enjeux. Près de 10.000 personnes. Sur la place de la République, ça dérape. Des casseurs masqués, des militants bousculés.  Quelques esprits de la gauche folle accusent les CRS. Quelques éditocrates du microcosme accusent les écologistes. La réalité est tristement plus simple que ces caricatures: des CRS abîment de leurs bottes les bougies et les fleurs posées en hommage aux victimes du 13 novembre. D'autres témoins notent comment des individus masqués jettent des bougies sur les forces de l'ordre. Cécile Duflot et Emmanuelle Cosse récusent tout amalgame entre casseurs et manifestants. La police ne fait pas dans le détail. Plus de 300 interpellations, en vrac. La bêtise d'un état d'urgence, contre la bêtise d'une révolte prématurée ?

Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur, se défend: "Aucun amalgame ne saurait être fait entre des manifestants de bonne foi et ces groupes qui n'ont toujours eu qu'un seul dessein : profiter de rassemblements responsables et légitimes pour commettre des violences inacceptables". François Hollande réagit aussi dès dimanche, il ne fustige pas les manifestants mais les "éléments perturbateurs".


COP21 oblige, Hollande a pourtant supprimé tous les droits à manifester.  La COP21 bloque Paris deux jours durant, puis amuse la galerie médiatique.

Dimanche, des cohortes de limousines défilent au Bourget, dans le Nord de Paris, défilent devant François Hollande, puis Manuel Valls, puis Harlem Désir (sic!). Il faut accueillir des dizaines de chefs d'Etat. Le Bourget a ouvert un salon avec des centaines de stands, par ailleurs souvent désertés de tout public. Mais dans les salons officiels, ça négocie des réductions de pollutions pour quelques dixièmes de degrés pour le climat. Dans son discours inaugural, Hollande fixe trois objectifs: "définir une trajectoire crédible pour maintenir le réchauffement entre 1,5° et 2 ° Celsius", négocier un accord "universel différencié et contraignant", et "introduire un prix du carbone pour, notamment que les choix d'investissements soient peu à peu modifiés".

Le gouvernement attend un "brouillon" d'accord pour samedi. Les négociations pour le climat sont complexes, aucun consensus ne se dégage sur le financement des efforts. Pascal Canfin, ancien ministre écolo du gouvernement Ayrault, sonne l'alerte: la fameuse taxe sur les transactions financières si longtemps retardée devrait être discutée/votée ce 8 décembre à Bruxelles.

Personne, à l'exception de quelques "climato-retardés", ne nie l'urgence écologique. Comme un signal envoyé aux négociateurs, Pékin se trouve coincée sous une chape de pollution atmosphérique hors normes toute la semaine.

Le front politique

Mercredi, Nicolas Sarkozy est sur Europe 1, et il dérape, encore. Comment cet homme peut-il encore disposer de soutiens ? Hollande peut mentir sur le futur. Sarkozy ment sur le passé. Il réécrit l'histoire devant des journalistes silencieux. Ainsi sur l'affaire Bygmalion, la plus grosse fraude aux règles de financement électoral que la Vème République ait connue, Sarkozy nie tout, même ce que ses propres proches de campagne ont fini par avouer: "J’ai indiqué que s’agissant de la campagne présidentielle de 2012, qui a été contrôlée, il n’y’ a pas eu de débordement des comptes de campagne."

Ce mercredi, Sarkozy choque aussi jusqu'aux familles des victimes du terroriste Merah. Il balance qu'il n'y a jamais eu d'attentats quand il était en charge de la sécurité des Français entre 2002 et 2011. Il s'arrête à 2011, c'est bien aimable. Mais qui a oublié Mohamed Merah en pleine campagne électorale de 2012 qui assassina trois militaires, trois enfants et un enseignant ?


Jeudi, Bernard Tapie est ruiné. "Ruiné de chez ruiné" se lamente-t-il dans les colonnes du Monde. La Cour d'appel de Paris l'a condamné à rembourser les 404 millions d'euros qu'il avait perçus après l'arbitrage de son litige avec le Crédit Lyonnais. L'homme "d'affaires" a fait placer l'une de ses sociétés sous sauvegarde judiciaire.

L'affaire toute entière n'a pas fini de livrer ses secrets. Des proches de l'ancien monarque sont sous enquête, d'autres sous anti-dépresseurs. A l'Elysée, on peut savourer. L'arbitrage frauduleux a pu être annulé parce que suite à la révélation de fraudes et de complicités au sommet de l'Etat sarkozyste, la justice s'est saisi de l'affaire après mai 2012.

D'autres instructions sont encore en cours: le cénacle sarkozyste est assiégé. Mis en examen pour « corruption active », « trafic d’influence actif » et « recel de violation du secret professionnel » dans l'un des volets connexes de l'affaire Bettencourt, Sarkozy a déposé une demande récusation de l'une des juges qui enquêtent sur lui. Attaquer la justice est le propre des faibles.

Semaine après semaine, Nicolas Sarkozy se révèle le plus formidable atout de François Hollande pour la présidentielle de 2017: un opposant encombré de casseroles judiciaires, auto-destructeur et agité, qui suscite rapidement et partout un rejet sur sa propre personne. Pour cette campagne régionale, l'ancien monarque n'est pas le bienvenu partout. En Ile-de-France, Valérie Pécresse, tête de liste #LR ne veut pas de Sarko en meeting commun.

Le front militaire

Attentats dans le monde, état d'urgence en France, traque des terroristes et renforcement de l'espionnage en Europe, et frappes aériennes au Moyen Orient. Qui peut nier que nous sommes en guerre ?

En France, le projet de révision constitutionnelle sur l'état d'urgence est dévoilé ... par la presse. On y retrouve cette sombre idée de déchéance de nationalité pour les binationaux accusés de terrorisme. Une idée sans aucune efficacité (qui peut penser qu'un terroriste sera dissuadé ou affecté par une telle mesure ?), mais surtout profondément honteuse. Une mesure qui évoque le régime de Vichy, lequel régime a dénaturalisé quelque 15.000 Français pendant la Guerre pour d'autres prétextes que le terrorisme.

L'actuel régime d'exception s'accompagne de belles bavures, mais aussi de grosses hypocrisies. On entend ainsi Dominique de Villepin, devenu avocat d'affaires et conseiller du Qatar, réclamer la fin de l'état d'urgence. D'autres ne supportent pas qu'on accuse Internet d'avoir facilité l'expansion de Daech.

Aux Etats-Unis, mercredi, une attaque frappe un centre d'aide sociale en Californie, à San Bernardino. Quatorze civils sont tués par deux assaillants finalement abattus par la police tués, un couple marié dont la femme, quelques minutes avant l'attaque, poste sur Facebook son allégeance à Daech. Dans le bâtiment, on retrouve de multiples bombes qui n'ont pas explosé.

La guerre contre Daech s'intensifie. Jeudi, la Chambre des communes autorise le gouvernement Cameron à s'engager militairement. Quelques heures plus tard, des avions britanniques effectuent leurs premières frappes en Syrie. A Bruxelles, les gouvernements de l’Union européenne se sont accordés pour plafonner à 6 mois la durée de conservation des données personnelles et de transport des voyageurs au sein de l'UE comme le demandait une majorité du Parlement européen. Cet accord permet la mise en oeuvre prochaine du "PNR" (Passenger Name Record).

La France est à court de bombes. Ne riez pas. Ne pleurez pas. Il a fallu quelques raids quotidiens sur la Syrie et l'Irak depuis 3 semaines pour épuiser les réserves. L'Etat commande des munitions en urgence.

La France est en guerre, et Hollande en campagne... électorale. Cela ne vous rappelle rien ? Un débat des plus ridicules s'en suit sur le regain de popularité du président de la République. Pour la première fois depuis 3 ans et demi, le président recouvrait plus de 50% d'opinions favorables. Des sondeurs ont choisi de commercialiser une enquête sur pareil sujet en pareille circonstances. Ce n'est pas nouveau, c'est juste indécent. Des soutiens du président s'en sont félicités. Comment peuvent-ils croire qu'il s'agit d'un blanc-seing sondagier sur son action tout entière ?  Des opposants au président se sont indignés. Pourquoi sont-il aigris qu'un (maigre) réflexe d'union nationale ait pu se consolider sur la personne de Hollande ?

CQFD: les élites médiatico-politiques de ce pays sont en vrac.

Vendredi, Hollande déboule sur le porte-avions "Charles de Gaulle" pour le plus grand plaisir des soldats présents. "C'était une première" s'agace le Figaro: "un président de la République sur le porte-avions Charles de Gaulle en opérations." On a connu le Figaro plus conciliant avec les manipulations de l'agenda présidentiel pour des raisons électorales entre 2010-2012.

Le Front national

La campagne des élections régionales se termine. Une campagne bâclée, illisible et bousculée par les attentats. La fusion en 13 super-régions a rendu difficile le débat sur les bilans des exécutifs précédents. Les alliances politiques varient d'une région à l'autre, rendant illisible toute campagne nationale. Seules la droite et l'extrême droite restent unies. La gauche molle est tétanisée - les socialistes "vocalisent" sur la gauche en gouvernant à droite. La "vrauche" se divise parce que le PCF a voté l'extension de l'état d'urgence il y a 10 jours; les écologistes se disputent de savoir s'il faut participer au gouvernement. "Qu'est-ce peut mobiliser les électeurs de gauche", s'alarme l'Huma. On ne sait plus.

Le FN avance victorieux. Et les syndicats appellent à faire barrage.
"Si jamais madame Le Pen est présidente dans ma région, le lendemain, c'est la gueule de bois. Il n'y a pas un chef d'entreprise qui reviendrait là". Martine Aubry, 3 décembre 2015.
Le Front national devrait sortir vainqueur, au moins en pourcentage et en nombre de suffrages, dimanche soir.  L'Immonde gagne par K-O. L'abstention s'annonce massive, surtout chez les jeunes. Pourtant, les nouvelles treize super-Régions ont des compétences essentielles en matière de transports, d'éducation (fonctionnement des lycées, restauration scolaire, bourses aux étudiants), de formation, d'environnement, ou de culture.

Dans le Nord, deux quotidiens régionaux s'inquiètent d'une victoire du Front national. Marine Le Pen prédit la victoire de la charia si le FN échoue à gagner le scrutin. La bêtise n'a pas de limite. Il faut mobiliser l'électorat âgé et craintif. L'extrême droite reste dans l'outrance. Dans le Sud, Marion Maréchal-Le Pen et Louis Aliot promettent la suppression des aides régionales au Planning familial. Ces gens-là savent comment mobiliser leurs troupes jusqu'au bout.  Et tout est possible: "Voter Louis (Aliot), c'est dire non à ceux qui bafouent notre histoire, c'est affirmer qu'il y a un lien entre l'immigration de masse, l'islamisme radical et le terrorisme" explique sa compagne Marine à Nîmes jeudi soir.

Mme Le Pen a fait campagne sur l'islamisme, la politique internationale et les relents xénophobes. Rien sur les régions, sauf détruire les quelques symboles d'une action sociale et progressiste. Elle préfère raconter n'importe quoi, encore et toujours.

Le programme économique frontiste est si nul qu'il vaut mieux le cacher, n'est-ce pas ? 

Même Pierre Gattaz s'en est rendu compte. Le patron du Medef a fait quelque chose de simple: il a enfin fustigé le programme économique du FN. Les patrons séduits par le FN seraient de plus en plus nombreux.

L'économie est bien le front oublié de cette récente séquence

L'incroyable progression du chômage le mois dernier a été à peine commentée. La loi de finances enfin adoptée aurait pu être l'occasion de faire les (mauvais) comptes de cette inénarrable politique de l'offre, des 40 milliards de réductions de charges des entreprises payées par autant de hausse d'impôts pour les ménages.

Il n'en fut rien.

Même nos vrauchistes préférés sont tombés dans le panneau de "l'état d'urgence". Ils se sont engouffrés dans des polémiques caricaturales sur "l'état policier" ou "terroriste", la "police politique", "Etat terroriste", à contre-courant d'une opinion majoritaire déboussolée par les attentats qu'il aurait fallu re-mobiliser sur d'autres sujets socio-économiques.


Dimanche 5 décembre, il faudra voter, pour ou contre.

Voter n'est-il pas la première caractéristique du citoyen ?