30 janvier 2016

456ème semaine politique: l'auto-destruction de François Hollande

Crédit illustration: DoZone Parody
 

Il ne lui restait qu'un alibi symbolique, Christiane Taubira. On peinait à comprendre qu'elle reste encore. La clarification est arrivée cette semaine. Pour Hollande, la route est dégagée... à droite.



La démission "loyale"
Mercredi 27 janvier, quelques jours avant l'examen d'une révision constitutionnelle jugée inique à gauche, la Garde des Sceaux démissionne. Une seule décision, attendue depuis trop longtemps, et voici le cataclysme. L'extrême droite et la droite furibarde se réjouissent, le sourire jaune. Taubira était la seule ministre apte à justifier leurs critiques outrancières. Taubira partie, Sarkozy, Copé, Le Pen et les autres restent en tête à tête avec Hollande, Valls et Macron. C'est moins "fun", moins "trivial", moins "clivant". Le remplaçant d'une Garde des Sceaux que la presse unanime jugeait incapable de partir il y a quelques semaines à peine est un fidèle de Valls, Jean-Jacques Urvoas. Un "socialiste sécuritaire" qui se voyait plutôt à l'intérieur, un "Judge Dredd" breton qui proposait récemment la fusion des ministères de la police et de la justice.

"Hollande perd avec Taubira sa caution de gauche" résume L'Express.

Pour le camp sarkozyste, la nouvelle ne pouvait pas tomber plus mal. En quelques secondes, elle éclipse un plan de communication savamment orchestré pour la sortie d'un ouvrage "écrit à la main" par l'ancien monarque, un recueil d'aveux sur des anecdotes symboliques, jamais sur les sujets de fond qui interpellent encore le curieux 4 ans plus tard - les affaires Bettencourt ou Bygmalion, l'argent de Kadhafi ou les lâchetés politiques de son quinquennat - ni même sur ses travers du présent, telles que ses conférences rémunérées par des émirats ou les vacances tous frais payés par le roi du Maroc à Marrakech à Noël dernier.

Au gauche, on minore ou on applaudit à ce départ. Les ex-ministres Filippetti, Montebourg, ou Hamon sont ravis. Non sans humour ni second degré, Jean-Luc Mélenchon résume: "Encore une proposition du FN et de la droite reprise par Hollande : faire partir Taubira". A l'Elysée, on décrit le départ comme à l'amiable. On insiste sur la loyauté de Taubira à l'encontre de Hollande. On minore comme on peut. On se rassure comme on peut.


Christiane Taubira n'incarnait pas une résistance "vrauchiste" au sein du gouvernement. Comme l'ont rappelé quelques-un(e)s, l'ex-Garde des Sceaux ne critiquait pas la ligne social-économique version Macron. Elle n'était pas non plus une acharnée des causes écolo. Taubira restait simplement sur sa ligne, la défense des libertés. Elle n'a pas toujours eu gain de cause, dans ce déséquilibre entre amélioration de nos libertés après une décennie sarkozyste outrancière et agitation sécuritaire d'un ministre de l'intérieur  propulsé premier des ministres.

La démission de Christiane Taubira s'illustre d'un tweet déjà culte, postée par elle-même quelques heures après l'annonce. Un tweet qui résume l'attitude de nombre de déçus du Hollandisme primaire, un tweet "liké" 20 000 fois en 3 jours, et lus quelques millions d'autres, un tweet qui provoque une sortie énervée de Manuel Valls lui-même sur les réseaux sociaux:

Le cadeau au FN
Pour parachever le symbole de ce micro-remaniement, Manuel Valls apporte deux modifications au texte d'extension de la déchéance de nationalité dans la Constitution: il retire de toute référence aux binationaux afin de ne pas les "stigmatiser". L'hypocrisie est manifeste puisque dans les faits, seuls les binationaux restent visés par cette mesure symbolique, Manuel Valls ayant assuré ce mercredi, en parallèle, que la France "s’engagera dans la ratification » de la Convention de 1961 interdisant la création d’apatrides". Mais surtout, il intègre une demande du Front national et des sarkozystes de LR, l'élargissement de la déchéance aux délits, et non plus seulement aux crimes, liés au terrorisme.

Le Front national se régale. 
"Une fois que le principe a été réhabilité par François Hollande, nous allons passer à l’étape numéro 2, c’est-à-dire faire pression pour que cette déchéance soit appliquée concrètement beaucoup plus largement." Florian Philippot, 28 décembre 2015. 

"La loi fixe les conditions dans lesquelles une personne peut-être déchue de la nationalité française ou des droits attachés à celle-ci lorsqu’elle est condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la Nation." Article 2 du projet de loi de révision constitutionnelle présenté par Manuel Valls le 27 janvier 2016.

Le fiasco économique.
Le départ de Taubira a également éclipsé trois informations socio-économiques que l'actualité et la raison nous imposent de relier.

Le 26 janvier, c'est la remise du rapport de la commission présidée par Robert Badinter sur le Code du travail. Pour le meilleur ou pour le pire. Badinter est un symbole de gauche qu'Hollande souhaiterait volontiers hisser devant toutes les critiques. Mais les recommandation du rapport ont suscité une autre salve de critiques ... à gauche. En juin dernier, Robert Badinter avait déjà livré ses intentions, un compromis social-démocrate pour simplifier une législation du travail ultra-complexe tout en sanctuarisant la protection des droits sociaux négociés et acquis au fil de notre histoire moderne - protection sociale, congés payés (article 37), durée légale du travail, CDI comme norme (article 9), lutte contre le harcèlement (article 7), interdiction du travail le dimanche sauf dérogation, etc. Six mois plus tard, il livre une liste de 61 articles qui provoquent l'ire à gauche. En cause, ces articles sont souvent imprécis ou renvoient à des possibilité de dérogations sans en définir le cadre ni les objectifs, comme le travail des mineurs de moins de 16 ans (art. 8), le prêt de main d'oeuvre (art. 18), le reclassement des licenciés économiques (art. 28), le travail le dimanche (art. 35), ou le travail de nuit (art. 36). La liste des droits de la Commission Badinter facilite la déconstruction du code du travail par des lois d'application comme la la loi Macron 1.

Le 27 janvier, les statistiques du chômage pour le dernier mois de l'année passée sont enfin publiées, et elles sont catastrophiques. L'échec de François Hollande et de Manuel Valls sur le front du chômage est incontestable: 15.000 sans-emplois supplémentaires en un mois et la ministre du Travail met cela sur le compte des attentats de novembre. Le gouvernement a beau se féliciter d'une croissance retrouvée en 2015 - 1,1% en 2015 confirme l'INSEE - l'échec de la politique de l'offre se lit dans l'explosion du chômage: depuis 2012, le nombre d'inscrits à pôle emploi a cru de 700 000.

La faute à pas de chance ?

Le 28 janvier, la fondation Abbé Pierre commente son 21ème rapport annuel sur le mal logement. Le taux de pauvreté en France est passé entre 2008 et 2016 de 13% à 14,2% ; pour toucher quelque 8,6 millions de personnes en France. Un problème de flexibilité ? C'est un signal faible de plus sur cette aggravation de la précarité dans le pays.


Barre, Balladur, Hollande.
Le départ de Taubira achève un autre retournement, moins remarqué par les commentateurs. Au début du quinquennat, l'opposition de gauche à Hollande multipliait les procès en "gauchitude" contre le vainqueur de Sarkozy. La "vrauche" fustigeait la "groite", parfois dans l'indifférence médiatique. Trois ans plus tard, la situation s'est totalement inversée. La vrauche n'a plus personne à convaincre que l'action politique de cette équipe gouvernementale n'a rien à voir avec son arrimage politique initial. Ce sont aujourd'hui les partisans de Hollande, militants ou ministres survivants, qui clament haut et fort combien ils sont de gauche; qui exhibent du bilan Hollandais quelques rares mesures comme des médailles pour les prochaines échéances; ou qui tentent de requalifier leur action en fouillant la préhistoire politique.

Ce "débat" a un enjeu électoral évident. Hollande ne gagnera pas sans convaincre sa gauche. On ne gagne pas une élection à deux tours sur la ligne étroite d'un centre-droit encombré.

François Hollande se trouve seul arrimé sur la ligne Valls, ce mélange de libéralisme économique et de dérive sécuritaire calquée sur le modèle sarkozyste, démultiplié par les attentats de 2015. Il a gagné en cohérence, il s'est détruit en références. Hollande n'incarne plus rien, ni pour la gauche, ni pour la droite. Pour les premiers, il manque quelques mesures symboliques fortes et durables. Pour les seconds, il reste illégitime. L'homme de toutes les synthèses de Congrès socialistes a rétrécie son champs symbolique et politique au centre-droit.

Qu'on ne se méprenne pas: François Hollande a un électorat, c'est évident. Mais a-t-il encore des troupes militantes pour le défendre ? Hollande grapille des voix, une masse indifférente qui court du centre-droit libéral jusqu'aux franges de la droite sécuritaire. Mais François Hollande n'a plus de partisans. il lui reste une troupe rétrécie au strict minimum, un parti vidé de sympathisants et appauvri en militants, car les autres sont partis, découragés, ou divisés. Il semble dans la situation inverse de ses rivaux. A droite, Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy peuvent s'appuyer sur les troupes de LR, un désir de revanche évident et, surtout, une popularité plus forte dans les sondages.

A l'inverse, la gauche est figée, congelée dans ses fractures irréconciliables. Elle attend la grande baffe électorale de 2017 comme la vache l'abattoir.

On devrait oser un parallèle avec Edouard Balladur. Il y a 20 ans, le premier ministre, favori de sondages, partit haut la main dans une campagne qu'il croyait être un référendum d'applaudissements. Faute d'avoir compris la fracture sociale du moment ni capté les rênes du premier parti d'opposition de l'époque, Balladur se fracassa au premier tour de l'élection présidentielle sur une réalité qu'il n'avait pas saisie: les militants. Hollande est dans une situation comparable, la popularité sondagière en moins.

Dans un 1 an et 3 mois, on nous accusera d’avoir fait perdre Hollande. Sans doute.

23 janvier 2016

455ème semaine politique: Hollande, Sarkozy, Macron ou la France en vrille.

Crédit illustration: DoZone Parody



Pour se redresser, Sarkozy pond un livre et Hollande annonce un assouplissement supplémentaire du droit du travail. A Davos, où se tient l'habituel sommet eco-politico-financier de janvier, Valls et Macron se livrent à une surenchère de déclarations fracassantes qui témoignent d'une inquiétude: et si tout était fichu ?


Urgence électorale
Lundi, la France médiatique s'active sur les annonces "d'urgence" de François Hollande contre le chômage. Car l'actuel président est effectivement dans une situation d'urgence, celle de sa propre réélection l'an prochain. On connaît la chanson, disait le film. "L'heure est à la recherche de mesures à forte rentabilité électorale " complète un nouveau journal, "Les Jours".

Lundi 18 janvier, il fait froid et Hollande pense avoir trouvé la formule pour rassurer son auditoire. A l'Elysée, il livre ses voeux aux entreprises. Cette formule, il l'a empruntée à son prédécesseur, lequel regrette de n'avoir poussé la dérégulation plus loin: permettre aux entreprises de réduire la rémunération des heures supplémentaires.  Car l'actuel locataire élyséen ne propose ni plus ni moins que de laisser aux entreprises le soin "de fixer le taux de majoration et le nombre des heures supplémentaires, ou moduler le temps de travail au-delà même de l'année". En complément, Hollande annonce la création d'une commission de simplification du Code du travail, présidée par l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter. Et il se félicite que le plafonnement pour les indemnités prudhommales en fonction de l’ancienneté soit bientôt effectif.

Ni Macron, ni Hollande, ni Valls n'osent remettre en question les trois années écoulées de politique de l'offre. C'est pourtant un échec, et un échec complet. Au contraire, Hollande promet cette semaine de "transformer aussi vite que possible le CICE en baisse définitive des cotisations sociales". Le CICE, premier dispositif d'exonération lancé dès 2013, a rapporté 19 milliards d'euros aux entreprises depuis cette date. Et 33 milliards d'euros d'exonérations, sur les 40 du Pacte irresponsable de janvier 2014, ont été lâchés sans contrepartie.

Depuis le début du quinquennat, la consommation des ménages est restée atone, on a frôlé la déflation, et le chômage a grimpé de 600.000 personnes.

Rentabilité politique
Oui, l'heure est à la recherche de mesures à forte rentabilité électorale. François Hollande confie publiquement qu'il est "probable" que son gouvernement proposera l'extension de l'état d'urgence. Après trois mille perquisitions, quelques dizaines de dérapages (dont l'assignation à résidence ... de militants écologistes) et, à l'arrivée, une seule mise en examen, l'équipe Hollande/Valls sombre dans le piège de Daesch, la mise en scène de la peur permanente. Sur nos réseaux sociaux, les "hoax" - ces affabulations crédibles et contagieuses, se multiplient contre les migrants. La fachosphère se régale dans la manipulation et le mensonge. Les migrants sont facilement assimilés à des terroristes en puissance.

Cette agitation sécuritaire de l'urgence fait dérailler jusqu'au premier ministre lui-même: au dîner du CRIF, Manuel Valls lance publiquement une violente critique contre l'Observatoire de la la Laïcité, pourtant sous sa tutelle, et dirigé par Jeab-Louis Bianco, ancien fidèle soutien de Ségolène Royal et, surtout, ancien secrétaire général de l'Elysée de François Mitterrand. En cause, quelques appels à l'union et la paix orchestrés par l'Observatoire depuis les attentats, soutenus par des associations religieuses qualifiées de douteuses: "On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant du climat que l’on a évoqué tout à l’heure". C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Valls oublie auprès de qui il a défilé le 11 janvier au lendemain des attentats: une cohorte de dictateurs et même d'islamistes convaincus. Il oublie le silence français face aux décapitations en cascade en Arabie Saoudite. Il oublie la distance nécessaire à son poste quand la période est trouble.

La France démocratique se désagrège et, visiblement, François Hollande n'est pas Gandhi. Il gouverne avec son instinct, les sondages, et une envie de réélection hors de toutes convictions politiques. Avec la tenue de l'Euro 2016 en France cet été, il y a fort à parier que le duo Hollande/Valls annoncera une troisième prolongation des mesures d'exception. La France n'est pas tombée en dictature, car l'Etat n'abuse pas massivement de ces capacités liberticides d'urgence. Mais la France n'est juridiquement plus la République que nous chérissions. Chacun doit mesurer combien cette situation est fragile et anormale.


Pyromanie libérale
Mais le plus surprenant est surtout cet "effet Davos". Le forum des grands du monde - patrons et représentants de gouvernement - dans l'un des paradis fiscaux de la planète - la Suisse - se tenait cette semaine. Manuel Valls et Emmanuel Macron y assistent, forcément. Le second ne reste que 24 heures, mais avec une boulimie d'apparitions et d'interviews.

A Davos, la planète s'inquiète moins du réchauffement climatique - l'année 2015 fut la plus chaude que le globe ait connu depuis que la mesure existe - que d'un probable crash boursier. Crise en Chine, dégringolade des prix des ressources  carbonnées, ralentissement de la croissance mondiale, le risque d'une nouvelle déflagration financière est grand. Et les économies occidentales n'ont plus des amortisseurs sociaux aussi solides qu'en 2008 Les politiques austéritaires conduites en Europe ont affaibli les pays.

A Davos, Macron joue au pompier pyromane. Il prône la réduction des protections des salariés des salaires (autrement qualifié de "coût du travail"). On se souvient de Sarkozy à l'été 2007 qui promouvait la généralisation des subprimes, ces emprunts pourris à l'origine du grand crash de l'automne suivant. A Davos, Macron promeut encore et toujours la destruction des filets sociaux du modèle socio-économique français.

Jaloux, Manuel Valls en rajoute sur les propos sécuritaires de Hollande, un terrain où Macron ne peut s'exprimer: "Tant que la menace est là, il faut que tous les moyens soient mis en œuvre", explique-t-il, (...) "jusqu’à ce que l’on puisse se débarrasser de Daech." En d'autres termes, Valls nous explique qu'on en a au moins pour une bonne décennie d'état d'urgence. Il légitime sans durée déterminée une législation d'exception. Il braille bien fort ce que Sarko et le Pen n'ont plus besoin de murmurer. Il faut se pincer pour le croire.

Emmanuel Macron fait le buzz... à droite.  La presse le décrit "coincé" ou gêné par un Hollande réfractaire à trop de libéralisme. "Macron réclame des réformes plus radicales !" titre Bloomberg. Être à droite dans un gouvernement labellisé socialiste permet beaucoup de choses. Cette rivalité Valls/Macron est un objet médiatico-politique lunaire. Manuel Valls s'agacerait car il n'incarnerait plus la transgression patronale au PS, sans rire ?

Macron multiplie les buzz. Lundi, avec une phrase qui fleure bon l'ignorance crasse et la caricature des beaux salons: "la vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié." Notez le cliché. Macron a-t-il donc réalisé quelque sondage pour sortir pareille sentence de salon de thé des beaux quartiers ? La petite phrase de Macron scandalise la gauche, conclut BFM TV. Non, elle scandalise d'abord l'intelligence. Une bêtise ne venant jamais seule, le sous-ministre aux relations avec le Parlement renchérit de son côté en estimant que la France compte "trop d'organisations syndicales". Deux jours plus tard à Davos, Macron reprend la main: "la réalité de la vie d'un entrepreneur, c'est que c'est quelqu'un qui prend tous les risques, dont le travail ne s'arrête pas le soir ou le week-end, parce que c'est sa vie". Et devant un parterre de journalistes, de patrons et autres dirigeants du monde, il dit tout haut ce que Hollande murmurait tout bas: les trente-cinq heures sont enterrées "de facto" avec le projet de réforme du travail présenté par Hollande en début de semaine: "les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d'accord" se félicite-t-il sur les ondes de CNBC et de Bloomberg, contredisant sa collègue Myriam El Khomri, ministre du travail, qui expliquait au contraire deux avant à l'Assemblée: "toute heure au-delà de 35 heures sera majorée."

Amen...

Déprime sarkozyste
L'urgence électorale se lit aussi à droite. L'épaule toujours tressaillante, Sarkozy tente de se montrer calme et rassembleur. Mais la Justice est à ses trousses. On se croirait dans un mauvais polar. Cette semaine, c'est au tour du préfet Gardère, un ancien proche, ancien directeur adjoint de cabinet du ministre de l’Intérieur Claude Guéant, a achevé sa garde à vue par une mise en examen pour corruption passive. L'entourage de l'ex-président est décidément effarant.

Sarkozy s'inquiète car le "Tout sauf Sarko" prend de l'ampleur... à droite. Pour preuve, sa récente invitation à déjeuner avec les présidents de régions LR a finalement été annulée... faute de participants. Xavier Bertrand Valérie Pécresse, Christian Estrosi avaient d'autres obligations... forcément.

L'ancien monarque s'est décidé à écrire un livre (quand trouve-t-il le temps ?), 270 pages écrites à la main. L'ouvrage sort ce dernier lundi de janvier, quand le froid envahit le pays. Il a mis les bouchées doubles: nos librairies sont inondées de quelques 120.000 exemplaires, le plan de com' est massif. On publie les bonnes feuilles en "exclusivité" sur quelques médias dès le jeudi précédent. Le microcosme se régale d'apprendre que Sarko regrette (forcément) les éléments Bling Bling et dégradants de son mandat. Le bouquin ne manque pas de perles, comme cette introduction sur une citation de Confucius (sic!). Ou cette énième déclaration de métamorphose personnelle: "Force m’est de reconnaître que cet échec de 2012 m’a apaisé." Nicolas Sarkozy change tous les 5 ans, qu'on se le dise et se le répète. Cette mascarade en devient drôlatique.

La presse se jette avec régal sur cette distraction artificielle. Elle est déçue car l'ancien monarque revient rarement sur les anecdotes les plus troublantes ou les sujets les plus sérieux de son quinquennat. On n'apprend rien sur ses négociations avec le colonel Kadhafi, rien sur les soupçons de financement occulte de ses deux campagnes présidentielles, rien sur le scandale des sondages de l'Elysée.

Comme en 2012, où il fit mine d'hésiter à se représenter à la fonction suprême jusqu'en février alors qu'il était en campagne officieuse depuis deux ans au moins, Sarkozy récuse se porter candidat à des primaires de la droite alors que ces dernières sont annoncées pour l'automne.

En meeting à Nîmes, Sarko se livre à 45 minutes d'auto-congratulation, ses talents de "chef" à la tête de l'ex-UMP, ou ses victoires électorales locales ("on a gagné dans 75% des départements"): "je préfère me taire en gagnant, plutôt que de faire comme du Valls qui dit j'ai gagné alors qu'il avait perdu". On retrouve notre Sarkozy vantard, agité, et parfois comique. Un sondage de fin de semaine fait quelques dégâts: deux tiers des sondés "ne regrettent pas l'ancien président". Et trois quarts sont persuadés qu'il n'a pas changé.


Même s'il n'est pas candidat, Sarkozy a des propositions, comme celle inspirée directement du fameux couple Reagan/Thatcher de l'aube des années 80: réduire massivement le seul impôt progressif du pays, l'impôt sur le revenu. De l'ouvrage, il ne fallait retenir qu'une chose, un heureux revirement, un "parjure" qui réjouit: Nicolas Sarkozy ne reviendra pas sur le mariage homosexuel s'il est élu.



Hollande dépassé, Valls rivalisé, Macron sanctifié, Sarkozy comique...

Ami juppéiste, réjouis-toi.

C'est un boulevard politique qui s'ouvre à ton mentor.



16 janvier 2016

454ème semaine politique: François Hollande et la trouille face aux primaires.

 

C'était un affront, un sortie de route, un scandale en pleine Hollandie. Même Sarkozy n'avait eu à subir la chose. La droite sait tenir son camp. La gauche est plus agitée, presque démocratique. Quelque part au beau milieu des voeux présidentiels que l'Elysée espéraient grandioses et graves comme la situation, une cohorte d'anciens soutiens, intellectuels, "sachants" et autres fortes voix réclamaient une primaire à gauche car François Hollande ne leur semble plus légitime à sa propre réélection sans validation démocratique par son camp d'origine.


A l'Elysée, on minimise, mais c'est le début d'un drame. 


En début de semaine, le quotidien Libération, peu suspect de vrauchisme, publie la tribune d'une cohorte d'anciens soutiens de Hollande qui réclament une primaire à gauche: Daniel Cohn-Bendit, Marie Desplechin, Romain Goupil, Yannick Jadot Thomas Piketty, Michel Wieviorka incarnent cette interrogation profonde, au centre comme à gauche, sur le sort erratique de François Hollande: "notre système politique est bloqué". Le constat est frappé de bon sens. La "gauche de gauche", formule impropre pour désigner quelques-uns qui n'ont pas varié dans leurs convictions malgré les évènements, se déchire aussi sur l'idée des primaires. Nombreux sont ses représentants qui, sous prétexte de refuser de jouer le jeu de cette monarchie présidentielle, prennent le premier tour d'une présidentielle pour une tribune d'expression quinquennale.
"Notre système politique est bloqué. Chaque jour, nos institutions, inadaptées et sclérosées, s’enfoncent un peu plus dans la crise. Faute de propositions satisfaisantes, de perspectives claires et de résultats tangibles, nos concitoyens sont nombreux à s’abstenir aux élections, quand ils ne s’abandonnent pas aux promesses insensées et au discours de haine du Front national. Trop souvent, nous nous contentons de voter "contre", pour éliminer l’"autre" candidat. Pire, nous ne votons pas, atterrés par la médiocrité de l’offre politique et son incapacité à se renouveler." (lire la suite)
Quatre jours plus tard, Martine Aubry applaudit dans ses voeux à la mairie de Lille à l'idée d'une primaire à gauche. "Elle cogne dur" contre Hollande, commente la presse. Elle cogne, mais elle ne rompt pas.

A l'Elysée, Gaspard Gantzer, le patron de la com' élyséenne, minimise ces appels à une primaire à gauche: "nous avons suffisamment de problèmes à régler et d’obstacles à franchir pour nous préoccuper de 2017."  Il explique aussi que Hollande "s'attendait" à pareille initiative de demande de primaire. . "Il y en a qui bossent", on connait la maxime. Faire croire que François Hollande, comme son prédécesseur au moment de son mandat, n'est pas en campagne, revient à prendre l'électeur pour un con et l'observateur attentif pour un ignare.

En fin de semaine, les meilleurs servis du quinquennat Hollande en demandent davantage. " Il faut un plan d’urgence audacieux pour l’emploi " écrivent-ils dans les colonnes du JDD. Cinq organisations patronales publient ainsi une tribune, une quasi-déchéance économique quand on mesure l'ampleur de la précarité du travail. La formule miracle de ces irresponsables employeurs est assez simple: "sécurisation pour un contrat de travail agile" (la formulation est belle ), "prévoyant un plafonnement des indemnités prud'homales lié à l'ancienneté du salarié, et des motifs de rupture liés à la situation de l'entreprise ou la réalisation d'un projet"; le non-paiement des cotisations patronales durant deux ans pour toute nouvelle embauche dans les petites entreprises ou le recours à un apprenti; ou encore une "facilitation des nouvelles formes d'activité indépendante" (pensez à Uber).

C'est un appel à davantage de flexibilité, et d'ailleurs pourquoi se gêneraient-ils ? Emmanuel Macron, qui s'est rasé cette semaine à l'occasion du bicentenaire de la Caisse des Dépôts et Consignations, n'a-t-il pas déjà beaucoup et facilement donné ? Dans les actualités diverses d'un gouvernement en fin de mandat, on lisait que le ministère de la Culture s'opposait à l'interdiction de la publicité sur les programmes jeunesse de France Télévisions; qu'EDF supprimerait plus de postes que promis à sa tutelle; que la ministre de l'Ecologie venait en défense du constructeur automobile national accusé de tricheries à la mesure anti-pollution...

Quelle France !

Imperturbable, Hollande poursuit ses vœux - aux forces de sécurité puis aux "corps constitués" (le 13), aux armées (le 15) puis aux "territoires" (le 16, en Corrèze). Il ignore les remous de la capitale et la fracture supplémentaire et peut-être décisive qu'il a créé avec cette révision constitutionnelle. Il lâche quelques petites promesses et autres cadeaux de fin de mandat. Il explique ainsi qu'il veut généraliser le service civique chez les 16-25 ans (la belle idée !). Les heureux élus, pour un peu plus d'un RSA (573 euros par mois) font des travaux d'intérêt général. le budget de l'opération sera porté de 300 millions d’euros à un peu plus de 1 milliard en 2018, c'est-à-dire après l'élection présidentielle. Les promesses sur un futur qu'on ne maîtrise pas n'engage que ceux qui les croient.

Les vœux ne sont pas sans risque. Christiane Taubira en fait les frais lors de la rentrée solennelle de la Cour de Cassation le 14 janvier.  Les magistrats font part de leur indignation à leur tour. Christiane Taubira ne moufte pas quand elle écoute l'un des plus hauts magistrats de France, Bertrand Louvel, s'étonner que la Justice ait été "évitée" dans la préparation des lois anti-terroristes. Dans un communiqué envoyé à la Garde des Sceaux, les magistrats ajoutent: "La France ne saurait sacrifier les valeurs fondamentales de sa justice, au motif qu’un manque cruel et ancien de moyens l’a affaiblie".

Pour l'actuel président qui voulait marquer sa différence avec son prédécesseur agité, la charge est rude. Un quotidien du soir, Le Monde, enfonce le clou. Il relate, ce mercredi, l'étonnante conversion de François Hollande à l'extension et sa constitutionnalisation de la déchéance de nationalité. On imagine la réaction du conseiller ès communication, le jeune Gaspard Gantzer quand il a découvert dans un journal peu suspect de complicités gauchistes cette "histoire d’un président, d’ordinaire des plus prudents, élu comme social-démocrate mesuré et tempéré, qui aborde néanmoins la fin de son mandat en assumant la constitutionnalisation d’une mesure ouvertement empruntée à la droite extrême et à l’extrême droite, la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français."

L'actualité reste grave, et Hollande se retranche derrière elle pour ignorer les contestations de son propre camp. Il commente tout, il réagit sur tout. A Marseille, l'agression d'un professeur d'une école juive portant la kippa par un jeune de 16 ans muni d'un hachoir lance un curieux débat sur le port de la kippa. "Il est insupportable dans notre pays que des citoyens se voient inquiétés, agressés, frappés en raison de leurs choix religieux" commente le président. Mercredi, le Conseil des ministres décident la dissolution de trois associations salafistes installées en France: « Retour aux sources », « Le retour aux sources musulmanes » et « Association des musulmans de Lagny-sur-Marne ». Jeudi, le huitième terroriste des attentats de Paris en novembre a été identifié, un Belgo-marocain de 25 ans. Le même jour, la mort accidentelle de deux adolescents lors d'une sortie en ski dans les Alpes envahi les écrans médiatiques - Hollande exprime "la solidarité de la Nation". Vendredi une attaque terroriste frappe Burkina Fasso, tuant une trentaine de personnes. Al Qaïda et Daech, les deux multinationales concurrentes du terrorisme djihadiste, ignorent les frontières, les nationalités, les religions quand elles commettent leurs atrocités.

L'actualité est grave mais des nouveaux sondages démontrent que l'effet "attentats" a disparu. Même Manuel Valls est crédité d'une meilleure crédibilité pour l'élection présidentielle que François Hollande. Alain Juppé, le chouchou des enquêtes sondagières, culmine à deux fois la popularité de Hollande. Il écrase, il pulvérise, il déchire. L'UMP lance ses primaires, le calendrier est publié. Le centre-droit retrouve son camp naturel. Et les partisans du Palais réalisent avec effroi que l'OPA "moderniste" sur le centre-droit par un candidat élu avec les voix de gauche sera finalement vouée à l'échec. Vendredi, l'hebdomadaire Marianne publie un appel ... contre le duo Sarkozy/Hollande.
"Contre la catastrophe programmée, il est temps que les paroles se libèrent et relaient une demande générale en faisant passer le message : ni re-Sarkozy ni re-Hollande, que ces deux-là, avec tous les honneurs, passent la main" Jean-François Kahn.
Sarkozy ? Qui se souvient de Sarkozy ? L'homme qui a désorganisé le renseignement, réduit les forces de police et de sécurité de 10.000 personnes, cet ancien monarque a disparu des radars politiques. Il parait qu'il n'est pas inquiet. Qu'il va repartir sillonner la France pour "renouer le contact avec les Français en toute simplicité". Cet homme a toujours été le moins bien placé pour réaliser ce qui lui arrivait. Rappelez-vous la campagne de 2012 qui démarra quelque part vers 2010. Sarkozy a des soutiens qui espèrent le voir abandonner la présidence de l'UMP-LR pour se consacrer rapidement à des primaires à droite... En cause, sa dégringolade dans les sondages. Semaine après semaine, Juppé écrase toujours ses rivaux à droite dans les les sondages. Et les centristes lui cèdent volontiers le terrain.

2017 n'aura rien à voir avec 2007 mais personne ne l'a encore expliqué à Nicolas Sarkozy. Lequel ressort une à une ses vieilles recettes de spectacle: expliquer qu'il a "compris" et "changé"; qu'il cherche le contact "simple" et "direct" avec les Français; ou jouer au faux discret et se plaindre de l'attention médiatique qu'on lui porte.

Samedi, le citoyen transformé en téléspectateur avachi peut se satisfaire d'un nouveau spectacle. Manuel Valls s'annonce dans l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier. Le talk-show, pâle et ricaneuse copie de l'excellente émission de l'humoriste américain Jimmy Fallon, accueille un premier ministre avec délectation.

Un dernier sondage devrait régaler celles et ceux qui justifient la déchéance de nationalité au motif de sa popularité sondagière: quelque trois quarts des sondés réclament une primaire à gauche.

Parmi les sympathisants de gauche, le score grimpe à 86%.

Amen.






9 janvier 2016

453ème semaine politique: pourquoi Alain Juppé va défaire Sarkozy puis Hollande

Crédit Illustration: DoZone Parody
 

C'est la star de la semaine. Alain Juppé, favori des sondages, a fait sa rentrée cette semaine. Une interview par ci, un livre sécuritaire par là. Et la couverture de la nouvelle coqueluche magazine des bobos "SoCiety".

 

Bien sûr, Alain Juppé est plus à droite que François Hollande sur quelques terrains, mais lesquels ? Et sont-ils si nombreux ?

 

Parmi les partisans de l'actuel locataire de l'Elysée, c'est le drame.




Juppé, au centre
Alain Juppé a fait sa rentrée tonitruante et bien à propos un dimanche veille d'hommages en cascade aux victimes des attentats de Charlie et de l'Hypercasher. Le JDD publiait les bonnes feuilles de son nouvel ouvrage programmatique sur la sécurité (Pour un Etat fort - éd. JC Lattès). Les deux tiers de ses plus fortes propositions étaient si Hollande-compatibles que cela était gênant pour l'équipe élyséenne: comme Hollande ou Valls, Juppé s'affiche contre l'immigration zéro, pour assouplir la légitime défense des forces de l’ordre, la sanction des consultations régulières de sites djihadistes, la création d’un pacte avec l’islam pour former les imam ou accélérer la procédure de droit d’asile.

"J'ai toujours été un homme ouvert, non sectaire, prêt à travailler avec les sociaux-démocrates" Alain Juppé, 4 janvier 2016

Closer, Paris-Match, SoCiety, le JDD, France 2 ou Europe 1, Juppé est partout, il parle de tout. Tout juste si on lui demande pas ce qu'il pense de cette sélection machiste des finalistes du Festival d'Angoulême. Il caracole dans les sondages, multiplie les soutiens, inaugure son QG de campagne. Vendredi, François Bayrou annonce son ralliement. Le président du MODEM, actuel maire de Pau, dont l'appel au vote contre Sarkozy dans l'entre-deux tours de l'élection présidentielle de 2012 avait été décisif, se prononce sans détour: "Je l'aiderai pour son engagement à la présidence de la République".

On attend donc le prochain bouquin de Juppé, sans doute sur l'économie, avec impatience. Comme Emmanuel Macron, il y a fort à parier qu'il expliquera que le travail à la tâche, l'uberisation du travail, est l'avenir radieux du redressement du pays et de la lutte contre le chômage. S'il était élu en 2017, Alain Juppé pourrait embaucher Emmanuel Macron.   A l'automne, le très jeune ministre de l'Economie de François Hollande  avait déclaré: "Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord". Entre ignorance de classe et convictions libérales, Macron incarne mieux que quiconque ce croisement de la droite et de la gauche dite "moderne". Cette semaine, il est revenu de vacances la barbe légère comme les hipsters du Quartier latin. Dans une trop longue interview au Monde le 7 janvier, il livre justement de stupéfiantes mais néanmoins habituelles conclusions. Il loue ainsi "l'exemple qu'offre Uber dans la région parisienne: des gens souvent victimes de l'exclusion choisisse l'entrepreneuriat individuel (...) Ils se lancent, ils travaillent plus, la rémunération ne suit pas toujours, mas ils ont accès à l'activité économique et à des perspectives de mobilité." La critique du salariat et de ses droits, le retour à une forme de rémunération à la tâche sans plafond de durée de travail, ni protection sociale, voici le modèle que prône donc l'un des ministres les plus importants du gouvernement Valls.

Tandis que République s'abime, l'économie s'enfonce. "On n'a pas tout essayé", reconnaît Macron dans l'interview pré-citée. Le chômage, en Europe, atteint pourtant son plus bas niveau depuis 2011, sauf dans quatre pays... dont la France. Depuis l'élection de François Hollande, le nombre de sans-emplois a cru de 670 000, soit autant que sous son prédécesseur agité.

Alain Juppé embarrasse François Hollande car il va lui chiper son électorat de centre-droit, la cheville ouvrière de sa réélection en 2017. Le schéma est connu. Juppé s'en régale, mais il doit aussi durcir son discours pour convaincre l'autre fraction de son électorat de 2017, la plus à droite.

Sarkozy, furibard
Nicolas Sarkozy traverse une séquence politique détestable, mais il ne désespère pas de l'emporter à la primaire de l'automne qui désignera le candidat de la droite unie à la présidentielle de 2017. Ses proches finissent par douter. Le jeune député Gérard Darmanin, porte-parole de sa campagne à la présidence de l'UMP en 2014, et présenté comme le renouveau de la garde sarkozyste, lui a claqué la porte en ce début d'année. Même Nadine Morano vient d'annoncer sa candidature (sic!), sur un créneau politique aussi outrancier et xénophobe que son ancien mentor. Dans une cote sondagière de rentrée, Nicolas Sarkozy perd 15 points de confiance parmi les sympathisants de droite. Il verrouille encore davantage l'appareil du parti.

Il tente de se remettre au cœur du débat mais en vain. Mercredi, dans la plus grande indifférence générale, il file en jet à Anvers pour une conférence (gratuite) devant des patrons belges et avec Bart de Wever, le chef de file du parti nationaliste flamand. Il fustige Schenghen: "Schengen est mort, Schengen ne fonctionnera plus, n'a jamais fonctionné et ne peut plus continuer comme cela". Le sujet n'est pas nouveau. Un à un, les pays européens ferment leurs frontières. Contrairement à il y a 10 ans, Nicolas Sarkozy ne sait plus orienter le débat politique sur ses idées ou propositions. Sa parole n'imprime plus grand monde. Jeudi, Sarkozy fait voter sans difficulté au bureau politique du Parti Républicain son appui à la mesure de déchéance de nationalité proposée par Hollande.

Fin janvier, LR va désigner ses délégués de circonscription, membres du conseil national, et membres du comité de circonscription. En février, Sarko repart en vadrouille électorale, un peu partout en France. 

Juppé a donc fort à faire, mais la multiplicité des concurrences au sein de la droite furibarde et l'affaiblissement politique que l'on pourrait juger irrémédiable de Nicolas Sarkozy sont là pour le servir. Il faut convaincre qu'il est le mieux placé pour l'emporter, mais aussi donner des gages à sa droite, son camp. Dans son bouquin sécuritaire, Juppé lâche ce qu'il faut pour faire hurler les hollandistes les plus timides et rassurer les sarkozystes - rétablir les peines planchers, fixer des quotas d’immigration,  légaliser la rétention (déjà effective) des familles de clandestins, ou même imposer une durée de séjour aux parents étrangers d’enfants nés en France avant de confirmer à ces derniers qu’ils sont Français

A droite, plus qu'ailleurs, on vote utile.

Hollande, apatride
Vendredi, François Hollande est à Jarnac, pour honorer les 20 ans de la mort de François Mitterrand.
 

Hollande court après les symboles à défaut de résultats. Toute la semaine, il enchaîne les hommages. Il y a un an, une première vague terroriste djihadiste frappait la France: douze victimes à Charlie Hebdo le 7 janvier, puis une policière à Montrouge le 8, et encore quatre victimes dans un supermarché casher le 10.

Qui est encore Charlie un an après ? 

A droite, on cherche les responsables pour défendre le journal après sa une provocatrice et drôlatique de la semaine. Le dessin de couverture figure Dieu, une Kalachnikov en bandoulière, et cette mention: "un an après, l'assassin court toujours". C'en est trop, encore une fois, pour des autorités religieuses du pays; mais aussi les Christine Boutin, Nadine Morano, Rachida Dati et consorts.

A gauche, François Hollande tente de prendre la main. 
Le 7 janvier, il adresse ses vœux aux forces de sécurité le 7 janvier, il justifie la prolongation de l’état d’urgence qui, selon lui, aurait "permis des perquisitions administratives qui ont mis au jour vingt-cinq infractions en lien direct avec le terrorisme". La ficelle est grosse:  il oublie de dire qu'il a fallu plus de 3000 perquisitions depuis le 14 novembre pour arriver à un si maigre résultat qui, par ailleurs, est gonflé: seules 4 procédures antiterroristes ont été en réalité ouvertes sur la base de ces enquêtes. Hollande ment, car il est secoué. L'extension de la déchéance de nationalité à tous les binationaux jugés coupables d'atteinte aux intérêts de la nation (et plus seulement ceux naturalisés en France), et sa constitutionnalisation, sont des symboles inutiles et contreproductifs qui virent au fiasco politique. Si Hollande tient (malheureusement) bon sur cette funeste mesure, Alain Juppé s'emmêle les pinceaux. Il explique qu'il votera la mesure, mais qu'elle est inutile ("un acte de mauvais gouvernement"), avant qu'on lui rappelle qu'il y était hostile encore ... l'an passé. Allez comprendre ...

En Commission des lois de l'Assemblée nationale, étape préliminaire avant l'examen général au Parlement, la mesure est d'ailleurs retoquée ce mercredi par 16 voix contre deux. Patatras ! "Le piège se referme déjà sur François Hollande" commente un blogueur émérite. Jeudi, la Garde des Sceaux réitère que "la déchéance de nationalité n'est pas souhaitable", et que son efficacité est "dérisoire". mais Christiane Taubira ne démissionne pas, au grand dam des éditorialistes de tous bord. Elle n'est pas non plus virée du gouvernement. Dernière caution vers la gauche de cette équipe ministérielle épuisée, Taubira est une icône intouchable.

Hollande insiste sur l'état de guerre car Valls a un autre texte à faire voter, un texte qu'applaudit des deux mains Alain Juppé. Le projet de loi "renforçant la lutte contre la criminalité organisée et son financement, l’efficacité et les garanties de la procédure pénale" a été transmis au Conseil d'Etat. Il assouplit la légitime défense des policiers (dont, par ailleurs, on s'inquiète de l'épuisement général après une année sous tension), mais aussi la fouille des véhicules, des personnes et des domiciles (sur simple décision préfectorale).  Ce texte effraye quelques vigilants professionnels ou amateurs qui s'inquiètent de ces nouvelles mesures d’exception dans le code pénal. Taubira et son collègue Cazeneuve prennent la plume. Dans les colonnes du Monde du 6 janvier, les deux ministres se défendent de toute atteinte à la démocratie, mais le mal est fait.

Hollande est "politiquement apatride".

C'est sans doute le meilleur résumé de la situation.





2 janvier 2016

452ème semaine politique: pourquoi Hollande joue de la déchéance de nationalité

 

 

François Hollande n'allait pas répondre à Pierre Joxe. L'ancien ministre de l'intérieur, figure tutélaire du socialisme français, a pourtant livré une violente diatribe contre la "stupéfiante" réforme constitutionnelle proposée par l'actuel locataire de l'Elysée quelques heures avant la fin de cette funeste année 2015. 

Pour ces avant-derniers voeux élyséens, Hollande est apparu comme le père d'une nation qu'il a choisi de rassembler contre la menace terroriste étrangère. 

 

Tout un programme...


Un truc indéfendable
Cette révision constitutionnelle, ce "truc indéfendable" comme le qualifie un blogueur de gauche, n'en finit pas de faire des remous. L'argument central des soutiens du président s'accentue sur un point: l'élite, surtout à gauche serait déconnectée du bon sens populaire prétendument convaincu du nécessaire tri entre bons et mauvais Français pour cause de menace terroriste.

Ce n'est pas la première fois, ni sans doute la dernière, que Hollande suit le vent de l'opinion. Mais c'est peut-être la première où il espère tirer un réel profit politique. Il s'est appuyé sur la popularité sondagière de Manuel Valls pour le suivre et le conforter dans tous ses travers sécuritaires et libéraux depuis 2014, en vain. Sa propre cote sondagière est restée collée au plancher. Il a clamé rigueur sociale et réduction des charges, ou laissé critiquer ses propres augmentations d'impôts pour suivre l'argutie libéralo-poujadiste, mais en vain. Il a encouragé Emmanuel Macron, si populaire ("la personnalité économique de l'année" d'après les lecteurs du Figaro; la "coqueluche du Tout-Paris" d'après le Monde), et l'a laissé clamer combien il "n'aime pas ce terme de modèle social"; ou que le travail le dimanche était une évidence.

Sur le terrain où on l'attendait le moins - la sécurité et la politique internationale - Hollande croit avoir trouvé sa martingale. Son attitude devant les drames des attentats de Paris, en janvier puis en novembre, a été unanimement saluée. Hollande a su trouver les mots et le recul, à l'inverse de ses rivaux Nicolas Sarkozy (qui s'est abîmé en agitations et remontrances) et Marine Le Pen (qui s'est auto-désactivée des cérémonies de janvier). Il en a rapidement bénéficié dans les sondages.  Cette fois-ci donc, ce serait la bonne ! Il fallait qu'il reste ce "père de la nation", fédérateur et au-dessus des partis, y compris du sien. A l'approche des élections régionales, le scénario d'une réélection à la Chirac version 2002 se confirme: il suffirait à Hollande de rester droit et fort contre le terrorisme, et tel un rempart contre l'extrême droite pour que la perspective d'une réélection se dessine. C'est en tout cas le scenario auquel on croit pour 2017.

Et puis il y a eu ce "hic", une gaffe, une bévue. Une sortie de route. On l'avait presque oubliée dans l'émotion des attentats de janvier. Cette erreur était cette fameuse déchéance de nationalité que Hollande souhaitait constitutionnaliser à l'encontre des auteurs d'atteinte à la République, mais binationaux nés Français. Il ne s'agissait plus de récupérer le drapeau, la laïcité et Marianne à une Marine Le Pen outrancière dans sa fausse normalisation. Il fallait aussi lui prendre ce symbole fondateur de l'extrême droite "moderne", le tri entre Français; jeter le soupçon sur celles et ceux qui pouvaient avoir une autre nationalité en parallèle de la France. François Hollande, ouiiste lors du référendum de 2005, Européen convaincu, avait besoin de récupérer ce tri national.

En 1944, la République restaurée ne prononça "que" des déchéances de droits civiques ("indignité nationale") à l'encontre des collaborateurs avec l'occupant nazi. François Hollande jugeait-il cette période moins sombre pour la République que l'actuelle ?

François Hollande est un maître en triangulation. Il s'est sans doute triangulé lui-même. Car l'affaire n'a pas pris comme il le souhaitait. Bien sûr, il en bénéficiera dans les sondages. Mais comment pourra-t-il espérer en gagner un quelconque avantage politique ultérieur ? C'est une énigme, un coup de fusil dans son propre genou alors qu'il en avait déjà un à terre.

Et l'énervement de son premier ministre témoigne d'un début d'inquiétude à l'Elysée.


Valls, énervé
Dimanche dernier, Manuel Valls a ainsi livré la plus violente et désastreuse des charges, accusant la gauche de "s'être égarée dans de grandes valeurs".  Dans sa tribune publiée par Mediapart, Pierre Joxe lui rétorque simplement: "la gauche est bien vivante." Il rappelle ces autres moments où les "grandes valeurs" ont été oubliées comme le recommande pourtant Valls. L'Histoire sait être glaçante pour qui prend la peine de ne pas l'ignorer. Lundi, il en remet une couche sur Facebook. Il récuse que la déchéance de nationalité soit un symbole d'extrême droite alors que c'en est une valeur fondatrice. Il n'est plus à une incohérence près. A chaud, il expliquait qu'il fallait changer puisque le monde avait changé. Quelques jours plus tard, il tente de justifier que la déchéance de nationalité est un héritage républicain et de surcroît de gauche. La charge est aussi grossière que le premier des ministres semble usé.

A celles et ceux qui se réfugient encore derrière un discours de Hollande à Versailles, Joxe explique: "en France la Loi ne découle pas d’un discours, même proféré à Versailles". Notre "conception de la République"  est simple: elle s'est exprimée à de nombreuses reprises dans la jurisprudence du Conseil Constitutionnel: "il existe un principe fondamental reconnu par les lois de la République relatif à l’absence de possibilité de déchéance de nationalité pour une personne née française même si elle possède une autre nationalité."  Cette conception n'est peut-être pas partagée par la majorité des citoyens de ce pays. Elle ne l'était certainement pas à chaud après les attentats de Paris, en janvier ou en novembre. Mais cela importe peu pour Hollande. Il suit le vent populaire en espérant en récupérer quelque souffle pour sa réélection élyséenne.

La déchéance de nationalité, pour les binationaux, "s’il s’agit d’un symbole, mesurez-en bien la portée : il y aura demain les «vrais» Français et les autres. C’est le sens même de l’appartenance à la Nation qui en sera ébranlé" clament quelques intellectuels dont Thomas Piketty, Annette Wieviorka ou Daniel Cohen, dans une nouvelle tribune publiée par Libération le 30 décembre.

Hollande n'en a cure. Il regarde les sondages. Il n'est ni flou ni instable. Il est même prévisible. Il suit les sondages.

Récuser cette réforme ne signifie pas pourtant refuser de voir l'état des menaces terroristes. Tout le monde s'accorde à dire que la déchéance de nationalité ne sert à rien.  Lutter contre le terrorisme est autre chose. Au Royaume Uni, un jeune couple qui se vantait de projeter un attentat à Londres a été condammné à la prison à vie. En Turquie, deux membres présumés de Daesch ont été arrêtés avant de commettre un attentat-suicide pour la Saint-Sylvestre. A Bruxelles, un groupe de motards a été inculpé pour "menaces d'attentats."

En France, les débordements non sanctionnés de la nuit de Noël, où quelques centaines de personnes ont défilé dans un quartier musulman d'Ajaccio, vandalisant une mosquée en criant "on est chez nous" et autres "mort aux arabes", ont enragé Manuel Valls. Le premier ministre a été pris en défaut d'application de son état d'urgence, lequel permettait d'arrêter facilement quelques dizaines d'écologistes frondeurs pendant la Cop21. Mercredi dans les colonnes du Parisien, le voici qui s'indigne contre une prétendue "nation corse".


Hollande, suiviste
Jeudi 31 décembre 2015, le président est apparu grave, comme s'il voulait incarner un croisement de Clémenceau et de Mitterrand: "Je vous dois la vérité, nous n’en avons pas terminé avec le terrorisme, la menace est toujours là, elle reste même à son plus haut niveau, nous déjouons régulièrement des attentats. " Il se dépeint en "père de la nation". Il évacue sa propre responsabilité dans la fracture du pays et la rupture de l'union nationale. Il dit un mot rapide sur l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français convaincus de terrorisme et qu'il veut placer dans la Constitution, cet hochet de l'extrême droite si friande de ces tris symboliques. "J’ai annoncé une révision de la Constitution (…) pour déchoir de la nationalité française les individus condamnés définitivement pour crimes terroristes. " Notez l'expression: "condamnés définitivement". Elle ne correspond pas au texte de  loi qu'il a fait déposé. Mais la politique, un 31 décembre décembre devant les écrans de la Nation, mérite bien quelque caricature. "Le débat, il est légitime, je le respecte, il doit avoir lieu", explique-t-il. Mais il assimile pourtant cette mesure totalement inutile d'un point de vue sécuritaire (mais si utile politiquement) au nécessaire arsenal sécuritaire dont le pays a besoin: "Quand il s’agit de notre protection, la France ne doit pas se désunir, elle doit prendre les bonnes décisions, au-delà des clivages partisans et en conformité avec nos principes essentiels. J’y veillerai car j’en suis le garant."

La France est en guerre, mais Hollande oublie de la rassembler. Le président est convaincu d'obtenir une très large majorité au Parlement sur sa réforme. Il pourra compter sur les voix de Marion Maréchal-Le Pen et de Gilbert Collard, une première depuis leur élection; mais aussi d'un soutien sans doute majoritaire à droite et au centre-droit. Seuls quelques sénateurs centristes et des supporteurs d'Alain Juppé s'opposent à la mesure.
"Ce sentiment, c’est l’amour de la patrie. La patrie, c’est le fil invisible qui nous relie tous." François Hollande, 31 décembre 2015
Pour 2017, Hollande aura un bilan faible, très faible à faire valoir en matière socio-économique. A un Sarkozy clivant, agité mais immobile, clivant et dangereux, l'actuel locataire est resté sur une seule ligne: une politique de l'offre centrée sur la réduction du coût du travail. Il a même désavoué son premier et réel rééquilibrage fiscal de 2012/2013 contre les ménages aisés et les revenus du capital. Depuis, les résultats se font attendre. Comme Sarkozy avant lui, il expliquera que c'est la faute au monde extérieur.  Ce 31 décembre, pour la quatrième fois depuis qu'il est à l'Elysée, il insiste pour "simplifier le code du travail", promet de "nouvelles aides à l’embauche" et va envoyer 500.000 chômeurs en formation pour améliorer ses statistiques.

Pour cette nouvelle année, l'Elysée a voulu soigner les fameuses "classes modestes" (plus de la moitié du pays d'après l'INSEE...), pour 2 milliards d'euros de réduction d'impôts l'an prochain. Une obole bienvenue, mais une obole quand même quand on la compare à la quarantaine de milliards de réductions de charges accordées sans résultat aux entreprises. Hollande a du également faire le forcing pour épargner les retraités "modestes" (c'est-à-dire pauvres), que Sarkozy avait abandonné à une hausse d'impôt décalée en ... 2016.

 Bref, il fallait clôturer cette année 2015 avec quelques signaux forts pour mieux préparer 2017.

La déchéance de nationalité pour les reconnus coupables de trahison de la république (et non pas seulement de terrorisme), tout comme quelques maigres efforts sociaux, sont donc les derniers cadeaux du nouveau "père de la nation".


Bonne année. 




Post-Scriptum: l'un des tous premiers sondages politiques de cette nouvelle année est publié par le Parisien, ce samedi 2 janvier: "74% des Français ne souhaitent pas la candidature de Hollande et Sarkozy."

Patatras.