27 février 2016

460ème semaine politique: la gauche se réveille contre Hollande

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La charge fut lourde, en pleine page d'un grand quotidien du soir. Un coup de gueule, l'expression d'un ras-le-bol qui dépasse le cadre des vrauchistes, frondeurs et autres critiques bruyants du quinquennat. Martine Aubry, le visage fermé, cosigne cette semaine un réquisitoire contre la mandature en cours avec une violence rare.

"Colère populaire", "affaiblissement durable de la France", les formules claquent, dévastent, et détruisent ce qu'il restait d'espoir de rassemblement à gauche par l'actuel locataire élyséen. Les signataires dénoncent le Pacte de responsabilité de janvier 2014 - "41 milliards d’euros mobilisés pour rien ou si peu" - ; le " désolant débat sur la déchéance de nationalité" et, enfin, l'avant-projet de loi sur le travail, présenté par la ministre Myriam El Khomri, qui met à bas " toute la construction des relations sociales de notre pays."

En parallèle, une pétition lancée en ligne contre ce dernier atteint les 650.000 signatures en à peine cinq jours. Hollande a embrasé la brousse.

Le gouvernement lâche un "fact-Checking" sur son site. Sur Twitter, il ouvre rapidement un compte @loitravail dédié à son projet. La ministre répond maladroitement aux accusations, ces réponses sont parfois effrayantes: elle explique que le principe de rémunération des heures supp n'est pas remis en cause (sic!), mais ne rappelle pas que son projet prévoit de pouvoir en réduire la rémunération à 10% (versus des planchers de 25% pour les 8 premières heures supplémentaires et 50% au-delà dans les accords de branche) ; elle justifie la création "d'un nouveau système de protection sociale" qui se résume à la création d'un nouveau droit, le "droit à la déconnexion". Le million de travailleurs pauvres et autres 4 millions de chômeurs non indemnisés seront rassurés. El Khomri ne dit pas non plus qu'abaisser les règles de rémunérations des heures sup n'a rien d'une protection.

"Merci Patron"
Le carré des fidèles se rétrécit, et se rassure comme il peut. Contre la tribune de Martine Aubry, il pointe que les co-signataires sont des rivaux de la première heure de l’actuel président. L’argument selon lequel seuls les fidèles seraient pertinents ou légitimes à la critique illustre l’isolement du camp Hollande/Valls.

D’autres tentent de dégager la responsabilité de Hollande des dérives libérales du moment. La loi El Khomri, et la menace d’exercer le 49-3 serait ainsi le dernier coup de force d’un Manuel Valls stratège de ses propres ambitions présidentielles. On murmure même que l’actuel premier ministre cherche à se faire dégager du gouvernement pour concourir à la primaire socialiste que certains tentent d’organiser à l’automne. Hollande, en déplacement à l'autre bout du monde, envoie certes son propre conseiller social tenter de déminer la situation.  Mais aux journalistes qui l'accompagnent dans son "Air Hollande One" pour plus de trente heures de vol vers la Polynésie, le président défend le texte El Khomri. Il confie même qu'il a qu'il a connu "des périodes plus agitées sur le plan social" (sic!).

En France, Valls se radicalise davantage: "Je ne suis pas un pousse-au-crime. Le président a décidé de ces arbitrages. Revenir en arrière serait non seulement dommageable pour le président et pour moi, mais aussi pour le pays".
Valls n'a rien à perdre. Comme hier Sarkozy à droite, Valls cherche à repositionner son camp politique autour de lui. Ni sa personne, ni ses idées ne méritent pareille attention.

La troisième défense, et sans doute la plus drôlatique, est que ce nouveau coup de sang à gauche serait en fait la résultante d’un piège tendu par la droite. Le concert de louanges à droite pour la loi El Khomri serait fein et faux, et ne viserait qu’à attiser les braises de la révolte à gauche. En donnant leur blanc-seing au texte El Khomri, Sarkozy, Copé, Juppé et consorts font surtout preuve d’une honnêteté rare en ces temps. Qu’ils espèrent ainsi diviser davantage leur adversaire de 2017, c’est assez évident. 

En résumé, où en est-on ?
Primo, François Hollande ne sert pas la France. Il s'en réclame, il bafouille régulièrement qu'il est au-dessus des clivages puisque la fonction l'exige. Il gouverne au contraire pour une minorité d'ultra-privilégiés qui, de surcroît, ne l'ont même pas soutenu pour son élection en 2012. Pire, sa politique est un échec, y compris si on la juge sur les exacts objectifs qu’il s’est lui-même(auto)fixé – réduction du chômage, des inégalités, et des déficits publics. 

Samedi 27 février, le président file au Salon de l'Agriculture. On ne lui niera pas un certain courage,  un courage que Nicolas Sarkozy n'avait pas/plus à la fin de son quinquennat.  Sans surprise, Hollande se fait accueillir par des huées et des insultes. L'agriculture se meurt, et ce n'est pas le pacte irresponsable ni le CICE qui vont y changer grand chose.



Secundo, toutes les élections intermédiaires ont démontré que les listes et candidats fidèles à la ligne Hollande/Valls conservaient l’avantage, à gauche, en pourcentage des suffrages ; mais sur un fond d’abstentions record et croissante qui ne faisait qu’illustrer le manque d’alternative … gauche. En cause, la division, répétée et persistante, ce virus qui pousse les affaiblis à se diviser encore davantage comme par réflexe sado-masochiste.

Tertio, et plus grave, les hiérarques socialistes se disputent les restes de leur parti : son nom, ses forces élues et militantes, son "héritage politique", et, bien sûr, sa trésorerie. Mais plus largement à gauche, la bataille des idées en cours est celle d’un réalignement qui ne parvient pas à se craquer.

C’est un combat entre des "réformateurs" qui plaident pour un réalignement définitif du PS sur l’orthodoxie libérale des années 1979-1981 et des "archaïques" qui invoquent la défense des plus faibles et le progrès social.

Ami archaïque, ce blog est le tien.




4 commentaires:

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  2. La ministre du travail, El Khomri, propose une réforme qui est une entreprise de démolition du code du travail. Vous en avez assez et vous voulez agir plutôt que d'attendre la dégringolade.
    Alors, signez la pétition contre cette régression sociale sur http://loitravail.lol et invitez ceux et celles qui sont conscients à faire la même chose.

    DemOs

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  3. Ce qui est terrible pour les signataires de cette tribune du "Monde", dont Martine Aubry , ainsi que pour les signataires de la pétition(et ils ne s'en rendent même pas compte!), c'est qu'ils sont incapables de proposer la moindre politique alternative : ils constatent que le monde a changé, et disent que c'était mieux autrefois; certes : et ensuite? Un coup pour rien, crédibilité zéro.

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  4. Jeudi 3 mars 2016 :

    Primaires à droite et au centre :

    Sondage auprès des électeurs de droite et du centre en vue des primaires :

    Alain Juppé : 76 % (- 1 % par rapport au dernier sondage)

    François Fillon : 57 % (- 4)

    Bruno Le Maire : 53 % (+ 2)

    Nicolas Sarkozy : 42 % (- 8)

    Sarkozy continue de dévisser à droite.

    http://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/021740282386-sarkozy-continue-de-devisser-a-droite-1204528.php

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