26 mars 2016

464ème semaine politique: comment #NousSommesDésunis contre Daesh

 

 

Comme des lâches, ils ont ciblé des civils. Double attentat en Belgique, plus de trente morts, près de trois cent blessés et voici notre classe politique qui s'emballe, s'abime et s'égare.



#NousSommesUnis
Le drame, le carnage, la répétition en Belgique des attentats de novembre en France. La lâcheté est différente de celle de Paris, des kamikazes ceinturés d'explosifs se font sauter à l'aéroport de Bruxelles et dans une station de métro à une heure d'intervalles. Daesh revendique l'attentat.

La Belgique politique offre une leçon de courage et de dignité - les deux ministres de l'intérieur et de la justice remettent leur démission - une démarche impensable dans notre République irresponsable -  démission qui leur est refusée. Le gouvernement ne braille pas à la guerre, ni à l'état d'urgence. La ville est déserte pendant 24 heures, puis la vie reprend. Les terroristes sont tous identifiés rapidement. Six personnes sont arrêtées, le lien avec les attentats de Paris est confirmé.

La double attaque aurait été précipitée par l'arrestation de Salam Abdeslam, lequel se mure dans le silence. De complice des tueries de Paris, cet ancien délinquant est désormais aussi impliqué dans celles de Bruxelles. A Paris, la traque permet d'arrêter un autre suspect, à Argenteuil, dont l'appartement regorge d'armes et d'explosifs.

La Tour Eiffel se colore du drapeau belge.




La famille de l'un des djihadistes, harcelée par la presse, doit rappeler que c'est elle qui a prévenu la police, en 2013, du départ de leur fils pour la Syrie.
"On ne choisit pas sa famille".
Samedi, voici qu'on nous annonce que ces djihadistes viseraient aussi la filière nucléaire belge.


#IlsRécupèrent
Sans surprise, Marine Le Pen dénonce "des années de laxisme, des années de bons sentiments". Elle est en voyage à Montréal, un périple boudé par les politiques du coin, et bousculé par des médias plus tenaces que nos lopettes frano-françaises. Elle en appelle à la fermeture des frontières nationales, et l'extinction des accords Schenghen. A Paris, ses affidés renchérissent. Le frontiste Walleyrand de Saint-Just accuse Valls de lâcheté.

Marine Le Pen attaque les "Bisounours",  le FigMag dans son édition du samedi    "l'angélisme". Manuel Valls reprend l'argument: "il faut tourner la page de l'angélisme." Mais de quoi parlent-ils ?

Accuser ses rivaux ou critiques de naïveté face au terrorisme islamiste évite de chercher à comprendre. Dénoncer l'angélisme est à la mode. Pour éviter de saisir avec effroi la réalité, on préfère accuser les autres de complaisance.

La France est en état d'urgence depuis quelques lustres, en guerre en Syrie et en Afrique. Quelques milliers de citoyens ont été perquisitionnés, un gouvernement "socialiste" a proposé l'extension constitutionnelle de la déchéance de nationalité. Et certains dénoncent encore de "l'angélisme"... Qu'attendent-ils ? Des rafles, des internements, et des expulsions massives fondées sur quelques critères plus "souples" telles la religion ou l'origine ?

A Béziers, le maire Robert Ménard, jamais avare d'une bonne formule, tweete à chaud combien cette attaque a "peu de chances d'être l'oeuvre de néo-nazis."

A droite, Nadine Morano dérape à son tour, en fustigeant les "3 millions d'€ pour une campagne de com du gouvernement auraient été plus efficaces à la sécurité des Français." Son collègue Laurent Wauquiez "demande à nouveau l'internement des individus fichés S et de ceux qui reviennent du djihad". Les "Décodeurs" du Monde lui rappellent, à nouveau, que les personnes fichées S "sont aussi bien des individus de retour de Syrie que des jeunes autoradicalisés, des militants écologistes, des hooligans ou un militants opposés à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes."

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a lancé sa campagne pour les primaires de son parti, lance une pétition sur Internet pour l’instauration d’une "peine de perpétuité réelle et effective, sans possibilité de sortie, pour les terroristes. Perpétuité réelle ? Non, bêtise irréelle. Xavier Bertrand confie qu'il n'aurait pas voté la suppression de la peine de mort s'il avait été député en 1981. Et du temps de Charlemagne ou de Napoléon, qu'aurait-il fait ?

Ces politiques récupèrent les pires drames, réécrivent l'Histoire, réagissent à chaud, se perdent dans des mesures aussi symboliques qu'inefficaces et clivantes.

La gauche n'est pas en reste. Bruno Le Roux, chef du groupe socialiste à l'Assemblée, sombre littéralement en qualifiant la droite sénatoriale d'"irresponsable" à cause de son refus de voter l'extension constitutionnelle de déchéance de nationalité dans les mêmes termes que les députés. Quelques trolls supporteurs-béats de la Hollandie finissante lui emboitent le pas sur les réseaux sociaux, fustigeant à chaud celles et ceux qui ont critiqué la mesure. Tous oublient que les Belges l'ont voté, inutilement et divisés, l'été dernier.
"On ne va s'arrêter de vivre parce des imbéciles veulent mourir." Charline Vanhoenacker, France Inter, 23 mars 2016
Vendredi, Hollande explique que la cellule organisatrice des attentats de Paris et de Bruxelles est quasiment anéantie. Mais qu'il y en a d'autres. Il n'y a que Marine Le Pen à ne pas entendre, à ne pas écouter, à ne rien comprendre. A moins qu'il ne s'agisse que d'une énième hypocrisie politique de sa part quand on l'entend encore accuser Hollande et les autres de refuser de désigner l'ennemi.

Hollande fait du Hollande, l'art d'une synthèse qui n'arrive plus à convaincre sur d'autres sujets mais qui là serait légitime si seulement elle s'incarnait dans les actes. Il sauve le droit d'asile mais justifie les filtrages: "Nous veillons à ce que le droit d'asile puisse être pleinement respecté et, en même temps, que nous puissions contrôler nos frontières extérieures." Les demandes d'asile sont pourtant un calvaire administratif et, en même temps, quelques dizaines de terroristes ont profité du flux des migrants pour débarquer en Europe.

Daesh revendique une seconde fois les attentats. L'émissaire, un djihadiste belge, promet la paix si les bombardements de l'OTAN cessent en Syrie. Ces barbares établissent régulièrement un parallèle entre leurs exactions et les bombardements alliés en Syrie. L'aveugle boucherie dans un hall d'aéroport ou dans une salle de concert serait équivalent à la mort de civils victimes collatérales des attaques de l'OTAN contre Daesch. Ce parallélisme est ignoble et bête. Les alliés ne ciblent pas les civils. Les fous de Daesch ciblent les mécréants.

#NousSommesChômeurs
La France pleure avec la Belgique. Mais ces drames ne doivent pas occulter l'autre réalité socio-politique du pays. Jeudi, la publication des statistiques mensuelles du chômage fait l'effet d'une douche froide pour le gouvernement. Quelque 38000 sans-emplois se sont inscrits à Pôle emploi en février. Le chômage fait du yoyo. La courbe s'inverse chaque mois. Un journaliste complaisant tente de rassurer: le chômage va bien baisser cette année, l'INSEE et l'UNEDIC nous le promettent. Mieux encore, les comptes publics ont été redressés (3,5% de déficit public en 201, un exploit !). La "politique pro-business" de François Hollande porterait ses fruits.

Des fruits amers, des fruits si petits. les estimations les plus optimistes en matière d'emploi font état d'une réduction de quelques dizaines de milliers de chômeurs cette année.

Quelques dizaines de milliards d'euros de baisses de cotisations sociales pour quelques dizaines de milliers d'emplois créés ?

De qui se moque-t-on ?

Michel Sapin, ministre des Finances, couine sur BFM: "j'aimerais que les entreprises tiennent leurs engagements". 

A l'inverse, le taux de marge des entreprises bondit. 
 La double rémunération de l'un des fleurons français de l'automobile nationale choque. La captation de richesse par un petit nombre est l'une des causes de l'asphyxie économique du pays. Le constat vaut partout. Ce "pillage du pays par une caste gavée sur le dos des salariés" frappe l'Occident capitaliste depuis des années. Robert Reich, ancien ministre du Travail de Bill Clinton en 1992, l'expliquait parfaitement bien dans un excellent documentaire en 2013. Reich n'est pas Mélenchon, mais les deux racontent la même chose: l'accroissement incroyable de la rémunération des plus riches privent l'économie productive des capitaux nécessaires à sa croissance. C'est simple à comprendre, évident à défendre, mais aucun libéral, pas même les uber-fans des Macronneries de l'actuel gouvernement, ne vous l'avouera.

Qu'il est loin ce temps où la gauche de gouvernement réclamait un plafonnement des rémunérations des grands patrons... Cette promesse de campagne 2012, murie au plus fort de crise des années 2008-2010, a bien vite été effacée, étouffée, évacuée. On suffoque.

La mobilisation contre la loi EL-Khomri patine à coups d' "escarmouches exploratoires". Le 31 mars sera un troisième test. Cette semaine, la video figurant un CRS frappant un lycéen parisien a fait le tour des réseaux, et scandalisée jusqu''au préfet de police de Paris. Il n'y avait qu'une poignée de trolls hollandais embarrassant leur propre mentor pour applaudir.

La nouvelle version du texte n'en finit pas de délivrer ses surprises. La dernière, décortiquée par Mélenchon, est assez époustouflante: le MEDEF a réussi à y glisser une sur-représentation patronale des grandes entreprises: la représentativité patronale ne sera plus calculée "qu’à 20 % selon le nombre d’entreprises adhérentes et à 80 % selon le nombre de salariés de ces entreprises." La belle affaire...

Une vingtaine d'anciens responsables socialistes publient une tribune de soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Le Parti d'Epinay a fait long feu.

"Pour les progressistes, seule la raison doit guider l’action et considérer les personnalités qui, par le symbole de leurs engagements, sont aujourd’hui en position d’incarner l’espoir d’une résistance au mouvement de balancier vers la droite, en passe d’emporter notre pays."



Ami socialiste, réveille-toi.


22 mars 2016

#JeSuisBelge


Forcément, nous sommes belges, ce soir. Européens, aussi. Rageux, évidemment. On a lu beaucoup de bêtises depuis la nouvelle du doubles attentats - des règlements de comptes, des accusations, des stigmatisations. 

On retiendra surtout les appels à la solidarité.  




19 mars 2016

463ème semaine politique: comment faire échec à Emmanuel Macron




On s'y attendait. La loi El Khomri était un jeu de cons, une partie de stupides, le signe d'une incompétence doublée d'une trahison de trop. Mal préparée, et pourtant présentée comme "réformiste", cette réforme du code du travail signait quelques trahisons politiques de plus, et un choc de trop. Après une nouvelle révolte jusque dans les rangs socialistes, plus fortes encore que les précédentes, le duo raté Hollande/Valls se réunit en précipitation trois jours durant pour accoucher d'un faux et mauvais compromis lundi 14 mars. 

En embuscade, le souriant Macron.


Le compromis était faux, puisque l'essentiel était préservé: baisse des rémunérations d'heures supplémentaires, assouplissement des conditions de licenciement économique et, surtout,  primat des accords d'entreprises sur les accords de branches. Le problème du quinquennat Hollande est que son duo de tête a rendu les armes idéologiques. Il a cédé sur tout, il a pris le vocabulaire de l'autre  camp, fait siennes ses idées, oublié que la politique se gagne par les esprits.

Le compromis sur la loi Travail était mauvais puisqu'il ne servait qu'une CFDT trop heureuse d'être au centre du jeu, tout en permettant à une droite ravie de décrire Hollande comme incompétent, sans toutefois satisfaire quiconque à gauche. La loi El Khomri est une connerie, pardonnez la rime, le coeur n'y est plus.

"Dire qu’on va faciliter les licenciements pour encourager l’emploi, c’est à peu près aussi stupide que de dire qu’on va faciliter le divorce pour encourager le mariage." Jean-Luc Mélenchon, 17 mars 2016.

Mardi, nouvelle usine à gaz, l'impot à la source. Selon Bercy, l'employeur "ne connaîtra qu'un taux d'imposition (...) qui à lui seul ne révèlera pas les revenus d'un foyer". Mercredi, le gouvernement lâche du lest aux fonctionnaires. Après 6 ans de gel du point d'indice (qui sert à calculer leurs rémunérations), voici un effort dans les derniers mois du quinquennat. Un effort bien modeste - +1,2% d'augmentation l'an prochain. C'est maigre.

Mais ce n'était pas tout. Emmanuel Macron, chantre libéral, balance.

Le 17 mars, le Monde livre quelques confidences du ministre de l'économie, à propos de la loi Travail : "c’est le début de l’adaptation de notre économie à la modernité, qui va ouvrir plus d’agilité et en même temps de sécurité individuelle, non pas statutaire ou corporatiste". Ou encore: "A force de vouloir prendre des mesures protectrices pour les jeunes, on ne les protège pas au travail, mais on les protège du travail. J’avoue que je n’arrive pas à m’y résoudre."

Macron est prévisible. Quelque soit le sujet, il adopte systématiquement le point de vue du capital, des propriétaires, des entreprises, ou des consommateurs. 

Jamais des citoyens, des salariés, ni des exclus. 

Macron nous a légué une loi fourre-tout, adoptée début 2015, dont on ne se rappellera que de deux choses: la libéralisation des transports en autocar (un comble pour gouvernement prétendument écolo), et l'extension du travail le dimanche. Macron sait même adopter, et sans difficulté, le slogan-phare de Sarkozy en 2007 - travailler plus pour gagner plus (la gauche "a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. C'étaient de fausses idées" déclare-t-il en août dernier à l'université d'été du MEDEF). Il est mûr, voir même le candidat idéal pour un Alain Juppé président en 2017. Même la droite le réclame dans son giron !

"Je suis l'original et il est la copie." Alain Juppé, 25 janvier 2016, à propos d'Emmanuel Macron.

Macron ne cache rien. 
"J'assume d'être libéral" clamait-il dans les colonnes du Parisien Magazine le 7 novembre 2015. "Ma gauche, c’est une gauche qui donne des droits par la liberté." Macron ne craint pas les oxymores. Dans un monde sans frontières, ultra-connecté, et ultra-concurrentiel, c'est au contraire la régulation pour la justice et la protection des plus faibles qui sont les vrais marqueurs du progrès.

Macron ne craint pas d'applaudir à l'uberisation de l'économie, qui n'est rien d'être, pour les "salariés" qu'un retour à la précarisation individuelle du XIXème siècle. Il emprunte les arguments libéraux classiques - mieux vaut un mini-job que pas de job du tout: "Je préfère que les gens rentrent dans la vie active par l’auto-entreprenariat ou la micro-entreprise, plutôt qu’ils se retrouvent au chômage."

Prenez cette semaine. Jeudi, il visite la centrale nucléaire de Civaux, sous les huées de militants CGT du site. EDF va mal, on s'inquiète sur ses fonds propres, on sait qu'elle va augmenter fortement ses tarifs: la facture du nucléaire, sous-estimée durant des décennies, est sur le comptoir de Bercy. EDF va être confronté à des dizaines de milliards d'euros de coûts de fermeture et de constructions de centrales non provisionnés ou mal estimés. Et pourtant, Macron préfère cibler ... les salariés. La semaine passée, il a ainsi fustigé les salariés d'EDF: "très longtemps, le compromis social sur EDF a été fait aux dépens de tout le monde, dans l'intérêt des seuls salariés du groupe."

Emmanuel Macron mérite l'UDI, peut être même les Républicains. 
Et pourtant, rien ne l'arrête, personne ne le mouche. Il continue de labourer un champ politique qui n'est pas le sien. Il dévore plus fortement que Valls, Moscovici ou Le Guen, les décombres du quinquennat Hollande comme une termite se régale du bois de nos maisons.

Au coeur de la politique économique de François Hollande se trouve un homme, jeune et souriant. Emmanuel Macron ravit les gazettes. Il a même son "fan-club", les jeunes avec Macron", de lointains descendants des jeunes Lecanuettistes et autres jeunesses giscardiennes. Des jeunes qui manient la nov-langue de bois avec enthousiasme et énergie: "Être de gauche aujourd’hui, c’est donner à chaque moment de la vie de chacun la possibilité d’avancer et de réussir. Face au paradigme de l’égalité réelle, actuellement compromis par un taux de chômage sans précédent et une importante dette publique, Emmanuel Macron n’a jamais renoncé dans chacune de ses décisions aux fondements de ses valeurs de gauche."

Lutter contre la rente, l'exclusion et la précarité sont des formules trop austères, trop obsolètes à leurs yeux. Le mot inégalités n'est d'ailleurs jamais utilisé dans leur profession de foi. Les "jeunes avec Macron" veulent une politique qui "simplifie" la vie, pas qui la change. Un politicien efficace comme une location sur AirB'nB ou un trajet en Uber. La pauvreté, le déclassement, les effets de la loi du marché sont des affaires trop complexes pour que les Uber-fans de Macron s'en préoccupent.

La vie moderne doit être simple.

Macron, l'Express en a fait sa coqueluche, et même l'objet de sa couverture de sa nouvelle formule. Macron a un "projet pour 2017". Pourtant, politiquement, Macron n'est quelque chose que parce que les autres, ses rivaux et adversaires, n'ont pas compris qu'il n'est rien. Les premiers sondages le placent erdant à coup sûr dans toutes les configurations d'élections présidentielles.

Emmanuel Macron est fustigé à sa gauche, mais cette critique ne porte pas. Les esprits médiatiques sont contaminés. 

Qu'un Mélenchon critique Macron est chose normale, évidente , attendue . Macron est si systématiquement libéral, qu'il s'attire les foudres de la vrauche. Cela n'affaiblit pas Macron, cela le dérange à peine.

Quand François Hollande sermonne son jeune ministre, l'affaire se retourne également et forcément à l'avantage du trop jeune et libéral ex-banquier. Hollande "l'incompétent", "le faible", "le mou", "le traître" (choisissez votre qualificatif) a forcément tort ni l'autorité pour sanctionner efficacement Macron. On s'imagine qu'il récriminera Macron car il ne pense qu'à sa réélection. C'est Macron qui en ressortira revalorisé aux yeux des médias.

Qu'un Valls critique Macron, et l'effet est pire encore. Car Macron, c'est Valls en plus jeune, plus souriant, plus moderne. Macron a ubérisé Valls.

Il n'y a qu'un parti qui puisse arrêter Macron, le Parti socialiste. Il suffirait une mise au clair simple et directe. Qu'un Jean-Christophe Cambadélis énonce simplement cette évidence:
"Macron n'est pas des nôtres".
Politiquement, la formule serait désastreuse pour l'actuel ministre de l'Economie. Elle le priverait d'une base, le forcerait à se tourner ailleurs, c'est-à-dire à droite. Il serait sans doute accueilli les bras ouvert par l'UDI .

C'est moins glamour.

Politiquement, Macron n'est pas grand chose.

Il faut juste être plusieurs à lui rappeler.





12 mars 2016

462ème semaine politique: l'uberisation de François Hollande

 

François Hollande avait fait de la jeunesse une priorité de son quinquennat. A quelques mois de la campagne présidentielle, il est parvenu à mobiliser contre lui toutes les organisations syndicales étudiantes et lycéennes. 

 

Belle prouesse, joli fiasco.



Uber-politique
Lundi, le cap du million de signatures électroniques contre la loi El-Khomri est franchi. La plus grande autonomie accordée aux entreprises aux détriments des accords de branches, l'élargissement des critères de licenciements économiques ("baisse des commandes ou du chiffre d’affaires"), ou la modulation de la rémunération des heures supplémentaires sont quelques-uns des paramètres qui ont embrasé une fraction de l'opinion. La flexibilité assurée par l'avant-projet de loi étend la précarisation du travail, dans ses conditions d'exercice comme de sortie. Il suffit de considérer une à une les "avancées" du texte pour réaliser le futur quotidien du salariat précarisé.




Ironie du sort et coïncidence des dates, la geek-compagnie défiscalisée du transport personnel "Uber" lançait justement cette semaine une joyeuse campagne de promotion auprès du public français. Tandis que l'uberisation d'un secteur s'affichait sur les panneaux publicitaires du pays, d'autres mercredi manifestaient contre l'aggravation de la précarisation de leur emploi. 

Les charlatans de la flexibilité sévissent depuis longtemps. Ne les imaginez pas modernes, un autre Gattaz braillait déjà en 1984 la même antienne. La loi El Khomri n'est que la traduction législative d'un argumentaire rabâché depuis le début du quinquennat et, en France comme ailleurs, depuis plusieurs décennies

Mardi, le jeune et souriant ministre de l'Economie tente de rétro-pédaler dans son argumentation. Emmanuel Macron fait la couverture de l'Express, quotidien racheté par le milliardaire Patrick Drahi et repositionné sur son engagement libéral. Macron contredit explicitement ses patrons Hollande et Valls. Naaaann ! On avait mal compris ! Assouplir les conditions de licenciements n'avait rien à voir avec l'espoir de favoriser les embauches. Une telle assurance dans le mensonge ou la mauvaise foi est assez lunaire. Depuis 2014 déjà, Hollande et Valls répètent à l'envie combien nos employeurs ont peur d'embaucher à cause de la "rigidité" du code du travail.
Patrick Cohen: "Il y a l’idée que faciliter les licenciements ça favorise les embauches. Ce n’est pas le raisonnement ?"
Emmanuel Macron : "Non".
MEDEFisation
Le même jour, Manuel Valls a le sens du timing. Il reçoit le MEDEF. Allait-il prendre les consignes ? Où voulait-il mesurer jusqu'où le gouvernement pouvait reculer sans s'aliéner son allié patronal?

Depuis quelques jours, le front syndical se fissure (un peu) entre les "réformistes" prêts à négocier (CFDT) et les "irréductibles" (tous les autres) qui réclament le retrait du texte. Mais la fronde générale demeure, d'autres manifestations et journées de grève sont déjà prévues après le 9 mars. Les supporteurs du président et la droite toute entière minorent encore la colère. Cette dernière n'est peut être qu'une rage, mais il ne faut pas chercher loin pour trouver ces signaux faibles qui précèdent les grandes catastrophes politiques.

A l'approche de la première journée d'action le 9 mars, sur les plateaux radiophoniques, quelques éditocrates glosent sur cette jeunesse fort mal placée pour critiquer une loi qui, d'après ses promoteurs, doit favoriser l'embauche des jeunes. Ministres ou élus LR un à un expliquent combien les salariés à durée indéterminée sont les nouveaux privilégiés. Des éditocrates payés quelques dizaines de fois le SMIC confirment. 
"Quant aux jeunes, si on poussait le bouchon, on pourrait dire que leur statut actuel, c’est celui du CPE de 2006, le contrat première embauche, qu’ils avaient combattu et c’est donc étrange qu’ils le défendent." Dominique Seux, France Inter. 9 mars.
Considérer que la "jeunesse" n'y connait rien ou si peu au monde du travail ou à la précarité professionnelle est incroyable, indécent, indéfendable. Entre 20 et 24 ans, 6 jeunes sur 10 travaillent, au moins à temps partiel. Et leur taux de chômage a bondi de 17 à 21% entre 2007 et 2014.

Ces pressions, rétro-pédalages ou mépris n'y changent rien.

Rien n'y fait.
Mercredi, la France est douchée par des vents pluvieux et froids. Et pourtant, partout dans le pays, à Tours, Lyon, Paris, Toulouse, Brest ou Lille, dans des villes et des villages, voici quand même quelques centaines de milliers de manifestants, souvent jeunes. 240 000 nous assure la police, 500 000 rétorquent les organisateurs. Des lycées bloqués, des manifestations, des syndicats étudiants (Unef) et lycéens (SGL, UNL,  FIDL), mais aussi tous les représentants de l'opposition de gauche et même une quinzaine de députés socialistes, tous sont bien là. Sur les réseaux sociaux, on se régale.

L'élite est saisie d'effroi, ses laquets se rassurent comme ils peuvent.  "Toujours le même sentiment de malaise de voir de très jeunes lycéens dehors plutôt qu'en classe à apprendre et développer leur sens critique" tweete le directeur du service de presse du Medef

"Hollande, tu es foutu, la jeunesse est dans la rue" pouvait-on entendre, évidemment. Ce succès hivernal contre un texte indigeste qui agira comme cette goutte d'eau qui fait déborder un vase trop plein est réel mais encore modeste.  La rage est froide, la colère déterminée, mais la mobilisation reste à se confirmer. 

Réveillez-vous.

Les déçus, jeunes comme vieux, votent d'abord avec leurs pieds. Hollande n'échappera pas au rappel de ces images le moment venu.





A l'Elysée, on a senti le vent du boulet
Les trolls hollandistes s'empressent de minorer l'importance de cette contestation, mais les ministres - jusqu'au premier d'entre eux - stressent et reçoivent dès le lendemain les représentants des critiques contre le projet de réforme du code du travail. A l'Elysée, à Matignon, dans les ministères et les salles de rédactions endoctrinées à la TINA thatchérienne, on semble surpris du ras-le-bol, de cette colère qui grossit.  La présidente de la CFE-CGC, syndicat représentant les cadres, reçoit des SMS rageurs de son alter-ego du MEDEF: "Si vous persistez dans cette attitude «cgtiste» sur cette loi, le Medef en tirera toutes les conséquences sur nos discussions en cours" menace Pierre Gattaz.


Dès jeudi, Valls accepte de taxer davantage les contrats courts afin d’en limiter l’utilisation par les employeurs. La mesure, tardive, fait sourire. Tout comme la focalisation sur la barémisation des indemnités prudhommales. Car la contre-révolution majeure que cette loi autorise est ailleurs, dans le primat accordé à l'employeur ou aux négociations intra-entreprises aux détriments des accords de branche. 

Valls, Macron et El-Khomri reçoivent les représentants syndicaux étudiants et lycéens. Leurs sourires sont crispés. La scène fait peine à voir.

Rien n'y fait. Un à un, les délégués de l'UNEF, la FIDL et quelques autres confient leur déception. Tous appellent à de nouvelles manifestations.

Jeudi, François Hollande prend la parole, mais il trébuche. Il confirme que le texte, qui n'est qu'un projet, ira jusqu'au parlement, mais concède qu'il y aura des concessions. Il a surtout cette formule curieuse, un brin méprisable pour les critiques: "La vie, c’est pas de se retirer, ni de retirer. La vie, c’est d’avancer" explique Hollande, ce jeudi. La vie n’est pas de trahir, ni de laisser trahir, devait-on lui rappeler.

Mais Hollande ignore
La réaction de Hollande est méprisante pour trois raisons. En premier lieu, Hollande parle d'avancées quand son quinquennat est d'abord marqué par des reculs, des revirements, des trahisons. Nicolas Sarkozy s'abritait derrière la grande crise de 2008 pour justifier les siens, et son échec. L'ancien monarque livre à ce propos une longue interview au Monde, le jour des manifestations du 9 mars. L'entretien est drôle. Sarkozy accuse Hollande d'avoir trahi ses promesses, mais questionner sur ses propres échecs, il se défausse: la réforme des retraites ? "je n'avais pas de mandat pour revenir sur la retraite à 60 ans, (...) mais je l'ai fait car les conséquences de la crise économique (...) l'exigeaient." L'assouplissement du code du travail ?  "Nous avons fait un nombre considérable de réformes, (...) mais je ne prétendrai pas avoir tout fait."

En second lieu, l'échec de François Hollande sur le front du chômage après 4 années de politique de l'offre est patent: le coût du travail a baissé en France, les entreprises ont bénéficié d'exonérations de charges sociales inédites dans leur ampleur, les seniors ont été contraints de travailler/chômer plus longtemps avec la réforme très sarkozyste des retraites de 2013. Pour quel résultat ? 80 000 créations nettes d'emploi en 2015. Combien faudra-t-il pour résorber le chômage ? Plusieurs centaines de milliards d'euros de baisses de charges et la destruction du système social ?

En visite à Paris, le premier ministre ne cache pas son soutien aux critiques de la loi El Khomri: "plusieurs gouvernements socialistes adoptent les thèses néolibérales mais le problème c'est qu'à chaque fois qu'on a voulu créer plus de flexibilité, ça a été un échec."

Sous le quinquennat Sarkozy, les moins de 25 ans avaient déjà payé le prix fort du chômage et de la précarisation: fiasco du RSA Jeunes, dégringolade de l'apprentissage, explosion du chômage, les "jeunes" ont beaucoup subi. En mai 2012, Hollande écrasait son rival dans les urnes chez les 18-25 ans. Mais depuis, le péril est dans la demeure. Depuis 2012, plus de 500 000 d'entre eux sont sans aucun emploi, 270 000 chômeurs en activité partielle. L'inversion de la courbe du chômage a bien eu lieu, mais au profit d'une accélération des stages et autres sorties en formation.


Hollande est confronté au péril jeune, un péril de plus. Le socle de son électorat de 2012 s'éparpille. Il s'est désolidarisé de sa gauche; il a perdu une fraction centriste et socialiste avec la déchéance de nationalité; il s'est aliéné l'électorat populaire avec sa politique de l'offre. Il a perdu le vote des plus religieux des musulmans avec le mariage gay. Et voici une fraction de la jeunesse qui s'échappe, incapable de comprendre pourquoi l'uberisation des conditions de travail lui serait bénéfique et moderne.

Ami socialiste, réveille-toi.




5 mars 2016

461ème semaine politique: François Hollande, cet incompris

 

Comme souvent, la seule ligne de défense d'un gouvernement critiqué pour sa politique ou l'une de ses dernières lois est de plaider l'incompréhension. Citoyens, militants, éditocrates et autres élus n'auraient pas compris de quoi la politique hollandiste est le nom. L'argument, utilisé à droite comme à gauche, est symptomatique d'une époque où la sur-communication cache mal le vide et les trahisons politiques.

Revue de ces incompréhensions.




La chute ordinaire
Sa cote sondagière est encore au plus bas. Même Manuel Valls dévisse. Hollande est plus impopulaire que Sarkozy en son temps. Semaine classique. A Calais, quelques bulldozers détruisent une "jungle" de campements insalubres de migrants désespérés de ne pouvoir rejoindre le Royaume Uni. Neuf Iraniens s'affichent devant les photographes la bouche cousue de fil pour protester.

Le trop jeune ministre de l'économie Macron menace nos voisins britanniques de laisser passer les milliers des clandestins si le Royaume Uni se décidait à quitter l'Union Européenne. Son collègue Cazeneuve s'agace: " le ministre de l’économie, qui fait un travail absolument remarquable dans son domaine de compétences, qui a beaucoup à faire pour la croissance et relever le pays (…), se consacre entièrement à sa tâche comme moi je me consacre entièrement à la mienne."

Vendredi, déjeuner Hollande/Merkel avec au menu, les migrants. Hollande promet d'en accueillir quelque 30.000. Il faudra faire oeuvre de séduction. Car la France repousse et dégoute. Les migrants passent mais ne s'arrêtent pas. Quelque 130 000 migrants ont afflué en Europe depuis début janvier. Mais les restrictions aux frontières récemment décidées en cascade par la plupart des membres de l'UE pont détruit ce qu'il reste de politique dans ce marché commun.

El Khomri incomprise
On avait mal compris. La loi El Khomri n'était pas cette caricature néo-libérale que les syndicats pourtant unanimes et les associations étudiantes, mobilisés pour des grèves et des manifestations à la fin du mois de mars, ont décrite. Et bien sûr, la pétition en ligne lancée il y a 10 jours contre le texte par des socialistes opposants, qui a franchi cette semaine le seuil du million de signatures électroniques, est bidonnée, manipulée et factice. Les ultra-partisans d'un Hollande aux aboies font feu de tout bois pour renverser une vapeur qui leur a déjà brûlé le visage. "Il faut lever un certain nombre d’incompréhensions, il faut expliquer, répondre à toute une série de fausses informations qui sont données sur ce texte" crie Manuel Valls, ce 29 février 2016, en une du site gouvernement.fr

Oui, il faut lever un certain nombre d'incompréhensions. Ces dernières sont légions, c'est une mauvaise histoire, la loi sur le travail n'en est que l'épisode le plus récent et sans doute pas le dernier. Il faudrait "lever les incompréhensions", elles sont nombreuses, et depuis longtemps: d'abord l'ANI, un accord interprofessionnel de janvier 2013 que le gouvernement se dépêcha de dupliquer dans la loi, qui prévoyait déjà l'amendement de nos contrats de travail par simple accord collectif d'entreprise; et l'accélération de l'exécution des plans sociaux dans les PME.

Levons donc les "incompréhensions" sur le CICE puis le Pacte irresponsable. Deux mesures d'exonérations inédites de cotisations sociales pour les entreprises, sans aucune contrepartie ni même un quelconque ciblage sur les entreprises exposées à la concurrence internationale. Un vrai cadeau, un vrai fiasco, un piège à cons.  Une honte quand on sait qu'il s'est accompagné d'un gel des prestations sociales et du SMIC pour une efficacité en termes d'embauches quasi-nulle.

Levons ensuite les "incompréhensions" sur la réforme des retraites de 2013. Qu'avait-il fallu couiner contre la réforme des retraites de Sarkozy de 2010 pour faire la même ou presque trois ans plus tard. Comme avec la droite, la réforme Hollande cumule les inconvénients de tous les systèmes européens: un report de l'âge légal ET l'exigence d'une durée de cotisations retraite consécutives inatteignables en ces temps de chômage massif. Cette mauvaise réforme de 2014 effaça les bénéfices politiques d'un petit amendement de juin 2012 dans lequel Hollande réparait une une injustice - le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues. En 2015, le chômage des seniors a encore augmenté. Transformer des retraités en chômeurs, quelle brillante idée !

Levons aussi les "incompréhensions" sur la politique sécuritaire de François Hollande.
A force de critiquer la loi sur le renseignement et autres dérives de l'état d'urgence indéfinie, on a presque oublié que l'équipe Hollande n'a rien supprimé ou si peu des délires boulimiques sécuritaires du monarque précédent. Malgré les efforts d'une Taubira caricaturée par la droite furibarde, malgré la suppression des peines planchers, l'ancienne Garde des Sceaux n'est pas parvenue à faire sa réforme de la justice des mineurs, ni supprimer la Cour de justice de la République ni réformer le statut pénal du chef de l’Etat.

Déchéance comprise
L'extension constitutionnelle de la déchéance de nationalité et de l'état d'urgence ont détruit ce qu'il restait de gauche symbolique dans ce gouvernement. Les "hystéros de l'antiterro", comme les appelle le nouveau média en ligne "Les Jours", s'en sont ensuite donnés à cœur joie sur le texte.
"9 français sur 10 trouvent le camouflage forêt des militaires “un peu trop voyant” en pleine ville" Le Gorafi, 4 mars 2016
Dans cette séquence sur les "incompréhensions" d'un mandat dévasté, on pourrait aussi citer la loi Macron, la déchéance de nationalité, et, last but not least, cette réforme du code du travail qui "descend" les négociations sur le temps de travail à l'échelon où les salariés sont les plus fragiles, leur propre entreprise. Qu'un gouvernement dit de gauche n'ose comprendre, avouer, ni reconnaître que la négociation intra-entreprise est moins favorable pour les salariés que la négociation par branche ou sectorielle est stupéfiant d'hypocrisie ou d'ignorance de la vie en entreprise. Réduction des congés, report du règlement des heures supplémentaires, etc... la nausée est proche.

Mardi, la ministre du travail tombe, se blesse et s'absente. La presse est en émoi, mais il ne s'agissait rien d'autre que d'un accident bénin, domestique, privé. La ministre revient, explique qu'elle "ira jusqu'au bout". On a peur de comprendre pour elle, à son insu, à quoi ce "bout" ressemble. Une impasse politique.

Le gouvernement recule, il reporte de 15 jours l'examen de la loi. Il serait urgent désormais d'organiser des "rencontres bilatérales" avec les organisations syndicales et professionnelles, "autour du Premier ministre, de la ministre du Travail et du ministre de l’Economie." Quelle surprise ! La trouille est là, bien là. Une pétition, des sondages désastreux, la menace d'une grève, la mobilisation des syndicats étudiants, et voici la trouille qui saisit le sommet de l'Etat.

Dernières trahisons
Depuis le début de cette affaire, Valls est passé en force. Hollande s'est tu, indifférent ou incohérent, ou ignorant. Mêmes les spécialistes du Parti socialiste ont déploré de n'avoir été consultés sur ce projet de loi. Quelques ajouts, détestables, ont été réalisés à la dernière minute avant sa présentation au Conseil d'Etat. Mais maintenant, cette semaine, il faut "négocier" et défendre. Une trentaine d'économistes, dont un Prix Nobel, se fendent d'une tribune dans le Monde, au secours du texte de loi. Ils répètent des arguments entendus dans la bouche d'Emmanuel Macron: "par crainte d'embaucher en CDI, les entreprises ont massivement recours au CDD, bien au-delà des cas prévus par la loi" écrivent-ils. Cette loi permettrait de revaloriser le CDI et d'inciter les employeurs à préférer recruter à durée indéterminée. Par quel miracle ? Ayez confiance ! Comme avec le million d'embauches promis du Pacte irresponsable, il faut prier, prier pour que "la main invisible du marché", le "patriotisme de nos entreprises nationales" et autres billevesées de l'argumentation libérale fassent leur effet. En 2014, Hollande expliquait déjà qu'il fallait réduire, sans contre-partie, le coût du travail par le biais d'exonérations de cotisations sociales massives, afin que les entreprises créent alors ces millions d'emplois manquants. Avec la loi El Khomri, les entreprises "rassurées" de pouvoir licencier, aménager, "moderniser", embaucheront, bien sûr et naturellement, en CDI et en grand nombre. La ficelle est si grosse qu'elle est devenu cordage.

Un député socialiste rend sa carte, et son mandat. Il ne se représentera pas l'an prochain. Il n'en peut plus. Il pense même que les partis sont devenus inutiles et dangereux. Pouria Amirshahi illustre une époque incomprise par les dinosaures, jeunes ou vieux, qui nous dirigent.

Incomprise, la politique écolo de ce gouvernement semble l'être également. Mardi, un amendement du gouvernement à la loi sur la Biodiversité tentait de limiter l'application du principe pollueur/payeur en exonérant les pollueurs de toute responsabilité s'ils avaient agi en respectant la loi. Emoi chez les écolos, branle-base-de-combat au gouvernement. La toute récente nommée ministre Barbara Pompili fait retirer l'amendement et s'excuse: "Cet amendement a manifestement été rédigé un peu vite et il a suscité des incompréhensions".

Que d'incompréhensions !

"J'ai l'impression qu'on ne comprend pas toujours ce qu'est la biodiversité" Barbara Pompili, 29 février 2016

Autre sujet, l'Agence de sûreté nucléaire soutient le maintien de la vieillissante centrale de Fessenheim.  La ministre allemande de l'environnement en réclame la fermeture. On se souvient que le candidat Hollande de 2012, si soucieux de rallier le vote écologiste autour de lui, nous avait promis son démantèlement. Depuis 2012, on attend le début du commencement d'une mise en oeuvre.  La vétusté du parc nucléaire français inquiète jusqu'à nos voisins européens. Le 2 mars, la Suisse a porté plainte contre la centrale du Bugey. Le mythe d'une électricité nucléaire française bon marché a vécu. On sait que les générations futures vont devoir payer cher, très cher, le démantèlement d'une filière vieillissante et dangereuse. Et voici que Ségolène Royal, ministre d'une écologie hollandiste défaillante, a décidé de prolonger leur vie d'une dizaine d'années supplémentaires. Au risque de contredire sa propre loi sur la Transition énergétique qui prévoyait de réduire la part de l'électricité nucléaire française. La ministre s'en défend. Les anti-nucléaires hurlent. La jeune Pompili applaudit sa nouvelle tutelle: réduire la part du nucléaire ? " On ne peut pas le faire sans prolonger la durée de vie des centrales".

Hollande paiera sans doute de quelques milliers de désertions supplémentaires dans les urnes en 2017 ces trahisons écologistes de fin de mandat.

Le faux blog de Le Pen
Ils se pressent tous au Salon de l'Agriculture, tous sauf un, Jean-Luc Mélenchon qui préfère visiter une crèmerie en Ille-et-Vilaine - "je me suis trouvé comme un poisson dans l’eau".
"Tous ces politiques qui défilent au cul des mêmes vaches, ça vire à la comédie". Jean-Luc Mélenchon.
Hollande l'a inauguré, sous les huées, la semaine précédente. Valls se prend quelques opposants. Stéphane Le Foll, ministre en charge de la dite filière, se fait instagramer en discussion calme avec des agriculteurs calmes. La com" sur les réseaux sociaux est parfois si artificielle.

Marine Le Pen préfère soigne son passage. Le FN a redressé son image dans le milieu, il ne faut pas gâcher ...

La président du mouvement bleu-marine s'est lancé dans le blogage intime et instagramé. Elle a du chemin à faire pour redresser son image. Comme Sarkozy, mais en plus violent, elle clive contre elle une fraction majoritaire de l'opinion. Sur son blog perso, alimenté par quelques petites mains militantes toutes entières dévouées, Le Pen se confie à la première personne. Elle n'évite pas l'invective contre ses adversaires.

L'url du blog a été déposée par le Front national. L'administrateur du site est le webmaster du FN, ne vous y trompez pas. L'affaire est aussi personnelle qu'un spot de pub pour lessive peut incarner la caricature de ménagère qui y figure.


2017 se prépare bien. Hollande et Valls défoncent à la hâte et à la hache ce qu'il reste d'espoir d'égalité sociale et de tradition socialiste. Le Pen n'a même plus besoin de parler. D'autres labourent à sa place.

Merci.