19 mars 2016

463ème semaine politique: comment faire échec à Emmanuel Macron




On s'y attendait. La loi El Khomri était un jeu de cons, une partie de stupides, le signe d'une incompétence doublée d'une trahison de trop. Mal préparée, et pourtant présentée comme "réformiste", cette réforme du code du travail signait quelques trahisons politiques de plus, et un choc de trop. Après une nouvelle révolte jusque dans les rangs socialistes, plus fortes encore que les précédentes, le duo raté Hollande/Valls se réunit en précipitation trois jours durant pour accoucher d'un faux et mauvais compromis lundi 14 mars. 

En embuscade, le souriant Macron.


Le compromis était faux, puisque l'essentiel était préservé: baisse des rémunérations d'heures supplémentaires, assouplissement des conditions de licenciement économique et, surtout,  primat des accords d'entreprises sur les accords de branches. Le problème du quinquennat Hollande est que son duo de tête a rendu les armes idéologiques. Il a cédé sur tout, il a pris le vocabulaire de l'autre  camp, fait siennes ses idées, oublié que la politique se gagne par les esprits.

Le compromis sur la loi Travail était mauvais puisqu'il ne servait qu'une CFDT trop heureuse d'être au centre du jeu, tout en permettant à une droite ravie de décrire Hollande comme incompétent, sans toutefois satisfaire quiconque à gauche. La loi El Khomri est une connerie, pardonnez la rime, le coeur n'y est plus.

"Dire qu’on va faciliter les licenciements pour encourager l’emploi, c’est à peu près aussi stupide que de dire qu’on va faciliter le divorce pour encourager le mariage." Jean-Luc Mélenchon, 17 mars 2016.

Mardi, nouvelle usine à gaz, l'impot à la source. Selon Bercy, l'employeur "ne connaîtra qu'un taux d'imposition (...) qui à lui seul ne révèlera pas les revenus d'un foyer". Mercredi, le gouvernement lâche du lest aux fonctionnaires. Après 6 ans de gel du point d'indice (qui sert à calculer leurs rémunérations), voici un effort dans les derniers mois du quinquennat. Un effort bien modeste - +1,2% d'augmentation l'an prochain. C'est maigre.

Mais ce n'était pas tout. Emmanuel Macron, chantre libéral, balance.

Le 17 mars, le Monde livre quelques confidences du ministre de l'économie, à propos de la loi Travail : "c’est le début de l’adaptation de notre économie à la modernité, qui va ouvrir plus d’agilité et en même temps de sécurité individuelle, non pas statutaire ou corporatiste". Ou encore: "A force de vouloir prendre des mesures protectrices pour les jeunes, on ne les protège pas au travail, mais on les protège du travail. J’avoue que je n’arrive pas à m’y résoudre."

Macron est prévisible. Quelque soit le sujet, il adopte systématiquement le point de vue du capital, des propriétaires, des entreprises, ou des consommateurs. 

Jamais des citoyens, des salariés, ni des exclus. 

Macron nous a légué une loi fourre-tout, adoptée début 2015, dont on ne se rappellera que de deux choses: la libéralisation des transports en autocar (un comble pour gouvernement prétendument écolo), et l'extension du travail le dimanche. Macron sait même adopter, et sans difficulté, le slogan-phare de Sarkozy en 2007 - travailler plus pour gagner plus (la gauche "a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. C'étaient de fausses idées" déclare-t-il en août dernier à l'université d'été du MEDEF). Il est mûr, voir même le candidat idéal pour un Alain Juppé président en 2017. Même la droite le réclame dans son giron !

"Je suis l'original et il est la copie." Alain Juppé, 25 janvier 2016, à propos d'Emmanuel Macron.

Macron ne cache rien. 
"J'assume d'être libéral" clamait-il dans les colonnes du Parisien Magazine le 7 novembre 2015. "Ma gauche, c’est une gauche qui donne des droits par la liberté." Macron ne craint pas les oxymores. Dans un monde sans frontières, ultra-connecté, et ultra-concurrentiel, c'est au contraire la régulation pour la justice et la protection des plus faibles qui sont les vrais marqueurs du progrès.

Macron ne craint pas d'applaudir à l'uberisation de l'économie, qui n'est rien d'être, pour les "salariés" qu'un retour à la précarisation individuelle du XIXème siècle. Il emprunte les arguments libéraux classiques - mieux vaut un mini-job que pas de job du tout: "Je préfère que les gens rentrent dans la vie active par l’auto-entreprenariat ou la micro-entreprise, plutôt qu’ils se retrouvent au chômage."

Prenez cette semaine. Jeudi, il visite la centrale nucléaire de Civaux, sous les huées de militants CGT du site. EDF va mal, on s'inquiète sur ses fonds propres, on sait qu'elle va augmenter fortement ses tarifs: la facture du nucléaire, sous-estimée durant des décennies, est sur le comptoir de Bercy. EDF va être confronté à des dizaines de milliards d'euros de coûts de fermeture et de constructions de centrales non provisionnés ou mal estimés. Et pourtant, Macron préfère cibler ... les salariés. La semaine passée, il a ainsi fustigé les salariés d'EDF: "très longtemps, le compromis social sur EDF a été fait aux dépens de tout le monde, dans l'intérêt des seuls salariés du groupe."

Emmanuel Macron mérite l'UDI, peut être même les Républicains. 
Et pourtant, rien ne l'arrête, personne ne le mouche. Il continue de labourer un champ politique qui n'est pas le sien. Il dévore plus fortement que Valls, Moscovici ou Le Guen, les décombres du quinquennat Hollande comme une termite se régale du bois de nos maisons.

Au coeur de la politique économique de François Hollande se trouve un homme, jeune et souriant. Emmanuel Macron ravit les gazettes. Il a même son "fan-club", les jeunes avec Macron", de lointains descendants des jeunes Lecanuettistes et autres jeunesses giscardiennes. Des jeunes qui manient la nov-langue de bois avec enthousiasme et énergie: "Être de gauche aujourd’hui, c’est donner à chaque moment de la vie de chacun la possibilité d’avancer et de réussir. Face au paradigme de l’égalité réelle, actuellement compromis par un taux de chômage sans précédent et une importante dette publique, Emmanuel Macron n’a jamais renoncé dans chacune de ses décisions aux fondements de ses valeurs de gauche."

Lutter contre la rente, l'exclusion et la précarité sont des formules trop austères, trop obsolètes à leurs yeux. Le mot inégalités n'est d'ailleurs jamais utilisé dans leur profession de foi. Les "jeunes avec Macron" veulent une politique qui "simplifie" la vie, pas qui la change. Un politicien efficace comme une location sur AirB'nB ou un trajet en Uber. La pauvreté, le déclassement, les effets de la loi du marché sont des affaires trop complexes pour que les Uber-fans de Macron s'en préoccupent.

La vie moderne doit être simple.

Macron, l'Express en a fait sa coqueluche, et même l'objet de sa couverture de sa nouvelle formule. Macron a un "projet pour 2017". Pourtant, politiquement, Macron n'est quelque chose que parce que les autres, ses rivaux et adversaires, n'ont pas compris qu'il n'est rien. Les premiers sondages le placent erdant à coup sûr dans toutes les configurations d'élections présidentielles.

Emmanuel Macron est fustigé à sa gauche, mais cette critique ne porte pas. Les esprits médiatiques sont contaminés. 

Qu'un Mélenchon critique Macron est chose normale, évidente , attendue . Macron est si systématiquement libéral, qu'il s'attire les foudres de la vrauche. Cela n'affaiblit pas Macron, cela le dérange à peine.

Quand François Hollande sermonne son jeune ministre, l'affaire se retourne également et forcément à l'avantage du trop jeune et libéral ex-banquier. Hollande "l'incompétent", "le faible", "le mou", "le traître" (choisissez votre qualificatif) a forcément tort ni l'autorité pour sanctionner efficacement Macron. On s'imagine qu'il récriminera Macron car il ne pense qu'à sa réélection. C'est Macron qui en ressortira revalorisé aux yeux des médias.

Qu'un Valls critique Macron, et l'effet est pire encore. Car Macron, c'est Valls en plus jeune, plus souriant, plus moderne. Macron a ubérisé Valls.

Il n'y a qu'un parti qui puisse arrêter Macron, le Parti socialiste. Il suffirait une mise au clair simple et directe. Qu'un Jean-Christophe Cambadélis énonce simplement cette évidence:
"Macron n'est pas des nôtres".
Politiquement, la formule serait désastreuse pour l'actuel ministre de l'Economie. Elle le priverait d'une base, le forcerait à se tourner ailleurs, c'est-à-dire à droite. Il serait sans doute accueilli les bras ouvert par l'UDI .

C'est moins glamour.

Politiquement, Macron n'est pas grand chose.

Il faut juste être plusieurs à lui rappeler.





4 commentaires:

  1. l'impôt à la source : encore une imposture !

    et la réforme fiscale ?????

    merci pour cet n'ième bon article !
    ça remonte un peu le moral.....

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  2. Vous êtes tombé bien bas, Juan. Comparer le ministre à un insecte...

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    1. oui : "personne ne le mouche." : insupportable ! :-)

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  3. 22 mars 1983 : le Parti Socialiste se coupe les veines.

    Le 19 février 1983, le président de la République François Mitterrand constate : « Je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale. Le Système Monétaire Européen est nécessaire pour réussir la première, et limite ma liberté pour la seconde. » (Jacques Attali, Verbatim, Fayard, page 399)

    Construction de l’Europe ou justice sociale ? Choisis ton camp, camarade ! Nous connaissons la suite de l’histoire. Nous savons aujourd’hui ce que François Mitterrand choisira de privilégier.

    Le 22 mars 1983, François Mitterrand choisit la construction de l’Europe. Il nomme un nouveau gouvernement, le troisième gouvernement Mauroy. Il choisit de rester dans le Système Monétaire Européen. Il s’engage, comme son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing, dans une politique européiste. Il entraîne derrière lui le Parti Socialiste dans cette nouvelle politique : pour le Parti Socialiste, la priorité absolue n'est plus la justice sociale. La priorité absolue, c'est la construction de l'Europe.

    Cette trahison du Parti Socialiste était-elle nécessaire ?

    Pour répondre, regardons l'évolution du chômage, l'évolution des Restos du Coeur, l'évolution de la dette publique.

    Chômage (uniquement la catégorie A) :

    François Mitterrand est élu en mai 1981 : à ce moment précis, au deuxième trimestre 1981, le taux de chômage était de 5,9 %, soit 1 424 000 chômeurs. Deux ans plus tard, au premier trimestre 1983, le taux de chômage était de 6,7 %, soit 1 614 000 chômeurs. De mai 1981 à mars 1983, le chômage n'avait donc augmenté que de 0,8 %. Il était quasiment stabilisé.

    Et aujourd'hui ?

    Aujourd'hui, le taux de chômage est de 10 %, soit 3 813 500 chômeurs ! Le chômage a explosé depuis la trahison de mars 1983 !

    Le graphique est ici :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%B4mage_en_France#/media/File:Ch%C3%B4mage_france_1975-2014.JPG

    Si nous regardons les chiffres du chômage toutes catégories confondues (catégorie A, B, C, D, E), il y a aujourd'hui 6 490 500 inscrits à Pôle Emploi !

    http://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/pi-mensuelle-fbsa23.pdf

    Restos du Coeur :

    En 1985-1986, les Restos du Cœur ont distribué 8,5 millions de repas.
    En 1987-1988, les Restos du Cœur ont distribué 22 000 000 de repas.
    En 1991-1992, les Restos du Cœur ont distribué 29 000 000 de repas.
    En 1994-1995, les Restos du Cœur ont distribué 50 000 000 de repas.
    En 1996-1997, les Restos du Cœur ont distribué 61 000 000 de repas.
    En 2005-2006, les Restos du Cœur ont distribué 70 000 000 de repas.
    En 2007-2008, les Restos du Cœur ont distribué 91 000 000 de repas.
    En 2009-2010, les Restos du Cœur ont distribué 103 000 000 de repas.
    En 2011-2012, les Restos du Cœur ont distribué 115 000 000 de repas à 870 000 personnes.
    En 2014-2015, les Restos du Coeur ont distribué 128 500 000 repas à 950 000 personnes.

    Dette publique :

    En mai 1981, la dette publique était de 92,2 milliards d’euros actuels, soit 20,8 % du PIB. Deux ans plus tard, en mars 1983, la dette publique était de 145,5 milliards d’euros actuels, soit 25,3 % du PIB. Elle n'avait donc augmenté que de 4,5 % du PIB.

    Et aujourd'hui ?

    Aujourd'hui, la dette publique est de 2103,230 milliards d’euros, soit 97 % du PIB ! La dette publique a explosé depuis la trahison de mars 1983 !

    Le graphique est ici :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France#/media/File:Dette_publique_France_1979-2014T2.png

    Conclusion :

    Le 22 mars 1983, la trahison du Parti Socialiste n'a servi à rien :

    - La construction européenne est un échec total.
    - La justice sociale n'a pas eu lieu. Au contraire, la France connaît une régression sociale historique.

    Le 22 mars 1983, le Parti Socialiste a pris une lame de rasoir et il s'est coupé les veines. Depuis, il se vide de son sang.

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