2 avril 2016

465ème semaine politique: cette rage contre Hollande, Sarko et Le Pen

Crédit illustration: AFP

 

Nous pouvions avoir la rage. Nous le devions. 

Le scénario trop facile d'une exacte répétition de l'élection de 2012 pour le prochain scrutin présidentiel de 2017 devrait enrager chaque citoyen. 

Hollande/Sarkozy/Le Pen ? Un choix triptyque illustratif d'une France politique rance, rassie, déchue. Le premier a échoué à force de reniements. Le second mérite la Justice, celle des tribunaux. La troisième aligne un programme politique inexistant sauf quand il s'agit de singer les réflexes fascisants du siècle d'avant.



Hollande et Sarkozy, déchus
L'information a brièvement occupé la une et deux pleines pages d'un quotidien du soir. Un sondage, plus important que les autres - 21 000 électeurs sondés par IPSOS - peut-être plus fiable que les précédents, livrait des résultats sans appel: dans tous les cas de figures d'une élection présidentielle qui se tiendrait ce jour, Hollande était défait, lourdement, et dans n'importe quelle configuration de premier tour. Nicolas Sarkozy était à peine mieux loti, et le journal de conclure: "Les Français rejettent en bloc Hollande et Sarkozy". 

Sarkozy est seul, très seul. Bientôt détesté, toujours sous le coup d'une multitude d'enquêtes judiciaires. Non, décidément, il n'est pas le meilleur pour faire gagner la droite.


Les sondages ne font pas une élection, sauf quand il s'agit de primaire. A gauche en 2011, Hollande l'avait emporté avec le concours des voix de celles et ceux qui l'estimaient mieux placé pour l'emporter face à sarkozy. Cinq plus tard, Alain Juppé domine très largement les cotes d'enquête, même après le retrait de l'UDI du processus de primaires organisé par Les Républicains à l'automne prochain. Il recueille 65% d'intentions de vote parmi les sympathisants de gauche et 71% parmi les supporteurs de François Bayrou. Il y a du réflexe anti-sarkozyste et une rage anti-Hollande dans ces intentions. Sarkozy l'emporte chez les sympathisants de droite. C'est là la surprise, ou pas. Juppé séduit à gauche. Juppé séduit parce qu'on ne veut plus de Sarkozy: "si Nicolas Sarkozy n'était pas là comme épouvantail, je suis convaincu que les mêmes électeurs de gauche porteraient sur Alain Juppé un regard plus froid" confirme l'analyste Thomas Guenolé.

Déchéance en échec
Mercredi, un autre échec. Hollande parait la mine défaite à l'Elysée pour reconnaître le fiasco. Il abandonne son projet de révision constitutionnelle sur l'état d'urgence et, surtout, la déchéance de nationalité.
"J'ai décidé de clore le débat constitutionnel." François Hollande, 30 mars.
 

Le ver était dans le fruit, la honte dans le projet. Les députés, divisés comme jamais, avaient voté une déchéance pour tous. Le Sénat, dominé par la droite, était revenu sur une déchéance limitée aux binationaux. Cette affaire est symptomatique d'une déchéance politique générale: la droite piège Hollande puis se renie, la gauche de gouvernement s'égare sur les terrains symboliques nauséabonds de l'extrême droite. Marine Le Pen se frotte les mains. Ce renoncement de François Hollande est sans doute le meilleur de son quinquennat bientôt terminé.

L'échec de ce projet de révision constitutionnel est une bombe à fragmentations. Hollande a encore une fois tout perdu: il a divisé davantage le pays, et son propre camp; il n'a rien gagné sur sa droite; il a encore perdu des soutiens sur sa gauche. Cette semaine, Marie-Noëlle Lieneman, sénatrice socialiste, publie un nouveau brûlot contre Hollande: "merci pour ce changement". Au-delà de ses critiques contre la politique conduite depuis 2013, elle écrit ce que d'autres, jusque parmi les supporteurs de l'actuel président, pensent:  "le talon d’Achille de François Hollande : négliger, voire mépriser, une large partie de la gauche."

"Je n'ai pas voulu diviser la droite" commente-t-il quelques heures plus tard. Cette auto-justification est autant maladroite que lunaire. Elle témoigne d'une déconnexion politique totale du chef de l'Etat avec l'état du pays. "Il écoute, mais il n'entend pas". Le propos, rapporté par Le Monde le 30 mars, est d'un proche hollandais anonyme.

Sarkozy

Politique hors-sol
"Je tiens bon" ajoute-t-il .On s'en fiche.  Il parait même qu'il y croit encore. Ce n'est pas un poisson d'avril. Et pour cause, aucune alternative ne se dessine à sa candidature pour le Grand Scrutin. En coulisses, les conseillers "s'activent" et "réseautent". Hollande multiplie les rencontres avec le milieu culturel et sportif (Alain Chamfort, Noël Le Graet, Jean-Michel Ribes, etc) grâce à ses deux jeunes conseillères Audrey Azoulay et Nathalie Ianetta. On lui prépare des dîners surprise, des mini-programmes électoraux; on tente de mobiliser des "think tank". Son ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll organise un meeting pour montrer "montrer, que nous avons fait des choses importantes - bien que parfois contestées -, dans un contexte très difficile."

Certains à l'Elysée semblent donc croire qu'on reproche à Hollande ses échecs. Il n'en est rien. Hollande n'a pas échoué, il n'a pas essayé. Il n'a pas raté de grandes réformes sociales, il n'a rien tenté.

Il n'a pas échoué, il a trahi.

Manuel Valls fête ses deux ans à Matignon. Les bougies sont éteintes. Il fustige la droite sénatoriale pour l'échec de la révision constitutionnelle. Mais son propre bilan est désastreux, sauf à penser que Manuel Valls ferait un excellent premier ministre d'Alain Juppé. Selon l'Obs, son épouse a été embauchée par un drôle de loustic, un obscur millionnaire qui trafique entre la France et le Koweit
"Un jour, un homme d’affaires providentiel lui a proposé de créer un orchestre classique dont elle aurait la direction artistique : l’Alma Chamber Orchestra. La violoniste n’a pas hésité et s’est retrouvée au cœur des réseaux de la Françafrique". Source: L'Obs
Mais il y a pire. Il y a simplement la situation du pays.

Les attentats de Bruxelles, après ceux de Paris, ravivent l'inquiétude dont profitent quelques politiques déboussolés ou cyniques. Des gestes de solidarité, d'autres de résignation. #VivreAvec les attentats, l'état de guerre, la psychose entretenue est une réalité.

Dans les rues de France, 500 000 à un million de personnes ont défilé une nouvelle fois contre la loi El Khomri. Mélenchon s'interroge: "Hollande pourrait se rendre compte que ça se retourne contre lui". Effectivement, personne ne fait mine de comprendre combien cette loi absurde est en passe de de jouer les boomerangs pour l'actuel locataire élyséen. "le ressentiment n'est pas retombé" confirme-t-on chez Hollande. Jeudi, sous des trombes d'eaux et un froid de canard, le succès était au rendez-vous. le mouvement critique contre ce texte pourtant déjà modifié ne faiblit pas. Valls a lâché sur le plafonnement des indemnités prudhommales, mais il a conservé l'essentiel, le pire: le primat des accords d'entreprise sur les accords de branche en matière de conditions de travail (horaires, heures supplémentaires, etc). Les salariés sont plus fragiles au sein de leur entreprise. Qu'un ministre "socialiste" ou un responsable syndical CFDT ne comprenne pas cela reste stupéfiant après bientôt deux mois de contestation contre ce texte.

Dans le Nord, trois salariés d'une PME de métallurgie ont reçu une convocation à un entretien préalable de licenciement à cause de leur absence au travail pour cause de grève le 31 mars. 

La misère
Sur le front du chômage, les chiffres restent mauvais. Le gouvernement continue de se défausser sur le MEDEF qui n'aurait pas rempli sa partie d'un contrat non écrit, non signé d'embauches en contrepartie de quelques dizaines milliards de réductions de charges sociales. Ce 1er avril, justement, les cotisations patronales sur les salaires entre 1,6 et 3,5 fois le SMIC (soit 90% des salaires du pays), baissent de 1,8 point (-4,5 milliards d'euros). Voici un nouveau cadeau, appelons-le comme cela puisqu'il n'est appuyé d'aucune condition sur le maintien de l'emploi ou, a fortiori, l'embauche. 

Depuis six ans, le nombre de naissances chute en France. Le baby-boom des années 2000 s'est arrêté avec la Grande Crise qui nous frappe depuis 2008. Chômage et précarité reculent l'âge du premier enfant quand ils ne découragent pas purement et simplement d'en avoir. Une étude de l'INED publiée cette semaine sur le sujet est peu commentée. C'est pourtant l'un de ces signaux faibles d'une déchéance plus globale. Pour la première fois depuis 50 ans, la France tombe en deçà du seuil de reproduction.

Dans le Haut-Rhin, le conseil général s'est décidé à exiger des bénéficiaires du RSA"tous les trois mois une attestation prouvant qu'ils auront bien effectué (des) heures" de bénévolat, sinon "on suspendra le versement de leurs allocations". L'explication d'Eric Straumann, député LR et président du département illustre une autre facette de cette déchéance nationale.

Justifier d'une activité pour un aumône de 524 euros par mois, voilà où nous en sommes.

Ami citoyen, refuse.

5 commentaires:

  1. Le chanteur Renaud a accordé une interview au journal LE JDD :

    Renaud au JDD : "Je vais peut-être voter pour Fillon"

    Voter

    "Rien ou ce qui reste de la gauche ? C’est compliqué quand même. Je vais peut-être voter pour un François Fillon que je pense être un parfait honnête homme, un vrai républicain. Mélenchon, c’est le gauchisme, l’aventurisme, un idéalisme désuet. Le Pen, c’est la peste brune. Ces politiciens pensent surtout à changer leur réalité avant celle du pays."

    http://www.lejdd.fr/Culture/Musique/Renaud-au-JDD-Je-vais-peut-etre-voter-pour-Fillon-779409

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  2. OUI JE REFUSE QUE LA MISERE SOIT MARCHANDISEE, LE BENEVOLAT EST SOUMIS A DES REGLES....
    A QUAND DES EMPLOIS DEGUISES AVEC CES MESURES HORS LA LOI
    BIEN A VOUS CHER JUAN
    ROUE LIBRE

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  3. Constat toujours lucide, comme d'habitude...Constat que je partage, mais qui me plonge dans un abîme quant à l'avenir proche...Devant nous, il n'y a plus rien ! Depuis 2012, on assiste à une accélération de la destruction de tous nos repères...La "gauche" a éclaté en plein vol...La "droite" est également éclatée entre le "libéralisme à la papa" et la course à la posture sécuritaire...Tout ça, sous les yeux de l'extrême droite qui s'organise dans l'espace européen, et qui attend que le fruit mûr tombe de lui même...Ceux pour qui la politique est une carrière comme une autre, commettent un crime contre la démocratie...Mais les citoyens sont aussi responsables, car ils acceptent l'état de "servitude volontaire", telle que la décrivait Étienne de la Boétie, il y plus de 5 siècles...

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  4. Emmanuel Macron = Institut Montaigne = MEDEF.

    Le mouvement lancé cette semaine par Emmanuel Macron est hébergé au domicile particulier du directeur de l'Institut Montaigne, d'inspiration libérale, a découvert Mediapart.

    La polémique est elle aussi "en marche". Le mouvement politique lancé le 6 mars par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, En Marche, n'est peut-être ni de droite ni de gauche. Mais il est très proche de l'idéologie libérale de l'Institut Montaigne, lui-même parfaitement compatible avec les idées du Medef.

    Découvert par Mediapart, le lien était à chercher dans les mentions légales du site du mouvement (elles ont été modifiées depuis la publication de l'article, mais Mediapart en a conservé une capture d'écran). 

    Celles-ci faisaient apparaître le nom du directeur de la publication du site, Véronique Bolhuis, et son éditeur, En Marche, association loi 1901 domiciliée au 33 rue Danton, 94270 Kremlin-Bicêtre.

    Véronique Bolhuis est la compagne de Laurent Bigorgne, le directeur de l'Institut Montaigne, détaille Mediapart. Et l'adresse de l'association est celle du domicile privé du couple.

    L'Institut Montaigne est un groupe de réflexion proche des idées du Medef. Durant les dernières années, il s'est notamment positionné pour donner la priorité aux accords d'entreprises sur le code du travail, pour supprimer les allocations logement (APL) pour les étudiants non-boursiers, pour travailler plus sans gagner plus, rendre dégressives les indemnités chômage, supprimer la prise en charge du congé parental, et porter l'âge de départ à la retraite à 63 ans.

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-son-mouvement-en-marche-intimement-lie-a-l-institut-montaigne_1780429.html

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  5. L'ex-région Poitou-Charentes est en faillite.

    Vendredi 8 avril 2016 :

    "Points noirs" de l'audit sur Poitou-Charentes : des retards de paiements s'élevant à 132 millions d'euros, retards qui avaient déjà été révélés en février par Alain Rousset.

    Mais aussi une épargne "quasi-nulle" avec un taux net de 0,05%, une sous-budgétisation, "des dépenses qui ne sont pas inscrites au budget en fonction de la réalité des besoins", a énuméré pour sa part le vice-président de cette commission de Finances, le PS Florent Boudié.

    "La situation financière s'est dégradée entre 2013 et 2015, et cette dégradation provient de la forte baisse de l'épargne brute (-71% en deux ans) du fait d'un effet ciseau entre les dépenses et les recettes de fonctionnement."

    Le cabinet relève aussi, parmi les emprunts, "56 millions d'euros à très haut risque" qui nécessiteront un plan de désengagement, et 46 millions d'emprunts "à risque" dont certains ont été souscrit en 2011, alors qu'ils étaient déconseillés depuis 2010.

    L'ex-région Poitou-Charentes a également octroyé 94 millions d'euros de garanties d'emprunts à des entreprises contre... 4 millions d'euros pour la région Aquitaine.

    Pèsent, enfin, deux crédits-bails pour le renouvellement de Trains Express Régionaux (annoncés initialement à 175 millions d'euros, ils coûteront finalement 354 millions) qui obèrent la capacité de désendettement.

    « C'est une gestion absolument pas maîtrisée, et qui connaît une accélération de sa dégradation très forte depuis 2013 », a résumé Florent Boudié (Parti Socialiste).


    http://www.lesechos.fr/politique-societe/regions/021827140658-segolene-royal-sommee-de-sexpliquer-apres-laudit-de-lex-poitou-charentes-1212577.php

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