30 juillet 2016

482ème semaine politique: contre Daesh, pourquoi le pape François et Michelle Obama ont raison.

 

 

C'est comme une série noire, un cauchemar en plein été. La réalisation d'un scenario détestable mais paraît-il couru d'avance... Après la boucherie de Nice, voici qu'un prêtre est assassiné dans une église française par deux jeunes qui se filment dans des postures ridicules, tandis qu'en Allemagne voisine, un autre très jeune kamikaze se fait sauter dans un festival musical. 

 

Loi du Talion et amalgames en tous genres,  la France politique se déchire à nouveau. Daesh a-t-il eu raison de la République et du bon sens ? 

 

Deux interventions, cette semaine, ont replacé le débat, plus haut, plus fort.


La série noire
Mardi 26 juillet, un peu avant 10 heures, deux jeunes de 19 ans s'infiltrent dans l'église de leur bourgade, Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen, et égorge le prêtre, 86 ans, et figure locale de l'oecuémnisme religieux. Un paroissien âgé est également brièvement blessé. Les deux tueurs de vieillards désarmés sont abattus par la police.

Et Daesh revendique.

Tuer un prêtre dans une église, Daesh ne pouvait rêver à meilleur symbole. “C’est la première fois qu’on égorge un prêtre en pleine messe en Europe“  confie un expert. Cela frappe l'imaginaire occidental. Pire encore, les 2 auteurs étaient connus des services de renseignement, fichés "S". L'un d'eux était sous contrôle judiciaire, il a commis son crime pendant ses heures de sortie. L'autre avait été arrêté en Turquie mais les services turcs n'avaient que trop tardivement prévenu la France de son identité alors que sa photo circulait dans les services de sécurité français après une alerte attentat publiée une semaine avant le drame.

La machine à polémiques
La machine à polémiques repart. Depuis l'attentat de Nice, ce feuilleton s'est aggravé. La semaine débute sur Bernard Cazeneuve. En Allemagne, trois attentats successifs, sans rapport les uns avec les autres, autorisent l'extrême droite française et nombre d'inquiets survoltés à raconter n'importe quoi.

Quand vont-ils tous se calmer ?

Même le ministre de l'intérieur dérape. Y-a-t-il un problème Cazeneuve ? Trop de surménage ? Une campagne présidentielle à préparer ?

On le croyait plus calme. Le ministre de l'intérieur a choisi de répliquer avec force, précipitations et bêtises à la moindre critique à chaud des conditions de sécurisation de la Promenade des Anglais. La semaine dernière, il attaque le quotidien Libération qui révèle qu'un seul véhicule municipal bloquait la première entrée sur la Promenade des Anglais. Plutôt que de laisser faire les enquêteurs de l'IGPN, il braille, accuse et crie au complot.

On ne comprend pas.

Dimanche, c'est au tour d'une fonctionnaire territoriale, interrogée par le JDD, de se prendre une salve directement du ministre en personne. Sandra Bertin est directrice de la police municipale, et
cheffe du centre de supervision urbain de Nice. Elle était en première ligne à la vidéo-surveillance le dramatique soir du 14 juillet. Elle est aussi secrétaire générale du Syndicat autonome de la fonction publique territoriale. Avec l'aval d'une conseillère  du maire de Nice, elle lance deux accusations dans le JDD. La première, ridicule, est qu'elle aurait subi du "harcèlement" de la part du ministère de l'intérieur pour donner des informations de terrain. La pauvre n'avait peut-être pas l'habitude de ce genre de crise pour comprendre l'urgence. La seconde accusation, plus sérieuse mais non prouvée à date, est que le ministère voulait tronquer son propre rapport sur les conditions de sécurisation du site.

Et voici notre Cazeneuve en direct à la télévision dimanche soir sur France 2 pour expliquer qu'il porte plainte contre elle pour diffamation. La perte de sang-froid est manifeste. Mardi, une enquête préliminaire est ouverte par le parquet. Jeudi, l'IGPN confirme les propos du ministre - les conditions de sécurité du site étaient adaptées. Sarkozyste pur jus, c'est une fidèle de Christian Estrosi. On dissèque ses comptes Twitter et facebook pour découvrir combien son militantisme anti-Hollande et anti-immigration est réel.

L'effroyable attentat près de Rouen relance à son tour les débats, les outrances, les mesquineries.

Ainsi jeudi, à Notre-Dame de Paris, l'hommage est-il presque national: il aurait pu être grand, il ne le sera pas. Il y a d'abord la petitesse d'une quelques-uns à droite. Ainsi le Figaro qui accuse: "Hommage à Notre-Dame: l'Elysée coupe Nicolas Sarkozy de la photo". On retient donc qu'il ne s'agissait que d'être sur la photo officielle. Il y a aussi la conclusion de l’homélie de Monseigneur Vingt-Trois, qui gâche son propos initial par un curieuse allusion au mariage gay  : "Silence des élites devant les déviances des mœurs etlégalisation des déviances."

Chaque acte terroriste bouscule les esprits faibles.

L'outrance
Faire le jeu de Daesh, c'est notre drame national.

Sarkozy réagit trop vite. Il est 14h30 ce mardi 26 juillet quand l'ancien monarque déboule devant les caméras de télévision. La dignité suppose un peu de recul. On ne connait pas encore tous les détails de l'attentat dans l'église, mais Sarkozy trépigne. Le recueillement lui est étranger.

Il parle donc.

Il confond la République avec la France chrétienne. Il "passe à côté de l'Histoire" commentera un confrère: "en assassinant un prêtre catholique et en blessant gravement des fidèles dans une église, c’est l’âme de la France qui est touchée". La République est laïque. Certains, nombreux, y sont même athées. Et pourtant tout autant français, tout aussi meurtris par ce qui se déroule sous nos yeux ébahis.

La droite furibarde s'engouffre quand même dans la guerre des civilisations. Et persiste dans ses propositions aussi "concrètes" qu'inefficaces et anti-républicaines: on ne dénombre aucun français binational parmi les terroristes islamistes depuis 2012. Les deux meurtriers de 19 ans sont français également. Il réclame encore l'interdiction de consultation de sites islamistes. Une mesure votée, et qui n'empêche rien (A "gauche", le député Olivier Falorni lui emboite le pas en accusant les GAFA d'être les complices de Daesh. On aura tout entendu).

Cette droite furibarde va si loin que l'extrême droite n'a plus grand chose à faire. Certes, elle mobilise ses réseaux sociaux avec un #DefendsTonEglise à peine mobilisateur. Mais tandis que Marine Le Pen se tient coi, Florian Philipot peut railler ces agitations. Le FN, la "force tranquille" ?

On croit rêver. Ou cauchemarder.

Sarkozy franchit aussi un pas de plus vers l'irréparable. Il dénonce "les arguties juridiques" derrière lesquelles le gouvernement Hollande se réfugierait au risque de mal défendre le pays contre la menace islamiste. Ces "arguties juridiques" ne sont rien d'autres que nos droits fondamentaux, et la Constitution d'une République malmenée. Il ne nous reste plus que cela. Car au fil de ce parcours dans l'horreur terroriste, l'essentiel de notre corpus juridique a déjà été progressivement amendé, modifié, réformé pour laisser à nos gouvernants et aux forces de l'ordre des pouvoirs d'espionnage, d'enquête, de sanction et de répression inédits depuis l'Etat français du Maréchal Pétain.  La France, secouée et outragée, a les moyens juridiques d'être une dictature. Il suffit d'actionner les bons boutons. 


Sarkozy attaque aussi pour se défendre. Car son propre bilan en matière de sécurité lui est renvoyé en pleine figure. A Londres, le très libéral Financial Times se fend d'un triste rappel sur l'affaiblissement des services de renseignement de proximité par Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012.

Et en novembre dernier, juste après les attentats de Paris, Sarkozy réclamait d'assigner à résidence avec bracelets électroniques tous les fichés S. Ce sont justement deux fichés S qui ont commis l'irréparable à Saint-Etienne-du-Rouvray.


La responsabilité française
On pourrait remonter aux printemps arabes ou à la guerre en Libye. On pourrait rappeler à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et David Cameron que s'ils ont permis de sauver des civils à Benghazi au printemps 2011, ils ont surtout laissé la zone dans un état de dévastation politique assez inédite. On pourrait rappeler aux Etats-Unis que Daesh est une créature involontaire de leur fiasco dans la zone irakienne depuis 2003 et la chute du régime de Saddam Hussein.

On pourrait, mais c'est trop tard. Il suffit d'en conserver le souvenir. La responsabilité immédiate de la coalition se porte ailleurs.

Daesh revendique ses crimes, la coalition minimise ses "dommages collatéraux". Cette comparaison effraie. Pourtant, la réalité n'est pas binaire. Elle est grise même si l'horreur islamiste est terrifiante.

Dans nos médias nationaux, la nouvelle est peu commentée: mardi, le représentant syrien à l'ONU accuse ainsi la France d'avoir tué 164 civils - parmi lesquels des enfants, des femmes, des personnes âgées - dans un bombardement de représailles post-attentat de Nice dans le Nord du pays. Mercredi, un autre raid occidental près de Manbij en Syrie aurait fait une soixantaine de victimes civiles.

Le 28 juillet, la coalition ne reconnait que 55 civils tués ... depuis le début des frappes contre Daech en août 2014 (sic!). L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) évoque plutôt le nombre de 600 civils dont 250 enfants tués par les frappes occidentales entre août 2014 et juillet 2016. Ici en France, on minore, on excuse, on relativise. Daesh, nous explique-t-on, force les civils, autant que faire se peut, à rester dans les zones de combat. Alors que les frappes s'intensifiaient en mai dernier, des ONG s'inquiétaient publiquement des drames à venir. Et le choix des mots n'est pas jamais indifférent: "tués", "morts", "boucherie", "massacre", "terrorisme", "victimes", "dommages collatéraux", choisissez votre vocabulaire.

La poursuite de la guerre contre l'Etat islamique en Irak et en Syrie est la première justification avancée par les terroristes pour les attentats. 

"Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons." L'un des tueurs de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray à l'un des paroissiens, mardi 26 juillet 2016.

Comme après chaque attentat, quand Hollande s'exprime, comme après chaque attentat, il évoque la création d'une garde nationale à la Française, qui rassemblera les réservistes de la police, de l'armée et de la gendarmerie. Mais nulle mention des conditions réelles de nos combats en Syrie et en Irak.

Le show terroriste
Comme après chaque attentat, Daesh revendique, via son agence AMAQ; ses "soldats" se mettent en scène dans des vidéos scabreuses. Leurs réalisations sont techniquement médiocres, les postures ridicules, les propos sont sentencieux. Dans la première, les deux tueurs de Rouen se tiennent la main en prêtant allégeance au Calife de l'EI. Dans l'autre, l'un des tueurs tient un propos décousu, parfois contradictoire, souvent haineux.

On pourrait en rire s'ils n'émanaient pas de tueurs sanguinaires. Après le meurtre de mardi, AMAQ publie ainsi coup sur coup deux vidéos figurant les deux jeunes tueurs de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Dans l'une, l'un des assassins appelle ses "frères" à tuer à l'aveugle:  
"Sortez avec un couteau, tout ce qui faut. Agressez-les, tuez-les en masse."
L'anonymat des terroristes dans les médias est en question. Saper la notoriété de ces fous de Dieu serait une arme. Une pétition circule pour forcer la main d'une presse encore majoritairement récalcitrante. Pour le philosophe BHL, il s'agit de les renvoyer à la "nuit des hommes infâmes". Libération explique que ces terroristes islamistes se fichent des médias occidentaux, qu'ils les méprisent et qu'ils ont leur propres organes de propagande et de communication (notamment l'application Telegram).

Pourtant, le besoin d'exhibition et la susceptibilité des fanatisés islamistes face aux critiques semblent manifestes.

La responsabilité de l'islam
"On est dans le deuil, on est choqué", explique jeudi le président des associations musulmanes de Rouen. La communauté musulmane tente de se désolidariser d'avec ces deux nouvelles brebis galeuses. Elle a raison. Ce serait faire le jeu de Daesh que de souhaiter l'inverse. Daesh n'est pas l'islam, mais Daesh procède de l'islam.

L'extrême droite mobilise forcément ses réseaux sociaux: #DefendsTonEglise est son hashtag mobilisateur. Pour un peu, certains porteraient le costume des croisades dans les rues. Entre autres bêtises, Marion Maréchal-Le Pen annonce qu'elle s'enrôle dans la réserve nationale. Elle braille n'importe quoi sur le financement des mosquées en France.

La haine appelle la haine chez les plus fragiles, ou les plus bêtes. Quand une jeune élue brestoise lâche un tweet humoristique très "Charlie Hebdo" à propos du père Hamel, un torrent de menaces de mort et d'insultes lui tombe dessus. 

Qui est Charlie ?

Vingt-quatre heures après l'assassinat du père Hamel, les représentants des religions monothéistes sont conviés à l’Élysée. Les autorités religieuses se mobilisent pour nier l'évidence: il n'y aurait rien de religieux ni de musulman dans ce nouvel acte barbare. "Les relations particulièrement harmonieuses entre nos religions en France", explique l'archevêque de Paris sur le perron du Palais, "sont un élément important en France pour la cohésion de notre société".



En matière de conflit, il n'y a pas besoin d'être deux pour être en guerre. L'Etat islamique attaque, encourage, stimule les meurtres les plus faciles, les plus lâches, les plus barbares, en représailles d'une attaque que lui porte une coalition internationale, au nom d'une seule religion, l'islam. Et même si l'islam est pluriel, même s'il souffre d'un trop-plein d'intermédiaires et de guerres fratricides, c'est bien au nom de lui que cette guerre est menée. 

Dans les colonnes du Monde, le premier ministre demande à "l'islam de France de réagir." Et d'en appeler à "une remise à plat" et "une nouvelle relation avec l’islam de France".

Des mots, simplement des mots. 

Il n'y aurait pas de guerre de religion. Pas si simple. La religion est l'opium du peuple, disait Marx. L'une d'entre elles, l'islam, est aujourd'hui le vecteur  de mobilisation au service d'autres intérêts.  Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le pape François ne dit pas autre chose.
 
Aux JMJ qui débutent en Pologne, le pape François pointe à juste titre cette composante, essentielle, de cette guerre, que les deux meurtriers de Saint-Etienne-du-Rouvray n'ont pas eu l'intelligence ni la curiosité de comprendre: "Cela fait déjà un certain temps que le monde connait une guerre par morceaux. Il y a eu la guerre de 1914, avec ses méthodes, puis celle de 1939, et maintenant cette guerre. Elle est organisée, elle n'est pas organique, mais c'est une guerre. Ce saint prêtre qui est mort au moment où il offrait les prières pour toute l'Église, c'est un parmi d'autres." Et d'ajouter: "il y a une guerre des intérêts, pour l'argent, pour les ressources de la nature, il y a des guerres pour la domination des peuples. Certains pourraient penser que je suis en train de parler de guerre de religions. Non! Toutes les religions veulent la paix. C'est ce que nous voulons. La guerre ce sont les autres qui la veulent… Compris?!"

Le pape pointe vers les intérêts économiques, stratégiques, politiques qui sont à l’œuvre derrière cette "lutte contre le Mal"

Rien d'autre.

Et c'est déjà énorme.

Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez,  et les Le Pen,pouvaient-ils méditer un peu sur les paroles du Saint Père ?

Le modèle Obama
Le second message vient en fin de semaine des Etats-Unis. Évoquer un modèle américain dans l'ambiance sécuritaire est une gageure. Pourtant, quel contraste  entre les débats franco-français et cet autre discours, de l'autre côté de l'Atlantique, à Philadelphie cette même semaine !

Aux Etats-Unis, les Partis républicain puis démocrate tiennent leur convention d'investiture. L'épouse de Trump plagie sans gêne le discours de Michelle Obama d'il y a 8 ans. Trump joue au sérieux, avant de blaguer à nouveau sur le "scandale" des emails d'Hillary Clinton. "La France n'est plus la France" lâche le candidat outrancier. "C'est quand on s'abaisse qu'on ne se ressemble plus. Ça peut arriver à d'autres, outre-Atlantique" rétorque Hollande.

Chez les démocrates, à Philadelphie, le tout-Hollywood défile à l'estrade. Mais le discours qui fait mouche et enflamme l'assistance est celui de Michelle Obama. La future ex-First Lady regonfle à bloc une convention démocrate qui commençait à douter. Certes, on pourrait, on devrait lui rappeler que le bilan de son mari de président, à l'exception de sa grande classe personnelle et d'une loi indispensable sur la protection sociale, n'est pas fameux. Mais Michelle Obama réjouit. Car les messages d'espoir sont rares en ces temps sombres. Nos figures politiques, dont c'est le premier rôle que de guider, d'élever, de mobiliser, s'abiment en disputes minables, en attaques fratricides, en divisions interminables. Michelle Obama fut à l'inverse de nos tristes exemplaires franco-français.

Après le massacre d'Orlando, Michelle Obama a des mots d'apaisement et de fermeté. Elle ne réclame nul changement de constitution, elle appelle à la réconciliation, elle en appelle à la responsabilité des parents, elle évoque ses filles. Elle en appelle à l'optimisme et en la foi en l'avenir. Elle a un slogan, qui fait mouche: "when they go low, we go high." Michelle Obama est femme, mère, noire et futur leader.

"Quand ils s'abaissent, nous nous élevons"

La France s'abaisse, qui l'élèvera ?








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"La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple."
Karl Marx, 1844

23 juillet 2016

481ème semaine politique: terrorisme, entre mensonges et déni

 

Daech a gagné une seconde fois. 

 

La France post-attentat du 14 juillet est divisée et donc affaiblie. L'image que le pays a donnée est désastreuse. La classe politique s'est globalement déchirée sur les responsabilités, sans attendre les premiers hommages.  Pire encore, rarement un drame pareil a-t-il suscité autant de mensonges. 

 

Il ne s'agit pas de savoir comment vivre avec la peur des attentats. Il s'agit surtout de comprendre comment on pourra sortir du mensonge.

 

Mensonges à chaud
Les plus émus se sont tus. Ils étaient nombreux. Ils étaient les plus nombreux. Cette France silencieuse, citoyenne, meurtrie a conservé son chagrin pour des hommages en tous genres, individuels ou collectifs, comme cette gigantesque minute de silence nationale, lundi 18 juillet à midi. Une semaine après les attentats, les témoignages s'accumulent, comme ceux des héros de ce soir tragique, des anonymes, civils ou policiers, qui ont tenté de ralentir le tueur fou. Comme ces portraits des victimes, françaises ou étrangères, jeunes ou âgées, dont nous finissons par connaître les prénoms.

La honte est venue d'ailleurs.

Dimanche soir sur TF1, Nicolas Sarkozy s'invite. L'enchaînement de mensonges qu'il professe alors publiquement est choquant: il ose affirmer que le problème terroriste est né après sa défaite de 2012 ce qui est faux il prétend ne pas vouloir "polémiquer" en plein deuil national, mais il le fait; il affirme qu' "il ne s’agit pas de défendre ni de soutenir un camp plutôt qu’un autre", alors que c'est évidemment tout le contraire; il ne répond pas quand la jeune journaliste estivale qui lui résiste un peu lui demande pourquoi il a réduit de 13 000 les effectifs de la police et de la gendarmerie quand il était président; il réclame une interdiction de consultation des sites jihadistes ... qui est déjà en vigueur; il ne dit rien de la désorganisation des services de renseignement dont il a été l'auteur en 2009, en affaiblissant les RG avec la création de la DCRI en 2008. Si l'on ajoute l'armée, ce sont quelque 70 500 postes qui ont été supprimés entre 2007 et 2012 dans les forces de sécurité du pays.

Qui dit mieux ?

Lundi, après trois jours de deuil national et de drapeaux en berne, l'hommage national rendu à Nice est terni par les huées de quelques dizaines de militants au passage de Manuel Valls et de représentants de l'opposition. Qui siffle ? Valls pointe vers le Front national. Ses dirigeants nient, mais " il y avait une petite bande aux abords, qui était clairement identifiée FN" explique un élu LR. Et Marion Maréchal-Le Pen, présente, s'est empressée d'aller saluer les braillards.

La honte.

Mensonges à Nice
On se dispute aussi beaucoup sur les circonstances de l'attentat. Après les accusations prématurées et grossières d'une fraction de la droite et de l'extrême droite, Libération déclenche une autre polémique: l'entrée Ouest de la Promenade des Anglais n'était pas aussi sécurisée que le gouvernement et la mairie de Nice l'ont laissé entendre. Un seul véhicule de police municipale, avec deux fonctionnaires et de maigres barrières en plastique. Mercredi, le Canard Enchaîné révèle que la filtration du public a été abandonnée lors d'une réunion de sécurité à la préfecture le 7 juillet précédent, faute d'effectifs. Le même jour, la Justice sème le trouble en réclamant la destruction immédiate de toutes les copies d'enregistrements de surveillance sur les lieux de l'attentat  le 14 juillet.

Mais rares sont les politiques à oser avouer l'évidence: contre des "loups solitaires", des malades isolés ou des fanatiques religieux prêts à tout, il y aura toujours des failles. La France n'a pas voulu interdire toutes ses manifestations publiques - combien de bals populaires, de concerts, de festivals cet été ? Le risque-zero n'existe pas.

L'Allemagne nous fournit immédiatement un triste exemple: vendredi 22 juillet, à Munich vers 17h50, un jeune de 18 ans, germano-iranien, tue 9 personnes (dont 3 Turcs, 3 Kosovars et un Grec) devant un MacDonald puis dans la galerie commerciale voisine, avant de se donner la mort. La ville est bouclée, tout le monde pense à un nouvel attentat islamiste.

Sarkozy, Juppé et quelques autres ténors de l'opposition française se gardent bien de critiquer Angela Merkel. Ils s'empressent d'exprimer leur solidarité avec le gouvernement d'Outre-Rhin. Leur hypocrisie n'a d'égal que leur cynisme.

Seule la fachosphère reste fidèle à ses outrances ignobles: dans la soirée, on peut lire sur les réseaux sociaux quelques trublions d'extrême droite accuser Daech ou les migrants ou, pire, espérer que cet attentat soit d'origine islamiste.

Samedi, la police allemande affirme que l'acte n'a rien à voir avec le terrorisme islamiste. Au contraire, elle considère que cette fusillade a un lien "évident" avec la tuerie d'Utøya perpétrée par Anders Breivik.


Mensonges sécuritaires
On se déchire ensuite sur le droit et la démocratie.

Mercredi 20 juillet, des parlementaires quasi-unanimes ont voté l'extension pour 6 mois de l'état d'urgence. Ils ont réintroduit les écoutes administratives. A droite, les voix les plus bruyantes sont celles qui négligent, oublient ou bafouent l'état de droit et la République. Avec le cynisme le plus complet, une droite furibarde s'est engouffrée dans la brèche ouverte par le terrorisme.

Après les premiers délires post-attentat (rappelez-vous Henri Guaino et son lance-roquette, Jacques Myard et la "5ème colonne"; etc), les débats dans l'hémicycle du Palais Bourbon cette semaine sont terriblement exemplaire de ce fiasco politique. 

Ainsi, Laurent Wauquiez, député cumulard, continue-t-il dans l'outrance en réclamant "l'internement a posteriori des suspects". Wauquiez, c'est Minority Report sans les outils, la justice qui punit avant le crime. Une idée belle et simple comme dans le monde des Bisounours. "Changez le droit" braille-t-il. Son collègue Eric Ciotti n'est pas en reste quand il explique qu'il faut "rompre avec cette naïveté, cette pudeur", ou qu'il rétorque à des journalistes "si vous aviez vu les cadavres, vous ne poseriez pas la question (de l'état de droit)."

Les principes fondamentaux du Droit ne se changent qu'en dictature. La République effrayée dérape.  Après les morts, la honte. Daech gagne une seconde fois. Le spectacle d'une fraction de la droite s'égarant loin de la République est désolant, inquiétant, révoltant.
"La notion même de suspect, Monsieur Wauquiez, a entrainé ce pays, dans son histoire de ce dernier siècle, dans le pire." Manuel Valls, 19 juillet
En à peine quarante-huit heures, députés et sénateurs français transforment ce qui devait être une prolongation supplémentaire de l'état d'urgence en une énième loi anti-terroriste adoptée sous le coup de l'émotion populaire et du cynisme électoral. Et ce alors que venait déjà d'être adoptée une loi anti-terroriste le 3 juin dernier.

De 2 articles, le texte grossit rapidement à 21, avec des mesures aussi inefficaces que sans rapport avec les récents attentats: la procédure de réduction de peine (via des crédits de réductions de peine acquis par année de prison ensuite, puis soumis in fine à la décision d'un juge) est durcie pour les coupables de terrorisme. Les durées maximales de détention provisoire et de réclusion criminelle pour actes de terrorisme sont étendues. Fermer toute porte de réhabilitation à des condamnés n'a jamais rien produit d'autre que des enragés qui n'ont plus rien à perdre. Les contrôles d'identité, "sans instruction du procureur" sont également légalisés, tout comme "la saisie, soit par la copie, soit par la saisie du support informatique, de données informatiques."  Les écoutes administratives sont autorisées pour toute personne "en lien avec une menace terroriste" (et non plus seulement "présentant une menace").

La France n'est pas encore la Turquie, où le président Erdogan a profité d'une tentative ratée de putsch militaire pour arrêter, emprisonner ou licencier quelque 55 000 fonctionnaires et interdire toute liberté publique...

Mais l'arsenal répressif est là. Qui l'avouera ?

Au passage, la même Assemblée adopte sans broncher ni débat la loi Travail.

Dénis en tous genres
Il y a sans doute une explication majeure à ces pertes de repères: l'attentat de Nice, si monstrueux, entre difficilement dans les explications binaires et autres catégorisations caricaturales habituelles.

Primo, l'attaque ne ressemble à celles contre Charlie, l'HyperCasher, le Bataclan, les aéroports de Bruxelles ou d'Istanbul. Mohamed Lahouaiej Bouhlel n'a été qualifié de "soldat" par Daech qu'avec retard. Il n'est pas le jihadiste rigoriste modèle que les furibards islamophobes aiment à dépeindre pour expliquer que l'islam (et non seulement l'islamisme) est une religion à combattre per se. C'était un mari violent, porté sur l'alcool, le culturisme et les expériences bisexuelles; et condamné à 6 mois de prison avec sursis en mars dernier pour violence contre un automobiliste. Pour forcer la réalité, on préfère argumenter qu'il cachait bien son jeu depuis des mois. Avec quelles preuves ? Aucune n'a été révélée par les enquêteurs, mais la presse brode et tricote déjà autour de cette nouvelle hypothèse.

Malgré 8 mois d'état d'urgence, il est passé entre les mailles d'un filet évidemment inefficace. Les mesures proposées ces derniers jours, aux détriments du droit, de l'éthique et de l'honneur républicains, n'auraient pas changé grand chose: interner les fichés ? Mohamed Lahouaiej Bouhlel n'était ni fiché ni connu des services de renseignement. Déchoir les binationaux de la nationalité française ? Il n'était pas français mais tunisien, comme une trentaine de ses victimes d'ailleurs. Interdire la consultation de sites jihadistes ? C'est déjà le cas.
"On est dans le pétage de plomb. Dans le jihad individuel presque imparable. Les tueries de masse ont toujours existé, comme aux États-Unis. Nous avons la même chose, mais avec un fond religieux. Heureusement, ces individus sont peu nombreux. Mais, à chaque fois, c’est douloureux."
Marc Trévidic, 15 juillet 2016

Secundo, ce crime de masse dérange aussi les partisans de la thèse du massacre "a-religieux", de l'acte isolé et sans rapport avec la religion.

L'homme a prémédité son passage à l'acte, et avec des complices. Jeudi, cinq suspects sont mis en examen - un couple d'Albanais, deux Franco-Tunisiens et un Tunisien. Un message audio du terroriste laisse entendre une autre action en août: "Chokri et ses amis sont prêts pour le mois prochain, maintenant ils sont chez Walid."

Si Daech n'a apporté, à ce stade de l'enquête, aucun soutien opérationnel concret au terroriste, c'est bien en son nom, avec ses encouragements filmés et sa bénédiction que l'attentat a été préparé puis  "célébré" par l'Etat islamique. A gauche, certains raillent "l'auto-radicalisation expresse" évoquée par le gouvernement. Qu'espèrent-ils ? Minorer les liens entre cet attentat et Daech ?

C'est bien au nom d'une religion ou d'un Dieu que ce énième massacre massif a été commis. 

En mars dernier, la journaliste saoudienne Nadir Al-Budair expliquait simplement sur les écrans de télévision, avec courage et lucidité: "nous devons reconnaître que nous sommes ceux qui les avons engendrés."




Tertio, certains, à droite comme à gauche, suggèrent que la France cesse d'intervenir en Syrie et en Irak. Une solution plus légitime serait de laisser l'ONU se charger d'attaquer Daech. On pourrait être séduit par la proposition. Mais si elle échoue (et elle a échoué), que fait-on ? 

Jeudi, deux jihadistes francophones en remettent une couche dans une vidéo en menaçant cette fois-ci Marseille. Laquelle cité se voit défendue joyeusement, fermement, et immédiatement par de jeunes locaux qui raillent, moquent et défient les fous d'Allah sur les réseaux sociaux.

Samedi, un attentat suicide tue au moins 60 personnes en Afghanistan.

Une brève dans l'actualité nationale.

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Dans son édition du 20 juillet, l'éditorialiste des Inrocks rappelle les paroles éclairantes du premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, au lendemain de la tuerie d'Utoya Anders Breivik, militant d'extrême droite, avait tué 69 personnes, pour l'essentiel des adolescents, il y a tout juste 5 ans: "nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d'ouverture et de tolérance."

Confrontée à une terreur plus grande encore, issue d'un conflit que d'aucuns hésitent encore à qualifier de guerre, la France politique répond par moins de démocratie, moins d'ouverture, moins de tolérance, et plus de mensonges.

Ami(e) républicain(ne), réveille-toi.





16 juillet 2016

480ème semaine politique: pourquoi nous devons nous habituer aux attentats

 

Le visage sobre et désormais si familier du procureur François Molins est apparu sur nos écrans français vendredi 15 juillet après-midi. 

 

Nous l'attendions, tristement.  Dans le brouhaha des réactions de solidarité ou de haine, François Molins apparaît tel un triste point de repère, une vigie qui rappelle les faits.


Molins, le retour
L'homme est devenu un compagnon d'infortune. Le premier commentateur officiel et fiable que l'on écoute avec attention sur les récents massacres terroristes qui frappent le pays depuis 2012. Quand Molins apparaît, l'heure est grave, a été grave, et sera grave. C'est une parole fiable, posée, distancée, mais humaine.
"Ce bilan est bien sûr provisoire." 
François Molins évoque 84 morts, dont 10 enfants et adolescents.

Et près de 200 blessés.

Pour la première fois depuis mars 2012, des enfants ont été tués dans un attentat sur le sol français. Un soir de Fête nationale, à Nice, sur la Promenade des Anglais, un large camion blanc a fauché, tué et blessé près de trois cent personnes vers 23h le 14 juillet.
"J'ai vu des corps voler comme des quilles de bowling sur son passage. Entendu des bruits, des hurlements que je n'oublierai jamais." Un journaliste de Nice Matin.
Comme il y a 8 mois lors des massacres de Paris, le comptage macabre des victimes se poursuit toute la nuit au fil des tweets, des rumeurs et des déclarations officielles. Des images insoutenables sont odieusement filmées et postées sur YouTube ou Facebook qui ne filtrent rien ou si peu. Dans la nuit du drame, France 2 diffuse sans retenue quelques clichés de cadavres. LCI évoque une prise d'otages inexistante.

Vers 3h45, Hollande annonce sans surprise la prolongation de l'état d'urgence. Une fois encore, une fois de plus, une fois pour rien. "Le caractère terroriste ne peut être ignoré et l'acte est encore une fois d'une violence absolue" explique-t-il. François Molins, quelques heures plus tard, vise aussi Daech puisque le mode opératoire de l'attentat correspond "très exactement aux appels aux meurtres communiqués par ces organisations". Un journaliste de RFI, et contributeur au journal Les Jours, David Thomson, rappelle qu'un bourreau de l'Etat islamique préconisait en septembre 2014 d'envoyer des véhicules faucher des civils.

Pourtant Daech ne revendique rien.

L'horreur du drame déclenche des réactions de solidarité, de compassion, de sidération parfois. "Vivons profondément ce partage de la souffrance. Car avec lui nous vérifions que nous sommes restés humains dans ce monde qui l’est souvent si peu" résume Jean-Luc Melenchon; "la France doit, plus que jamais, se tenir debout et rassemblée" complètent les époux Chirac. 

Partager une souffrance pourtant évidente est un exercice difficile.

Car il y a aussi d'inévitables dérapages qui à leur tour heurtent et bousculent, des récupérations en tous genres, des interprétations prématurées. Henri Guaino est l'une des première victimes du ridicule post-traumatique. L'ancien conseiller politique de Nicolas Sarkozy sombre en expliquant, trop tôt, trop vite, dès le lendemain matin: "Il suffit de mettre à l'entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrêtera le camion de 15 tonnes, voilà c'est tout !"

A l'autre extrême, Edwy Plenel de Mediapart préfère renvoyer, le lendemain de l'attentat, sur la menace terroriste... de l'ultra-droite. Laurent Bouvet lui réplique. La dispute est surréaliste.

A Nice, Sarkozy déboule dès vendredi avec Estrosi, l'ancien maire, pour saluer des micro-foules dans des rues étroites. Et Alain Juppé s'abime dans la récupération la plus vile et la plus inutile en déclarant: "si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu."

Assez.

Taisez-vous.

Le tueur, un Niçois franco-tunisien de 31 ans, a été abattu. L'homme fait rapidement l'objet de reportage, "mari violent et un voisin étrange et secret mais pas radicalisé" relate l'Obs. Un ancien délinquant sans passé islamiste, "père de trois enfants" mais condamné avec sursis pour violence en mars dernier. Dans son quartier, "on s'imagine mal un lien quelconque avec Daech".

Au matin du 15 juillet, la France est groggy.

Mais le massacre n'a pas été revendiqué. Cette absence de revendication immédiate est sans doute l'autre information la plus essentielle. Plus essentielle que les images de cadavres. Plus essentielle que les éructations islamophobes. Plus essentielle que les "yakafokon" comme ceux de Juppé, Ciotti et autres Wauquiez.

Samedi 16 juillet, deux jours après, le massacre est revendiqué par Daech.

Les services d'information de Daech sont-ils en vacances pour tarder ainsi ? Rares sont nos politiques qui hésitent à attribuer sans attendre la paternité de l'attentat à l'EI. Hollande, Valls, Sarkozy, etc, tous plongent, nagent et régurgitent. Daech était-elle embarrassée par un massacre de trop ? L'Etat Islamique terrorise jusqu'aux musulmans eux-mêmes. Mais finit par récupérer à son "profit" la moindre boucherie qu'on lui attribue. En France, Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur, reste prudent, plus prudent que son propre premier ministre.

"C'est un terroriste, sans doute lié à l'islam radical" Manuel Valls, 15 juillet.


Ce massacre clôt une semaine politiquement ridicule.

Dimanche, la France perd face au Portugal en finale de l'Euro 2016. Qui pouvait échapper à l'évènement au sein de l'Hexagone ? Le show sportif s'achève enfin. La presse se fascine ensuite sur un autre spectacle: mardi 12 juillet, Emmanuel Macron tient  son premier grand meeting public à Paris, dans un lieu symbolique, la Mutualité. Le jeune clone de Sarkozy, dix ans après son mentor inavoué, nous refait le coup de la rupture dans la continuité. Macron est d'ailleurs comme Jésus, il marche sur l'eau, il guérit les aveugles, il soigne les malades: dans une salle de 1 800 places aux rangs parsemés, il rassemble 3 000 personnes. Chez Macron, on ne fait pas grève, on "like" des pages Facebook. On ne brandit pas des affiches dans les rues de nos villes, on poste des clichés du genre "l'Europe ne pourra avancer que si nous la pensons dans le monde" et autres "la-guerre-c'est-mal".

Notre actualité dramatique efface ce jeune Macron aussi sûrement qu'un coup de gomme. La comète Macron fatigue autant qu'elle exaspère.

L'attentat a également effacé d'un trait l'allocution annuelle si traditionnelle du 14 juillet par François Hollande. Ce exercice est devenu politiquement insignifiant pour le plus grand nombre,

Hollande est attaqué sur le front des affaires. Et quelles affaires ! On découvre qu'il a le cheveu sensible. Le "président normal" a un coiffeur rémunéré 9 895 euros de salaire brut mensuel, d'après Le Canard enchaîné du mercredi 13 juillet. C'est une affaire symbolique, cocasse et sans commune mesure avec les déboires financiers de Nicolas Sarkozy, à l'image du quinquennat: une gaffe futile de plus, raillée par un troupeau d'amnésiques. Hollande est attaqué sur une dépense personnelle et protocolaire, alors qu'il a réduit sans commune mesure les dépenses de l'Elysée par rapport aux délires bling-bling de son prédécesseur.

Lors de son intervention du 14 juillet, quelques heures avant le drame de Nice, Hollande a ce ton
solennel, forcément durci année après année, par cette multiplication d'attentats meurtriers et d'état d'exception.

"5 ans c’est très court. Être Président c’est être confronté à la mort, à la tragédie." Non Monsieur Hollande, la question n'est là, elle n'est pas sur vous, sur votre personne ni celle de votre successeur. La question de l'efficacité démocratique se porte sur le régime tout en entier: l'irresponsabilité et l'inefficacité politique du commandant suprême n'ont d'égales que l'ultra-personnalisation du système. La Vème République, agitée par une médiatisation continue, se meurt devant nous. Elle nous empêche de communier simplement, de partager la souffrance sans être interrompue par le concours des egos.

La France est encore frappée par un attentat. On attend que la démocratie soit davantage encore célébrée, qu'elle soit brandie comme une riposte évidente contre cette barbarie absurde. Il n'en sera sans doute rien. Malgré l'inefficacité, depuis 8 mois déjà, de cet état d'exception, des élus de gauche comme de droite, effrayés, réclame l'état d'urgence permanent.

Les réactions dignes, depuis quelques heures, ont été rares.






9 juillet 2016

479ème semaine politique: pourquoi Hollande 2017 fera la campagne de Valls 2022



On pourrait encore gloser sur le Brexit, railler nos voisins d'Outre-Manche si empêtrés dans un Brexit dont ils ne mesuraient peut-être pas les conséquences ni le ridicule. 

Restons en France. 

Et régalez-vous.


L'Europe désespérante
Qui a encore envie de la construction européenne ? L'Euro 2016 ne change pas grand chose à la situation. Le gouvernement allemand tente d'imposer un surcroît d'austérité. Il cherche avant-tout à conserver le Royaume-Uni associé à l'UE, malgré le Brexit. Merkel et Hollande se sont fait la bise lors du sommet de l'OTAN le 8 juillet. Et vannés gentiment sur les suites d'un match de foot historique. 

Car jeudi soir, la France s'est qualifiée pour la finale de l'Euro 2016 contre une équipe d'Allemagne pourtant supérieure en maîtrise de l'espace et du jeu. 2-0, le score est imparable. Dans la tribune officielle, Hollande jubile avec raison. Le pays est heureux. "Le modèle allemand n'existe pas non plus en football" jubile Mélenchon: "il n’existe pas d’adversaire invincible pour qui s’efforce de vaincre." Dimanche, finale contre le Portugal, on ne pouvait espérer meilleur résultat dans la morosité ambiante.


Le Brexit continue de s'achever dans le marasme le plus total. C'est au tour de Nigel Farage de lâcher. Le leader-fondateur du parti UKIP estime sa tâche accompli. "Après moi le déluge" semble-t-il expliquer à ses électeurs. "La victoire du leave au référendum signe la fin de mon ambition politique. J’ai pris part à ce combat en quittant le monde des affaires parce que je voulais que nous devenions un pays autonome, pas pour entamer une carrière politique."

Maintenant que le Brexit est voté, et que le Royaume Uni sombre dans le ridicule, les ténors du Brexit s'enfuient un à un.

Une vraie leçon politique.

Plus discrètement, l'ancien président de la Commission européenne José-Manuel Barroso se fait embaucher par la banque Goldman Sachs, celle-là même qui fut accusée d'avoir conseillée la Grèce dans son truquage des comptes à l'aube des années 2000.

En France, le scenario d'une victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire des droites se précise. Celui d'un échec de Hollande à convaincre les abstentionnistes de gauche également.


La victoire programmée de Sarkozy

D'abord, Alain Juppé s'affaisse semaine après semaine dans les sondages: il est finalement concurrencé sur son propre terrain social-libéral par les Le Maire, NKM et autres Geoffroy Didier. Ensuite, l'accumulation de casseroles judiciaires n'affaiblit aucune le socle des fidèles sarko-fans. Cette semaine, Alain Gardere, proche de Nicolas Sarkozy et artisan de sa campagne de réélection, est épinglé par le préfet des Hauts-de-Seine. Il va devoir rendre le 3-pièces HLM à Puteaux qu'une municipalité complaisante lui avait accordé. L'homme est multi-propriétaire (sic!), et, par ailleurs, déjà mis en examen depuis janvier pour "corruption passive", "prise illégale d’intérêts", "recel d’abus de biens sociaux" et "détournement de fonds publics". La République irréprochable...

De surcroît, Nicolas Sarkozy tient si bien le parti LR qu'il a fait adopter son propre programme comme la ligne officielle pour la prochaine présidentielle. On sait que les partis gaullistes ne sont que des mouvements godillots. Mais tout de même, l'ancien monarque peut désormais s'affirmer encore davantage comme comme l'unique candidat légitime: légitime de par son expérience; légitime de par son programme déjà "validé".

Enfin, Sarko laboure le terrain politique aussi fréquemment que Juppé reste discret et avare en manifestations publiques. Quand Sarko dédicace à tour de bras son livre-confessions à des fans sextagénaires décolorées dans tous les supermarchés de France, Juppé multiplie les micro-bouquins thématiques pour tenter de convaincre large. Cette semaine, le voici qu'il sort un ouvrage sur la culture. Sans surprise, sa première attaque est contre Hollande. Il se trompe de combat.

Comme Balladur en 1995, Juppé fait déjà une campagne de second tour alors qu'il n'a même pas franchi l'étape du premier, en l'occurrence des primaires.

Officiellement, la chute sondagière du mentor de la droite était attendue par ses plus fidèles soutiens. Pourtant, d'autres confient leur inquiétude au Canard Enchaîné de la semaine (qui fête son centenaire).

En novembre 2014 nous expliquions déjà dans ces colonnes pourquoi Juppé allait perdre: son positionnement politique est encombré; il laboure peu les terres militantes à droite; et il n'a jamais gagné une élection difficile. Même en Aquitaine, il a été incapable d'un soutien efficace à sa protégée Virginie Calmels lors des élections régionales de décembre dernier, dans un contexte pourtant très favorable à la droite. Calmels a perdu, Juppé s'est tu.

François Bayrou se tient "prêt". Il soutient Juppé mais il sent que le vent a tourné. Et jamais il ne soutiendra Sarkozy.

Le duel, donc, sera Sarkozy versus Le Pen. Pour un duel Sarko/Le Pen, Même l'auteur de ses lignes risque pourtant de s'abstenir. A gauche, Hollande croit en sa bonne étoile, c'est-à-dire sa capacité à mobiliser malgré lui celles et ceux qui ne voudraient pas d'un retour de Sarkozy.

Funeste erreur.

En 2017, Juppé ou Sarkozy ? La droite passera. 


Hollande, seul
Cette semaine, Hollande a rendu hommage à Michel Rocard, décédé dans la semaine. Le mentor de la seconde gauche, égaré dans les franges sarkozystes à force de vouloir éteindre la première gauche mitterrandienne qui lui avait fermé les portes de l'Elysée, a inspiré Valls, Fouks et Bauer. Hollande file ensuite à Arles, pour des Rencontres photographiques où la sécurité, risque d'attentat oblige, est comme à chaque fois hors normes. Les médias sont ultra-filtrés, Hollande parvient même au stand Hara-Kiri, pour la photo. Ces images ultra-maîtrisées nous rappellent celles d'un autre quinquennat inutile.

Il y a fort à parier que le programme du futur candidat Hollande risque fort de paraître si similaire à celui du Sarkozy de 2007 qu'il serait désespérant de considérer utile que de se mobiliser une nouvelle fois par défaut.

Il s'agit donc de reconstruire une alternative solidaire. Et donc de lutter contre un hold-up qui ne dit pas son nom. L'adversaire a plusieurs visages, mais l'un d'entre eux se dégage très nettement.

Manuel Valls a démissionné de la gauche, il est simplement temps de lui signifier. Il cherche à fracturer la gauche, il est temps de l'en exclure.

La rumeur d'une réelle démission a couru cette semaine après un faux grossier publié sur Internet. Non, Valls n'a pas démissionné institutionnellement. L'homme reste premier ministre malgré son dernier passage en force et contre tout respect de la parole donnée en 2012. Mais il a démissionné de la gauche politique. Seul le contingent d'électeurs désemparés l'intéresse encore. Il s'agit donc d'aider Valls et consorts à clarifier encore davantage leur programme politique. Qu'ils avancent à visage découvert et cul nu devant les électeurs l'an prochain.

Mardi, la loi El-Khomri revient à l'Assemblée nationale. On espère en vain le succès d'une motion de censure. Encore raté ! Mais il manque encore deux voix aux frondeurs et autres opposants du parlement pour dépasser le seuil fatidique des 58 votes qualifiant au dépôt de la censure. Sur les réseaux sociaux, ça raille. En réalité, une quarantaine de députés socialistes viennent de prendre le risque d'être exclus en bonne et due forme de tout soutien aux prochaines élections par leur propre parti retenu en otage par une direction dévoyée: "le PS a voté le principe de sanction à l’égard des députés socialistes qui la proposeraient" a confirmé Yann Galut, député socialiste mi-frondeur mi-trouillard.

Dans les rues, des filtrations inédites par leur ampleur sont déployées tout au long du parcours de la dernière manifestation de la saison pour décourager les opposants persévérants. Et les journalistes télévisuels répètent à l'envie que le "mouvement de contestation s'essouffle". Que dire alors du camp "majoritaire" qui est obligé, encore une fois, et malgré une majorité des plus absolues à l'Assemblée , de passer en force par l'utilisation du 49-3 ?

Valls et la novlangue
Répétons pour être sûrs d'être compris: le gouvernement Valls dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée, et pourtant, il passe en force. Pire, sans débat sur le plus grave de ses articles, le fameux article 2 que d'aucuns dans la presse officielle se sont échinés à démontrer qu'il n'avait rien de novateur (et pour cause ! Le premier recul date de ... l'ère Fillon/Sarkozy !).
"Le seul endroit de ce pays où l’article 2 de la loi, qui concentre tout le problème du renversement de la hiérarchie des normes, n’a pas été débattu est l’Assemblée nationale." Jean-Luc Mélenchon, 8 juillet 2016
Quand il n'est pas hué dans les rues, Valls répète sur les ondes qu'il "assume". La formule masque ce dont on parle: assume-t-il le revirement, la trahison, la traitrise ? Assume-t-il un neo-libéralisme récemment fustigé dans un brillant éditorial du Guardian britannique ?

Jamais la loi El-Khomri, ni dans ses principes ni a fortiori dans son texte a-t-elle été mentionnée ou promise par le candidat Hollande de 2012. On espère donc que l'actuel président aura le courage de placer en tête de gondole de son programme de réélection la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité pour les terroristes, un second pacte d’exonérations de cotisations sociales sans contrepartie en matière d’embauches, l'extension à 65 ans de l’âge minimal de départ à la retraite, ou le maintien en l'état du parc nucléaire français. En d'autres termes, Hollande doit faire campagne en 2017 sur le programme de Valls en 2022.

Au moins serons-nous fixés, rapidement, de l'importance des soutiens à ce revirement stratégique douloureux.

Il y a des moments dans l'Histoire où il faut assumer non pas de s'être trompé, ni même d'avoir échoué, mais simplement d'avoir changé, voire trahi. 

Ami socialiste, choisis ton camp.


Bonnes vacances...

2 juillet 2016

478ème semaine politique: les 9 révélations du Brexit ou le retour attendu de la politique.

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Le BREXIT a sonné l’Europe. Littéralement. La voici K-O debout. Au Royaume Uni, la dislocation politique se poursuit. Ailleurs en Europe, c'est le bordel. Mardi soir, c’est un nouvel attentat à l’aéroport d’Istanbul qui fait le reste. Le 21ème siècle est d’abord politique. Dramatiquement politique.


Le BREXIT est d’abord un gigantesque cas pratique, un exercice grandeur nature de pédagogie sur l’intégration et la désintégration européenne.

1. La politique prime. 
Le vote ric-rac des Britanniques en faveur d’une sortie de l’Union européenne est l’irruption soudaine de la Politique avec un grand P dans un monde endormi par le story-telling à la mode TINA*.

Contre une mondialisation « inévitable », la marche du progrès réactionnaire à la sauce GAFA défiscalisé et autres régressions sociales en salves répétées (telle cette loi El-Khomri en France), l’affaiblissement supposé des clivages et la disparition de toute vision systémique des évolutions qui nous entourent, le vote britannique a sonné comme un coup de boule: un coup sec, brutal et sourd qui déséquilibre.

2. Les partisans du NON n’avaient pas de plan. 
Ils ont menti aux électeurs, trahi leurs promesses, maquillé la réalité.  A Londres, les leaders du BREXIT se désavouent un à un. Les partisans du BREXIT ont voté sur un malentendu et des mensonges. La xénophobie, agité comme argument électoral à tout bout de champs, de Londres à Paris, a fait des ravages. Il n'y a sans doute que l'extrême droite française pour ne pas comprendre ce désastre. 

En fin de semaine, Boris Johnson, l’ex-maire conservateur de Londres et héros du BREXIT, jette l'éponge. Il renonce à concourir pour remplacer David Cameron, un mélange de trouille et d'inconséquence politique. Cette volte-face extra-ordinaire aggrave la crise.

Après lui, le déluge ?  Non, l'homme est simplement un clown.

"Le camp du ‘Out’ est en guerre, Boris Johnson se retire de la course au poste de Premier ministre” The Financial Times.

3. Le BREXIT affaibli aussi les perdants.
L’apprenti sorcier libéral qui a déclenché ce référendum caricatural n’assume pas. David Cameron veut d’abord gagner du temps: pas de discussion de sortie avant l’automne. Mais Paris, Bruxelles ou Berlin ne veulent pas attendre.

A gauche, 81% des députés travaillistes votent une motion de défiance contre leur leader Jeremy Corbyn.

4. Sortir de l’Europe a un prix. 
Peu avare en mensonges, Boris Johnson se fend d’une tribune dans la presse pour expliquer que les Britanniques ne perdront aucune libre-circulation des biens, des services et des hommes entre le Royaume Uni et le grand marché européen.

On croit rêver…

L’homme, si préoccupé à attiser la xénophobie pour motiver le plus grand nombre (et les plus fragiles) à voter la sortie, n’avait sans doute pas pris la peine de bien lire les traités: l’Europe n’est pas la passoire que l’on décrit.

5. L’Union européenne attire.
Trop à l’étroit au sein du royaume anglo-saxon, l’Ecosse veut partir.

La première ministre écossaise file à Bruxelles expliquer combien elle souhaite que l’Ecosse se désolidarise du RU et adhère à l’UE. L’intégration européenne, un « élan en faveur de l’indépendance » ? L’extrême droite européenne, dont la nôtre au premier chef, tousse et re-tousse. Bizarrement, nos leaders de droite répondent à cette sortie britannique qu’il faudrait geler tout élargissement supplémentaire.

L’UE s‘affaiblit par ce départ de l’un des plus importants de ses membres, mais elle devrait s’interdire d’en accueillir de nouveaux. Juppé, comme Sarkozy, veut stopper les discussions d’élargissement de l’UE réengagée par l’Allemagne avec la Turquie en début d’année.

6. L’abus référendaire menace. 
Mardi, le favori des sondages présidentiels Alain Juppé prévient: « l’Europe est menacée de dislocation ». Il appelle à une reconstruction institutionnelle et politique avant d’envisager un quelconque référendum ailleurs dans l’Union. Et se fait cinglant à l’encontre de l’un de ses rivaux, Bruno Le Maire qui réclame une consultation populaire: « il y a des moments historiques où les hommes d’Etat ne sont pas faits pour suivre l’opinion. ils sont là pour la guider. » Sur d’autres options bien sûr, Jean-Luc Mélenchon partage la méthodologie: que l’Europe se réforme politiquement, sinon, il faudra sortir.

7. La chimère du libéralisme se dévoile.
Derrière l’Euro-béatitude se cache surtout un libéralisme économique honteux. On l’avait vu lors de la purge libérale imposée à la Grèce l’an dernier. L’UE s’était révélée incapable de solidarité et de protection avec l’un des berceaux de la démocratie. Il s’agissait d’abord de sauver les banques allemandes et françaises, puis de forcer la vente à la découpe des services publics du pays au profit d’entreprises occidentales. Le BREXIT dévoile à nouveau cet égoïsme libéral au grand jour: ce n’est pas tant le départ d’un « membre de la famille » que les conséquences économiques qui inquiètent. Le BREXIT n’a ainsi pas (encore) provoqué d’électro-choc solidaire parmi les 27.

Bien au contraire.

Mardi, le premier ministre polonais suggère l’organisation d’un second référendum britannique pour effacer le précédent. Avec neuf autres pays d’Europe de l’Est, il propose de réduire le poids de la Commission au profit du Conseil et du Parlement européens. François Hollande réclame au contraire le statu quo institutionnel (sic!) et une sortie rapide des Britanniques. La France  est bien isolée sur cette position, avec l’Italie et Chypre. Les autres veulent préserver leur business avec la perfide Albion. Les milieux patronaux britanniques paraissent tétanisés. La livre sterling n’a pas fini de dégringoler.

8. L’Europe n’a plus de pivot. 
La domination allemande est réelle. En son temps, Nicolas Sarkozy avait largement contribué à affaiblir le couple franco-allemand, à forces de girouettes et d’agitations: on se souvient de ses embrassades avec Poutine en début de quinquennat (2007), au grand damn d’Angela Merkel. Puis de son projet d’Union pour la Méditerranée avec tout ce qui comptait à l’époque d’autocrates et de dictateurs (2008), toujours au grand damn d’Angela Merkel. Puis de sa tentative d’entente militaro-économique avec David Cameron (2009).

Pour terminer en seconde moitié de son quinquennat, par des déclarations d’amour à l’emporte-pièce avec sa voisine allemande, comme pour mieux faire oublier son propre échec économique.

9. Hollande est seul, même ailleurs
Depuis 2012, Hollande a joué différemment… pour un résultat aussi dramatique. Moins agité et incohérent, il s’est rapidement plié devant les exigences merkelliennes. Dès septembre 2012, il accepte le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance  au sein de l’UE, et à la virgule près (en échange d’un plan d’investissement européen pluri-annuel qui ne verra jamais le jour). Tout au long du quinquennat, la France s’est tue, couchée, pliée.

A droite, on fustige facilement l’atonie française en Europe. François Hollande n’est pourtant pas atone. Il n’est simplement pas écouté. Merkel n’a pas confiance. L’homme du Pacte irresponsable est aussi celui qui lance des « réformes » sur le code du travail à quelques mois d’une campagne présidentielle; est incapable de convaincre sa propre majorité à force de trahisons. Rendons à Cesar ce qui est à Hollande.

L’actuel président semble enfin réaliser qu’il n’a respecté qu’une promesse de sa campagne de 2012: la charge fiscale, globalement stable sur les quatre premières années de son quinquennat, a été rebasculée sur les foyers aisés au profit des classes modestes (une poignée de milliards de baisse d’impôt sur le revenu), et, surtout, des entreprises (41 milliards de pacte irresponsable depuis 2013)… Pour le reste, le bilan écologique, social, est politique est mauvais. Encore quelques exemples cette semaine, un nouveau bilan de l’association UFC-Que Choisir établit que la désertification médicale s’est encore aggravée depuis 2012: 12 millions de personnes vivent en désert médical. Que fait Marisol Touraine, ministre de la Santé, l’une des rares à pouvoir se targuer d’être en poste depuis 4 années malgré quelques remaniements dramatiques ?  Autre cas symbolique, le désengagement partiel du nucléaire, alors que la filière (EDF, Areva) est proche de la faillite pour cause de mauvaise gestion et de parc vieillissant et hors de prix, le gouvernement a encore reporté son plan de programmation.

Combien sont ceux qui commencent à comprendre que l’intégration européenne quand elle n’est qu’économique vire au désastre politique ?






*There Is No Alternative.