9 juillet 2016

479ème semaine politique: pourquoi Hollande 2017 fera la campagne de Valls 2022



On pourrait encore gloser sur le Brexit, railler nos voisins d'Outre-Manche si empêtrés dans un Brexit dont ils ne mesuraient peut-être pas les conséquences ni le ridicule. 

Restons en France. 

Et régalez-vous.


L'Europe désespérante
Qui a encore envie de la construction européenne ? L'Euro 2016 ne change pas grand chose à la situation. Le gouvernement allemand tente d'imposer un surcroît d'austérité. Il cherche avant-tout à conserver le Royaume-Uni associé à l'UE, malgré le Brexit. Merkel et Hollande se sont fait la bise lors du sommet de l'OTAN le 8 juillet. Et vannés gentiment sur les suites d'un match de foot historique. 

Car jeudi soir, la France s'est qualifiée pour la finale de l'Euro 2016 contre une équipe d'Allemagne pourtant supérieure en maîtrise de l'espace et du jeu. 2-0, le score est imparable. Dans la tribune officielle, Hollande jubile avec raison. Le pays est heureux. "Le modèle allemand n'existe pas non plus en football" jubile Mélenchon: "il n’existe pas d’adversaire invincible pour qui s’efforce de vaincre." Dimanche, finale contre le Portugal, on ne pouvait espérer meilleur résultat dans la morosité ambiante.


Le Brexit continue de s'achever dans le marasme le plus total. C'est au tour de Nigel Farage de lâcher. Le leader-fondateur du parti UKIP estime sa tâche accompli. "Après moi le déluge" semble-t-il expliquer à ses électeurs. "La victoire du leave au référendum signe la fin de mon ambition politique. J’ai pris part à ce combat en quittant le monde des affaires parce que je voulais que nous devenions un pays autonome, pas pour entamer une carrière politique."

Maintenant que le Brexit est voté, et que le Royaume Uni sombre dans le ridicule, les ténors du Brexit s'enfuient un à un.

Une vraie leçon politique.

Plus discrètement, l'ancien président de la Commission européenne José-Manuel Barroso se fait embaucher par la banque Goldman Sachs, celle-là même qui fut accusée d'avoir conseillée la Grèce dans son truquage des comptes à l'aube des années 2000.

En France, le scenario d'une victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire des droites se précise. Celui d'un échec de Hollande à convaincre les abstentionnistes de gauche également.


La victoire programmée de Sarkozy

D'abord, Alain Juppé s'affaisse semaine après semaine dans les sondages: il est finalement concurrencé sur son propre terrain social-libéral par les Le Maire, NKM et autres Geoffroy Didier. Ensuite, l'accumulation de casseroles judiciaires n'affaiblit aucune le socle des fidèles sarko-fans. Cette semaine, Alain Gardere, proche de Nicolas Sarkozy et artisan de sa campagne de réélection, est épinglé par le préfet des Hauts-de-Seine. Il va devoir rendre le 3-pièces HLM à Puteaux qu'une municipalité complaisante lui avait accordé. L'homme est multi-propriétaire (sic!), et, par ailleurs, déjà mis en examen depuis janvier pour "corruption passive", "prise illégale d’intérêts", "recel d’abus de biens sociaux" et "détournement de fonds publics". La République irréprochable...

De surcroît, Nicolas Sarkozy tient si bien le parti LR qu'il a fait adopter son propre programme comme la ligne officielle pour la prochaine présidentielle. On sait que les partis gaullistes ne sont que des mouvements godillots. Mais tout de même, l'ancien monarque peut désormais s'affirmer encore davantage comme comme l'unique candidat légitime: légitime de par son expérience; légitime de par son programme déjà "validé".

Enfin, Sarko laboure le terrain politique aussi fréquemment que Juppé reste discret et avare en manifestations publiques. Quand Sarko dédicace à tour de bras son livre-confessions à des fans sextagénaires décolorées dans tous les supermarchés de France, Juppé multiplie les micro-bouquins thématiques pour tenter de convaincre large. Cette semaine, le voici qu'il sort un ouvrage sur la culture. Sans surprise, sa première attaque est contre Hollande. Il se trompe de combat.

Comme Balladur en 1995, Juppé fait déjà une campagne de second tour alors qu'il n'a même pas franchi l'étape du premier, en l'occurrence des primaires.

Officiellement, la chute sondagière du mentor de la droite était attendue par ses plus fidèles soutiens. Pourtant, d'autres confient leur inquiétude au Canard Enchaîné de la semaine (qui fête son centenaire).

En novembre 2014 nous expliquions déjà dans ces colonnes pourquoi Juppé allait perdre: son positionnement politique est encombré; il laboure peu les terres militantes à droite; et il n'a jamais gagné une élection difficile. Même en Aquitaine, il a été incapable d'un soutien efficace à sa protégée Virginie Calmels lors des élections régionales de décembre dernier, dans un contexte pourtant très favorable à la droite. Calmels a perdu, Juppé s'est tu.

François Bayrou se tient "prêt". Il soutient Juppé mais il sent que le vent a tourné. Et jamais il ne soutiendra Sarkozy.

Le duel, donc, sera Sarkozy versus Le Pen. Pour un duel Sarko/Le Pen, Même l'auteur de ses lignes risque pourtant de s'abstenir. A gauche, Hollande croit en sa bonne étoile, c'est-à-dire sa capacité à mobiliser malgré lui celles et ceux qui ne voudraient pas d'un retour de Sarkozy.

Funeste erreur.

En 2017, Juppé ou Sarkozy ? La droite passera. 


Hollande, seul
Cette semaine, Hollande a rendu hommage à Michel Rocard, décédé dans la semaine. Le mentor de la seconde gauche, égaré dans les franges sarkozystes à force de vouloir éteindre la première gauche mitterrandienne qui lui avait fermé les portes de l'Elysée, a inspiré Valls, Fouks et Bauer. Hollande file ensuite à Arles, pour des Rencontres photographiques où la sécurité, risque d'attentat oblige, est comme à chaque fois hors normes. Les médias sont ultra-filtrés, Hollande parvient même au stand Hara-Kiri, pour la photo. Ces images ultra-maîtrisées nous rappellent celles d'un autre quinquennat inutile.

Il y a fort à parier que le programme du futur candidat Hollande risque fort de paraître si similaire à celui du Sarkozy de 2007 qu'il serait désespérant de considérer utile que de se mobiliser une nouvelle fois par défaut.

Il s'agit donc de reconstruire une alternative solidaire. Et donc de lutter contre un hold-up qui ne dit pas son nom. L'adversaire a plusieurs visages, mais l'un d'entre eux se dégage très nettement.

Manuel Valls a démissionné de la gauche, il est simplement temps de lui signifier. Il cherche à fracturer la gauche, il est temps de l'en exclure.

La rumeur d'une réelle démission a couru cette semaine après un faux grossier publié sur Internet. Non, Valls n'a pas démissionné institutionnellement. L'homme reste premier ministre malgré son dernier passage en force et contre tout respect de la parole donnée en 2012. Mais il a démissionné de la gauche politique. Seul le contingent d'électeurs désemparés l'intéresse encore. Il s'agit donc d'aider Valls et consorts à clarifier encore davantage leur programme politique. Qu'ils avancent à visage découvert et cul nu devant les électeurs l'an prochain.

Mardi, la loi El-Khomri revient à l'Assemblée nationale. On espère en vain le succès d'une motion de censure. Encore raté ! Mais il manque encore deux voix aux frondeurs et autres opposants du parlement pour dépasser le seuil fatidique des 58 votes qualifiant au dépôt de la censure. Sur les réseaux sociaux, ça raille. En réalité, une quarantaine de députés socialistes viennent de prendre le risque d'être exclus en bonne et due forme de tout soutien aux prochaines élections par leur propre parti retenu en otage par une direction dévoyée: "le PS a voté le principe de sanction à l’égard des députés socialistes qui la proposeraient" a confirmé Yann Galut, député socialiste mi-frondeur mi-trouillard.

Dans les rues, des filtrations inédites par leur ampleur sont déployées tout au long du parcours de la dernière manifestation de la saison pour décourager les opposants persévérants. Et les journalistes télévisuels répètent à l'envie que le "mouvement de contestation s'essouffle". Que dire alors du camp "majoritaire" qui est obligé, encore une fois, et malgré une majorité des plus absolues à l'Assemblée , de passer en force par l'utilisation du 49-3 ?

Valls et la novlangue
Répétons pour être sûrs d'être compris: le gouvernement Valls dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée, et pourtant, il passe en force. Pire, sans débat sur le plus grave de ses articles, le fameux article 2 que d'aucuns dans la presse officielle se sont échinés à démontrer qu'il n'avait rien de novateur (et pour cause ! Le premier recul date de ... l'ère Fillon/Sarkozy !).
"Le seul endroit de ce pays où l’article 2 de la loi, qui concentre tout le problème du renversement de la hiérarchie des normes, n’a pas été débattu est l’Assemblée nationale." Jean-Luc Mélenchon, 8 juillet 2016
Quand il n'est pas hué dans les rues, Valls répète sur les ondes qu'il "assume". La formule masque ce dont on parle: assume-t-il le revirement, la trahison, la traitrise ? Assume-t-il un neo-libéralisme récemment fustigé dans un brillant éditorial du Guardian britannique ?

Jamais la loi El-Khomri, ni dans ses principes ni a fortiori dans son texte a-t-elle été mentionnée ou promise par le candidat Hollande de 2012. On espère donc que l'actuel président aura le courage de placer en tête de gondole de son programme de réélection la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité pour les terroristes, un second pacte d’exonérations de cotisations sociales sans contrepartie en matière d’embauches, l'extension à 65 ans de l’âge minimal de départ à la retraite, ou le maintien en l'état du parc nucléaire français. En d'autres termes, Hollande doit faire campagne en 2017 sur le programme de Valls en 2022.

Au moins serons-nous fixés, rapidement, de l'importance des soutiens à ce revirement stratégique douloureux.

Il y a des moments dans l'Histoire où il faut assumer non pas de s'être trompé, ni même d'avoir échoué, mais simplement d'avoir changé, voire trahi. 

Ami socialiste, choisis ton camp.


Bonnes vacances...

3 commentaires:

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  3. Le petit livre sur la culture de Juppé nous avait échappé! Du grand n'importe quoi, niveau com'
    Quant aux "fans sextagénaires" de Sarkozy dans les supermarchés, on touche le fond. Le PS est une calamité. La droite s'avère manifestement à la hauteur de cette médiocrité.
    Quant à Bayrou pro-Juppé, on imagine déjà les promesses de maroquins. La politique à papa.

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