27 août 2016

486ème semaine politique: La burkinisation du débat politique français

 

Le premier fait campagne, le second vient de se déclarer candidat. Donald Trump tente de rattraper son retard sondagier, Nicolas Sarkozy a confirmé un secret de Polichinelle, sa candidature à la prochaine présidentielle. A bien des égards, les deux sont des jumeaux, des inquiétants symptômes d'une période démocratique malade. L'affaire du Burkini, cette combinaison qui met en valeur les formes mais cache la chair, ridiculise la France, affaiblit la démocratie et échauffe les esprits.

On a les hommes (et femmes) et les débats politiques que l'on mérite.


Le virus 
La campagne présidentielle est un virus, un concours d'ego qui se marrie à merveille avec l'hystérisation médiatique 2.0 dont souffre le monde aujourd'hui.

Lundi 22 août, Nicolas Sarkozy annonce d'un court message électronique sa candidature à l'élection présidentielle. Il zappe la primaire de son propre parti, dont il était encore président. Sarko est comme cela. Les règles sont surtout pour les autres. Sa déclaration est simple, elle pointe vers un énième livre, dont le titre est donc un slogan de campagne: "tout pour la France". Le tweet qui accompagne cette annonce mérite plus d'un détour: "ce livre est un point de départ", écrit-il faussement sobre.


Ce livre est un point d'arrivée, l'aveu d'un énième mensonge quand l'ex-Président des Riches, licencié par les Français, déclarait au soir du 6 mai 2012 qu'il abandonnait la politique.

La candidature de Nicolas Sarkozy est une non-nouvelle, une fausse information. Elle génère une fatigue immense, et un immense soulagement. Tout a déjà été écrit. On connait le bonhomme. Lui seul ne sait pas que son bilan est un boulet. Malgré l'âge, Nicolas Sarkozy reste aussi agité qu'il regorge de promesses. Sa campagne 2017 singe celle de 2007: il "veut", il "promet", il "assure". Et il fait rire aussi. Comme lorsqu'il explique: "On m'a fait beaucoup de reproches mais pas de mentir". Il a déjà oublié l'abécédaire de tous ses mensonges du précédent quinquennat, une liste interminable de promesses non te,ues et autres fausses déclarations. Sarkozy en campagne, c'est Noël tous les jours, même l'été sous temps de canicule. Ainsi, explique-t-il, les impôts baisseront dès l'été 2017, les charges sociales seront supprimées sur les emplois familiaux, l'imposition des successions "jusqu'à 400 000 euros" supprimées également. Et Sarkozy promet le rétablissement du service militaire pour les jeunes sans emploi ni formation. La conscription pour les pauvres et les exclus, on n'y avait pas pensé !

Sarko en campagne, c'est d'abord un spectacle. Il attire la lumière par son comportement, pas par ses idées. C'est une bête de scène, un clown aussi vulgaire que l'époque. Aux Etats-Unis, Trump fait aussi le show. Un éditorialiste, ancien du New-York Times, lui promet victoire contre la terne Hillary Clinton. Car Trump incarne l'époque, un temps où la trash-TV - les Kardashians, "Real Housewives of Orange County", "Naked and Afraid." et autre Survivor - attire des millions de voyeuristes du petit écran. Trump est un homme de son temps, aussi vulgaire, bling-bling, violent, imprécis et dangereux que son temps.

Sarkozy est notre Trump national. Marié 3 fois, Bling-Bling décomplexé, cycliste du dimanche sur les hauteurs d'un voisinage de milliardaires dans le Sud, volontairement outrancier dans son expression, il tente d'incarner une époque appauvrie.

Comme Trump, Sarkozy peut gagner.

Le candidat des Riches est de retour. Il est toujours furibard, buissonnien, "identitaire" comme aux pires heures de 2011-2012. Il promet de supprimer le regroupement familial "tant que l'Europe n'aura pas de vraies frontières". Rares sont ceux qui relèvent cette grossièreté. L'Europe n'aurait plus de frontières, ben voyons ! Les dizaines de milliers de clandestins morts noyés de peur d'échapper au contrôles aux frontières ne comptent sans doute pas pour l'ancien monarque.

Ses slogans de bistrot sont ignobles.

Sur Instagram, Carla Bruni s'écrit "Aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe."

Elle peut.

A gauche, le virus présidentiel frappe encore. L'épidémie emporte Arnaud Montebourg. L'ancien ministre du Redressement productif de 2012 devenu directeur chez Habitat rejoint la cohorte des Duflot, Hamon, Macron et autres prétendants à l'Eurovision de la Vème République. Dans les colonnes de Libération, Duflot explique qu'il faut bien se porter candidat puisque les électeurs de Hollande ne se déplacent plus.

Cette comédie du pouvoir peut donner quelque chose, puisque Hollande a accepté de s'y plier. Mais la Présidentielle, aux Etats-Unis comme en France, apparaît comme un piège pour la démocratie.

Jeu de cons
Cette semaine, nous, Français, pouvions surtout avoir honte.

Immensément honte.

Une succession de clichés pris à Nice tétanise le simple citoyen. On y voit quatre policiers municipaux s'approcher d'une femme voilée qui dormait, ou semblait dormir, sur une plage de galets de la ville au milieu des plagistes. Et elle d'obtempérer et de retirer son voile devant ses voisins dénudés.

La honte pouvait être grande. Cette femme, allongée et ostensiblement voilée au milieu de plagistes à moitié nus, quelques jours après une interdiction municipale ostensiblement médiatisée, jouait évidemment d'une provocation facile. Ces quatre policiers tombent dans le piège. Cette poignée de clichés fera le tour du monde islamiste comme l'une des meilleures (fausses) preuves de l'oppression que subiraient les musulmans en France. C'est un jeu de cons, une tragédie politique, une bêtise sans nom.

L'interdiction elle-même d'une tenue qui par ailleurs révolte les salafistes et autres islamistes suscite le malaise. La verbalisation d'une musulmane sur la plage achève le débat. Et la prochaine fois, que fait-on ? Quelle sera la prochaine outrance ? La France pays des droits de l'homme est moquée, raillée, rabaissée. "Après l'interdiction du voile intégral, des foulards dans les écoles et les règles concernant la longueur de la jupe des élèves, l'éternel problème de la France avec la tenue vestimentaire des femmes musulmanes a pris son tournant le plus burlesque avec une nouvelle controverse sur le "'burkini'" écrit le New-York Times.

Une certaine gauche hurle si fort à la discrimination qu'elle en vient à justifier la provocation  de ces exhibitions voilées impromptues. Le burkini n'est pas une tenue comme une autre, faudrait-il le rappeler ? Un responsable socialiste des Alpes Maritimes trouve les mots justes quand il dénonce les "dérives intégristes" mais aussi les outrances sécuritaires. L'ancien ministre Pierre Joxe complète: "la laïcité agressive de certains envers l'islam correspond à un racisme déguisé."

La droite furibarde hurle à l'inverse. Nicolas Sarkozy réclame une loi d'interdiction du burkini, sans rire, ni honte. Jean-François Copé le suit de peu. La burkinisation du débat politique français est en marche. Toujours à Nice, la police municipale fait de l'excès de zèle: jeudi, elle extirpe d'une piscine municipale une femme vêtue d'un paréo. A quand le nudisme obligatoire ?

Montrez vos chairs, mesdames, sinon on risque de vous suspecter d'islamisme ! "Cette affaire est littéralement grotesque, le débat est surréaliste" explique Clémentine Autain. Trump aux Etats-Unis, Sarkozy en France, le spectacle politique a les clowns que l'on mérite.

Grotesque, cette saga n'en finit plus.

Vendredi, le Conseil d'Etat, au nom du peuple français, met un terme provisoire à ces interdictions municipales. C'est sans compter Manuel Valls. On attend d’un premier ministre du fond et de l’apaisement. Mais Valls n’est sans doute pas premier ministre. Aussitôt la décision connue, il décide de "relancer" la ba-balle estivale. "Cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat" écrit-il sur sa page Facebook dès vendredi au soir. Idiot utile du retour du sarkozysme, Manuel Valls épuise.



Ami(e) citoyen(e), ne tombe pas dans ces pièges.



20 août 2016

485ème semaine politique: ce qu'il ne faudrait plus faire en politique.



Le président va au Vatican embrasser la main du pape. Il parait qu'il y a des arrières-pensées, s'indigne le Figaro. L'ex-Pravda de Sarkofrance avait l'indignation rare quand Sarkozy officiait à l'Elysée.

La presse se régale surtout des "révélations" de l'un de ces livres politiques de rentrée à propos de François Hollande: le président s'est confié 32 fois en quelques mois à deux journalistes avides de micro-scoops et fausses nouvelles. Ce n'est plus une opération de com' de plus, c'est un bombardement de la dernière chance. Ses plus proches soutiens sont tétanisés par cette énième gaffe. Hollande évoque sa méfiance à l'encontre de Bolloré, sa relation avec Julie Gayet, son "manque de bol" avec le chômage, ses hésitations et autres troubles élyséens. Il y en a pour tout le monde, Closer, Ozap, Le Point et consorts.  

Finalement, l'exercice pète à la figure du locataire de l'Elysée: Hollande parait si commentateur de sa propre aventure, si éloigné de l'action, si spectateur de son mandat, qu'on en oublierait qu'il est pourtant président.

Cet exercice de vraie-fausse transparence a tout du fiasco. Comme souvent, il n' y a que le principal intéressé à ne pas le réaliser.

Son jeune préféré, Emmanuel Macron, se montre au spectacle du Puy-du-Fou. Il avoue n'être "pas socialiste", qui en doutait ? Il loue le seigneur des lieux, "un entrepreneur culturel", le vicomte Philippe de Villiers.
"L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste." Emmanuel Macron.
Qui peut penser que cela intéresse l'électrice ou l'électeur ? Côté écologiste, Cécile Duflot publie une longue profession de foi pour expliquer sa nécessité personnelle à se porter candidate à la primaire des ... écologistes.  

On croit rêver.

De l'autre côté de l'échiquier, la parole publique ne se porte pas mieux. Dans quelques jours, le plus grand des menteurs, sauveur de pacotille, aka Nicolas Sarkozy, annoncera sa fausse surprise de candidature dans l'un des fiefs estivaux de son rival Jean-François Copé. Ce dernier l'a mauvaise: "Cela fait dix ans que je fais ma rentrée politique à Châteaurenard, donc c'est vrai que lorsque j'ai vu que Nicolas Sarkozy faisait son lancement de candidature à Châteaurenard, j'ai trouvé cela assez cocasse." Eric Woerth, l'ancien ministre du budget de Sarkozy dont l'épouse était conseillère financière de l'une des plus grandes exilées fiscales du pays jusqu'en 2010, annonce son soutien à son ancien monarque. L'assisté électoral Laurent Wauquiez trépigne et espère mettre la main sur la présidence intérimaire des Républicains.

La politique française se meurt, n'est-ce pas ?

On s'écharpe aussi  encore sur cette interdiction de Burkini sur quelques plages françaises. La mesure adoptée par une poignée de municipalités de droite, confortée par la Justice, doit concerner quelques dizaines de provocatrices sur le territoire, mais la France a l'indignation facile. Donc elle s'indigne. Elle râle, elle éructe.

Où est passé la démocratie ?

L'Amérique nous donne un sacré mauvais exemple de conséquences de ces éructations à répétition. Ces dernières ont propulsé Trump en tête du camp républicain. Sa campagne est un chemin de croix pour la démocratie américaine, une descente aux enfers du ridicule. L'Oncle Sam devient un clown haineux sous nos yeux. A onze semaines du résultat, Donald Trump vire son équipe de campagne, et balance son premier spot télévisuel, anxiogène à souhaits, tandis que sa rivale a déjà englouti une cinquantaine de millions de dollars publicitaires. Ses slogans sont primaires, ses accusations outrancières (comme lorsqu'il accuse Clinton de vouloir laisser déferler des "hordes de réfugiés syriens" ou de "faire venir des immigrés criminels").

Trump est une honte collective.Cela ne vous rappelle rien ?

En France, comme en Amérique, les vrais sujets sont pourtant aisément identifiables. Ils sont difficiles, ardus, complexes, parfois sans solution immédiate.

Ils méritent de l'effort.

Ainsi des conditions du travail aujourd'hui. L'INSEE voit la courbe du chômage enfin s'inverser. Mais pourquoi survolé ainsi un sujet au cœur des préoccupations ? Le chômage n'a droit qu'un traitement sans intérêt. Il n'est plus qu'un débat statistique, personne n'ose ni ne veut en raconter la réalité, celle du travail partiel contraint, la hausse des découragés du marché de l'emploi, ou la transformation du salariat en auto-entrepreneuriat précarisé. La profonde chute du chômage dans des pays voisins s'est accompagnée d'une hausse du travail précaire. Mais relater les conditions du travail d'aujourd'hui n'intéresse pas.

Le débat démocratique est mal en point: une République se gouverne sur le compromis et l'analyse. L'accélération du temps médiatique et l'incapacité collective à calmer l'hystérisation du débat public empêchent tout progrès. Comment le débat est-il encore possible quand nos responsables de tous bords présentent chaque problème comme une question de duel à mort ? Comment est-il possible quand on fait croire que la politique résout tous les problèmes.

Politique, année zéro ?


13 août 2016

484ème semaine politique: Sarkozy, le candidat d'outre-tombe.

Crédit

Nicolas Sarkozy est candidat, qui en doutait ? Mais c'est un homme rancunier, hargneux, et plus cynique que jamais qui revient pour l'emporter contre un Hollande défait. 


Oublier 2012
Le président par défaut des Républicains pensait à un parcours de santé, une promenade faciule vers un quasi-plébiscite à l'UMP transformée en Parti Républicain pour mieux laver son linge sale de ces affaires de corruptions et autres fausses facturations à la Bygmalion. Nicolas Sarkozy a trahi ses propres déclarations d'un soir du 6 mai 2012. Car à l'époque, il avait fallu attendre et craindre que "les courbes" ne se croisent, et que l'ancien monarque ne dépasse l'improbable François propulsé hérault de l'antisarkozysme dans les urnes du 6 mai; Il n'en fut rien et Sarkozy fut contraint d'avaler sa défaite et prononcer son échec devant quelques centaines de fans en larmes. 

La Firme, ce groupe de fidèles qui entourait l'ancien monarque depuis la campagne victorieuse de 2007, cette entreprise de démolition nationale était-elle enfin en faillite ?
"C'était la joie. Elle est toujours très forte, très grave, quand on gagne une élection. Nicolas Sarkozy avait été défait, hier soir. Sarkofrance va changer. La Sarkofrance allait disparaître. La droite pouvait renaître, mais il fallait licencier Nicolas Sarkozy ce soir."
Au soir du 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy prononça un discours d'abandon que nous pouvions prendre au premier degré. La différence entre Jospin, disqualifié dès le premier tour d'une présidentielle ratée en 2002, et Sarkozy, licencié au sortir d'une autre présidentielle cette fois-ci ignoble, est que le premier tint parole quand il expliqua se retirer de la politique. Le second, une fois de plus, mentit.

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy livra donc un autre mensonge, plus fort, plus dingue encore que les précédents.
« Ma place ne pourra plus être la même. Après 35 ans de mandat politique... Après 10 ans, ... cela fait 10 ans que chaque seconde, je vis aux plus hautes responsabilités au niveau gouvernemental... ça fait 10 ans! Après 5 ans à la tête de l'Etat... mon engagement dans la vie de mon pays sera désormais différent... (...). Et au moment où je m'apprête à redevenir un Français parmi les Français... Plus que jamais, j'ai l'amour de notre pays... et je vais vous dire une chose... que je vous demande de retenir et de bien comprendre, jamais, mes chers compatriotes, je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m'avez donné. Vous m'avez tellement donné.»
Moins de deux ans après cette déclaration d'amour et de départ, Nicolas Sarkozy se faisait réélire président d'un parti discrédité par des affaires de fausse factures avec 60% des suffrages et 50% d'abstention.

Amnésie 2017
Deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy est évidemment candidat. Et comme début 2012, alors qu'il multipliait déjà les meetings électoraux sans oser l'avouer, Nicolas Sarkozy ne l'avoue toujours pas. Que se passera-t-il d'ici ces derniers jours d'août qui puisse empêcher Sarkozy de confier ses réelles intentions ? Rien. Pouvons-nous imaginer qu'il puisse encore changer d'avis ? Non. Est-il dans une retraite médiatique, ou une abstinence de communication qui le contraigne à rester silencieux ? Non, Sarkozy multiplie les interventions sans jamais avouer ses intentions. Il est même allé confié son ambition pour une nouvelle émission politique diffusée sur M6 à la rentrée, quelle hypocrisie.


Cette semaine, le voici dans Valeurs Actuelles. Pour justifier son retour, il explique avoir un "lien particulier avec les Français." Son ancien conseiller élyséen Maxime Tandonnet, comme l'extrême droite toute entière, moque ce narcissisme anachronique dans les colonnes du Figaro.  La place serait déjà prise !

Comme après l'attentat de Nice, Sarkozy commet l'irréparable, Sarkozy enfonce quelques digues qui distinguent la démocratie de l'arbitraire, la République des autocraties, et les grands hommes des petits. "L’Etat de droit, par exemple, n’a rien à voir avec les Tables de la Loi de Moïse, gravées sur le mont Sinaï. Qu’y a-t-il de plus évolutif que le droit?"

Qu’y a-t-il de plus évolutif que Nicolas Sarkozy ?


Nos voisins britanniques, si souvent raillés depuis le Brexit, ont leur Habeas Corpus. Le concept même d'un droit des personnes fluctuant dans ses fondements met en péril la démocratie. Et Sarkozy fait mine de ne pas le savoir pour mieux capter une frange furibarde de l'électorat. Et lui-même n'a cessé de tourner, de girouettes en revirements au gré de ses propres aléas politiques.

Ensuite, Sarkozy relance le débat sur le droit du sol. Certains osent clamer, et croire, que cette bêtise a un quelconque rapport avec la guerre actuelle contre Daech. Mais pouvons-nous poser une bonne fois pour toute la question:  

En quoi la nationalité des terroristes a-t-elle facilité ou provoqué les attentats qui ont fait près de 250 morts depuis 2012 ? 

Les tueurs étaient français, ou étrangers; résidents en France, ou ailleurs; autorisés de séjour, ou interdits de séjour; surveillés par les services de renseignement, ou pas. Ce débat est une gigantesque diversion, une belle arnaque politique. Mais qu'importe ! Sarkozy répète avec une précision admirable les pires bêtises de l'extrême droite. Sarkozy "sent" la "République suffoquer". Avec lui, l'air devient irresponsable.

L'échec collectif
Il incarne l'échec de 2012 à triple titre: primo, François Hollande n'est pas parvenu à le faire oublier ni à empêcher son retour. Sa politique est en échec, à droite comme à gauche.

Secundo, la droite républicaine n'est pas parvenue à se doter d'un leader digne d'un régime aussi menacé. Ni à recouvrer un semblant de raison républicaine. Alain Juppé patine et inquiète. Sarkozy talonne Marine Le Pen et s'engouffre avec gourmandise dans la moindre surenchère. A Cannes, la mairie refuse les signes d'appartenance religieuse. On attend, ou pas, l'inévitable réaction de Sarko.

Tertio, la justice tarde à envoyer cet homme d'argent dans une salle d'audiences pour qu'il soit enfin confronté à ses accusateurs et, last but not least, les incroyables accusations de corruption qui pèsent sur lui. Sarkozy a déjà été convaincu de fraude au financement électoral. Mais cela ne suffit. Un président social-libéral qui tourne le dos à ses promesses, une droite politique incapable de renouveau, une justice qui traine, bienvenue en Sarkofrance !

Le retour de Nicolas Sarkozy n'est pas la seule anomalie démocratique de la période, loin s'en faut. Une minorité de nos voisins britanniques ont voté une sortie de l'Union européenne sur les bases d'une abstention suffisamment forte, des arguments suffisamment xénophobes portés par des leaders immédiatement démissionnaires une fois leur victoire obtenue. Aux Etats-Unis, Donald Trump capte la rage d'une classe moyenne blanche, inquiète et raciste, à coup de blagues douteuses, de mensonges incroyables et d'appel à la haine surréalistes à ce stade de la compétition présidentielle américaine.

Face à Sarkozy, un autre candidat non-déclaré se tâte.

Hollande attend janvier, ou décembre. Et qu'importe.

Il doit justifier l'accueil de sa fille Flora par quelques représentants de la République. Une droite s'emballe, oublieuse des voyages en jets républicains de François Fillon, de la CB élyséenne de Cécilia Sarkozy, ou des détournements de la Fondation Carla Bruni. Hollande se tâte mais Valls piétine. Le premier ministre tacle Christiane Taubira, laquelle le renvoie dans sa petitesse. Un autre piaffe d'impatience, Emmanuel Macron fait publier un énième publi-reportage dans Paris Match.

Hollande se tâte car la France ne va pas mieux. La croissance est finalement quasi-inexistante, le pari libéral du gouvernement depuis 3 ans est un échec.

Qui pour déradicaliser le Parti socialiste ?




6 août 2016

483ème semaine politique: le jour où la France sera "Trumpée" à son tour.

 

La campagne présidentielle américaine bat enfin son plein. Après l'improbable BREXIT britannique, voici une seconde démocratie occidentale de subir les affres d'un populisme xénophobe et inconsistant. Il a un nom, Donald Trump. Et la France n'a aucune leçon à donner.

Aux Etats-Unis, la campagne présidentielle américaine qui s'accélère livre quelques exemples du désastre politique qui menace la France: un choix politique confisqué par un système fatigué, des médias sur-favorables à un bipartisme sclérosant, et un populiste d'extrême droite (et millionnaire) qui aggrège rage et mensonges sans programme ni cohérence.



Rappelez-vous 2008
En 2008, la victoire d'Obama, 18 mois après celle de Nicolas Sarkozy, avait jeté un trouble en Sarkofrance. La quasi-totalité de la classe politique française, Sarkozy compris, avait tenté de récupérer le phénomène depuis des mois. Mais le contraste avec la France, président compris, était pourtant saisissant. Sarkozy était agité, "bling-bling", violent et sans classe, quand Obama affichait calme, détermination, modestie et charisme naturel. Quand Sarkozy cherchait encore des boucs-émissaires pour expliquer les difficultés du pays - fraudeurs, chômeurs, pré-retraités, traders, "assistés" de la Sécu, étudiants, et immigrés, Obama avait lancé son fameux "Yes we can", adossé à un discours mobilisateur, positif. Il incarnait l'espoir, un univers des possibles incroyable dans un pays tout juste traumatisé par la crise des subprimes, l'effondrement de son économie, et les inégalités. Sarkozy ne s'est y pas trompé. A l'époque, il a très vite boudé, jalousé, taclé le nouvel élu d'Outre-Atlantique.

Huit ans plus tard, Nicolas Sarkozy a été viré de l'Elysée, mais compte bien revenir. Hollande frémit déjà à l'idée de concourir à sa propre réélection, et Obama quitte la Maison Blanche au sommet de sa popularité. Il laisse  l'Amérique avec moins de chômage (900 000 emplois créés), une meilleure sécurité sociale (l'ObamaCare), un déficit réduit, et un système bancaire restauré. Mais la pauvreté a explosé, et le nombre d'exclus de l'emploi également. Là l'on attendait d'Obama (comme de Hollande en France d'ailleurs) davantage de protection pour les lanceurs d'alerte, il a été intraitable avec Edward Snowden.

Obama a sorti l'Amérique de son "bushisme" interventionniste à l'étranger, mais n'a pas renoncé au Patriot Act au nom de la guerre contre le terrorisme. Il a contribué à l'accord sur le nucléaire avec l'Iran, mais il a refusé d'intervenir en Libye en 2011, où la (Sarko)France et le Royaume Uni ont laissé le pays en ruine et les factions islamistes prospérer, ni en Syrie en 2013, laissant la situation pourrir et l'Etat islamiste se développer.

Le bilan d'Obama est mitigé, les débatteurs américains se déchirent dessus. En fait, depuis 2008, les Républicains, du Tea Party des années 2008-2012 au Trumpisme de 2015-2016, avec le concours de quelques médias conservateurs surpuissants, n'ont cessé d'instruire un procès permanent en illégitimité contre Obama. Vendredi, d'excellentes nouvelles viennent sur le front de l'emploi, 225 000 "jobs" créés en juillet, une poussée "surprise" qui démonte les mauvais arguments des fans de Trump.

Trumpshitude
Obama s'en va, et dans 100 jours, le nom du prochain président américain sera connu. Mais la campagne fait des ravages. Loin de soulever les foules, les rivaux Trump et Clinton peinent à rassembler au-delà de leur noyau dur: "pour qui voter contre ? " semble être la question que se pose nombre d'Américains pour le scrutin du 8 novembre prochain.
 
Lundi, le candidat officiel du Parti Républicain démarre sa campagne avec des arguments totalement lunaires. Il fustige violemment une famille musulmane qui était venue témoigner sur l'estrade de la Convention démocrate son attachement à l'Amérique après la mort au combat de leur fils soldat. Deux ténors du Parti républicain le désavouent aussi sec.

Trump répète ensuite, deux jours durant, un mensonge si énorme qu'il est contraint d'avouer son erreur par un tweet discret. Le prétendant à la Maison Blanche prétendait avoir vue une video figurant un transfert de cash des Etats-Unis vers l'Iran.

C'était faux et archi-faux. 

Aux Etats-Unis, la sanction est rapide, elle est sondagière. Trump s'effondre dans les sondages en quelques jours. Rien n'est joué, mais ses outrances, habituelles pour qui le suit depuis un an, finissent par lui couter.  Vendredi, la nouvelle qu'il a recours à l'agence marketing qui aurait fait le succès du BREIXIT tant elle serait efficace pour cibler les électeurs fait fureur.

Trump est parvenu à capter une certaine rage, un franc mécontentement. Qu'importe son programme, il n'en a pas. Il faut écouter ses supporteurs, qui ont libre antenne sur Fox News et quelques autres médias, pour s'en convaincre. C'est une haine du système, une peur du monde qui mobilise autour de Trump.

Et en France ?

La Trumpisation française
Il parait qu'il "piaffe" d'entrer en campagne. Sans doute que la compétition américaine qui bat son plein lui donne quelques motivations. Les joutes électorales sont les moments préférées de nos figures nationales. Sarkozy ou Hollande n'aiment rien d'autres que de concourir. La gestion du pays les ennuie. L'électeur pourrait s'en souvenir.

François Hollande est plus discret et réservé que Nicolas Sarkozy. Donc la presse se donne à cœur joie dans l'interprétation de signaux faibles et autres analyses du langage corporel de notre président. Hollande est en pré-campagne, le secret est de Polichinelle. Qu'il s'impatiente est sans surprise. Les sondages contraires ne le découragent pas.

Malheureusement. Hollande part peu en vacances.
"Hollande a fait tous les matchs de l’équipe de France pendant l’Euro et il n’y a pas eu un seul sifflet, donc il n’est pas mort." Patrick Kanner, ministre des Sports.
Son ministre de l'intérieur se félicite du blocage à la frontière de 200 réfugiés: "Sécurisat° des : renvoi immédiat vers l'Italie de 200 présents à la frontière franco-italienne" peut-on lire dans l'affreux tweet .

Quelle gloire... A l'Elysée ou à Matignon, on stresse. A Lille, la grande braderie est annulée. A Charleroi, un homme attaque à la machette deux policières aux cris de "Allahu Akbar". A Paris, on arrête un Afghan, que l'on relâche ensuite, sur des soupçons de menaces d'attentats. A Paris encore, on envoie les forces de l'ordre déloger des cathos traditionalistes. A Marseille, une association musulmane loue une piscine pour s'organiser une soirée en piscine avec voile et burquini. Scandale et stress à nouveau. La démarche a tout pour déplaire, elle est simplement déplaisante.

Juste avant de partir en vacances de millionnaire au Cap Nègre, Nicolas Sarkozy s'égare dans une interview au Point où il assume la "théorie du grand remplacement" si chère aux nazis français.

La France a son Trump, il s'appelle Marine Le Pen. La blonde présidente du FN n'a pas la mèche flamboyante du millionnaire américain. Mais elle prospère sur les mêmes délires anxiogènes. La comparaison ne date pas d'hier.

Elle reste simplement terrifiante.



Le jour où la France sera Trumpée approche. 

Ami(e) citoyen(ne), prépare-toi.