6 août 2016

483ème semaine politique: le jour où la France sera "Trumpée" à son tour.

 

La campagne présidentielle américaine bat enfin son plein. Après l'improbable BREXIT britannique, voici une seconde démocratie occidentale de subir les affres d'un populisme xénophobe et inconsistant. Il a un nom, Donald Trump. Et la France n'a aucune leçon à donner.

Aux Etats-Unis, la campagne présidentielle américaine qui s'accélère livre quelques exemples du désastre politique qui menace la France: un choix politique confisqué par un système fatigué, des médias sur-favorables à un bipartisme sclérosant, et un populiste d'extrême droite (et millionnaire) qui aggrège rage et mensonges sans programme ni cohérence.



Rappelez-vous 2008
En 2008, la victoire d'Obama, 18 mois après celle de Nicolas Sarkozy, avait jeté un trouble en Sarkofrance. La quasi-totalité de la classe politique française, Sarkozy compris, avait tenté de récupérer le phénomène depuis des mois. Mais le contraste avec la France, président compris, était pourtant saisissant. Sarkozy était agité, "bling-bling", violent et sans classe, quand Obama affichait calme, détermination, modestie et charisme naturel. Quand Sarkozy cherchait encore des boucs-émissaires pour expliquer les difficultés du pays - fraudeurs, chômeurs, pré-retraités, traders, "assistés" de la Sécu, étudiants, et immigrés, Obama avait lancé son fameux "Yes we can", adossé à un discours mobilisateur, positif. Il incarnait l'espoir, un univers des possibles incroyable dans un pays tout juste traumatisé par la crise des subprimes, l'effondrement de son économie, et les inégalités. Sarkozy ne s'est y pas trompé. A l'époque, il a très vite boudé, jalousé, taclé le nouvel élu d'Outre-Atlantique.

Huit ans plus tard, Nicolas Sarkozy a été viré de l'Elysée, mais compte bien revenir. Hollande frémit déjà à l'idée de concourir à sa propre réélection, et Obama quitte la Maison Blanche au sommet de sa popularité. Il laisse  l'Amérique avec moins de chômage (900 000 emplois créés), une meilleure sécurité sociale (l'ObamaCare), un déficit réduit, et un système bancaire restauré. Mais la pauvreté a explosé, et le nombre d'exclus de l'emploi également. Là l'on attendait d'Obama (comme de Hollande en France d'ailleurs) davantage de protection pour les lanceurs d'alerte, il a été intraitable avec Edward Snowden.

Obama a sorti l'Amérique de son "bushisme" interventionniste à l'étranger, mais n'a pas renoncé au Patriot Act au nom de la guerre contre le terrorisme. Il a contribué à l'accord sur le nucléaire avec l'Iran, mais il a refusé d'intervenir en Libye en 2011, où la (Sarko)France et le Royaume Uni ont laissé le pays en ruine et les factions islamistes prospérer, ni en Syrie en 2013, laissant la situation pourrir et l'Etat islamiste se développer.

Le bilan d'Obama est mitigé, les débatteurs américains se déchirent dessus. En fait, depuis 2008, les Républicains, du Tea Party des années 2008-2012 au Trumpisme de 2015-2016, avec le concours de quelques médias conservateurs surpuissants, n'ont cessé d'instruire un procès permanent en illégitimité contre Obama. Vendredi, d'excellentes nouvelles viennent sur le front de l'emploi, 225 000 "jobs" créés en juillet, une poussée "surprise" qui démonte les mauvais arguments des fans de Trump.

Trumpshitude
Obama s'en va, et dans 100 jours, le nom du prochain président américain sera connu. Mais la campagne fait des ravages. Loin de soulever les foules, les rivaux Trump et Clinton peinent à rassembler au-delà de leur noyau dur: "pour qui voter contre ? " semble être la question que se pose nombre d'Américains pour le scrutin du 8 novembre prochain.
 
Lundi, le candidat officiel du Parti Républicain démarre sa campagne avec des arguments totalement lunaires. Il fustige violemment une famille musulmane qui était venue témoigner sur l'estrade de la Convention démocrate son attachement à l'Amérique après la mort au combat de leur fils soldat. Deux ténors du Parti républicain le désavouent aussi sec.

Trump répète ensuite, deux jours durant, un mensonge si énorme qu'il est contraint d'avouer son erreur par un tweet discret. Le prétendant à la Maison Blanche prétendait avoir vue une video figurant un transfert de cash des Etats-Unis vers l'Iran.

C'était faux et archi-faux. 

Aux Etats-Unis, la sanction est rapide, elle est sondagière. Trump s'effondre dans les sondages en quelques jours. Rien n'est joué, mais ses outrances, habituelles pour qui le suit depuis un an, finissent par lui couter.  Vendredi, la nouvelle qu'il a recours à l'agence marketing qui aurait fait le succès du BREIXIT tant elle serait efficace pour cibler les électeurs fait fureur.

Trump est parvenu à capter une certaine rage, un franc mécontentement. Qu'importe son programme, il n'en a pas. Il faut écouter ses supporteurs, qui ont libre antenne sur Fox News et quelques autres médias, pour s'en convaincre. C'est une haine du système, une peur du monde qui mobilise autour de Trump.

Et en France ?

La Trumpisation française
Il parait qu'il "piaffe" d'entrer en campagne. Sans doute que la compétition américaine qui bat son plein lui donne quelques motivations. Les joutes électorales sont les moments préférées de nos figures nationales. Sarkozy ou Hollande n'aiment rien d'autres que de concourir. La gestion du pays les ennuie. L'électeur pourrait s'en souvenir.

François Hollande est plus discret et réservé que Nicolas Sarkozy. Donc la presse se donne à cœur joie dans l'interprétation de signaux faibles et autres analyses du langage corporel de notre président. Hollande est en pré-campagne, le secret est de Polichinelle. Qu'il s'impatiente est sans surprise. Les sondages contraires ne le découragent pas.

Malheureusement. Hollande part peu en vacances.
"Hollande a fait tous les matchs de l’équipe de France pendant l’Euro et il n’y a pas eu un seul sifflet, donc il n’est pas mort." Patrick Kanner, ministre des Sports.
Son ministre de l'intérieur se félicite du blocage à la frontière de 200 réfugiés: "Sécurisat° des : renvoi immédiat vers l'Italie de 200 présents à la frontière franco-italienne" peut-on lire dans l'affreux tweet .

Quelle gloire... A l'Elysée ou à Matignon, on stresse. A Lille, la grande braderie est annulée. A Charleroi, un homme attaque à la machette deux policières aux cris de "Allahu Akbar". A Paris, on arrête un Afghan, que l'on relâche ensuite, sur des soupçons de menaces d'attentats. A Paris encore, on envoie les forces de l'ordre déloger des cathos traditionalistes. A Marseille, une association musulmane loue une piscine pour s'organiser une soirée en piscine avec voile et burquini. Scandale et stress à nouveau. La démarche a tout pour déplaire, elle est simplement déplaisante.

Juste avant de partir en vacances de millionnaire au Cap Nègre, Nicolas Sarkozy s'égare dans une interview au Point où il assume la "théorie du grand remplacement" si chère aux nazis français.

La France a son Trump, il s'appelle Marine Le Pen. La blonde présidente du FN n'a pas la mèche flamboyante du millionnaire américain. Mais elle prospère sur les mêmes délires anxiogènes. La comparaison ne date pas d'hier.

Elle reste simplement terrifiante.



Le jour où la France sera Trumpée approche. 

Ami(e) citoyen(ne), prépare-toi.








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