13 août 2016

484ème semaine politique: Sarkozy, le candidat d'outre-tombe.

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Nicolas Sarkozy est candidat, qui en doutait ? Mais c'est un homme rancunier, hargneux, et plus cynique que jamais qui revient pour l'emporter contre un Hollande défait. 


Oublier 2012
Le président par défaut des Républicains pensait à un parcours de santé, une promenade faciule vers un quasi-plébiscite à l'UMP transformée en Parti Républicain pour mieux laver son linge sale de ces affaires de corruptions et autres fausses facturations à la Bygmalion. Nicolas Sarkozy a trahi ses propres déclarations d'un soir du 6 mai 2012. Car à l'époque, il avait fallu attendre et craindre que "les courbes" ne se croisent, et que l'ancien monarque ne dépasse l'improbable François propulsé hérault de l'antisarkozysme dans les urnes du 6 mai; Il n'en fut rien et Sarkozy fut contraint d'avaler sa défaite et prononcer son échec devant quelques centaines de fans en larmes. 

La Firme, ce groupe de fidèles qui entourait l'ancien monarque depuis la campagne victorieuse de 2007, cette entreprise de démolition nationale était-elle enfin en faillite ?
"C'était la joie. Elle est toujours très forte, très grave, quand on gagne une élection. Nicolas Sarkozy avait été défait, hier soir. Sarkofrance va changer. La Sarkofrance allait disparaître. La droite pouvait renaître, mais il fallait licencier Nicolas Sarkozy ce soir."
Au soir du 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy prononça un discours d'abandon que nous pouvions prendre au premier degré. La différence entre Jospin, disqualifié dès le premier tour d'une présidentielle ratée en 2002, et Sarkozy, licencié au sortir d'une autre présidentielle cette fois-ci ignoble, est que le premier tint parole quand il expliqua se retirer de la politique. Le second, une fois de plus, mentit.

Le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy livra donc un autre mensonge, plus fort, plus dingue encore que les précédents.
« Ma place ne pourra plus être la même. Après 35 ans de mandat politique... Après 10 ans, ... cela fait 10 ans que chaque seconde, je vis aux plus hautes responsabilités au niveau gouvernemental... ça fait 10 ans! Après 5 ans à la tête de l'Etat... mon engagement dans la vie de mon pays sera désormais différent... (...). Et au moment où je m'apprête à redevenir un Français parmi les Français... Plus que jamais, j'ai l'amour de notre pays... et je vais vous dire une chose... que je vous demande de retenir et de bien comprendre, jamais, mes chers compatriotes, je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m'avez donné. Vous m'avez tellement donné.»
Moins de deux ans après cette déclaration d'amour et de départ, Nicolas Sarkozy se faisait réélire président d'un parti discrédité par des affaires de fausse factures avec 60% des suffrages et 50% d'abstention.

Amnésie 2017
Deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy est évidemment candidat. Et comme début 2012, alors qu'il multipliait déjà les meetings électoraux sans oser l'avouer, Nicolas Sarkozy ne l'avoue toujours pas. Que se passera-t-il d'ici ces derniers jours d'août qui puisse empêcher Sarkozy de confier ses réelles intentions ? Rien. Pouvons-nous imaginer qu'il puisse encore changer d'avis ? Non. Est-il dans une retraite médiatique, ou une abstinence de communication qui le contraigne à rester silencieux ? Non, Sarkozy multiplie les interventions sans jamais avouer ses intentions. Il est même allé confié son ambition pour une nouvelle émission politique diffusée sur M6 à la rentrée, quelle hypocrisie.


Cette semaine, le voici dans Valeurs Actuelles. Pour justifier son retour, il explique avoir un "lien particulier avec les Français." Son ancien conseiller élyséen Maxime Tandonnet, comme l'extrême droite toute entière, moque ce narcissisme anachronique dans les colonnes du Figaro.  La place serait déjà prise !

Comme après l'attentat de Nice, Sarkozy commet l'irréparable, Sarkozy enfonce quelques digues qui distinguent la démocratie de l'arbitraire, la République des autocraties, et les grands hommes des petits. "L’Etat de droit, par exemple, n’a rien à voir avec les Tables de la Loi de Moïse, gravées sur le mont Sinaï. Qu’y a-t-il de plus évolutif que le droit?"

Qu’y a-t-il de plus évolutif que Nicolas Sarkozy ?


Nos voisins britanniques, si souvent raillés depuis le Brexit, ont leur Habeas Corpus. Le concept même d'un droit des personnes fluctuant dans ses fondements met en péril la démocratie. Et Sarkozy fait mine de ne pas le savoir pour mieux capter une frange furibarde de l'électorat. Et lui-même n'a cessé de tourner, de girouettes en revirements au gré de ses propres aléas politiques.

Ensuite, Sarkozy relance le débat sur le droit du sol. Certains osent clamer, et croire, que cette bêtise a un quelconque rapport avec la guerre actuelle contre Daech. Mais pouvons-nous poser une bonne fois pour toute la question:  

En quoi la nationalité des terroristes a-t-elle facilité ou provoqué les attentats qui ont fait près de 250 morts depuis 2012 ? 

Les tueurs étaient français, ou étrangers; résidents en France, ou ailleurs; autorisés de séjour, ou interdits de séjour; surveillés par les services de renseignement, ou pas. Ce débat est une gigantesque diversion, une belle arnaque politique. Mais qu'importe ! Sarkozy répète avec une précision admirable les pires bêtises de l'extrême droite. Sarkozy "sent" la "République suffoquer". Avec lui, l'air devient irresponsable.

L'échec collectif
Il incarne l'échec de 2012 à triple titre: primo, François Hollande n'est pas parvenu à le faire oublier ni à empêcher son retour. Sa politique est en échec, à droite comme à gauche.

Secundo, la droite républicaine n'est pas parvenue à se doter d'un leader digne d'un régime aussi menacé. Ni à recouvrer un semblant de raison républicaine. Alain Juppé patine et inquiète. Sarkozy talonne Marine Le Pen et s'engouffre avec gourmandise dans la moindre surenchère. A Cannes, la mairie refuse les signes d'appartenance religieuse. On attend, ou pas, l'inévitable réaction de Sarko.

Tertio, la justice tarde à envoyer cet homme d'argent dans une salle d'audiences pour qu'il soit enfin confronté à ses accusateurs et, last but not least, les incroyables accusations de corruption qui pèsent sur lui. Sarkozy a déjà été convaincu de fraude au financement électoral. Mais cela ne suffit. Un président social-libéral qui tourne le dos à ses promesses, une droite politique incapable de renouveau, une justice qui traine, bienvenue en Sarkofrance !

Le retour de Nicolas Sarkozy n'est pas la seule anomalie démocratique de la période, loin s'en faut. Une minorité de nos voisins britanniques ont voté une sortie de l'Union européenne sur les bases d'une abstention suffisamment forte, des arguments suffisamment xénophobes portés par des leaders immédiatement démissionnaires une fois leur victoire obtenue. Aux Etats-Unis, Donald Trump capte la rage d'une classe moyenne blanche, inquiète et raciste, à coup de blagues douteuses, de mensonges incroyables et d'appel à la haine surréalistes à ce stade de la compétition présidentielle américaine.

Face à Sarkozy, un autre candidat non-déclaré se tâte.

Hollande attend janvier, ou décembre. Et qu'importe.

Il doit justifier l'accueil de sa fille Flora par quelques représentants de la République. Une droite s'emballe, oublieuse des voyages en jets républicains de François Fillon, de la CB élyséenne de Cécilia Sarkozy, ou des détournements de la Fondation Carla Bruni. Hollande se tâte mais Valls piétine. Le premier ministre tacle Christiane Taubira, laquelle le renvoie dans sa petitesse. Un autre piaffe d'impatience, Emmanuel Macron fait publier un énième publi-reportage dans Paris Match.

Hollande se tâte car la France ne va pas mieux. La croissance est finalement quasi-inexistante, le pari libéral du gouvernement depuis 3 ans est un échec.

Qui pour déradicaliser le Parti socialiste ?




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