28 septembre 2016

Quand Sarkozy est sorti du cadre de l'Etat de droit.

Le drame des attentats qui ont frappé la France depuis 2012 a réactivé les outrances et approximations sécuritaires chez nos politiques. Nicolas Sarkozy, qui avait tenté en vain de faire de la sécurité son ADN et son succès politiques, est forcément très en verve sur le sujet.


"Le principe de précaution"
En matière de santé ou d'environnement, le principe de précaution consiste à éliminer des produits susceptibles d'être dangereux. "Faut-il retirer des individus de l'humanité ?" s'interroge une professeure de droit dans les colonnes du Monde dans son édition du 22 septembre 2016. Cette confusion des concepts, des valeurs, et de la pensée entretenue par les candidats de la droite furibarde est stupéfiante. Elle reste l'une des (rares) différences qui subsistent entre Hollande/Valls et la droite, centre-droit excepté.
"Le principe de précaution permet de réagir rapidement face à un possible danger pour la santé humaine, animale ou végétale, ou pour la protection de l'environnement. En effet, dans le cas où les données scientifiques ne permettent pas une évaluation complète du risque, le recours à ce principe permet, par exemple, d'empêcher la distribution ou même de retirer du marché des produits susceptibles d'être dangereux." Commission européenne.
Sarkozy recommande donc d'enfermer les "suspects de lien avec le terrorisme" sans procédure pénale, c'est-à-dire instruction. En particulier, Sarkozy précise qu'il vise les "fichés S". Laurent Wauquiez, actuel président par intérim des Républicains, ne dit pas autre chose. Pourtant, plus la menace terroriste est forte, plus nombreux seront les gens fichés, par simple précaution, sans nécessairement de preuves d'une quelconque implication avec le terrorisme, ni même une quelconque tentation. Qu'importe ! Pour nos croisés de la lutte contre l'islamisme, il faut enfermer tout ce petit monde, sans jugement, ni procès, ni même avocat.

L'arsenal répressif dont la France s'est doté depuis 15 ans est impressionnant. Le choc du 11 septembre, une droite au pouvoir agitée par l'extrême droite, des attentats à répétition puis la guerre contre le terrorisme ont suffit pour faire voter des choses inimaginables il y a quelques décennies. Mais elles sont rarement rappelées.

En 2008 déjà, Sarkozy fait voter des peines de sûreté, une ignominie morale directement inspirée... des premières lois nazies en 1933, comme le rappelait Le Monde du 22 septembre. Par ailleurs, cette loi s'avère rétrospectivement inefficace. Rarement l'insécurité, surtout violente, n'avait-elle battu de tels records lors du quinquennat Sarkozy. L'échec de la lutte contre le crime et la délinquance est l'un des autres tristes marqueurs de Sarkozy au pouvoir.

La loi de 2008 permet de prolonger l'enfermement de gens qui ont purgé leur peine. Hollande au pouvoir ne l'abroge pas.

En 2016, les attentats de Paris puis de Nice ont permis à Sarkozy et quelques autres de rompre toutes les digues, et la première d'entre elles, celle qui fait de la République française un Etat de droit: ces sbires d'un nouvel Etat totalitaire expliquent en effet que ce ne sont pas seulement les lois qui peuvent être amendées mais la conception du droit fondamental qui est finalement relative au gré des conjonctures: la présomption d'innocence ou la condamnation après jugement sont aujourd'hui remis en cause par des élus se réclamant non pas d'une extrême droite totalitaire mais de la droite gouvernementale.

Honte à eux.





Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement nommé par Sarkozy, proche de Sarkozy, recyclé par Sarkozy, a été mis en garde à vue lundi 26 septembre dans les locaux de l’inspection générale de la police.

Quelle équipe.



24 septembre 2016

Pourquoi les antisarkozystes devraient voter à la primaire de droite. (490ème semaine politique)

Source: Juan

 

La primaire de droite sombre dans le n'importe-quoi dès sa première semaine officielle. En cause, Nicolas Sarkozy qui bouscule et charcute les esprits pour convaincre. A gauche pourtant, certains se pincent le nez quand on leur demande d'aller voter à cette primaire primaire pour évacuer l'ancien monarque.

Sinon, Hollande tweete à la chanteuse Rihanna, en français. 

Ivre, il pensait être président.



Carla Bruni est gauloise.
"Le petit Français au sang mêlé" poursuit son offensive à la droite de l'extrême droite. Ces premières mesures concrètes, par ailleurs au nombre fatidique de treize, sont assez ignobles, ou hypocrites, ou inefficaces.

Pour l'ancien monarque, tout est permis tant que cela sert sa reconquête élyséenne. Au risque de favoriser, petit à petit, l'arrivée au pouvoir d'une extrême droite fascisante, Nicolas Sarkozy continue de creuser son sillon dans la boue. La primaire de droite n'en est qu'à sa première semaine, que son débat politique s'effondre. En cause, une petite phrase de Sarkozy, soigneusement pensée pour être sortie de son contexte; une formule pour faire mouche et alimenter les gazettes: "Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation. Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois." Nos ancêtres les Gaulois, la référence est lâchée. La crise identitaire de cette droite furibarde ressemble à de l'acné d'adulte: tardive, mal gérée, honteuse.

La polémique sur les Gaulois fait la semaine. Juppé raille Sarkozy, lequel est défendu par Morano. Lefebvre, ancien soutien sarkozyste devenu paria depuis qu'il a voté une loi Macron, s'indigne. Valls tape à côté. Il y a bientôt 30 ans, Mitterrand avait pourtant cette remarque grandiose:




Aujourd'hui, la politique est petite, minuscule, ridicule. Sarkozy enflamme, crie, braille, agite.Sarkozy ne rassemble pas, il divise. Il n'apaise pas, il inquiète. 

La dynamique de la haine et de la peur paye dans les sondages.

Face à lui, Alain Juppé tente de se redresser. Il suffit d'une enquête le donnant seul gagnant face à l'extrême droite en 2017 pour qu'il s'enflamme. Juppé, c'est "la droite apaisée". Vraiment ? Juppé défend un programme socialement violent, aussi économiquement irresponsable que la politique de l'offre conduit depuis bientôt 4 ans à l'Elysée. La comparaison des programmes, quand ils existent, des différents candidats de droite, révèle qu'ils sont ... à droite, très à droite. Socialement violents, économiquement absurdes, ils ne surprennent que sur les sujets sociétaux, sécuritaires et politiques. Fillon veut séduire les opposants au mariage gay. Sarkozy flirte à l'extrême droite. Nathalie Kosciusko-Morizet joue les potiches centristes.

Bref, face à Sarko, il n'y a pour l'instant que Juppé, et non pas Hollande. Ni même Macron.

Macron-compatible
Juppé pourrait prendre Macron à Matignon, et Valls à l'intérieur. Juppé est également compatible avec ce socialiste Jean-Marie Le Guen qui proposait, en mai dernier, de baisser la durée et le montant des allocations chômage. Juppé est compatible avec Rebsamen, désormais retiré des affaires gouvernementales, qui réclamait à Pôle Emploi de mieux traquer les fraudeurs. Juppé est compatible avec le commissaire européen Pierre Moscovici qui s'indignait du "trop d'impôts" dès l'été 2013, sabordant ainsi l'unique grande ambition de redistribution fiscale de cette équipe Hollande.

Multiplier les rapprochements évidents entre une partie du programme de Juppé et l'action de Hollande desservirait le maire de Bordeaux. Juppé n'est pas Hollande. Mais Juppé reste chronologiquement le premier rempart contre Sarkozy.

Les gesticulations oratoires des uns et des autres pour tenter de grossir leurs différences politiques ne trompent personne, et certainement plus les électeurs. Mais Juppé incarne, comme d'autres, une certaine idée de la République qui fait défaut à droite. Certains supporteurs hollandais n'entendent pas cet argument pour de mauvaises raisons. Autant se l'avouer, ils ont peur d'une qualification de l'ancien premier ministre de Jacques Chirac.

Pourtant...

En 2011, le candidat Hollande a remporté les primaires contre Aubry, Royal et Montebourg grâce à une mobilisation qui dépassait largement le cadre socialiste... sur sa droite. Hollande était le "social-libéral" rassurant pour un centre-droit effrayé par les délires xénophobes et l'incompétence économique de Nicolas Sarkozy. Cinq ans plus tard, Juppé sera-t-il capable d'incarner la même alternative, cette fois-ci contre un double adversaire, Sarkozy en novembre, Le Pen en avril ?

Parce que le scrutin présidentiel apparaît fermé dans un duel final avec l'extrême droite, la primaire de droite prend une importance politique et démocratique hors normes.

A gauche, certains espèrent la victoire de Sarkozy dans cette primaire de droite. Parce qu'il parait que François Hollande sera ensuite le "vote utile" contre Sarko et Le Pen. Il n'en sera rien. Le Hollande de 2016 est aussi proche de Mitterrand en 1988 que Sarkozy pouvait incarner De Gaulle.

"L'exemple" Marisol Touraine
La ministre de la Santé est convaincue de travailler utilement pour les plus faibles. Cette dimension hors sol de l'ancienne strauss-kahnienne est curieuse.

La nouvelle sociale de la semaine est  effectivement le redressement des comptes de la Sécurité sociale. Si la courbe du chômage ne s'est pas inversée, celles des déficits oui. Marisol Touraine le claironne avec gourmandise sur toutes les ondes: "En 2017, le 'trou de la Sécu' aura disparu." Alléluia ! Pour la première fois depuis 2001, les comptes de la Sécu seront à l'équilibre... en 2017.

Il faut rendre à César ce qui est à César, et les premières mesures de déremboursements à ... Nicolas Sarkozy. Dans les premières mesures du quinquennat précédent, franchises médicales et déremboursements de soin ont été votés. Fin 2011, dernière année complète du quinquennat Sarkozy, l'ancien monarque avait laissé la branche générale de la Sécu en déficit de 12 milliards d'euros. La ministre de la santé se défend d'avoir conduit le redressement des comptes de la Sécu avec la même sévérité neo-libérale: "création du compte pénibilité, aux départs anticipés à la retraite, à l'augmentation jusqu'à 1.000 euros par an des prestations familiales pour les plus pauvres, à la généralisation du tiers payant, à la suppression des franchises médicales pour les plus modestes, à l'accès élargi à la CMU, à la hausse du RSA, à la prime d'activité" explique-t-elle aux Echos. Rappelons à la ministre l'autre face de son bilan: "grâce" à la réforme des retraites de Hollande qui porte à 43 ans de cotisations ininterrompue la durée nécessaire pour une retraite pleine et normale, même l'assurance vieillesse sera excédentaire (1,6 milliards d'euros). Depuis janvier, les mutuelles sont plafonnées dans leurs remboursements de santé. Nos hôpitaux publics vont fermer 22000 lits. Et dan sle dernier projet de loi de finances de la Sécu de ce quinquennat, on prévoit de prescrire encore moins, et notamment moins d'examens malgré le vieillissement de la population.

La Sécu va mieux, c'est vrai. Les pauvres, plus nombreux, se soignent moins. C'est vrai aussi.

Clap, clap, clap.

Comme d'autres, Marisol Touraine se rassure avec ce constat: "Vu le grand bond en arrière que nous proposent les candidats de la droite - retraite à taux plein à 70 ans, suppression du tiers payant, disparition des hôpitaux de proximité, etc. -, il n'y aura pas photo !

Ami anti-sarkozyste,  le combat reprend aux primaires de la droite.  

Après, il sera trop tard.








21 septembre 2016

Les 13 premières mauvaises mesures du candidat Sarkozy

Il faudra bien parler des propositions de Nicolas Sarkozy pour la France. Au fil des réunions et des interventions publiques, on finit par deviner ce qui pourrait ressembler à un programme.


Ou pas.


Ces mesures sont toujours détestables, souvent inutiles, et, si l'on en croit son bilan du précédent quinquennat, il n'en appliquera pas le dixième. 

1. Une loi contre le port du Burkini, une bêtise qui en appellera d'autres: on attend que les uniformes de scouts que nous croisons le dimanche seront également prochainement interdits s'il est élu. Sarkozy n'a pourtant rien à dire ni rien dit sur ces uniformes chrétiens de la vie civile.

2. La création d'un parquet spécialisé contre le terrorisme ? Il existe déjà.

3. La fermeture des frontières ? C'est déjà le cas.

4. Comme le FN, Sarkozy propose de suspendre le regroupement familial. C'est anecdotique (environ 12000 personnes par an).

5. Sarkozy réclame la constitution d'un "islam de France". Si l'on met de côté le slogan, qu'est-ce que cela signifie ?

6. Interner les fichés S ? A quoi bon. La majorité des auteurs des attentats terroristes depuis 2012 (Mohamed Merah), n'étaient pas fichés S. Et la République s'abime à devenir un régime arbitraire. Des lois existent pour accuser, juger et éventuellement condamner des comploteurs terroristes. Qu'on les applique. Le reste n'est que formule démago.

7. Défiscaliser les heures supplémentaires ? C'est sans doute la seule mesure économique de son ancien quinquennat qu'il assume. Sarkozy veut la rétablir. C'est une aberration macro-économique et un argument ultra-libéral. Rendre plus avantageux et mois cher le travail de ceux qui en ont quand des millions d'autres en cherchent ? Quelle funeste proposition.

8. Sarkozy propose aussi de pérenniser le CICE de François Hollande, une politique de l'offre dont on mesure aujourd'hui l'échec.

9. Réserver les allocations sociales aux citoyens français ? Sarkozy n'a pas encore repris à son compte cette mesure proposée par le Front national. La prestation sociale la plus "ouverte", la moins conditionnée puisque même un statut légal de résidence n'est pas exigé pour en bénéficier est la AME. Elle coûte 800 millions d'euros par an, soit 0,4% des dépenses de Sécurité sociale annuelles. Outre l'argument humanitaire, on doit avancer le simple pragmatisme sanitaire: veut-on laisser des étrangers illégaux malades sans soin dans notre pays ?

10. Supprimer la généralisation du tiers-payant ? Le tiers-payant est cette mesure qui permet aux plus démunis de l'assurance maladie de n'avoir pas à avancer les frais de santé chez le médecin. Que le candidat des riches veuille supprimer la mesure n'a rien de surprenant. S'il était vraiment au Front national, il réserverait la suppression aux immigrés.

11. Une baisse massive des impôts ? Mais pour qui ? Le quinquennat Hollande a vu les impôts progresser très largement. Et principalement sur les plus aisés (oui, oui, c'est sans doute la seule mesure de gauche de cette équipe !).

12. Supprimer 300 000 postes de fonctionnaires ? On attend la répartition. Nicolas Sarkozy a été incapable de mettre en oeuvre sa précédente promesse de supprimer un poste de fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Sarkozy est parvenu à réduire de 10 000 le nombre de policiers et de gendarmes. Alors que la France s'engageait dans une guerre contre le terrorisme, il n'y avait sans doute rien de pire ni de plus irresponsable.

13. Comme en 2007, le candidat furibard propose enfin d'augmenter de 25% le temps de travail des enseignants contre une augmentation de 20% de leur salaire. Il nb'a pas tenu cette promesse lors du quinquennat précédent. Pire, le nombre d'élèves a augmenté, mais Sarko avait quand même réduit le nombre d'enseignants. Rappelons aussi que l'effort de financement global de l'éducation en France a baissé de près d'un point de PIB entre 2000 et 2009. Par ailleurs, les enseignants français travaillent plus que leurs homologues européens, mais gagnent moins


17 septembre 2016

Le jour où Sarkozy relança l'antisarkozysme (489ème semaine politique)


Le Pen sort de son silence estival, Mélenchon grappille des soutiens, et Hollande prépare ses "discours historiques", mais la rentrée est ailleurs: Sarkozy fait le show à la télévision.



Hollande, zappé
François Hollande prépare sa campagne. Après son discours "historique" sur la démocratie, la France et le terrorisme le 8 septembre dernier, il a déjà calé trois autres interventions publiques de même nature d'ici Noël. Son idée est de tenir le débat d'une pré-campagne présidentielle, sans y participer officiellement. Ses proches, pour ceux qui sont encore là, calculent, organisent, anticipent. Ils n'ont pas vu le danger: le locataire de l'Elysée a été zappé. Il ne choque plus, n'énerve plus, ne mobilise même plus contre lui. Hollande a été oublié sur le bas-côté d'une actualité épuisante. Les sondages le créditent d'à peine 15% d'intentions favorables, un peu moins de la moitié d'un Mélenchon. A la même période de son quinquennat outrancier, Sarkozy en était encore à 35% .

Qui sait seulement ce qu'Hollande a fait cette semaine ? 

Personne ou presque. Sarkozy président agitait les médias à toute heure, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Hollande laisse filer son quinquennat. Quand il brusque pas son camp politique d'origine, Hollande indiffère. Le président normal a disparu du paysage politique. Manuel Valls enjoint ses soutiens de "cogner Macron". Le jeune rival n'est pas un problème pour 2017. Valls pense à 2022. A gauche, Mélenchon accumule tranquillement ses soutiens.

Le weekend dernier, la Bête Immonde fait sa rentrée politique. Le Front national sort officiellement de sa réserve estivale. Marine Le Pen est sur TF1. Elle s'affiche terriblement sereine,  elle s'amuse à se déclarer plus modérée que les furibards de la primaire des Républicains. Pour un peu, elle déclare qu'elle croit l'islam compatible avec la République, une évidence qui est sortie des esprits égarés de Sarkozy, Wauquiez, Copé ou Goasguen. "Je ne lutte pas contre l’islam, je ne lutte pas contre une religion (…). Moi, je lutte contre le fondamentalisme islamiste." Marine Le Pen qui donne des leçons de République aux plus grands ténors de la droite dire républicaine... "Où va le monde ?" chante La Femme en cette rentrée également musicale.

Oui, où va le monde ?


Le Front national a changé, il prépare la victoire d'après. Il a peu d'espoir de l'emporter en mai prochain, faute d'alliances politiques dans un régime institutionnel qui ne ménage rien. Et Marine Le Pen conserve un capital de haine populaire à son égard qui devrait ruiner ses espoirs à court terme.

Le Front national n'a pas changé. Samedi, la présidente du FN nomme ainsi le jeune sénateur David Rachline directeur de campagne. Le garçon est plus compatible avec les franges rances de l'extrême droite identitaire que le pseudo-souverainiste Philippot.


L'Emission pénible
Nicolas Sarkozy déborde Marine Le Pen sur sa droite.  Qui en doutait ? Jeudi, il est 20 heures et bientôt cinquante minutes quand l'ancien président, déchu en 2012, mais au plus fort dans les sondages, apparaît souriant sur le plateau du service public. "L'Emission politique" est ce nouveau show que la chaîne publique lance pour cette saison présidentielle.

Pour l'heure, les primaires de la droite et du centre indiffèrent l'immense majorité. Aucun sondage ne crédite l'opération de sélection politique de la droite de plus de 15% d'intention de participation.

Mais Sarkozy pourrait changer la donne.

Un instant, on croit que les deux journalistes David Pujadas ou Lea Salamé vont aborder la menace de censure d'une enquête sur l'affaire Bygmalion qui a divisé la rédaction de France 2 durant quelques jours. Une censure demandée par l'équipe Sarkozy. Il n'en est rien. Les deux journalistes se taisent. Les thèmes de l'émissions à Sarkozy ont été pré-approuvés par le candidat. Vous êtes en France, les médias sont du côté des puissants. Sur les réseaux sociaux et ailleurs, cette omission courtoise choque et énerve.

Sur le plateau, Sarkozy a changé. 

Encore une fois.

C'est lui qui le dit. 

Encore une fois.

Un moment, on retrouve le Sarko d'avant. Celui qui exagère, oublie ou ment par omission. Celui qui se pose en candidat du peuple quand il n'est que celui des Riches. Un candidat qui voit des complots partout, fustige une "intelligentsia" théorique, et promet de parler de "la réalité dont personne ne parle". Le Sarkozy 2017 n'assume pas sa radicalisation. Il la récuse. Il se place en porte-parole d'une "majorité silencieuse" que lui-seul, entre la Villa Montmorency dans le richissime 16ème arrondissement de Paris et ses grimpettes cyclistes sur les hauteurs varoises du palais de Carla Bruni aurait rencontrée.

Le spectacle est pénible comme un mauvais souvenir.


Sarkozy exagère. Il n'est pas le seul. Et l'on n'est pas surpris. Sur les retraites, pour justifier un nouvel allongement de cotisations (après sa réforme de 2010, puis celle de Hollande en 2013), il néglige évidemment la réduction de l'espérance de vie ou la pénibilité. Il est amnésique quand il oublie qu'un parquet spécialisé dans l'antiterrorisme existe déjà.

A l'énervement qu'il suscite par ses outrances, ses nouveaux mensonges, ses nouvelles trahisons, ses nouveaus dérapages ont tout pour mobiliser contre lui à nouveau. 

Sarkozy a changé. Il est devenu climato-sceptique. Ou plutôt, il préfère agiter le spectre de la "crise démographique mondiale" et "la question de la natalité sur le continent africain". C'est la version "soft" des délires anxiogènes de l'extrême droite sur l'Europe submergée, l'invasion islamiste ou le Grand Remplacement. Sa campagne a les mêmes accents qu'en 2012. On s'étonne qu'il n'ait suggéré de recréer un ministère de l'Identité nationale. Tous ses discours, et encore ce soir-là sur le plateau, sont ponctués de "chez nous," comme pour mieux marteler l'argument identitaire.

Il ment sur l'Europe.
"L'Europe ne peut être le seul continent du monde où l'on rentre chez nous sans emploi, sans parler la langue, avec comme seule espérance de profiter d'un système social qui est par ailleurs plus généreux que celui de nos voisins."
L'Europe n'est pas ce continent dépeint par Sarkozy. Elle s'est divisée face aux migrants; certains pays, dont la France et la Hongrie, ont fermé leurs frontières aux réfugiés syriens et irakiens.

Sarkozy choisit ses sujets. Il ne parle pas du niveau réel des prestations sociales sans condition d'emploi: le RSA ne représente que 2% du budget de la Sécu. Tout comme les allocations familiales. Et à l'exception de l'AME (0,2% du budget de la Sécurité sociale), l'accès au "système-social-le-plus-généreux-du-monde" est conditionné à une entrée régulière dans le pays.

A l'inverse, l'Europe est ce seul continent qui semble incapable de lutter contre l'évasion et l'optimisation fiscales. Quand l'Union européenne réclame 13 milliards d'euros d'impôts impayés au géant Apple (soit davantage que le coût du RSA en France...), l'Irlande se désolidarise. Mais Sarkozy choisit ses sujets d'indignation. Lui qui facture généreusement ses conférences devant banquiers et hommes d'affaires de par le monde n'a rien à dire sur la fraude fiscale.

On croyait que l'âge et la défaite avaient un peu travaillé l'animal. Il n'en est rien. Peu avant la fin d'un show promotionnel insoutenable, Sarkozy est confronté à quelques témoins anonymes. A l'imam d'Ivry-sur-Seine qui lui demande s'il n'en a pas assez de stigmatiser l'islam plutôt que l'islamisme, il ne s'excuse pas, bien au contraire. Il court vite derrière Le Pen: "Je vous réponds qu'on ne doit pas stigmatiser les Français comme moi qui veulent non pas d'un islam en France, mais d'un islam de France".

Délire formel
Nicolas Sarkozy a "l'amour de la France". Il a fraudé aux règles de financement électoral. Techniquement, il a tenté de gruger les contribuables français (puisque les dépenses électorales sont remboursées dès 5% des suffrages). Il a fait payer par l'Elysée des dépenses de campagne (un point sanctionné par le Conseil Constitutionnel). Depuis sa première condamnation, on sait qu'il a dépassé le plafond légal non pas de 470 000 euros, mais de 23 millions d'euros, grâce à un système de fausses facturations. Et là encore aux détriments de l'UMP et des contribuables français.

Nicolas Sarkozy tord le droit. Il invente le concept de "délit formel." Il oublie qu'il est mis en examen pour 5 faits de fraude au financement de campagne électorale. Il n'a pas non davantage été

"lavé de toute accusation mettant en cause [sa] probité dans l’affaire Bygmalion". L'enquête est en cours, bien au contraire. Et les aveux des protagonistes le désignent.
"J’ai été mis en examen, ce sera facile de vérifier, pour le seul délit formel de dépassement du plafond de la campagne." Nicolas Sarkozy, 15 septembre 2016, sur France 2
L'amour de la France, qu'on vous dit !

Quand on aime, on ne compte pas.

Nicolas Sarkozy est un homme du passé. Il n'a pas retenu la leçon. Chacun de ses propos est décortiqué en temps réel, chacun de ses mensonges est contredit publiquement dans la seconde.

Sarkozy prend d'autres libertés avec le droit, et même le bon sens. Il reprend à son compte la proposition des furibards de l'extrême droite d'interner les fichés S. La justice a déjà tranché qu'on interne pas sans preuve ni jugement.Il se trompe de 50 à 100 milliards d'euros (une broutille !) dans le chiffrage de son plan d'économies.

Deux heures plus tard, l'Emission Pénible s'achève enfin. L'audience est à peine au rendez-vous, 2,7 millions de téléspectateurs. Sarkozy file en meeting à Mandelieu. Il braille à nouveau ses arguments: "La vérité, c'est refuser le déni, ce déni qui a gagné une partie des élites de notre pays qui refusent de voir la situation en face."

Parle-t-il de fraude fiscale ou d'aggravation des inégalités ? Non bien sûr.

Loin de tout cela, dans la plus grande indifférence publique, François Hollande participe à un sommet européen à Bratislava. Les dirigeants de cette union fracturée accouchent d'une déclaration qui ferait rire si la situation n'était grave:
"Nous nous sommes engagés à offrir à nos citoyens, dans les mois qui viennent, la vision d’une Union Européenne attrayante, dans laquelle ils puissent avoir confiance et qu’ils pourront soutenir." 

Sans rire.





10 septembre 2016

Comment Hollande a cru en son discours (488ème semaine politique).

 

 

Cette semaine, il fallait attendre un discours fameux de l'actuel président. Même Manuel Valls espérait que Hollande se dévoile. Il n'en fut rien. Mais Hollande a livré un discours aussi historique que son quinquennat ne l'est pas.

 

Les mots ont un sens. La victoire politique, dans les urnes et dans l'action, commence par la victoire des idées. 

 

Mais cela ne suffit pas, jamais.



Les mots de Hollande
Nous sommes jeudi 8 septembre 2016. Hollande s'avance sur le pupitre, le colloque est prometteur, "la démocratie face au terrorisme". Salle Wagram, ses fidèles et soutiens sont là. "Invité" par la Fondation Jean-Jaurès, celle-là même dirigée par un ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, Hollande sourit et s'élance. Sa cravate bleu ciel est évidemment de travers. Les applaudissements sont extrêmement nourris. La salle est acquise à la cause de sa survie à l'Elysée. Et François Hollande prononce l'un des plus beaux discours de son quinquennat. Le hic est ailleurs: Hollande fait un discours brillant qui visiblement ne correspond pas à son quinquennat. Il agit même comme un révélateur accéléré de ce qui a été raté, abimé, détruit par cette équipe élyséenne. Non content de se satisfaire d'épouvantails, certes terrifiants, à droite, Hollande s'est autorisé à déclamer un discours républicain historique comme son quinquennat ne l'est pas suffisamment.

Ce jeudi-là, Hollande pose toutes les bonnes questions, il apporte toutes les bonnes réponses, avec précision et exhaustivité. Ainsi de l'intégration de l'islam dans la laïcité, puisque les suppôts de la droite furibarde ne cessent d’amalgamer l'islamisme et l'islam: "L’islam peut-il s’accommoder de la laïcité, comme l’ont fait avant lui le catholicisme, les religions réformées, le judaïsme ?" Et d'ajouter: "Ma réponse est oui, clairement oui. L’immense majorité de nos compatriotes musulmans nous en donnent chaque jour la preuve, en pratiquant, à des degrés divers, leur religion, sans nullement troubler l’ordre public, en manifestant leur attachement aux valeurs de la République, après chacun des attentats qui ont frappé notre pays." Il rappelle le piège dans lequel il ne fait pas tomber: "La visée des islamistes, c’est de plonger les démocraties dans l’effroi en vue d’attiser les tensions, les divisions."

Il a ce rappel nécessaire:
"Le seul camp qui vaille c’est celui de la République." François Hollande, 8 septembre 2016

Hollande fait donc une leçon de République à l'extrême droite et la droite furibarde - et en tête Nicolas Sarkozy et son sbire Laurent Wauquiez. A ces apprentis sorciers qui clamaient il y a peu que "le droit se change", la réponse présidentielle est sans appel: "les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques. Argutie juridique, la liberté d’aller et venir ? Argutie juridique, la liberté d’expression ?"

Mais Hollande est aussi le président qui a laissé Valls abuser d'un état d'urgence pour emprisonner et harceler des militants écologistes, des supporteurs de Nuit Debout, des manifestants contre la Loi Travail. Aucun conseiller élyséen n'a daigné résumer au président les comptes-rendus de Human Right Watch ou d'Amnesty International. 

Hollande est juste quand il rappelle que la France est d'abord une idée, avant d'être une identité. Mais ses mots sonnent creux quand on se rappelle combien cette même France dirigée par Hollande fut incapable de prendre sa part dans l'accueil et la protection des réfugiés de la guerre au Moyen Orient; ou incapable d'accorder l'asile au lanceur d'alerte Edward Snowden.

Hollande est juste quand il rappelle l'exigence républicaine - "c’est quand la République a tenu bon qu’elle s’est élevée, et c’est quand elle a cédé qu’elle s’est perdue." -. Et quand il pointe le danger de la division qui guette tout pays agressé de la sorte: "Le terrorisme islamiste a l’illusion de croire que la démocratie est faible et qu’il peut l’ébranler en l’effrayant, la diviser en l’épouvantant, la faire douter en radicalisant une infime partie de la jeunesse."

Mais Hollande est ce président qui, 3 jours après les attentats de Paris, le 16 novembre 2015 devant le Parlement réuni en Congrès, propose l'ignoble constitutionnalisation de la déchéance de nationalité: "Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux dela Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né français, je dis bien « même s’il est né français » dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité."

Cette proposition est un marqueur, inutile contre le terrorisme. Elle a ébranlé la République. Elle a accéléré le départ de sa garde des Sceaux Christiane Taubira, et provoqué une césure encore plus profonde à gauche.

Hollande est juste quand il réclame un peu de discernement aux braillards anti-burkini (cette "stigmatisation qui blesse")  et aux supporteurs du voile intégral (cette "provocation qui attise"). A un Sarkozy qui promet une loi contre le Burkini (sic!) s'il était élu Président, Hollande réplique:  "Je ne veux pas laisser les intégristes faire pression par des provocations pour tester les limites de la République, mais pas plus, je ne leur fournirai de prétexte pour s’offusquer d’une stigmatisation à l’égard des musulmans."

Mais Hollande est aussi ce président qui a laissé Valls relancer le débat sur le burkini alors que le Conseil d'Etat venait d'y porter un terme et que ses propres ministres réclamaient de l'apaisement.

Les mots ont un sens. François Hollande le sait, il a pris le risque d'une comparaison avec son propre bilan.

Les mots de Sarkozy
Nicolas Sarkozy est un autre sur-doué de la formule politique qui claque. Ses formules claquent jusqu'à la nausée.

Son premier quinquennat fut riche en déclarations honteuses et anti-républicaines. Au cours de l'été 2007 déjà, les digues avaient sauté. Quand il créé un "ministère de l'identité nationale", il joue des mots, il se sert d'une référence forte et détestable. Quand il prononce son effroyable et raciste discours de Dakar en juillet 2007, rédigé par Henri Guaino, où il explique que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", les mots ont un sens qu'il récuse ensuite, quand il réalise son insulte.

Quand son ministre Brice Hortefeux explique, en septembre 2007, qu'"aucun sujet n'est tabou" et qu'il est donc normal de débattre des tests ADN pour "filtrer" les prétendus abus au regroupement familial. A chaque fait divers nauséabond, l'ancien monarque rugissait de surenchères verbales qui minaient à chaque fois davantage l'esprit républicain. Et que dire du discours de Grenoble, en juillet 2010, qui fut l'un des summums du renoncement à la République ?

Bref, Sarkozy manie les mots avec autant de force que d'irresponsabilité. Il dégage la voie à l'Immonde, une extrême droite "normalisée" qui n'attend rien d'autre que d'autres qu'elle légitime ses idées discriminatoires et anti-républicaines.

Cette semaine, le suspense des candidats à la primaire de droite s'éteint: le délai de dépôt des candidatures expire vendredi. On se félicite de ces 8 candidatures si variées - Sarkozy, Mariton, Fillon, Juppé, Copé, Kosciusko-Morizet, Le Maire, et Poisson. Sarkozy multiplie les meetings, et se rapproche de Juppé dans la cote sondagière. Le scrutin est incertain, puisque personne ne sait qui viendra voter. Un prochain débat télévisé, avec 8 pupitres, promet ennui et surenchère. Déjà, Sarkozy s'est réservé une émission sur France 2, en prime time, pour lui tout seul. Et il a tenté d'éviter la diffusion d'une enquête sur le scandale de ses frais de campagnes en 2012. Cette investigation de l'émission Envoyé Spécial a d'abord été censurée par le directeur de l'information de la chaîne. Le motif ? Il ne faut pas perturber le scrutin des primaires... On croit rêver. Éclairer l'électeur avant une élection risquerait de le perturber... Dans quelle démocratie moisie vivons-nous pour entendre encore pareille bêtise ?

"L'affaire concerne uniquement Nicolas Sarkozy". L'un des cofondateurs de l'agence le répète. Le scandale ne sera évidemment pas jugé avant la présidentielle, ne finit pas de faire des ravages: lundi 5 septembre, le parquet de Paris réclame un procès pour les 14 mis en examen de l'affaire, dont Nicolas Sarkozy.

Répétons de quoi il s'agit: Nicolas Sarkozy a triché. C'est simple à comprendre. Il a dépensé 45 millions d'euros pour tenter de se faire réélire en 2012, soit un dépassement frauduleux et assumé du plafond légal de 22,5 millions d'euros. Les responsables de l'agence évènementielle de Bygmalion l'ont avoué. L'ancien directeur financier de la campagne l'a avoué. Le patron de l'UMP de l'époque l'a avoué. Mais Sarkozy nie. C'est un complot socialissssste !

Malgré ces déboires, Sarkozy grappille des points sondagiers à la primaire de droite. Laquelle n'a pas fini d'abîmer les candidats à cette candidature. La surenchère ultra-libérale est manifeste.

Hollande a du coup beau jeu, dans son discours du 8 septembre, de louer son bilan "social". Il a presque oublié Macron, lequel quand il était ministre, fustigeait les 35 heures ou l'interdiction du travail le dimanche. "Notre système de retraites a été sauvegardé" lance-t-il. Mais à quel prix ? La prise en compte hasardeuse de la pénibilité mais surtout l'extension de la durée nécessaire de cotisations (43 ans de travail sans chômage !). "Les inégalités se sont réduites" ose-t-il également. Lesquelles ? Certes, les ménages les plus riches ont subi une augmentation fiscale assez inédite, aussi inédite que le cadeau sans contreparties accordé aux entreprises. Et  l'INSEE confirme que la pauvreté stagne, la France compte un million de pauvres de plus depuis 2006. Hollande applaudit sa loi travail, celle-là même qui désagrège un siècle de lutte sociale pour imposer la logique de branche.

Hollande veut "démocratiser l’excellence". Démocratisons d'abord la République. Qu'un président élu sur un programme qui gouverne ensuite sur un autre puisse être sanctionné.

Définitivement.

3 septembre 2016

Macron, l'autre candidat des riches. (semaine #487)

 

 

Hollande a perdu un millionnaire. On a presque oublié qu'il avait lâché cette mesure improbable et décisive à la fois en fin de campagne de 2012, taxer à 75% la tranche de revenus supérieure à 1 million. A l'époque, l'ennemi était la finance. Une formule de campagne que des électeurs, présents à ce fameux meeting du Bourget, ont applaudi.

Macron, sa créature, l'autre candidat des riches, vient de partir.


La trahison
Macron 2016 singe Sarkozy 2006.

Mardi 30 août 2016, Emmanuel Macron démissionne du ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. Quelques supporteurs sincères de Hollande osent croire que c'est pour soutenir leur mentor. 

On se rassure comme on peut. Une quarantaine de parlementaires socialistes, emmenés par le social-lib François Patriat, l'auraient déjà "rejoint." L'intox communicative est rapide. Le commentaire de Hollande est pourtant sans appel: "Macron m'a trahi avec méthode". Et le même Hollande pourrait annoncer sa candidature dès la semaine prochaine. 

A Bercy, quelques minutes avant de débarrasser les lieux, Macron énonce un à un ses ministères qu'il abandonne. Il rend hommage, sans bégayer, aux "agents" de ces administrations. Sa déclaration devant la presse est rapidement raillée. Elle vaut le détour. L'aveu à mot couvert d'une trahison somme toute assez banale sera finalement rapidement oublié.




Macron invoque "nos valeurs" qui l'auraient poussé à quitter l'équipe en dérive de Matignon. Quelles valeurs ? Macron n'ose expliquer qu'il devrait se tourner vers les primaires de la droite. Ces dernières sont pourtant très ouvertes. Reconnaissons que l'homme ferait du bien à une droite perdue dans les outrances fascisantes que lui inspire son extrême. Macron est libéral, y compris en matière de liberté publiques et de droits de l'homme.

Depuis 6 ans, Macron était déjà dans les coulisses de cette épopée hollandaise. Prôner la rupture contre son propre camp, cela ne vous rappelle-t-il rien ? Macron écrivait des notes, il expliquait des raisonnements et des processus.

Pour le plus grand plaisir du candidat Hollande, bientôt président.

Macron est la créature d'une trahison. 

Il incarne à la perfection son rôle symbolique.

La couleur de l'argent
Son passage à la banque l'a rendu millionnaire, malgré ses troubles mémoriels ultérieurs qui l'ont convaincus, quelques années plus tard, de négocier avec le fisc qu'il ne "méritait" pas l'ISF. On peut s'interroger sur le sens républicain d'un jeune homme qui profite si vite - 4 ans après sa sortie de l'ENA - de l'un des meilleurs diplômes de la Nation pour pantoufler déjà dans les milieux les plus éloignés de l'effort républicain.

Macron, lui, ne s'interroge pas.

Il construit son réseau.

Bling Bling 
Macron 2016 singe Sarkozy 2006.

Macron croit en son destin. Son narcissisme rejoint celui de son mentor, Sarkozy. C'est presque touchant. Assez ridicule aussi.
"Il y a, me concernant, des choses que beaucoup savent déjà." Emmanuel Macron
Avec 10 ans de retard, il s'exhibe avec son épouse dans la presse people tout en s'excusant de ces maladresses marketing. On le voit à la plage, dans la campagne, au milieu de la foule ou en couple. Macron théâtralise son entrée en politique avec le même cynisme abject et caricatural que l'ancien monarque.

 

S'il hésite à intégrer le cabinet Fillon, Macron est rapporteur d'une commission Attali qui, pour le compte de Nicolas Sarkozy en 2008, déroule un programme de libéralisation si prisés par les neuneux des beaux quartiers. En mai dernier, Attali résume en une phrase ce que nous pouvions penser du bonhomme:

"Macron n’incarne que le vide." Jacques Attali.

La sentence est dure. Car Macron a une colonne vertébrale, une ligne de front idéologique assez claire.


Candidat de classe
Macron est devenu très tôt la créature politique de François Hollande: secrétaire général adjoint de l'Elysée, il parle beaucoup, il sourit souvent, il s'exprime devant les médias en Off ou en On . Son départ de l'Elysée, qui ne dure que 2 mois, lui permet de revenir au gouvernement. Il continue son travail de sape, il incarne le choc de compétitivité que Hollande veut imposer à la France. Macron est le jeune briseur de "tabous", plus agréable que Valls, plus propre que Sarko, plus jeune que Juppé. Macron est le gendre idéal d'une large presse libérale. Il voudrait libéraliser encore davantage le travail le dimanche, il n'aime pas qu'on décompte des heures supplémentaires passées 35 heures hebdomadaires, il apprécie Uber et ne comprend pas les taxis.

Dans la novlangue libérale, on qualifie de tabous, de blocages, et autres conservatismes tout ce qui dans le temps avait été construit pour protéger le travail contre le capital, l'entrepreneur contre la rente.

A peine sorti du ministère hollandais, le voici qui prône pour une plus grande autonomie des universités, et, surtout, davantage de sélections à l'université. Pourquoi donc vouloir transformer les facs en écoles sélectives ? Quel est le plan ? Quel est le constat ?
« Donc, la politique autrement pour les étudiants, c’est d’expérimenter… le programme de Sarkozy sur l’université ? » un conseiller de Najat Vallaud-Belkacem.
Comme Sarkozy, Macron va faire des conférences rémunérées. Une prochaine est prévue à Londres devant des banquiers. Macron cherche de l'argent à Londres. Ce n'est pas la première fois. Il utilise sa notoriété acquise aux frais de l'Etat et grâce à son mentor François Hollande pour financer sa carrière. "Pas de fausse pudeur sur l'argent" explique-t-on dans son entourage. L'argent décomplexé, ça ne vous rappelle rien ? 

On se souvient de Sarko. A quoi bon Macron ?

Macron court après son destin, qui ne mérite que les primaires de la droite entre Mariton et Sarko.

Ami(e) citoyen(ne), ne te méprends pas.

Macron 2016 singe Sarkozy 2006.