28 septembre 2016

Quand Sarkozy est sorti du cadre de l'Etat de droit.

Le drame des attentats qui ont frappé la France depuis 2012 a réactivé les outrances et approximations sécuritaires chez nos politiques. Nicolas Sarkozy, qui avait tenté en vain de faire de la sécurité son ADN et son succès politiques, est forcément très en verve sur le sujet.


"Le principe de précaution"
En matière de santé ou d'environnement, le principe de précaution consiste à éliminer des produits susceptibles d'être dangereux. "Faut-il retirer des individus de l'humanité ?" s'interroge une professeure de droit dans les colonnes du Monde dans son édition du 22 septembre 2016. Cette confusion des concepts, des valeurs, et de la pensée entretenue par les candidats de la droite furibarde est stupéfiante. Elle reste l'une des (rares) différences qui subsistent entre Hollande/Valls et la droite, centre-droit excepté.
"Le principe de précaution permet de réagir rapidement face à un possible danger pour la santé humaine, animale ou végétale, ou pour la protection de l'environnement. En effet, dans le cas où les données scientifiques ne permettent pas une évaluation complète du risque, le recours à ce principe permet, par exemple, d'empêcher la distribution ou même de retirer du marché des produits susceptibles d'être dangereux." Commission européenne.
Sarkozy recommande donc d'enfermer les "suspects de lien avec le terrorisme" sans procédure pénale, c'est-à-dire instruction. En particulier, Sarkozy précise qu'il vise les "fichés S". Laurent Wauquiez, actuel président par intérim des Républicains, ne dit pas autre chose. Pourtant, plus la menace terroriste est forte, plus nombreux seront les gens fichés, par simple précaution, sans nécessairement de preuves d'une quelconque implication avec le terrorisme, ni même une quelconque tentation. Qu'importe ! Pour nos croisés de la lutte contre l'islamisme, il faut enfermer tout ce petit monde, sans jugement, ni procès, ni même avocat.

L'arsenal répressif dont la France s'est doté depuis 15 ans est impressionnant. Le choc du 11 septembre, une droite au pouvoir agitée par l'extrême droite, des attentats à répétition puis la guerre contre le terrorisme ont suffit pour faire voter des choses inimaginables il y a quelques décennies. Mais elles sont rarement rappelées.

En 2008 déjà, Sarkozy fait voter des peines de sûreté, une ignominie morale directement inspirée... des premières lois nazies en 1933, comme le rappelait Le Monde du 22 septembre. Par ailleurs, cette loi s'avère rétrospectivement inefficace. Rarement l'insécurité, surtout violente, n'avait-elle battu de tels records lors du quinquennat Sarkozy. L'échec de la lutte contre le crime et la délinquance est l'un des autres tristes marqueurs de Sarkozy au pouvoir.

La loi de 2008 permet de prolonger l'enfermement de gens qui ont purgé leur peine. Hollande au pouvoir ne l'abroge pas.

En 2016, les attentats de Paris puis de Nice ont permis à Sarkozy et quelques autres de rompre toutes les digues, et la première d'entre elles, celle qui fait de la République française un Etat de droit: ces sbires d'un nouvel Etat totalitaire expliquent en effet que ce ne sont pas seulement les lois qui peuvent être amendées mais la conception du droit fondamental qui est finalement relative au gré des conjonctures: la présomption d'innocence ou la condamnation après jugement sont aujourd'hui remis en cause par des élus se réclamant non pas d'une extrême droite totalitaire mais de la droite gouvernementale.

Honte à eux.





Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement nommé par Sarkozy, proche de Sarkozy, recyclé par Sarkozy, a été mis en garde à vue lundi 26 septembre dans les locaux de l’inspection générale de la police.

Quelle équipe.



2 commentaires:

  1. Le "principe de précaution", c'est ce à quoi Donald Trump Jr a fait appel avec son fameux tweet avec le bol de Skittles, ces petits bonbons de diverses couleurs, en posant la question "si je vous dis que trois d'entre eux vous tueront, en prendriez-vous une poignée ?", et en ajoutant que c'était le problème avec les réfugiés syriens. Lesquels ne sont acceptés qu'au compte-gouttes aux USA, après en moyenne deux ans d'enquête sur chaque candidat et sa famille, menées par divers organismes ayant à voir avec la sécurité du pays.

    Inutile de dire que le producteur des Skittles a moyennement apprécié. Et les férus de maths ont fait observer que ce n'est pas dans un bol qu'il y aurait eu à choisir, mais dans un stade de football (américain) plein de ces bonbons.

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  2. Si vraiment "nous sommes en guerre" contre l'islamisme, chacun sait que les lois et l'état de droit ne sont pas les mêmes en temps de guerre et en temps de paix ; le problème est que nous sommes dans "une espèce de guerre" qui n'est pas la guerre classique, et qu'il nous faut inventer un état de droit intermédiaire, qui ne soit pas le non-droit de Guantanamo sur le territoire français (celui sur lequel se déroule cette "espèce de guerre"), mais qui ne peut pas non plus être l'état de droit du temps de paix normal : combien de nouveaux attentats et de nouveaux morts avant de nous faire à cette idée ?

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