10 septembre 2016

Comment Hollande a cru en son discours (488ème semaine politique).

 

 

Cette semaine, il fallait attendre un discours fameux de l'actuel président. Même Manuel Valls espérait que Hollande se dévoile. Il n'en fut rien. Mais Hollande a livré un discours aussi historique que son quinquennat ne l'est pas.

 

Les mots ont un sens. La victoire politique, dans les urnes et dans l'action, commence par la victoire des idées. 

 

Mais cela ne suffit pas, jamais.



Les mots de Hollande
Nous sommes jeudi 8 septembre 2016. Hollande s'avance sur le pupitre, le colloque est prometteur, "la démocratie face au terrorisme". Salle Wagram, ses fidèles et soutiens sont là. "Invité" par la Fondation Jean-Jaurès, celle-là même dirigée par un ancien conseiller de Dominique Strauss-Kahn, Hollande sourit et s'élance. Sa cravate bleu ciel est évidemment de travers. Les applaudissements sont extrêmement nourris. La salle est acquise à la cause de sa survie à l'Elysée. Et François Hollande prononce l'un des plus beaux discours de son quinquennat. Le hic est ailleurs: Hollande fait un discours brillant qui visiblement ne correspond pas à son quinquennat. Il agit même comme un révélateur accéléré de ce qui a été raté, abimé, détruit par cette équipe élyséenne. Non content de se satisfaire d'épouvantails, certes terrifiants, à droite, Hollande s'est autorisé à déclamer un discours républicain historique comme son quinquennat ne l'est pas suffisamment.

Ce jeudi-là, Hollande pose toutes les bonnes questions, il apporte toutes les bonnes réponses, avec précision et exhaustivité. Ainsi de l'intégration de l'islam dans la laïcité, puisque les suppôts de la droite furibarde ne cessent d’amalgamer l'islamisme et l'islam: "L’islam peut-il s’accommoder de la laïcité, comme l’ont fait avant lui le catholicisme, les religions réformées, le judaïsme ?" Et d'ajouter: "Ma réponse est oui, clairement oui. L’immense majorité de nos compatriotes musulmans nous en donnent chaque jour la preuve, en pratiquant, à des degrés divers, leur religion, sans nullement troubler l’ordre public, en manifestant leur attachement aux valeurs de la République, après chacun des attentats qui ont frappé notre pays." Il rappelle le piège dans lequel il ne fait pas tomber: "La visée des islamistes, c’est de plonger les démocraties dans l’effroi en vue d’attiser les tensions, les divisions."

Il a ce rappel nécessaire:
"Le seul camp qui vaille c’est celui de la République." François Hollande, 8 septembre 2016

Hollande fait donc une leçon de République à l'extrême droite et la droite furibarde - et en tête Nicolas Sarkozy et son sbire Laurent Wauquiez. A ces apprentis sorciers qui clamaient il y a peu que "le droit se change", la réponse présidentielle est sans appel: "les principes constitutionnels ne sont pas des arguties juridiques. Argutie juridique, la liberté d’aller et venir ? Argutie juridique, la liberté d’expression ?"

Mais Hollande est aussi le président qui a laissé Valls abuser d'un état d'urgence pour emprisonner et harceler des militants écologistes, des supporteurs de Nuit Debout, des manifestants contre la Loi Travail. Aucun conseiller élyséen n'a daigné résumer au président les comptes-rendus de Human Right Watch ou d'Amnesty International. 

Hollande est juste quand il rappelle que la France est d'abord une idée, avant d'être une identité. Mais ses mots sonnent creux quand on se rappelle combien cette même France dirigée par Hollande fut incapable de prendre sa part dans l'accueil et la protection des réfugiés de la guerre au Moyen Orient; ou incapable d'accorder l'asile au lanceur d'alerte Edward Snowden.

Hollande est juste quand il rappelle l'exigence républicaine - "c’est quand la République a tenu bon qu’elle s’est élevée, et c’est quand elle a cédé qu’elle s’est perdue." -. Et quand il pointe le danger de la division qui guette tout pays agressé de la sorte: "Le terrorisme islamiste a l’illusion de croire que la démocratie est faible et qu’il peut l’ébranler en l’effrayant, la diviser en l’épouvantant, la faire douter en radicalisant une infime partie de la jeunesse."

Mais Hollande est ce président qui, 3 jours après les attentats de Paris, le 16 novembre 2015 devant le Parlement réuni en Congrès, propose l'ignoble constitutionnalisation de la déchéance de nationalité: "Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux dela Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né français, je dis bien « même s’il est né français » dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité."

Cette proposition est un marqueur, inutile contre le terrorisme. Elle a ébranlé la République. Elle a accéléré le départ de sa garde des Sceaux Christiane Taubira, et provoqué une césure encore plus profonde à gauche.

Hollande est juste quand il réclame un peu de discernement aux braillards anti-burkini (cette "stigmatisation qui blesse")  et aux supporteurs du voile intégral (cette "provocation qui attise"). A un Sarkozy qui promet une loi contre le Burkini (sic!) s'il était élu Président, Hollande réplique:  "Je ne veux pas laisser les intégristes faire pression par des provocations pour tester les limites de la République, mais pas plus, je ne leur fournirai de prétexte pour s’offusquer d’une stigmatisation à l’égard des musulmans."

Mais Hollande est aussi ce président qui a laissé Valls relancer le débat sur le burkini alors que le Conseil d'Etat venait d'y porter un terme et que ses propres ministres réclamaient de l'apaisement.

Les mots ont un sens. François Hollande le sait, il a pris le risque d'une comparaison avec son propre bilan.

Les mots de Sarkozy
Nicolas Sarkozy est un autre sur-doué de la formule politique qui claque. Ses formules claquent jusqu'à la nausée.

Son premier quinquennat fut riche en déclarations honteuses et anti-républicaines. Au cours de l'été 2007 déjà, les digues avaient sauté. Quand il créé un "ministère de l'identité nationale", il joue des mots, il se sert d'une référence forte et détestable. Quand il prononce son effroyable et raciste discours de Dakar en juillet 2007, rédigé par Henri Guaino, où il explique que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire", les mots ont un sens qu'il récuse ensuite, quand il réalise son insulte.

Quand son ministre Brice Hortefeux explique, en septembre 2007, qu'"aucun sujet n'est tabou" et qu'il est donc normal de débattre des tests ADN pour "filtrer" les prétendus abus au regroupement familial. A chaque fait divers nauséabond, l'ancien monarque rugissait de surenchères verbales qui minaient à chaque fois davantage l'esprit républicain. Et que dire du discours de Grenoble, en juillet 2010, qui fut l'un des summums du renoncement à la République ?

Bref, Sarkozy manie les mots avec autant de force que d'irresponsabilité. Il dégage la voie à l'Immonde, une extrême droite "normalisée" qui n'attend rien d'autre que d'autres qu'elle légitime ses idées discriminatoires et anti-républicaines.

Cette semaine, le suspense des candidats à la primaire de droite s'éteint: le délai de dépôt des candidatures expire vendredi. On se félicite de ces 8 candidatures si variées - Sarkozy, Mariton, Fillon, Juppé, Copé, Kosciusko-Morizet, Le Maire, et Poisson. Sarkozy multiplie les meetings, et se rapproche de Juppé dans la cote sondagière. Le scrutin est incertain, puisque personne ne sait qui viendra voter. Un prochain débat télévisé, avec 8 pupitres, promet ennui et surenchère. Déjà, Sarkozy s'est réservé une émission sur France 2, en prime time, pour lui tout seul. Et il a tenté d'éviter la diffusion d'une enquête sur le scandale de ses frais de campagnes en 2012. Cette investigation de l'émission Envoyé Spécial a d'abord été censurée par le directeur de l'information de la chaîne. Le motif ? Il ne faut pas perturber le scrutin des primaires... On croit rêver. Éclairer l'électeur avant une élection risquerait de le perturber... Dans quelle démocratie moisie vivons-nous pour entendre encore pareille bêtise ?

"L'affaire concerne uniquement Nicolas Sarkozy". L'un des cofondateurs de l'agence le répète. Le scandale ne sera évidemment pas jugé avant la présidentielle, ne finit pas de faire des ravages: lundi 5 septembre, le parquet de Paris réclame un procès pour les 14 mis en examen de l'affaire, dont Nicolas Sarkozy.

Répétons de quoi il s'agit: Nicolas Sarkozy a triché. C'est simple à comprendre. Il a dépensé 45 millions d'euros pour tenter de se faire réélire en 2012, soit un dépassement frauduleux et assumé du plafond légal de 22,5 millions d'euros. Les responsables de l'agence évènementielle de Bygmalion l'ont avoué. L'ancien directeur financier de la campagne l'a avoué. Le patron de l'UMP de l'époque l'a avoué. Mais Sarkozy nie. C'est un complot socialissssste !

Malgré ces déboires, Sarkozy grappille des points sondagiers à la primaire de droite. Laquelle n'a pas fini d'abîmer les candidats à cette candidature. La surenchère ultra-libérale est manifeste.

Hollande a du coup beau jeu, dans son discours du 8 septembre, de louer son bilan "social". Il a presque oublié Macron, lequel quand il était ministre, fustigeait les 35 heures ou l'interdiction du travail le dimanche. "Notre système de retraites a été sauvegardé" lance-t-il. Mais à quel prix ? La prise en compte hasardeuse de la pénibilité mais surtout l'extension de la durée nécessaire de cotisations (43 ans de travail sans chômage !). "Les inégalités se sont réduites" ose-t-il également. Lesquelles ? Certes, les ménages les plus riches ont subi une augmentation fiscale assez inédite, aussi inédite que le cadeau sans contreparties accordé aux entreprises. Et  l'INSEE confirme que la pauvreté stagne, la France compte un million de pauvres de plus depuis 2006. Hollande applaudit sa loi travail, celle-là même qui désagrège un siècle de lutte sociale pour imposer la logique de branche.

Hollande veut "démocratiser l’excellence". Démocratisons d'abord la République. Qu'un président élu sur un programme qui gouverne ensuite sur un autre puisse être sanctionné.

Définitivement.

3 commentaires:

  1. va donc vivre en Grèce avant de critiquer Hollande

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    1. A ce rythme, pas besoin d'aller en Grèce, Hollandréou amène la Grèce en France sur un plateau.

      En fait, t'es toujours aussi con bobcestmoi

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  2. "Qu'un président élu sur un programme qui gouverne ensuite sur un autre puisse être sanctionné."

    OUI ! mais ça ne va pas être d ela tarte à mettre en place !

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