29 octobre 2016

495ème semaine politique: pourquoi il ne faut pas désespérer de la politique française



La séquence est indécente. Nicolas Sarkozy n'agace plus. Il n'énerve plus. Il ennuie. Il mérite sans doute la prison si les mensonges et approximations étaient un délit. Il méritera peut-être la prison puisque la question est posée par la Justice elle-même. Cette semaine, il s'est décidé à avouer qu'il avait bien réduit les effectifs des forces de l'ordre. Mais c'était pour la bonne cause: "on croulait sous les dettes, il fallait faire des économies." Nicolas Sarkozy a sans doute perdu sa qualification aux primaires de la droite ce jour-là.

C'est comme une sensation de vide.

C'était il y a bientôt 10 ans. Le parti socialiste l'emportait à nouveau sur le camp conservateur. Son secrétaire général avait le sourire au soir des élections. Avec une écrasante majorité des sièges à l'Assemblée, pour plus de quarante pour cent des suffrages exprimés, la victoire était nette et belle. Et qu'importe sur les cohortes militantes avaient fondu comme neige au soleil après des années d'opposition stérile. On allait en finir avec une austérité détestable  qui avait jeté dans les rues et la grève les transports publics, les écoles et même les stations-services du pays. Au 8ème congrès du précédent printemps, on avait même promis un "État social". "Il est temps de tourner la page. Les citoyens savent juger et comparer, et leur réponse est claire : en voilà assez des supercheries, de l'incapacité et de la mentalité de l'Etat-butin." expliquait le patron du PS six mois avant ces élections.

Oui, il était temps et ce temps était venu. Près d'une décennie plus tard, ce parti socialiste n'existe plus ou presque. Le PASOK, puisque c'est de lui dont il s'agit, a été rayé de la carte politique grecque par des électeurs en rage. La Grèce, puisque c'est d'elle dont il s'agit, a subi l'une des crises politiques et économiques les plus graves depuis que l'Europe s'est constituée en Union. Mais la véritable leçon qui nous importe aujourd'hui est celle-ci: oui, les partis politiques sont des corps périssables.

"On voudrait au moins perdre dans l'honneur." Un responsable socialiste anonyme.

La disparition guette ainsi le parti socialiste français. Et ce n'est pas grave. C'est la vie. Il y aura un après. Il suffit de ne pas s'accrocher au-delà de l'indicible. L'agitation pré-électorale qui frappe les caciques du parti en témoigne. L'actuel premier secrétaire Cambadélis ne s'imaginait pas syndic de faillite. Il serait cependant trop facile d'accuser le PS et même l'équipe Hollande de tous les maux.
"Cela ressemble à un suicide politique. Il faut maintenant éviter que ce suicide personnel ne devienne collectif". Manuel Valls
La probité même du chef de l'Etat n'est pas en cause. Si l'on prend la peine de comparer Hollande à ses prédécesseurs depuis De Gaulle, des diamants de VGE aux écoutes de Mitterrand, des frais de bouche de Chirac aux casseroles judiciaires de Sarkozy, Hollande reste le président le plus honnête de ce régime à bout de souffle. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si l'on était croyant. Hollande n'est pas Cahuzac. Et la droite furibarde toute entière cherche pourtant des affaires éthico-morales à balancer sur l'actuel locataire de l'Elysée pour compenser le bila, ignoble de son précédent mentor. Même Marine Le Pen, "la présidente immaculée" du parti frontiste, doit désormais répondre sur les trafics et autres accusations de fraude aux règles de financement électoral de son micro-parti "Jeanne". Hollande est simplement prisonnier d'une bulle.

L'époque est cruelle. 

Hollande vit une tragédie qui dépasse sa propre personne.

Cette semaine, les "bons" indicateurs se sont multipliés: la courbe du chômage statistique s'inverse enfin, et qu'importe si l'on omet de s'interroger sur le sort de ceux qui sont sortis, volontairement ou pas, des statistiques officielles. L'agence de notation qui avait dégradé la note de crédit de la Sarkofrance redresse son appréciation, mais tout le monde s'en fiche. Le campement de Calais est enfin rasé et, surtout, les migrants relogés un peu partout en France, mais tout le monde s'en fiche. Hollande vit une tragédie, nous explique-t-on.

Mais pas que.

Partout dans les démocraties occidentales, la rage ou l'indifférence ont saisi les électeurs. 

Aux États-Unis, un milliardaire raciste et misogyne est capable d'attirer 40% des intentions de vote dans les sondages. Il explique qu'une femme "s'attrape par la chatte", que les "Mexicains sont des violeurs", et pourtant il réussit à convaincre une fraction de l'Amérique en rage. Au Royaume Uni, un maigre tiers des électeurs est parvenu à précipiter le pays dans un Brexit pour lequel tous ses promoteurs politiques nationaux se sont défilés. A Rome, une jeune beauté remporte la mairie de Rome malgré une inexpérience notoire. L'Espagne a mis un un an à se doter d'un nouveau gouvernement. La Belgique avant elle trois ans. En France, la personnalité politique la plus haïe du pays est créditée d'une qualification sans souci pour le second tour de l'élection présidentielle du pays.

Qui ne voit pas ces craquements ne comprend rien.

Face à ce désastre collectif, nos responsables politiques français ont-ils compris ? Non, pas tous.

Hollande n'a pas compris, pas encore compris. Il semble conserver un sentiment de toute-puissance personnelle, aveuglé par un narcissisme si courant dans ces sommets qui l'amène à des actes irréparables comme ces confessions devant deux journalistes du Monde qui ont publié le livre de trop. Devant le micro de Yann Barthes sur TMC, Edwy Plenel de Mediapart évoque l'hypothèse d'une dépression: "Un homme qui se cache derrière des petites blagues cache un malaise personnel." L'hypothèse d'une dépression présidentielle est intéressante. Celle d'une sur-confiance personnelle semble plus crédible. Comment autrement expliquer ces confidences médiatiques si désastreuses ?

Le quinquennat Hollande a d'abord été marqué par des compromis qui n'étaient que des compromissions. Ne pas comprendre qu'il franchissait une à une des lignes jaunes est une faute politique dont on se souviendra longtemps: la nomination de Valls, l'absence de solidarité avec les migrants, la déchéance de nationalité, la prolongation de la réforme sarkozyste des retraites, l'ineffable loi travail, le maintien des niches fiscales,  une politique inefficace de l'offre conjuguée à un quasi-gel de la politique sociale, les exemples sont trop nombreux pour éviter la gêne, ou la nausée, selon les espoirs que chacun avait dans ce quinquennat.

Pire encore, les résultats même de cette action docile avec les injonctions sécuritaires et libérales du moment sont minables: Valls, ex-ministre de l'intérieur, avait fait de la sécurité son propre "ADN sarkozyste de gauche". Il devrait aujourd'hui s'expliquer sur la crise policière. Hollande n'a pas non plus compris qu'on attendait de lui qu'il résiste au flot du vomi identitaire. Le piège de l'extrême droite a fonctionné. Patrick Buisson et quelques autres sont parvenus à installer contre vents et marées l'idée selon laquelle nos maux n'étaient qu'une question identitaire. Ils ne sont pas les seuls. La question identitaire a contaminé l'Amérique blanche ou l'Angleterre déchue. En France, Nicolas Sarkozy s'est saisi de l'affaire comme d'un instrument de conquête politique. L'homme n'est pas raciste, mais sa politique l'est, ses déclarations le sont. Sarkozy a même quitté la République quand il a expliqué que le Droit se changeait au gré des humeurs et des chocs. De la gauche gouvernementale dont on attendait retenue et résistance face à ces outrances, on a eu soumission voire trahisons.

Hollande, convaincu sans l'avouer qu'il fallait favoriser la marge des actionnaires pour "baisser le coût du travail" plutôt que le pouvoir d'achat du plus grand nombre, doit s'expliquer sur l'ineffable bilan de sa politique de l'offre: 41 milliards d'euros de baisse de charges sociales pour... moins de 100.000 créations nettes d'emplois en dernière année de quinquennat ?

#WTF

A l'approche du Grand Scrutin, les tentatives de redressement d'une image et d'une action dégradées apparaissent trop tard. Voir Hollande rencontrer des demandeurs d'asile à Doué-La-Fontaine quand la France, indigne, a été incapable d'accepter davantage qu'une poignée de dizaine de milliers de réfugiés de la boucherie irako-syrienne en 2015 dépasse l'indécence. L'observer, digne, célébrer les persécutions dont ont été victimes les Tsiganes sous l'Occupation et après avait quelque chose de digne mais d'anachronique quand on se souvient des déclarations finalement outrancières de Manuel Valls contre les Roms.

Le dernier enseignement, provisoire, de cette période, est réjouissant. 

L'électorat, en France comme ailleurs, semble prêt au changement. Les lignes sont moins figées, les positions moins stables. Qui aurait pu imaginer qu'un président sortant, sans scandale personnel ni bilan plus détestable que celui de son prédécesseur, pouvait n'être crédité que de 4% d'intentions favorables dans les sondages ?

Au passage, on notera que ce "score" est proche de la marge d'erreur.


Ami citoyen, il est bientôt temps de voter.


22 octobre 2016

494ème semaine politique: l'amorce du tsunami politique français.

Source: BVA, 21 octobre 2016

C'est une accumulation de signes faibles qui finissent par laisser deviner un signal fort, l'amorce d'un tsunami ou d'une grande débandade. 

 

La France politique a franchi une étape.



La colère gronde dans la fonction publique. 
Ailleurs, cette semaine, des policiers par centaines défilent dans les rues de France. Manque de moyens, surcharges de travail, les flics sont malheureux et qui ne pourrait les comprendre ? Cinq jours de défilés nocturnes, et voici le gouvernement en panique et des syndicats pris de courts.

L'un des leaders du mouvement, prochainement reçu au ministère, est proche du Front national. Il n'est même plus policier depuis 5 ans. On sent l'arnaque, la grossière escroquerie. Le malaise policier est réel, la manipulation tout autant. Le FN rôde, Marine Le Pen applaudit. Son parti est le seul qui incarne abusivement, dangereusement, cruellement la demande d'autorité rabâchée par l'establishment médiatique et des moyens des services publics attaqués par la politique austéritaire. Plus loin et si proche, Nicolas Sarkozy s'étouffe à brailler mensonges et bêtises. Oui, Nicolas Sarkozy a bien réduit de 10 000 les effectifs des forces de l'ordre pendant son quinquennat. Pour tenter de faire mentir les statistiques, l'ancien monarque trafique la réalité en arrêtant son bilan à l'avant-dernière année de quinquennat. Que dire enfin des anciens responsables de l'institution policière sous Nicolas Sarkozy ? Claude Guéant, ancien ministre de l'intérieur, se servait en cash dans les frais d'enquête; et Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur, a été mis en examen pour "détournement de fonds publics."

Le bilan de Nicolas Sarkozy en matière sécuritaire est désastreux.

Mais pour le reste, ce sont bien des policiers en souffrance, une souffrance réelle qui n'est pas "feinte", qui manifestent dans les rues de France. Cette souffrance n'est pas nouvelle. Elle est devenue intolérable.

Lundi, Hollande les reçoit à l'Elysée. Président pompier, l'actuel locataire de l'Elysée a cette formule curieuse: " Je recevrai les organisations représentatives de policiers dans le début de semaine", car il est "important" de "donner une perspective et une réponse immédiate". Donner une perspective et une réponse immédiate ? De quoi parle-t-il ? L'effort de recrutement, réel mais tardif, semble ridicule devant l'ampleur de la menace. Les moyens sont minés par une quinzaine d'années d'austérité budgétaire mortifaire que l'équipe Hollande a endossée sans souci. Et les promesses des candidats de la primaire de droite - Juppé, Fillon, Sarkozy, Le Maire - de dézinguer davantage ce qu'il reste de fonction publique dans ce pays font froid dans le dos.


La primaire de droite se crispe
A droite, la primaire poursuit son spectacle. Mais le public se lasse. A force de croire cette élection de 2017 gagnée d'avance, les leaders de droite s'abiment un à un par impréparation, imprudence et outrance.

Le successeur de Christine Boutin, Jean-Frédéric Poisson, lâche une formule antisémite contre Hillary Clinton et "ses lobbys sionistes". Il devrait être bientôt exclu, à moins que "les valeurs républicaines de la droite et du centre" n'autorisent pareil dérapage.

Sarkozy traite ses électeurs de "ploucs"Sur C8, la chaîne gratuite renommée du groupe Canal+, l'ancien monarque joue les graves. En coulisses, il promet que Copé "ne perd rien pour attendre". Sur Europe 1, il tacle Bayrou.
"Le pire, ça a été Copé. Il ne perd rien pour attendre, celui-là. On va pas le louper". Nicolas Sarkozy.
Fillon y croit encore. Il est persuadé que le "duopole" Sarko/Juppé a vécu. Mais qui connait véritablement François Fillon ? Un faux gaulliste vrai libéral, adepte de la Manif pour tous et soutien de Poutine ?

Jean-François Copé a disparu. Qui sait où est passé Nathalie Kosciusko-Morizet ?

Bruno Le Maire sombre sur France 2. Il permet à l'Emission Politique de diviser son score par deux par rapport à la moyenne. L'homme rappelle courageusement son soutien au mariage gay et à l'adoption par des couples homosexuels devant la présidente de la Manif pour tous; mais il souligne surtout son programme anti-syndical et libéral, telle sa promotion des "mini-jobs" à 5 euros de l'heure, ou son refus affiché de négocier à les syndicats. Il dérive aussi sur le voile, avant de rétro-pédaler.


Hollande a été sorti du jeu.
Il y a ce sondage BVA assez détonnant. Il contredit et douche les espoirs de celles et ceux qui croient encore aux bienfaits d'un duel Sarko/Hollande. Un sondage n'est qu'un sondage, une photographie imparfaite, parfait truquée, de la réalité politique d'un moment. Celui-là pèse au moins sur les esprits de quelques-uns qui concourent au poste suprême.

Premier enseignement, on y apprend que Sarkozy est moins efficace contre Marine Le Pen qu'Alain Juppé. Sa campagne à l'extrême droite est justifiée par ses proches comme le meilleur remède contre la progression du FN. On connaît cette chanson depuis 2007. Ce fut faux en 2012, c'est encore faux cette fois-ci. Dans l'hypothèse où Sarko l'emporterait à la primaire, Le Pen le devancerait au premier tour. Avec une hypothèse Juppé, Marine Le Pen est reléguée à la seconde place du podium du premier tour présidentiel.  

Second enseignement de cette enquête, Hollande a disparu. L'actuel locataire élyséen pèse à peine une dizaine de pourcentage d'intentions favorables dans les sondages. Quelques élus socialistes se mobilisent cette semaine... contre sa candidature: "C'est l'honneur d'un président de la République de mettre fin au suspense qui paralyse et glace le système et d'annoncer qu'il renonce à porter les couleurs de sa famille politique à la présidentielle". Un ministre anonyme confirme: "Ce n'est plus jouable. Hollande doit comprendre que c'est 'game over'." Mais l'identité de ou des auteur(s) est tenue secrète. La primaire socialiste compte un candidat de plus, François de Rugy, ex-écologiste fidèle hollandais. Son ancienne consoeur d'Europe Ecologie Les Verts Cécile Duflot n'obtient pas les parrainages internes pour l''autre primaire, confidentielle, des écolos entre eux.

Pire encore, l'appel inverse à sa candidature qui devait être publié dans quelques jours est provisoirement enterré. Personne n'ose publiquement dire à Hollande qu'il faudrait qu'il se retire, mais plus grand monde ne le soutient non plus. Dans les sondages, Manuel Valls poursuit son chemin, Macron s'affaisse, Mélenchon domine.

Le troisième homme s'appelle Mélenchon.
C'est le troisième enseignement de ces enquêtes.

L'ex-candidat du Front de gauche "précipite la recomposition à gauche" s'amuse le Figaro. Avec 12% à 15% des intentions, Mélenchon peine peut-être encore à rassembler les déçus du hollandisme. Mais la vague se met en place. Quelque soit le scenario présidentiel testé par les sondeurs, c'est encore et toujours Mélenchon qui se hisse à la troisième place. Face à une droite radicalisée et une extrême-droite "socialisée", l'insoumis incarne la troisième voix et une troisième voie. Sa convention à Lille les 16 et 17 octobre fut un exercice assez rare, la démonstration d'une insoumission tranquille.

"Dans quelle autre réunion politique, vous voyez une femme raconter que ses enfants ont faim ? Y-en a pas." Jean-Luc Mélenchon.




Ami citoyen, réveille-toi.


16 octobre 2016

La droite se débat, Hollande démissionne (493ème semaine politique).



 

Voici l'impression après un premier débat des 7 candidats au poste suprême de notre République, ce 13 octobre au soir à la télévision: sept candidats contraints de rabaisser, caricaturer, défigurer, abimer la République et leur propre camp pour espérer l'emporter sur ce scrutin interne dont le vainqueur serait promis à une victoire inéluctable contre le président sortant. Car ce dernier vient de démissionner, sans le savoir.


Déchéance intime
Dimanche soir, une chaîne privée dévoile une émission de confessions intimes, un pur exercice de communication politique, dégoulinant de complaisance, sans le moindre recul ni la moindre contradiction. Comment appeler cela encore une émission politique.

Nicolas Sarkozy, Arnaud Montebourg et même Marine Le Pen sourient, blaguent, se racontent devant une animatrice habituée des agriculteurs en mal d'âme sœur. Près de deux heures de publicité maitrisée, dans un pays où la communication politique n'a pas le droit à la publicité télévisée, un véritable exploit. "Ambition intime", émission malsaine, communication massive.

Quelque 3 millions de téléspectateurs égarés suivent le spectacle.

Manuel Valls est loin, à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il fait quelques promesses de dernières minutes. Au Parlement, une commission des lois vote une nouvelle taxe sur les revenus de Google et autres Gafa.  Et Emmanuel Macron avance un peu plus ses pions vers une candidature qui n'est plus une surprise. On posera plus tard, bien plus tard, la question de savoir qui finance la campagne de l'ancien banquier.

Débat primaire
La primaire socialiste de 2011 avait passionné, la primaire de droite terrifie. Jeudi 13 octobre, ils sont sept sur TF1 pour un score d'audience plus qu'honorable, près de 6 millions de téléspectateurs. On retient le concours Lépine du charcutage de la fonction publique, quand la France se débat dans ses failles de solidarité ou son manque de forces de l'ordre, les 7 irresponsables de la droite dans ce débat primaire révèlent leur vraie nature: Sarkozy réclame 300 000 suppressions de postes, sans préciser dans quels ministères; Fillon dérape sur 600 000. Nathalie Kosciuko-Morizet chavire en expliquant que l'enseignement ne mérite pas d'être public.

Sans surprise, Fillon a sombré en tentant d'expliquer ce qu'était un "SMIC décent" selon lui. Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet se sont dégonflés. Et l'inconnu maire de Rambouillet, partisan de la suppression du ministère de la culture et du mariage gay, Jean-Frédéric Poisson, a eu son moment de gloire.

Sans surprise, Sarkozy a usé de ses habituelles vacheries, mensonges et autres coups bas. L'homme mérite d'être évacué rapidement. Un de ses anciens proches, Alexandre Djouhri, est mis en examen dans la semaine dans l'affaire du financement occulte de la campagne présidentielle de 2007 de Sarkozy par la Libye de Kadhafi.

La chasse d'eau se tire le 20 novembre.

Les sbires de François Hollande ne s'y trompent pas. Sur les ondes et les réseaux sociaux, oubliant l'ANI, la réforme des retraites, la loi travail, ou la déchéance de nationalité, les voici expliquant que ces candidats de droite sont plus à droite que leur mentor. Et qu'il ne faudrait pas voter, si l'on est de gauche, à la primaire de droite. Ils ont raison sur un point: Hollande a déplacé le curseur de la droite vers l'extrême droite.  Et Alain Juppé va lui chiper, s'il est qualifié, le cœur de son électorat centriste.

Amen.

Masochisme présidentiel
Hollande est "prêt". Prêt à quoi, on ne sait pas, on s'en doute, une présidentielle de réélection. La couverture de l'Obs sur les kiosques de France avec cette affirmation en travers d'une photo de François Hollande est presque risible. Le président n'est pas au mieux. Un énième livre d'entretien avec deux journalistes a un effet plus dévastateur que les précédents. Les petites phrases du président qu'on y retrouve dans ce pavé de 672 pages sont telles des bombes à fragmentation. Elles emportent Hollande dans une mauvaise séquence qui font douter jusqu'à ses plus proches qui d'ailleurs ne sont pas épargnés. Non, Un président ne devrait pas dire ça... Politiquement, c'est une démission.
"En changeant de fonctions, je n’ai pas changé d’idées. Je suis de gauche. J’ai mené une politique de gauche." François Hollande
Sa pulsion auto-destructrice, certains appellent cela du masochisme, fascine. Dans la semaine, Hollande est obligé de s'excuser, oralement et puis par écrit, auprès de l'institution judiciaire, après l'avoir qualifiée d'"institution de lâcheté". Le Conseil des Barreaux n'en revient pas. Les magistrats non plus. Valls et Urvoas (l'inconnu qui a remplacé l'estimée Taubira) se précipitent pour justifier combien Hollande a laissé la Justice indépendante pendant son quinquennat, ce qui est sans doute vrai. Mais qu'importe !

Le mal est fait.

Sarkozy traitait les magistrats de "petits pois", Hollande de "lâches".

Les deux se sont trouvés dans l'Histoire. Un ancien monarque déséquilibré et un président faussement normal.

La démission politique de François Hollande cette semaine accélère le calendrier. 


Ami citoyen, réveille-toi ! Il est temps de trier !

10 octobre 2016

Au Zenith, Sarkozy tourne à vide.

Il était au Zénith, un dimanche d'octobre. La salle est juste pleine. Bygmalion n'est plus là pour faire le show grandiose dont il avait l'habitude quand il dépensait sans compter et tout en fraude en 2012.

Nicolas Sarkozy rejoue une mauvaise partition, celle qui l'a fait échoué en 2012. L'homme du peuple, président des riches complexé, le prétendu défenseur des classes moyennes contre l'élite. Sarkozy suit la partition d'un autre outrancier milliardaire et hors sol, outre-atlantique.

Donald Trump.

Nicolas Sarkozy est notre Donald Trump et son meeting du 9 octobre n'y a rien changé.

Sarkozy cible l'élite. C'est un artifice. Il y vit. Il en vit, à coup de conférences rémunérées et, hier quand il était président, de rendus et autre renvois d'ascenseurs. Il la fréquente au Cap Nègre. Il la reçoit quand il part en vacances. Nicolas et Carla vivent dans l'un des quartiers les plus riches du pays. Et pourtant, le même Sarkozy s'exclame au Zenith: "Je ne cherche pas la bénédiction du petit Paris mondain"... Il ne la cherche pas, il l'a.

Sarkozy reprend le slogan de la France forte sans l'avouer: "La France est trop malade pour qu'on la soigne à doses homéopathiques".

Au Zenith, on retrouve le Sarkozy de 2012 et celui de 2007. L'extrême-droitiste furibard et le "petit Français au sang mêlé." On retrouve cette rage de vaincre qui l'emporte sur la cohérence politique et l'éthique personnelle: "Dans mes ancêtres, il y a les Gaulois et il y a Aimé Césaire." Le même explique, alors que la France de Hollande  accueille à peine davantage de nouveaux immigrés que celle de Sarkozy: " Je parle d’immigration, parce que nous sommes enfermés dans une logique folle, en accueillant toujours plus de monde, alors que nous les assimilons de moins en moins."

Au Zenith, Sarkozy exhibe des survivants. Voici Ingrid Bettencourt, extirpé des souvenirs comme un trophée. Il manquait les infirmières bulgares et, aussi, le colonel Kadhafi. 

Au Zenith, Sarkozy se fatigue de formules usées sur la modernité, lui qui encombre le paysage politique depuis 4 décennies. Pourquoi donc, comme d'autres, n'évoque-t-il plutôt son expérience et son bilan ? Parce que son bilan est honteux.
"La véritable modernité, c’est d’oser redonner la parole au peuple français. Il y a la modernisation pour l’élite et il y a la modernisation pour le peuple. Il y a la modernisation hors sol ou une modernisation enracinée dans notre histoire. (…) Peuple de France, allez dire que la majorité silencieuse a décidé de ne plus être silencieuse."
 Nicolas Sarkozy espère beaucoup de ce "grand meeting" à Paris.

On saura plus tard avec quel argent il a financé tout cela.


8 octobre 2016

Pourquoi la primaire de droite pue (492ème semaine politique)

 

 

La fin d'un quinquennat tourne forcément à vide. Hollande livre ses discours dans une indifférence polie. Le curseur médiatique se déplace à droite, un débat télévisé jeudi promet de belles formules. Pourtant, à droite, nous pouvions nous effrayer.


La "primaire de droite et du centre" ne déçoit pas.  
Elle dégage cette odeur nauséabonde qui nous rappelle les déchirements des années 30 et 40. Elle expulse sur la voie publique les plus profonds des ressentis, des relents pestilentiels chez quelques ténors qui s'aimeraient présidents. Elle décroche une partie de cette droite dite de gouvernement de notre histoire républicaine. La rage de vaincre égare les candidats. Pour Sarkozy, la décrédibilisation de Hollande assurait une victoire certaine. Du coup, la primaire de droite est comme un obstacle de dernière minute détestable. Alors ils se lâchent, ils donnent tout, ils vomissent jusqu'à leurs intestins pour attirer le chaland, l'attention et les colères.

De surcroît, un tel exercice des primaires à droite est inédit en France. Donc personne n'est vraiment rôdé de ce côté-ci du paysage politique. Les primaires sont devenues une élection avant l'élection: après la polémique sur ces électeurs-de-gauche-qui-voteront-Juppé pour y éliminer Sarkozy, on fait mine de découvrir, sondages à l'appui, que Sarkozy pourrait bénéficier d'un formidable soutien des sympathisants frontistes. Sans ces derniers, Sarkozy serait même disqualifié du second tour. Sarkozy à l'inverse continuer de dépeindre son rival Juppé comme un dangereux social-démocrate. Comme souvent, l'attaque est frontale mais sans jamais nommer l'adversaire. Sarkozy a le courage alternatif: "quand on prétend représenter le 'juste milieu', on se prépare aux petits arrangements, à mélanger un peu de gauche avec un peu de droite. Au fond, on prépare l’alternance molle."

Et pour qui donc voteront les Mélenchonistes dans cette primaire de droite ? 

A l'étranger, Sarkozy est notre "Trump national": un personnage dangereux, instable, ridicule, que la presse étrangère peine à croire comme un candidat sérieux. Et pourtant, il inquiète jusqu'aux services de renseignement tant son action passée, mue par un besoin de spectacle personnel davantage que par un souci d'efficacité, a été désastreuse.

L'ex-Président des riches cherche un second souffle. Il asphyxie le débat politique. Vendredi, le voici qui promet, en cas de victoire en 2017, d'organiser deux référendums en même temps que les élections législatives de juin prochain - l'un sur l'enfermement arbitraire de tous les fichés "S", l'autre sur la suspension du regroupement familial. "Politiquement et juridiquement impossible" prévient aussitôt le rival Copé. Et effectivement, l'ancien monarque, paniqué à l'idée de voir le combat présidentiel lui échapper, joue va-tout sur va-tout en faisant fi du régime et des conditions politiques. En juin 2017, l'Assemblée nationale serait encore de gauche, et l'on peut supposer qu'elle voterait contre l'organisation de tels référendums. Patatras...

On a déjà vécu cette histoire: Sarkozy, acculé, perd tout sens commun. Son verbe s'égare dans des formules définitives qui clivent jusqu'à son propre camp. Sa rage l'emporte sur la raison.

Il est temps de l'évacuer une seconde fois, plus tôt que la première.

Mardi soir, cette droite qui pue les années trente s'est croisée à la fête du cinquantième anniversaire du nouveau Rivarol du 21ème siècle, l'horrible Valeurs Actuelles, l'un des rares journaux français, avec Minute et Rivarol, à avoir été condamné pour "provocation à la haine raciale" en France: Claude Guéant, Eric Zemmour (celui-là même qui félicite les djihadistes pour leur courage à mourir pour leur foi...), Philippe de Villiers, Marine Le Pen (FN), Jean-François Copé (LR), Patrick Buisson, Pierre Lellouche (LR), David Rachline (FN), Eric Ciotti (LR, sarkozyste) se sont pressés pour trinquer. Et la blonde présidente du FN, à propos du journal qui l'invitait, de déclarer: "Sur les grands choix, on est du même côté du rivage."


Alain Juppé fait son show
France 2 lui déroule le tapis rouge dans son "L'émission politique", inaugurée deux semaines plus tôt par le rival Sarkozy. Nous sommes en 2016, et certains experts ont pensé que confronter Juppé à l'intoxicateur Robert Ménard ou l'ex-trader Kerviel a encore quelque sens ou intérêt.
" J'en parlais avec les Corses. Les Corses ne sont pas des Gaulois" Alain Juppé.
Personne ne sera surpris du choc "libéral" que l'ancien premier ministre veut appliquer au pays: il poursuit, vers la droite, la voie empruntée par l'équipe Hollande: réductions budgétaires, dégressivités des allocations chômage ("25 % au bout d'un an et 25 % au bout de 18 mois", jusqu'à un plancher de 870 euros mensuels, en deçà du ... seuil de pauvreté), recul supplémentaire de l'âge de départ à la retraite, etc) et ajoute ces "petites" touches qui l'arrime plus fortement à son camp - comme le durcissement des conditions de regroupement familial (un phénomène pourtant marginal en France - à peine 10.000 personnes) ou d'accès à la AME.

Pire encore,  le programme de Juppé subit la même grossière aberration économique si répandue à droite: en voulant abaisser massivement les impôts des plus riches, ceux-là même qui épargnent au lieu de consommer, il aggrave les inégalités, déséquilibre les comptes publics et sans relancer l'investissement ni la consommation. Il y a deux ans déjà, l'économiste Robert Reich expliquait le désastre dans un documentaire pédagogique, "inequality for all".

La surprise Juppé est ailleurs. Le favori des sondages terrifie ses rivaux du centre et de droite. Il est accusé par sa droite extrême d'être de gauche, et par sa gauche la plus proche d'être un dangereux libéral.

La primaire de gauche, disqualifiée.
Une fraction de la gauche s'organise en primaire mais pour janvier prochain. Car il faut laisser au président sortant le temps de se décider, d'observer si cette fameuse courbe du chômage s'inverse enfin durablement dans les quelques mois qui nous restent. Jusqu'au bout, Hollande aura prié pour être la seule alternative possible de la gauche. La direction du PS envoie des textos à ses cadres pour les prévenir qu'un appel de soutien à la réélection de Hollande est proche. Mi-octobre paraît-il. Même le site de campagne est prêt.

Ce temps est révolu.
"Si le chômage ne recule pas d'ici à 2017, je n'ai aucune raison d'être candidat à un deuxième mandat" François Hollande, 18 avril 2014.
François Hollande est zappé de l'actualité politique. Dimanche, il fait un "pèlerinage littéraire" à la maison Zola, musée Dreyfus, à Medan. Lundi, il inaugure la "grande école du numérique". Jeudi, il livre un discours sur la réforme des institutions. Ses propositions sont anecdotiques face aux maux dont est frappé le pays. L'opération passe totalement inaperçue. Un vague bruit de fond, ignoré des journaux radiophoniques; à peine une brève dans la presse. Hollande est encore une fois zappé de l'actualité, il le mérite: comment penser qu'un régime incapable de nettoyer ses écuries - un ancien président convaincu de fraude aux dépenses électorales peut se représenter -, dominé par des mâles, blancs, bourgeois et âgés, et verrouillé par un mode de scrutin majoritaire qui a fini par désintéresser une majeure partie de la population ne mérite , comme l'explique Hollande, qu'un toilettage sur le cumul des mandats ou l'accélération de la procédure législative ?

Vendredi, il s'invite à l'Ecole nationale des Greffes pour parler justice. 

 L'ancien ministre Macron livre l'une des meilleures charges de la semaine. Il compense le vide absolu de son programme par une charge sans faille contre ses meilleurs rivaux, Fillon, Juppé, et Sarkozy: "Le retour en politique n'est pas un droit. Quand on a perdu, un minimum d'introspection est nécessaire. (...) Peut-on imaginer se présenter au suffrage des Français alors qu'on a délibérément dépassé le plafond des dépenses autorisées pour sa campagne". Cette charge fait déraper Sarkozy, et c'est déjà une satisfaction. Car l'ancien monarque ment effrontement et involontairement, quand il réplique le lendemain: "Je fais de la politique depuis trente-cinq ans je n'ai jamais été une seule fois condamné." Faux, monsieur Sarkozy. Le Conseil Constitutionnel vous a jugé coupable d'un premier dépassement du plafond des dépenses de campagne, avant que l'affaire Bygmalion n'éclate d'ailleurs.

Juppé, Hollande, Sarkozy, Macron...

La campagne présidentielle de 2017 démarre dans la boue, par une primaire à droite qui mérite un premier coup de Kärcher.

Ami citoyen, élimine.


1 octobre 2016

Le jour où Sarkozy et Hollande sont partis (491ème semaine politique)

 

 

Vendredi, les deux hommes se sont envolés dans le même avion, un Falcon, petit habitacle, proximité forcée, et tutoiement de rigueur. Ils partaient à destination d'Israël pour les funérailles de Shimon Perès. Et s'ils ne revenaient pas ? Pour quelque 80% des sondés de toutes les enquêtes d'opinion depuis un an, ce serait sans doute la meilleure des nouvelles de l'automne.

 

Désaveu... à deux
Entre 70 et 80% des sondés ne veulent pas d'une qualification de Sarkozy ou de Hollande pour la prochaine élection présidentielle française. Les deux hommes représentent la fin d'une époque, l'épuisement d'une démocratie.

Chacun à sa manière, Hollande et Sarkozy incarnent l'échec politique de cette dernière décennie.

François Hollande est le chirurgien-dentiste du navire PS. En deux décennies, dont un quinquennat à l'Elysée, il a dévitalisé le Parti Socialiste comme un dentiste le ferait avec une dent avariée. On attend qu'elle tombe. Il faudra sans doute qu'on l'arrache. Le PS risque la PASOKisation, c'est-à-dire une disparition politique et électorale rapide comme son ancien parti-frère en Grèce disparu l'année dernière.

On dénombrerait entre 1 et 3% de Français "très satisfaits" de Hollande d'après les sondages. C'est très faible en comparaison des scores de son rival de 2012.  Trop faible pour convaincre un plus large cercle une fois venu le temps du combat électoral. Chez ces ultra-fans, l'argument du complot général contre Hollande revient en force.
Ses proches confient aux chroniqueurs de cette fin de mandat qu'il conditionne "désormais" son éventuelle nouvelle candidature à une "baisse durable du chômage." Avec 52 000 demandeurs d’emplois supplémentaires en août pour la catégorie A (les sans-emplois), on se demande quand Hollande pourra constater une amélioration "durable" sur le terrain de l'emploi. Si sa candidature est réellement "conditionnée" à cela, abrégeons ce faux suspense: la candidature de François Hollande n'est pas tenable. 

Elle serait ridicule.

Autour de François Hollande, on se prépare à cette alternative. François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, est mal entouré. Voici Manuel Valls qui organise un dîner de réflexion sur son éventuelle candidature en 2017. Emmanuel Macron, le jeune félon, débat dans les colonnes de Marianne avec Jean-François Kahn. Arnaud Montebourg cherche son destin. Pierre Moscovici a les mollets qui enflent comme une

Cette semaine, ses ministres font assaut de déclarations en tous genres pour "prouver" combien le dernier projet de budget est exemplaire d'un quinquennat réussi. Najat Vallaud-Belkacem peut se réjouit d'avoir satisfait la promesse de renfort des effectifs de l'Education nationale (+60 000 postes). Audrey Azoulay, à la Culture, se félicite d'un budget en hausse de 5%. Michel Sapin joue l'autosatisfaction à plein malgré des hypothèses de croissance déjà contestées. Marisol Touraine crie sa victoire sur le trou de la Sécu.

Après sa leçon de démocratie dans un discours réussi mais inconsistant avec son propre quinquennat voici 3 semaines, voici Hollande qui peaufine sa seconde intervention de pré-campagne. Cette fois-ci, elle viserait Alain Juppé, et serait axée sur les sujets sociaux. On rappellera à l'impétrant, par avance, quelques éléments de son propre bilan: sa funeste réforme sarkozyste des retraites, l'accord ANI transposé en loi, la loi travail trop douce pour le Medef, le gel des retraites, le quasi-gel des minima-sociaux. 

Reconnaissons à Hollande d'avoir anticipé le retour de la droite aux affaires: sa politique de l'offre - une massive et inédite baisse de charges sur le travail pour les entreprises - n'a servi à rien pour l'emploi ou le pouvoir d'achat. Un récent bilan du Comité de Suivi du CICE devrait achever de convaincre les indécis: "50.000 à 100.000 emplois créés ou sauvegardés" entre 2013 et 2014, soit "entre 200.000 à 400.000 euros par emploi créé et par an". En d'autres termes, grâce à François Hollande, nous savons que les programmes de Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire et les autres sont économiquement absurdes et socialement injustes. 

Merci, donc, François.

La reconstruction de la gauche passe par l'élimination du passé.

Une élimination qu'il faut définitive.

Sarkozy, la fin ?
Il avait peaufiné son retour, trouvé les arguments-choc qui raviraient les médias ("nos ancêtres les Gaulois") et ramèneraient l'agenda politique sur lui (le climato-scepticisme) . Et patatras !

Sarkozy encaisse mal la publication cette semaine d'un ouvrage-confidence de son ancien très proche conseiller Patrick Buisson, "la cause du peuple, L'histoire interdite de la présidence Sarkozy." Sans rire ! Le livre fait des dégâts. Et pour cause, quand Buisson rapporte des propos, ce n'est pas du souvenir, mais de l'enregistrement sur bande.

"Si j'ai tout enregistré, c'est donc que ce que je dis est vrai" Patrick Buisson.

En 2014, Buisson est évacué du premier cercle sarkozyste quand le Canard Enchaîné et le Point révèlent qu'il enregistrait clandestinement ses conversations à l'Elysée. L'ancien rédacteur en chef de Minute, l'instigateur de cette radicalisation extrême-droitière de Sarkozy et de quelques autres comme Laurent Wauquiez, est également pris dans un autre scandale, qui lui a valu une mise en examen et une instruction toujours en cours: quand il était conseiller à l'Elysée, il facturait la République de sondages en tous genres, 1,5 millions d'euros pour 2007/2008; sondages dont certains étaient ensuite remis à quelques médias complaisants qui n'en révélaient pas l'origine. Aujourd'hui, Buisson déballe sa malle. La vengeance est aussi froide que l'homme. Sous sa plume, on entend Sarkozy déclarer partager des "valeurs communes" avec le Front national; traiter Chirac de "corrompu", Fillon de "pauvre type".

Les sarkozystes se rassurent en fustigeant l'homme qui était hier adoubé. Même Laurent Wauquiez, ancien chouchou de Buisson jusqu'il y a quelques mois, prend vite ses distances.

Mercredi, Bernard Squarcini, un autre proche de Nicolas Sarkozy, l'ancien patron du renseignement intérieur (sic!) termine quarante-huit de garde à vue par une mise en examen pour pour "violation du secret de l’enquête","trafic d’influence", "détournement de fonds publics", "faux en écriture publique et usage", "recel de violation du secret de l’instruction" et "atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l’autorité publique". Rien que ça ! La Justice enquête sur ses activités depuis 2012 et son retour dans le privé.

Et si Nicolas Sarkozy avait un problème d'entourage ?

Jeudi, quelque 3 millions de téléspectateurs regardent Envoyé Spécial sur France 2. L'un des derniers magazines télévisuels d'investigation d'un PAF décimé par la censure dévoile son enquête sur l'affaire Bygmalion. Elle est accablante. Elle contredit d'abord le mensonge effronté de Sarkozy sur la même chaîne quelques semaines auparavant: non, il n'a pas été lavé de tout soupçon ni même jugé sur son rôle dans cette affaire. Elle confirme ensuite, factures et témoignages des prestataires de la campagne pharaonique de Sarkozy en 2012 à l'appui, que Sarkozy a bien dépensé 18 millions de plus que le plafond légal autorisé. Enfin, elle ajoute une autre révélation: la fraude a été bien plus importante encore que les seules fausses facturations de Bygmalion. Avec quelques détails croustillants, comme ces 47 000 euros de maquillage ou les 86 000 euros de composition musicale sous-déclarés dans les comptes de campagne.

Au final, ce sont près de 50 millions d'euros qui aurait été dépensés par l'équipe Sarkozy pour sa réélection ratée.

Et ce n'est pas tout: les soupçons de financement occulte par la Libye de Kadhafi, révélés par Mediapart en 2010, se confirment avec la découverte du carnet d'un dignitaire libyen.
"Il y a un problème avec le service public mais on verra plus tard", Roger Karoutchi, ancien ministre de Sarkozy.
"Ça suffit !" Sur l'estrade de l'un de ses meetings, cette fois-ci à Chevilly, Sarkozy martèle une trentaine de fois un "ça suffit!" qui sonne évidemment à double sens.

Oui, ça suffit. Le premier tour de la primaire de droite se déroule le 20 novembre. L'hypothèse d'une élimination de Sarkozy fait trembler la Hollandie. Imaginez donc ! Certains s'imaginent encore dans les couloirs de l'Elysée que tout n'est pas perdu pour François Hollande si Sarkozy l'emporte sur Juppé. Mais l'inverse condamnerait les espoirs du président sortant.


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Ni Hollande ni Sarkozy ne correspondent plus à rien de majoritaire dans ce pays. Le premier a vidé le Parti Socialiste de l'intérieur. Le second a décroché la droite gouvernementale de la République. Pourtant, grâce au découragement d'une majorité du pays et un mode de scrutin majoritaire obsolète, c'est bien ce duel de premier tour que l'on nous promet.