29 octobre 2016

495ème semaine politique: pourquoi il ne faut pas désespérer de la politique française



La séquence est indécente. Nicolas Sarkozy n'agace plus. Il n'énerve plus. Il ennuie. Il mérite sans doute la prison si les mensonges et approximations étaient un délit. Il méritera peut-être la prison puisque la question est posée par la Justice elle-même. Cette semaine, il s'est décidé à avouer qu'il avait bien réduit les effectifs des forces de l'ordre. Mais c'était pour la bonne cause: "on croulait sous les dettes, il fallait faire des économies." Nicolas Sarkozy a sans doute perdu sa qualification aux primaires de la droite ce jour-là.

C'est comme une sensation de vide.

C'était il y a bientôt 10 ans. Le parti socialiste l'emportait à nouveau sur le camp conservateur. Son secrétaire général avait le sourire au soir des élections. Avec une écrasante majorité des sièges à l'Assemblée, pour plus de quarante pour cent des suffrages exprimés, la victoire était nette et belle. Et qu'importe sur les cohortes militantes avaient fondu comme neige au soleil après des années d'opposition stérile. On allait en finir avec une austérité détestable  qui avait jeté dans les rues et la grève les transports publics, les écoles et même les stations-services du pays. Au 8ème congrès du précédent printemps, on avait même promis un "État social". "Il est temps de tourner la page. Les citoyens savent juger et comparer, et leur réponse est claire : en voilà assez des supercheries, de l'incapacité et de la mentalité de l'Etat-butin." expliquait le patron du PS six mois avant ces élections.

Oui, il était temps et ce temps était venu. Près d'une décennie plus tard, ce parti socialiste n'existe plus ou presque. Le PASOK, puisque c'est de lui dont il s'agit, a été rayé de la carte politique grecque par des électeurs en rage. La Grèce, puisque c'est d'elle dont il s'agit, a subi l'une des crises politiques et économiques les plus graves depuis que l'Europe s'est constituée en Union. Mais la véritable leçon qui nous importe aujourd'hui est celle-ci: oui, les partis politiques sont des corps périssables.

"On voudrait au moins perdre dans l'honneur." Un responsable socialiste anonyme.

La disparition guette ainsi le parti socialiste français. Et ce n'est pas grave. C'est la vie. Il y aura un après. Il suffit de ne pas s'accrocher au-delà de l'indicible. L'agitation pré-électorale qui frappe les caciques du parti en témoigne. L'actuel premier secrétaire Cambadélis ne s'imaginait pas syndic de faillite. Il serait cependant trop facile d'accuser le PS et même l'équipe Hollande de tous les maux.
"Cela ressemble à un suicide politique. Il faut maintenant éviter que ce suicide personnel ne devienne collectif". Manuel Valls
La probité même du chef de l'Etat n'est pas en cause. Si l'on prend la peine de comparer Hollande à ses prédécesseurs depuis De Gaulle, des diamants de VGE aux écoutes de Mitterrand, des frais de bouche de Chirac aux casseroles judiciaires de Sarkozy, Hollande reste le président le plus honnête de ce régime à bout de souffle. On lui donnerait le bon Dieu sans confession si l'on était croyant. Hollande n'est pas Cahuzac. Et la droite furibarde toute entière cherche pourtant des affaires éthico-morales à balancer sur l'actuel locataire de l'Elysée pour compenser le bila, ignoble de son précédent mentor. Même Marine Le Pen, "la présidente immaculée" du parti frontiste, doit désormais répondre sur les trafics et autres accusations de fraude aux règles de financement électoral de son micro-parti "Jeanne". Hollande est simplement prisonnier d'une bulle.

L'époque est cruelle. 

Hollande vit une tragédie qui dépasse sa propre personne.

Cette semaine, les "bons" indicateurs se sont multipliés: la courbe du chômage statistique s'inverse enfin, et qu'importe si l'on omet de s'interroger sur le sort de ceux qui sont sortis, volontairement ou pas, des statistiques officielles. L'agence de notation qui avait dégradé la note de crédit de la Sarkofrance redresse son appréciation, mais tout le monde s'en fiche. Le campement de Calais est enfin rasé et, surtout, les migrants relogés un peu partout en France, mais tout le monde s'en fiche. Hollande vit une tragédie, nous explique-t-on.

Mais pas que.

Partout dans les démocraties occidentales, la rage ou l'indifférence ont saisi les électeurs. 

Aux États-Unis, un milliardaire raciste et misogyne est capable d'attirer 40% des intentions de vote dans les sondages. Il explique qu'une femme "s'attrape par la chatte", que les "Mexicains sont des violeurs", et pourtant il réussit à convaincre une fraction de l'Amérique en rage. Au Royaume Uni, un maigre tiers des électeurs est parvenu à précipiter le pays dans un Brexit pour lequel tous ses promoteurs politiques nationaux se sont défilés. A Rome, une jeune beauté remporte la mairie de Rome malgré une inexpérience notoire. L'Espagne a mis un un an à se doter d'un nouveau gouvernement. La Belgique avant elle trois ans. En France, la personnalité politique la plus haïe du pays est créditée d'une qualification sans souci pour le second tour de l'élection présidentielle du pays.

Qui ne voit pas ces craquements ne comprend rien.

Face à ce désastre collectif, nos responsables politiques français ont-ils compris ? Non, pas tous.

Hollande n'a pas compris, pas encore compris. Il semble conserver un sentiment de toute-puissance personnelle, aveuglé par un narcissisme si courant dans ces sommets qui l'amène à des actes irréparables comme ces confessions devant deux journalistes du Monde qui ont publié le livre de trop. Devant le micro de Yann Barthes sur TMC, Edwy Plenel de Mediapart évoque l'hypothèse d'une dépression: "Un homme qui se cache derrière des petites blagues cache un malaise personnel." L'hypothèse d'une dépression présidentielle est intéressante. Celle d'une sur-confiance personnelle semble plus crédible. Comment autrement expliquer ces confidences médiatiques si désastreuses ?

Le quinquennat Hollande a d'abord été marqué par des compromis qui n'étaient que des compromissions. Ne pas comprendre qu'il franchissait une à une des lignes jaunes est une faute politique dont on se souviendra longtemps: la nomination de Valls, l'absence de solidarité avec les migrants, la déchéance de nationalité, la prolongation de la réforme sarkozyste des retraites, l'ineffable loi travail, le maintien des niches fiscales,  une politique inefficace de l'offre conjuguée à un quasi-gel de la politique sociale, les exemples sont trop nombreux pour éviter la gêne, ou la nausée, selon les espoirs que chacun avait dans ce quinquennat.

Pire encore, les résultats même de cette action docile avec les injonctions sécuritaires et libérales du moment sont minables: Valls, ex-ministre de l'intérieur, avait fait de la sécurité son propre "ADN sarkozyste de gauche". Il devrait aujourd'hui s'expliquer sur la crise policière. Hollande n'a pas non plus compris qu'on attendait de lui qu'il résiste au flot du vomi identitaire. Le piège de l'extrême droite a fonctionné. Patrick Buisson et quelques autres sont parvenus à installer contre vents et marées l'idée selon laquelle nos maux n'étaient qu'une question identitaire. Ils ne sont pas les seuls. La question identitaire a contaminé l'Amérique blanche ou l'Angleterre déchue. En France, Nicolas Sarkozy s'est saisi de l'affaire comme d'un instrument de conquête politique. L'homme n'est pas raciste, mais sa politique l'est, ses déclarations le sont. Sarkozy a même quitté la République quand il a expliqué que le Droit se changeait au gré des humeurs et des chocs. De la gauche gouvernementale dont on attendait retenue et résistance face à ces outrances, on a eu soumission voire trahisons.

Hollande, convaincu sans l'avouer qu'il fallait favoriser la marge des actionnaires pour "baisser le coût du travail" plutôt que le pouvoir d'achat du plus grand nombre, doit s'expliquer sur l'ineffable bilan de sa politique de l'offre: 41 milliards d'euros de baisse de charges sociales pour... moins de 100.000 créations nettes d'emplois en dernière année de quinquennat ?

#WTF

A l'approche du Grand Scrutin, les tentatives de redressement d'une image et d'une action dégradées apparaissent trop tard. Voir Hollande rencontrer des demandeurs d'asile à Doué-La-Fontaine quand la France, indigne, a été incapable d'accepter davantage qu'une poignée de dizaine de milliers de réfugiés de la boucherie irako-syrienne en 2015 dépasse l'indécence. L'observer, digne, célébrer les persécutions dont ont été victimes les Tsiganes sous l'Occupation et après avait quelque chose de digne mais d'anachronique quand on se souvient des déclarations finalement outrancières de Manuel Valls contre les Roms.

Le dernier enseignement, provisoire, de cette période, est réjouissant. 

L'électorat, en France comme ailleurs, semble prêt au changement. Les lignes sont moins figées, les positions moins stables. Qui aurait pu imaginer qu'un président sortant, sans scandale personnel ni bilan plus détestable que celui de son prédécesseur, pouvait n'être crédité que de 4% d'intentions favorables dans les sondages ?

Au passage, on notera que ce "score" est proche de la marge d'erreur.


Ami citoyen, il est bientôt temps de voter.


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