26 novembre 2016

499ème semaine politique: le vrai/faux retour du clivage droite/gauche

 

 

 

Une fois n'est pas coutume,  la gauche moderne est dépassée par son modèle, la droite ancienne. Mais est-ce vraiment le retour du clivage droite/gauche ?



C'est la grande nouvelle de la semaine. L'évènement politique du moment. "Monsieur 2%" est soudainement devenu le nouveau champion des sondages. Le premier "collaborateur" a même dézingué son ancien monarque. Fillon, l'homme effacé, le souffre-douleur des exubérances Bling-bling de Sarkozy, se révèle soudainement, dans la dernière ligne droite d'une primaire effroyable, le leader Il Maximo de la droite pure et dure.

Fillon serait le sauveur de la droite. Le portrait si pur que l'on dresse du bonhomme fait sourire: il vient de se compromettre dans une émission de télé-confidence. Il s'est fait élire député de Saint-Germain-des-Prés à Paris, l'un des quartiers les plus bobos qui soit. Il endosse le bilan d'un quinquennat raté. Et il n'a jamais bossé dans le privé. 

Mais dimanche, le score du premier tour de cette première primaire si primaire de la droite et du centre est sans appel: Fillon à 44%, Juppé péniblement à 28%. Sarkozy à 20%. Et les quatre autres loin derrière avec des scores anecdotiques: Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6%), Bruno Le Maire qui s'imaginait le nouveau Kennedy souverainiste de la droite à peine 2%; le catho traditionaliste Jean-Frédéric Poisson à 1%. Et enfin, la plus humiliante des défaites, Jean-François Copé hérite de 0,3%... Cette primaire, qui a mobilisé plus de 4 millions de personnes, largement plus que celle des socialistes en 2011 (2,7 millions), a livré des scores tranchés et sans appel.

Sarkozy, défait.
Dimanche, pour son second discours d'adieu en un quinquennat, Nicolas Sarkozy a l'air sonné. Il parle durant quatre minutes, souriant plus qu'à l'accoutumée. Carla est en larmes. Il rend les armes à Fillon. En pouvait-il être autrement ?  

Fillon partage avec Sarkozy le bilan d'un quinquennat irresponsable économiquement, désastreux socialement, honteux éthiquement.

Alain Juppé est lui aussi sonné. L'ancien favori des sondages n'a rien vu venir. Il y a deux ans déjà, nous pronostiquions sa défaite. Sa campagne "au centre", faussement au centre, est tombée dans un trou: ni assez à droite, ni assez à gauche. Son échec signifie plus qu'on n'en dit.

Fillon, donc, sort vainqueur, favori après les ralliements de Sarkozy, Le Maire, Poisson et même Copé. Il est même pronostiqué gagnant contre Le Pen, Hollande et tous les autres au second tour du Grand Scrutin de 2017.

Mais combien étaient-ils à avoir lu son programme ? 

Peu, trop peu. Votre serviteur y compris.

Prenons un sujet simple à comprendre, qui concerne le quotidien de nombreuses familles, le projet de François Fillon pour la Sécurité sociale. Ce système d'assurance maladie a déjà été frappé de déremboursements et de franchises médicales en quantité croissante depuis une belle décennie. Et les décisions des gouvernements Sarkozy/Fillon n'ont pas été corrigées par l'équipe Hollande/Valls, loin de là. Rappelons les principes: l'assurance maladie consiste à prélever des cotisations sur les revenus de chacun pour permettre le remboursement des soins du plus grand nombre. Le gros salaire contribue plus que le petit, sans rapport avec sa dépense réelle de santé. Forcément, ça agace les plus riches. Car le vrai débat est en fait de savoir qui paye, au moins autant que de s'interroger sur le coût de ce que l'on paye. Sur les ondes de BFM, Europe 1, France Inter et RTL, les éditorialistes économiques expliquent rapidement combien notre Sécu "coûte trop cher".

Trop cher pour quoi ? Trop cher pour qui ?

La proposition de François Fillon est simple, claire, et courageuse comme celles de toutes les vieilles droites du monde: antagoniser pauvres contre moins pauvres, ou l'inverse. C'est plus simple. C'est politiquement efficace, ça marche presque à tous les coups.

Fillon a donc cette proposition assez habile: supprimer l'essentiel des remboursements de la Sécu, sauf pour les plus pauvres, ces derniers bénéficiant d'un "bouclier social". Un bouclier social qui autorise Fillon à supprimer la totalité des remboursements de la Sécu hors affections graves. Les classes moyennes apprécieront. La droite aime bien cette métaphore du "bouclier". On se souvient du "bouclier fiscal" de Nicolas Sarkozy.

Fillon n'explique pas si les deux postes de dépenses de santé les plus lourds à supporter pour les familles, surtout nombreuses, à savoir les soins dentaires et les corrections visuelles, seront aussi exclues de l'assurance maladie universelle.

Lundi soir, Fillon est sur TF1, Juppé se réfugie sur France 2, dans un plateau de secours car des techniciens de la chaîne sont en grève. Le contraste des images est saisissant. On se demande comment Juppé peut réussir. Quand on demande à Fillon pourquoi son bilan partagé avec Sarkozy est économiquement si mauvais, il s'excuse derrière la Grande Crise de 2008. Osons la question: quelqu'un qui s'est révélé incapable de gérer un pays dans ces moments les plus difficiles mérite-t-il d'être candidat ? 

L'équipe Juppé rappelle assez vite les ambiguïtés de Fillon sur l'IVG. Inscrire une campagne de droite sur des sujets sociétaux, il faut oser. Juppé tente de prendre Fillon par le centre quand son rival a déjà fait la preuve de son succès au coeur de la droite rance. Quelle curieuse stratégie... Jeudi, 215 parlementaires de droite signent une tribune contre Juppé et ses attaques. C'est le retour de la droite la plus bête du monde. 

Jeudi soir, dernier débat de cette primaire primaire. Juppé est à l'attaque. On comprend assez vite que les différences entre Fillon le réac et Juppé le faux rad-soc sont finalement si modestes. Si l'on était discourtois, on pourrait dire que ce ne serait que la taille du suppositoire libéral qui diffère.

Pourtant, même la centriste Corinne Lepage s'est fendu d'un billet pour relever trois différences évidentes entre les deux candidats, "trois raisons pour lesquelles Fillon serait un danger pour la France.": haineux contre l'écologie ("François Fillon partage une forme de haine de la droite dure sur tout ce qui touche à l'écologie, de près ou de loin") offensif contre les droits des femmes, et anti-européen. Lepage oublie la Sécu, l'un des rares fondements redistributifs de la société française depuis la Libération.

La Nouvelle Pensée Unique
Ce pays "étatisé" qu'est la France, dont la Sécu serait inefficace et couteuse, est toujours classé dans les premiers places mondiales en termes d'espérance de vie (20ème sur 224, loin devant la moyenne européenne). Devant les États-Unis (42ème); devant aussi le Royaume-Uni, (33ème), cet autre modèle des furibards libéraux; devant les Pays-Bas (25ème). Même la riche et si performante Allemagne se rétracte à la 35ème place dans ce classement tenu à jour la CIA.

Jeudi, Juppé attaque donc Fillon sur ses projets de destruction de la Sécu.

Enfin !

LCI en rajoute sur la "potion amère de François Fillon". N'en rajoutez pas ! L'ancien "collaborateur" de Nicolas Sarkozy a beau jeu de dénoncer le "système politico-médiatique". Les médias en France, c'est bien connu, sont aux mains de dangereux milliardaires gauchistes. La ministre de la Santé chiffre rapidement à 3200 euros par famille le surcout des propositions du candidat Fillon. Lequel se fend d'un communiqué en réponse. Il veut, explique-t-il, "clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles : cela passe par un panier des soins « solidaire » dont sont exclus les soins de confort et la « bobologie »." La "bobologie" ? L'image est astucieuse. La bobologie désigne le soin des bobos sans gravité, mais est tout autant un clin d’œil politique contre les "bobos" bourgeois/bohêmes que la droite tente d'instituer comme ennemi politique. Dans les faits, Fillon ne dément pas ses premières propositions: il entend bien demander aux Français de s'adresser à l'assurance privée pour le remboursement de leurs soins, sauf pour deux cas: les affections graves et de longue durée, et les ménages les plus pauvres.

Les familles apprécieront.

La lutte finale
Vendredi, Fillon tient meeting Porte de Versailles, à Paris. Comme Sarkozy en 2012 dans les derniers jours d'une campagne déjà odieuse. Fillon refait le show. Il y a moins de drapeaux. Bygmalion ne surfacture plus l'UMP pour assurer le spectacle. Fillon dérape, ou plutôt il caresse dans le sens de tous les poils la vieille droite. Il appelle à défendre la famille. Est-elle menacée ? Frigide Barjot, l'une des égéries décalées et subventionnées des manifestations anti-mariage gay applaudit. Elle reste jusqu'au bout, elle quitte la salle avec les derniers. Fillon a des soutiens extrêmes qu'il n'assume pas. "Caricature!" s'exclame-t-il quand on pointe le doigt sur son programme caricatural.

Fillon ne rappelle plus ses propos d'août dernier sur la "colonisation heureuse", qualifiée de "partage culturel". Mais il a cette formule, toute aussi glaçante: "Le patriotisme est la seule façon de transcender nos origines, nos races et nos religions."

Fillon pense donc qu'il y a des races.

La primaire de droite a eu un mérite. Elle a clarifié ce qu'était la droite aujourd'hui. Elle a rappelé ausso ce que devait être le débat politique. Le retour politique de cette droite rude, rance et clivante signe aussi l'échec du social-libéralisme centriste qu'un large axe Hollande/Valls/Macron/Bayrou/Juppé a tenté d'imposer au pays. La différence entre la gauche et la droite ne saurait se résoudre entre débattre du nombre de dimanche que l'on ouvre aux commerces, ni de savoir si le SMIC doit être augmenté de quelques centimes; ni à agiter l'épouvantail frontiste; ni à discutailler sur la "juste" proportion d'exonérations de cotisations sociales; ni surtout à s'enfermer dans des débats identitaires.

La primaire de la droite réactive le débat droite/gauche, mais elle laisse à penser à certains que la droite est soudainement devenue que filloniste.

Une victoire de Fillon demain devrait affaiblir Le Pen pour 2017.

Une victoire de Juppé devrait enterrer Hollande, Valls et Macron pour 2017.

A vous de choisir.


Ami gauchiste, abstiens-toi. 

Ami sarkozyste, adieu. 












24 novembre 2016

Ce que Fillon veut détruire de la Sécu des classes moyennes

Il faudra bien parler des propositions du candidat Fillon, le futur champion, le prochain vainqueur de la droite "républicaine" pour l'élection présidentielle de 2017. Alain Juppé a évoqué une "brutalité". Il est de droite, il sous-estime l'effarement qui devrait saisir le citoyen.

Mercredi sur France inter, dans le Monde, les Echos ou Europe 1, on expliquait que Fillon n'était pas si "thatchérien" que cela. Vraiment ? Prenons la Sécurité Sociale. Un système formidable qui permet l'allongement de la vie, de la santé du plus grand nombre, de la productivité de ce pays, cette Sécurité Sociale célébrée par un (excellent) documentaire baptisé "La Sociale", de Gilles Perret, est en passe d'être mise à sac, détruite, démembrée par François Fillon futur président.



Le démembrement proposé par Fillon se lit facilement par quiconque un peu curieux. C'est une poignée de mesures, dont l'instauration d'une franchise médicale universelle, suffisamment élevée pour laisser aux assurés sociaux le soin de supporter l'essentiel de leurs frais de santé.
« Je propose aussi de centrer l’assurance-maladie sur un panier de soins de base. Il ne s’agit pas de faire une médecine à deux vitesses mais de bien répartir les rôles entre ce qui doit être couvert par la solidarité et l’assurance-maladie et ce qui incombe aux choix individuels et aux organismes complémentaires. » François Fillon.
Dans son programme présidentiel, rappelle Christian Lehmann sur son blog, et Elie Arié sur ce blog, Fillon précise sa pensée: il s'agirait de réserver la Sécu à la prise en charge des affections de longue durée et des hospitalisations, et de laisser le reste aux mains de l’assurance privée.

Reprenons trois "détails" ces propositions du candidat Fillon:
  • "Supprimer le tiers payant généralisé": les familles modestes seront heureuses de savoir qu'elles devront désormais avancer les frais de santé.
  • "Rétablir les 39 heures à l'hopital": cette proposition est indigne de cynisme quand on sait le volume d'heures sup impayées dont souffrent les personnels hospitaliers. Un sujet que l'ex-premier ministre Fillon connait parfaitement.
  • "Focaliser l'assurance publique universelle sur les affections de longue durée ou de longue durée et l'assurance privée sur le reste." Les classes moyennes seront heureuses de savoir qu'elles devront trouver urgemment une mutuelle.

Dans le détail, Fillon propose aussi de supprimer des hôpitaux, "quitte à accroitre la distance de l'accès aux soins" . La destruction de la carte hospitalière avait été entamée par le funeste duo Sarkozy/Fillon. Pour l'industrie pharmaceutique, Fillon propose aussi, très simplement, de "favoriser l’accès au marché des produits innovants" c’est-à-dire "l’accès au remboursement par une concertation avec la Haute Autorité de Santé". Comment ?  "Par un accroissement des Autorisations Temporaires d’Utilisation". Augmenter le nombre de tests grandeur nature, jusque là "exceptionnels", par les labos, sur des médicaments "ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) et ne faisant pas l’objet d’un essai clinique"...  quelle belle idée !

22 novembre 2016

Sarkozy s'en va. Ce n'est que le début.

Donc il parait que Sarkozy s'en va.

Une seconde fois.

Son discours du dimanche 20 novembre 2016 faisait écho à celui du 6 mai 2012. Ce discours était sans saveur. Un discours neutre pour éviter de marquer d'une image ridicule la mémoire collective quand le soir d'une vie politique est enfin arrivé. C'est vrai qu'il a l'air presque soulagé. On ne sait jamais avec Sarko. Il défend avec une telle conviction la moindre de ses contradictions. Il a l'insincérité authentique. Ce discours d'adieu a surpris, puisque sa cuisante défaite et les circonstances de son éviction ont surpris.

Mais nous sommes rapidement passés à autre chose.





On le regrettera, évidemment. L'histoire politique de Sarkozy ne s'arrête pas ici.

Il y a d'abord l'impact de son défaite sur la victoire, ou la défaite, des autres. Le "report" de voix sur Fillon sera--t-il aussi fort que la collaboration entre les deux hommes fut stable durant les cinq années du quinquennat précédent ? Dans la rue ou ailleurs, des Sarko-fans déchiraient leur carte des Républicains, ce nouveau et curieux nom de l'UMP devenu la blême emblème de Donald Trump. Quelques-uns, peut-être nombreux, iront grossir le camp du Front national. Quelle était la différence entre Sarkozy et Le Pen depuis le discours de Grenoble ? Le second n'a pas osé allé jusqu'à appliquer son discours. La seconde n'a que son discours.

Il y a ensuite le bilan  du sarkozysme. Ce bilan est partagé par d'autres, au premier desquels Fillon, premier des ministres, collaborateur fidèle, et souvent servile, d'un monarque agité. Le bilan de Sarkofrance sert de mémoire, et d'outil politique pour le combat présidentiel qui s'annonce, puisqu'il est aussi le bilan de FillonFillon a même démarré le quinquennat Sarkozy plus populaire que son patron, on l'a oublié. Fillon a été le Valls de Hollande.

Nicolas Sarkozy partage avec Valéry Giscard d'Estaing l'expérience d'un seul mandat présidentiel. Un mandat que les Français ont voulu unique. Il a fallu lui rappeler une seconde fois. Mais le vrai combat est ailleurs. Il est contre une droite qui entend livrer une coloscopie libérale que la France n'a jamais connue et contre une extrême-droite normalisée par la Sarkofrance depuis une décennie.


19 novembre 2016

498ème semaine politique: pourquoi il ne faut pas voter à la primaire de droite

Dimanche 20 novembre 2016, sept candidats à la "primaire de la droite et du centre" sont départagés lors d'un premier tour. La campagne fut épuisante, pour les citoyens surtout. Cette primaire de droite censée désigner le champion qui terrassera l'extrême droite que les sondeurs promettent déjà qualifiée au second tour de l'élection présidentielle a été une épreuve pour la République et le vivre-ensemble. 

 

Il ne manquait pourtant que Marine Le Pen et Emmanuel Macron pour qu'elle soit réellement complète.



La droite a déjà gagné. 

En effet, François Hollande a redressé les comptes du pays. Ou presque. Et s'il n'avait gaspillé une quarantaine de milliards injustifiée en exonérations de cotisations sociales sans contre-parties d'emplois auprès des grandes entreprises du pays, le redressement serait encore plus net. Jugez plutôt.

Le déficit budgétaire est attendu à 3,3% en 2016, contre 3,8% en 2015; on espère même tomber sous la barre des 3% l'an prochain, un "record" depuis 2007. L’endettement public qui stresse nos gouvernants et les éditocrates libéraux culmine à 96,5% du produit intérieur brut. Mais sa progression, inévitable tant que l'exécution du budget public annuel ne dégage aucun excédent, est sans commune mesure avec l'explosion connue sous le quinquennat précédent. L'Assurance maladie, qu'une génération d'assurés sociaux n'avait connu qu'en déficit, est quasiment à l'équilibre. 400 millions de pertes cette année, une broutille.

Nicolas Sarkozy avait laissé le pays quasiment ruiné, Hollande a redressé les finances. Quelques-uns, au début nombreux mais rapidement de plus en plus rares, ont cru que Hollande en profiterait ensuite pour "redistribuer" les fruits de cet effort général. Il n'en fut rien, bien au contraire. La défiscalisation de l'économie a bénéficié aux entreprises. Et à chaque loi de finances depuis 2013, Hollande, Sapin ou Valls théatralisent l'annonce d'un nouvelle aumône d'une baisse d'impôt ou d'une ristourne fiscale qui, à chaque fois, concerne "des millions de Français modestes" pour, à chaque fois, un ou deux milliards d'euros. 41 milliards d'exonérations inefficaces pour les uns, 2 milliards "d'effort" pour les autres. Chacun fera la comparaison.

Dans cette primaire de droite, les surenchères d'économies, qui se réaliseront toutes aux détriments de celles et ceux qui ont besoin des services publics, oscillent entre la boucherie version Fillon ("500.000 suppressions de postes de fonctionnaires") et "l'amputation raisonnable" version Juppé ou Sarko (200 à 300 000 suppressions de postes). Faudrait-il rappeler que lorsque le duo Sarkozy/Fillon s'est attaché à ne plus remplacer un départ à la retraite sur deux, même dans les forces de sécurité alors que la menace terroriste ne cessait de monter, la baisse nette sur le quinquennat ne porta "que" sur 144 000 postes ?


Lors de la primaire de la droite, nous avons pourtant entendu combien les 7 candidats voulaient faire "mieux" que François Hollande.


La droite joue contre les "médias"
C'est la dernière hypocrisie de cette campagne, celle la plus habituelle. L'ancien monarque, ancien champion de la curiosité médiatique, n'a cessé comme en 2012 d'attaquer "les médias". On ne sait s'il désignait Auto-Moto, le Quotidien de Yann Barthès sur TMC/TF1, le Petit Journal de Cyril Eldin sur Canal+ version Bolloré, le Figaro dirigé par son ami Dassault, ou Elkabach du groupe Lagardere.

Attaquer les "médias" est la dernière parade de ces titulaires de l'ordre établi qui refusent la contestation. L'incroyable silence de ces candidats sur la plus longue grève de l'audiovisuel français, de surcroît dans une chaîne privée et pour des raisons éthiques et non salariales, en dit long sur le paysage médiatique qu'ils affectionnent.

Interrogé sur l'incroyable accusation qu'il aurait reçu 5 millions en liquide de la part de la Libye pour le financement de sa campagne de 2007, Sarkozy s'indigne, s'offense, et insulte le journaliste qui ose. David Pujadas, pourtant, n'est pas révolutionnaire.


La droite a déjà perdu. 

Le plus effarant dans ce concours de beauté version coloscopie conservato-libérale est son anachronisme total avec la situation du pays. De quoi parle-t-on ? D'un pays avec 12 millions de foyers qui terminent le mois avec une dizaine d'euros. D'un pays soumis à des règles (et une corruption) européennes au niveau central dont aucun candidat ne parle. D'un pays où 5 millions de foyers, de toutes origines et nationalités, vivent avec moins de 840 euros par mois, quand le prix au mètre carré en Ile-de-France est de 15 euros par mois, et le transport public, pour les plus pauvres, à 16 euros par mois.
"6 % des ménages ne peuvent maintenir leur logement à bonne température, 17 % ont un logement bruyant et un tiers ne peut pas se payer une semaine de vacances au moins une fois dans l’année." Observatoire des inégalités.
Aucun des 7 programmes présentés lors de cette primaire "de la droite et du centre" ne prend le sujet à bras le corps. Les diversions, en revanche, sont nombreuses: on désigne le clandestin, l'immigré, le musulman, le fonctionnaire, la "bien-pensance" .

L'ex-favori des sondages de cette primaire, Alain Juppé, n'est pas en reste. Si l'on tente une comparaison américaine, Juppé est assez proche d'Hillary Clinton, François Fillon ressemble à Ted Cruz, Sarkozy s'est calé sur Trump.

Cette droite est la plus réactionnaire que la France ait connu depuis 1944.  Il faut relire le programme de Fillon, dont les saillies ultra-thatchériennes ne sont pas nouvelles, pour réaliser ce qu'un ex-gaulliste est capable de défendre aujourd'hui: supprimer l'essentiel du Code du Travail et la rémunération des heures supplémentaires au-delà de 35 heures dans le privé; reculer à 65 ans l'âge de la retraite et supprimer tous les régimes spéciaux. Et créer un nouveau motif de licenciement, la "réorganisation".

Même Nathalie Kosciusko-Morizet, qui tente l'exercice de la modernité "numérique-gaga", synonyme de nouvelles précarités qu'elle ne voit pas, ni ne comprend, est effroyablement réactionnaire. NKM est sympathique de comprendre que les homosexuels mariés ne méritent pas le bucher en place publique, c'est tout.

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Nicolas Sarkozy expliquer lors du troisième débat de cette primaire primaire qu'il fallait supprimer l'aide médicale gratuite d'urgence pour les clandestins pour financer une augmentation (marginale) des petites retraites.

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu François Fillon expliquer à Sablé, en août dernier, que "la France, c’est la fille ainée de l’Eglise et le pays des philosophes des Lumières." La fille aîné de l'Eglise...  Nous sommes en 2016, et nous avons entendu François Fillon expliquer, toujours à Sablé, en août dernier, que "Sans liberté il y aura toujours plus de pauvres et toujours plus d’injustice sociale."

 Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Nicolas Sarkozy, défenseur du bouclier fiscal, de la suppression de l'ISF, expliquer que "jamais une personne qui bénéficie de l’assistanat ne devrait gagner plus de 75% du SMIC": 5 millions de personnes gagnent justement moins de 75% du SMIC.

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Jean-Frédéric Poisson oublier que Martinique et Guadeloupe étaient en France, ou expliquer que Clinton était "soumise au lobby sioniste".

Nous sommes en 2016, et nous avons entendu Bruno Le Maire promouvoir l'apprentissage en entreprise dès l'âge de 12 ans. Le travail des enfants a été aboli en France juste avant la première guerre mondiale, dont on célèbre le triste centenaire depuis 2014.

Bref, voici  la Réaction, un immense retour en arrière, plus d'un siècle auparavant ou dans les heures les plus sombres de notre pays.

Au final, le trio de tête que les sondeurs annoncent depuis quelques jours comprend un invité surprise, François Fillon, l'ancien esclave consentant à Matignon de Nicolas Sarkozy pendant 5 ans (un record sous la Vème République). Le duel de dimanche, sauf bourrage d'urnes si habituel mais impromptu en Sarkofrance, pourrait opposer Fillon à Sarkozy.

Que la politique sait être cruelle.


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Il n'est pas sûr, encore moins sûr qu'il y a quelques semaines, que le candidat qui sortira vainqueur mais éreinté de cette primaire à droite puisse l'emporter en mai 2017 contre Marine Le Pen. Entre les "raisonnables" hors sol et ultra-libéraux et les furibards qui légitiment le discours de l'extrême droite, le choix de ces 20 et 27 novembre est détestable pour qui aimerait encore défendre une droite républicaine.

Ces candidats n'ont pas réussi à être en phase avec une réalité simple du pays, la souffrance, la précarité, l'incertitude.

Entre Sarkozy qui laboure le terrain Lepeniste, Fillon qui veut incarner Thatcher matinée de Boutin et Juppé qui sera effacé comme Clinton aux Etats-Unis, la droite semble avoir déjà perdu.

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Post-Scriptum: Emmanuel Macron s'est déclaré à candidat solitaire à la Présidentielle de 2017. Seul dans un atelier d'apprentis mécano de Bobigny qu'il avait pris soin de faire vider avant sa déclaration très giscardienne.

Il a refusé de participer à la primaire de droite et du centre.

Allez comprendre.



17 novembre 2016

Macron ? Non, rien. Sarko ou Le Pen.

Emmanuel Macron a déclaré sa candidature à la présidence de la République.

"Je suis candidat à la présidence de la République ; (...) à l’occasion de la présidentielle de mai prochain, nous pouvons choisir d’avancer. Ce combat pour faire réussir notre pays, commencera en mai 2017. Un président n’est pas simplement investi d’une action, il porte aussi les valeurs de notre pays, la continuité de son histoire et de manière cachée la vigueur et la dignité d’une vie publique. J’y suis prêt."
Soutenu par la frange centriste du parti socialiste (#lol), et quelques financements privés, l'ancien ministre a fait évacuer de force un un centre de formation mécaniciens dans une banlieue populaire du Nord de l'Ile-de-France, à Bobigny, pour y faire sa déclaration de candidature. Cela n'a pas empêcher Macron d'oser: "Notre pays se redressera par la jeunesse. On lui a trop fait de promesses".

S'adresser à la jeunesse, mais en expulser les quelques exemplaires qui se trouvaient dans la pièce, quel curieux et désagréable symbole.

Il y a eu quand même quelques soutiens du trop jeune candidat pour penser que cet exercice de communication artificiel était sincère, heureux, et bienvenue.
"La symbolique est forte. On annonce des choses en banlieue, pas sur le plateau de TF1" Patrick Toulmet, président de la chambre des métiers et de l’artisanat de la Seine-Saint-Denis.
 Ces gens-là sont hors sol.

Un entre-soi artificiel, une élite déconnectée, puisque le terme est à la mode. Mais pire, Macron est le mouton utile de la horde de loups extrême-droitistes furibards qui vont concourir, ou aboyer, lors du prochain scrutin.

Cette annonce avait été fuitée la veille par les communicants.

Macron a le sens du suspense.

L'objectif de cette déclaration précipitée, quatre jours avant le premier tour de la primaire de la droite, est assez évident: perturber l'électorat centre-droit qui pouvait être tenté par Alain Juppé, et favoriser ainsi la qualification de Nicolas Sarkozy. Il est possible que les plans soient déjoués par cette "percée" sondagière de François Fillon.



12 novembre 2016

Après la nuit américaine, l'hiver français (497ème semaine politique)

 

Comme tous les quatre ans, les médias européens se préparent à une nuit américaine, ce second mardi de novembre. Mais cette fois-ci, la nuit est sombre. Elle choque. Elle va durer. Elle n'est plus qu'américaine. C'est une nuit noire, une nuit qui s'étend rapidement en Europe. La victoire de Donald Trump est un cauchemar américain, mais aussi la promesse d'autres secousses, d'autres soubresauts, d'autres bêtises.


En un vote, une campagne ratée et une élite discréditée, l'Amérique s'est doté, sans transition aucune, de son premier président blanc, âgé, milliardaire, raciste et misogyne, juste après son premier président noir, jeune et démocrate. Elle est comme cela, l'Amérique, le pays de tous les excès. 

Cette élection, évidemment, aura des conséquences en Europe et en France. On lit déjà l'éditocratie s'agiter, effrayée de n'avoir pas vu ni anticipé. On entend déjà Le Pen et Sarkozy se régaler, Juppé et Hollande se prendre pour des sauveurs. On se pince. Ils n'ont pas compris, ils n'ont rien vu, rien appris, rien écouté.

L'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis livre peu à peu des enseignements désagréables qu'il faudrait au moins comprendre. 

1. La victoire de Trump est la défaite d'un social-libéralisme mâtiné d'injonctions au "vote utile". On ne sait pas si Bernie Sanders, candidat malheureux à la primaire démocrate, aurait gagné contre Donald Trump. On sait simplement qu'Hillary Clinton a perdu. Parmi les erreurs de la candidate, on peut citer, sans contestation, sa faible popularité initiale, les manipulations et tricheries sur les votes que la hiérarchie du Parti Démocrate a tenté et réussi en sa faveur contre Sanders au risque de dégouter ses supporteurs; la collusion d'Hillary Clinton avec la finance; son programme centriste incapable de saisir la rage ni de convaincre les précaires; sa conversion "gauchiste" sur le tard; et ses déboires d'emails agités par le FBI. Hollywood est triste. Les dîners à 353 000 dollars la place pour soutenir l'outrageante Clinton n'ont pas convaincu la jeunesse, minoritaire, de se porter sur la candidate.

Hillary Clinton, malgré des convictions féministes et sociétalement progressistes, a incarné l'élite, l'argent, l'échec, le mépris.

Et depuis le début.
"François Hollande est le premier Clintonien de France". Jean-Luc Mélenchon, "Le choix de l'insoumission", septembre 2016
2. Les Etats-Unis ont porté à leur présidence un candidat septuagénaire, blanc, raciste et misogyne.  Mais ce n'est pas tout. Le nouveau vice-président Mike Pence est un homophobe revendiqué, créationniste et anti-avortement, un conservateur pur jus, "à l’aile la plus conservatrice du courant évangélique".  La nuit sera longue. Elle a déjà été longue dans le passé. Elle sera longue à nouveau.  Le brillant Aaron Sorkin, scénariste de l'une des plus brillantes séries "A la Maison Blanche" qui décrit en sept saisons un monde cynique et détestable de la politique américaine à Washington, cet exact monde qui fut dénoncé à longueur de campagne par Donald Trump, a publié une lettre à sa fille. On retiendra ce constat, factuel: 
"Ce n'est pas seulement Donald Trump qui a gagné hier soir – ce sont aussi ses supporters. Le Ku Klux Klan a gagné hier soir. Les nationalistes blancs. Sexistes, racistes, des bouffons."
3. Bizarrement, il y a encore quelques éditocrates et responsables politiques pour tenter de se rassurer sur les conséquences en France: Clinton, candidate démocrate est idéologiquement aussi proche de Juppé que de Hollande. Elle a été défaite par son rival outrancier. Elle est partie trop bas dans les sondages, elle n'était pas populaire. Elle a gauchisé sur le tard son discours après la primaire presque réussie de Bernie Sanders. Elle n'était pas crédible. Aussi peu crédible qu'un Hollande qui découvre sa gauche dans le dernier semestre de son quinquennat. Ou qu'un Juppé qui tente de jouer au rocardien. Il y a une rage qui peut s'incarner politiquement dans la haine ou la solidarité. Jamais dans la collusion avec un système qui détruit. C'est l'enseignement de cette campagne américaine, comme c'était l'enseignement du succès du Brexit.

4. Bizarrement, il y a encore quelques éditocrates pour continuer de ne pas voir, de ne pas comprendre, de caricaturer encore. Ainsi quand Bernie Sanders explique-t-il que "si M. Trump entend vraiment mener des politiques visant à améliorer les vies des familles de travailleurs dans ce pays, moi et d’autres progressistes sommes prêts à travailler avec lui, mais s'il entend mener des politiques racistes, sexistes, xénophobes et contre l'environnement, nous nous opposerons vigoureusement à lui", nos médias officiels ne retiennent que la première partie en une: "Le socialiste Bernie Sanders veut travailler avec Donald Trump" résume LCI. "Sanders veut travailler avec Trump", complète le Point.

Crédit: Lucinda Williams
5.  L'abstention est la première gagnante du scrutin. Clinton a découragé son camp: ça ne vous rappelle rien ? Obama a raconté que "ça allait mieux". Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Comme le Brexit au Royaume Uni, la victoire de Trump s'est joué sur la mobilisation d'un camp et l'abstention du plus grand nombre. 46% des électeurs n'ont simplement pas voté. Le taux de participation a été le plus bas depuis 2000. Trump a recueilli 59 611 678 suffrages. Et Hillary 59 814 018 votes. C'est la seconde surprise du scrutin. Hillary Clinton, apprend-t-on plus tard, a obtenu de justesse davantage de suffrages que Donald Trump. Mais le jeu du "winner-takes-all", Etat par Etat, a accordé 290 grands électeurs au milliardaire aux cheveux orange. 
Les électorats noirs et latinos se sont moins mobilisés que pour l'élection d'Obama.



6. Donald Trump a gagné grâce à Facebook, un incroyable investissement personnel dans les réseaux sociaux. Il a flatté tout ce qu'il y avait de plus bas, de plus faux, de plus outrancier à flatter sur Facebook, un réseau social plus puissant que les débats, explications, articles, et autres couvertures médiatiques officielles. La victoire de Trump est d'abord celle de Facebook. Marc Zukerberg est l'idiot utile de la trumpisation du débat politique. Il s'en défend évidemment. En France, la fachosphère est puissante, rodée et prête au combat électoral.

7. Donald Trump est aussi un acteur surexposé dans les médias. Il a gagné avec avec une chaîne d'information, la plus puissante du pays, et il en a parfaitement joué: ça ne vous rappelle rien ?  Ses propos de campagne ont halluciné les bonnes âmes, et les âmes tout court. Ses petites phrases, lâchées souvent la nuit sur les réseaux sociaux ou dans des meetings survoltés, ont été construites pour attirer choc, détestation et couverture. Mais surtout, Trump a bénéficié de plus de 800 heures de conversation politique sur les chaînes de télévision américaine, contre à peine la moitié à sa rivale démocrate. Un candidat "hors système" sur-couvert par le "système", ça ne vous rappelle rien ?

8. Donald Trump a convaincu les femmes. Oui, vous avez bien lu. Ses propos misogynes ignobles,  ressortis du passé ou pas, ses accusations d'agression sexuelle n'ont pas découragé une majorité des électrices blanches de voter pour lui. Le score médiocre obtenu sur l'électorat féminin au global (42%) n'est dû qu'à la très faible mobilisation des minorités pour le milliardaire: 65% des électeurs hispaniques, lesquels se sont insuffisamment mobilisés par ailleurs, ont préféré Clinton.

9. Trump a gagné le vote des âgés: 53% des plus de 45 ans qui ont voté l'ont choisi.  55% des électeurs de moins de 30 ans ont voté Clinton. L'électorat âgé est toujours le plus effrayé. Le pays se gouverne par les vieux, avec les vieux, pour les vieux. 

10. Trump a "racialisé" le vote. Il a agité les haines et les peurs pour capter la rage. Et le résultat ,e sait pas fait attendre. Quelque 70% des Blancs sont allés voter, ils représentent 65% de la population. 8% des électeurs noirs seulement se sont portés sur Trump. Un tiers des votants hispanophones seulement ont choisi Trump.

11. Les affaires judiciaires qui menacent Trump n'ont rien changé. Elles sont pourtant légions, qui viendront polluer, ou pas, la présidence Trump. On en dénombre près d'une centaine qui sont toujours en cours : des actions de groupe lancées contre l’ancienne Trump University, ou des accusations d'agressions sexuelles,  une gigantesque fraude fiscale ou des fraudes à la Trump Fondation. Car c'est une autre leçon de cette élection: même aux États-Unis, les casseroles judiciaires n'ont pas fait la différence.

12. Wallstreet a applaudi. Les bourses étrangères ont dégringolé. La droite furibarde, protectioniste et identitaire fait plaisir au grand capital. Même dans la Sillicon Valley, on se cherche des raisons d'espérer de cette présidence Trump qui débutera dans une soixantaine de jours. Le dernier président conservateur exotique, Ronald Reagan, a ruiné son pays pour quelques décennies.

Donald Trump est parvenu à incarner par la haine la rage des exclus, des inquiets. Il arrive à la tête d'un Etat fédéral où les contre-pouvoirs sont nombreux, et les élections fréquentes. Et même si le Sénat comme la Chambre des représentants sont (encore) sous contrôle républicain, la situation institutionnelle de Trump est moins puissante que celle du prochain président français.


Ami citoyen,

Réveille-toi.




5 novembre 2016

496ème semaine politique: rions un peu avec Juppé, Sarkozy et Monsieur 4%

 

L'Amérique trumpisée va sortir de son cauchemar, ou bien au contraire s'y enfoncer, dans quelques jours ou pour quelques années. La France ébahie, amusée, terrifiée commente cette Amérique comme si elle était elle-même épargnée. Pourtant, la situation politique française est devenue burlesque: le retour de Jean Lecanuet, l'antisarkozysme de droite, ou l'aveuglement de "Monsieur 4%", tout prête à la rigolade.

Rigolade
  • Action de rire et de se divertir sans contrainte: "Quelle rigolade, quand on est partis!"
  • Chose peu sérieuse, burlesque: "Tout ça n'est qu'une vaste rigolade!" 
  • Chose faite sans effort, comme par jeu:  "Réparer ça, c'est de la rigolade!" 
Source: Larousse

Le retour de Jean Lecanuet
Le favori des sondages et des sondeurs, la terreur du camp sortant, publie une affiche de campagne digne des meilleurs publicistes des années soixante. La photographie est quasiment sépia, la typo d'un autre temps, le cadrage hors d'âge. Juppé semble s'être échappé dû de la campagne présidentielle de 1965 contre de Gaulle et Mitterrand. Finalement, la comparaison devient évidente: Alain Juppé est en fait la réincarnation politique de Jean Lecanuet. Comme une sorte de grand-père d'Emmanuel Macron.

En 1995, Chirac découvrait le "mulot". En 2016, Juppé adore les "cookies", pour désigner les emoticons qui décorent tweets et SMS des plus jeunes. Juppé cherche à être moderne, le peut-il vraiment ? Son programme est une potion à peine moins amère et violente pour tout ce compte de précaires le pays. Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, rivale anecdotique dans cette primaire primaire, Juppé tente de réchauffer les cœurs et les esprits. Il s'inscrit en faux contre les furibards et autres professeurs de haine qui appellent à la croisade. Mais son programme reste et demeure tout droit sorti des vieilles armoires thatchéristes.

L'électeur est-il si masochiste au point d'embrasser, dans les sondages au moins, ces candidats effroyables qui nous promettent amputations, licenciements et exclusions ?

Jeudi soir, le second débat de la primaire de la droite et du centre a d'ailleurs tenu toutes ses promesses: ennuyeux car vide d'idées, généreux en surenchères ignobles à faire frémir la République, décourageant pour l'électrice devant ce parterre de mâles quinqua/sexta et, à l'arrivée, un résultat d'audience bien maigre et mitigé : un peu moins de 3 millions de téléspectateurs. Le plus cocasse est ailleurs, ce débat des tontons flingueurs se déroule au soir de la journée de la gentillesse. Ces candidats sont maudits. Ils sont burlesques. Fillon et Sarkozy sont rapidement haineux à l'encontre de François Hollande. Le duo exécutif du quinquennat précédent raté est rancunier. Nathalie Kosciusko-Morizet fut la seule, claire et directe, à affirmer son hostilité irrémédiable contre la blonde nationale-socialiste. Quand Sarkozy appelle au barrage contre le FN, on lui rappelle qu'il a chipé la quasi-totalité du programme et des outrances de la Bête Immonde.

Pourquoi donc refuser une alliance politique avec le FN quand les idées sont devenues si proches ?

"Enfin de la castagne!" se réjouit le Parisien le lendemain. Et de la castagne, il y en eut, pour l'essentiel concentrée sur Nicolas Sarkozy, lequel fut bien surpris. Sarko pris en tenaille, et surtout otage de son propre bilan désastreux.
"Pardon mais moi, j'ai fait un service militaire et je ne balayais pas la cour de la caserne." Nathalie Kosciusko-Morizet à Nicolas Sarkozy.
L'antisarkozysme de la droite et du centre
Sarkozy, condescendant à l'excès à l'encontre de ses rivaux, s'est heurté aux rappels des faits, c'est-à-dire ses revirements et ses mensonges. Le Maire lui rappela sa promesse de retrait de la vie politique au soir de la défaite, NKM sa trahison écologiste, Copé son échec politique ("On a certainement fait des réformes formidables (en 2012), mais elles n'ont pas suffi à permettre les résultats qui nous auraient permis d'être réélus") et cette "erreur folle" d'avoir réduit les effectifs de sécurité quand il était président.

Cette primaire est polluée par la présence de Nicolas Sarkozy. Chaque candidat le comprend, même Sarkozy. La primaire de la droite et du centre vire ainsi au déballage interne plutôt qu'à la confrontation idéologique ou politique. Elle agit comme un exercice d'inventaire forcé et public contre un ancien monarque qui n'entend rien et n'écoute personne.
"C'est la défaite qui fait apprendre des choses, comprendre des choses, et faire évoluer une personnalité. Je souhaite d'ailleurs que ça t'arrive." Nicolas Sarkozy à Bruno Le Maire, 3 novembre 2016
Sarkozy est largement responsable de cet état de fait. Et qu'il devient drôle d'observer les ravages de cet antisarkozysme de droite. Ailleurs, on lit cette semaine, dans la joie et la bonne humeur, le contenu d'un long SMS de Rachida Dati à Brice Hortefeux ("salut le facho!"), où elle menace de déballer les sales affaires de corruption libyenne et d'emploi fictif de son épouse; ou ces incroyables révélations du Monde sur le réseau d'espionnage parallèle organisé par Bernard Squarcini pour le compte et le bénéfice de Nicolas Sarkozy.

Rions un peu avec Pierre MoscoviciLe Commissaire européen aux Affaires économiques et financière, à la Fiscalité et à l’Union douanière est à Paris. Mosco est toujours un vrai sujet de rigolade. Une autosatisfaction qui n'a d'égale que sa paresse légendaire amuse une nouvelle fois la galerie médiatique. Il est pris une seconde fois ce mois-ci en flagrant délit et délire d'hyper-narcissisme. Le Quotidien de Yann Barthès s'en amuse. Mosco est à Paris pour faire la promo de son dernier bouquin. Et discourir sur l'Europe version Juncker devant des élèves à Sciences Po. On se pince quand on l'entend louer le programme de l'ancien président du premier paradis fiscal européen. Il veut "rendre concrète et vivante" l’Union européenne aux yeux de ses citoyens. C'est beau comme du Mosco ! Mosco n'a pas grand chose à dire pour défendre le CETA ("Comprehensive Economic and Trade Agreement "). C'est pourtant son domaine à Mosco, les douanes et les affaires économiques.

Peut-être n'a-t-il pas lu les 2000 pages du traité. 

Ce funeste traité libre-échangiste entre l'UE et le Canada a été bloqué de justesse par ... le parlement wallon. Après quelques jours de négociation supplémentaire, le CETA est "enfin" signé. Il parait que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les droits de douane sont abaissés à 99%. Les entreprises canadiennes pourront concourir aux marchés publics européens. Les multinationales pourront attaquer en justice les lois des Etats membres devant des tribunaux d'arbitrage international. Tout juste les Wallons ont-ils obtenus que ces tribunaux privés fassent l'objet, ultérieurement, d'un avis de la Cour de Justice européenne sur leur conformité.

Mais pour Mosco, bien sûr, le CETA est un bel accord. Il publie un bouquin (il a le temps d'écrire), et se voit même futur conseiller de campagne de François Hollande.

Rions un peu.

Qui va prévenir Hollande ?
Au soir de ce débat, l'une des 2 chaînes d'information retransmettant l'évênement sort momentanément de sa grève: iTélé n'émet plus que des rediffusions de vieux reportages depuis 3 semaines à cause de l'arrivée à l'antenne d'un animateur symbole de la trash-TV et, surtout, mis en examen pour corruption de mineurs. Mais la nomination de Morandini est une décision de l'actionnaire. Hollande a un point commun avec Vincent Bolloré. Le président et le milliardaire breton n'en font qu'à leur tête, même quand les faits s'entêtent contre leurs décisions.

Le livre du duo Davet/Lhomme agit comme une bombe à fragmentations dont les dégâts se propagent sur plusieurs semaines et tous les secteurs. Cette semaine, La Ligue nationale de Football réfléchit à porter plainte contre l'Elysée, ou a minima saisir l'Autorité de concurrence puisque Hollande a confié qu'il était intervenu pour décourager le Qatar de rafler l'essentiel des droits télévisés du championnat français en 2014. A droite, d'autres voix éructent contre la violation du secret défense: Hollande aurait laissé au regard des plans d'attaque en Syrie lors de ses entretiens avec les auteurs du bouquin.

"Monsieur 4%" sillonne la France. Sa pré-campagne présidentielle se déroule toujours dans une indifférence polie. Son ministre des finances est contraint d'avouer que la croissance économique, plombée par une trop faible consommation des ménages, reste finalement atone. Certes, et évidemment, nombre de mesures votées sous l'actuel quinquennat n'ont pas grand chose à voir avec les outrances austéritaires prônées par les candidats de droite. Mais qui va prévenir Hollande qu'il "appartient au passé" ? Qui va lui dire que ses manoeuvres, ses revirements, et, plus grave, son échec général à rétablir l'emploi et soigner les inégalités a précipité vers l'abstention des cohortes d'électeurs au moment même où la mobilisation contre la droite la plus furibarde que la Vème République ait connu est nécessaire ?

Qui va lui faire comprendre que son quinquennat n'a pas réparé le précédent, mais préparé le prochain que l'on devine funeste ? Après la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité, validée par Hollande et Valls; puis la loi Travail qui autorise les entreprises à déroger aux accords de branches aux détriments des salariés; voici le fichage généralisé des informations biométriques de l’ensemble des détenteurs de passeport ou de carte d’identité âgés de plus de 12 ans.



A Calais, le démantèlement tardif d'un campement sauvage de quelques milliers de réfugiés s'achève. Il n'y a que Sarkozy pour oser la blagounette déplacée sur le sort de ces miséreux fuyant la guerre.
"Le changement climatique a eu des conséquences, il y a maintenant une 'jungle' à Calais" Nicolas Sarkozy.

Ne riez plus.

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