24 décembre 2016

503ème semaine politique: Fillon, chantre de la Vroite.

 

 

Abusée par une décennie de sarkozysme agité et Bling-Bling puis un social-libéralisme complexé et défait, la France découvre ce qu'est la vraie droite: un camp qui défend une politique de classe, une justice de classe, une France déclassée. Cette Vroite a un chantre, François Fillon, lequel sera confronté à l'épreuve ultime: assumer sans mentir ni renoncer le programme sur lequel il s'est fait désigné par 3 millions de retraités, cadres sup et patrons lors de la primaire de droite de novembre dernier.

Chiche.




"Il faut avoir le courage de « casser la baraque » pour la reconstruire autrement. C’est le sens du projet de rupture que je porte." François Fillon, programme pour les primaires.




Les pièges primaires
Ce n'est pas encore un trou d'air, mais ça en prend l'allure. Une salve de sondages de fin d'année déstabilisent l'assurance souriante du vainqueur de la primaire de droite. Tous les résultats convergent: les sondés rejettent ultra-majoritairement le saccage des services publics proposés par Fillon (suppression de 500 000 postes de fonctionnaires en 5 ans, privatisation partielle de la Sécurité sociale, etc). Mêmes les sympathisants LR s'inquiètent à 50% de ce programme économique.

Surprise ? Non. La droite découvre "le piège des primaires".

Les primaires peuvent être une tentative de rassemblement de second tour. Celles qui désignent le candidat le mieux à même de mieux franchir l'obstacle de l'élection présidentielle. C'est ainsi que François Hollande, dont peu avaient lu le programme, s'est retrouvé qualifié en 2011 car il fut jugé plus apte à terrasser Sarkozy.  Le piège des primaires s'est renfermé sur Hollande après sa victoire. Il a cru qu'il avait été élu pour appliquer un programme "social-libéral", et tourné le dos à une large fraction de ses électeurs de mai 2012.  Ignorant, volontairement ou pas, les raisons profondes de sa victoire à l'automne 2011 puis en mai 2012, Hollande a ensuite conduit une politique qui, si elle avait une majorité institutionnelle (brutalisée à coups de 49-3 pour éviter les débats), n'avait plus aucune majorité populaire. En témoignent les scrutins intermédiaires désastreux et, évidemment, l'incroyable renoncement de Hollande à se porter candidat à sa propre réélection le 1er décembre 2016.


 

Il y a aussi des primaires de rassemblement de premier tour. Celles qui désignent le candidat qui synthétise le mieux son camp mais qui coincent le vainqueur dans des promesses étroites et impossibles pour convaincre au-delà des sympathisants. Aux Etats-Unis, les qualifications des extrémistes conservateurs Barry Goldwater (contre Johnson en 1964) ou, plus récemment, de Mitt Romney (contre Obama en 2012) ont privé le Parti Républicain d'une victoire présidentielle dans un régime américain ultra-bipolaire.

Bref, quelles qu'elles soient, les primaires sont devenues un piège démocratique quand elles visent large.

En France, l'électorat, motivé ou indifférent, découvre peu à peu la Vroite. A force de reniements, divisions, et triangulations, Nicolas Sarkozy nous avait fait oublié ce qu'est la vraie droite. 






La Vroite complexée
François Fillon incarne parfaitement cette "Vroite", il est la synthèse idéale et quasi-parfaite "entre la promesse de rupture autrefois attribuée à Nicolas Sarkozy et la «force tranquille» préemptée par Alain Juppé". Une Vroite qui assume de moins en moins son programme présidentiel au point d'en effacer peu à peu des pans entiers sur son site internet, ... mais une Vroite qui n'en pense pas moins.

Après son renoncement provisoire sur la privatisation partielle de la Sécurité sociale, on attend ainsi avec impatience que Fillon dévoile comment se répartiront les 500 000 réductions de postes de fonctionnaires.

Qu'il explique si le report à 65 ans de l'âge minimal pour une retraite pleine tiendra compte de la pénibilité, ou si la durée de cotisation sera également prolongée comme Sarkozy puis Hollande l'ont fait voté.

Qu'il explique, publiquement, que la suppression des 35 heures signifie bien la suppression de la rémunération des heures supplémentaires au-delà de 35 heures.

Qu'il explique pourquoi, et avec chiffres et raisonnement, la suppression de l'ISF qui ne concerne que 300 000 foyers est si "urgente" et "décisive" pour le redressement du pays.

Etc...

Le programme de François Fillon est riche en promesses. Il faut le lire, et le relire. Surtout le sauvegarder.

Devant ces premières menaces sondagières contre le chantre de la Vroite, on tente bien sûr de victimiser l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy. Il serait devenu "l'ennemi public numéro Un" du "système politico-médiatique". Après une brève tournée en Françafrique, Fillon se fait discret. Il prend les conseils de VGE, un vrai spécialiste en défaite présidentielle.

Il part en vacances en famille au ski, un vrai sport d'ennemi du système politico-médiatique. Il ira ensuite à Las Vegas (sic!) pour un salon high-tech. Il laisse sa centaine de conseillers de campagne, logés dans les bureaux des 2500 mètres carrés de son pharaonique QG de campagne, répliquer aux attaques.
"Taisez-vous, allez dans la Sarthe et lisez des livres ­d’histoire ! Une campagne présidentielle, ça dure un mois" Valéry Giscard d’Estaing à Fillon.
Fillon s'inquiète aussi des caricatures fascisantes des partisans de Marine Le Pen. Les sbires de cette extrême droite "normalisée" le caricature en "Farid Fillon" sur les réseaux sociaux. A Berlin, dimanche 18 décembre, un terroriste tunisien fauche 11 passants, en blesse une cinquantaine d'autres, après avoir tué le chauffeur d'un camion qu'il précipite dans un marché de Noël. L'homme s'enfuit, traverse la France, peut-être la Suisse puis se fait tuer à Milan par la police locale. En France, dans une petitesse minable et admirable, nos commentateurs s'indignent de "l'Europe passoire". Et le Pen instrumentalise une fois de plus le fait divers.

Le "phénomène Macron", qui pour l'instant n'a fait ses preuves de popularité que dans les sondages, et d'adhésions, que chez la plupart de nos éditocrates, inquièterait les chantres de la Vroite

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Le Père Noël a déjà gâté Christine Lagarde.

L'actuelle directrice du FMI, ancienne ministre des finances de Nicolas Sarkozy, a été condamnée pour négligence dans l'indemnisation faramineuse de Bernard Tapie par un Tribunal arbitral. Condamnée mais sans peine ni sanction.

La belle affaire...

Cette justice de classe fera d'autres dégâts, on l'espère dans les urnes.

François Fillon ne commente pas. Il est pourtant directement concerné.

Une pétition pour un vrai procès attire quelques milliers de soutiens en quelques jours. Et Lagarde crâne dans les colonnes de l'Obs où elle s'indigne des inégalités.

Ami filloniste, où es-tu ?


2 commentaires:

  1. En ce qui concerne Lagarde, le droit dit que le seul pourvoi qui pourrait être fait le serait devant la Cour de Cassation dont la seule fonction serait de dire si le droit a été respecté en la matière.
    A mon avis personnel (et je le partage), l'important était de relever une faute dans l'arbitrage et pouvoir ainsi juger (et condamner) ceux qui sont poursuivis dans ce cas.
    Je me demande si une condamnation de l'ex-ministre n'aurait pas eu pour effet de fragiliser la France dans le FMI avec la succession de deux patrons virés pour problèmes avec la Justice.
    Il n'en reste pas moins que cette décision est surprenante.

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