10 décembre 2016

501ème semaine politique: de la nausée Fillon aux vomissements Le Pen




 C'est une campagne présidentielle finalement très primaire.

Présidentielle primaire
Un jour, un candidat. La perspective d'une élection où tout serait possible, même le plus improbable, donne des ailes aux ambitions les ridicules. Cette semaine, Vincent Peillon annonce sa candidature, paraît-il poussé par Martine Aubry pour faire barrage à Montebourg et Valls. A droite, Michèle Alliot-Marie, celle-même qui fut éjectée du gouvernement Fillon/Sarkozy pour une funeste affaire de vacances offertes par un dirigeant tunisien en pleine révolution, se croit aussi un destin national. Et Nicolas Dupont-Aignan, le "Kennedy français" (ne riez pas) se compare à Jeanne d'Arc et de Gaulle sur l'estrade d'une salle parisienne, pour lancer sa propre campagne.

Cessez le feu.

Le Parti socialiste s'enfonce dans un cirque primaire, trois mois trop tard après les primaires de droite, et après avoir sabordé la réélection de son président sortant. L'éparpillement des candidatures ramène la gauche à une situation ante-Congrès d'Epinay, que trois générations n'ont pas connue.

On applaudit.

"Camba", premier et peut-être dernier secrétaire du PS, écrit à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour leur demander d'intégrer les primaires socialistes au nom du péril national-populiste. Bizarrement, il fait moins d'efforts pour convaincre Silvia Pinel, la candidate PRG et ancienne ministre; Yannick Jadot, candidat écologiste, tous les deux restant scotchés dans les plus profondes profondeurs sondagières.; ou même les ("la primaire c'est pas open bar").

Jean-Christophe Cambadélis préfère s'adresser aux deux rivaux les plus populaires, ceux-là même qui étranglent le PS à droite et à gauche: d'un côté Emmanuel Macron, qui fait campagne sans programme si ce n'est un livre d'une platitude étonnante, mais avec ses fans digitaux, les bourgeois de l'ex-UDF et, en retrait, ce cortège de patrons modernes si chers à la "révolution" soc-lib à l’œuvre depuis l'élection de Hollande. Et de l'autre, Jean-Luc Mélenchon, dont la pédagogie insoumise cartonne désormais sur les réseaux sociaux, qui multiplie les meetings bondés et qui vient de publier son programme, "l'avenir en commun."

Samedi, Macron rassemble près de 15 000 personnes porte de Versailles à Paris. Le volume de l'assistance surprend. Macron est galvanisé. Il s'égosille. Ses incantations semblent tirées du mauvais feuilleton Sarkozy version 2007: " je suis le candidat du travail . (...) Je veux que le travail paye mieux". Comme Sarko en 2007, il prône la "valeur travail". Comme Sarko en 2007, il ne supprime pas les 35 heures mais il renvoie la régulation du travail au niveau des entreprises, moins protecteur pour les salariés. Pour moderniser cette proposition directement empruntée du capitalisme du XIXème siècle, ante-conquêtes sociales, Macron n'est pas avare en formules délicieuses telles: "libérer l'accès au travail, c'est libérer le dialogue social au plus près de l'entreprise et du terrain." 

Valls à deux temps
Pour Manuel Valls, nouveau candidat, héritier du quinquennat finissant, il y a danger, grand danger.

Lundi, Valls officialise sa candidature présidentielle, chez lui, à Evry, en Essonne. Les communicants ont soigné le tableau: amis, épouse et ex-épouse, salle des mariages et gros sourires. Il y a même un joli slogan, presque anachronique quand on connait l'homme qui le porte: "faire gagner tout ce qui nous rassemble". Mais les accents gauchisants et les appels à la "réconciliation" d'un premier ministre qui a fracturé son camp ne trompe pas grand monde. Valls a 50 jours avant la primaire socialiste, et 5 mois avec le premier tour présidentiel, pour faire oublier ses 200 semaines de gouvernement en tant que ministre puis premier ministre.

Il fait comme Sarko en 2007, mais très tard, trop tard. Valls dit qu'il a "changé".  Au mieux rassemblera-t-il une grosse minorité de sympathisants socialo-socialistes. Un sondage le place déjà en tête d'une primaire dont les prédictions de participation sont pour l'instant faibles. Mais d'autres prédisent une disqualification de la gauche dès le premier tour - Valls, Macron et Mélenchon chacun à 14% des intentions de vote.

Son premier meeting à Audincourt, dans l'une de ses contrées désindustrialisées dans l'Est, près de Montbelliard, a l'ambiance fraîche. Là aussi, sa récente conversion ne fait pas illusion. On retient l'interpellation par une dame dénommée Renée qui l'engueule en fin de réunion devant une grappe de micros et caméras.



Et Hollande ? Sans surprise, il remonte dans les sondages. Son renoncement sera la meilleure trace, courageuse, qu'il laissera dans l'Histoire. L'ex-Pravda de Sarkofrance entame une chronique des derniers mois, presque élogieuse: "François Hollande a endossé une nouvelle et peut-être ultime fois le costume de chef de guerre - une tenue qui lui a plutôt réussi depuis qu'il est entré à l'Élysée" peut-on ainsi lire dans les colonnes du Figaro. On attend plus qu'un numéro spécial de Valeurs Actuelles et le bonheur sera complet...

Pasokisation
La France n'est pas la Grèce, mais le Parti Socialiste est en passe d'entamer la dernière étape de sa Pasokisation. La Grèce avait un parti socialiste "historique", le PASOK, qui a soudainement, brutalement disparu en l'espace de quelques scrutins, disqualifié par sa gestion de crise et ses trahisons.

A force de holdups inefficaces sur les idées réactionnaires (déchéance de nationalité, loi Travail, réforme des retraites, Pacte irresponsable, maintien des franchises médicales et déremboursement votés sous Sarkozy; etc) que Fillon s'attache désormais à amplifier (destruction du Code du travail, assouplissement des conditions de licenciement, réduction de l'impôt sur la rente et le capital, privatisation partielle de la Sécurité sociale, allongement de la durée de cotisations et d'âge de départ à la retraite; suppression des heures supplémentaires, etc.), les représentants du Parti socialiste se retrouvent soudainement devant un triple obstacle: orphelins de candidat naturel, éparpillés façon puzzle et surtout ignorés du débat politique.




Primo, qui peut être surpris du désintérêt qu'une large partie de leur électorat d'antan leur porte ? Toutes les élections intermédiaires depuis 2013 n'ont pas tant été marquées par la défaite des représentants du PS que par l'immense abstention et notamment à gauche. Secundo, à force de crier qu'il est "moderne" d'augmenter le temps de travail, d'assouplir les licenciements, et de réduire l'impôt du capital; ou de couiner qu'il y a trop d'impôts, trop de réfugiés et que le coût du travail est trop élevé, comment rester crédible contre le candidat désigné par la droite ?

De la nausée Fillon aux vomissements Le Pen
L'ancien premier ministre de Sarkozy déroule son programme inégalitaire. Car le programme de Fillon est d'abord inégalitaire avant d'être austéritaire. Des premiers sondages lui sont défavorables, comme chacun commençait à comprendre. Le programme présidentiel de Fillon n'est pas un choc pour les grandes entreprises (avec la promesse d'un nouveau pacte irresponsable de 50 milliards d'euros de réduction des cotisations sociales (après les 41 milliards inefficaces de Hollande/Valls) ni pour les ménages fortunés (avec la réduction de la taxation du capital "en instaurant une taxe forfaitaire modérée sur tous les revenus du capital et en supprimant l’ISF"), bien au contraire, c'est un ravissement, une "divine surprise".

Le choc est pour les autres, la majorité: suppression des remboursements de soins et de médicaments par la Sécurité sociale - hors pathologies graves -; suppression de 500 000 postes de fonctionnaires en 5 ans (infirmiers, policiers, enseignants, assistantes sociales, militaires ?); réduction des dépenses de retraite; assouplissement des licenciements collectifs (en instaurant "le motif de réorganisation" de l’entreprise "pour faciliter l’adaptation des entreprises à leur contexte concurrentiel"), etc.

Marine Le Pen dit qu'elle a "la nausée" en lisant les promesses de Fillon sur la santé. Nous pouvions vomir en l'écoutant parler devant un parterre de journalistes jeudi dernier. 

Elle expose ses propres idées, ou plutôt régurgite la vieille antienne de son paternel. "La France aux Français" est de retour, les outrances xénophobes, appuyées sur quelques grossiers mensonges, également: "la solidarité nationale doit s’exprimer à l’égard des Français. Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : “Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation !

Marine Le Pen ment et se corrige ensuite à l'AFP ("Je parlais des enfants de clandestins"), pour mentir à nouveau. Elle ment quand elle attaque la "population immigrée" qui "ne travaille pas." S'appuie-t-elle sur des statistiques ? Non. Elle ment quand elle fustige ces retraités immigrés qui touchent "des minimums vieillesse avec le seul critère d’arriver en France, d’avoir 65 ans, sans avoir jamais ni travaillé ni cotisé en France." C'est encore faux. Toujours faux. Les minimums vieillesses sont soumis à condition. Elle ment encore quand elle affirme  que les retraités agriculteurs n'ont pas droit au minimum vieillesse.

La menace frontiste effraye.

Elle devrait effrayer d'abord par ses mensonges.






2 commentaires:

  1. Une engueulade c'est sympa mais trés trés loin d'être suffisant face à ces charlatants.

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  2. On peut se demander pourquoi Hollande ne profite pas des cinq mois qui lui restent pour faire un référendum sur tout ce que les parlementaires ne voteront jamais : non-cumul absolu des mandats, suppression de la réserve parlementaire, fin de l’irresponsabilité judiciaire absolue du président de la République, limitation à deux mandats à la présidence de la République consécutifs ou pas, réforme (ou suppression?) du Sénat et du Conseil Economique et Social, etc.
    Pour une fois, un référendum ne se transformerait pas, comme c’est l’usage, en vote pro ou anti celui qui le propose (« Moi ou le chaos ») , puisque Hollande quittera le pouvoir dans cinq mois.quel qu’en soit le résultat.

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