17 décembre 2016

502ème semaine politique: le bal des tartuffes

 

 

Ils nous prennent pour des cons. Ils ont peut-être raison. Après tout, certains sont parvenus à se faire élire finalement.


Fillon, couché.
Il s'est couché, plus vite que prévu. François Fillon a cédé cette semaine sur l'une des mesures phares de son programme, la privatisation partielle de la Sécurité sociale, pour le plus grand nombre, et, surtout, le plus grand nombre de maladies et d'affections.

Rien que cela.

En catastrophe, les équipes du nouveau chantre de la droite libérale et du centre ont effacé du site du candidat désigné les mesures de suppression des remboursements des soins hors affection graves que Fillon défendait quand il combattait pour la première place dans la primaire de la droite. L'honnêteté politique s'arrête là où commence l'ambition personnelle.

Quel courage politique !

En 2007, Fillon a mis de côté son "gaullisme social" version Philippe Séguin pour s'allier au balladurien bling bling Sarkozy. En 2012, Fillon licencié des sommets de l'Etat comme son président de patron, entame son chemin de rupture. Il trahit son ancien mentor Sarkozy, il se fait piétiner par le rival Copé. Il gagne enfin contre le promis de sondages Juppé.

Mais Fillon n'a fondamentalement pas changé. 

Il se renie pour son ambition.

Il n'a pas changé.

Le candidat dévoile son équipe de campagne, une armée mexicaine où la moindre ambition a été récompensée. Il y a 45 "conseillers stratégiques", 16 "conseillers politiques" et même un pôle "société civile"... On appelle cela l'union de la droite et du centre. C'est surtout une démonstration de force contre d'éventuels dissidents tel François Bayrou. Le clan Fillon craint la désunion. Des anciens juppéistes - Raffarin, Calmels - se chargent de convaincre les 160 000 fans du maire de Bordeaux de ne pas céder aux sirènes d'Emmanuel Macron.

"Pour gommer son image de candidat des riches" (ne riez pas), Fillon quitte le 7ème arrondissement pour installer son QG de campagne dans le 15ème arrondissement si populaire (8000€ le mètre carré tout de même, un vrai ghetto !)




Valls, "changé"
A côté, plus à gauche mais de cette gauche qui a déblayé le terrain pour la droite, Manuel Valls joue les candidats anti-système, le candidat qui "a changé" à l'épreuve de la vie et du pouvoir.

Manuel Valls a "changé" parce qu'il aimerait qu'on ne le change pas pour un autre. Il a changé comme tous les candidats qui se présentent au suffrage après un bilan peu recommandable.

Voici même qu'il déteste le 49-3, et qu'il "propose une renaissance démocratique car il y a un malaise dans notre démocratie." Manuel Valls a appris. "Je connais les effets pervers du 49.3. Je suis très lucide. Son utilisation est devenue dépassée et apparaît comme brutale. Hors textes budgétaires, je proposerai de supprimer purement et simplement le 49.3." 

Valls n'échappera pas à l'examen du bilan du quinquennat. Son volet économique, au coeur de la trahison libérale de l'équipe Hollande/Valls, est mauvais, très mauvais. Hollande et la reprise ? Un "rendez-vous raté", explique Le Monde. La croissance sera molle cette année, un maigre 1,2%. Des dizaines de milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales pour ça... La politique de l'offre, injuste socialement, est injustifiée économiquement. Il y a un acharnement idéologique à la défendre du côté des Valls et Macron qui ne surprend plus.

Samedi dernier, Macron braille sur son estrade: "le travail rend libre." Le garçon a des lacunes historiques évidentes.

Trump, obscène
A un mois de son entrée en fonction, Donald Trump a finalisé la composition de son gouvernement. C'est un cauchemar, un mauvais rêve, une caricature: trois anciens de Goldman Sachs  (la puissante multinationale bancaire qui avait aidé le gouvernement conservateur grec à truquer ses bilans à la fin des années 2000), le PDG d'Exxon Mobil proche de Poutine aux Affaires Étrangères, un chirurgien militant anti-IVG et adepte de la suppression de l'Obamacare, du Medicare et du Medicaid à la Santé; un climato-sceptique à l'Environnement.

Bref, cette équipe est plus caricaturale que tous les clichés antiaméricains du moment. 
"Je les connais, les banquiers de Goldman Sachs ! Ils exercent un contrôle total sur Hillary Clinton"  Donald Trump.
Et ce n'est pas tout.

Trump accuse la CIA de manipulation. L'agence de renseignement est convaincue, et l'a fait savoir dans un rapport publié le 9 décembre, que la Russie a influencé l'élection présidentielle. Les services russes ont piraté l'été dernier les ordinateurs du Parti démocrate puis fait fuiter tout ce qui permettait d'affaiblir Hillary Clinton. Laquelle a finalement perdu l'élection malgré une avance de 3 millions de votes, le plus gros écart favorable jamais enregistré pour un perdant dans l'Histoire américaine. Barack Obama s'est décidé à demander à Trump d'accepter une enquête bi-partisane sur cette affaire.

Poutine, partout
En Syrie, Alep, seconde ville du pays, disparait peu à peu sous les bombes russes et pro-Assad. Quelque 40 000 civils et combattants sont encerclés dans le quartier Est, l'un des fiefs d'Al Qaïda. Les évacuations, organisées par la Russie et la Turquie, s'interrompent quand l'Iran, qui soutient également Assad, réclame la levée d'un autre blocus sur deux villages chiites attaqués par des rebelles sunnites. La réalité du drame à Alep n'est pas binaire. Elle est grise et meurtrière.

En France, on simplifie. C'est la campagne. On accuse donc Mélenchon de complicité avec Poutine.  A-t-il applaudi aux bombardements de l'automne ? Non. A-t-il approuvé l'intervention russe ? Oui, mais à ses débuts. Poutine a déjà déchiré la gauche française. La volonté de contrer le discours occidental dominant a conduit Mélenchon à soutenir la Russie contre les Etats-Unis. Ce n'est pas nouveau. Mais la récente boucherie à Alep, qui n'est que la conséquence évidente et prévisible d'une guerre, est instrumentalisée. Les silencieux de la Real-politik occidentale ou saoudienne deviennent soudain bruyants pour tenter de contrer la progression sondagière de Mélenchon.

Tous les moyens, donc, sont bons. 

Dans son billet vidéo hebdomadaire, qui compte désormais plus de 130 000 abonnés, le candidat de la France insoumise répond aux critiques. Il rappelle une évidence: "quel doit être notre point de vue ? Notre point de vue, c'est celui des Français et des intérêts de la France. L'intérêt de la France, c'est la paix. Pour arriver à la paix, il y a une méthode, la coalition universelle pour en finir avec Daech. Mais est-ce qu'on veut vraiment en finir avec Daech ?"

Aussitôt, nouvelles accusations. Mélenchon "flirte avec la théorie du complot" s'étonnent les faux-naïfs de Libération.

Vraiment ?


Mélenchon est en Martinique. Il promet "une amnistie sociale aussi étendue que possible pour tous les syndicalistes". Pas très loin d'un autre candidat qui enquille les bourdes, Emmanuel Macron. Mélenchon déroule surtout son programme écologiste.

Chacun ses priorités.


2 commentaires:

  1. "L'agence de renseignement est convaincue, et l'a fait savoir dans un rapport publié le 9 décembre, que la Russie a influencé l'élection présidentielle. Les services russes ont piraté l'été dernier les ordinateurs du Parti démocrate puis fait fuiter tout ce qui permettait d'affaiblir Hillary Clinton" Attention, présentez les preuves, il n'y en a pas.
    "En Syrie, Alep, seconde ville du pays, disparait peu à peu sous les bombes russes et pro-Assad. Quelque 40 000 civils et combattants sont encerclés dans le quartier Est," Même commentaire, méfiez vous des médias vendus et ne colportez pas leurs mensonges.

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  2. Je ne pense pas que Macron ait des lacunes. Il fut l'assistant de Paul Ricoeur. Ce doit être, avec Mélenchon, l'homme politique le plus cultivé !

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