28 janvier 2017

508ème semaine politique: le revenu universel de #Penelope

 

Où il est question du renoncement programmé d'un autre François, de l'échec programmé de la primaire socialiste, d'une campagne présidentielle qui n'a pas fini de dévoiler ses surprises, et des mondes parallèles des vestiges du bipartisme obsolescent.


Aux Etats-Unis, la première semaine du président Trump a vu surgir un (faux) nouveau concept, celui des "faits alternatifs". L'expression est d'une conseillère de Trump à qui une chaîne de télévision américaine demandait si le nouveau porte-parole de la Maison Blanche n'avait pas menti en déclarant qu'il y avait eu "la plus grande foule jamais vue lors d'une investiture, point barre" pour assister à l'investiture de son mentor le 21 janvier dernier. "Vous parlez de mensonges...[...] Notre porte-parole a simplement donné... des faits alternatifs".

En France aussi, certains vivent avec des "faits alternatifs", dans des mondes parallèles à la réalité.

Le monde parallèle du Parti socialiste
Dimanche 22 janvier, le choc est double.

D'abord, voici Benoit Hamon en tête de la primaire. Montebourg troisième. Cette primaire achève le quinquennat Hollande. Montebourg et Hamon emportent une large majorité des suffrages. C'est inédit sous la Vème République. Il suffirait que celles et ceux qui supportaient Hollande - dans tous les sens du terme-  s'affranchissent enfin de leur ancien mentor qui s'est désisté.  Il est temps de voter pour ce qui est utile, c'est à dire ailleurs.

Ensuite, la participation à cette primaire organisée par l'ancien parti majoritaire est surtout ridicule, et ridiculement présentée par les autorités du PS. Dimanche soir, celles-ci annoncent d'abord "1,5 et sans doute 2,0 millions de votants". Puis, 1,3 millions. Puis, au petit matin, quelque 1,6 million de suffrages sans que les résultats des candidats de la veille n'aient changé d'un iota. Que la vie est belle dans le monde des urnes bourrées et résultats truqués...

La participation s'avère décevante, et surtout truquée. Voilà ce que l'on retient. Le désarroi est réel. Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis préfère jouer à Trump et accuse "les médias" (une entité qui regroupe donc valeurs Actuelles, BFM, L'Huma, Politis, lesJours, TF1 et bien d'autres encore). Vincent Peillon attend quatre jours après sa défaite, cuisante et prévisible, pour annoncer qu'il ne soutiendra personne. François de Rugy (3,8%) fait de même. Jean-Luc Benhamias, dont le score a frôlé par le bas le niveau des bulletins nuls de ce premier tour primaire, se rallie à Valls. Silvia Pinel aussi. Ces trois alibis non-socialistes de la primaire socialiste ont récolté des scores ... alibis.

Valls dépasse le point de non-retour. Déstabilisé, il tape, agresse, braille et caricature. Son adversaire Hamon est accusé de complaisance islamiste et d'irréalisme. Comment penser qu'il se ralliera s'il perd ? Impossible... Le débat du second tour, mercredi, est frontal sur les idées mais courtois dans la forme. Valls oppose toujours son réalisme à l'idéalisme qu'Hamon revendique. Le premier prend des points pour rafler la direction du PS après la déroute d'avril prochain. Le second s'envole dans ses concepts de "futur désirable".

Au-delà des idées, cette fin de primaire apparaît incroyablement artificielle: le PS a-t-il un programme de gouvernement pour le prochain quinquennat ? Non, il fait mine de découvrir au contraire qu'il est fracturé en deux sous-parties elles-même sans doute irréconciliables... à trois mois d'un premier tour.

#WTF!?!

Le PS a-t-il une stratégie d'alliance comme en 2011 ? Non. Ce ne sont pas quelques débauchés du centre (Benhamias), des écologistes (Placé, Pompili ou de Rugy) ou des ex-communistes (Hue), qui font une alliance. La "Belle Alliance Populaire" est un concept de com' creux comme le programme de Macron.

Le PS aura-t-il un candidat rassembleur ? Certainement pas. La violence des échanges de ces dernières semaines est l'épilogue d'une lutte interne au sein d'une majorité fracturée depuis 3 ans. Le 49-3 et le chantage à la circonscription a fait tenir le camp parlementaire socialiste autour du duo Valls/Hollande. La primaire permet à chacun de régler ses comptes. Pas à préparer le combat électoral qui s'annonce. Tous les candidats, tous les ténors du PS le savent bien. Mais aucun ne l'avoue.
"Je trouve irresponsable de la part d’un ancien premier ministre de parler comme il le fait. Je voudrais savoir ce qu’il propose, lui." Benoit Hamon, à propos de Manuel Valls.
Officiellement, les instances du PS font mine de croire à une dynamique. Il n'y en a pas. Dans tous les sondages, les intentions de vote en faveur du candidat socialiste retenu par cette primaire ne cessent de dégringoler, moins de 10% désormais.
 La victoire des frondeurs sur les légitimistes du quinquennat était en soi une belle nouvelle. Mais ne nous y trompons pas. Rares ont été les frondeurs à assumer une rupture avec la politique Valls/Hollande. Leur explication la plus couramment entendue était simple: il n'y avait pas de majorité politique de gauche alternative à Hollande. En cette fin de quinquennat, les frondeurs devraient comprendre qu'ils ont raté leur moment, un moment qui aurait pu être historique.



Les mondes parallèles de Fillon et Macron
Jeudi soir, François Fillon est sur TF1. Le sympathique Gilles Bouleau le questionne avec insistance sur l'affaire du moment, l'Affaire. Fillon a la voix qui tremble d'émotion. Il défend son épouse, la seule, la première. Il est presque émouvant. Il fallait seulement se rappeler de l'Affaire. La veille, le Canard Enchainé a lâché une bombe. Pénélope Fillon aurait empoché 600 000 euros sur 8 années pour deux emplois fictifs - assistant parlementaire de son mari puis conseiller littéraire dans une revue propriété d'un ami de son mari.

Le patron de la chaîne i-Télé censure l'information. Mais le mal est fait. "Pénélope Fillon, l'assistée parlementaire" titre Libé le lendemain. Pour se défendre, Fillon évoque des "boules puantes", répète son amour pour son épouse ("Je la défendrai, je l'aime"), clame que le job de sa femme auprès de lui au Sénat puis à l'Assemblée n'avait rien de fictif, et qu'il a même embauché ses deux enfants quand ils étaient avocats. Le journaliste insiste, Fillon trouve-t-il normal, légitime de faire travailler sa famille sur fonds publics ? Oui, puisque c'est légal. Dans son monde parallèle, Fillon rejoint Le Pen, qui a salarié son conjoint Louis Aliot en tant qu'assistant parlementaire au Parlement européen (ce qui est illégal, instruction en cours), et une foule d'élus de droite et de gauche.

On ne retient pas l'émotion perceptible d'un homme atteint. Au contraire, Fillon aggrave son cas, et emporte même ses enfants dans la tourmente. On se rappelle son propre absentéisme endémique au Sénat. La presse révèle que ses 2 enfants n'étaient qu'étudiants quand il les a rémunéré sur fonds publics. Les premiers sondages montrent qu'il décroche, avec 6 sondés sur 10 qui ont désormais une "mauvaise opinion" du candidat, avant même la campagne. A Sablé, le fief sarthois de Fillon, le travail de Penelope Fillon n'est "ni vu ni connu" relate Libération

Le chantre de la Vroite pourrait-il renoncer ? Non, nul renoncement, mais d'autres y pensent et y penseront pour lui. "Je ne vois pas comment Fillon peut s'en sortir. C'est dramatique, il est en train de perdre l'élection" confie l'un des (nombreux) conseillers de sa campagne. Interrogé, Alain Juppé refuse publiquement de servir de front B. On fait mine de découvrir que Fillon est une imposture politique, une version différente du regretté Sarkozy: il entretient l'image d'un gaulliste social, dans le sillon de Philippe Seguin, pour afficher, depuis longtemps, des idées libérales-frontistes qui feraient retourner le général de Gaulle dans sa tombe. Fillon est cette personne qui a dit qu'entre deux candidats PS et FN au second tour des municipales, il fallait voter "pour le moins sectaire", une formule dont nous nous souviendrons en cas de duel Fillon/Le Pen.

Il cultive une image d'homme solide et fiable, alors qu'il a passé un quinquennat à servir de paillasson silencieux à l'un des plus outranciers hommes politiques que la Vème République ait connu. Il s'est construit une image d'homme rigoureux et sans casseroles, alors qu'il a caché sa petite entreprise de conseil aux entreprises (600.000 euros de salaire net entre 2012 et 2015 pour des conférences rémunérées comme son ancien mentor Nicolas Sarkozy), ses voyages en jet de la République pour retrouver son château sarthois et, maintenant, l'Affaire.

Bref, à moins de 3 mois du premier tour, le fusible Fillon est en passe de sauter.

Fillon n'est pas sans quelque rapport avec Macron. Certes, il a annoncé la couleur de son programme, tandis que Macron la cache derrière sa jeunesse, ses dents blanches, ses beaux costumes et ses amis financiers. Et politiquement, Macron est un authentique libéral, quand Fillon est un conservateur sectaire. Mais les points communs sont également flagrants: deux hommes de l'ombre qui explosent au grand jour. Pour Fillon, l'explosion l'éparpille. Pour Macron, pour l'instant, elle le propulse. Les deux s'appuient sur des femmes discrètes, François sur Penelope, Emmanuel sur Brigitte. Les deux sont devenus, sur le tard, des chouchous médiatiques, des créatures politiques qu'on connait finalement mal. Minc soutient Macron, de Castrie préfère Fillon.

Surtout, les deux vivent dans des mondes parallèles à la réalité. Un chatelain, qui salarie son épouse sur fonds publics pour quelques centaines de milliers d'euros, face à un ex-banquier et conseiller de président, jamais élu. Le duo, à défaut de duel, est fascinant.


Ami citoyen, passe à autre chose.



21 janvier 2017

507ème semaine politique: comment François Hollande se venge


 

Où il est question des bonnes idées de cette primaire socialiste, de l'effacement du Parti socialiste, des gauches faussement irréconciliables, de l'agence de com' de Macron, de la jolie campagne de Jean-Luc Mélenchon ... et de la vengeance de François Hollande.


L'effacement du Parti socialiste
En 1971, dans un autre siècle, le Parti Socialiste naissait à Epinay. François Mitterrand, soutenu quelques poignées d'années plus tard par un jeune Jean-Luc Mélenchon, l'emportait dans l'union, une union qui devint celle de la gauche toute entière pour deux scrutins présidentiels au moins avant la victoire finale de 1981.
Marianne, juillet 2013

Depuis quelques semaines et le renoncement de François Hollande, il se murmure que le PS est en voie d'effacement politique. La formule fait la une du Monde un soir d'hiver.

Oui, le Parti socialiste est menacé de disparition. Ses thuriféraires se consoleront difficilement.

La primaire socialiste a réalisé 3 débats de premier tour avec une régularité à peine surprenante dans l'échec. L'audience n'est pas au rendez-vous. Coincée dans un mauvais planning spécialement organisé pour satisfaire un président sortant qui finalement s'est défilé, la primaire socialiste ressemble à un désastre.

Bien sûr, il y a eu des idées. On évitera de trop commenter les candidatures de témoignages, celles de Benhamias, de Rugy et Pinel qui n'avaient d'autre argument qu'une présence non-socialiste pour faire croire à une primaire de toute la gauche. Certes, les trois ont défendu des idées parfois originales et rafraîchissantes dans cette atmosphère politique asphyxiée par le politiquement correct néo-con: légalisation contrôlée du cannabis (tous sauf Valls), les travaux d'intérêt général en alternative à l'incarcération des jeunes (Benhamias), l'extinction des niches fiscales anti-écologistes et peine d'indignité nationale pour les évadés fiscaux (de Rugy), l'autorisation de la PMA et le droit de vote des étrangers (Pinel).

Les candidats principaux, tous d'anciens ministres de François Hollande, ont aussi déroulé leurs propositions avec l'énergie du condamné à mort. Vincent Peillon voulait jouer l'héritage d'Epinay, il maintient le CICE et la réduction des déficits publics encore de moitié (1,5% du PIB),  mais il veut abroger partiellement la loi El-Khomri (notamment "rétablir la hiérarchie des normes") et créer un service public des maisons de retraite. Arnaud Montebourg déroule 25 arguments clés dont les points phares sont un "protectionnisme européen", la non ratification du CETA et du TAFTA, une taxation exceptionnelle sur les profits bancaires (5 milliards), et l'abrogation pure et simple de la loi El Khomri.

Benoit Hamon, surprise de cette primaire et que d'aucuns le prédisent qualifié pour le second tour, théorise à juste titre sur la raréfaction du travail (avec une taxe sur les robots intelligents pour financer la Sécu) ou l'encadrement des rémunérations des dirigeants d'entreprise. Il propose aussi l'abrogation de la loi Travail, l'augmentation du SMIC et des minima sociaux de 10% et une mutualisation de la dette européenne. Pour le dernier et troisième débat, Hamon a été unanimement taclé par ses rivaux sur son idée de revenu universel. Une idée pas très éloignée de celle de Valls de "revenu décent".

La difficulté de ces deux révolutionnaires de la dernière heure est ... qu'ils n'ont finalement pas fait grand chose pour dérouter ou s'opposer aux dérives Valls/Hollande. Ils ont beau jeu maintenant d'afficher une liste de Noël de propositions parfois généreuses.

La revanche de Hollande
Manuel Valls, enfin, a raté cette pré-campagne. Dimanche, le second débat de la primaire vire à l'anti-Vallscisme. Mardi, il se fait gifler par un identitaire breton. Lequel est rapidement condamné à 3 mois de prison avec sursis. Jeudi, son meeting est perturbé. Monsieur 5% se fait encore et toujours reprocher son revirement sur le 49-3. Il croit qu'on votera pour lui parce qu'il a la crédibilité d'un ex-premier ministre de Hollande pendant les deux tiers du quinquennat. Ses girouettes à répétition, son incapacité à délivrer un quelconque résultat, et, surtout, son alignement libéral qui l'ont conduit à récupérer les pires des grosses ficelles sarkozystes (telle la défiscalisation des heures supp) ont achevé sa crédibilité.  Valls n'assume pas son bilan, braille "gauche gauche gauche" à chaque discours et promet qu'il a changé. Tant d'hypocrisie concentrée dans une si courte campagne devrait étourdir ses supporteurs. Valls tente de jouer comme Sarkozy en 2007, "ministre mais pas responsable" du quinquennat qui agonise.

Passons.

Lors du second débat, dimanche, Hollande s'affiche au théâtre. On entend l'agacement de Manuel Valls, le lendemain sur France inter. Puis quelques anonymes expliquent qu'Hollande soutiendra Macron.  Rien n'est moins sûr. Le jeune traître qui n'en finit pas de convaincre des foules dans ses meetings sans jamais parler du "projeeeeeet" se rapproche de Fillon. L'ancien banquier, social-libéral, n'a pour l'instant rien délivré si ce n'est d'avoir travaillé quatre années durant au service de François Hollande. Le soir du dernier débat de la primaire socialiste, il lance sur un ton aussi sérieux qu' empourpré une vaste campagne d'inscriptions sur internet pour identifier les futurs candidats à la députation.

Hollande devrait se réjouir de la catastrophe annoncée. La vengeance est un plat qui se mange froid. Malgré sa médiatisation, la primaire socialiste indiffère. Le vrai du suspense du scrutin de dimanche n'est pas l'identité des qualifiés pour le second tour, mais le score de la participation.

C'est triste comme un enterrement.

Le produit Macron.
Jeudi, Macron, le candidat des clics, lâche son dernier affront contre le PS. En ne dévoilant rien ou si peu de son "projeeeeeeeet", l'ancien ministre de l'économie de François Hollande attire une foule protéiforme qui veut défendre et supprimer les 35 heures, qui réclame le remboursement intégral des frais de lunettes mais veut réduire les dépenses sociales, qui applaudit à la solidarité et à l'auto-entreprenariat version Uber. Ne cherchez pas à comprendre. Macron est un produit. Cette salade niçoise est volontairement floue. Macron voulait d'abord dépasser, et de loin, le candidat socialiste dans les sondages, il a réussi.

En coulisses, l'affaire est différente. Nulle spontanéité. Le produit Macron est construite par les meilleurs experts. Officiellement, Macron affirme qu'il ne "sollicite pas" le soutien de Hollande. C'est mesquin. Sans Hollande, Macron ne serait rien. Mais en coulisses, il a réclamé à plusieurs reprises une audience au président de la République, qui lui a été refusée. La campagne de Macron n'a rien de spontanée. Elle est financée par des fonds qu'on connaîtra plus tard. Macron est allé chercher des souscripteurs à Londres notamment.

Pour publiciser sa vie privée, Macron travaille avec l'agence Bestimage. Cette dernière gère les multiples apparitions d' "Emmanuel et Brigitte" dans les magazines people. Entre ses rumeurs d'homosexualité cachée (pourquoi le cacher ?) et ses déclamations de spontanéité, Macron est si artificiel qu'il finit par faire rire.

Sa campagne est orchestrée par une agence de publicité, "Jésus et Gabriel". les auteurs des slogans  "Pour le clan" du whisky Clan Campbell , "Petites boîtes, grands moments" des sardines Parmentier,  "N'oublions pas le plaisir" des produits laitiers, ou même, de "Jésus Magazine", une ode papier à la "bouffe".
 "Macron est un game changer : il change les règles du jeu." Adrien Taquet, cofondateur de l'agence Jésus et Gabriel.

L'hiver, c'est froid
http://www.directmatin.fr/france/2017-01-16/meteo-fera-t-il-froid-cet-hiver-714176
On a fini par en rire: une vague de froid a provoqué une avalanche de reportages et commentaires sur cette évidence saisonnière: l'hiver, il fait froid. Puis c'est le retour de la grippe et de la gastro.

OMG! 

Plus grave, on se rappelle alors que les hôpitaux manquent de lits (11millions de vues en quelques jours pour ce témoignage d'une interne, Sabrina Aurora), que des sans-abris meurent dans la rue.; que des millions de Français trop pauvres et mal logés se chauffent peu ou pas. 

Sur les plateaux radio-télévisé, ministres de la Santé et du Logement s'acharnent à convaincre qu'elles ont pris leurs responsabilités. On se pince pour le croire. Plus surprenant encore, aucun des candidats de cette primaire socialiste hivernale n'ose rebondir sur le sujet du moment.

Sur les mêmes ondes, les soutiens du candidat Fillon répètent les mêmes éléments de langage quand on leur demande si la purge sociale promise par leur mentor n'est pas simplement insupportable pour le commun des Français: l'emploi plutôt que l'assistanat ! Derrière ces slogans creux de la droite saumon, si souvent assistée par de multiples niches fiscales et autres cumuls d'emplois, se cache un vrai projet: la politique sociale de François Fillon se résume à réduire le chômage à coups de mini-jobs et autres "simplifications" du droit du travail.

La gauche réconciliable
Toute la semaine, les commentateurs politiques s'exercent à décrire des gauches irréconciliables. C'est sans doute faux. A la lecture de ces programmes et déclarations d'intention, on est surpris. En cas d'échec à la primaire, ou de la primaire, une bonne moitié de ces candidats - Hamon et Montebourg en tête, devraient se précipiter pour soutenir Jean-Luc Mélenchon. Il a l'avantage sondagier, un programme différent mais davantage compatible que les éructations néo-cons d'Emmanuel Macron. Réduction du temps de travail, définanciarisation de l'économie, rupture européenne, il y a des convergences évidentes. Il suffirait qu'un Hamon ou un Montebourg réalisent enfin que le centre de gravité des luttes a changé d'ancrage.

On a beaucoup parlé de cette primaire socialiste: trois débats télévisés sur des chaînes nationales, dont deux en prime time, pour un collectif de candidats dont les sondages prédisent un score au premier tour de la présidentiel d'environ 10%. Osons une question: pourquoi donc le même temps d'antenne n'a-t-il pas été offert à Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et ... Marine Le Pen ? Imaginez l'impact politique de la retransmission télévisée complète d'un meeting de l'un de ces trois autres candidats qui, pourtant, caracolent devant les personnalités de cette primaire socialiste dans tous les sondages depuis quelques mois déjà ?

Le 19 janvier, Mélenchon est à Florange. Quelques brèves ici ou là, un micro-sujet pour nos médias télévisés. Il faut s'abimer et souffrir dans des talk-shows compromettants pour que les médias télévisés principaux s'intéressent à quelques propositions. A chacun de ses meetings, Mélenchon déroule un ou deux thèmes principaux. Il traite de la vie des gens. Après l'impôt universel (déjà en pratique pour les citoyens américains) puis la sécurité sociale intégrale, le voici sur l'emploi et la formation professionnelle. Les propositions sont écrites, détaillées, commentées, expliquées à longueur de meeting. A-t-on lu le Monde ou Libé y consacrer une page ?








Mise à jour, dimanche 22 janvier au soir. 

Cinq ans jour pour jour après le discours du Bourget de François Hollande, c'est un frondeur qui emporte le premier tour d'une primaire socialiste qui par ailleurs n'attire que moitié moins qu'il y a 5 ans. 

Benoit Hamon arrive en tête, Arnaud Montebourg se désiste en sa faveur. C'est la meilleur nouvelle de la semaine pour le rival Macron. La désignation probable de Hamon pour représenter le PS à la présidentielle est le signal d'une nouvelle ère, la fin du hollandisme/Vallscisme et, sans doute, du PS lui-même.

Valls a la défaite hargneuse. Il tente de caricaturer son opposant et ancien ministre. 

"Pour le deuxième tour de la primaire, rien n'est écrit. (...) Je suis heureux de me retrouver face à Benoît Hamon car une nouvelle campagne commence dès ce soir. Un choix très clair se présente désormais à nous et à vous, le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, entre des promesses irréalisables et une gauche crédible qui assume les responsabilités du pays."

14 janvier 2017

506ème semaine politique: où est passé le vote utile ?

 

 

Où il est question de Mélenchon, et de pourquoi il faut voter pour lui.


Préparer l'alternance ... de Marine Le Pen
Il faut se pincer pour le croire. Comme ce n'est pas la première fois depuis le début, le milieu ou la fin de ce fichu quinquennat. Voici un gouvernement socialiste qui prépare donc l'alternance à droite, et même à l'extrême droite, et jusqu'à la dernière minute.

Jugez plutôt.

Depuis le 1er janvier, nous explique Bastamag, "c’est le ministère de l’Intérieur qui évalue l’état de santé des étrangers malades, étape clé pour ceux et celles qui espèrent obtenir un 'droit de séjour pour raisons médicales' ". Le ministère de la police juge de l'état médical des étrangers. "Le fait de confier cette mission au ministère en charge de contrôler l’immigration, via les médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), inquiète les associations qui accompagnent les étrangers." Le nombre d'étrangers concernés par ce droit de séjour pour raisons médicales est dérisoire - 6000 en 2013. Bien sûr, ce sont des médecins (ceux de l’Office français de l’immigration et de l’intégration) qui jugeront de l'état de santé. Mais c'est bien le ministère de l'intérieur qui décidera. Pire, l'effet sanitaire risque d'être désastreux.

Il y a de quoi s'inquiéter.  Qui peut penser ce que fera Marine Le Pen ou François Fillon une fois élu de cette "avancée" ? Pas grand chose, tout se met en place.

Autre "anecdote", la même semaine. Jeudi soir, Valls refuse de regretter le projet avorté d'extension constitutionnelle de la déchéance de nationalité. Pensez vous ! La mesure ne visait que les binationaux terroristes ! Hamon s'en offusque. Vincent Peillon tente ensuite de rappeler que le PS est "le coeur de la gauche". Le coeur de la gauche ? Mais de quoi parle-t-il ? Concevoir la communauté nationale comme un "corps sain" qui expulse, laisser croire que le terrorisme islamiste ne serait que le fait de "binationaux" ou d'étrangers, imaginer que cette mesure, rarissime, ait une quelconque efficacité autre que sa portée symbolique désastreuse pour la France des Lumières, est-ce donc cela le "coeur de la gauche" ?
"François Hollande a donc osé l'improbable et si prévisible choix, Manuel Valls, pour diriger son prochain gouvernement.
 On devrait l'applaudir et le haïr." Sarkofrance, 1er avril 2014
Les gouvernements de François Hollande ont préparé l'alternance à droite sur la quasi-totalité des sujets. Certains, dont l'auteur de ces lignes, ont cru un temps qu'il y aurait deux phases dans ce quinquennat, une première grimaçante (où fut d'ailleurs voté un immense redressement fiscal des classes aisées que les Mosco, Valls et Macron se sont ensuite empressés de renier), puis une phase sociale et redistributive. Il n'en fut rien. Hollande a "déverrouillé" le pays, ouvert des portes au libéralisme le plus plus abruti, endossé une politique de l'offre que Macron et Fillon vont désormais approfondir.

La trahison est là, en premier lieu.

Parti socialiste, vote inutile ?
Lors de ce premier débat de la primaire socialiste, les farouches soutiens de cette compétition orchestrée par le seul Parti socialiste s'obstinent à la baptiser "primaire de la gauche". TF1 soutient, un affreux panneau "Primaire de la gauche" est suspendu au-dessus de la tête des candidats comme un couperet. Rares sont les Français qui connaissent les trois alibis non socialistes de cette primaire - Benhamias, Pinel, de Rugy. Le premier fait rire, la seconde est transparente. Le troisième sert les plats qu'Hollande a laissé sur la table. Les trois attirent collectivement une poignée de pourcentage d'intentions d'un corps électoral sondé et incertain par ailleurs restreint. Pire encore, dans les sondages, si souvent honnis, Mélenchon et Macron rassemblent environ 25% à 30% des intentions de vote des sondés quand le vainqueur anonyme de cette primaire socialiste plafonne désormais à 10%.

Le Parti Socialiste exécute ainsi sa psychothérapie de groupe en public et même à la télévision.

Son double argument politique, depuis quelques années, une décennie au moins, peut-être davantage, était d'une part son utilité politique ("avec le PS, on peut gagner des élections contre la droite"), et son pragmatisme gouvernemental ("la gauche de gouvernement devient suspecte dès qu’elle accède aux responsabilités et son destin est de toujours être accusée de trahison" expliquait Hollande en septembre 2016). Comme d'autres non-socialistes, l'auteur de ces lignes a suivi ces arguments pendant la campagne de 2007 (Ségolène Royal plutôt que les écologistes, famille de cœur), puis la primaire de 2011 (non-participation à l'inutile primaire écolo, puis ralliement à Hollande après avoir soutenu Ségolène Royal), puis la campagne de 2012 pour faire battre Sarkozy.

Mais ces arguments ont fait long feu. Primo, aucun scénario sondagier ne place le candidat en position de victoire. Aucune élection intermédiaire depuis 2012 n'a été gagnée par le PS. Le président sortant, socialiste, a renoncé par peur de l'échec. Secundo, sur le terrain de l'efficacité gouvernementale, le bilan parle tout seul. Hollande est si convaincu de son bilan qu'il a laissé à d'autres le soin de le défendre. Le nombre de sans-emplois régresse péniblement depuis un an à coup/coût de dizaines de milliards d'euros d'exonérations sociales en tous genres (CICE, Pacte irresponsable, loi travail, etc), mais le nombre de travailleurs partiels et précaires lui ne cesse n'augmenter.

Bref, les candidats de cette primaire socialiste se trouvent chacun devant l'effroyable défi d'avoir à convaincre non sur leur propension à gagner ni leur succès à l'épreuve du pouvoir mais sur le simple terrain des idées. Et les bonnes idées sont rares, très rares (le revenu universel ?), le brassage de vent et la ventilation des concepts creux fonctionnent à plein régime. On espère, pour eux, pour nous, pour la France, que ces barons démontreront autre chose avant la finale.  Cette primaire socialiste n'a aucun enjeu politique pour le scrutin présidentiel. Il s'agit de désigner lequel emportera les meubles, ou ce qui en restera.

L'alternance
Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

Que le candidat socialiste soit disqualifié ne signifie pas, bien au contraire, que les socialistes -  sympathisants, militants - aient disparu. Certains s'accrochent, les plus agressifs fustigent avec une rage étonnante celles et ceux qui soutiennent Mélenchon et dont ils réclament pourtant le ralliement à un candidat socialiste qu'on ne connait et la participation à une primaire tardive et creuse. Il y a meilleure tactique pour convaincre à l'alliance.

Laissons de côté ces mauvais perdants, ces arguments grincheux, ces attaques puériles qui accusent l'opposition de gauche d'être responsable de l'échec de Hollande (on croyait que le bilan était bon ?). Si le danger d'une alternance de droite extrême ou d'extrême droite, on devrait croire que les plus enclins au pragmatisme politique analysent la situation politique telle qu'elle est et non telle qu'elle devrait être. 

Intéressons-nous aux autres, plus nombreux. Des sympathisants désemparés, interdits, qui s'interrogent sur l'ampleur de la raclée qu'on nous promet pour mai puis juin prochains.  Certains ont déjà suivi Macron. C'est bien leur droit. Macron a l'avantage de la logique politique: il n'est ni de gauche, ni de gauche. Et suit une trajectoire au moins fidèle sur le fond, à défaut de l'être sur la forme, avec le quinquennat brouillon qui s'achève.

On nous dit que Jean-Luc Mélenchon n'aurait pas de réserve de voix. L'argument d'efficacité refait surface de la bouche même de celles et ceux qui ont contribué à reléguer le candidat socialiste en troisième place derrière Macron et Mélenchon. Certes, la campagne présidentielle démarre à peine. Mais diable, ce "pré-échec" est déjà en soi historique.

A l'inverse, le scrutin présidentiel de 2017 est incertain, diablement incertain. La France n'est pas un cas isolé. En Grèce, le parti socialiste a quasiment disparu. En Autriche, c'est un écologiste qui a remporté une présidentielle (un poste plus symbolique qu'en France). Au Royaume Uni, un tiers de l'électorat a fait gagner le Breixit sur fond d'abstention. Aux États-Unis, le candidat-qui-ne-devait-pas-gagner l'a emporté haut la main grâce à la faible mobilisation du camp démocrate et un mode de scrutin par Etat surréaliste. En France, la gauche n'a plus aucun élu dans deux méga-régions depuis 2015.

Bref, en avril puis mai 2017, tout est possible.

Le PS est écartelé entre Mélenchon et Macron, lequel Macron a cet avantage sondagier certains d'attirer des supporteurs de Juppé, et d'occuper une place plus originale que celle des Barre, Balladur ou Bayrou.

Mélenchon n'est pas d'extrême gauche. La caricature du communiste le couteau entre les dents que d'aucuns propagent à droite est vaine. Le programme de la "France insoumise" vise simplement à régler des problèmes simples avec des mesures simples  - le travail précaire, l'absence de rapports de force en Europe, la protection des libertés individuelles, la planification écologique, etc. Les différences avec les candidats socialistes sont bien sûr nombreuses. Et la première d'entre elles est évidente: aucun des candidats socialistes ne peut s'exonérer d'une responsabilité dans le quinquennat Hollande. Même le frondeur Hamon, pourtant plus ouvert à l'alliance des gauches, et promoteur convaincu des thèses sur la raréfaction du travail, s'est commis à voter la loi sur le renseignement. Mais les points d'accord avec certains des candidats socialistes sont nombreux: une 6ème République plus démocratique et parlementaire (position soutenue par Montebourg et Hamon), la relance de l'activité au service de la transition écologique, la séparation des banques d'affaires et de dépôts (une promesse de Hollande ... de 2012), etc.

Enfin, il y a l'avenir. Après ce fichu scrutin présidentiel, s'il est véritablement gagné d'avance entre Fillon et Le Pen, à qui souhaitez vous confier un rôle décisif dans la recomposition politique du pays contre une droite extrême et une extrême droite ? Combien de scrutins passés ont-ils débouché sur cette même question, jamais adressée, de la recomposition politique nécessaire d'un régime fatigué ?

Le vrai vote utile est celui qui prépare l'avenir.



7 janvier 2017

505ème semaine politique: à quoi sert la primaire socialiste ?

 

 

Il ne reste que deux semaines de campagne pour une primaire socialiste qui peine à intéresser. Hors du cadre, Macron grapille Fillon sur sa gauche et Mélenchon laboure la gauche. Finalement, le doute s'installe. A quoi bon une primaire socialiste dans tout ça ? 

 

La primaire symbolique
"La paire du vide", ainsi le quotidien numérique Les Jours qualifie-t-il le duo Valls et Peillon. Les deux tardifs de la primaire socialiste mobilisent pourtant l'attention médiatique malgré des programmes flous, des formules vaporeuses ("Placer l'emploi et le travail au coeur de l'économie", version Peillon), des postures hors-sol. "Les deux candidats légitimistes de la primaire occupent l’espace pour ne rien dire" écrit à juste titre un autre duo, mais talentueux,

Valls et Peillon avaient choisi le même jour pour exposer leurs ambitions, mardi 3 janvier. Bonne année !

Valls change déjà son slogan ("Une République Forte, une France Juste"), Peillon peaufine encore le sien. Valls a confié la "rupture de confiance durable" avec Hollande, Peillon qu'il n'avait pas dormi pendant 3 jours après le renoncement de Hollande (super!).

Valls se réclame de Clémenceau, Peillon s'abrite derrière une référence au programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 sur la page d'accueil de son site de campagne. Valls a peu de promesses, sa candidature est creuse tant il gomme sa propre identité politique ("il a peur d'un réflexe anti-Valls" résume un de ses proches). Peillon fait au contraire quelques tentatives programmatiques, mais on retient ce bad-buzz stupide d'un candidat Rantanplan sur un parallèle absurde entre la situation des juifs sous Vichy et celle des Français musulmans aujourd’hui.

Le Parti socialiste a bien le droit d'organiser sa primaire, même en catastrophe. Les écolos s'acharnent bien depuis quelques décennies à faire de même, pour recueillir avec une régularité inquiétante pour leurs finances une poignée de pourcentages au premier tour de chaque scrutin présidentiel. Mais les écolos ont une cause à défendre qui dépasse l'élection d'un seul de leurs représentants. Après tout, il y a encore quelques crétins pour croire que le réchauffement climatique a marqué une pause depuis bientôt 20 ans...

Une élection présidentielle permet de donner un peu de voix à quelques sujets qui, même en 2017, peinent encore à intéresser la gente des médias dominants.

Mais à part au PS, qui s'intéresse à cette primaire socialiste ?

Cette primaire socialiste parait hors-sol. A quoi sert-elle ? On ne sait plus vraiment. Si Hollande s'était représenté, il y aurait un bilan à défendre, une majorité à renouveler. Il n'en est rien. Pire, la primaire socialiste affiche, dans le plus grand bazar,toutes sortes d'anciens ministres, parfois avec quelques idées (heureusement), mais aucun projet global, aucun consensus si ce n'est la préservation d'un système vidé de l'intérieur par l'échec incarné par la qualification prévisible du Front national-socialiste dès le premier tour présidentiel.

Le PS ne défend plus de projet de société autre que la conquête du pouvoir. Il n'est plus le mieux placé pour l'emporter ni demain, ni après.

Le vide ou le bazar
A quoi sert cette primaire socialiste puisqu'elle ne désignera pas le vainqueur du prochain scrutin ? C'est la question centrale, celle que l'on ne pose pas rue de Solférino pas plus qu'au QG pharaonique de François Fillon (Qui a lu les délicieuses révélations du Canard Enchaîné sur le chateau du nouveau candidat de la vraie France ?)

C'est un vote inutile, flagrant. Avant de savoir qui fera la surprise au soir du premier tour de cette primaire socialiste, il faudrait s'interroger sur un autre risque, une faible mobilisation, voire le bide absolu. Lequel des candidats s'est préparé à cette éventualité ? Pour l'instant les sondages dévoilent qu'environ 7 à 8% des sondés seraient partants pour voter. Ce serait déjà énorme, mais bien plus faible que la primaire de droite en novembre dernier.

Valls serait en tête des sondages de cette primaire socialiste. Hamon connaitrait un frémissement. Peillon est loin. Les autres n'existent pas. On connait les précautions qu'il faut prendre quand on parle d'enquêtes sur un corps électoral incertain

Mais qui assume le quinquennat de Hollande ?

Visiblement personne.

Côté primaire socialiste, on trouve d'abord les opposants, ceux "qui ont tué le père" (Les Jours), Montebourg et Hamon pour ne pas les nommer. Les deux Dupont et Dupont de l'aile gauche du PS (sic!) tentent de jouer une surprise à la Fillon. Hamon a même quelques sondages frémissants. Les deux ont surtout affiner leurs différences. Montebourg loue "la société du travail", son passage à la direction d'un fabricant de meubles en serait-elle pour quelque chose ? Hamon prédit la "raréfaction du travail" dans un avenir proche.

On se réjouit.

Mais on connait les limites de leurs démarches: lequel oserait se rallier à une véritable rupture ? Aucun. On attend toujours qu'ils tuent enfin le père, le vrai. Non pas Hollande, mais une dérive social-libérale, un compromis social-démocrate qui a échoué devant l'extrême droite et la crise. Les deux savent être brillants pédagogues, mais leur pédagogie s'éclatent sur les faits: leur passé/passif de frondeurs n'ayant jamais assumé de travailler à la seule réalité qui vaille, la construction d'une alternative politique.

Le péché originel des frondeurs est là: une fronde qui ne débouche sur aucune alternative politique n'est qu'un caprice.

Macron, seul en piste
Cette primaire socialiste présente ensuite une flopée de bipolaires, celle et ceux qui tentent de nous convaincre qu'ils sont neufs, vierges, nouveaux et surtout sans rapport avec le quinquennat précédent. Ils n'osent renier le bilan du patron, et pourtant il faut bien l'assumer. On a donc cet ancien premier ministre (Valls), mais aussi deux anciens ministres (Peillon, Pinel), et deux anciens soutiens inconnus (Benhamias, de Rugy) qui seront vite oubliés.

Jeudi, Valls est sur France 2. "Bien sûr que j'ai changé. J'ai grandi, j'ai muri". Il a tellement muri qu'il veut supprimer cet article 49-3 de la Constitution (une promesse qui n'engage à rien puisqu'elle ne repose pas sur le président de la République mais sur le Parlement). Valls fut l'un des rares premiers ministres à utiliser le 49-3 ... contre son camp, notamment pour la loi Travail. Mais Valls, sur France 2, a une explication, ce n'était pas de sa faute. Le 49-3 pour faire voter la loi El-Khomri lui a été imposé par ... les "frondeurs". La vie est belle. Le garçon prétend à la présidence suprême de la république mais avoue céder à un reniement personnel (puisqu'il déteste le 49-3).

L'Emission Politique réalise l'un de ses pires scores. Le double de téléspectateurs lui préfèrent la première édition française du Saturday Night Live avec gad Elamleh sur M6. Manuel Valls apparaît cerné.



A quoi donc sert la primaire socialiste ? A désigner un futur vainqueur ? Non. Aucun sondage ne le prédit. Pour un parti dopé aux sondages, la nouvelle est un choc. Et une révélation. La primaire servirait à défendre un bilan ? Non plus. Puisque Manuel Valls s'est refusé à endosser les habits du quinquennat sortant, il n'y a donc que Macron. Macron est la meilleure incarnation, la prolongation évidente du quinquennat Hollande.

Le vote inutile
Bien sûr, le jeune ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, ex-ministre de l'Economie, a des lacunes. Il déroule un programme plus bipolaire encore encore celui de Valls: opposant hier, le voici aujourd'hui farouchement défenseur des 35 heures, ou des remboursements intégraux de la Sécu. Macron est l'incarnation réussie d'un système, un ex-banquier devenu conseiller du Prince puis ministre qui désormais déroule sa campagne avec succès et le soutien de quelques barons du PS et du patronat. On applaudit au coup d'Etat médiatique qui, il y a peu, nous semblait ridicule ou risible.

Macron inquiète, et c'est tant mieux.

Le président sortant, socialiste, a renoncé à se présenter. Pourquoi s'acharner ? Jean-Luc Mélenchon l'explique dans une tribune du Monde, jeudi:

"A quoi bon un candidat du Parti socialiste ? (...) Jusqu'à présent, l'ultime justification du candidat socialiste, c'était d'être en tête dans les sondages. Il se présentait alors comme le vote utile. (...) Actuellement, le PS est en troisième position derrière Emmanuel Macron et moi-même. Dans ces conditions, sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ? En réalité, le vrai choix des électeurs du PS, c'est de trancher entre l'orientation gouvernementale amplifiée, telle que la porte Emmanuel Macron, et la tradition de l'humanisme émancipateur de la famille culturelle que j'incarne."


Ami socialiste, vote Macron ou Mélenchon.