28 janvier 2017

508ème semaine politique: le revenu universel de #Penelope

 

Où il est question du renoncement programmé d'un autre François, de l'échec programmé de la primaire socialiste, d'une campagne présidentielle qui n'a pas fini de dévoiler ses surprises, et des mondes parallèles des vestiges du bipartisme obsolescent.


Aux Etats-Unis, la première semaine du président Trump a vu surgir un (faux) nouveau concept, celui des "faits alternatifs". L'expression est d'une conseillère de Trump à qui une chaîne de télévision américaine demandait si le nouveau porte-parole de la Maison Blanche n'avait pas menti en déclarant qu'il y avait eu "la plus grande foule jamais vue lors d'une investiture, point barre" pour assister à l'investiture de son mentor le 21 janvier dernier. "Vous parlez de mensonges...[...] Notre porte-parole a simplement donné... des faits alternatifs".

En France aussi, certains vivent avec des "faits alternatifs", dans des mondes parallèles à la réalité.

Le monde parallèle du Parti socialiste
Dimanche 22 janvier, le choc est double.

D'abord, voici Benoit Hamon en tête de la primaire. Montebourg troisième. Cette primaire achève le quinquennat Hollande. Montebourg et Hamon emportent une large majorité des suffrages. C'est inédit sous la Vème République. Il suffirait que celles et ceux qui supportaient Hollande - dans tous les sens du terme-  s'affranchissent enfin de leur ancien mentor qui s'est désisté.  Il est temps de voter pour ce qui est utile, c'est à dire ailleurs.

Ensuite, la participation à cette primaire organisée par l'ancien parti majoritaire est surtout ridicule, et ridiculement présentée par les autorités du PS. Dimanche soir, celles-ci annoncent d'abord "1,5 et sans doute 2,0 millions de votants". Puis, 1,3 millions. Puis, au petit matin, quelque 1,6 million de suffrages sans que les résultats des candidats de la veille n'aient changé d'un iota. Que la vie est belle dans le monde des urnes bourrées et résultats truqués...

La participation s'avère décevante, et surtout truquée. Voilà ce que l'on retient. Le désarroi est réel. Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis préfère jouer à Trump et accuse "les médias" (une entité qui regroupe donc valeurs Actuelles, BFM, L'Huma, Politis, lesJours, TF1 et bien d'autres encore). Vincent Peillon attend quatre jours après sa défaite, cuisante et prévisible, pour annoncer qu'il ne soutiendra personne. François de Rugy (3,8%) fait de même. Jean-Luc Benhamias, dont le score a frôlé par le bas le niveau des bulletins nuls de ce premier tour primaire, se rallie à Valls. Silvia Pinel aussi. Ces trois alibis non-socialistes de la primaire socialiste ont récolté des scores ... alibis.

Valls dépasse le point de non-retour. Déstabilisé, il tape, agresse, braille et caricature. Son adversaire Hamon est accusé de complaisance islamiste et d'irréalisme. Comment penser qu'il se ralliera s'il perd ? Impossible... Le débat du second tour, mercredi, est frontal sur les idées mais courtois dans la forme. Valls oppose toujours son réalisme à l'idéalisme qu'Hamon revendique. Le premier prend des points pour rafler la direction du PS après la déroute d'avril prochain. Le second s'envole dans ses concepts de "futur désirable".

Au-delà des idées, cette fin de primaire apparaît incroyablement artificielle: le PS a-t-il un programme de gouvernement pour le prochain quinquennat ? Non, il fait mine de découvrir au contraire qu'il est fracturé en deux sous-parties elles-même sans doute irréconciliables... à trois mois d'un premier tour.

#WTF!?!

Le PS a-t-il une stratégie d'alliance comme en 2011 ? Non. Ce ne sont pas quelques débauchés du centre (Benhamias), des écologistes (Placé, Pompili ou de Rugy) ou des ex-communistes (Hue), qui font une alliance. La "Belle Alliance Populaire" est un concept de com' creux comme le programme de Macron.

Le PS aura-t-il un candidat rassembleur ? Certainement pas. La violence des échanges de ces dernières semaines est l'épilogue d'une lutte interne au sein d'une majorité fracturée depuis 3 ans. Le 49-3 et le chantage à la circonscription a fait tenir le camp parlementaire socialiste autour du duo Valls/Hollande. La primaire permet à chacun de régler ses comptes. Pas à préparer le combat électoral qui s'annonce. Tous les candidats, tous les ténors du PS le savent bien. Mais aucun ne l'avoue.
"Je trouve irresponsable de la part d’un ancien premier ministre de parler comme il le fait. Je voudrais savoir ce qu’il propose, lui." Benoit Hamon, à propos de Manuel Valls.
Officiellement, les instances du PS font mine de croire à une dynamique. Il n'y en a pas. Dans tous les sondages, les intentions de vote en faveur du candidat socialiste retenu par cette primaire ne cessent de dégringoler, moins de 10% désormais.
 La victoire des frondeurs sur les légitimistes du quinquennat était en soi une belle nouvelle. Mais ne nous y trompons pas. Rares ont été les frondeurs à assumer une rupture avec la politique Valls/Hollande. Leur explication la plus couramment entendue était simple: il n'y avait pas de majorité politique de gauche alternative à Hollande. En cette fin de quinquennat, les frondeurs devraient comprendre qu'ils ont raté leur moment, un moment qui aurait pu être historique.



Les mondes parallèles de Fillon et Macron
Jeudi soir, François Fillon est sur TF1. Le sympathique Gilles Bouleau le questionne avec insistance sur l'affaire du moment, l'Affaire. Fillon a la voix qui tremble d'émotion. Il défend son épouse, la seule, la première. Il est presque émouvant. Il fallait seulement se rappeler de l'Affaire. La veille, le Canard Enchainé a lâché une bombe. Pénélope Fillon aurait empoché 600 000 euros sur 8 années pour deux emplois fictifs - assistant parlementaire de son mari puis conseiller littéraire dans une revue propriété d'un ami de son mari.

Le patron de la chaîne i-Télé censure l'information. Mais le mal est fait. "Pénélope Fillon, l'assistée parlementaire" titre Libé le lendemain. Pour se défendre, Fillon évoque des "boules puantes", répète son amour pour son épouse ("Je la défendrai, je l'aime"), clame que le job de sa femme auprès de lui au Sénat puis à l'Assemblée n'avait rien de fictif, et qu'il a même embauché ses deux enfants quand ils étaient avocats. Le journaliste insiste, Fillon trouve-t-il normal, légitime de faire travailler sa famille sur fonds publics ? Oui, puisque c'est légal. Dans son monde parallèle, Fillon rejoint Le Pen, qui a salarié son conjoint Louis Aliot en tant qu'assistant parlementaire au Parlement européen (ce qui est illégal, instruction en cours), et une foule d'élus de droite et de gauche.

On ne retient pas l'émotion perceptible d'un homme atteint. Au contraire, Fillon aggrave son cas, et emporte même ses enfants dans la tourmente. On se rappelle son propre absentéisme endémique au Sénat. La presse révèle que ses 2 enfants n'étaient qu'étudiants quand il les a rémunéré sur fonds publics. Les premiers sondages montrent qu'il décroche, avec 6 sondés sur 10 qui ont désormais une "mauvaise opinion" du candidat, avant même la campagne. A Sablé, le fief sarthois de Fillon, le travail de Penelope Fillon n'est "ni vu ni connu" relate Libération

Le chantre de la Vroite pourrait-il renoncer ? Non, nul renoncement, mais d'autres y pensent et y penseront pour lui. "Je ne vois pas comment Fillon peut s'en sortir. C'est dramatique, il est en train de perdre l'élection" confie l'un des (nombreux) conseillers de sa campagne. Interrogé, Alain Juppé refuse publiquement de servir de front B. On fait mine de découvrir que Fillon est une imposture politique, une version différente du regretté Sarkozy: il entretient l'image d'un gaulliste social, dans le sillon de Philippe Seguin, pour afficher, depuis longtemps, des idées libérales-frontistes qui feraient retourner le général de Gaulle dans sa tombe. Fillon est cette personne qui a dit qu'entre deux candidats PS et FN au second tour des municipales, il fallait voter "pour le moins sectaire", une formule dont nous nous souviendrons en cas de duel Fillon/Le Pen.

Il cultive une image d'homme solide et fiable, alors qu'il a passé un quinquennat à servir de paillasson silencieux à l'un des plus outranciers hommes politiques que la Vème République ait connu. Il s'est construit une image d'homme rigoureux et sans casseroles, alors qu'il a caché sa petite entreprise de conseil aux entreprises (600.000 euros de salaire net entre 2012 et 2015 pour des conférences rémunérées comme son ancien mentor Nicolas Sarkozy), ses voyages en jet de la République pour retrouver son château sarthois et, maintenant, l'Affaire.

Bref, à moins de 3 mois du premier tour, le fusible Fillon est en passe de sauter.

Fillon n'est pas sans quelque rapport avec Macron. Certes, il a annoncé la couleur de son programme, tandis que Macron la cache derrière sa jeunesse, ses dents blanches, ses beaux costumes et ses amis financiers. Et politiquement, Macron est un authentique libéral, quand Fillon est un conservateur sectaire. Mais les points communs sont également flagrants: deux hommes de l'ombre qui explosent au grand jour. Pour Fillon, l'explosion l'éparpille. Pour Macron, pour l'instant, elle le propulse. Les deux s'appuient sur des femmes discrètes, François sur Penelope, Emmanuel sur Brigitte. Les deux sont devenus, sur le tard, des chouchous médiatiques, des créatures politiques qu'on connait finalement mal. Minc soutient Macron, de Castrie préfère Fillon.

Surtout, les deux vivent dans des mondes parallèles à la réalité. Un chatelain, qui salarie son épouse sur fonds publics pour quelques centaines de milliers d'euros, face à un ex-banquier et conseiller de président, jamais élu. Le duo, à défaut de duel, est fascinant.


Ami citoyen, passe à autre chose.



2 commentaires:

  1. Cette affaire Fillon me semble être un cas flagrant de dissociation cognitive,

    - qui n'est pas, comme on le croit, une contradiction entre ce que l'on dit et ce que l'on fait ( ce qui pourrait passer pour un calcul conscient, partant du principe qu'on ne se fera pas prendre),

    -mais une dissociation, chez la même personne, de deux comportements contradictoires, dictés par des processus mentaux différents et ne communiquant pas entre eux.

    Un cas flagrant de dissociation cognitive est celui de Jérôme Cahuzac, qui s'est avéré, en tant que ministre du Budget, très efficace dans la lutte contre la fraude fiscale, allant jusqu'à faire voter une loi qui s'est appliquée...à son propre cas ( d'après cette loi, l'amende pour dissimulation des revenus au fisc est fortement majorée lorsqu'on ne peut ou on ne veut pas indiquer l'origine de ces revenus dissimulés ) !

    Le cas de Fillon est plus évident que celui de Cahuzac : si ce dernier pouvait espérer ne pas se faire prendre, il est évident que Fillon savait que l'emploi de pseudo-attachée parlementaire de sa femme n'avait rien de secret - mais il a été incapable de se rendre compte de cette contradiction flagrante avec son discours.

    Nous sommes tous victimes de dissociations cognitives, et, pour rester dans le même domaine: combien de Français, sincèrement et farouchement opposés à la fraude fiscale, n'ont jamais accepté de payer à un petit artisan des petits travaux réalisés chez eux en espèces et sans facture, pour éviter de payer la TVA ?

    Je crois, d'ailleurs, que ce qui est ravageur pour Fillon auprès de l'opinion publique, c'est moins le côté fictif de l'emploi de sa femme que le montant de ses salaires, dans un pays où les Français gagnent en moyenne 2250 € par mois.

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  2. "ce qui est ravageur pour Fillon auprès de l'opinion publique, c'est moins le côté fictif de l'emploi de sa femme que le montant de ses salaires, dans un pays où les Français gagnent en moyenne 2250 € par mois."

    OUI ! Ce n'est pas l'interdiction de l'emploi de parent qu'il faut mettre en oeuvre c'est le plafonnement en cas d'emploi de parents ! 2250€ semblant déjà bien suffisant !

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