25 février 2017

512ème semaine politique: le jour où Macron s'est fait piétiner par Le Pen et Hamon par Melenchon

Où l'on parle de la résurrection imprévue de l'UDF, des deux seuls candidats se réclamant de gauche et de droite, de l'échec probable d'Emmanuel Macron face à marine Le Pen, et de la prison pour François Fillon. 

 

 

Le faux retour de l'union de la gauche
Il parait que la France est à droite. En tout cas plus à droite depuis quelques décennies. Il y aurait des sondages, sur des candidats parfois improbables, qui le prouvent. Ce débat est pourtant hors sol. Les deux seuls candidats d'importance qui se réclament de gauche ou de de droite, dans l'acceptation la plus traditionnelle de ces concepts, et dans la plupart de leurs interventions, s'appellent Hamon (gauche) et Fillon (droite). Mélenchon, Macron, Le Pen récusent désormais ces clivages. Il faudra vous y faire. Vrauche, Groite etc sont des concepts effacés.

A tort ou raison, ces candidats visent plus large: Mélenchon veut rallier la France "insoumise", Macron les "progressistes", Le Pen les "patriotes". Hamon et Fillon, bien au contraire, s'arriment à des concepts d'un autre temps, un temps où il était utile de se raccrocher à des clivages. Ils brandissent leurs étiquettes comme principal justificatif de leur proposition politique.

Les injonctions à l'union des gauches, un concept à géométrie variable en fonction du positionnement politique de chacun, se multiplient. Jeudi, le candidat EELV Yannick Jadot, 1% dans les sondages mais un gars loyal et issu de la mouvance centriste et Hulot-compatible de l'écologie politique, annonce son ralliement à Benoit Hamon. Il renonce à la présidentielle mais soumet son renoncement aux votes de militants désemparées par le démembrement de leur parti depuis 5 ans. EELV est un grand corps malade qui n'est pas encore passé chez le médecin.

Evoquons d'abord Mélenchon. Le candidat suit sa campagne.. Jeudi, il est enfin en prime time sur France 2, dans l'Emission Politique. Lui seul fait le spectacle, ses soutiens sont rarement invités sur les écrans radio-audiovisuels.Il déroule des idées, il explique chaque semaine en vidéo ses raisonnements, il n'invoque que très rarement la "gôche".  Son propos est ailleurs. Il a rassemblé des contributions suffisamment nombreuses pour en faire un programme publié depuis des mois et déjà un best-seller en librairie. Mélenchon veut rassembler celles et ceux qui n'en peuvent plus, mais qui ne pensent pas que la solution à leurs problèmes passe par la haine, la discrimination ni la répression. Sur chaque sujet, les propositions programmatiques sont sur la table, et depuis des mois, bien avant les primaires des uns et le spectacle des autres. Mélenchon a passé 5 heures et demi de son dimanche à faire détailler le coût et les conditions de mise en oeuvre de son programme. Un programme "pertinent et cohérent" explique l'ancien élu socialiste  Liêm Hoang-Ngoc. Citons, en vrac, le plan de relance de 273 milliards d’euros sur cinq ans (dont 100 sont consacrés à l’investissement et la transition énergétique)


Credit: Fakir
Il parait que Mélenchon a des fans, des irréductibles qui le suivront partout, qui ont perdu toute raison (si tant est qu'ils en aient une un jour). Des supporteurs gaga de leur mentor, des victimes consentantes d'un culte archaïque de la personnalité dont l'évocation sert à dépeindre Mélenchon en nouveau/futur Fidel Castro de la gauche française.

Vraiment ?

Restons sérieux.

Il y a simplement et certainement beaucoup de gens franchement énervés par l'échec du quinquennat qui s'achèvent.

Comment Le Pen écrase Macron

Evoquons maintenant Le Pen. Quelques médias dits dominants s'acharnent toujours à rapprocher Le Pen de Mélenchon. C'est une attitude de salauds inquiets pour leur survie ou un réflexe oligarque pour effrayer l'électeur, ou encore le stress d'une fraction socialiste qui découvre trop tard ce qu'elle n'a pas fait pour l'union avant. Qu'importe.

Il suffit de lire le programme (144 propositions incohérentes entre elles dévoilées sur le tard) pour réaliser l'absurdité de ces critiques et combien Le Pen essaye de récupérer ici ou ailleurs pour ratisser large autour de son cœur programmatique d'exclusion: rétablissement du franc, référendum sur la peine de mort, suppression des allocations familiales aux familles d'enfants délinquants (coucou Sarko), suppression du droit du sol, durcissement des conditions d'accès à la nationalité française, alléger les cotisations sociales des entreprises (coucou Macron, coucou Fillon), défiscaliser les heures supplémentaires (coucou Valls, coucou Sarko), alléger la fiscalité sur les héritage (coucou Fillon), maintenir Fessenheim et développer la filière nucléaire (coucou Fillon) et, last but not least, "renforcer l’unité de la nation par la promotion du roman national" (coucou Fillon).

Marine Le Pen est une candidate d'extrême droite, l'héritière d'un passé et d'un passif qui n'a rien à envier au futur qu'elle nous promet.

La "normalisation" de l'héritière du FN n'est pas chose nouvelle. Qu'elle chipe des arguments comme le retour à la retraite à 60 ans ou la défense de la Sécurité sociale pour gauchiser son discours ne doit pas faire illusion. Il suffit de lire ses 144 propositions.

Les über-fans de la blonde présidente s'auto-qualifient de "patriotes" alors qu'ils sabrent l'héritage républicain, réécrivent l'Histoire, récupèrent des icônes que leurs aïeux pétainistes persécutaient, et trichent avec la morale. La France version Le Pen est blanche et chrétienne. A cause de Sarkozy (ministère de l'identité nationale, Eric Besson, Brice Hortefeux, les Auvergnats etc), la porosité avec la droite furibarde est désormais immense.

Le FN reste aussi le parti le plus condamné pour des affaires de simple crapulerie. Aller chercher des motifs de persécution politique dans une affaire édifiante d'emploi fictif à l'Assemblée européenne est une manœuvre facile. A défaut de gouverner, le FN est d'abord un entreprise de captation d'argent public.

La justice se bouge, enfin. Mauvaise nouvelle pour la candidate nationale-socialiste, héritière de Montretout. Sa cheffe de cabinet est mise en examen pour recel d’abus de confiance. Convoquée par la police pour une audition mercredi, Le Pen refuse de s'y rendre. Qu'avait-elle à y craindre ? A croire les sondages, les deux tiers du corps électoral policier la soutiennent.

La Racaille de France, tout est dit. Marine Le Pen s'exonère de la justice.

Le vrai retour du giscardisme
Face à Le Pen, les sondage nous promettent Macron. Le pauvre garçon sera "piétiné" promet une ancienne supportrice d'Alain Juppé. Elle a raison.

Macron rallierait les "progressistes". La "révolution" du candidat Macron prête à sourire. L'ancien banquier, dents blanches et costume sur-mesure, abuse de termes à l'opposé de son projet. La recomposition au centre est en marche, l'UDF se reforme.

Croyez-vous que l'on caricature ? Nullement.

Il y a d'abord François Bayrou. Le président d'un parti vidé de sa substance militante et politique, un parti au nom bizarre qui évoque les prémisses de la connexion internet, annonce solennellement son ralliement à Emmanuel Macron, chantre des sondages et de BFM-TV (cette chaîne d'information continue, par ailleurs leader des audiences de l'info TV en continue, consacre plus de temps d'antenne à l'ancien conseiller économique de François Hollande qu'à Fillon, Hamon, Mélenchon et Le Pen réunis.

Il y a ensuite le programme, qui se dévoile peu à peu. Vendredi, Macron en lâche enfin quelques éléments. Le suppositoire est moins gros qu'avec Fillon, l'amputation n'est que légère. La soumission au voisin d'Outre-Rhin est évidente, Macron ne la cache pas: Si nous n'avons pas une politique courageuse de réformes sur le plan structurel, les Allemands ne nous suivront pas" explique-t-il aux Echos. Quelle curieuse conception du rapport de forces.

Macron ne promet que la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, contre 600 000 par Fillon. Comme Fillon, Macron veut réduire l'impôt sur les sociétés de 33 à 25%. Comme Fillon, et avant lui Hollande, Macron court après la réduction des déficits. On croyait que la grande affaire économique du quinquennat Hollande, dont Macron fut l'un des inspirateurs puis l'un des acteurs était justement cela. On aurait donc échoué.

Comme Fillon, mais moins que Fillon. Macron réclame un plan d’économies sur la dépense publique. Contre les 100 milliards de Fillon, Macron préfère parler de 60 milliards d’euros à l’horizon 2022. Des économies dont il ne détaille évidemment pas comment il les obtiendra: 25 milliards sur l’Etat, 15 milliards sur l’Assurance maladie (quels seront les soins déremboursés ?), 10 sur l’indemnisation chômage (qui ne concerne qu'un chômeur sur deux pour 52% de son précédent revenu et plafonné à 2 ans d'indemnité seulement) et 10 au niveau des collectivités locales.

Macron reprend l'idée sarkozyste du printemps 2011, les "investissements d'avenir". On se souvient qu'il était rapporteur adjoint de la Commission Attali et ses 40 experts à l'époque. Pour compenser les coupes au quotidien sur la santé, l'indemnité chômage, ou les services publics, le jeune candidat promet "d'investir" quelque 30 milliards d'euros également répartis entre 
"Indubitablement, son projet et celui de François Fillon sont de même nature et selon moi vont dans le bon sens" Emmanuel Bouzou, économiste libéral.

Avec le ralliement de Bayrou, Macron reconstitue l'UDF. A droite comme sa droite,  mais moins à droite. 


Credit
Pour 2017, Emmanuel Macron a choisi le positionnement politique de Valery Giscard d'Estaing en 1974. Rappelez vous les réformes Giscard, votées avec le soutien de la gauche, telles la majorité à 18 ans, la légalisation de l'IVG, ou la loi sur le divorce. Avec Macron, n'imaginez aucune révolution, ni réforme. Son programme économique, qui se dessine enfin à moins de 60 jours du premier tour de l'élection présidentielle, est digne d'un Raymond Barre des années 1980, mâtiné d'une soumission assez incroyable au ministère des finances allemand.

Ce n'est sale ni grave. Il suffirait juste de se l'avouer, et d'effacer enfin ce vernis publicitaire de la grande nouveauté. Macron est tel un iPhone 6 Plus. On y cherche encore les quelques gadgets qui témoignent d'une innovation.
"De ce jour date une ère nouvelle de la politique française, celle du rajeunissement, et du changement de la France." Valéry Giscard d'Estaing, premier discours présidentiel, 1974.
VGE a remporté l'élection présidentielle de 1974 contre une union de la gauche déjà forte, grâce à une droite effrayée par l'alternance "socialo-communiste" et l'absence d'une extrême droite xénophobe toujours discréditée par la Collaboration.

Quarante-cinq ans plus tard, la gauche politique est plus fracturée. Il n'y a pas d'union. Mais l'important n'est pas là: qui peut penser qu'Emmanuel Macron, désormais favori des sondages contre Marine Le Pen a une quelconque chance de l'emporter contre la candidate nationale-socialiste ? Qui peut penser que Macron rassemblera suffisamment d'une droite convertie à l'alliance frontiste aux rives de la France insoumise pour éviter la blonde nationale-socialiste en cas de second tour présidentiel?

Hillary Clinton a perdu de justesse, Macron se fera piétiner par la candidate d'extrême droite.

Non seulement l'extrême droite capte une large fraction de la colère populaire, mais Macron se révèle incapable de mobiliser droite et gauche contre Le Pen. Une trop large fraction de l'électorat fillonesque, idéologiquement labourée par une décennie sarkozyste décomplexée, se portera sur la candidate frontiste.

Fillon, en prison
La justice se bouge, enfin. Mauvaise nouvelle pour le candidat des riches. Le FillonGate fera l'objet d'une information judiciaire.  Le parquet national financier a annoncé, vendredi, l'ouverture d'une information judiciaire contre "une personne non dénommée", et pour des chefs d'accusation qui laissent pantois: "détournement de fonds publics", "abus de biens sociaux", "complicité et recel de ces délits", "trafic d’influence" et "manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique".

La vie reste belle en Sarkofrance.

La semaine prochaine, Fillon change son programme. Le nouveau Fillon ne promettra plus de limiter la sécurité sociale aux maladies graves et/ou de longue durée et aux plus pauvres, ni de privatiser le reste pour l'ensemble des classes moyennes. Le nouveau Fillon sera gentil, "ayez confiance". Il sera même dépensier et ses rivaux s'en amusent. Il aurait renoncé à augmenter la TVA. D'ailleurs, tout ceci n'était qu'une "caricature" des médias.

Il parait même qu'il voudra mieux rembourser les frais d'optique. 

Comme Emmanuel Macron.



Ami citoyen, réveille-toi.


18 février 2017

511ème semaine politique: Le Pen, Fillon, le duo des prédateurs.

Où il est question de gémellité politique,  de prédation de l'argent public par Fillon/Le Pen, des ambiguïtés ahurissantes du candidat Macron, et de vote blanc à la prochaine élection présidentielle.

 



Les affaires
 Les "affaires" ne sont pas nouvelles, elles n'épargnent aucun camp, mais habituellement les partis dits de gouvernement (national ou local) concentrent les principaux scandales. Pour une raison simple, le pouvoir contribue à la corruption. Le quinquennat d'avant a mis en lumière un nombre assez incroyable d'affaires - Karachigate, Bettencourt, Kouchner, Tapie, Bruni, etc - qui mêlent et entremêlent corruption, trafic d'influence, conflits d'intérêt, et détournements de fonds publics. Plus récemment, les aveux puis la condamnation à de la prison ferme de Jérôme Cahuzac, le feuilleton Balkany ou même les révélations récentes des liens financiers du député LR Thierry Solère avec des entreprises privées du recyclage, sont des exemples de fraudes (Cahuzac, Balkany) ou de conflits d'intérêts légaux (Solère) qui heurtent évidemment l'éthique.

Nous vivons sans doute un tournant, lié à la crise, à l'échec des politiques de lutte contre le chômage, à la progression des inégalités et à l'exaspération que ces tourments aggravent chez nos concitoyens. L'idée que des donneurs de leçons profitent, légalement ou pas, du système dont ils réclament pourtant la "réforme" est devenue tout simplement insupportable à une fraction grandissante et désormais majoritaire de la population.

Et à ce titre, Fillon et Le Pen sont comme deux faux jumeaux de ce nouveau spectacle. 

Les jumeaux
La candidate du Front national conserve son socle de fidèles. Jamais n'est-elle tombée en deçà de 25% des intentions de votes dans les sondages. Les fragiles, les exaspérés, les complotistes, les racistes, ces cohortes peureuses, énervées ou simplement déçues n'entendent pas les accusations. Ils ne veulent pas voir ou ne voient pas l'évidence. Marine Le Pen est une prédatrice.

Son micro-parti "Jeanne", sans aucun adhérent ni militants, a récolté 10 millions d'euros de recettes en 2015. La blonde présidente a salarié son compagnon sur fonds publics, comme 5 autres de ses collègues eurodéputés frontistes. Marine Le Pen aurait même salarié son garde du corps comme assistant au Parlement européen.  L'un de ses proches, via sa société de publications, a surfacturé du matériel de campagne aux candidats frontistes d'après les enquêteurs. Quatre autres proches ont été également renvoyés en correctionnelle en octobre 2016 pour des motifs variés -  escroquerie, recel d'abus de biens sociaux, faux et usage de faux - rien que ça. A l'aune de ces travers, le slogan de campagne "remettre la France en ordre" donne le frisson. Le Front national a proportionnellement le plus d'élus condamnés ou sous enquête de justice pour des délits et soupçons de délits financiers. Depuis une décennie déjà, et malgré un nombre d'élus locaux en très forte progression, le FN détient le record de la plus forte proportion d'élus condamnés.

François Fillon est à peine mieux loti. Le "FillonGate" n'a pas livré toutes ces facettes, mais un trait domine: François Fillon a profité au maximum que la loi autorise de sa position d'élu et de ministre pour son bénéfice pécuniaire personnel et familial: il a utilisé des jets de la République pour ses besoins personnels, il a ponctionné l'enveloppe parlementaire pour salarier femme et enfants étudiants à des niveaux hors normes. Il a utilisé cette même enveloppe publique pour accorder 45 000 euros d'indemnités de licenciement à son épouse quand il a mis fin à ses fonctions d'assistante parlementaire (environ 10 fois plus que la normale d'après France Inter). Il a utilisé sa position de futur candidat crédible à la présidentielle pour délivrer des conférences ou des conseils chèrement payés par des entreprises privées directement intéressées par les mesures qu'il préconise.

"Fillon avait une image de parangon de vertu. Nous, on nous passe tout" Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen.

Fillon comme Le Pen sont aussi prolixes dans les médias qu'ils sont absentéistes dans les travaux parlementaires. Marine n'a rien à envier à sa nièce Marion, laquelle fait preuve d'une flemme parlementaire assez exceptionnelle. François n'est quasiment jamais là à l'Assemblée depuis 2012, malgré ses 7 185,60 euros d'indemnités et les autres 5000 euros qu'il a accordés à sa femme pour son job suspecté d'être fictif d'assistante parlementaire...




La défense
Le Pen comme Fillon usent des mêmes ficelles pour leur riposte: primo, ils récusent la justice, ils attaquent les médias dans leur ensemble, ils crient au complot. Ce serait la faute au "système", ils seraient persécutés par une presse aux ordres et des juges forcément gauchistes. Le FN étant sous le coup d'une enquête des institutions européennes pour détournements de fonds publics par 6 élus, Marine Le Pen a beau jeu d'assimiler ces accusations à de la persécution politique de "Bruxelles". Cette posture complotiste a une résonance facile dans ce monde 2.0.

Secundo, ils ne répondent jamais ô grand jamais sur le fond. Ils éludent, ils font distraction, ils s'éparpillent. Ou ils tombent dans le déni.

Tertio, ils invoquent le "peuple" contre la Justice, le vote contre le jugement. Que les électeurs tranchent et les juges se taisent. Ce bonapartisme fait fi de l'éthique au motif que les électeurs accepteraient la fraude.

N'oubliez pas que même Pablo Escobar a réussi à se faire élire au suffrage universel.

Politiquement, Fillon et Le Pen sont déjà les deux facettes d'une même pièce politique, la peste ou le choléra. Ou bien l'inverse. La ruine sociale ou la tragédie xénophobe. Les voici involontairement rassemblés sur le terrain judiciaire, par leur même mépris pour l'argent des contribuables, la vérité et l'éthique.

Quand l'un ou l'autre se déplacent en campagne, ils sont accueillis par des concerts de casseroles. En route pour les Victoires de la Musique !


Fillon versus Le Pen, le choix est clair. Ce sera le vote blanc.

L'apprentissage
Emmanuel Macron n'a pas été rattrapé par les affaires. Ses succès sondagiers lui ont permis d'emprunter sans difficulté la vingtaine de millions d'euros nécessaire pour sa campagne. Mais ces séances "Tupperware" avec de riches donateurs, lors de quelques déplacements, restent hallucinantes. 

Macron est jeune, fragile, sans grande expérience. Tout excité par ses récents succès sondagiers, Macron raconte tout et son contraire. En Algérie, il qualifie la colonisation de "crimes contre l'Humanité". Il n'en disait mot quand il était en France. En France, il explique que la légalisation du mariage homosexuel a trop clivé. Il expliquait pourtant son admiration pour cette mesure. Un jour, il s'oppose, l'autre il applaudit à la dépénalisation du canabis.

Un jour, un projet ?

Macron a des invariants, sa vision économique notamment: "Ni de gauche ni de droite", il embrasse la purge austéritaire version Fillon avec une gourmandise qui fait vomir: 60 milliards d'euros d'économies sur les budgets publics promet-il. Comment ? On verra plus tard ou presque - "masse salariale de l’Etat" et dotations aux collectivités sont dans sa ligne de mire.

Macron n'est pas une girouette, c'est un paradoxe. En matière politique, il est le chantre de la politique de la demande. En matière économique, c'est l'inverse.

Macron défend l'entreprise contre le salarié, il prône la juste liberté entre employeur et employé, faisant fi des inévitables et évidents rapports de forces déséquilibrés d'un monde du travail privé qu'il n'a connu que dans les salons feutrés d'une Banque Rothschild. Difficile de critiquer Macron sur ses propositions, il n'en a pas, elles sont en cours d'écriture par des experts qui filtrent les centaines de réunions "Tupperware" et réjouissantes que le mouvement En Marche organise. En parallèle, le même Macron conserve la main sur la désignation des candidats de son mouvement aux prochaines législatives. Il refuse que ce choix soit soumis au vote des sympathisants/militants. Quelque 6000 candidatures auraient été reçues.

Laisser croire que la politique se réalise hors parti, hors mouvement, "par le bas", on n'avait pas trouvé meilleur paquet cadeau pour défendre l'oligarchie. Bernard Kouchner, Alain Minc, Jean Arthuis, Jean-Paul Huchon ou Jean-Marie Cavada, les soutiens les plus connus sont des briscards.

La pression
C'est une curieuse musique. Une injonction du candidat Hamon d'abord. Un sondage d'Odoxa ensuite, réalisé auprès de 297 sondés. Que Mélenchon se rallie à Hamon, pour faire gagner la gauche à cette élection présidentielle improbable et ridicule ? Quelle curieuse démarche.

Mais de qui Hamon est le candidat ? Le garçon est valide, il valide 80% du programme de la France insoumise. Mais, mais, mais... un gros 40% des votants à cette primaire socialiste qui a désigné Hamon, une grosse moitié sinon davantage de l'appareil même du parti, s'avère hostile au cœur du programme défendu par Benoit Hamon.

Où est la cohérence politique ?

En d'autres termes, Benoît Hamon en 2017 est encore plus faible que Ségolène Royal dix ans plus tôt. Il a contre lui une majorité des barons, une large fraction de l'appareil. S'il était élu, avec qui gouvernerait-il ? Valls et El-Khomri récemment réélus ? Le premier a expliqué combien Hamon était inconséquent pendant la campagne des primaires. La seconde aurait rejoint Macron si le PS ne lui avait pas réservé une circonscription facile dans le Nord de Paris pour les prochaines législatives.

"Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole, alors même que tu es et restes le candidat d'un parti et d'élus majoritairement hostiles à l'orientation que tu défends." Mélenchon à Hamon.


Ami socialiste, que fais-tu ?

Ami filloniste, où es-tu ?


11 février 2017

510ème semaine politique: l'élection présidentielle la plus ridicule

Où il est question d'un candidat qui caracole dans les sondages sans programme, d'un ex-favori qui paye dans les sondages ses abus familiaux avec l'argent du contribuable, et d'une gauche qui pourrait se retrouver qualifiée si tant est qu'elle le veuille vraiment; bref de la plus ridicule des élections présidentielles que la Vème République ait connue.





L'illusionniste
Il stresse, le jeune candidat. Il stresse. Son agence de pub a fait fuiter dans la presse, et d'abord le Figaro, que les services secrets russes sont après lui. Pour preuve, ces méchantes rumeurs sur sa vie privée relayées par deux sites pro-russes, armes de propagande massive pour l'autocratie poutinienne, les mal nommés Sputnik et Russia Today. OMG!

Effectivement, Sputnik relaye rapidement des propos pourtant sibyllins de Julian Assange qui prétendait détenir des informations privilégiées sur Macron à un autre journal russe. Le site pro-russe a laissé de larges colonnes à un député LR qui s'autorise à accuser ainsi le nouveau chouchou des sondages: "Il y a un très riche lobby gay derrière lui. Cela veut tout dire." Tout dire ?
Nicolas Dhuicq, député Les Républicains (LR) de l’Aube, est réputé pour son dilettantisme parlementaire qui frise l'absentéisme crasse malgré l'absence de sanctions. Le même Dhuicq établissait un lien entre homoparentalité et terrorisme en 2012. Le même Dhuicq avait lui aussi embauché son épouse Catherine comme assistante parlementaire.

De son côté RT a multiplié les attaques contre Macron: "Emmanuel Macron est-il le candidat de SFR Presse et Altice ?" (9 février), "Emmanuel Macron, une escroquerie absolue" (3 février), ou encore  "Emmanuel Macron protégé médiatiquement, François Fillon «pas un homme de système»" (3 février).

Macron, victime d'un complot pro-russe ? A vrai dire, là n'est pas l'important. Emmanuel Macron est devenu le nouveau chouchou des sondages, le prochain victorieux désigné de l'élection présidentielle.

Jeudi, la nouvelle fait l'effet d'un choc: Fillon s'effondre un peu plus dans les sondages, à 17 ou 18%, tandis que Macron caracole désormais en seconde position, 20 ou 21% derrière Marine Le Pen. Comme la blonde présidente n'aurait théoriquement aucune chance, Macron serait donc notre nouveau président.

Ne riez pas. 

L'homme n'a dévoilé quasiment rien de son "projeeeeeeet". Son programme officiel est inexistant. Quand il commence à le dévoiler, on est saisi d'effroi: le garçon est un croisement raté entre Hollande et Juppé. Macron élu, c'est Hollande réélu, un Hollande décomplexé, un Hollande libéré de ce fardeau qui s'appelle la défense des plus pauvres, l'attention aux acquis sociaux de longue lutte, le primat de la loi qui libère sur le libéralisme qui opprime.

La "Macronomie" est un prolongement évident, douloureux, inefficace du quinquennat précédent. "Les propositions du candidat d'En Marche s'inscrivent dans le droit fil du pacte de responsabilité, du CICE ou de la loi Travail" nous explique un essayiste souverainiste dans les colonnes du Figaro. Cette semaine, Macron dévoile ses "propositions" en matière écologique. Le vide absolu, un propos inconséquent digne du siècle d'avant. Il y a d'abord les habituelles platitudes de communicants - "Nous sommes en train de surconsommer et de fragiliser notre planète, de détruire ce qui est notre commun" - ou encore, ne riez pas: "Être écologiste aujourd’hui, c’est se préoccuper de l’humanité".

Dans cette "réalité alternative", Macron est écologiste. Ne riez pas. Ses propositions sont maigres: fermer les 5 centrales à charbon en France, défense des "mines responsables" en Guyane (ne riez pas), poursuite des recherches sur le gaz de schiste et de la recherche sur les OGM. Macron est resté flou sur les moyens de réduire à 50% la production électrique nucléaire. Il promet aussi "32% d’énergies renouvelables". Il veut même simplifier les "procédures pour raccourcir les délais de raccordement au réseau électrique des installations solaires ou éoliennes."Macron reprend différents objectifs non atteints par François Hollande -  500 000 rénovations thermiques de logements par an, interdiction des pesticides néonicotinoïdes d'ici 2020. 

La prédatrice
Jeudi soir, Marine Le Pen a les honneurs d'une émission en prime time sur le service public. La dame se fait rare dans les médias, même si son lieutenant Philipot truste la quasi-totalité des plateaux radio-audiovisuels chaque jour. Le Pen s'enfonce dans les mensonges et les approximations. On appelle cela la "réalité alternative", un monde sans faille, binaire et détestable telle que l'extrême droite sait les créer dans ses discours. Elle s'effondre quand elle tente d'expliquer la relève de l'euro par le franc. Elle patauge quand la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem ose lui porter le fer. Elle esquive quand on lui rappelle les affaires de détournements de fonds publics, nombreuses, qui frappe des élus du FN. Elle ment quand elle se réclame du droit des femmes.

Le clou du triste spectacle fut l'intervention de Patrick Buisson. L'ex-vizir de Nicolas Sarkozy, expert en écoutes clandestines, ancien éditeur de chants nazis et ex-directeur de Minute, est invité pour interviewer Marine Le Pen.

Formidable service public, la recherche du buzz, une vraie honte.

Marine Le Pen comme son compagnon Louis Aliot sont très silencieux sur l'affaire du moment. Marine a embauché Louis comme attaché parlementaire européen, "à temps partiel" précise M. Aliot mercredi sur France info, pour 5 000 euros mensuels. Ces comportements de prédateurs de l'argent public sont coutumiers au Front national. Rappelons qu'une enquête est toujours en cours sur un détournement des remboursements de frais de campagne pour les élections cantonales de 2011, présidentielle et législatives de 2012, municipales, européennes et sénatoriales de 2014, départementales et régionales en 2015.


Sur une autre station du service public, un représentant syndical policier explique que Bamboula est une insulte "convenable." Le débat porte sur ce jeune Théo, violé par un policier à Aulnay-sous-bois. Théo est noir. Cela suffit à la fachoshère pour se déchaîner. L'ancien leader du GUD, ce groupuscule neo-nazi et violent, se livre à coeur joie sur les réseaux sociaux. A Aulnay, malgré les appels au calme de Théo, des soirées d'émeute. L'IGPN explique que la fissure anale de 10 cm est un dommage "involontaire".  Quelques policiers, soutenus par l'habituelle racaille raciste, défende le "viol involontaire".

Le magouilleur
François Fillon a encore tout donné pour sortir de son affaire. Le #PénélopeGate est d'abord et surtout un naufrage personnel. Mardi, le chantre de la Vroite fait face à 200 journalistes pour dénoncer, pêle-mêle, "Dix jours de lynchage médiatique", "le tribunal médiatique", "une opération montée pour (...) effacer le choix des électeurs de la primaire". Il "s'excuse" devant les Français, mais il nie tout délit.

Pourquoi s'excuser alors ? L'hypothèse d'un plan B est enterrée à coup de chantage - sans Fillon, ce sera la ruine de la droite française. Ses proches décident aussi de fustiger, comme leur mentor, la presse. Cette trumpisation des esprits, certains pourtant brillants et démocrates, est effarante. Qu'auraient du faire "les médias" ? Se taire, se coucher et sagement commenter les petites phrases du candidats Fillon sur la fraude sociale, l'assistanat et la Sécu-qui-coûte-trop-cher ? 




Lundi, Fillon balance un nouveau mensonge avec une assurance qui trouble ses proches soutiens et jusqu'à l'électeur: l'extrait télévisuel d'une interview de Pénélope Fillon où elle déclarait n'avoir jamais été "assistante" de son mari aurait été "sorti de son contexte" contre la volonté de l'auteure journaliste. Laquelle journaliste, en direct sur Twitter fustige Fillon pour ce énième mensonge. Puis deux jours après, voici France 2 qui diffuse l'intégralité de l'interview de 2007.
"Je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre." Pénélope Fillon, 2007
Fillon est plombé, "baisé" commente Charlie Hebdo. Impossible de se renoncer, trop fragile pour continuer. Les premiers sondages révèlent qu'il n'aurait même pas convaincu son camp.


Les révélations se succèdent: Fillon lui-même, dans son exercice tardif de transparence, dévoile enfin les riches contributeurs qui ont permis à sa micro-société 2F Conseil d'empocher 757 000 euros en trois ans: on y retrouve AXA qui a tout à gagner de la privatisation promise de la Sécurité Sociale, et FIMALAC, l'employeur de Pénélope Fillon...

Pire, après son emploi d'assistante parlementaire pour lequel les preuves de réalité tardent à être apportées à la justice, Pénélope Fillon aurait reçu une indemnité de licenciement de 45 000 euros, toujours sur les fonds du contribuable. Puis Fillon explique que ses deux enfants, également rémunérés sur son enveloppe parlementaire pour 3 et 4000 euros mensuels chacun pendant quelques mois l'ont aidé, l'un à écrire son programme politique, l'autre l'un de ses derniers livres. Deux missions sans rapport avec le job d'attaché parlementaire. Mieux encore, il est assez probable que l'emploi de la fille soit totalement fictif. Il faut comprendre François. François a des frais. D'après le magazine Capital, peu suspect de gauchisme, l'entretien du château familial dans la Beauce lui coûte entre 5 et 7 500 euros par mois. Une dépense à 85% couverte par les indemnités parlementaires que Fillon a attribuées à ses proches.

Mercredi, lettre ouverte aux Français dans le premier quotidien régional, Sud-Ouest. On n'y apprend rien, Fillon répète les mêmes arguments hors sol et à côté du vrai sujet. Rien n'y fait. A côté, la Fillonsphère rejoint la fachosphère pour propager quelques saloperies mensongères sur la fille du fondateur de Mediapart, en pointe dans la dénonciation des abus fillonesques. L'extrême droite, quelque soit son véhicule, utilise les mêmes ressorts.  Jeudi, ses deux enfants Charles et Marie terminent 7 heures d'audition devant la la police. Le même jour, les avocats de ce candidat qui réclamait que la Justice fasse rapidement son travail demande au parquet de se dé-saisir.

Allez comprendre.

Fillon est un boulet, un "cauchemar pour communicant" explique bien justement les Jours. "Confrontées à des accidents industriels, les entreprises sont contraintes de retirer des modèles défectueux du marché". C'est peu de le dire. Fillon ressemble à un accident politique, un de plus. Un faux social, faux gaulliste, qui s'est décidé à embrasser un discours et un programme de rigueur pour les autres, surtout les plus modestes, quand lui-même se goinfre sur l'argent public pour financer "légalement" ses besoins familiaux.



L'espoir ?
Dimanche, Jean-Luc Mélenchon s'amuse et l'emporte sur le terrain de la fréquentation avec son double meeting, l'un sous forme d'hologramme - plus de 800 000 spectateurs et téléspectateurs au total. Le candidat de la France insoumise suit son programme. Chaque meeting est thématique, et lui permet de dérouler, justifier, argumenter sur son programme. C'est médiatiquement moins vendeur que le vent de l'illusion macroniste ou les petites phrases de l'autodéfense fillonesque. Mais c'est politiquement plus instructif, riche et nourri.

"Le continent numérique doit être rendu au peuple " Jean-Luc Mélenchon
Ainsi dimanche, le candidat déroule ses propositions: suppression d'Hadopi (?), protection des données personnelles, soutien à la création de jeux vidéo, réforme du droit d’auteur, neutralité du Net, promotion du logiciel libre, et rupture des contrats entre Microsoft et l’éducation nationale et l’armée, lutte contre l’optimisation fiscale des géants du Web, etc. Puis c'est l'Europe, et Mélenchon d'expliquer les contours imprécis du nouveau traité européen en cours d'étude à Bruxelles et Strasbourg: "On se dirige ainsi sensiblement vers une UE de plus en plus autonome des États sur le plan économique. Évidemment en figeant la règle libérale comme un absolu."/


Melenchon est gêné par le ralliement probable du candidat EELV, crépusculaire mais sympathique, Yannick Jadot, avec Benoît Hamon. Lequel Hamon n'a pas encore réussi à rallier l'intégralité du PS à sa cause. L'absence de positionnement clair de Hamon (mais de qui donc est-il le candidat ?) le coince. Légèrement favori dans les sondages, il refuse de s'aliéner la frange droite du PS contre laquelle il s'est pourtant fait élire. Hamon, comme Macron, tente de surfer sur cette ambiguïté.

Quand on vous dit que cette élection est devenue ridicule...


Ami citoyen, il y a une autre voie.




4 février 2017

509ème semaine politique: Fillon, Hamon, Macron, avec eux, tout est malheureusement possible

 

Où il est question de l'improbable et de l'impossible, d'une élection qui pourrait être différente; d'un Fillon qui sombre sous le coup des révélations attendues sur sa légèreté avec l'argent public; d'un Hamon qui promet déjà tout et son contraire en matière d'alliances de gouvernement. Et d'un Macron qui surfe sur la vague et un positionnement de lessive libérale adoucie. 


Pénélope Fillon reste au centre de la tourmente. Les défenses télévisées de son mari sur TF1 oui France 2 ne changent rien, biennal contraire. Les 500 000 euros de salaires d'emploi supposé fictif d'assistante parlementaire pour son mari grimpent à 830 000 euros d'après le Canard Enchaîné, auxquels s'ajoutent encore 100 000 euros de rémunération en tant que collaboratrice littéraire pour une revue détenue par un proche de Fillon et un emploi dont le directeur de la publication ignorait tout. Et qua,d Fillon confesse qu'il a embauché ses enfants (pour déminer à l'avance une prochaine révélation), l'affaire s'envenime - 84 000 euros ont été servis à ses deux enfants encore étudiants, toujours sur fonds publics.

Fillon père-la-rigueur pris les doigts dans le pot de confiture des subventions parlementaires, l'affaire fait tâche, tâche et salit.

Jeudi, des journalistes de France 2 expurgent du passé un entretien de la dite épouse du favori de la Vroite où elle déclare "Je n'ai jamais été l'assistante de mon mari". Fillon reste dans le déni, "inébranlable", cette affaire est pourtant "toxique" à souhaits pour lui. Ses collaborateurs et proches enchaînent les convocations à l'Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales. Des bureaux au Sénat sont perquisitionnés.

L'hypothèse du renoncement forcé de Fillon se précise. Après Laurent Wauquiez, Alain Juppé, voici François Baroin qui s'y prépare. Son adresse "Baroin2017" a été déposée dans la semaine.

Fillon conserve la hargne du futur président à qui on vient de voler son destin: "Je ne suis pas dupe: ce n'est pas la justice que l'on cherche, mais à me casser. Et, au-delà de ma seule personne, à casser la droite, à lui voler son vote."

Mais Fillon, vainqueur-surprise et largement de cette primaire de la droite, s'effondre dans les sondages. Moins de 20% des intentions des sondés, derrière Macron.

Vendredi soir, l'homme, abattu et les larmes aux yeux, se défend encore dans une courte video, froide comme sa colère, publiée sur Facebook (515 000 vues dans les premières 15 heures). Fillon ne répond jamais sur le fond: "c'est notre victoire qu'on veut nous voler !". Il s'égosille presque. Pas un mot sur les 900 000 euros d'argent public qu'il a utiliser pour salarier sa famille pour des missions que l'on soupçonne fictives. Il dénonce "un système qui cherche à (le) casser". Fillon, élu depuis 35 ans, ex-ministre et premier ministre, un "anti-système" ? Loin de démontrer la froideur de sa colère, Fillon expose sa panique naissante.

Hamon, sans programme ?
Benoit Hamon, récemment qualifié par le PS, entame sa campagne présidentielle. Il bondit dans les premiers sondages avant d'avoir énoncé une quelconque proposition sur son programme de rassemblement. Comme Fillon, il assure qu'il ne changera rien à ses propositions qui l'ont fait gagner.  Comment est-ce tenable ?

Déjà, des ministres et députés socialistes s'opposent rapidement. L'intérimaire Cazeneuve, à Matignon, lui fait la leçon dès le lendemain de sa victoire. Hamon "doit assumer le bilan du quinquennat". La messe est dite. Mardi, la ministre des hôpitaux en manque de lits Marisol Touraine et son homologue de la rigueur Michel Sapin enchaînent: "S'il ne change pas de ligne, il ne rassemblera pas" explique Touraine. "Benoît Hamon ne peut rassembler s'il est sur la critique de ce qui a été fait pendant 5 ans" rajoute Sapin.

A l'inverse, l'ex-frondeur a aussi beaucoup de soutiens. Y compris celui improbable de François Hollande. L'actuel président, pour encore quelque semaines, le reçoit officiellement à l'Elysée. La démarche est étrange, cynique, et sans saveur. Hamon s'oppose à toutes les orientations de Hollande depuis bientôt 3 ans et pourtant il vient s'agenouiller à l'Elysée.
"J'ai été ministre dans son gouvernement [...] J'appartiens à la même famille politique que lui, je le connais." Benoît Hamon à propos de Hollande.
En fait, Hamon s'apprête à endosser le fardeau du candidat qu'il a défait à la primaire socialiste: un bilan, des candidats députés comme Valls, El Khomri, Cazeneuve, ou Le Roux, et tout le reste.

Hamon appelle pourtant à l'union de la gauche, mais réclame d'abord la soumission: "J'ai proposé un cap, ce cap je le maintiens, je l'enrichirai évidemment de toutes les contributions de ceux qui s'impliquent aujourd'hui derrière moi, et je n'ai jamais été fermé à ces discussions mais le cap, il a été donné."

Bref, on retient de cette semaine combien Hamon est simplement écartelé, et donc sans programme, sommé de choisir entre la fronde et la soumission. 


Macron, cynique
Emmanuel Macron "donne un coup de barre à droite". Il veut "plus de flexibilité sur le droit du travail", "redonner des marges" aux entreprises, prolonger les défiscalisations des entreprises, et fustige Hamon le candidat de la "gauche plurielle" ("Moi, je pense que ça ne permet plus aujourd’hui de répondre aux défis du pays").

Cinglante est la réponse de Christiane Taubira, qui s'apprête à rejoindre Hamon: "la droite et la gauche, c’est différent. Les femmes et hommes de gauche qui racontent l’inverse sont juste en train de trahir." Trahison, le mot est une nouvelle lâché un peu vite. Marron incarne l'autre facette du quinquennat qui s'achève, celle d'un Hollandisme social-libéral qui s'assume enfin.

Le constat interroge... à peine. Des ministres, les moins courageux d'abord, n'hésitent plus à afficher leur soutien. Comme Jean-Marie Le Guen, ce futur ex-ministre en charge des relations avec le Parlement qui aimait tant les voyages présidentiels à l'étranger: "on peut être socialiste et appeler à voter Macron"

Macron s'affiche désormais " et de droite et de gauche". Jusqu'à quand cette pantalonnade politique va-t-elle durer ?

Macron n'a pas l'intention de dévoiler son programme avant la fin du mois d'avril... c'est-à-dire après le premier tour de la présidentielle. Macron prend l'électeur pour un con. Tout ne serait qu'affaire de "positionnement". Macron est un produit bien placé sur le marché politique, avec grand renfort de publicité, d'agence de communication et autres substances artificielles. Ne soyons pas écoeuré, nous méritons les politiques que nous avons.

Emmanuel Macron prend encore une fois l'électrice et l'électeur pour des cons quand il est sur TF1 pour brailler: "je n'ai jamais eu de collaborateur en charge de ma circonscription." Macron n'a jamais eu de circonscription. Macron n'a jamais été élu. En revanche, Macron a consommé "a utilisé à lui seul 80 % de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget, en seulement huit mois, jusqu’à sa démission en août". L'argent public est toujours agréable à consommer pour les tenants de la rigueur pour les autres. Quand il se défend sur TF1, l'ex-banquier ment.

Les temps sont durs...


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Les sondages donnent un aperçu de ces bouleversements. Le Pen est stable et en tête (25%);  Macron (22%) devance Fillon (20%), puis suivent Hamon (16%) et Mélenchon (11%). Ces "polaroïds" imparfaits de l'état de l'opinion révèlent surtout que l'opinion est volatile.

Ensemble, ou divisés, tout est possible.

Dimanche 5 février, la guerre des meetings fait rage. Hamon remplit la petite salle de la Mutualité à Paris, avec de chaleureux soutiens (Taubira, Filippetti) et d'évidents absents (Valls, Cazeneuve, Touraine). Hamon est sur l'estrade un candidat qui ne rassemble pas même le PS. Il

A Lyon, Macron invoque de Gaulle mais ressemble à Sarkozy. Il surjoue le mega-meeting devant 5 à 8 000 personnes, on saura plus tard qui a payé ces fastes, puisque Macron n'a aucun parti pour le soutenir. A Lyon toujours, Marine Le Pen n'évoque évidemment pas le million d'euros que lui réclame le Parlement européen pour ses emplois fictifs.

Jean-Luc Mélenchon emporte le match et se dédouble pour parler des "nouvelles frontières de l'humanité" - transition écologique, énergies renouvelables, dépollution de la mer, budget de la Culture, protection des données privées, neutralité du net, etc. En meeting à Lyon, et sous forme d'un hologramme réussi à Aubervilliers, soit environ 18 000 spectateurs. Et ce n'est pas tout, s'ajoutent 40 000 spectateurs en direct sur YouTube.

François Fillon est le grand absent de la journée. Son effondrement probable incite Bayrou à se présenter. L'ex-leader centriste vient de publier son ouvrage de campagne, et il tacle encore le vainqueur de la primaire de la droite: "le maintien de la candidature de François Fillon ferait courir un risque à l'alternance".

Une mauvaise nouvelle pour Macron, une nouvelle qui devrait rebattre les cartes, encore une fois.