25 mars 2017

516ème semaine politique: Fillon, la cupidité tranquille

 

Où il est question de l'effroyable campagne de François Fillon, du  jour où le candidat désigné du Parti socialiste s'est affaissé devant celui de la France insoumise. 


Ce premier débat qui purge
Dimanche, le bilan est sévère, ou triste. Mélenchon a réussi son pari, des dizaines de milliers de manifestants place de la République à Paris. Des grincheux grimacent quand le nombre de 130 000 est évoqué. Qu'importe ! La place est pleine, plus pleine malgré la pluie que les quelques milliers terrés le lendemain dans l'enclos du AccorHotel Arena où Hamon tient meeting.

Mais l'important n'est même pas là. Le lendemain, le débat du premier tour met Hamon et Fillon K-O debout.

Lundi soir, coup de chaud sur la campagne, coup de sang. Cinq candidats du premier tour se défient et s'expliquent sur TF1. Certains refusent le spectacle, mais près de 10 millions de Français suivent l'évènement, inédit sous la Vème République. Assez vite, le bilan est quasi-unanime: Mélenchon est brillant orateur, Hamon et Fillon sont effacés et manquent de voix, Macron résiste mieux que prévu malgré une logorrhée indigeste, et Marine Le Pen tout entière xénophobe. Agriculture, climat, économie, budget, défense, tout est toujours de la faute des étrangers dans la bouche de Marine Le Pen. Cette éructation maladive, le soir d'un débat, a effacé des mois d'efforts de "normalisation" médiatique.

Le Pen reste Le Pen, la haine reste la haine.

Face à ses adversaires d'un soir, Le Pen n'en mène pas large. Elle conforte ses supporteurs, mais aussi ses opposants. L'autre fausse révélation du soir fut l'inavouée convergence Hamon/Macron/Mélenchon contre les outrances de Fillon et Le Pen. Fillon apparaît pétrifié. Il est coaché en direct, via des sms sur son portable posé discrètement sur le pupitre, dixit le Figaro.

Fillon est un zombie.

Les jours suivants, Hamon est devancé par Mélenchon dans les enquêtes. Sans surprise. Pourquoi n'avions nous pas commencé par cela, un vrai débat ? Un mois avant le premier tour, les sondages présidentiels en France depuis 1995 se sont toujours révélés fiables... sauf en 2002. Le paysage politique est instable comme jamais: pas de président sortant en campagne, deux primaires qui ont finalement échoué à désigner des candidats crédibles, des intentions abstentionnistes record qui témoignent d'une insatisfaction, les facteurs explicatifs à ces incertitudes sont nombreux.


La politique étrangère de Mélenchon
C'est sur le terrain international que les adversaires de Mélenchon tentent de porter les attaques les plus vives.

Il y a d'abord Poutine. VSD ose titrer "Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est-il “l’ami” de Poutine ?" La manœuvre est facile, elle vise à assimiler le candidat de la France insoumise à Marine Le Pen qui est justement reçue par Vladimir Poutine en fin de semaine. Cette manoeuvre est aussi une caricature. Mélenchon ne réclame rien d'autre d'autres que d'inclure la Russie dans les négociations de paix et de dés-atlantiser nos relations diplomatiques. A l'heure où Donald Trump a formulé un chantage odieux à ses "partenaires" européens (maintien de l'OTAN contre augmentation du budget de la défense à 2% du PIB), trouver d'autres équilibres est une nécessité. Il faut se résoudre à une évidence, une évidence qui a longtemps agacé l'auteur de ces lignes: en matière de politique étrangère, Mélenchon fait de la real-politik. Et cette dernière n'est pas plus indécente que celle des Chirac, Sarkozy, ou Hollande. Samedi, c'est Marine Le Pen qui s'affiche serrant la main de Poutine. La blonde présidente est allé remercier son banquier.

Il y a ensuite le prisme sud-américain de Mélenchon. On aime le dépeindre comme un adorateur de Castro, Chavez ou Maduro. Pour mieux ensuite "prédire" qu'une France sous gouvernement mélenchoniste établirait la dictature du prolétariat ou supprimerait la démocratie. Passons vite. Il suffit de lire Mélenchon dans la texte (il dédicace cette semaine au Salon du Livre de Paris) pour mesurer combien ces critiques sont ridicules.

Il y a enfin l'Europe. Macron ou Hamon sont europhiles, voire euro-béats. Ils aiment, comme nombre d'éditorialistes libéraux ranger Mélenchon dans le camp des utopistes dangereux, ou des souverainistes forcenés. Le programme de la France insoumise ne prévoit pourtant pas le chaos. Il est très différent de la stratégie ahurissante promue par Marine Le Pen. Et deux essayistes, Coralie Delaume et Aurélien Bernier, ne s'y sont pas trompés.  Dans les colonnes de Marianne, ils s'inquiètent de cette "radicalité euro-compatible": "nous espérions que la France insoumise oserait prendre à son compte la contestation de l'austérité constitutionnalisée, et éviterait d'offrir au Front national le monopole de la radicalité en matière de rupture avec l'Union européenne." Mélenchon a construit sa stratégie européenne autour d'un Plan A (on négocie) puis d'un Plan B (on sort des traités) dont les auteurs doutent de l'efficacité.

Mardi soir, l'éthique fait une victime. Bruno Leroux, rapidement surnommé Relou, démissionne aussitôt révélé qu'il avait salarié ses deux filles adolescentes pour 24 CDD successifs et 55 000 euros.... On rêve !


Fillon, la cupidité tranquille. 
Jeudi, Fillon est sur un plateau télévisé.

L'Emission Politique, France 2.

Un moment de télévision, assez court, moins de 9 minutes.

Fillon face à une auteure, Christine Angot. L'artiste explique son dégout, sa rage, son inquiétude. Elle explique calmement à Fillon qu'il n'est pas digne de la droite républicaine. Le candidat reste calme, mais fond littéralement. Il dénonce un complot ourdi depuis l'Elysée, un cabinet noir qu'un ouvrage récemment publié aurait dévoilé les ressorts. Dès le lendemain, il reconnait n'en avoir aucune preuve. Mieux encore, le livre n'est pas encore disponible et l'un de ses auteurs explique aussitôt sur les réseaux sociaux que les affirmations de Fillon sont des affabulations.

En une question, Angot a révélé le ridicule de François Fillon:
"Est-ce que vous nous faites un chantage au suicide?"
Sur France 2, il explique qu'il a rendu ses costumes hors de prix offerts par un intermédiaire de la Françafrique. C'est pathétique. Il aurait du rembourser, tout comme cette montre à 10 000 euros également offert par un généreux homme d'affaires.  (Tiens, Pierre Moscovoci aurait-il lui aussi rendu ses costumes ?) Quand Angot lui révèle tout haut ce que des millions pensent tout bas, qu'il perdra face à Le Pen puisqu'il incarne la cupidité tranquille, Fillon dérape encore et justifie que ses électeurs voteront Le Pen s'il n'est pas qualifié. La peste contre le choléra ?

Pathétique.

L'enquête le concernant a été élargie à des faits d' "escroquerie aggravée, faux et usages de faux". Avec les documents saisis à l'Assemblée nationale, les enquêteurs soupçonnent Fillon d'avoir rétroactivement fabriqué des preuves du travail de sa femme à l'Assemblée. Un éminent éditorialiste trouve le bon mot pour commenter: "Faux, usage de faux, escroquerie aggravée : ce n'est plus une mise examen, c'est une récitation du code pénal." On apprend aussi que la fille de Fillon, salariée du papa, a aidé son père d'un prêt pour qu'il paye ses impôts. Du jamais vu. Elle avait déjà remboursé son mariage. On a le sens de la famille chez les Fillon, ... avec l'argent du contribuable.

Dans la même émission, Fillon est filmé au milieu d'aides-soignantes dans une maison de retraite. L'échange, tendu, illustre combien le candidat des riches est hors sol. L'une explique: "on est deux la nuit, pour 84 et on fait des soins jusqu'à trois heures du matin". Fillon répond, glacial: "bah... je pense que partout autour de nous, on est à 39 heures, voilà." Une autre réclame plus de moyens, Fillon, impassible: "vous voulez que je fasse de la dette supplémentaire?".

Le salaire moyen d'une aides-soignante est de 1 700 euros bruts par mois. Fillon a accordé à ses deux enfants entre 3800 euros et 4800 euros par mois en tant qu'assistants parlementaires fictifs, avec l'argent des contribuables.

Vous voulez qu'il fasse de la dette supplémentaire ?



18 mars 2017

515ème semaine politique: pourquoi la campagne présidentielle est devenue prévisible

 

Où il est question d'une campagne présidentielle qui finit par devenir prévisible, des affaires de corruption du FN, du départ effectif de Valls du PS et des ultras de Sens Commun.



Le FN, parti violent et corrompu ?

Sale semaine pour le FN, voici une avalanche de publications sur les coulisses peu ragoutantes du parti qui s'apprête à emporter la France.

Sur la chaîne C8, un reportage en caméra cachée révèle quelques sales coulisses du FN Jeunesse à Nice. Un jeune responsable, 20 ans à peine et bien peigné, Bryan Masson, dévoile son vrai visage. Le jeune garçon était tout sourire sur l'estrade avec Marine Le Pen. Un autre frontiste, Benoît Loeuillet, élu local, tient des propos négationnistes. Le même Loeuillet s'étonne des propos, filmés, qu'il a lui même tenus ( "C’est avec stupéfaction que je découvre les propos que me prête la chaîne C8"). Le mensonge est un métier.

Un troisième ne renie pas ses fidélités avec les Identitaires. Nicolas Bay, secrétaire général du FN, est envoyé sur les plateaux radio-télévisés pour contenir l'incendie. Sur France 5, il reçoit en pleine face une leçon de journalisme. Sur France inter le lendemain, il s'énerve et dérape, approuvant les propos outranciers d'un Louis Aliot, ex-assistant parlementaire de complaisance de Marine Le Pen, sur le risque d' "importation" de 20 millions d'Africains sur le sol français. Sur France info le surlendemain.

On cherche toujours à comprendre ce que le FN voudrait faire pour "corriger" cette presse décidément trop critique.





Mercredi, deux journalistes publient quelques témoignages sur les sympathies nazies de Chatillon et Loustau. Sur France 2, les reporters d'Envoyé Spécial suivent à la trace les hommes de l'ombre de Marine Le Pen: Nicolas Crochet, l'expert-comptable attitré de Marine Le Pen; Frédéric Chatillon, le patron-fondateur de l'agence Riwal; et Axel Loustau, conseiller régional FN en Ile-de-France.

Tous trois sont déjà mis en examen, et depuis quelques temps déjà. Le temps judiciaire les rattrape. Les noms de Crochet et Chatillon sont sortis dans les "Panama Papers" en 2016: on y avait appris les détails d'une évasion fiscale entre Hongkong, Singapour, les îles Vierges britanniques et le Panama. Les donneurs de leçons de patriotisme planquent leur fric à l'étranger. 

Nicolas Crochet, est aussi celui qui a rédigé 18 des 23 faux contrats de travail d'assistants parlementaires européens du FN pour lesquels le Parlement réclame plus 6 millions d'euros au parti de Marine Le Pen; 23 emplois fictifs du FN, rémunérés entre 3 et 5 500 euros par mois avec l'argent des contribuables. Mieux encore, il a "oublié" de déclarer les charges sociales sur ces salaires. C'est un député européen, ex-FN, qui le révèle cette semaine:

Le Front national a grugé la Sécu.

Nicolas Crochet fut enfin le commissaire aux comptes des candidats frontistes aux législatives de 2012 et à ce titre mis en examen (en 2015) pour recel d'abus de confiance, complicité d'escroquerie, financement illégal de parti politique et blanchiment d'abus de bien social.

Frédéric Chatillon est ce grand gaillard discret qui est soupçonné de fausses facturations de matériel de campagne, remboursés par l'argent des contribuables, dans le cadre des campagnes du FN de 2012, 2014 et 2015.  L'UMP avait l'affaire Bigmalion; le FN a l'affaire Riwal. Là encore, quelques déçus du FN expliquent le racket, tout simple, si simple: Le micro-parti Jeanne de Marine Le Pen facture un kit de campagne (affiche, argumentaires, plaquettes, etc), obligatoire pour tous les candidats frontistes. Un kit hors de prix fabriqué par Riwal, avancé par un prêt de Jeanne au taux de 6,5% (versus 2% en moyenne chez les banques), remboursé ensuite par l'Etat.

La belle affaire.

Quand Chatillon voit sa société Riwal interdite de travailler pour le FN après sa mise en examen, son ami Loustau montre une autre structure. Les deux hommes ont été renvoyés cette semaine devant le tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons d'"escroqueries au préjudice de l'Etat."

Loustau est ce gaillard costaud déjà surpris en train de frapper lors des manifestations anti-mariage gay, ou le bras tendu vers le haut, ou encore menaçant des journalistes. En 2015, il avait ainsi couvert un autre trésorier du FN qui menaçait de mort une journaliste de Mediapart.






Le FN est "le seul parti qui a une économie concentrée sur un groupe de sociétés qui tournent autour des mêmes personnes" déclare un ancien conseiller de Marine Le Pen. Toutes ces personnes sont par ailleurs désormais mises en examen.


Les sales costumes de Fillon
Fillon aussi devait être mis en examen. Un sort inévitable. L'accumulation des révélations depuis janvier sur ses aises avec l'éthique, la morale et sans doute la loi ne devait déboucher que sur cette issue. Effrayé à l'idée d'être attendu par des nuées de journalistes et photographes, Fillon fait devancer mardi son entretien chez les juges. Il refuse de répondre aux magistrats, lit un courrier, et repart libre, protégé par son immunité parlementaire: complicité et recel de détournement de fonds publics (avec l'emploi fictif de son épouse, puis de ses deux enfants), complicité et recel d’abus de bien sociaux, et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, rien que ça !
"C'est terrible de découvrir à quel point Fillon est cupide." Gérard Larcher.
Jeudi, les juges ajoutent le soupçon de trafic d'influence quand on apprend qu'un mystérieux fortuné a offert pour 48 500 euros de costumes à l'ancien premier ministre. Vendredi, le fortuné se dévoile. Et c'est le drame. Robert Bourgi avoue. Cet avocat est d'abord un intermédiaire de la Françafrique. Il se vantait il y a peu d'agir pour Chirac puis Sarkozy. "J’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris. (...) C’était toujours le soir. " expliquait-il aux médias en 2011.

"Imagine-t-on le général de Gaulle se faire offrir des costumes ?" Nicolas Sarkozy à propos de François Fillon
 

Sur l'estrade de ses meetings qui peinent à rassembler, Fillon multiplie les métaphores improbables ("combattant balafré"), les invocations au Général de Gaulle et les promesses de moralisation de la vie publique. Cet acharnement fascine. Fillon est une machine à faire voter Le Pen, pronostiquait Challenge en novembre dernier.

Cornaqué par les ultras de Sens Commun, Fillon dérive sans le réaliser. Il faut s'attarder sur la plateforme politique de Sens Commun. Le programme "officiel" de Fillon parait pâle en comparaison.
  • Faire reconnaître constitutionnellement le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme incluant la présomption de paternité. 
  • Réserver l’adoption aux couples homme-femme. 
  • Fermer la porte à la PMA pour les célibataires et les couples de même sexe et à la GPA sur le sol français tout en engageant une lutte internationale contre la GPA. (...) 
  • Faire de la lutte contre la pornographie, de l’éducation sexuelle et affective des jeunes et de la réduction du nombre d’avortements une grande cause nationale. (...) 
  • Supprimer le droit du sol et restreindre drastiquement les procédures de regroupement familial.(...)
  • Transmettre aux plus jeunes l’amour de la France (enseignement des éléments fédérateurs de l’histoire de France, lever des couleurs, chant de la Marseillaise et lecture d’un texte de notre patrimoine littéraire une fois par semaine, service civique hebdomadaire en 2nde, visite régulière de notre patrimoine national, ...) 
  • Rendre obligatoire pour tous l’impôt sur le revenu (...). 
  • Sortir de l’espace Schengen et rétablir sine die le contrôle aux frontières nationales. 
  • Mettre fin à la subordination de la souveraineté nationale à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en se réservant la possibilité de se retirer définitivement de la Convention. (...)
  • Supprimer la durée minimale de 24 heures des temps partiels qui constitue une véritable entrave à la liberté d’embaucher. (...) Mettre en place, en cas de désaccord, des mécanismes d’arbitrage au niveau des entreprises et non des branches ou des secteurs (...) 
Source: Présentation du socle programmatique de Sens Commun

Au sein des Républicains, certains s'inquiètent de la prise de poids ou contrôle de ces militants du groupuscule conservateur. 

Ils ont raison.



Manuel Valls a quitté le PS
Qui en doutait ? En renonçant à soutenir le vainqueur de la primaire socialiste, Manuel Valls a quitté le PS. Valls avait tenté de prendre le parti, ce parti, amorphe, qui est d'abord une cagnotte et un appareil de conquête électorale, une histoire et un héritage. Jamais Valls, pourtant en rupture systématique depuis son entrée au gouvernement de Hollande en 2012, n'avait osé le quitter.

C'est fait.

Le sujet est moins l'élection présidentielle que la suite après la déroute d'avril, mai et juin prochains. Hamon n'a plus aucune chance, il est lâché par les siens, et inaudible. Il fait penser à Gaston Deffere en 1969. Parmi celles et ceux qui déclarent un vote dans les enquêtes sondagières, ceux de Benoît Hamon sont les moins sûrs de leur choix (44 %), devant ceux d'Emmanuel Macron (54 %), de Jean-Luc Mélenchon (58 %),  François Fillon (70 %) et Marine Le Pen (80 %). La bascule du camp socialiste à droite (Macron) ou à gauche (Mélenchon) a peut-être commencé cette semaine.

Mais Hamon a remporté une belle victoire. Il a chassé du PS l'ancien premier ministre.

Manuel Valls n'est plus socialiste. La question est peut-être de savoir depuis combien de temps. La confirmation est arrivée de l'intéressé lui-même. Sa déloyauté à l'encontre d'un parti qui l'a soutenu contre vents et marrées est inédite depuis le Congrès d'Epinay de 1971."Je ne parrainerai personne et je n'ai aucune leçon de responsabilité ou de loyauté à recevoir." explique-t-il.

C'est tout l'inverse. Valls a poussé Hollande vers la sortie. Il a théorisé les "gauches irréconciliables" et s'en étonne aujourd'hui. Il a tenté de faire trébucher Macron avec lequel les désaccords politiques sont pourtant inexistants. Il s'est présenté enfin pour gagner une primaire en clivant comme jamais le PS. Valls est otage d'une ambition personnelle dévorante. Bref, irresponsable.

Manuel Valls a quitté le PS cette semaine. Il est allé rencontrer François Bayrou. ll renonce à parrainer Benoît Hamon. Il se refuse à soutenir le vainqueur de la primaire socialiste à laquelle il a participé.

Qui est surpris ?

L'exemple hollandais
Le résultat des élections législatives aux Pays-Bas est exemplaire: primo, l'extrême droite ne remporte pas le scrutin, mais la presse (surtout en France) et les commentateurs se sont faits peur: "déferlante populiste sur l’Europe", "la tentation du populisme", les titres n'ont pas manqué pour divertir le public. Secundo, le gouvernement sortant de "grande coalition" social-libérale a été défait. Tertio, les socio-démocrates qui y participaient ne représentent plus rien. Montée du chômage, austérité budgétaire, libéralisme fiscal, les électeurs n'ont rien pardonné. Comme en Irlande ou en Grèce, les socialistes locaux égarés dans une politique inefficace et qui n'est pas la leur ont perdu leur âme, leurs électeurs et le pouvoir.

Qui ne voit pas de parallèle avec la situation française ?


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Le 18 mars, Jean-Luc Mélenchon rassemble à Paris pour la VIème République  - droit de révoquer un élu en cours de mandat;  non-cumul des mandats; élection des députés à la proportionnelle ; droit de vote à 16 ans ; vote obligatoire avec la reconnaissance du vote blanc.
 
Changer de régime, l'affaire est urgente. Le régime présidentiel dont on louait la solidité agonise. Il suffira qu'une fasciste corrompue ou un ultra-catholique cupide s'installe au sommet pour qu'on réalise combien il est aussi dangereux. Les sondages placent toujours l'abstention au premier tour de l'élection présidentielle à un niveau record, entre 35 et 38%. 

Qui pourra dire qu'il ne savait pas quand l'irréparable ?

Ami(e) citoyen(ne), réveille-toi.







15 mars 2017

Ce que François Fillon n'a pas osé dire dans sa lettre aux juges.

François Fillon a déjà gagné. Il a gagné sa place dans la triste histoire d'une Vème République. Depuis ce mardi 14 mars, Fillon est le premier candidat à l'élection présidentielle mis en examen.

 

Le Figaro a rapidement publié la lettre qu'il a lu aux juges plutôt que de leur répondre. 

 

Il suffit de la commenter, ligne à ligne, pour mesurer l'incroyable imposture. 



Mesdames les Juges,
Monsieur le Juge,
Il est de mon devoir de répondre à la convocation que vous m'avez adressée. Quels que puissent être mes désaccords sur la méthode qui a présidé à la détermination de la date de cet interrogatoire, le respect dû à l'autorité judiciaire s'impose à chacun d'entre nous. (...)

En apprenant sa convocation à des fins de mise en examen, François Fillon a organisé une manifestation de rue pour contester cette décision de justice.

(...) Il est également de mon devoir de venir aujourd'hui devant vous afin de vous affirmer: oui, j'ai employé mon épouse et la réalité de son travail est indéniable.
(...)

Son épouse avait confié dans une interview filmée, et rediffusée intégralement, qu'elle n'avait jamais travaillé pour son mari.  Fillon ne mentionne pas qu'il l'a employé à un niveau de salaire du double supérieur au salaire habituel des assistant(e)s parlementaires, tout en réduisant au passage le salaire de la "vraie" collaboratrice parlementaire.

(...) Cette réalité a été confirmée dans le détail par plusieurs personnes qui ont travaillé à ses côtés durant de nombreuses années. Il est faux de prétendre que tout le monde ignorait que mon épouse était collaboratrice parlementaire. Plusieurs témoins vous confirment la réalité de ce travail, qui correspond en tous points aux déclarations de mon épouse devant les enquêteurs. (...)

Les juges disposent de témoignages inverses. 

(...) Il est tout aussi faux de prétendre que son emploi à La Revue des Deux Mondes n'avait aucune réalité. La seule personne qui l'affirmait a été contredite. (...)
La personne en question n'est que ...  le directeur de la revue à l'époque des faits: "J'ai en tout et pour tout reçu deux notes de lectures signées "Pauline Camille", censé être le pseudonyme de Penelope Fillon. Elles m'ont été transmises par la secrétaire de Marc de Lacharrière. Les dix notes auxquelles fait allusion Penelope Fillon existent peut-être, je n'en sais rien. Mais ce qui est sûr, c'est que je n'en ai pas été destinataire."
(...) En définitive, depuis l'origine, la charge de la preuve a été renversée, me mettant dans l'obligation, contrairement à la règle, de démontrer mon innocence, c'est-à-dire l'effectivité du travail de mon épouse, quelles qu'en aient été les formes. (...) 
Pénélope Fillon est accusée de travail fictif. Il est évident qu'il faut prouver la matérialité de son travail.

(...) Pendant toutes ces années, mon épouse a travaillé à mes côtés et aux côtés de mon suppléant pour assurer une parfaite continuité entre lui et moi. De la gestion de mon courrier en lien avec ma secrétaire à la tenue de l'agenda, mon épouse était présente aux événements locaux, aux inaugurations, manifestations sportives et culturelles dans la Sarthe, aux remises de décorations, son travail a pris de nombreuses formes. Pour citer l'un des témoins entendu par les enquêteurs, “sa force c'était d'être un relais au quotidien accessible et direct à tout moment”. (...)
Combien d'épouses d'élues ont travaillée ainsi sans toucher 5000 euros mensuels sur fonds publics ? 
(...) Nous avons versé de nombreux messages électroniques qui prouvent la réalité du travail réalisé et confirment point par point ce que mon épouse déclarait aux enquêteurs lors de son audition.
Nous avons versé la preuve des réunions auxquelles elle assistait, sa présence indéniable et fondamentale à mes côtés dans l'exercice de ma vie d'élu et la conduite de mes activités politiques.
Nous avons versé des attestations précises et circonstanciées.
(...)
Combien de "messages électroniques" ? Un niveau normal, pour un député devrait frôler les 50 par jour. Combien ?  Pénélope Fillon n'aurait pas eu d'accréditation pour pénétrer l'Assemblée nationale. Curieux, non ? 

(...) La réalité de ce travail est établie, l'emploi de mon épouse comme collaboratrice parlementaire n'était pas fictif et il n'appartient pas à l'autorité judiciaire de porter une appréciation sur la qualité ou la teneur de ce travail.
(...)

Au contraire, s'agissant de fonds publics, il appartient heureusement à l'autorité judiciaire de porter un jugement sur la réalité de ce travail financé par l'argent des contribuables.

(...) Entendons-nous bien et dissipons tout malentendu. Les élus ne bénéficient pas d'une immunité absolue confinant à l'impunité dans l'emploi des ressources mises à leur disposition par le Parlement. Bien entendu, ce n'est pas le cas.
(...)

Les élus sont protégés, heureusement, par une immunité.  Les faits accusant Fillon ont été révélés tardivement. S'ils avaient été révélés avant ou au moment de la primaire, Fillon aurait-il remporté la primaire de droite ? 
(...) Les mots, cependant, ont encore un sens. “Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.” L'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen a gravé dans le marbre la séparation des pouvoirs, fondement même de nos institutions, de la démocratie et donc de l'autorité judiciaire elle-même.
Dès lors que l'emploi de mon épouse n'était pas fictif, ce que démontre le dossier, il n'est pas possible, sans violer cette séparation des pouvoirs, de porter un jugement sur le travail d'un parlementaire et la manière dont celui-ci s'organise avec ses collaborateurs parlementaires.
(...)

Dans la justice républicaine, celle qui s'applique à tous et à chacun, ce n'est pas à l'accusé de décider s'il est innocent. La séparation des pouvoirs qu'invoque Fillon est fallacieuse: primo, les juges n'ont violé aucune règle. Il est heureusement légalement possible, sans violer la séparation des pouvoirs, de porter un jugement sur le travail d'un parlementaire et la manière dont celui-ci s'organise avec ses collaborateurs parlementaires.

(...) Je vous renvoie à cet égard à la réponse faite par le Président de l'Assemblée Nationale aux enquêteurs le 13 février 2017. Interrogé par réquisition des enquêteurs sur les niveaux de rémunération des collaborateurs parlementaires bénéficiant d'un lien familial avec un élu, mon collègue Monsieur Claude Bartolone a refusé de répondre “au nom du principe de séparation des pouvoirs”.(...)

Les parlementaires suspectés d'enrichissement personnel ou de détournement de fonds publics seraient-ils donc au-dessus des lois ? On comprend mieux le soutien public, et rare venant de la droite, de Fillon à l'encontre de Bartolone en 2012 quand l'embauche par ce dernier de sa compagne commença à faire scandale.

(...) Je ne demande ni dérogation, ni faveur, mais simplement le respect du Droit. Je m'inquiète d'ailleurs que vous n'ayez pas pris connaissance de deux notes sur les faits et sur le droit applicable que mon avocat avait déposées auprès du Procureur national financier et que celui-ci ne vous a pas transmises. Est-il conforme aux principes que de mener un interrogatoire dans de telles conditions? J'ai le droit de me défendre sur toutes les preuves en possession de la justice, sur le fondement d'une analyse exhaustive des éléments saisis et sur un travail d'enquête complet. On ne lutte jamais à armes égales avec le soupçon.(...)

Des mots. La procédure est légale, de la même légalité  que celle que Fillon invoque pour justifier la rémunération de femme et enfants sur fonds publics.

(...) Vous avez décidé de me convoquer de façon précipitée pour des faits remontant pour certains à près de vingt ans. Vous savez que je consacre mes journées à faire campagne pour l'élection présidentielle qui aura lieu dans quarante jours. Je respecte les institutions judiciaires et la charge que la loi vous confie.(...)

Rappelons encore une fois que Fillon a provoqué une manifestation de 50 000 personnes contre la décision de juges de le mettre en examen.

(...) J'attends d'être traité comme tous les citoyens de notre pays, sans précipitation et avec le seul souci que la justice soit rendue en toute impartialité. (...)
François Fillon a de la chance. Contrairement au texte qu'il a lu devant les juges qui voulaient l'interroger, il a pu lire un texte. Il est député, il est protégé par une immunité parlementaire. Il le sait très bien, il ne l'avoue pas.

(...) Le code de procédure m'offrait le choix de répondre à vos questions, de me taire ou de faire une déclaration. C'est le calendrier de cette procédure, en plein cœur de la campagne présidentielle, qui m'impose le choix de cette déclaration.(...)

Fillon a la trouille. Il choisit de s'exprimer par un texte plutôt que d'oser répondre aux accusations.

L'Histoire retiendra qu'il est le premier candidat à cette élection présidentielle mis en examen.

La droite ne méritait pas cela.


11 mars 2017

514ème semaine politique: Macron, Le Pen, les deux faces d'un vote inutile

 

 

Où il est question de la fascinante et terrifiante progression d'Emmanuel Macron, de la fin de la politique, de l'impasse frontiste qui fait florès et du sort de l'insoumission. 

 

Macron, le nouveau vote utile ?
Emmanuel Macron, jeune inconnu il y a 5 ans, est devenu le favori d'une course présidentielle improbable. L'ancien conseiller de François Hollande a été l'architecte clandestin d'une politique hollandaise si réussie que le locataire élyséen a préféré jeter l'éponge. Macron refait le jeu de la rupture dans la continuité qui avait tant réussi à Sarkozy en 2007. La répétition historique est fascinante. Chirac s'était vite laissé débordé par son ex-ministre qu'il par ailleurs exécrait depuis sa trahison balladurienne de 1995. Hollande s'est laissé débordé par son jeune ministre Macron qui a claqué la porte sur des désaccords politiques que l'on cherche encore. Il y a moins de différences politiques entre Macron et Hollande qu'il n'y en avait entre Sarkozy et Chirac. Second point de fascination, le ralliement des socio-libéraux de tous bords qui hier étaient coincés dans leur logique d'appareils (quelle Grande Clarification !) mais aussi des opportunistes et autres poulets effrayés à l'idée de tout perdre puisque leurs chantres "naturels" (Fillon, Hamon) sont très mal en point.

Bien sûr, Macron vaut mille fois mieux et bien davantage que Marine Le Pen. Mais Macron pose trois questions politiques terrifiantes.

Primo, Macron défend un programme disqualifié par deux quinquennats ratés. En matière économique, les promesses de Macron n'ont rien à envier aux actions de Sarkozy et Hollande réunis. A l'exception de quelques mesurettes anecdotiques, on cherche encore les traces d'une innovation. Macron incarne le droit chemin vers davantage de libéralisation, en faveur des plus fortunés et aux détriments des plus précaires, des moins habiles, des moins dotés, à qui l'on promet le "ruissellement" de quelques gouttes de richesses quand les plus riches se seront encore davantage enrichi.

Sa petite cote sondagière est à cet égard à peine surprenante: il y a certainement au moins un quart de l'électorat, à droite avec Sarkozy en 2007 et à gauche avec Hollande en 2012, pour penser que cette voie est la bonne malgré des milliards gaspillés pour rien en réduction de cotisations sociales et l'aggravation lente mais réelle de la pauvreté.

Secundo, de quelle majorité politique Macron sera-t-il le leader, s'il est élu en mai prochain ? L'UMPS ressuscitée ? Nul ne sait. Il emprunte à tous, de Sarkozy (cf. la suppression des indemnités chômage après deux refus d'offres "raisonnables" d'emploi) ou Hollande (la baisse du coût du travail), à Juppé (la réduction des emplois et services publics). Il veut même rembourser à 100% les soins dentaires et d'optique, comme ce que les éditocrates qualifient d'extrême gauche.

Macron prétend que les libéralismes version Sarkozy et Hollande étaient trop timides ou mal exécutés. Sur les terres de Juppé cette semaine, il fustige le "revenu universel" cher à Benoit Hamon "qu’on ne sait pas financer ". Sur France 2, il prône le passage à un système variable de retraite par point et non plus par répartition. Il s'agit de rassurer les ex-juppéistes, libéraux et autres ralliés de droite qui pourraient s'inquiéter d'un glissement à gauche après les récents soutiens du maire communiste Braouezec ou du "socialiste" Delanoë. Quelle est la vision politique commune entre Madelin, Hue, Delanoë et Minc ? Macron braille depuis des mois que ses supporteurs sont là pour son projEEEt, mais il n'a dévoilé que très tardivement ce fichu projEEEt. Et l'on n'est pas déçu par l'eau tiède qui en ressort...

Tertio, qui pense que Macron a quelque chance face à l'Immonde ? L'ex-leader écologiste Daniel Cohn-Bendit s'est rallié à l'ancien banquier car il est persuadé que Macron rassemblera gauche et droite contre Le Pen mieux qu'un Hamon ou un Fillon. Bertrand Delanoë, l'ex-maire de Paris, ne dit pas autre chose. Une petite foule des récents ralliés à Macron répond à ce même réflexe du vote utile contre l'extrême droite. On peut au contraire défendre l'inverse. Emmanuel Macron n'incarne rien qui réponde aux inquiétudes qui précipitent une trop grande fraction des électeurs vers l'extrême droite. Il incarne même tout l'inverse. Il défend tout l'inverse. Il est tout l'inverse: l'aggravation d'une politique nationale libérale qui précarise davantage le plus grand nombre. Qui peut nier la rage qui s'exprime dans le vote frontiste, la France insoumise, les frondeurs qui remportent la primaire socialiste, le faux gaulliste Fillon qui dégomme Juppé avec le soutien des sarkozystes dans la primaire de droite ?

Qui peut penser que Macron peut rassembler ces rages sur le seul argument du "vote utile" ?

Macron est d'abord un vote inutile.

L'impasse Le Pen
Le FN sent le danger. Vendredi, ses sbires lancent l'offensive sur les réseaux sociaux. Le hashtag #LeVraiMacron rassemble des arguments moins contre le programme que la personne de Macron. L'extrême droite ne change pas. Dans cet "effort" nauséabond, le FN est aidé par une caricature de Macron dessiné en banquier coiffé d'un haut-de-forme et nez crochu, publié par les Républicains, puis vite retirée. Le parti de Fillon présente Macron "avec les codes de l'iconographie antisémite" des années 30. La démarche est immonde, mais qui sera surpris ? Ce n'est pas la première fois que ce parti qui se réclame du Général de Gaulle casse les digues morales et politiques qui le séparait jadis des héritiers du pétainisme et de la Collaboration.

Le FN se démène donc le candidat Macron: "#Macron est tellement "anti-système" que tous les chantres du mondialisme le soutiennent." écrit Nicolas Bay. "#LeVraiMacron la voix de ses maîtres ! #UE #Merkel" tweete Florian Philippot.  "Derrière #Macron, les personnalités dont les Français ne veulent plus : le communiste Hue, la girouette Bayrou et Kouchner !" renchérit Stéphane Ravier, maire FN du 7ème arrondissement de Marseille. 

Vendredi, Marine Le Pen évite ses juges. Les mises en examen dans son entourage se succèdent. Après Frédéric Chatillon pour abus de biens sociaux dans une affaire de fraude au financement public des campagnes électorales (le gars est soupçonné d'avoir surfacturé le matériel de campagne du FN), voici deux autres faux assistants parlementaires du FN qui sont mis en examen pour emploi fictif. La blonde présidente veut "remettre la France en ordre" (slogan de campagne), mais sa France blanche et judeo-chrétienne la place au-dessus des lois, avant, pendant et après l'élection. Que faut-il retenir ? Que le simple citoyen en mal avec la justice devrait lui aussi refuser de s'y plier quand les enquêtes n'arrangent pas son calendrier professionnel ou personnel.

Le Pen promet d'appliquer "la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire" (promesse numéro 17 de son programme), mais elle s'exonère elle-même ainsi que son parti.

"Le Pen annexe la droite" titre Libération. D'après un sondage très opportun, un sympathisant de droite sur deux n'est pas effrayé par une prise du pouvoir de Marine Le Pen. Comment en serait-il autrement. Depuis une décennie, la droite furibarde et malade de sarkozysme a cassé toutes les digues les unes après les autres qui la séparaient de l'extrême droite honteuse. Le sarkozysme n'a pas décomplexé la droite, il a décomplexé le FN et certains font mine de le découvrir aujourd'hui.

Le Pen a beau jeu de reprendre les mêmes propositions qu'hier Sarkozy a tenté d'appliquer: augmentation du nombre de places en prisons (promesse 20), suppression du versement des aides sociales aux parents d'enfants délinquants (promesse 18), double peine pour les délinquants étrangers (promesse 21), supprimer le droit du sol (promesse 27), sortir de l'espace Schengen (promesse 24), simplifier le code du travail pour les PME (promesse 44), alléger les droits de succession (promesse 56), "défiscaliser les heures supplémentaires" (promesse 64), "renforcer l'unité de la nation par la promotion du roman national" (promesse 97), supprimer la "discrimination positive" (promesse 99).

Le Pen a son lot de promesses creuses, parfois contradictoires, mais qui permettent d'alimenter la langue de bois de la candidate: ainsi promet-elle de "rétablir la sécurité en veillant à la protection des libertés individuelles" (sans préciser comment (promesse 12), "remettre de l'ordre dans nos finances publiques" (promesse 43), "sortir de la dépendance aux marchés financiers" (idem), "rétablir une véritable égalité des chances" (promesse 105),  ou encore "promouvoir les exportations agricoles" (promesse 130) malgré la sortie de l'Europe et la dénonciation de tous les traités commerciaux (sic!).

Bref.

Le Pen est aussi un vote inutile.


L'UMPS licenciée
Le Pen a capté l'essentiel des arguments xénophobes de la droite furibarde. Macron chipe les arguments libéraux. Que reste-t-il à l'UMP devenue les Républicains ? Pas grand chose. Un candidat obstiné qui s'acharne au milieu d'un cirque dont il ne mesure plus l'ampleur.

Désemparés, les deux candidats désignés de l'ancien camp dit de gouvernement s'enfoncent peu à peu. Hamon et Fillon sont les faux jumeaux d'une mascarade. Le premier droitise gentiment son discours pour tenter de convaincre les contingents de socio-libéraux effrayés. Le second a réussi à imposer le maintien de sa candidature au prix d'un énième drame.

On se souviendra en effet longtemps de cet effondrement cocasse. Le dernier épisode n'a pas déçu. Il est aussi croustillant et ridicule que les précédents.

Dimanche 5 mars, Fillon réussit à rassembler quelque 40 à 50 000 personnes sur la place du Trocadéro. Le lieu ne peut contenir davantage mais les sbires fanatisés de Fillon braillent que les manifestants sont 200 à 300 000. Cette "réalité alternative" a été rendue possible par la mobilisation des réseaux ultra-catho et anti-mariage gay de Sens Commun. Fillon est sur l'estrade, sous la pluie, à se prendre pour Jeanne d'Arc. Quand François Baroin le rejoint derrière le micro, on comprend que le clan sarkozyste reste soudé autour de Fillon. Nicolas Sarkozy a échoué à débrancher son ancien premier ministre. Il a tenté de convaincre Juppé de prendre Baroin comme premier ministre en échange d'un désistement de Fillon. Lundi 6 mars, le conseil politique des Républicains qui devait acter la démission de Fillon re-valide au contraire, et à l'unanimité, le mari de Pénélope. Fillon hérite de Wauquiez en directeur de campagne. Les sarkozystes reprennent le contrôle.

Mardi en meeting, Fillon clame sa volonté d'en finir avec le laxisme et "les voyous". La formule, dans la bouche d'un futur mis en examen pour emploi fictif familial sur fonds public, est croustillante. Mercredi, le Canard Enchaîné révèle que Fillo,n a oublié de déclarer un emprunt à taux zéro de 50 000 euros auprès du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, par ailleurs employeur de son épouse. Jeudi, pour la Journée internationale des droits des femmes, celui qui confiait sa réticence personnelle vis-à-vis de l'IVG et qui, par ailleurs, promet déremboursements de Sécu, travail partiel et allongement des cotisations retraite, ose déclamer en faveur de l'égalité hommes/femmes.
"François Fillon a affirmé avoir voté tous les textes qui ont permis la mise en œuvre de la loi Veil. (…) En fait, il a menti." Laurence Rossignol, ministre.
Vendredi, le candidat de la droite forte est pris en flagrant délire d'invention de fait divers. "Il finit par croire ses propres mensonges" confie un proche.

Fillon est un désastre pour sa famille politique.





Que reste-t-il ?

Mélenchon suit sa campagne, il travaille ses sujets. Il nourrit celles et ceux qui veulent bien. Loin du bruit, parfois dans l'indifférence médiatique. Méprisé par les grands médias, il est aussi malmené par le PCF qui renâcle à lui donner ses parrainages.  Mélenchon rappelle les fausses promesses du quarteron de chefs d'Etat européens, dont Hollande, rassemblé à Bruxelles.

Samedi, Mélenchon est à Rome, il travaille au plan B mais il explique d'abord la dernière arnaque libérale du programme Macron en matière de retraite. Macron a promis de supprimer le système actuel de retraite par répartition, rien que ça. Qui en parle ? Pas grand monde.

A Rome, Mélenchon ne réclame pas la sortie de l'euro ou de l'Union. Il travaille au plan B, c'est-à-dire la constitution d'un rapport de forces favorable. Ce n'est pas gagné. Mais c'est au combien plus réaliste que les bêtises frontistes où la blonde Le Pen promet la rupture avec le monde extérieur ET la relance des échanges et des exportations "nationales" (?); que les outrances néo-libérales d'un Macron ou d'un Fillon qui chantent que "tout va très bien", ou de la naïveté coupable d'un Hamon qui clame son amour de l'Europe sans rien d'autres.
"Si la France devait sortir de l’euro, la zone euro et même l’Union européenne exploseraient." Jacques Généreux.

Ce n'est pas gagné, mais c'est la seule voie.


Ami(e) citoyen(ne), ne pars pas.

Cette campagne présidentielle sera ubuesque jusqu'au bout.




4 mars 2017

513ème semaine politique: comment Fillon a pourri la campagne présidentielle

Où il est question d'un naufrage politique, d'une élection imperdable, de la fraude frontiste et, surtout, du progrAAAmme libéral d'Emmanuel Macron. 








Il trace, c'est presque une fuite. Vendredi 3 mars, une caméra du Quotidien de Yann Barthès sur TMC surprend le candidat sortant d'un train, seulement accompagné d'un garde du corps. On devine un autre photographe. Le journaliste tente une question, alors que Fillon s'engouffre dans une voiture: "allez-vous vous retirer ?" "A votre avis ?" rétorque, cinglant, l'ex-champion de la droite en claquant sa portière. Cette séquence illustre ce qu'est devenue la campagne du candidat Fillon, vainqueur-surprise de la primaire de la droite en novembre dernier: une fuite en avant.

Le plus stupéfiant est qu'il est stupéfait de ce qui lui arrive.

Fillon promettait la rigueur au plus grand nombre et la lutte contre "l'assistanat". Il a ponctionné légalement près d'un million d'euros de fonds publics pour salarier épouse et enfants étudiants. Avant d'être une affaire judiciaire, le #FillonGate est d'abord un naufrage moral.

Le naufrage de la droite ne profite pas à la gauche. L'attention médiatique est ailleurs. Elle manipule, elle fatigue, elle divertit. "Les démêlés de François Fillon ont plombé toute la campagne ! " s'exclame Mélenchon. C'est un fait. Cette campagne surréaliste, où l'offre politique ets pourtant riche et diversifiée, est submergée par ce "feuilleton quotidien avec du sang, des traitres, de la turpitude en politique".

Lundi, on parle encore de l'échec du rapprochement Mélenchon/Hamon. Il est essentiel. Les deux candidats de gauche se sont vus dans un restaurant parisien, un vendredi soir. Difficile d'effacer des décennies de leadership politique du PS. Même si le PS sort d'un quinquennat plus divisé que jamais, affaibli par ses divisions internes et ses contingents de supporteurs et élus qui filent chez Macron, la démission politique de son président sortant, le candidat socialiste attend qu'on se rallie à lui en échange de quelques postes de députés et de ministres. Hamon rapporte l'échange, révélateur de 2 démarches bien différentes. Mélenchon publie un communiqué simple: que chacun cherche à convaincre puisque la moitié de l’électorat est indécise. Et les adversaires et ennemis sont ailleurs.  Pacte de non-agression ? On est en revanche stupéfait par l'attitude, l'arrogance de Hamon dévoilée quelques jours plus tard:
"Jean-Luc m'a proposé un contrat de gouvernement. Je lui ai dit: "oui, mais c'est moi le président"; alors il a répondu: 'on verra ça plus tard.'" Benoit Hamon, cité par le Canard Enchaîné, 1er mars 2017.
Valls sort de sa réserve, en coulisses: "Hamon a rompu avec la ligne réformiste du PS." Sans rire ? Il rassemble ses fidèles désemparés. L'alliance Hamon/Jadot, qui garantit plus de circonscriptions protégées à EELV que le score sondagier à 1% de leur candidat énerve. Six semaines après la fin de la primaire socialiste, le PS n'a toujours pas un candidat apte à rassembler les siens. Hamon gère une défaite programmée. "Il se laisse enfermé dans ses histoires de négociations" déplore Cazeneuve.

Mercredi, le candidat Fillon est pathétique et dangereux. Il improvise un point presse pour dévoiler ce qu'il sait depuis la veille, sa convocation devant 3 juges le 15 mars pour une mise en examen. La séquence dure 8 minutes. Elle est inédite, lunaire, surréaliste. Il y a quelques mois à peine, Fillon promettait de se retirer s'il était mis en examen. Il en appelle désormais à la rue pour contrer la justice. Il réclame une manifestation, improvisée au Trocadéro dès dimanche. Il lâche cette formule improbable, et aussitôt culte: "La France est plus grande que nous. Elle est plus grande que mes erreurs. Elle est plus grande que les partis pris d’une large part de la presse. Elle est plus grande que les emballements de l’opinion elle-même. "  Après le "je vous demande de vous arrêter " d'Edouard Balladur en 1995, voici le "je vous demande de résister" par Fillon en 2017.
"Ta défaite au premier tour ne peut donc plus être exclue (...) Je me refuse à assumer cette perspective" Patrick Stefanini, directeur de la campagne de Fillon, dans sa lettre de démission adressée au candidat.
Marine Le Pen est mieux lotie. Elle aussi est convoquée par les juges en vue d'une probable mise en examen dans l’enquête sur ses assistants parlementaires au Parlement européen. Son affaire est plus importante encore que celle qui frappe Fillon: on parle de 20 assistants parlementaires fictifs, dont le propre garde du corps de la présidente du FN ! De plus, elle a aussi a ponctionné l'enveloppe parlementaire (européenne cette fois) pour rémunérer son conjoint par ailleurs avocat. Sans parler des autres affaires - ce tiers d'anciens élus locaux FN qui ont claqué la porte devant les magouilles et arrangements qu'ils ont vécus au quotidien. Dans une autre instruction, un proche de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon a été mis en examen pour abus de biens sociaux: il est suspecté d'avoir surfacturé du matériel de campagne aux candidats frontistes au profit du micro-parti "Jeanne" de la présidente du FN. 

Les commentateurs s'étonnent que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets; que Le Pen ne sombre pas comme Fillon. L'explication est pourtant simple: Le Pen est soutenue par des rageux motivés et des effrayés qui ne trouvent pas d'autre alternative. Le Pen promet aussi la grande redistribution "entre Français" (retraite, droits sociaux, smic, etc) quand Fillon ne promet que du sang et des larmes... pour les autres. Enfin, Le Pen est surtout attaquée par des instances européennes honnies, quand Fillon a été pris les deux mains dans le pot de confiture nationale.

Fillon sombre, mais ne rompt pas. Son équipe de campagne, certes pléthorique, se vide peu à peu. Même son très fidèle directeur de campagne finit par démissionner.  Les défections dans le camp Fillon se multiplient, les centristes de l'UDI abandonnent.  "Le compteur des lâcheurs" établi par Libération affiche déjà plus de 200 désertions en 4 jours.  

Avec ces bêtises, on murmure déjà que Sarko serait de retour. Après tout, il est plus jeune que Juppé, plus compatible avec Fillon, ... et il est déjà mis en examen. L'ancien monarque, de retour de vacances en Thaïlande, s'entretient deux fois avec son ancien "collaborateur". Puis s'énerve qu'on l'accuse de bloquer le retrait de Fillon.

Juppé est "prêt". Il avait rapidement décliné d'être le plan B. Puis les parrainages non sollicités se multiplient. Puis ses proches, anonymes, confient qu'il est "prêt" si Fillon abandonne. Mais au 3 mars, le candidat Juppé n'a que ... 1 parrainage déposé au Conseil Constitutionnel quand Fillon en compte 1155, Macron 464, Hamon 336, et Mélenchon 136. Le temps presse, les dépôts seront clos le 17 mars. Même Hollande pourrait désormais postuler.

Fillon en plein naufrage, Juppé sur la réserve, et Emmanuel Macron suit sa route. Les sondages lui promettent la victoire large. Comme Sarkozy en 2007, Macron triangule à merveille gauche et droite traditionnelle. Il séduit une fraction de l'ex-gauche socdem avec son libéralisme sociétal, il convainc sans souci les ex-juppéistes déçus et autres libéraux avec son programme économique.

Car il a un progrAAAme ! Grande nouvelle de la semaine, qu'on a failli manqué, tout étourdis que nous sommes par le nouveau feuilleton de télé-réalité politique qu'offre le camp Fillon au pays.

Jeudi, Emmanuel Macron dévoile enfin son programme, devant une nuée de journalistes sagement assis, au Pavillon Gabriel, près des Champs Elysées. "Son discours rappelle celui de Gerhard Schröder" s'enthousiasme Die Welt : réduction de 60 milliards d'euros des dépenses publiques, pérennisation du CICE, extension de la loi El-Khomri (sur le primat des négociations de branches et la réforme des prud'hommes), suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, etc). Derrière l'élargissement de l'assurance chômage à (presque) tous, se cachent le durcissement des sanctions contre les chômeurs qui refuseraient 2 offres d'emploi "décentes selon les critères de salaires et le niveau de qualification" (rappelez-vous "l'offre raisonnable d'emploi" de Sarkozy en mai 2008) et le recul de l'âge à partir duquel un senior chômeur peut avoir 3 années (et non 2) d'indemnisation (rappelez-vous le niveau record de chômage chez les plus de 50 ans). Sur les retraites, Macron maintient aussi les réformes Sarkozy puis Hollande mais veut unifier tous les régimes publics et privés, supprimer la retraite par répartition (!?!) et créer un système de retraite par points.

Oui, ce programme est libéral.

Sur l'école, Macron abuse d'une rhétorique "de gauche" pour défendre des mesures "de droite": s'il agite une revalorisation de 2000 euros des primes de risques et le création de 4000 postes, il prône surtout comme Fillon ou Sarkozy l'autonomisation des établissements scolaires (i.e. liberté pédagogique et de recrutement). Il réclame même un renforcement de la concurrence entre l'autonomie des universités.

En matière de morale politique, Macron se veut Monsieur Propre. Il lui reste quelques semaines pour virer ces députés macronistes qui salarient, comme Fillon et Le Pen, leurs proches comme assistants parlementaires...  "Dans les statuts d’En marche, il est indiqué qu’il n’y a pas de népotisme. Il n’y a pas de possibilité d’embaucher ou de faire travailler un proche."

En matière fiscale, difficile aussi d'éviter la comparaison Macron/Sarkozy: Macron, comme Sarkozy dix ans avant, brandit quelques mesures symboliques fortes pour cacher un programme fiscal favorable aux plus aisés. Sarko avait trouvé la défiscalisation des heures supplémentaires; une absurdité économique coûteuse, mais cohérente avec son slogan "travailler plus pour gagner plus" et surtout visible sur la fiche de paie de millions de Français. Discrètement, Sarkozy avait réduit en cascade les impôts pour les plus riches et augmenté la TVA. Pour Macron, les mesures "pour les classes moyennes et populaires" sont plus nombreuses: il rétablit l'exonération de cotisations sociales sur les heures sup, mais propose aussi une exonération de taxe d'habitation pour 80% des Français. Tout le monde comprend et cela se voit directement sur la feuille d'impôt. Mais derrière, il promet une réduction des taux de prélèvement (prélèvements sociaux compris) sur les revenus du capital et le remplacement de l'ISF par un impôt sur la rente immobilière. Quand il promet la suppression des cotisations chômage et maladie payées par les salariés, il augmente en retour la CSG.

Sur la Sécurité sociale, l'auto-proclamé "candidat du peuple" se démarque un peu de sa droite en promettant le remboursement de soins à 100% par la Sécurité sociale pour les maladies chroniques, les lunettes, les prothèses auditives et dentaires à l'horizon 2022. Mais il n'évite pas de faire un parallèle financièrement mensonger entre fraude fiscale et fraude sociale, sans jamais évoqué que le premier poste de fraude sociale est la triche aux cotisations sociales par les employeurs et non la fraude aux remboursements ou aux allocs.

En matière sécuritaire, Macron fait du Valls, presque du Sarko: plus de places de prison, l'extension des pouvoirs de la police aux détriments des juges, et des formules à l'emporte-pièces comme "Toute peine prononcée sera exécutée".

Enfin, le programme de Macron est étonnamment pauvre sur deux sujets essentiels: la culture (il en reste à quelques mesures sympathique mais gadget comme ouvrir les bibliothèques en soirée ou un pass culture) et ... l'environnement (où il reprend l'objectif de Hollande sur la réduction de la dépendance au nucléaire... mais pour 2022).

Lundi 6 mars, François Fillon est l'invité de Valeurs Actuelles. Ce magazine de la droite furibarde vient de remporter son action judiciaire auprès du  Conseil d'Etat. Il attaquait la décision de l'actuel gouvernement d'étendre les aides à la presse quotidienne aux hebdo, mais en excluant les titres condamnés en justice ... comme Valeurs Actuelles. Du coup, l'intégralité de la mesure est annulée.  Merci Valeurs Actuelles... Ce dîner populaire, facturé 135 euros par convive, sera l'occasion pour le candidat des riches de défendre sa vision politique auprès de quelques représentants du cœur de son électorat.

Pour combien de temps encore est-il candidat ?

Qu'il dégage.

Il est impossible de terminer cette chronique sans évoquer le travail de campagne, tranquille et sans éclat de voix, droit et sans dérapage, que suit l'équipe Mélenchon. Le programme, publié voici trois mois, a été mis en ligne. Les chroniques video continuent leur succès. Une bande dessinée illustre la démarche.

Sans surenchères verbales, ni tractations inavouées, le candidat de la France insoumise a gagné son premier pari: nourrir nos esprits, des esprits atrophiés par cette campagne surréaliste, ces bruits de com', ces promesses ambigües, ces polémiques judiciaires et immorales. Il y a de quoi avoir le tournis.

Mélenchon nourrit à un moment essentiel.


2 mars 2017

Les 6 preuves de la mort politique de François Fillon




François Fillon est convoqué le 15 mars "aux fins de mise en examen", par trois magistrats instructeurs du pôle financier, pour "détournements de fonds publics, d’abus de biens sociaux, trafic d’influence et manquement aux obligations déclaratives devant la Haute autorité de la vie publique."
 Marine Le Pen, étudiée dans le cadre d'une affaire d'emploi fictif plus importante encore, a refusé de prendre ce risque. Elle refuse publiquement de se soumettre à la justice.

Aussitôt la nouvelle de la convocation connue, Fillon en a appelé à la "France". L'homme promettait il y a peu d'abandonner la présidentielle s'il était mis en examen, il a renoncé à cette promesse. Pire encore, il appelle à une manifestation de soutien
"Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas !" Fillon, 1er mars 2017
1. Fillon est un candidat a-moral. Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre le grand écart entre ses promesses électorales et sa propre réalité. Rappelons le sujet: des juges enquêtent sur un soupçon d'emploi fictif, rémunéré sur fonds publics, de son épouse Pénélope Fillon. Fillon a depuis reconnu avoir embauché sa fille étudiante pour l'aider à rédiger un bouquin (enrichissement personnel) en 2007, puis son fils également étudiant (plus cher que sa fille; c'est un garçon n'est-ce pas ?), toujours sur fonds publics. Y-a-t-il une limite dans l'a-moralité chez ce prêcheur de rigueur pour les plus pauvres que lui ?

2. Fillon est un boulet pour la droite. La cascade de défections qui ont suivi la déclaration d'obstination de Fillon témoigne que Fillon est aussi un sujet d'inquiétude à droite. La primaire de droite avait désigné le candidat vainqueur de la présidentielle de 2017, c'est le story-telling que l'on nous a vendu. C'était sans compter l'a-moralité du candidat choisi, les rancoeurs des autres, et l'électorat fluctuant.

3. Fillon n'a pas compris que cette affaire était grave. Elle a occulté sa campagne. Elle lui fait perdre la campagne-qu'il-ne-pouvait-pas-perdre. En s'obstinant, l'ex-droite gouvernementale confirme qu'elle n'a pas compris.

4. Fillon adopte une attitude sarkozyste irresponsable et indigne: s'en prendre à la justice, attaquer la séparation des pouvoirs, en appeler à "la rue contre les juges" quand on se prétend candidat à la présidentielle est irresponsable et indigne. Fillon adopte l'exacte même attitude que Marine Le Pen. On connaissait les convergences programmatiques. Ces derniers dépassent désormais le cadre initial. Fillon braille tout haut ce que l'extrême droite aux portes du pouvoir réclame à voix basse.

Honte à lui, "collabo".

5. Fillon n'incarne plus seul la droite gouvernementale. Emmanuel Macron lui a chipé le concept. L'ampleur des ralliements centristes et juppéistes, et le programme économique du candidat Macron qui se dégage peu à peu devraient achever de convaincre les indécis qu'il en est autrement. L'affaiblissement de Fillon profite à Macron. On attendra le ralliement de l'UDI, pas évident pour des raisons de haine anti-Bayrou.

6. Imaginons que Fillon "s'en sorte", c'est-à-dire que son meeting du dimanche 5 mars contre les juges rassemble une foule immense, qu'il réussisse enfin sa campagne, qu'il parvienne à se qualifier au premier tour, qu'il remporte le second tour. De quel président aurons-nous hérité ? D'un président qui aura affaibli la Justice comme jamais, qui aura donné le pire exemple, celui d'une racaille.

Ami filloniste, réveille-toi.