20 mai 2017

524ème semaine politique: la première semaine d'Emmanuel 1er.


Le jeune président  s'est très rapidement installé comme monarque. La jeunesse n'est aucune excuse quand les pratiques demeurent. Et Emmanuel Macron s'inscrit à tous égards dans les plus vieilles et mauvaises traditions de ses prédécesseurs. Il n'a pas fallu une semaine pour que le nouvel Ariel-qui-lave-plus-blanc n'affiche ses similitudes avec ses prédécesseur lessiviers.


Emmanuel 1er
Nous appelions Sarkozy l'ancien monarque. Marron sera le jeune monarque puisque nulle part, et bien au contraire, n'a-t-il tenté pour le moment de rompre avec cette Vème République vieillissante qui a permis à deux reprises à l'extrême droite fascisante de se porter au second tour du Grand Scrutin. N'oublions jamais cela. Ce régime et les politiques qui ont été suivies depuis 2002 ont autorisé, favorisé, le développement de cet épouvantail qui permet de taire tout débat politique. L'entre-deux-tours de la dernière présidentielle a été exemplaire de cette dérive nauséabonde. Après avoir été caricaturés, insultés, fatigués avant le premier tour de l'élection présidentielle, les mêmes le candidat et supporteurs de la France insoumise ont été sommés de voter pour celui et ses supporteurs qui les caricaturaient, insultaient, fatiguaient sous peine d'être complices de la diablesse. Que la vie politique est facile quand elle est ainsi si binaire.

Au final, Macron a été mal élu, 66% contre un épouvantail évident qui de surcroît s'est révélé d'une bêtise crasse au soir du seul débat de l'entre-deux tours. A peine installé, Macron souffre déjà de sondages de popularité désastreux, 44% à peine, pas même la majorité. Dans les sondages prétendument productifs et prédictifs des prochaines élections législatives, tout porte à croire que Macron remportera une partie de son pari avec à peine un tiers des électeurs inscrits. Nulle surprise puisque notre régime électoral, que Macron a promis de conserver en l'état, garantit la majorité au premier arrivé en tête fut-il minoritaire en suffrages.

Ce régime n'a pas encore craqué.

Emmanuel 1er a pris sa consigne chez Angela Merkel. Il est parti ensuite au Mali. Il était urgent de faire "présidentiel". Et la posture de chef des armées est toujours la bienvenue.

"L'alternance profonde"
Le jeune monarque a choisi son premier collaborateur. Edouard Philippe, un juppéiste assez jeune, maire du Havre, dont le nom circulait dans les rédactions et ailleurs. Il s'agit de flinguer la droite de gouvernement après avoir accéléré la Pasokisation du parti socialiste. A peine nommé, Philippe doit gérer des premières polémiques sur son propre passif: député absentéiste, blâmé pour une déclaration de patrimoine incomplète en 2014, et ex-directeur des affaires publiques au sein du groupe Areva.

La composition du gouvernement se révèle plus ardue. Il parait que le jeune monarque fait vérifier le pedigree judiciaire des prétendants, et ils sont nombreux. La France retient son souffle, ou plutôt s'en fiche un peu/beaucoup, avant que l'équipe paritaire et renouvelée ne soit enfin dévoilée, trois jours plus tard. Elle est sans surprise, et à l'image de la fusion UMPS que Macron prône depuis longtemps: on retient quelques noms connus, des prises de guerre faciles: Bruno Lemaire (il a soutenu Villepin, puis Sarkozy, puis Fillon et maintenant Macron) embaucha son épouse comme assistante parlementaire (comme d'autres); Jean-Yves Le Drian, un Breton proche de Hollande; François Bayrou qui lui avait apporté un soutient décisif; la cumularde Marielle de Sarnez; Gérard Collomb à l'Intérieur. Visé par un enquête pour détournement de subventions locales, il choisi comme directeur de cabinet l'ancien secrétaire général de l'ignoble ministère de l'Identité nationale et préfet zélé des expulsions de clandestins. Surprise, l'ancien sarkozyste et homophobe Gérald Darmanin fait aussi son entrée au gouvernement.
"Ça valide le fait qu'on peut être homophobe et ministre. [...] Il a expliqué qu'il refusait de marier des personnes de même sexe. Ça s'appelle de l'homophobie", Caroline de Haas.
Nicolas Hulot, à l'Environnement, est sans doute la meilleure nomination, un joli coup pour un jeune monarque qui n'a pas brillé par ses convictions ni ses propositions écologistes. On peut craindre, on doit craindre, qu'Hulot, peu habitué aux rapports de forces, déchante rapidement. Nicolas Hulot ministre de Macron est une grenade désormais dégoupillée au sein de la Macronista.

Puis il y a des inconnu(e)s, ils sont nombreux, certains vont souffrir, rapidement.

Jean-Michel Blanquer à l'Education nationale (un proche du sarkozyste François Baroin, partisan d'une éducation autoritaire "ni de gauche ni ne gauche");

Muriel Pénicaud, nouvelle ministre du Travail, déjà visée par une enquête de l'Inspection générale des finances. Elle était Directrice générale de Business France, la société qui organisa, sans appel d'offre, l'an passé cette soirée à 400 000 euros à Las Vegas en l'honneur d'Emmanuel Macron. Elle choisit comme dircab un responsable... du MEDEF.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé dont le mari est en charge de l'institut national de la santé et de la rechercher médicale. La même ministre choisit un responsable d'une société d'assurance privée "paritaire".

Marlène Schiappa, fondatrice du site "Maman Travaille" est désignée secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, une réelle déception pour celles et ceux qui pensaient que la cause méritait mieux. Elle explique d'une formule curieuse: "Nous ne sommes pas assez nombreuses pour nous diviser", pour taire les critiques sur le faible statut de son ministère (les femmes représentent 52% de la population française).

Certains ont sans doute oublié que la brève expérience de banquier d'affaires d'Emmanuel Macron s'est déroulée dans les fusions-acquisitions. C'est exactement ce que l'ex-tacticien de la banque Rothschild désormais à l'Elysée tente de réaliser avec LR et le PS, une belle et grande fusion.

J+7 Macron/Sarkozy
Le jeune monarque fait déjà jaser dans les rédactions. Son rapport aux médias semble directement inspiré des pratiques du secteur privé: la trouille, le contrôle et la menace. L'émission Quotidien de Yann Barthes révèle que la "coolitude" de Macron cache un besoin de contrôle qui rappelle Sarkozy.

Primo, l'équipe élyséenne choisit et filtre non seulement les médias mais aussi les journalistes accrédités à suivre les déplacements du jeune monarque. Quand Macron part au Mali, le filtre est en place et le désamour avec la presse déjà la là. Monsieur Sourire a oublié qu'il y avait encore des journalistes. Il le paiera sans doute. Vingt rédactions de tous bords publient une tribune contre ces manoeuvres élyséennes. 

Secundo, l'équipe Macron est déjà coupable de pressions et critiques. Même Yann Barthes en fait les frais (faut-il être bête pour traiter de "gros connard" le journaliste de cette émission phare ?)
"Sachez que pendant le quinquennat de François Hollande, nos équipes ont toujours été respectées par l'Élysée. Elles ont toujours été traitées à égalité avec les autres équipes de télévision" rappelle Barthes.
Autre fausse "coolitude", le porte-parole (et candidat à la députation) Christophe Castaner explique lors de son premier point presse que les ministres candidats aux législatives ne seront en campagne qu'une fois terminées leurs "journées ministérielles". On nous prend pour des cons.

51 circonscriptions sont laissées vacantes par EN MARCHE, pour protéger des candidats PS, PRG ou LR.

Jeudi soir, l'Emission Politique de France 2, présentée par un David Pujadas prochainement éjecté des JT (#lol), prolonge le malaise.  Quelques-un(e)s des candidat(e)s d'EN MARCHE aux législatives tentent de convaincre sur le produit Macron. La jeunesse affichée ne masque pas la faiblesse, voire l'inanité des propos tenus. Le vide publicitaire est sidérant.

Electrice, électeur, rendormez-vous. Ou pas.

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Il faudrait laisser du temps au jeune monarque, et taire les critiques prématurées.

Non.

Il est en campagne, il est le président aux pouvoirs plus étendus que Donald Trump aux Etats-Unis. C'est bien maintenant qu'il faut taper, critiquer, débusquer et révéler.

Ami(e)s citoyen(ne), lâche-toi !


8 commentaires:

  1. Parfois on peut quand même se demander où se loge - sans parler de bêtise crasse et bien réelle - l'entêtement à vouloir tout bousiller sans laisser la moindre chance.
    Désolée mais je mets un 0 pointé. Cela dit il n'empêche qu'il faut rester vigilant ⚠️

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  2. Beaucoup de points de divergence avec ce billet, et notamment sa conclusion : "Il faudrait laisser du temps au jeune monarque, et taire les critiques prématurées.Non."

    1-Je ne pense pas qu'avoir eu à gérer des licenciements chez Danone (Muriel Pénicaud ) suffise à caractériser quelqu'un comme "de droite" (seuls les partis trotskistes prônent l'interdiction de licencier en toutes circonstances, Mélenchon n'a jamais énoncé une telle ânerie), et il faut savoir que ce sont très rarement les DRH qui décident des plans de licenciement, la plupart des DRH gèrent les plans sociaux décidés par la direction générale ou financière à contre-coeur; ni ( Antoine Foucher) d'avoir été l'ancien monsieur social du Medef classé dans le camp des "réformistes" de l'organisation patronale, et d'en avoir démissionné; et c'est un véritable procès d'intentions que vous faites à Agnès Buzyn.

    Bien sûr, ça n'en fait pas des "gauchistes", mais il y a différentes droites, et différents courants de pensée dans le patronat; maintenant, si on veut supprimer tout le patronat, c'est autre chose, c'est un projet de nationalisation de toute l'économie, défendu en France uniquement par LO et le NPA, mais ni par le PC ni par les Insoumis.

    2- Il me semble que le programme de Macron a le mérite de la clarté : accentuation du fédéralisme européen, un gouvernement politique de la zone euro, une armée européenne,une UE plus protectrice des emplois ( Buy European Act), mobilité accrue du travail, des allocations chômage étendues aux démissionnaires de leur emploi et aux travailleurs indépendants ayant fait faillite, une baisse du coût du travail (cotisations sociales) compensée par une hausse de la CSG ( financement de la protection sociale par les revenus individuels du travail, mais aussi du capital), fiscalité incitative à investir dans l’industrie plutôt que dans l’immobilier.

    Il est moins important de savoir s’il faut l’étiqueter « de droite » ou « de gauche » (débat sans fin…bien sûr, c’est un programme libéral) que de savoir si on approuve ou pas son indiscutable cohérence, et qui n’est pas du tout celle, tout aussi cohérente mais très différente, du projet Fillon; par exemple, contrairement à Fillon, Macron ne veut toucher ni à l’âge de la retraite, ni (contrairement au PS) à la durée des cotisations pour y avoir droit à taux plein, et il veut clarifier le maquis très libéral des assurances complémentaires santé.

    3- Il faut lire attentivement l’appui inattendu d’un souverainiste comme Chevènement au programme très fédéraliste de Macron :

    http://www.chevenement.fr/Le-gouvernement-Philippe-met-un-terme-a-trente-ans-d-hypocrisies-et-de-faux-semblants_a1919.html

    contrastant avec le soutien beaucoup plus conditionnel (en fait, un quasi non-soutien) de son bras droit (de Chevènement, pas de Macron !) Marie-Françoise Bechtel :(députée de l’ Aisne, ex-directrice de l’ ENA) :

    http://www.mfbechtel.fr/Le-billet-Contrastes_a775.html

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  3. Ne pas oublier que ce Julien Sorel bâtardé de buonaparte a mis à genoux les droites et les gauches…
    Un certain sens de la tactique … bon le pont d’Arcole était fastoche…
    Car gauches et droites se délitaient toutes seules depuis un bout !
    D’ailleurs voulaient-elles vraiment le pouvoir ?

    Mélenchon voulait il vraiment l’emporter ?

    Qu’a-t-il fait pour faire venir à lui Hamon ? Rien ! La deuxième place était possible !
    Les imprécations qui lui donnent le fauteuil de l’imprécateur lui suffisent.

    Je jugerais aux actes ce Président d’ici un an.

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  4. Je ne comprends toujours pas comment on peut (et a pu) considérer Macron de gauche.
    Ca restera toujours un mystère pour moi....

    Baroin doit taper sur Macron, donc dans ces discours il le considère un gauchiste, normal, mais de la part de journalistes et d'électeurs.... mystère...

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  5. Il est bien trop tôt pour savoir ce que deviendra, à plus long terme, le paysage politique français.

    Le nouveau parti de Macron s'implantera-t-il dans la durée, comme a su le faire depuis 1958 le parti gaulliste ( UDR, UMP, LR, etc.)? Pas impossible, mais pas sûr.

    Mélenchon siphonnera-t-il le PS pour l'envoyer dans "les poubelles de l'histoire", ou bien celui-ci saura--il renaître de ses cendres comme après ses déroutes de 1969 et de 1993 ? Les "Insoumis" survivront-ils à la retraite d'un Mélenchon vieillissant, condamné à l'opposition éternelle comme les travaillistes britanniques gauchisés et corbynisés, ou les Die Linke allemands ? D'autant qu'en fin politique, Mélenchon a su ne s'entourer que d'archi-nuls (Garrido, Corbières, Coquerel, Billard...) qui ne peuvent lui contester aujourd'hui son leadership, mais qui seront bien incapables de prendre son relais ? Les Insoumis sans Mélenchon, ce sera le MRC sans Chevènement : deux députés et plus aucun militant...

    Quand le FN aura terminé les règlements de comptes qui seront sanglants après les législatives auxquelles il n'aura pas beaucoup d'élus, Marion Maréchal-Le Pen saura-t-elle revenir au bon moment en rassembleuse ?

    Bref, les jeux m'apparaissent très ouverts.

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  6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. Si mais 4 ou 5 jours plus tard...étrange ! j'avais posté le 21 et il n'apparaît que ce jour.

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  7. Il faut être très prudent, dans les sondages pour les législatives, dans la transformation du nombre d'intentions de vote en nombre de sièges à l' Assemblée, compte tenu du découpage en 577 circonscriptions ( pour être fiables, il faudrait des sondages sur un échantillon représentatif de 1 000 personnes dans chacune des 577 circonscriptons, soit interroger 577 000 électeurs, ce qui revient beaucoup trop cher.)

    Pour l'instant, tous les sondages (avec, donc, cette grosse réserve) donnent :

    -la majorité absolue au nouveau parti de Macron,

    -par conséquent : l' UMP minoritaire,

    -et que le FN et les Insoumis, deux des partis qui aspiraient à la majorité absolue pour contraindre le président Macron à un gouvernement de cohabitation dirigé par un Premier ministre issu de leurs rangs, auront, en réalité, le problème de réussir à avoir 15 élus pour pouvoir constituer un groupe parlementaire…

    Plus de détails :

    http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/26/le-camp-macron-en-marche-vers-la-majorite-absolue-aux-legislativ_a_22110544/?utm_hp_ref=fr-homepage

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