24 juin 2017

529ème semaine politique: les députés soumis à Jupiter

 

Où l'on parle d'une victoire incontestée et contestable du jeune monarque aux élections législatives, et d'une explosion des camps politique qui ne fait que débuter.



Désertion citoyenne ou grève civique ?
C'est un raz-de-marée. L'abstention au soir du second tour des élections législatives dépasse les 57%. La presse principale commente avec ravissement ce parlement quasiment intégralement renouvelé. Il y a tant d'inconnu(e)s, des jeunes, des femmes. On ne critiquera pas Macron sur la forme. Avec lui, les plats sont toujours bien présentés, la table est toujours dressée avec goût, l'hôte est toujours souriant et sérieux.

Les vrais sujets sont ailleurs.

Il était temps que cette séquence électorale se termine.

L'électorat désabusé ne vote plus, ou si peu. De ce désintérêt massif, le gouvernement n'en tire aucune leçon, ou si peu. Il appliquera son programme, qu'il dévoile dans les détails, enfin. Il "réformera" en profondeur. Macron appelait cela un hold-up... quand il était candidat. Il s'apprête déjà à inscrire dans la loi habituelle des mesures sécuritaires d'exception (une ineptie démocratique), et à bouleverser le code du travail. Quand on objecte qu'il est illégitime de réformer en profondeur quand on n'a pas eu une large absolution populaire majoritaire, on se voit opposer l'argument qui tue: "l'opposition non plus". 

Répétons: Mélenchon n’a pas été « mieux » élu. Mais Mélenchon ne prétend pas mettre à bas la République sociale.

L'Assemblée nationale qui sort des urnes ce dimanche soir est illégitime politiquement. Personne, même à gauche, ne peut prétendre s'engager à lui imposer des (contre-)réformes qu'il n'a pas choisies. Le scrutin majoritaire à deux tours, cette anomalie française, a fait long feu. Mais la Macronista lui trouve évidemment des grâces: "Je préfère le scrutin majoritaire mais on ne peut laisser en dehors de l’Assemblée nationale des courants politiques puissants." explique, pour ne rien dire, le premier ministre. Et il ajoute cette phrase curieuse: "Il faut veiller à ce que des territoires soient représentés."

Les territoires ? C'est la France qui est mal représentée. Quelque 432 députés sortants ont été éjectés, du jamais vu. La quasi-totalité des ministres Hollande qui se présentaient, à l'exception notable d'un Stéphane Le Foll épargné de concurrence macroniste dans son fief de la Sarthe, a dégagé. A la place, une Assemblée plus jeune, plus féminine, plus novice. Marine Le Pen gagne enfin une place au Palais Bourbon, ce qui lui permet de recouvrer une immunité que le Parlement européen venait de lui supprimer dans l'enquête pour emplois fictifs qui l'inquiète.

Déboulent à l'Assemblée des clones de la Macronista élus souvent sans expérience mais grâce à l'étiquette du jeune monarque clairement affichée sur le bleu de leurs affiches. Les premières interviews de quelques-un(e)s sont sidérantes de flous, de vagues, d'éléments de langage mal digérés. L'un défend Ferrand au motif qu'imposer la morale en politique serait comme la Charia. Un autre, matheux de profession, explique que l'immigration est l'un des problème de l'Education nationale (sic!). Une troisième, ex-assistante parlementaire, justifie la démarche démocratique d'une loi travail par ordonnance.





Edouard Philippe l'a promis, son second gouvernement sera davantage ouvert à la droite. On lui fait confiance. La confirmation arrive tardivement.

Car il y a une autre crise.

Macron fragilisé ?
Le conseil d'administration de la start-up  France vire déjà 3 ministres. Une quatrième lâche l'éponge, par honneur. La Macronista a la période d'essai courte, un préambule de la future loi travail ? Le premier, sur instruction présidentielle. Car le jeune monarque décide de tout depuis l’Élysée. Hollande n'avait pas ce talent. Sarkozy oui. Macron débarque Ferrand, empêtré dans des affaires peu éthiques d'enrichissement personnel sur fond d'abus de bien social qui lui vaudront peut -être une mise en examen.  Richard Ferrand, secrétaire général d'En Marche, ex-député socialiste, réélu dimanche, et ministre de la cohésion des territoires, est exfiltré dès lundi pour devenir patron du groupe pléthorique des 350 députés, souvent novices, de LREM. Un mois auparavant, le porte-parole de la Macronista, Christophe Castaner, expliquait pourtant: "il n'y a pas d'affaire Ferrand". Sa langue de bois a fait long feu. Macron explique en privé que la présence de Ferrand au gouvernement "fragilise le gouvernement" (dixit le Canard Enchaîné).

Samedi, les 308 députés En Marche élisent à l'unanimité moins 2 abstentions Richard Ferrand comme leur président de groupe à l'AN. Voici une majorité qui se révèle bien godillot pour sa première épreuve de vérité avec l'éthique politique.

Un vote à main levée, un candidat unique, des députés soumis:  la république est en marche arrière avec ces gens-là.

Mardi, Sylvie Goulard, "ministre des Armées", lâche car elle veut "défendre son honneur". Le Modemgate, cette affaire de soupçon d'emplois fictifs par les députés européens Modem , dénoncée par revanche par un élu frontiste, est une grenade dégoupillée qui explose enfin en direct le premier gouvernement Macron. En démissionnant, Sylvie Goulard valide le Modemgate et plombe la défense du président du Modem qui est par ailleurs... Garde des Sceaux. On comprend que Bayrou se fasse du mouron. Il venait de redevenir ministre, après deux décennies de traversée du désert et autant de leçons d'éthique politique délivrées. Son adjointe Marielle de Sarnez, ministre des affaires européennes, craque doucement dès mardi sous la pression du premier ministre.

Bayrou démissionne mercredi, de Sarnez suit quelques heures après.

Quel parti de pitres!

Bayrou dénonce une dénonciation, joli lapsus. Il précise qu'il "ne démissionne pas", mais simplement qu'il "ne fera pas partie du prochain gouvernement". "Alternative facts" ? Le maire de Pau a la défense fragile. France info publie aussitôt l'interview d'un ancien assistant parlementaire employé fictivement au Parlement européen par le Modem alors dirigé par Bayrou.

Mercredi, le second gouvernement Macron est confirmé, il est pléthorique, avec davantage d'inconnu(e)s encore. Des "experts" nous dit-on, pour rassurer.

A l'Elysée, Macron finalise la nomination de son "gouvernement bis", 45 conseillers, rien que cela, pour tenir la laisse de ces ministres sans relief et aux équipes réduites.


Quelle opposition à Macron ?
Mardi, Jupiter fait du vélo au Touquet, polo rose, mocassins bleus. C'est un joli rallye, un "moment privé" explique-t-il. Sarko faisait aussi du vélo, mais de course. Le parallèle des communications n'est pas du hasard, tout est construit. Le parcours laisse quelques espaces à la presse, et même au micro du Quotidien de Yann Barthès.  "Le rôle du président de la République n'est pas de faire de commentaires." répète Macron quand le journaliste l'interroge sur le Modemgate.

Jeudi, la petite vingtaine de députés de la France insoumise s'attend et entre en groupe à l'Assemblée. Tout est pensé, là aussi. Image contre image. Après un court point presse devant le parlement, une nuée de journalistes suit le groupe faire ses premiers pas, le bras levé en criant "Résistance".  Les contre-pouvoirs seront faibles à l'Assemblée nationale. Il faut bien qu'ils se montrent forts, qu'ils captent plus fortement encore cette précieuse attention médiatique.

Surtout, quel autre groupe a cette homogénéité politique - sociale, écologiste et humaniste - dans l'hémicycle ? Aucun.  Les députés socialistes réélisent discrètement l'un de leurs rescapés de la "vague" macroniste à la tête de leur groupe, comme un réflexe de survie malgré les dissensions et la mise en vente de leur sièges locaux pour éviter la faillite financière: Valls a été dégagé, et déjà une poignée de socialistes préviennent qu'ils veulent collaborer avec Macron - qui n'a plus besoin d'eux. La droite se fracture plus durement en deux camps séparés - les "constructifs de droite" incarnés par Thierry Solère (LR) et Jean-Christophe Lagarde (UDI) contre les "Républicains" incarnés par Christian Jacob, Laurent Wauquiez et Eric Ciotti.

Vendredi, le ministre de l'Intérieur, l'ex-socialiste Gérard Collomb est à Calais. Le Défenseur des Droits et plusieurs associations interpellent depuis des semaines le nouveau pouvoir sur la situation humanitaire désastreuse des réfugiés. Des centaines de migrants tentent toujours de passer la Manche. La destruction de la "Jungle", ce campement sauvage gigantesque, n'y a rien changé.  Collomb prévient: "Il n'y aura pas de centre ouvert ici". Il dénonce des migrants "enkystés" sur place, refuse toute aide humanitaire. Pire, il recommande aux associations humanitaires locales de "déployer leur savoir-faire ailleurs". Les identitaires applaudissent. On a la nausée. Fallait-il voter contre Le Pen pour hériter de cela ?

Au même moment, en pleine conférence de presse avec Angela Merkel, le président Sourire explique que "nous devons accueillir des réfugiés car c'est notre tradition et notre honneur". A Calais, son sinistre ministre conseille au contraire aux associations d'aide aux réfugiés de quitter les lieux. 

Nausée.



Enfin la loi Travail!
Aussitôt victorieux, le gouvernement transmet au Conseil d'Etat son projet de réforme du code du travail, celui-là même qui sera prochainement voté par ordonnance, c'est-à-dire sans débat parlementaire.

Pourquoi fallait-il attendre après les élections pour enfin connaître le détail de cette loi ? L'hypocrisie du gouvernement Macron est crasse, presque insultante.

Le projet de loi, que l'on devine facilement voté par une majorité novice et au pas, comprend la barémisation des indemnités prudhommales (c'est-à-dire la création de planchers et plafonds obligatoires, sauf dans certains cas non détaillés); la facilitation du licenciement économique dans les filiales de multinationales implantées en France; le recours au "CDI de projets" (quel oxymore!); la réduction des délais de recours contentieux en cas de rupture du contrat de travail, la simplification du compte pénibilité; la fusion des instances représentatives du personnel; la facilitation des référendums d'entreprise pour court-circuiter les syndicats; et, surtout, l'élargissement du champ des accords d'entreprise pour assurer la primauté complète de ces accords sur les accords de branches. Sur ce dernier point, la loi El-Khomri avait autorisé les entreprises à déroger aux accords de branche sur le temps de travail. Le gouvernement ne précise pas quels sont les nouveaux items qui seront à leur tour exfiltrés des branches.

Même la fusion des instances du personnel est loin d'être technique ou anodine. L'ex-DRH devenue ministre du travail, qui par ailleurs a porté plainte contre son personnel à cause des fuites sur le projet parues dans la presse, expliquait le 13 juin dernier qu'une "chose est certaine, en rassemblant ces instances, nous voulons donner plus de matière à discuter au sein des entreprises."  En fait, c'est tout l'inverse: en fusionnant les instances (CHSCT, délégués du personnel, délégués syndicaux et CE), le gouvernement va surcharger l'agenda des instances devenues uniques, pour mieux paralyser le débat. La spécialisation des instances permet au contraire d'aller plus au fond des sujets.

Le gouvernement s'abrite aussi derrière ces "48 réunions de concertation" avec les partenaires sociaux dont la première salve s'achève cette semaine. 48 réunions pour discuter d'un projet très favorable aux thèses du grand patronat; 48 réunions qui, quand on décompte le nombre d'organisations participantes et de meetings bilatéraux, se résument en fait à deux heures de questions orales par organisation.

Une belle arnaque!

L'équipe Macron ne prend même pas la peine d'offrir quelques gages ou droits nouveaux si chers aux adeptes de la flexi-sécurité. Ce projet ne contient rien de mieux pour les salariés, absolument  rien sauf la promesse de jours meilleurs. Il ne privilégie même pas les TPE et PME par rapport aux grands groupes, bien au contraire.

Comment votera cette majorité ? Comment voterons ces députés LREM qui se présentent encore comme socialistes ?




Ami macroniste, où es-tu ?


17 juin 2017

528ème semaine politique: démissionner face à Macron ?

 

 

Où l'on parle de la victoire de l'abstention, des premières trahisons d'Emmanuel Macron, et du découragement démocratique.

 

Une victoire ? Une démission
Il y a un camp de l'électorat qui, au soir du premier tour des élections législatives, est enfin majoritaire, c'est l'abstention. Celle qui a terminé seconde au soir du second tour présidentielle avec 11 millions d'électeurs, a dépassé ce score quelques semaines plus tard: 24 millions d'abstentionnistes !

Avec 51% des inscrits, l'abstention frôle un record. Pour le second tour, on attend pire encore. L'illusion démocratique de la Vème République s'achève ce dimanche 10 juin 2017. Macron, incarné par 525 clones locaux pour l'essentiel inconnus, perd près près de deux millions de voix par rapport au score de leur champion à la présidentielle. C'est pire encore pour la France insoumise ou le Front national.

Avec 15,4% des inscrits, La République En Marche (LREM) est promise à 80% des sièges de députés par la vertu du scrutin majoritaire à deux tour, une anomalie européenne et même occidentale. Certains crient à la victoire. D'autres appellent cela encore de la démocratie - le gouvernement par le peuple. D'autres encore braillent que l'abstention est une forme de soutien à Emmanuel Macron. Qui ne dit mot consent, nous explique-t-on. Sans rire ? Ils osent tout.
"On les a passé au karcher"  
Un proche d'Emmanuel Macron, dimanche soir à l'Elysée.
Les causes sont multiples: on peut blâmer une surdose d'élections depuis 18 mois, des débats de fond inexistants qui rendent la campagne triste et sans enjeux, des programmes rarement discutés,  et une campagne contre la seconde force nouvelle du moment - la France insoumise -  rude, souvent indigne, toujours propagée par les médias dominants. Enfin et surtout, la confusion entre candidats PS, LR et LREM a été permanente. Au final, c'est un fiasco général pour la démocratie. Si ce scrutin est institutionnellement légitime, politiquement il ne l'est pas. 

Les 80% de députés macronistes propulsés à l'Assemblée ne représentent que 15% des adultes de ce pays.

Dimanche, LR et PS sont quasiment balayés, la plupart des ténors socialistes dégagent dès le premier tour au profit d'inconnus. Dès lundi, la France insoumise appelle à voter pour les candidats de gauche, quels qu'ils soient, opposés à la politique promise d'Emmanuel Macron. Il y a des situations cocasses. Dans l'Essonne, Hamon soutient la candidate insoumise contre Valls qui l'avait trahi pendant la campagne présidentielle. A Paris, Myriam El-Khomri est soutenue par Macron, tandis que le premier ministre soutient son adversaire de droite. A Marseille, Mennuci mauvais perdant refuse de soutenir Mélenchon. Et on murmure aussi le nom de François de Rugy, ce député écologiste, puis hollandiste, puis candidat à la primaire socialiste (3,8% des suffrages!), puis macroniste comme futur président de l'Assemblée.

Ne riez pas.

Au Royaume Uni, l'hebdomadaire libéral THE ECONOMIST titre sur Macron, l'homme qui marche sur l'eau, le "sauveur de l'Europe". En France, l'OBS titre sur "Macron le patron, comment il va réformer le travail". Oui, le travail, rien que ça.

Pas le code du travail, non, tout simplement le travail.

Macron est Jupiter. Ne l'oubliez jamais.

Le nouveau culte de la personnalité qui s'installe connaît heureusement déjà quelques anicroches.

Des inconnus à l'Assemblée ?
Qui sont les nouveaux vainqueurs ? On ne sait pas vraiment.

Les candidats "En Marche" ont souvent la trouille des médias, ils refusent le plus souvent tout débat public avec leurs adversaires. Ils s'abstiennent de détailler un programme qu'ils ne connaissent que dans les grandes lignes. Ils s'offusquent de la critique. Ils ont des réflexes politiques inquiétants, ou stupides. L'une des nouvelles stars de la jeune garde macroniste, Mounir Mahjoubi, qui a terrassé le premier secrétaire du PS dès le premier tour à Paris, prétend ainsi, sans craindre le ridicule, qu'"il y aura une véritable opposition à l'Assemblée Nationale" ... au sein de la majorité macroniste.

Qui sont les nouveaux vainqueurs ? Pour une bonne moitié, des novices. "On pourrait commencer par leur distribuer des plans de Paris" conseille Gérars Collomb (cité par Le Canard Enchainé du 15 juin).

Le processus de sélection des candidats d'En Marche a été lancé il y a des mois. Il a été mis en scène comme une pièce essentielle du lancement du produit Macron. On a surjoué la rigueur et le caractère populaire de ce mega-casting. Au final, les candidats sont certes plus féminins, mais surtout ultra-majoritairement blanc-bourgeois. Un éditorialiste a trouvé un chômeur sur les quelque 525 candidats investis. Mais le plus frappant est qu'ils ont été dévoilés sur le tard, quelques jours après l'élection présidentielle. Les électeurs ont voté pour des clones de Macron, le plus souvent sans connaître le porte-voix local du jeune monarque. Et la presse n'a pu faire son habituel travail d'enquête sur ces candidats "de la société civile". On aurait pu débusquer les corrompus, les comptes cachés et faux diplômes, comprendre le pedigree politique de ces vierges de la politique, bref, se faire une idée plus précise sur ces têtes nouvelles qui demain voteront les lois.

Certains médias tentent de se rattraper. Mediapart révèle ainsi la fraude fiscale du candidat LREM Bruno Bonnell, opposé à l'ex-ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem à Villeurbanne. En Haute-Garonne, une autre fait l'objet d'une enquête pour exercice illégal de la voyance (sic!). Et il y a encore l'affaire Richard Ferrand, député et ministre que les rares votants de sa circonscription ont porté en tête des suffrages au premier tour.

La face cachée d'Emmanuel Macron ne l'est plus.

Campagne publicitaire
Les ministres font campagne, ils sont là pour cela. Ils sont surtout rassurés, la perspective d'une majorité écrasante prolonge leur espérance ministérielle. Le sénateur-maire de Lyon, désormais ministre de l'intérieur, file ainsi dans la région lyonnaise soutenir ses poulains. Gérard Collomb trouve même le temps d'aller déjeuner avec l'épouse du jeune monarque à Lyon.

N'a-t-il pas plus urgent à faire ?

Plus au Nord, à Calais, le défenseur des droits Jacques Toubon l'interpelle. Il constate, effrayé, la situation des migrants. Il dénonce des "conditions inhumaines" - destruction systématique des abris de fortune, traque des réfugiés mêmes mineurs. D'autres personnalités signent à leur tour une tribune à l'adresse de Macron. Puis ce sont quelques 300 organisations non gouvernementales, en pas des moindre (Amnesty international, Emmaüs, la Ligue des droits de l’Homme, Médecins du monde, le Secours catholique, etc) et syndicats qui fustigent le silence du Président-Sourire: "Face à ce qui constitue un véritable "état d’urgence", nous appelons les responsables politiques et administratifs à poser les vraies questions : notre conception de la justice admet-elle que des militants de solidarité soient harcelés, et jugés comme délinquants, ou que des distributions alimentaires soient interdites par arrêté municipal ?"

Mercredi, le Président-Sourire passe trois heures à Vivatech, le salon du HighTech à Paris. Il lâche 10 milliards d'euros pour "dynamiser les start-ups". Il veut que la France soit comme une start-up.

Son Garde des Sceaux se fatigue, nous fatigue dans une mauvaise affaire. France info révèle qu'une dizaine d'assistants parlementaires du MODEM seraient des employés fictifs et voici que le ministre appelle... France info. Quand son premier ministre explique publiquement qu'il faut cesser ce genre de pratiques, Bayrou répond qu'il n'en fera rien. cette dispute au sein d'une trop jeune alliance est stupéfiante. Cette intervention contre un média est terrifiante.

La Macronista n'a pas l'élégance républicaine de la Hollandie. François Hollande parlait beaucoup aux médias, il était sans filtre, presque trop. Il ne cachait rien, trop peu. Il s'est fait broyer par cette transparence.

Emmanuel Macron a tout compris. Il ne dit rien d'autre que ce que l'Agence publicitaire lui concocte.  Il a la parole rare. Il choisit les journalistes. Ses candidats suivent l'exemple. Ses ministres attaquent la presse.


Trahisons... ou arnaques ?

La Macronista trahit déjà. 

Hollande avait attendu, peut-être involontairement. Les trahisons sont venues plus tard. Le CICE n'est apparu qu'en septembre, le Pacte de Responsabilité 18 mois plus tard, Manuel Valls à Matignon en avril 2014. Macron trahit immédiatement, sans souci et avec le sourire. De son programme "et de gauche et de droite", il conserve sa partie droite, il évacue facile l'autre.

Qui est surpris ?

Emmanuel Macron repousse d'abord l'introduction d'une dose de proportionnelle aux suffrages législatifs. Pourquoi s'embêter ? La promesse d'un mode d'élection enfin démocratique sert à abuser l'électeur. On se souvient de Hollande. Macron a attrapé l'électeur soucieux de représentation de la même façon.

Emmanuel Macron réduit aussi les ambitions de sa "moralisation" de la vie politique, et sur un aspect loin d'être anodin, les activités de conseil des parlementaires. Rien que ça ! Son ministre Ferrand, directeur d'une mutuelle, n'était pas gêné de travailler comme député sur le même sujet. "L’interdiction pour les parlementaires d’exercer des activités de conseil parallèlement à leur mandat, pour mettre fin aux conflits d’intérêts." promettait le candidat Macron.  Il a du réaliser que cette promesse était intenable vu son contingent de futurs députés issus des franges bourgeoises et libérales de la société civile. Exit aussi l'obligation d'avoir un casier judiciaire B2 vierge pour les candidats à un mandat, ou la suppression du régime spécial des retraites des parlementaires, ou l'interdiction de tout financement privé des campagnes présidentielles pourtant si cher à Bayrou avant l'élection...

Mercredi, un Garde des Sceaux aux abois présente donc ce projet, aux multiples facettes législatives jusqu'à une modification de la Constitution qui est quasiment acquise vu l'écrasante majorité que promettent les sondages au jeune monarque. Il y a de bonnes choses, des réformes attendues, comme la suppression de la Cour de Justice, l'interdiction des emplois familiaux, mais ces premiers reculs, plus que symboliques, laissent un goût amer dans la bouche.


Enfin, la fameuse loi travail. Ce projet dont seul le vernis publicitaire nous est donné à commenter, se dévoile peu à peu à force de fuites (qui ont fait l'objet d'une plainte en justice par l'ex-DRH devenue ministre du Travail, signe d'une certaine fébrilité) et d'interpellations publiques.Macron veut déplacer le champ de la négociation au niveau des entreprises. Il"ne le déplace pas n’importe où", explique un économiste atterré,  il "le met précisément là oùl’employeur se trouve en situation de force, c’est-à-dire dans l’entreprise."

Jeudi, Edouard Philippe ajoute un autre "détail" de la future loi Travail, que les conditions de licenciement pourraient se négocier "par entreprise". Le lendemain, sa ministre du travail le désavoue (sic!): "les causes et les motifs de licenciement ne se définiront pas au niveau de l’entreprise".


Lapsus ou aveu ? La République des patrons est en marche.






Ami(e) citoyen(ne), marche ou crève.





10 juin 2017

527ème semaine politique: pourquoi Macron devrait craindre les pleins pouvoirs

 

Où il est question d'un parallélisme qui finit par devenir gênant entre les débuts des quinquennats Macron et Sarkozy, à une décennie d'intervalles. Premières affaires, premières annonces, premiers mensonges et vieux espoirs.


Le hold-up démocratique
Les élections législatives débutent avec une semaine d'avance pour les 11 circonscriptions des Français de l'étranger. Dans la plus grande indifférence générale. L'abstention y atteint des niveaux records, inégalés en République pour pareil scrutin, moins de 20% des inscrits se sont déplacés, et les rares votants ont plébiscité, sans surprise, les candidats macronistes. Comme si ces premiers Français-là semblent résignés, fatigués, pressés de passer à autre chose. Cette Berezina démocratique n'émeut pas grand monde. "Grand schelem pour Macron!" braillent quelques éditocrates.

Et pour la démocratie ?

La machine sondagière marche à plein. On nous promet un raz-de-marée macroniste, une majorité avec 80 ou 90% des sièges avec seulement un tiers des suffrages. Rares sont celles et ceux qui rappellent l'incohérence et le danger démocratique: voici un président élu grâce à sa qualification au second tour avec environ 15% des inscrits, qui est désormais en passe de convaincre 18 ou 20% des suffrages inscrits aux élections législatives (si l'abstention à ce scrutin n'est pas plus forte qu'aux tours présidentielles) et remporter in fine une écrasante majorité à l'Assemblée. In fine, tous les pouvoirs seront donc concentrés dans les mains d'un homme, d'une seul - car En Marche ne tient que grâce à Macron - qui n'a pas le soutien politique de plus de 20% des adultes de ce pays.

Que se passera-t-il à la première "réforme" ? Comment la rage s'exprimera-t-elle ?

Macron n'est pas responsable de cette illégitimité démocratique. Mais il pourrait être le premier à en payer le prix fort. Nicolas Sarkozy était l'élu d'une coalition. François Hollande aussi. Deux présidents qui ont été portés à l’Élysée, et qui ont remporté une large victoire à l'Assemblée, sur la base d'assises politiques composées de partis, de mouvements, de projets. En Marche n'est rien de tout cela. Et ce n'est pas une critique que de le constater. C'est même sans doute l'un des attraits de ce mouvement.

Mais par un hold-up démocratique dont cette Vème République a le secret, le président élu, appuyé par une majorité parlementaire largement politiquement inexpérimentée et sensible aux lobbies, va se confronter à la réalité d'un pays fracturé.

Sans surprise, sa première décision est de centraliser les pouvoirs de la lutte anti-terroriste entre ses mains.

Marine Le Pen n'aurait pas fait mieux.


Sarkozy 2007
"C'est moi, en mieux". Ainsi aurait commenté Sarkozy à propos des premiers pas de Macron président. Nous n'avons pas attendu Nicolas Sarkozy pour reconnaître, effectivement, les mêmes travers et le même talent. Le jeune monarque suit les pas de l'ancien, le sourire et la bonhommie en plus, ce qui n'est rien: "ces gens-là vous tuent le sourire aux lèvres" explique Melenchon. Il n'est pas exagéré de louer son ambition de rassembler, débattre et d'éviter de cliver davantage, par son verbe, une société déjà fracturée. Il serait tout aussi exagéré d'ignorer ce que cette bienveillance cache comme projet politique.

Macron 2017 est un Sarkozy 2007, mais "en mieux". Certains ont oublié ce qu'était Sarkozy il y a 10 ans, avant les outrances de la période Buisson (2010-2012), le discours de Grenoble et la dérive sécuritaire. Le Macron 2017 triangule la gauche et la droite mieux que le Sarkozy 2007 ne le faisait. Il rallie les centres, la droite et la droite de gauche mieux que l'ouverture si timide du Sarkozy 2007. Grisé par son premier succès, il commet déjà ses petits dérapages - ah si l'épisode "comorien" avait été sarkozyste... que n'aurions nous entendu !

Le 10 juin 2007, nous écrivions notre 5ème chronique hebdomadaire sur ce simple constat, les dangers des pleins pouvoirs. Nous ne contestions pas "l'exigence démocratique du Président élu", nous pointions "juste les indices de la dérive, les dangers qui nous menacent".  Sarkozy venait d'annoncer son "paquet fiscal" et ses premières mesures sécuritaires.

Entre les élections présidentielles et législatives, le premier gouvernement Sarkozy avait détaillé son projet de TVA sociale. L'équipe Macron préfère ne pas dévoiler les détails de sa loi Travail.

Le Macron 2017 évite les Ray-bans du Sarkozy 2007, mais comme son illustre ancêtre, la communication est plus importante que l'action: prenez la réforme du code du travail. Il y a du stress. Il suffit que divers journaux publient les pistes de travail avant l'annonce officielle pour que le ministère du Travail, chose inouïe, porte plainte ! Voici qui témoigne d'une attitude inquiétante quand le même gouvernement aura les pleins pouvoirs.

Mardi, Macron a fait dévoiler par son premier ministre les "grands axes", jamais le détail, de son projet de "rénovation du modèle social": le document de 5 pages révélé à la presse est ultra-précis sur le calendrier des réunions, et la presse s'arrête et commente jusqu'à la nausée les "48 réunions d'ici l'été" pour la réforme du code du travail. Sur les ondes de France inter, la ministre du travail, une ex-DRH de chez Dassault, ne répond pas quand on la questionne sur le caractère intrinsèquement inégalitaire de la mesure phare de cette loi, l'inversion de la hiérarchie des normes. Ouvrir aux entreprises la possibilité de mettre en place des conditions de travail moins avantageuse que celles négociée aux niveaux des branches est inégalitaire. On le répète depuis la loi El Khomri. Qu'importe, Macron déroule son projet: l'entreprise est le lieu pour répondre "de manière pertinente aux besoins spécifiques des salariés et des entreprises".

Sans évoquer la lutte des classes permanente, la négociation des conditions de travail entre employeur et employés au niveau de chaque entreprise est plus avantageuse pour l'employeur, dans un pays sous-syndiqué et avec un chômage massif comme le nôtre. Et que dire des 55% de la situation des TPE et PME ? La ministre refuse de répondre. Elle répète les éléments de langage, Edouard Philippe promet de "simplifier et renforcer le dialogue économique et social et ses acteurs" et de "sécuriser les relations de travail, tant pour les employeurs que pour les salariés".

Cette "rénovation" est une restauration, un retour à l'ordre ancien, et il faut remonter loin, très loin dans le passé pour retrouver pareille situation.

Puis 5 autres lois vont suivre: transferts des cotisations maladie et chômage sur la CSG au 1er janvier2018 (bonjour les retraité(e)s !); un renforcement de la formation professionnelle; l'élargissement progressif de l'assurance-chômage aux démissionnaires et aux indépendants à partir de mi-2018 mais la mise en oeuvre parallèle d'une sanction pour les chômeurs refusant deux offres "raisonnables" d'emploi; une réforme de l'apprentissage et, bien sûr, une réforme des retraites dont on promet qu'elle simplifiera tout et allongera davantage les durées de cotisations et l'âge de départ.


En matière sécuritaire, après un énième attentat, encore à Londres, qui coûte la vie à 7 civils dont 3 Français, Macron promet une nouvelle loi sécuritaire qui pérennisera les exceptions à nos libertés civiles que l'état d'urgence autorise. Aucun bilan de l'efficacité de l'état d'urgence n'est proposé. Pire, le jeune monarque met en place cette semaine un nouveau conseil de défense qui centralise les autorités de lutte contre le terrorisme à l'Elysée.

Le jeune monarque consacre la même énergie à simplifier le droit du travail qu'à complexifier l'arsenal sécuritaire. A qui cela profite-t-il ?


Les sauveurs n'ont jamais réussi à la France.

Ami(e) citoyen(ne), où es-tu ? 


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Le nouveau Garde des Sceaux le restera-t-il longtemps ? Jeudi, France Info affirme qu'une dizaine d'assistants parlementaires européens du MODEM dirigé par François Bayrou, nouveau ministre de la Justice de Macron, étaient des emplois fictifs. Boum ! Catastrophe ! Le numéro trois du premier gouvernement Macron, de surcroît en charge de la Justice, accusé de l'exacte même grief que Marine Le Pen, quelle tristesse...



3 juin 2017

526ème semaine politique: Macron rejoint Thomas Pesquet dans l'espace

 

Où on se met à la place de l'astronaute Thomas Pesquet qui vient malheureusement de revenir sur Terre, et surtout en France. Où l'on réalise qu'Emmanuel Macron s'est envolé dans une autre dimension.


L'astronaute français Thomas Pesquet est revenu après 196 jours dans l'espace. Une éternité. N'en déplaise à Emmanuel Macron qui l'a félicité comme un ravi de la crèche, Thomas Pesquet était près de nous toute cette année durant. Il tweetait quotidiennement. 
"Vous nous avez fait rêver. Vous avez coché toutes les cases. Vous ne réalisez pas à quel point vous avez inspiré tous ces mois. (...) "Il s'est passé pas mal de choses ici depuis que vous êtes parti" Emmanuel Macron.
Mais oui, la Terre a forcément beaucoup changé en 196 jours.

Il y a 196 jours, l'Amérique se préparait à élire Hillary Clinton. En fait, c'est le milliardaire du mauvais goût Bling Bling qui l'a emporté non en suffrages mais en votes indirects. Donald, puisque c'est son prénom, a résilié l'engagement étasunien sur l'accord de Paris, pourtant peu contraignant, en matière de "réduction de la hausse de température" de la Terre. Il l'annonce jeudi, quelques heures avant l'atterrissage de Pesquet.

Incapable, par trouille, de l'avouer à ses collègues du G7 rencontrés quelques jours auparavant dans la petite ville italienne de Taormina, Trump a attendu d'être devant son pupitre de la Maison Blanche pour annoncer qu'il dénonçait l'accord de Paris: "L'heure est venue de quitter l'accord de Paris."

Pour justifier sa bêtise, Trump annone les arguments des climato-sceptiques les plus crasses et racoleurs ("À New York, mars a été le mois le plus froid de la longue histoire des relevés de température. Nous pourrions utiliser un peu de réchauffement climatique!"), il multiplie les contre-vérités:"La Chine va être autorisée à construire des centaines de centrales à charbon supplémentaires. (...) Nous, nous sommes supposés nous débarrasser des nôtres." Il ment quand il martèle que l'accord de Paris était contraignant pour les Etats-Unis. Il alterne les arguments clientélistes. Il masque l'action rémunératrice des lobbies de la filière pétrolière et charbon.

Il n'y a aucune surprise. Les indignations de nos dirigeants cachent mal leur incapacité à confronter publiquement Trump quand ils en avaient l'occasion, quelques jours avant, devant des centaines de journalistes qui ne demandaient que cela. Trump avait déjà nommé un climatosceptique reconnu, un certain Scott Pruitt, à la tête de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA). Trump promettait déjà d' "arrêter tous les paiements des États-Unis pour les programmes de l'ONU sur le réchauffement climatique" pendant sa campagne. Trump avait déjà révisé  à la baisse les standards d'émission de carbone pour les voitures. Trump avait déjà libéralisé la fracturation hydraulique des gaz de schiste.

Où est la "FUCKING" SUPRISE ?

Macron a préféré serrer très fort la main de Donald. Super. On nous a même dit que la poignée de main avait été "décisive".

Sans rire.

Puis quelques jours plus tard, quand l'inévitable sermon anti-climat de Donald Trump a déboulé sur nos écrans, les communicants ont propulsé Macron vers 23H un jour de semaine devant son pupitre pour dérouler son (court) discours en anglais tout prêt, et tout près. Et une certaine presse s'emballe, inévitablement. Voici Macron comparé à De Gaulle, nouveau "leader du monde libre". N'en jetez plus. Un peu de calme, un peu de recul. Le jeune monarque surjoue la séquence car elle lui profite. La décision de Donald Trump était évidente, sans suspense. Pire, elle n'a même pas été questionnée lors du G7.

Cette pièce de théâtre ressemble à vaudeville.

Emmanuel Macron s'envole ensuite pour la Bretagne. Il lâche une blagounette effroyable, sur ces canots de pêche comoriens qui tentent de rejoindre Mayotte: "C'est à Mayotte les kwassa-kwassas. Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du comorien, c'est différent". Gros rire, gros malaise plus tard. Quelque 10 000 Comoriens meurent ainsi chaque année noyés. Le lagon de l'archipel des Comores est notoirement connu pour être meurtrier. Cécile Duflot relève la complaisance médiatique: "Si Sarkozy président avait prononcé cette phrase face caméra, le tollé aurait été gigantesque". Nadine Morano sombre: "Si j'avais tenu ces propos, ils auraient crié au "dérapage scandaleux, polémique". La pauvre, elle donne l'impression d'être déçue que Macron lui ait chipé une bonne formule.

Emmanuel Macron a dérapé, une blague de classe, une blague raciste, comme ça, sans filet, au détour d'une visite sur-médiatisée comme les autres.

Il y a 196 jours, la France pensait encore à un duel Sarko/Hollande pour l'élection présidentielle. Thomas Pesquet a suivi tout cela depuis les astres. Qu'a-t-il pensé de notre ridicule français ? Une primaire de droite qui terrasse Sarko puis Juppé, pour désigner triomphalement le plus cupide d'entre eux, François Fillon. Un président français qui abandonne en décembre la course à sa réélection, bloqué par deux traîtrises inédites, l'ambition de son premier ministre Manuel Valls et, surtout, la campagne anticipée dès l'été de son ex-dauphin Emmanuel Macron. Finalement, la seule non-surprise fut la qualification de Marine Le Pen pour le second tour, 15 ans après son paternel. Tous les sondages depuis 3 ans nous l'annonçaient. Mais pour le reste, que de surprises. L'affaissement de Fillon et la quasi-disparition du Parti socialiste ont permis à Macron de réaliser l'impossible, se faire élire sur une promesse fausse et artificielle de renouveau puisqu'il n'est que l'héritier des politiques du passé.

La percée de Mélenchon malgré les embûches, les caricatures et l'absence d'un appareil militant et politique puissant (se rappelle-t-on que Mélenchon a failli ne pas avoir suffisamment de parrainages à cause de ses disputes avec les dirigeants du PCF ?) a surpris également.

 Thomas Pesquet a suivi tout cela. Mais Emmanuel Macron a voulu jouer la carte du changement comme si Pesquet revenait d'une galaxie sans communication avec la Terre: "Il s'est passé pas mal de choses ici depuis que vous êtes parti". Effectivement, le premier gouvernement Macron comprend un lot assez incroyable de "représentants de la société civile". Attention, n'imaginez pas trouver des ouvriers, des employés, des agriculteurs ni même des patrons de PME. Non, le gouvernement Macron comprend comme ministres ou directeurs de cabinet une foultitude d'anciens cadres dirigeants du privé (dont un ancien directeur de la com d'Areva désormais premier ministre), de Thales, Citigroup-HSBC, du Crédit Agricole, de Total, de Danone-Nestlé à Schneider Electric. Le prolétariat au pouvoir !

De l'espace, Pesquet a vu de haut Poutine reçu dans le Château de  Versailles, et, il faut évidemment le reconnaître, un moment de courage de Macron quand il tacla les outils de propagande russe Sputnik et Russia Today à côté d'un président russe gélifié par une énième opération de chirurgie esthétique.

Emmanuel Macron s'est qualifié de "jupiterien". Il est Jupiter, Jésus, de Gaulle et mère Théresa réunis, à en croire une presse complaisante trop ravie de cette incarnation de la fusion droite/gauche. En coulisses, il console les macronistes déçus de n'avoir été récompensés d'un strapontin ministériel: "il ne fallait pas être un mâle blanc". Pourtant, qui a vu dans le premier gouvernement Macron une équipe paritaire et colorée ?


Thomas Pesquet ne connaît pas Richard Ferrand. Le secrétaire général d'En Marche, nouveau ministre de la "Cohésion des Territoires" du 1er gouvernement Macron et, encore, député socialiste en Bretagne, subit une cascade de révélations: des locaux achetés par sa compagne grâce à l'argent des Mutuelles de Bretagne, un fiston employé 4 mois comme assistant parlementaire (parce qu'en Bretagne, c'est difficile de trouver de quelqu'un de lettré, a expliqué son cabinet), puis la gestion d'un établissement public pour personnes âgées confiée par le Conseil général du Finistère qu'il vice-préside aux mêmes Mutuelles de Bretagne qu'il dirige... Les révélations se multiplient. Macron tient à son ministre. Le premier ministre Edouard Philippe déboule sur France 2 pour expliquer qu'il n'y a rien d'illégal - même argumentaire désastreux que Fillon. Dans les confidences du Canard Enchaîné, on apprend que Ferrand visait la présidence de l'Assemblée nationale, rien que cela. L'hôtel de Lassay est effectivement une chouette demeure.

Mercredi, François Bayrou, le nouveau et si silencieux Garde des Sceaux, dévoile les principales mesures de son projet de loi sur la moralisation de la vie politique. Signe qu'il y a du stress en Macronista, Bayrou balance ainsi deux semaines avant que ledit projet soit présenté en Conseil des ministres. Ensuite, la loi a été renommée par Macron en "loi rétablissant la confiance dans l'action publique". C'est joli comme un slogan pour un yaourt aux vertus digestives.

De la com', de la com' jusqu'à la nausée...

Cette loi comprend plein de belles et bonnes idées: l'interdiction d'effectuer plus de trois mandats successifs, ou celle pour les ministres d'exercer des fonctions exécutives locales; la suppression de la Cour de justice de la République déjà promise par Hollande en 2012 (sic!);  l'interdiction des emplois familiaux pour les parlementaires (coucou Richard Ferrand), une peine d'inéligibilité pour les atteintes à la probité, la fin de la réserve parlementaire et un remboursement sur justificatif des frais de mandat qui fait déjà hurler un jeune député #LR du Vaucluse. Le Conseil d'Etat en a commencé l'examen. Mais il manque, ô (fausse) surprise, l'interdiction des conflits d'intérêts. La seule proposition annoncée en la matière vise à contraindre les parlementaires en conflit d'intérêt à s'abstenir de voter des lois correspondantes. C'est modeste, très modeste. La loi Bayrou/Macron ne comprend rien sur le financement des campagnes. Mediapart, pourtant, s'interroge sur le financement express et réussi de la campagne d'Emmanuel Macron.

Jeudi, le parquet se saisit enfin de l'affaire et lance une enquête préliminaire. Edouard Philippe, en déplacement à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) répète: "L'ouverture d'une enquête préliminaire ne change rien." Et une mise en examen ? "L'ouverture d'une enquête préliminaire ne change strictement rien à la position que j'ai moi-même formulée publiquement : aussi longtemps qu'il n'y a pas de mise en examen, il n'y a aucune raison de demander à M. Ferrand de quitter le gouvernement".

Thomas Pesquet atterrit quelques jours avant le premier tour des élections législatives. Il a vu l'espace, la petitesse de notre planète, la petitesse de ses hommes. Il a vu Emmanuel Macron le rejoindre dans l'espace.

Qu'en pense-t-il ?

En avril, le taux de chômage a encore battu des records. Macron a sa loi travail, un joli choc par ordonnance promis pour l'été prochain. La pilule du renouveau, pour faire passer le suppositoire du choc libéral, s'incarnait dans la promesse d'une nouvelle éthique. La présidence Macron commence au contraire avec les mêmes travers de l'ancien monde, le dîner au Fouquet's en moins, mais les mêmes amitiés et les mêmes facilités en coulisses. 

Ami(e) citoyen(ne), marche ou crève.