29 juillet 2017

534ème semaine politique: comment Jupiter essaye de rassurer les sympathisants socialistes

 

 Où l'on parle des œillades que Jupiter fait à sa gauche la plus proche et des débuts ratés des députés macronistes.


Jupiter joue à 1981
Ce serait donc un "coup" politique, un sujet de discussion pour les conversation au coin du barbecue des Français en vacances. La nationalisation du constructeur naval STX, au chevet duquel déjà trois présidents se sont portés durant cette dernière décennie, est une belle opération: une heureuse nouvelle pour les salariés par une fermeture, et un coup présidentiel pour tenter de redresser une image en chute régulière.

Ce n'est pas la première fois que STX sert de paravent à président en mal de popularité. Macron emboîte les pas de Nicolas Sarkozy, là encore. Il y a 7 étés, quasiment jour pour jour, l'ancien monarque était le micro en main parmi des ouvriers et autres figurants à Saint-Nazaire pour se féliciter de la commande de quatre navires Mistral par la Russie. Deux ans auparavant, le même Sarkozy avait validé l'entrée de l'Etat au capital à hauteur de 33%. Une nationalisation partielle qui cachait la vente des deux tiers restants à des Coréens. Puis en juillet 2010, voici une commande russe. On comprit plus tard qu'elle n'était pas ferme. Il fallut encore 5 mois de négociations, pour découvrir ensuite que les autorités françaises avaient concédé un joli transfert de technologie. Les Russes avouèrent qu'ils espéraient combler leur retard.  L'information inquiéta nos partenaires de l'OTAN.

Sept ans plus tard,  Macron annonce la nationalisation pure et simple de l'entreprise. Le protocole d'actionnaires prévoyait une décision de l'Etat au 28 juillet au plus tard.  Macron nationalise troispetites semaines à peine après que son nouveau fidèle Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances qui se prend pour aussi pour un Dieu antique (mais grec), a promis pour une dizaine de milliards de privatisations (dont celles des aéroports parisiens...). On appelle cela du pragmatisme. Gageons que les libéraux sont devenus gris, la boule au ventre.

Mince, le politique peut prendre le dessus sur l'économique quand il le doit. 

En 2010, le Président des Riches louait le savoir-faire ouvrier. En 2017, son digne héritier nationalise. La réalité politique française est décidément cocasse.

En 2010, Sarkozy était quand même venu sur place. La démarche valait le détour, en pleine réforme des retraites qui allait prolonger jusqu'à 44 ans le nombre d'années de cotisation nécessaire pour une retraite pleine de la plupart des ouvriers silencieux présents autour de lui ce jour-là.  Sarkozy fit du grand Sarkozy. Il reconnut la pénibilité du métier, tout en escamotant que sa réforme ne la prenait pas en compte !

Emmanuel Macron n'a pas annoncé de déplacement à Saint-Nazaire. Les temps ont changé. Jupiter se retranche à l'Elysée. Il évite les discours, préfère l'interview écrite que l'on peu relire. Quand des extraits d'une visite surprise auprès de quelques députés de son parti sont diffusés par BFM TV, le jeune monarque s'énerve: "Ils ne me reverront pas de sitôt!".

Le syndrome "people"
Jupiter préfère d'autres rencontres. Bono, Rihanna, Schwartznegger défilent à l'Elysée. Flashs, photos et sourires, le Palais ressemble à un défilé people.C'est souvent madame, Brigitte en tenues chic et couteuses qui accueille ou fait la bise devant les caméras à cette nouvelle jetset macroniste. Il ne reste plus au couple Macron qu'à descendre à Saint-Tropez et la photo sera complète.


Cette succession rapprochée de rencontres sans autre intérêt que la curiosité de Jupiter et le joli cliché pose question sur l'habilité d'Emmanuel Macron à résister à la tentation "people". Dans le petit milieu du show-business qu'il a décidé de cottoyer, on le qualifierait de "star-fucker". Cela désigne non pas quelqu'un qui couche, mais qui perd sa lucidité quand ses rencontres sont des stars.

Jupiter se montre dans une préfecture dans le Loiret, à la cérémonie de naturalisation de quelques étrangers. C'est joli, c'est beau, c'est une autre oeillade à ces électeurs humanistes déstabilisés par ce début de quinquennat marqué par la répression des migrants et des associations qui les aident.

C'est joli, c'est beau. Qu'en pense Gérard Collomb, ministre de l'intérieur qui conseillait aux associations d'aide aux migrants d'aller exercer leurs talents ailleurs ?

Dans les colonnes du JDD, le ministre de l'Education explique que "l'ennemi du service public, c'est l'égalitarisme".  C'est sans doute tout l'inverse.

L'école de la Nation ne saurait favoriser l'inégalitarisme.


Les amateurs à l'Assemblée.
L'Assemblée nationale fait peine à voir. Les députés ne débattent pas encore des nombreux cadeaux fiscaux du jeune monarque.  Les 10% les plus riches se partageront la moitié des réductions d’impôts annoncées par Jupiter. Rien que ça. Ce simple constat justifie pleinement la qualification de président des Riches.

Les députés ne bataillent pas encore sur le budget. Ils débattent toute la semaine sur cette loi de moralisation qui a changé de nom. Le patron du groupe ultra-majoritaire est absent, en vacances peut-être. Richard Ferrand a surtout la trouille que son cas personnel ne soit appelé en contre-exemple systématique d'une loi qui voudrait nettoyer un peu mais pas trop. Son absentéisme fait grincer des dents.

L'examen de cette loi, durant quatre jours, est l'un des premiers exemples grandeur nature de l'impréparation, de l'amateurisme et du caporalisme des nouveaux députés macronistes. La République n'est pas en marche, elle est en panne, faute de combattants expérimentés. Le récit de cette première séquence parlementaire est cruel. D'autres jeunots, chez la France insoumise, démontrent au contraire leur préparation. La chronique d'un journaliste publié par Les Jours est édifiante. François de Rugy est appelé à la rescousse tant les députés LREM propulsés présidents des débats par intérim n'y connaissent rien. Le récit est le témoignage d'une imposture. Il y a heureusement Jean Lassalle qui fait rire.

Il aura fallu près de 50 heures de débat, et l'examen de plus de 800 amendements, pour que les députés adoptent le projet de loi ordinaire visant à restaurer «la confiance» par 319 voix contre 4, avant le projet organique, avec 203 voix contre 37.

Au final, cette loi bâclée améliore un peu la situation. Elle permettra à Jupiter d'épingler un effort de moralisation sur son costume: l'embauche des épouses, maris et enfants par un ministre, un député, un sénateur ou un élu local est désormais interdit. François Fillon n'est heureusement plus député, ni ministre.  L'obligation de casier judiciaire vierge pour les candidats à une élection a été retirée, seuls les criminels et autres coupables "d'atteinte à la probité" (discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle) seront déclarés inéligibles. La réserve parlementaire, cette seule cagnotte à disposition unilatérale des députés, a été supprimée. Sous la pression, le gouvernement a accepté que la même cagnotte des ministres soit également interdite. Les députés devront aussi justifier leurs dépenses parlementaires. Le contrôle des prêts aux élus est renforcé.

Pour les conflits d'intérêts, les députés macronistes ont eu la trouille de déplaire au patron, c'est-à-dire Jupiter. N'oublions pas que Macron a filé du public au privé (et pas n'importe lequel, la banque d'affaires Rotschild, pour faire fructifier son carnet d'adresses constitués quand il naviguait dans les belles eaux de la République). Donc certes les assistants parlementaires ne pourront plus être rémunérés par des lobbies (sic!); mieux encore, aucun député ni sénateur ne devrait pouvoir assurer des missions de conseil ... en cours de mandat. Mais ils ont pris la mission avant leur mandat, pas de problème.

Quand on se rappelle le nombre de primo-député(e)s, on comprend mieux.

Nous avons hâte qu'ils nous expliquent pourquoi il est légitime de sortir 50 000 jeunes du bénéfice des APL et réduire en parallèle l'ISF de milliards d'euros pour quelques autres milliers de foyers.


Ami macroniste, où es-tu ?

22 juillet 2017

533ème semaine politique: Jupiter entre crise d'urticaire et promesses non tenues.



Où il est question d'une crise d'urticaire de Jupiter qui provoque une crise avec nos armées, d'une curieuse conception de la pénibilité au travail, et des premiers décisions budgétaires de Macron qui sont autant de promesses non tenues.


La fausse modernité
A peine élu, en juillet 1974, le très jeune président de la République avait voulu innover. Il pensait incarner la rupture avec l'ancien monde gaulliste avec deux postures de communication: d'abord, un défilé militaire déplacé de Bastille à République, ensuite, une interview télévisée avec deux journalistes choisis dans une ORTF aux ordres.




C'était un spectacle, rien de plus, et le président de l'époque s'appelait Valéry Giscard d'Estaing. Il était déjà incroyablement plus jeune que la moyenne de nos dirigeants du moment, et promettait une révolution qui sentait bon la légitimation des puissances de l'argent. Quarante-sept ans ans plus tard, l'une des rares ministres véritablement modernes de ce quinquennat de communication vient de décéder, et les jeunes générations ont oublié ce VGE licencié de l'Elysée dès la fin de son premier mandat.

Quarante-sept ans ans plus tard, un autre président trop jeune, qui porte une "révolution" incarnée par une remise en cause d'un siècle de progrès social.

Les fausses polémiques
Emmanuel décide de donner un "statut" officiel à son épouse Brigitte. Mme Macron aura un bureau et une équipe. Elle ne sera pas rémunérée. La décision ne devrait pas choquer mais elle choque, à tort ou à raison. Jupiter a raison, comme Hollande, Sarkozy ou Chirac avant lui, de donner un statut. Elle occupe de facto un place à part. Mais l'annonce de sa "statufication" au beau moment où l'Assemblée vote l'interdiction des emplois familiaux parmi les parlementaires fait tâche pour quelques élus et presse d'opposition, surtout à droite.

Quand on se souvient des silences qui ont suivi l'affaire Fillon ou des pratiques de Nicolas Sarkozy, on sourit de ce surcroît de rigueur émanent de cette droite bonne à donner des leçons qu'elle ne s'applique pas. Quand à ceux de gauche qui se livrent à la même affaire, ils ont pourtant fort à faire avec la loi travail pour ne pas perdre leur temps là-dessus.

Il y a une autre polémique sans intérêt, et surtout fausse: le format du portrait officiel de Jupiter ne serait pas aux normes habituels et, du coup, causerait quelques centaines de milliers d'euros de dépenses supplémentaires en achats de nouveaux cadres pour les 36 000 mairies de France et autres bâtiments officiels.

La gaffe
Plus grave, Macron a réellement précipité une crise politique avec la Grande Muette. Le chef d'état major des armées, celui-là même qui souhaitait partir à la retraite et que Macron a prolongé en service claque la porte après la première grosse trahison du quinquennat: Jupiter avait promis d'augmenter le budget de la Défense à 2% du PIB, il a laissé son sous-ministre du budget, un ancien sarkozyste, réclamer 850 millions d'euros d'économies de fonctionnement d'ici décembre, et ce l'exacte même semaine où l'Elysée confirmait qu'il réduirait l'ISF de 3 milliards d'euros l'an prochain pour un peu moins de 350 000 heureux foyers.

A chacun ses priorités.

Sans attendre une rencontre prévue vendredi, le général démissionne et publie sur Facebook un commentaire qui sonne comme un avertissement. Droite et extrême droite applaudissent. Les plus fidèles des macronistes évitent de s'interroger sur deux évidences: faire d'un général le contestataire en chef n'est pas prudent. Pire encore, cet épisode confirme qu'Emmanuel Macron a un problème d'autorité. 
"Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays .Le général de Villiers.

Vendredi, c'est un Jupiter inquiet mais tout sourire qui dérange son agenda pour rester la journée entière avec des militaires, sur la base aérienne #125 d'Istres-le-Tubé. Les 10 premières minutes d'un discours en retard sans politesse de près de 45 minutes sont mielleux à souhaits: "fier", "fierté", les qualificatifs laudatifs ne manquent pas, Jupiter ne sait plus comment réparer la mauvaise impression qu'il a fait. 

Il loue même le chef d'Etat-Major des Armées, le général de Villiers qui a démissionné la veille et est parti sous une haie d'honneurs. Il promet de respecter la Loi de Programmation Militaire votée sous Hollande qui prévoyait de porter à 2% du PIB (soit environ 55 milliards d'euros contre 32 aujourd'hui) le budget des Armées. Il promet aussi d'augmenter de 2 milliards ce budget dès l'année prochaine. Est-ce bien sérieux ? S'aliéner le chef militaire, et une belle partie de la troupe derrière, pour lâcher ensuite comme un gamin ?

La parade
Le lendemain, catastrophe, le porte-parole du gouvernement joue à Rantanplan et détruit d'une formule la vraie hypocrisie du discours présidentiel:  ""Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission (...)" explique Christophe Castaner, "C'est son comportement qui a été inacceptable. Il s'est comporté en poète revendicatif." Boum ! Retour à la case départ.


Macron s'est créé une crise avec l'Armée. Christophe Castaner est un gaffeur formidable.

Jupiter aime aussi se déguiser. Le voici en militaire à nouveau, le cliché fait rire, on avait failli rater cette tenue en mode "Top Gun", ou plutôt Buck Danny, d'un jeune monarque qui n'a pas même pas fait son service militaire. Être monarque est d'abord une affaire de costume paraît-il, et Jupiter n'a plus de couronne à porter pour savoir qui il est. Quelques éditocrates nous expliquent que Jupiter singe Mitterrand.

Que nenni !

Qui a vu Mitterrand revêtir un costume militaire pour "faire militaire" ? Personne, sacrilège ! Les Anciens avaient un sens minime mais essentiel du respect des formes. Jupiter est lui à la fête foraine. Il a gagné au Loto républicain et le voici qu'il nous inflige de le voir porter des costumes trop grands pour sa stature.



Le dégoût
Pendant qu'il joue ainsi aux militaires, sa majorité rétablit de peu le "verrou de Bercy" en matière de fraude fiscale: en clair, toute poursuite pénale contre un fraudeur fiscal devra obtenir le feu vert du ministère des Finances. La moralisation de la vie publique a des limites. Depuis quelques semaines, Edouard Philippe fait la danse du ventre pour attirer les grandes institutions financières effrayées par le Brexit.  #CDFD ?

Autre mesure, le gouvernement retire 4 des 10 critères du compte personnel de prévention de la pénibilité créé par la loi Ayrault de janvier 2014 qui permettaient d'évaluer un départ à la retraite à taux plein rapide: manutention manuelle de charges, postures pénibles, vibrations mécaniques, risques chimiques. Ces risques ne seront plus pris en compte sauf "une maladie professionnelle a été reconnue et dont le taux d'incapacité permanente excède 10%". "Ce n'est pas de la colère, c'est du dégoût" commente un ouvrier sur France info.

Le dégout, ou la guerre des classes.

La nouvelle est tombée dans un courrier du 8 juillet, adressé par le premier ministre aux organisations syndicales. Comme souvent lorsqu'on annonce un mauvais coup, Édouard Philippe qu'il "est décidé à prendre ses responsabilités."

Pourtant, l'espérance de vie recule en France. Et que dire de l'espérance de vie en bonne santé ? Ce point a été volontairement occulté par la réforme Fillon/Sarkozy des retraites en 2010. Et voici donc le gouvernement Macron qui revient à son tour sur l'une des rares avancées sociales du quinquennat Hollande.

Jupiter est plus généreux quand il s'agit de recaser des anciens camarades. Le voici qui recycle aussi Harlem Désir (qui ?). Ce dernier devient "représentant pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe", la République est reconnaissante.

Les promesses non tenues
La semaine dernière, on apprenait que Jupiter allait réduire coûte que coûte de 3 milliards d'euros la taxe d'habitation de quelques millions de foyers français et aussi de 3 milliards d'euros l'ISF de quelques dizaines de milliers d'autres. Appréciez la comptabilité macroniste. Cette semaine, certains ministres sont contraints à manger du foin: ils découvrent les économies qui frapperont leurs ministères dès cette année.

L'annonce des annulations de crédits est officielle, publiée au JO. Outre les douloureuses coupes déjà connues et commentées sur les Armées (850 millions d'euros), et l'Enseignement et la Recherche (331 millions d'euros), on découvre quelques "détails" qui sont comment autant de trahisons

Ainsi, les crédits consacrés aux infrastructure et services de transports sont-ils amputés de 194 millions d'euros. Ceux pour le Logement et l'amélioration de l'Habitat de 130 millions d'euros. A ce titre, les APL seront réduites de 5 euros dès le 1er octobre prochain. La sous-secrétaire d'Etat à l'Egalité hommes-femmes voit de son côté son budget amputé d'un quart, rien que cela ! Marlène Schiappa ne cessait pourtant de démentir la "FakeNews" sur les réseaux sociaux. Patatras ! La politique de protection des femmes contre les violences sexistes, baptisée "programme 137" dans le budget, est bel et bien réduit de 7,5 millions d'euros, soit 25%. Rappelez-vous les promesses:
"Je ferai de l'égalité femmes-hommes la cause nationale du quinquennat. Sans cela, on se prive de la force de notre société." Emmanuel Macron, candidat à la Présidence de la République, 28 avril 2017

La police nationale perd 110 millions d'euros; la gendarmerie 90 millions d'euros. Rappelez-vous:
"La sécurité intérieure passera par un investissement conséquent dans nos forces de l’ordre, leur réorganisation". Emmanuel Macron, candidat à la Présidence de la République, "Mon Contrat avec la Nation", mars 2017.
Dans l'indifférence politique et médiatique la plus générale malgré l'ampleur des crises et guerres à l'étranger, l'Aide Publique au Développement perd 136 millions d'euros. Rappelez-vous les promesses:
"Nous devons affirmer de façon crédible comme nos partenaires européens l’objectif d’une aide publique à hauteur de 0,7% de la production nationale, avec une trajectoire d’augmentation progressive entre 2017 et 2030, conditionnée à nos résultats économiques."  Emmanuel Macron, candidat à la Présidence de la République, "Mon Contrat avec la Nation", mars 2017.
L'aide publique au développement sera "conditionnée à nos résultats économiques". Macron n'attend pas pour la réduire, après avoir fait mine de découvrir un bilan économique dont il est co-responsable.

Bref, il n'a pas fallu attendre bien longtemps, moins longtemps qu'avec Sarkozy puis Hollande pour découvrir les premiers reniements les plus symboliques.




Ami macroniste, ne te désespère pas.







15 juillet 2017

532ème semaine politique: Jupiter et le syndrome du chef



Où il est question d'une fête nationale gâchée par l'invitation en grandes pompes du président bouffon des États-Unis, des premières mesures d'économies, des premiers cadeaux fiscaux, et d'un curieux témoignage d'autorité du jeune Monarque.


L'arnaque autoritaire
L'accouchement de la loi Travail est à mettre au crédit de son promoteur. Le piège se referme. On comprend enfin la méthode. Très tôt, Macron a lancé ce qu'il appelait une "concertation". Notez l'expression. Se concerter ne signifie pas négocier. Bien au contraire. Macron a noyé les organisations syndicales sur une cinquantaine de réunions. A l'inverse, les députés récemment élus n'auront rien à dire. Les jeunes (et moins jeunes) godillots sont appelés à voter sans critique l'autorisation au gouvernement de procéder par ordonnance, c'est-à-dire sans débat parlementaire, pour modifier le code du travail. Un chèque en blanc sans contrepartie ni contrepouvoir.

Pour la galerie médiatique, on multiplie les clichés faciles de rencontres syndicales. En coulisses, le texte s'écrit par une troupe élyséenne. Il fallait entendre l'un des syndicalistes les plus calmes et apaisés, Jean-Claude Mailly, ce lundi 10 juillet sur France inter. Il reconnait rapidement que déjà deux tiers des réunions de concertation ont eu lieu mais qu'il ne connait toujours pas ce qu'il y aura dans le texte de loi final que le gouvernement fera passer sans débat au cœur de l'été.

On croit rêver.

Prolonger une loi non appliquée et contestée, ne pas dévoiler dans le détail le contenu de cette "approfondissement", laisser débattre une majorité docile car inexpérimentée débattre des pleins pouvoirs (loi d'habilitation), récuser les maigres amendements de l'opposition, la séquence qui se joue cette semaine n'est ni la première ni la dernière d'une présidence troublante. Les plus conciliants expliquent qu'il est trop tôt pour juger.

Il est surtout trop tard.


Macron l'Africain
L'Afrique semble être un terrain miné, voire maudit, pour les chantres français de la "rupture". On se souvient de l'effroyable discours de Dakar en juillet 2007, prononcé par Nicolas Sarkozy mais écrit par Henri Guaino, ce discours où l'ancien monarque expliquait combien "l'homme africain n'est pas assez rentré dans l'Histoire". Dix ans plus tard, un plus jeune monarque dérape à son tour. A Hambourg, au sommet du G20 samedi 8 juillet, Emmanuel Macron répond ainsi à un journaliste ivoirien qui lui demande "Combien les pays du G20 sont prêts à mettre dans l’enveloppe pour sauver l’Afrique ?"
"Le défi de l’Afrique est différent, il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel (...) Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien."
Cette réponse n'est pas raciste, elle est bête, elle fait fi de la réalité et de l'histoire. En Afrique, où la fécondité est la plus élevée de tous les continents (mais à 5 et non "7 à 8" enfants par femme), la progression des soins a permis de réduire de moitié la mortalité maternelle, d'améliorer les conditions de contraception (plus de 7 millions de femmes supplémentaires y ont recours par rapport à 2012), n'en déplaise au jeune monarque qui affirme qu'investir en Afrique dans la santé ne sert à rien.

Un chroniqueur africain résume à juste titre que Macron "porte en lui toute la condescendance de la classe sociale des privilégiés qu’il représente : mâle, blanc, riche, membre de l’élite issue des grandes écoles, etc."

Première austérité
 Le ministre des comptes publics décrit la douloureuse. La veille du 14 juillet, les Armées découvrent qu'elles devront économiser 850 millions d'euros d'ici la fin de l'année. On cherche quelques milliards pour rentrer dans les clous austéritaires d'un déficit budgétaire à 3% du PIB en 2017. Les crédits de fonctionnement de la police, cette police qui est à bout après 30 mois de surveillance antiterroriste permanente, cette police dont on ne paye plus les millions d'heures sup ni les congés non pris depuis l'ère sarkozyste, cette police qui défilait dans les rues pendant la campagne présidentielle pour réclamer simplement des moyens pour faire son job, cette police donc passe à la diète: "le ministère de l'intérieur va faire 526 millions d'euros d'économies de fonctionnement, sans toucher aux effectifs de la police et de la gendarmerie." La Justice est à peine épargnée, cette justice sous l'eau, débordée, aux locaux vétustes et aux délais de traitement des affaires trop long. Voici 160 millions d'euros d'économies dans les 6 mois, principalement sur le parc immobilier.

Le plus cruel est encore ailleurs. Cette même semaine, Macron décide, contre l'avis de son ministre du budget, de réduire de 3 milliards d'euros l'Impôt de Solidarité sur la Fortune. Pour faire bonne figure, une partie de la réduction de la taxe d'habitation pour les ménages sera réduite du même ordre de grandeur. Moins de 400 000 foyers sont concernés par l'ISF. Quelques millions par la seconde mesure. Observez quelques instants ce sens de la justice fiscale. L'ISF concerne quelque 350 000 foyers et rapporte environ 5 milliards d'euros. La réforme Macron le réduit des 2 tiers, pour rien. Un joli cadeau. Une mesure digne d'un Sarkozy en 2007 qui donnait quelques exonérations d'heures sup pour cacher le bouclier fiscal.

Macron cherche 3 milliards pour "boucler" le budget 2017 laissé par Hollande et son ministre de l'Economie de l'époque, un certain Macron. Mais Jupiter lâche 3 milliards de réduction de l'ISF pour quelques 350 000 foyers fortunés dès l'an prochain. 

On applaudit le maître.

"Je suis votre chef!"
La voix est grave, le regard sombre. Au lendemain de l'annonce des économies imprévues demandées à la grande Muette, Macron fait une crise d'autorité.  Il se défend et attaque devant des cadres militaires contraints au devoir de réserve. La perte de sang-froid est manifeste: "Il ne m’a pas échappé que ces derniers jours ont été marqués par de nombreux débats sur le budget de la Défense. Je considère, pour ma part, qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. J’ai pris des engagements. Je suis votre chef ! Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n’ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire." Macron a-t-il peur ? Son chef d'état-major des armées a déclaré en off qu'il envisageait de démissionner, offense suprême.

Macron n'aime pas la contestation, et pas seulement quand elle fait mine de venir des Armées. Il ne le cache pas: "J’aime le sens du devoir. J’aime le sens de la réserve qui a tenu nos armées où elles sont aujourd’hui. Et ce que j’ai parfois du mal à considérer dans certains secteurs, je l’admets encore moins lorsqu’il s’agit des armées."


Le lendemain, il reçoit Donald et Melania Trump en grandes pompes. Le prétexte est le centième anniversaire de l'entrée en guerre des Etats-Unis au cours de la première Guerre Mondiale. On célère habituellement les fins de conflits, ou les grandes batailles communes comme ce 6 juin 1944 honoré par Mitterrand et Reagan, ou Sarkozy et Obama. Macron a décidé seul et par surprise d'inviter Donald Trump pour une célébration qui aurait été grandiose sans cette présence encombrante.

Macron ne fait pas les choses à moitié. Il fait visiter à ses invités les Invalides, le tombeau de Napoléon et une partie des joyaux parisiens, jusqu'au dîner Bling Bling à souhait au deuxième étage de la Tour Eiffel. Vendredi 14 juillet, il commente le défilé avec attention, et livre un discours, sans doute écrit par l'une de ses nouvelles plumes, Sylvain Fort, un ancien conseiller du sinistre Laurent Wauquiez. Qu'a ce discours de mémorable ? Rien. Pourquoi donc >Jupiter avait-il besoin de troubler cette célébration républicaine d'un énième discours déjà entendu ? Jupiter brasse du vent mais il le brasse à chaque occasion qui lui est donné de ponctionner un peu d'argent public pour pérorer sur son pupitre de campagne: "Cette formule tant de fois entendue, je vous la dis avec le sentiment d’une gravité particulière : Vive la République. Vive la France."

Macron préfère décidément le monologue unilatéral aux conférences de presse contradictoires. Jupiter, comme Sarkozy, vient d'un autre siècle.

A l'étranger, le New-York Times raille cette présence de Trump qui gâche l'hommage: "Monsieur Trump et Monsieur Macron ont semblé avoir laissé les tensions initiales dans leur relation derrière eux, et ce au service du développement de leur partenariat et de l’amour des défilés".



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Cérémonies avec Trump, agitation diplomatique, sermon aux armées, multiplication des discours sentencieux à la mise en scène surdimensionnée pour l'homme, Macron apparaît comme dans une course à la présidentialisation. C'est le syndrome du chef, le besoin de crier qu'il l'est, la nécessité de faire paraître une stature de chef d’État qu'il n'a pas. Macron se veut Jupiter et non président normal. Il signe ce faisant le prédécesseur d'avant, Nicolas Sarkozy.

Attention à la chute. 

Pour lui, elle sera d'une marche plus haute encore. 


8 juillet 2017

531ème semaine politique: "Moi Jupiter", la novlangue de ceux qui ont réussi.

 

Où l'on cause des discours attendus et ratés du Jupiter puis de son premier collaborateur, et des ravages d'une "novlangue" qui masque mal l'absentéisme massif des nouveaux élus macronistes, le retour des affaires, les premières mesures contre les salariés, les migrants et les fonctionnaires, et les premiers cadeaux pour la finance internationale.


"Moi, Jupiter"
Jupiter parle à Versailles. Le Parlement n'est pas au complet. Vu la majorité écrasante dont dispose Macron à, l'Assemblée, à laquelle s'ajoute les "constructifs" et les curieux de tous bords qui ont choisi d'assister à ce long, trop long discours, l'hémicycle à Versailles parait bien complet. Mais pour Jupiter, cela ne suffit pas. Est-ce le jeune âge ou le narcissisme ? Est-ce un péché d'orgueil ou le début d'une inquiétude ? Toujours est-il qu'il qualifie de déserteurs ces élus insoumis, communistes, socialiste, centristes et écologiste qui ne sont pas venus sagement l'écouter. Ces derniers travaillent à écrire des amendements contre la nouvelle loi Travail récemment pondue et que le gouvernement veut faire passer en force. Ou rencontrent leurs administrées. Mais Macron les voulait dans l'hémicycle.

"Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas, je crois, si promptement." Emmanuel Macron, 3 juillet 2017.

"La valeur d'un collaborateur est fonction du temps qui peut s'écouler sans inconvénient, entre un effort exceptionnel de sa part, et la rémunération de cet effort." Jacques Chirac.

Si Jupiter a choisi le premier de les qualifier de déserteurs, nous ne le qualifierons pas pour autant de collabo. Collabo ? On entendrait déjà les couinements devant l'affront. Macron est président, Jupiter est tout puissant, c'est pourtant à lui de tenir ses nerfs et sa propre parole dans les limites du respect républicain. Collabo ? Les mesures précisées cette semaine témoigne en effet du soin particulier apporté à soigner les puissants: incitations fiscales pour cadres sup et banques d'affaires, austérité pour les fonctionnaires, privatisations partielles, ordonnance pour la loi Travail, etc. Vous allez voir, le menu est amer et déséquilibré.

De l'aveu même des plus admiratifs, le discours de Versailles ne comprend aucune nouvelle annonce. Il ne convainc pas grand monde. Les formules sont bien écrites, mais Jupiter brasse sans cesse le même vent. Il abuse de formules qui font joli ("Les Français sont animés non pas par une curiosité patiente, mais par une exigence intransigeante. C’est la transformation profonde qu’ils attendent.") mais ne disent rien d'un cap et ni d'une vérité politiques.La novlangue, c'est aussi cela.

Car ce discours est un modèle de novlangue, cette marque de fabrique du macronisme. La novlangue habille de termes positifs ce qui ne l'est pas, maquille des omissions et décrit la réalité idéalisée de ceux-qui-ont-tout.

A Versailles, Jupiter souhaite ainsi  "une évaluation complète de tous les textes importants, comme aujourd’hui celles sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme", et pourtant il se refuse à le faire pour la loi El-Khomri et l'état d'urgence alors même qu'il s'apprête à faire voter en urgence deux textes supplémentaires sur les mêmes sujets. Il loue la réduction du nombre de conseillers ministériels, mais cache l'explosion du staff élyséen. Il prône "l’indépendance pleine et entière de la justice", mais, dans la même phrase, il se contente de promettre de limiter, et non supprimer, "l’intervention de l’exécutif dans les nominations des magistrats du parquet." Il applaudit à la "transition écologique" mais cache son renoncement à la taxe européenne sur le climat.

Après son discours, le Monarque s'en va. C'est la règle. Richard Ferrand, l'exfiltré des Mutuelles de Bretagne, braille son admiration béate: "Je salue cette pratique nouvelle qui permettra au Président de la République de faire partager sa vision et de rendre compte de son action à la représentation nationale." Rendre compte d'une action supposerait qu'une sanction soit possible. La Présidence monarchique est juridiquement irresponsable. Et ces allocutions devant un parlement silencieux une mascarade.



"Ceux-qui-n'ont-rien" paieront!
Mardi, le discours du premier ministre est une liste à la Prévert de pistes d'économies . Mais sans préciser qui paiera vraiment quoi. Quand on parle d'économies, dévoiler qui passera à la casserole est pourtant le minimum exigible de l'honnêteté politique.

Philippe confirme aussi la pérennisation du CICE (dont les effets sur l'emploi sont nuls).

Le gouvernement Edouard Philippe est investi sans surprise par l'écrasante majorité macroniste. Il faut tenir la chronique de qui vote quoi dans cette période troublée par la novlangue et le faux renouveau: 370 députés ont voté pour, 67 députés ont voté contre et ... 129 se sont abstenus. On note aussi socialistes et Républicains (à 75%) ont préféré majoritairement s'abstenir  L'ancien parti de Sarkozy est fracturé comme jamais. A gauche, les socialistes Boris Vallaud et Régis Juanico, les communistes, les députés insoumis, les élus FN et une trentaine de députés LR votent contre.



Tandis qu'Edouard Philippe parle à l'Assemblée, MoiJupiter se montre héliporté sur un sous-marin nucléaire. Selfie officiel, il se déguise ensuite d'un pull de la marine officielle et fait semblant de donner des ordres au navire pendant que son PM déblatère son discours à Paris.

Ces clichés sont édifiants de ridicule.

Mardi, Manuel Valls a encore les honneurs d'une interview radiotélévisée. Le nouveau paria candidat déchu à la primaire, élu de justesse dans son fief historique, rejeté par les macronistes, auto-exclu du PS, sort cette outrance pour attirer l'oeil et l'indignation: "Oui, je pense que les candidats de la France Insoumise se compromettent avec les islamistes". Il n'attire que le mépris ou l'indifférence.

 Valls est une comète égarée qui fait des pirouettes dans l'espace politique.

Mercredi, Bruno Le Maire, ce ministre qui se prend pour le messager de Jupiter quand il représente la France à New-York, prévient que l'Etat va réaliser  "d'importantes cessions d'actifs." Sans surprise, la macronista a besoin de solder les bijoux de la nation pour redresser des comptes publics qu'elle plombera par ailleurs en exonérations de cotisations sociales et baisse d'impôts pour les plus fortunés.

Le même jour, le sympathique Nicolas Hulot commet l'incompréhensible bévue d'applaudir à l'adoption d'une très mauvaise définition des perturbateurs endocriniens par les gouvernements européens, dont la France. En novlangue macroniste, la nouvelle est une "avancée considérable." Pour un collectif de 70 ONG, c'est au contraire un incroyable recul. "les critères votés aujourd'hui [pour définir la présence de perturbateurs endocriniens] requièrent un niveau tellement élevé de preuve [de la toxicité des substances chimiques] qu'ils ne protégeront ni les humains ni la nature",

Il s'en sort d'une pirouette, l'annonce de "la fin de la vente des voitures à diesel et à essence d'ici 2040" (sic!). C'est beau, c'est généreux, c'est n'importe quoi. Comment le ministre d'un monarque qui rappelle à tout bout de champs que la France ne peut vivre isolée du reste du monde, que ses marges de manoeuvre sont contraintes, peut-il sérieusement annoncer cela ? Comment cet objectif fantastique a pu convaincre Jupiter, l'adepte du pragmatisme et du TINA ? Comment Macron, qui vient d'inviter Trump le dénonciateur de l'accord de Paris, a-t-il pris la nouvelle ?

Sans doute comme une joli coup médiatique.

Les déserteurs macronistes
Jupiter a qualifié de déserteur ces députés qui avaient autre chose à faire, leur travail de député, comme écrire des amendements, ou rencontrer des administrés. Mais Jupiter ne dit rien sur ses propres députés macronistes qui ne se déplacent pas deux jours plus tard pour voter à sa demande la prolongation de l'état d'urgence.  Car jeudi, seuls 150 députés sur 577 sont présents dans l'hémicycle pour voter la prolongation de l'état d'urgence. Un tel niveau d’absentéisme de la part d'une Assemblée si renouvelée est indécent.  Sur les 314 députés macronistes, à peine un tiers étaient présents. Où sont passés ces déserteurs ? Un taux d'absentéisme de 66%. Moins de 20% des députés Républicains, Modémistes, et socialistes étaient présents.



Mais 75% des élus insoumis étaient là. 

Qui est déserteur ?

La ministre du Travail va mal. Elle est mal. Muriel Pénicaud est désormais soupçonnée d'avoir gaspillé 8 millions d'euros, sans appel d'offres et au profit de la promotion du ministre Macron, quand elle dirigeait "Business France", une agence publique, rien que ça. Vendredi, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour "favoritisme et recel de favoritisme". Libération publie des extraits d'emails échangés avec sa tutelle de l'époque qui s'inquiétait déjà des dérives. L'enquête dira s'il y a eut malversations. Mais on ne peut imaginer qu'Emmanuel Macron, avant de devenir Jupiter, n'était pas au courant de l'affaire, de ces secousses, et donc du danger qu'il prenait à nommer Muriel Penicaud ministre.

L'imposture de la rupture se dévoile ici aussi. Macron avait promis, à son tour, la République irréprochable. En moins de 100 jours depuis son élection, il a perdu trois ténors modemistes dont François Bayrou lui-même pour un scandale d'emplois fictifs au Parlement européen. Il a dû exfiltrer son fidèle Richard Ferrand accusé d'enrichissement personnel et familial sur le dos des Mutuelles de Bretagne et du département du Finistère. Il s'attend désormais à la prochaine démission de sa ministre si/quand elle sera mise en examen. Quand à sa nouvelle ministre des Armées, Florence Parly, elle est au centre d'une enquête du parquet financier sur des manquements aux règles de commandes publiques de la SNCF quand elle en était directrice financière, révèle le Canard Enchaîné ce 5 juillet.

Macron, sur son pupitre à Versailles devant un Parlement contraint au silence, s'exclame: " j'en appelle à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d'innocence!".

Fichtre ! Le renouveau sent la naphtaline.

La Novlangue en marche
Depuis longtemps, Jupiter a déjà renommé celles et ceux qui le rallient les "progressistes". On cherche toujours le "progrès" dans les premières déclarations de Gérard Collomb à l'encontre des associations humanitaires d'aide aux migrants, ou, pire, quand l'Etat fait appel de la décision du tribunal administratif de Lille ayant ordonné fin juin des mesures d'aide aux migrants à Calais. Le gouvernement fait la chasse aux migrants avec la même hargne qu'il a de gourmandise pour  "attirer la finance internationale". La coïncidence des faits est cruelle. Le jour même où un préfet attaque cette décision humanitaire, son premier ministre promet monts et merveilles à la finance internationale menacée par le Brexit:  la suppression de la 4ème tranche de la taxe sur les hauts salaires supérieurs à 150 000 euros annuels (coût: 137 millions), la suppression de la taxe sur les transactions financières, la réduction de l'IS (de 33 à 25%) et la simplification du droit financier pour mieux attirer banques et institutions financières après le Brexit. Pour parfaire le tout, le gouvernement renonce également défendre la taxe européenne sur le climat.

La Macronista choisit ses combats.

Sa novlangue est souvent technique. Ainsi, plutôt qu'avouer l'annulation de la généralisation du tiers-payant initialement prévu à la rentrée, la ministre de la Santé demande une "étude de faisabilité". D'étude de faisabilité, il n'en est pas question pourtant pour cette ancienne dirigeante de labo pharmaceutique quand il s'agit de rendre obligatoire 11 vaccins  pour nos enfants. Elle omet sagement de rappeler le problème: l'utilisation d'adjuvants d'aluminium dans la composition des vaccins, soupçonné d'être responsable d'invalidités.

Les excès de la novlangue macroniste fatiguent ou amusent. 

Ainsi"l'addiction à la dépense publique". La formule est répétée à l'excès par Gérald Darmanin, l'ancien porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy devenu ministre des comptes publics. Pour "boucler le budget 2017", Gérald Darmanin vante son "action réformatrice".. Il cherche 5 milliards d'économies, en plus des 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires promises par Jupiter. Après le gel du point d'indice, Darmanin annonce la suppression de 120 millions d'euros de crédits non consommés, et, surtout, le rétablissement du jour de carence pour les fonctionnaires. Il fait d'une pierre de coup: primo, cette annonce lui permet d'en rajouter sur le cliché de l'absentéisme des fonctionnaires. Deuxio, il pense économiser 170 millions d'euros. Comment ? On ne sait pas. Rappelons que la Fonction publique n'embauche pas d'intérimaire pour remplacer ces jours de maladie. C'est une mesure injuste, inutile et inefficace disait l'ancienne ministre de la fonction publique de Hollande. 65% des salariés du privés sont indemnisés sans journée de carence.  Désormais, pas chez l'Etat. Macron emboite le pas de Sarko.

Navrant. 

Les 180 millions d'euros supposément économisé par cette journée de carence financeront les 140 millions d'euros de suppression de la plus haute tranche d'impôts des salaires de la finance.
On applaudit.

Cette semaine, la sinistre ministre du Travail fait adopter en commission à l'Assemblée le passage par ordonnance de sa loi Travail.  Dans l'exposé des motifs, les explications du gouvernement sont un trésor de novlangue: on y loue la concertation tous azimuts, avec ces 3 salves de réunions: "du 9 au 23 juin, la bonne articulation des niveaux de négociation et des possibilités d’intervention de la négociation collective, pour donner de la capacité d’initiative aux entreprises et aux salariés"; puis "du 26 juin au 7 juillet, la simplification et le renforcement du dialogue économique et social et de ses acteurs" ; puis enfin, "du 10 au 21 juillet, la sécurisation des relations de travail."  Cette vision Bisounours est touchante: à l'Assemblée, la présidente LREM de la Commission des Affaires sociales, Brigitte Bourguignon raille ouvertement tous les amendements présentés par la France insoumise sur le texte. La concertation a du bon...

Cette loi a été baptisée, sans rire, "loi sur le renforcement du dialogue social."   Rappelons les 5 mesures emblématiques sont, rappelons-le: la création d'un contrat précaire à durée indéterminée, le plafonnement des indemnités prudhommales, une plus grandes souplesse accordée aux employeurs dans l'organisation des conditions de travail et la fusion des instances représentatives du personnel pour mieux les noyer sous la tâche.

Ne riez pas. Le même gouvernement veut œuvrer pour une meilleure "mobilité" des salariés. Une nouvelle loi "logement et mobilité" est à l'étude pour l'automne, avec une belle mesure, la création d'un bail précaire pour les travailleurs... précaires.

La République en Marche va créer ses propres médias. MoiJupiter veut sa télévision. Sarkozy en son temps réfléchissait à pareil. On pourrait croire que ces monarques ne se contentent pas d'un applaudissement général des médias dominants. Ce n'est en fait pas le sujet. Nous avons retenu la leçon avec le sarkozysme: le pouvoir, même quand il est soutenu par les médias dominants (et non pas "les médias") , anticipe l'échec, la déception et donc le besoin de créer ses propres relais.

L'explication officielle est limpide, créer une Pravda des temps des modernes:  "Nous voulons associer davantage la presse quotidienne régionale. Mais nous voulons aussi développer des contenus, de manière décentralisée. Si les médias n’y vont pas, on ira."




Ami(e) qui n'a rien, ne renonce pas.

1 juillet 2017

530ème semaine politique: cette colère froide contre Emmanuel Macron

Où il est question d'une accélération des caprices, d'une imposture qui prend un tour nouveau, de ces premiers jours d'un quinquennat qui ressemble fichtrement à la fusion des précédents. D'une colère froide qui alterne avec des moments de franche rigolade devant le ridicule narcissique de Jupiter. 




Manu 1er, caprice à Versailles.
Après l'échec d'un sommet européen du 24 juin, Jupiter a fait sa photo. Comme nombre de quadralescents, il poste ce selfie officiel sur son compte Twitter. Le cliché évoque une publicité d'après-rasage, ou une réclame pour Hugo Boss. L'Elysée annonce ensuite que Jupiter ne fera d'interview le 14 juillet. Cette tradition lancée par Valéry Giscard d'Estaing n'avait certes aucun intérêt. Mais la justification avancée par les services de Jupiter est ridicule. Ou inquiétante. Jupiter renonce à l'exercice car sa pensée serait "trop complexe".

Sans rire.

Sa "pensée complexe" s’accommode mal des questions de journalistes, fussent-ils adoubés par l’Élysée comme par le passé. 

Jupiter convoque le Parlement en Congrès à Versailles pour le 3 juillet. "Emmanuel Macron fait congrès, mais ne répondra pas aux questions des journalistes présentateurs de journaux le 14 juillet." explique indulgemment l'éditorialiste Bruno Roger-Petit, l'un des invités du dîner de pré-victoire à la Rotonde au soir du premier tour. Députés et sénateurs sont invités à écouter la parole présidentielle, sans pouvoir répondre, et avant même que le premier ministre Edouard Philippe n'ait pu faire son propre discours de politique générale. Les premiers à annoncer le boycott de ce caprice sont ... les centristes de l'UDI, pourtant si macron-compatible. Jean-Christophe Lagarde, leur président, dénonce la manœuvre à chaud. Les élu de la France insoumise, tout comme les sénateurs écologistes et quelques députés socialistes ne seront pas non plus présents.

Ce caprice de Jupiter coutera un demi-million d'euros aux contribuables. Rien que ça. Avant, le président élu se contentait de faire un lire un mot sur ses orientations aux parlementaires. Sarko, qui a fait voter une modification constitutionnelle pour permettre l'adresse directe du monarque aux élus de ses sujets, a usé une fois de la possibilité quand son quinquennat était déjà à bout. Hollande aussi, mais pour des circonstances dramatiques qui réclamaient de l'union nationale. Macron emboite les pas de Sarko, il n'a d'autre envie que de se montrer, et d'incarner ce quinquennat.

Ce caprice révèle aussi un trait de caractère aussi inquiétant qu'archaïque. Le progrès, nous explique-t-on, s'illustre dans la collaboration, le partage, le collectif, dont les échanges sont portés par les innovations numériques. Jupiter lui-même a tenté d'incarner ce changement, cette nouvelle version de la démocratie participative chère à Ségolène Royal il y a 10 ans. Porte-à-porte en tous genres, réunions tupperware, castings des candidats à la députation, etc., les premiers moments de l'histoire du mouvement En Marche sont un story-telling réussi sur un mouvement "populaire". L'effet de contre-balancier par le comportement capricieux, archaïque, monarchique du jeune monarque est désastreux.

L'image qui se dessine de cette macronista au pouvoir est celle d'une majorité d'élus où les classes aisées sont sur-représentées, où quelques brebis galeuses  qui trafiquent avec l'éthique sont protégées par l'indulgence du Roi, où une campagne financée comme une start-up fut organisée par un conseil d'administration pour aboutir à un pouvoir sur-concentré entre les mains d'un jeune Bonaparte.

La convocation du Parlement à Versailles est logique, à l'image de ce début de quinquennat.

La Vème République est monarchique, ce n'est pas nouveau. Le scrutin majoritaire aggrave cette caricature faussement démocratique puisqu'il suffit de remporter la première place, qu'importe le nombre de suffrages, pour remporter la quasi-totalité du pouvoir législatif. L'Assemblée a été élue par un processus démocratique mais elle ne représente pas le peuple, loin s'en faut. Et Jupiter ne fait preuve d'aucune humilité, d'aucune compréhension à cet égard.

Back to the Future?
La Macronista se dévoile enfin, tardivement. Un éditocrate s'étonne de l'inexpérience de nombre de députés. A l'Assemblée, les postes de direction se répartissent entre hommes, y compris et surtout dans la majorité macroniste. A l'étranger, le ministre Le Maire s'emmêle les pieds dans ses références antiques: "Emmanuel Macron est Jupiter. Je suis Hermès, le messager". Hermès, dieu de l'opportunisme chez les Grecs, Jupiter, Dieu tout puissant chez les Romains...

François de Rugy, l'homme qui a retourné sa veste fois en 4 ans, est élu président de l'Assemblée nationale par un groupe majoritaire au pas.

Richard Ferrand, dont le Canard Enchaîné continue de révéler les détails de ses affaires (l'embauche de sa compagne par les Mutuelles de Bretagne et ... une propriété publique du département dont l'élu présidait le conseil général), est élu à main levée, sans opposant, chef des députés macronistes.

La ministre du Travail est inquiétée dans une affaire de favoritisme.

La ministre de la Défense cache sa représentation pour la banque Edmond de Rotschild au conseil d'administration de Zodiac Aerospace. Et le député François Ruffin paraphrase Jean Gabin :"ce n'est plus un gouvernement, c'est un gigantesque Conseil d'administration!"

"Entre l'intérêt national et l'abus de confiance, il y a une marge." Jean Gabin, Le Président (1961), écrit par Michel Audiard.

Petite joie, la Justice délivre enfin sa mise en examen à Marine Le Pen pour abus de confiance "en sa qualité de députée européenne de 2009 à 2016 pour utilisation de fonds du Parlement européen". On lui réclame quelques millions d'euros pour emplois fictifs au Parlement européen. La même accusation qui vient de décapiter le gouvernement de ses ténors Modem.

Manuel Valls réalise qu'il n'est plus socialiste. Benoit Hamon lance son mouvement et quitte aussi le PS. Ces temps ont des moments touchants.



Back to the Past!
Mercredi, le premier collaborateur d'Emmanuel Macron présente la loi Travail en Conseil des ministres, ainsi que le projet de loi d'habilitation à réformer le droit du travail par ordonnancesLa France est moins rigide que l'Allemagne, en matière de licenciements individuels, rappelle Alternatives Economiques. Et "il est plus facile de faire un plan social en France qu’en Irlande, en Hongrie, en Allemagne, en Suisse, en Italie, au Mexique ou en Belgique," mais cela, Edouard Philippe ne le dit pas, bien au contraire. Sa ministre du Travail, sans doute prochainement mise en examen pour favoritisme quand elle a organisé une sauterie à Las Vegas sur fond public pour le ministre Macron en janvier 2016, déclare que le code du travail "n’est fait que pour embêter 95 % des entreprises".
"La loi, qui est au-dessus de tout, doit définir des grands principes, mais pas le détail de l’organisation et du temps de travail, ou encore de la formation." Muriel Penicaud, ministre du Travail.
Au 1er juillet, la consultation chez le médecin généraliste conventionné augmente de 2 euros. L'allocation minimale chômage de 0,65%. On espère que les chômeurs concernés ont une mutuelle.

Jeudi, la Cour des Comptes publie son rapport attendu sur l'état des finances publiques. Elle dénonce un dérapage de 8 milliards d'euros et le non respect des dernières promesses du président Hollande - ramener en deçà des 3% du PIB le déficit budgétaire. Aussitôt, Edouard Philippe s'affiche devant les journaliste. L'un de ses thuriféraires, éditocrate à Paris Match, exulte: "Edouard Philippe existe. Le Premier ministre en a apporté la meilleure preuve, hier, avec sa froide colère contre les 8 milliards de dettes laissées par François Hollande. La dramatisation était sûrement calculée mais la sincérité évidente." Philippe fustige les "manipulations" et l'"insincérité"du dernier budget de Hollande. A-t-il regardé où les principaux dépassements ont eu lieu ? L'agriculture (1,7 milliard - grippe aviaire, et union européenne), l'emploi (1,2 milliard - plan de formation de 500 000 chômeurs) et la défense (0,9 milliard).

Le premier collaborateur fustige l'ampleur de la dette publique, l'antienne est connue. Macron, l'ancien conseiller économique puis ministre de l’Économie de François Hollande, ignorerait donc le bilan économique de son ancien patron.

On croit rêver.

Des sources bien informées au gouvernement laissent aussitôt entendre que les principales promesses de cadeaux fiscaux du candidat Macron, à l'exception de la baisse des cotisations maladie et chômage au profit d'une augmentation de la CSG pour tous (et donc les retraités), seraient reportées à plus tard. Car les proches de l'ancien conseiller économique puis ministre de l’Économie de François Hollande osent nous faire le coup de la situation économique pire qu'ils ne l'avaient prévue. "Les promesses fiscales formulées pendant la campagne pour 2018 pourraient donc être repoussées d'un ou deux ans." nous explique-t-on.

Ces gens-là nous prennent pour des cons. Vendredi, Jupiter inaugure le campus de Station F. On lui a dressé une estrade, il est quelques têtes au-dessus de l'assistance, au centre. Micro en main, il peut se tourner pour déclamer. C'est un spectacle. Il loue l'esprit d'entrepreneuriat, il a raison. Puis il lâche cette formule, indécente:

"Une gare, c'est un lieu où l'on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien." Jupiter, 29 juin 2017.

Le même vendredi, les ministres et sous-ministres partent à Nancy en "séminaire de team-building". Ils vont réfléchir aux "gens-qui-ne-sont-rien".
 

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Simone Veil, grande figure féministe, décède.  On oubliera sa participation aux manifestions contre le mariage gay pour conserver le souvenir d'une grande dame. Et les quelques tweets d'élu frontiste et et autre rageux rappeleront au contraire combien les combats de cette femme d'Etat qui a porté contre son camp politique la légalisation de l'avortement en 1974 méritent d'être poursuivis.



Ami(e) citoyen(ne), réveille-toi.