8 juillet 2017

531ème semaine politique: "Moi Jupiter", la novlangue de ceux qui ont réussi.

 

Où l'on cause des discours attendus et ratés du Jupiter puis de son premier collaborateur, et des ravages d'une "novlangue" qui masque mal l'absentéisme massif des nouveaux élus macronistes, le retour des affaires, les premières mesures contre les salariés, les migrants et les fonctionnaires, et les premiers cadeaux pour la finance internationale.


"Moi, Jupiter"
Jupiter parle à Versailles. Le Parlement n'est pas au complet. Vu la majorité écrasante dont dispose Macron à, l'Assemblée, à laquelle s'ajoute les "constructifs" et les curieux de tous bords qui ont choisi d'assister à ce long, trop long discours, l'hémicycle à Versailles parait bien complet. Mais pour Jupiter, cela ne suffit pas. Est-ce le jeune âge ou le narcissisme ? Est-ce un péché d'orgueil ou le début d'une inquiétude ? Toujours est-il qu'il qualifie de déserteurs ces élus insoumis, communistes, socialiste, centristes et écologiste qui ne sont pas venus sagement l'écouter. Ces derniers travaillent à écrire des amendements contre la nouvelle loi Travail récemment pondue et que le gouvernement veut faire passer en force. Ou rencontrent leurs administrées. Mais Macron les voulait dans l'hémicycle.

"Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas, je crois, si promptement." Emmanuel Macron, 3 juillet 2017.

"La valeur d'un collaborateur est fonction du temps qui peut s'écouler sans inconvénient, entre un effort exceptionnel de sa part, et la rémunération de cet effort." Jacques Chirac.

Si Jupiter a choisi le premier de les qualifier de déserteurs, nous ne le qualifierons pas pour autant de collabo. Collabo ? On entendrait déjà les couinements devant l'affront. Macron est président, Jupiter est tout puissant, c'est pourtant à lui de tenir ses nerfs et sa propre parole dans les limites du respect républicain. Collabo ? Les mesures précisées cette semaine témoigne en effet du soin particulier apporté à soigner les puissants: incitations fiscales pour cadres sup et banques d'affaires, austérité pour les fonctionnaires, privatisations partielles, ordonnance pour la loi Travail, etc. Vous allez voir, le menu est amer et déséquilibré.

De l'aveu même des plus admiratifs, le discours de Versailles ne comprend aucune nouvelle annonce. Il ne convainc pas grand monde. Les formules sont bien écrites, mais Jupiter brasse sans cesse le même vent. Il abuse de formules qui font joli ("Les Français sont animés non pas par une curiosité patiente, mais par une exigence intransigeante. C’est la transformation profonde qu’ils attendent.") mais ne disent rien d'un cap et ni d'une vérité politiques.La novlangue, c'est aussi cela.

Car ce discours est un modèle de novlangue, cette marque de fabrique du macronisme. La novlangue habille de termes positifs ce qui ne l'est pas, maquille des omissions et décrit la réalité idéalisée de ceux-qui-ont-tout.

A Versailles, Jupiter souhaite ainsi  "une évaluation complète de tous les textes importants, comme aujourd’hui celles sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme", et pourtant il se refuse à le faire pour la loi El-Khomri et l'état d'urgence alors même qu'il s'apprête à faire voter en urgence deux textes supplémentaires sur les mêmes sujets. Il loue la réduction du nombre de conseillers ministériels, mais cache l'explosion du staff élyséen. Il prône "l’indépendance pleine et entière de la justice", mais, dans la même phrase, il se contente de promettre de limiter, et non supprimer, "l’intervention de l’exécutif dans les nominations des magistrats du parquet." Il applaudit à la "transition écologique" mais cache son renoncement à la taxe européenne sur le climat.

Après son discours, le Monarque s'en va. C'est la règle. Richard Ferrand, l'exfiltré des Mutuelles de Bretagne, braille son admiration béate: "Je salue cette pratique nouvelle qui permettra au Président de la République de faire partager sa vision et de rendre compte de son action à la représentation nationale." Rendre compte d'une action supposerait qu'une sanction soit possible. La Présidence monarchique est juridiquement irresponsable. Et ces allocutions devant un parlement silencieux une mascarade.



"Ceux-qui-n'ont-rien" paieront!
Mardi, le discours du premier ministre est une liste à la Prévert de pistes d'économies . Mais sans préciser qui paiera vraiment quoi. Quand on parle d'économies, dévoiler qui passera à la casserole est pourtant le minimum exigible de l'honnêteté politique.

Philippe confirme aussi la pérennisation du CICE (dont les effets sur l'emploi sont nuls).

Le gouvernement Edouard Philippe est investi sans surprise par l'écrasante majorité macroniste. Il faut tenir la chronique de qui vote quoi dans cette période troublée par la novlangue et le faux renouveau: 370 députés ont voté pour, 67 députés ont voté contre et ... 129 se sont abstenus. On note aussi socialistes et Républicains (à 75%) ont préféré majoritairement s'abstenir  L'ancien parti de Sarkozy est fracturé comme jamais. A gauche, les socialistes Boris Vallaud et Régis Juanico, les communistes, les députés insoumis, les élus FN et une trentaine de députés LR votent contre.



Tandis qu'Edouard Philippe parle à l'Assemblée, MoiJupiter se montre héliporté sur un sous-marin nucléaire. Selfie officiel, il se déguise ensuite d'un pull de la marine officielle et fait semblant de donner des ordres au navire pendant que son PM déblatère son discours à Paris.

Ces clichés sont édifiants de ridicule.

Mardi, Manuel Valls a encore les honneurs d'une interview radiotélévisée. Le nouveau paria candidat déchu à la primaire, élu de justesse dans son fief historique, rejeté par les macronistes, auto-exclu du PS, sort cette outrance pour attirer l'oeil et l'indignation: "Oui, je pense que les candidats de la France Insoumise se compromettent avec les islamistes". Il n'attire que le mépris ou l'indifférence.

 Valls est une comète égarée qui fait des pirouettes dans l'espace politique.

Mercredi, Bruno Le Maire, ce ministre qui se prend pour le messager de Jupiter quand il représente la France à New-York, prévient que l'Etat va réaliser  "d'importantes cessions d'actifs." Sans surprise, la macronista a besoin de solder les bijoux de la nation pour redresser des comptes publics qu'elle plombera par ailleurs en exonérations de cotisations sociales et baisse d'impôts pour les plus fortunés.

Le même jour, le sympathique Nicolas Hulot commet l'incompréhensible bévue d'applaudir à l'adoption d'une très mauvaise définition des perturbateurs endocriniens par les gouvernements européens, dont la France. En novlangue macroniste, la nouvelle est une "avancée considérable." Pour un collectif de 70 ONG, c'est au contraire un incroyable recul. "les critères votés aujourd'hui [pour définir la présence de perturbateurs endocriniens] requièrent un niveau tellement élevé de preuve [de la toxicité des substances chimiques] qu'ils ne protégeront ni les humains ni la nature",

Il s'en sort d'une pirouette, l'annonce de "la fin de la vente des voitures à diesel et à essence d'ici 2040" (sic!). C'est beau, c'est généreux, c'est n'importe quoi. Comment le ministre d'un monarque qui rappelle à tout bout de champs que la France ne peut vivre isolée du reste du monde, que ses marges de manoeuvre sont contraintes, peut-il sérieusement annoncer cela ? Comment cet objectif fantastique a pu convaincre Jupiter, l'adepte du pragmatisme et du TINA ? Comment Macron, qui vient d'inviter Trump le dénonciateur de l'accord de Paris, a-t-il pris la nouvelle ?

Sans doute comme une joli coup médiatique.

Les déserteurs macronistes
Jupiter a qualifié de déserteur ces députés qui avaient autre chose à faire, leur travail de député, comme écrire des amendements, ou rencontrer des administrés. Mais Jupiter ne dit rien sur ses propres députés macronistes qui ne se déplacent pas deux jours plus tard pour voter à sa demande la prolongation de l'état d'urgence.  Car jeudi, seuls 150 députés sur 577 sont présents dans l'hémicycle pour voter la prolongation de l'état d'urgence. Un tel niveau d’absentéisme de la part d'une Assemblée si renouvelée est indécent.  Sur les 314 députés macronistes, à peine un tiers étaient présents. Où sont passés ces déserteurs ? Un taux d'absentéisme de 66%. Moins de 20% des députés Républicains, Modémistes, et socialistes étaient présents.



Mais 75% des élus insoumis étaient là. 

Qui est déserteur ?

La ministre du Travail va mal. Elle est mal. Muriel Pénicaud est désormais soupçonnée d'avoir gaspillé 8 millions d'euros, sans appel d'offres et au profit de la promotion du ministre Macron, quand elle dirigeait "Business France", une agence publique, rien que ça. Vendredi, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour "favoritisme et recel de favoritisme". Libération publie des extraits d'emails échangés avec sa tutelle de l'époque qui s'inquiétait déjà des dérives. L'enquête dira s'il y a eut malversations. Mais on ne peut imaginer qu'Emmanuel Macron, avant de devenir Jupiter, n'était pas au courant de l'affaire, de ces secousses, et donc du danger qu'il prenait à nommer Muriel Penicaud ministre.

L'imposture de la rupture se dévoile ici aussi. Macron avait promis, à son tour, la République irréprochable. En moins de 100 jours depuis son élection, il a perdu trois ténors modemistes dont François Bayrou lui-même pour un scandale d'emplois fictifs au Parlement européen. Il a dû exfiltrer son fidèle Richard Ferrand accusé d'enrichissement personnel et familial sur le dos des Mutuelles de Bretagne et du département du Finistère. Il s'attend désormais à la prochaine démission de sa ministre si/quand elle sera mise en examen. Quand à sa nouvelle ministre des Armées, Florence Parly, elle est au centre d'une enquête du parquet financier sur des manquements aux règles de commandes publiques de la SNCF quand elle en était directrice financière, révèle le Canard Enchaîné ce 5 juillet.

Macron, sur son pupitre à Versailles devant un Parlement contraint au silence, s'exclame: " j'en appelle à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d'innocence!".

Fichtre ! Le renouveau sent la naphtaline.

La Novlangue en marche
Depuis longtemps, Jupiter a déjà renommé celles et ceux qui le rallient les "progressistes". On cherche toujours le "progrès" dans les premières déclarations de Gérard Collomb à l'encontre des associations humanitaires d'aide aux migrants, ou, pire, quand l'Etat fait appel de la décision du tribunal administratif de Lille ayant ordonné fin juin des mesures d'aide aux migrants à Calais. Le gouvernement fait la chasse aux migrants avec la même hargne qu'il a de gourmandise pour  "attirer la finance internationale". La coïncidence des faits est cruelle. Le jour même où un préfet attaque cette décision humanitaire, son premier ministre promet monts et merveilles à la finance internationale menacée par le Brexit:  la suppression de la 4ème tranche de la taxe sur les hauts salaires supérieurs à 150 000 euros annuels (coût: 137 millions), la suppression de la taxe sur les transactions financières, la réduction de l'IS (de 33 à 25%) et la simplification du droit financier pour mieux attirer banques et institutions financières après le Brexit. Pour parfaire le tout, le gouvernement renonce également défendre la taxe européenne sur le climat.

La Macronista choisit ses combats.

Sa novlangue est souvent technique. Ainsi, plutôt qu'avouer l'annulation de la généralisation du tiers-payant initialement prévu à la rentrée, la ministre de la Santé demande une "étude de faisabilité". D'étude de faisabilité, il n'en est pas question pourtant pour cette ancienne dirigeante de labo pharmaceutique quand il s'agit de rendre obligatoire 11 vaccins  pour nos enfants. Elle omet sagement de rappeler le problème: l'utilisation d'adjuvants d'aluminium dans la composition des vaccins, soupçonné d'être responsable d'invalidités.

Les excès de la novlangue macroniste fatiguent ou amusent. 

Ainsi"l'addiction à la dépense publique". La formule est répétée à l'excès par Gérald Darmanin, l'ancien porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy devenu ministre des comptes publics. Pour "boucler le budget 2017", Gérald Darmanin vante son "action réformatrice".. Il cherche 5 milliards d'économies, en plus des 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires promises par Jupiter. Après le gel du point d'indice, Darmanin annonce la suppression de 120 millions d'euros de crédits non consommés, et, surtout, le rétablissement du jour de carence pour les fonctionnaires. Il fait d'une pierre de coup: primo, cette annonce lui permet d'en rajouter sur le cliché de l'absentéisme des fonctionnaires. Deuxio, il pense économiser 170 millions d'euros. Comment ? On ne sait pas. Rappelons que la Fonction publique n'embauche pas d'intérimaire pour remplacer ces jours de maladie. C'est une mesure injuste, inutile et inefficace disait l'ancienne ministre de la fonction publique de Hollande. 65% des salariés du privés sont indemnisés sans journée de carence.  Désormais, pas chez l'Etat. Macron emboite le pas de Sarko.

Navrant. 

Les 180 millions d'euros supposément économisé par cette journée de carence financeront les 140 millions d'euros de suppression de la plus haute tranche d'impôts des salaires de la finance.
On applaudit.

Cette semaine, la sinistre ministre du Travail fait adopter en commission à l'Assemblée le passage par ordonnance de sa loi Travail.  Dans l'exposé des motifs, les explications du gouvernement sont un trésor de novlangue: on y loue la concertation tous azimuts, avec ces 3 salves de réunions: "du 9 au 23 juin, la bonne articulation des niveaux de négociation et des possibilités d’intervention de la négociation collective, pour donner de la capacité d’initiative aux entreprises et aux salariés"; puis "du 26 juin au 7 juillet, la simplification et le renforcement du dialogue économique et social et de ses acteurs" ; puis enfin, "du 10 au 21 juillet, la sécurisation des relations de travail."  Cette vision Bisounours est touchante: à l'Assemblée, la présidente LREM de la Commission des Affaires sociales, Brigitte Bourguignon raille ouvertement tous les amendements présentés par la France insoumise sur le texte. La concertation a du bon...

Cette loi a été baptisée, sans rire, "loi sur le renforcement du dialogue social."   Rappelons les 5 mesures emblématiques sont, rappelons-le: la création d'un contrat précaire à durée indéterminée, le plafonnement des indemnités prudhommales, une plus grandes souplesse accordée aux employeurs dans l'organisation des conditions de travail et la fusion des instances représentatives du personnel pour mieux les noyer sous la tâche.

Ne riez pas. Le même gouvernement veut œuvrer pour une meilleure "mobilité" des salariés. Une nouvelle loi "logement et mobilité" est à l'étude pour l'automne, avec une belle mesure, la création d'un bail précaire pour les travailleurs... précaires.

La République en Marche va créer ses propres médias. MoiJupiter veut sa télévision. Sarkozy en son temps réfléchissait à pareil. On pourrait croire que ces monarques ne se contentent pas d'un applaudissement général des médias dominants. Ce n'est en fait pas le sujet. Nous avons retenu la leçon avec le sarkozysme: le pouvoir, même quand il est soutenu par les médias dominants (et non pas "les médias") , anticipe l'échec, la déception et donc le besoin de créer ses propres relais.

L'explication officielle est limpide, créer une Pravda des temps des modernes:  "Nous voulons associer davantage la presse quotidienne régionale. Mais nous voulons aussi développer des contenus, de manière décentralisée. Si les médias n’y vont pas, on ira."




Ami(e) qui n'a rien, ne renonce pas.

1 commentaire:

  1. Les sauces avec lesquelles ce nouveau gouvernement compte nous bouffer sont encore plus variées que celles sous Sarkozy.....C'est dire.

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