26 août 2017

538ème semaine politique: Macron, le travailleur détaché du MEDEF à l'Elysée

 

 

Où l'on cause de la dernière gaffe diplomatique du petit Jupiter, de sa nouvelle offensive de com', de la suppression de 44 000 emplois aidés dont bénéficient des handicapés et de la loi Travail.


Pyromane ou Rantanplan ?
Emmanuel Macron termine ses congés. C'est la fin de l'été, les universités politiques se multiplient - insoumis, droite, socialistes, communistes. Ces moments sonnent la fin des vacances. La droite se déchire pour désigner son président, les socialistes hésitent à changer de nom, Charlie Hebdo choque quelques bonnes âmes, et François Fillon prend un job de consultant dans une banque d'affaires "décomplexée".

Il file en Europe de l'Est pour faire savoir qu'il défend un durcissement de la directive du travail détaché. La belle affaire ! Macron l'Européen convaincu, Macron dont l'europhilie béate avait presque dénoté dans la campagne, reprend tardivement l'argument de nombreux euro-réalistes: la possibilité offerte par l'Union européenne aux entreprises d'embaucher des salariés moins chers ailleurs lui serait désagréable. Allelouïa ! On applaudit ! En France, on compterait un peu moins de 300 000 travailleurs détachés, pour l'essentiel dans le BTP. Un rapport sénatorial il y a 4 ans dénonçait une fraude d'environ autant! La France envoie également près de 150 000 travailleurs détachés ailleurs en Europe.

Mais Jupiter s'y prend d'une curieuse façon: croit-il qu'en allant expliquer à la Pologne (dont 400 000 emplois seraient générés par ces détachements ubuesques), la Hongrie ou la Roumanie dont il a besoin pour réformer cette directive est une bonne tactique ? Macron propose-t-il un renforcement des moyens de contrôles des fraudes et des abus de cette disposition sur le sol français, en matière d'inspection du travail par exemple ? Non.

Cette intervention est bien cocasse, pour ne pas dire hypocrite. En France, Macron veut alléger le code du travail, qui, dixit sa ministre du travail, est fait "pour embêter 95% des entreprises." Sa réforme vise par exemple à fusionner les instances représentatives du personnel, c'est-à-dire à réduire les moyens (i.e. le temps de délégations puisqu'il y aura moins d'élus) dédiés à la représentation des salariés et au contrôle de leurs conditions de travail. La réduction des moyens du ministère du travail, y compris le nombre de ses agents, est une autre hypocrisie de la vulgate macroniste.

Cette saillie verbale contre le travail détaché est surtout une diversion. L'essentiel est ailleurs, ce sont les gages qu'il veut donner à l'Allemagne à travers sa loi Travail, socialement inique et économiquement inepte, ou le plan d'économies budgétaires (qui a déclenché une crise avec l'Armée inédite sous la République).

Pour "divertir" l'opinion publique, Macron déclenche une crise diplomatique au sein de  l'UE assez inédite. Il se clashe avec la première ministre polonaise avec une violence que personne n'épargnerait s'il s'était agi d'un responsable politique plus souverainiste ou simplement plus soucieux de la cause sociale. Macron, encore une fois, perd son sang-froid.


Contre la Pologne, Jupiter agit comme Rantanplan. 

D'une simple formule, il enterre toute possibilité de compromis sans pour autant se créer un rapport de forces favorable pour faire avancer le sujet du travail détaché puisque jamais, ô grand jamais, Macron n'a brandi la menace de sortir de l'UE. Contre le président européen, la formule de Macron ressemble à une crise de nerfs presque infantile. Il est d'abord insultant pour le pays: "La Pologne n’est en rien ce qui définit le cap de l’Europe." La cible est facile. Il insulte ensuite la première ministre polonaise, par ailleurs politiquement horrible: "le peuple polonais mérite mieux que cela". Osons une question: pourquoi Macron n'a-t-il pas expliqué que les Etats Unis méritaient mieux que Trump ?  Il témoigne d'une agressivité contre la Pologne, et pas seulement contre son gouvernement réac, qui tranche avec les sourires et les précautions qu'il réserve à un autre fou plus dangereux, Donald Trump.


La PM polonaise réplique de manière cinglante: "Peut-être ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d’expérience et de pratique politiques, ce que j’observe avec compréhension, mais j’attends qu’il rattrape rapidement ces lacunes et qu’il soit à l’avenir plus réservé. " Sans surprise, les services de Jupiter ont rapidement tenté de déminer la crise en confiant à la presse autorisée: "Le président de la République a dit aussi ce matin qu’il continuait à travailler avec tous dans l’UE, y compris la Pologne." On sent le stress dans les cabinets élyséens.


Jeudi, le premier ministre Edouard Philippe fait sa première grande intervention radiotélévisée de rentrée sur RMC.

Un ratage complet.

Le pauvre homme semble encore en vacances, incapable de préciser l'agenda des réformes à venir. "Laissez moi revenir vers vous après la pause" bafouille-t-il à Jean-Jacques Bourdin. Il se révèle tout aussi imprécis sur le nombre de bénéficiaires de la suppression partielle de la taxe d'habitation l'an prochain ("30% des Français, je pense, dès 2018, vont bénéficier de cette mesure"). Même flou sur la réforme de l'université, ou sur les orientations budgétaires de la prochaine loi de finances. Il fustige la réduction, minable,  de 5 euros des APL, mais qui est maintenue (sic!). On n'y comprend rien, sauf à considérer que ce PM est un amateur.

Pour justifier la suppression des contrats aidés, annoncée au cœur de l'été, il ment: "Vous savez qu’après un contrat aidé, le nombre de gens qui trouvent un contrat durable après un contrat aidé c’est 25%, c’est tout. Ça veut dire que 75% des gens qui disposent d’un contrat aidé, ensuite n’ont rien". Les contrats aidés du secteur marchand sont au contraire efficaces à 57%. Et près de 80% de ces dispositifs sont dans le secteur non marchand. Affaiblir davantage le secteur non marchand, puis supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, le projet macroniste est d'abord une politique de classe mal assumée.

Au passage, la suppression des emplois aidés va frapper directement 44 000 handicapés qui bénéficient de ces dispositifs, soit 10 % de l’ensemble des contrats aidés signés en France précise le ministère du Travail.
"C’est à se demander si, à Bercy, on est capable de travailler avec un peu de cervelle !"
Jean-Louis Garcia, président de l’association pour adultes et jeunes handicapés (Apajh), 23 août 2017.
Si l'exercice de com' du PM est désastreux, le même jour, Jupiter reprend l'offensive. Dans les airs, auprès de 3 journalistes choisis pour l'accompagner dans son tour en Europe de l'Est, il confie en off la grande nouvelle: Jupiter va changer de stratégie de com' !! Damned ! On s'était habitué à ces faux silences surdosés en images et coups de com'. L'overdose menaçait même, une overdose désagréable, insoutenable tant cette communication depuis l'élection semblait insincère: des coûteuses mises en scène à Versailles aux photographies scénarisées de ces moments "intimes" de vacances et, plus récemment, du publi-rédactionnel à sa gloire publié dans la presse, la communication macroniste est si artificielle et creuse qu'elle fatigue déjà.

Il suffit d'apprendre que la maquilleuse des "non-interventions" médiatiques à répétition a déjà coûté 26 000 euros pour 3 mois de silence pour qu'on s'autorise un sourire: la révolution est en marche. Cmaude Sarraute commente: "Vous avez élu Kim Kardashian, les gars !" ...

Depuis son élection, Macron a refusé tout entretien contradictoire en direct avec la presse car il a la trouille: pas d'interview du 14 juillet (un exercice pourtant ultra-contrôlé), pas de conférence de presse avec questions/réponses de la salle, pas d'entretien filmé où un journaliste pourrait le confronter à des questions gênantes en direct. Macron se terre. Cette attitude, décidée et mise en œuvre après l'élection présidentielle, fut surprenante. Macron n'avait-il pas brillamment remporté la désagréable joute verbale avec Marine Le Pen lors du débat d'entre-deux tours ? A peine assis sur le trône élyséen, Jupiter a fait sortir que sa pensée était "trop complexe" pour se perdre dans un entretien avec la presse. Fichtre...

Le voici qu'il change son fusil d'épaule. Il va parler, enfin. C'est son projeeeeeet ! Même ses conseillers n'étaient pas prévenus.


Détaché du Medef
Lors de ce déplacement pas si loin de la France, Macron se permet cette confession publique et sur-médiatisée: "les Français et les Françaises détestent les réformes." C'est historiquement crétin, quand il s'agit de parler du pays de la Révolution. Les Français préfèrent peut-être la révolution. La déclaration de Macron semble surtout caprice narcissique. Assuré de faire passer sa loi Travail puisqu'il dispose d'une majorité parlementaire écrasante et godillot qui, de toutes façons, n'aura pas le droit de débattre des articles puisque le texte final, inconnu à ce jour, lui sera présenté pour approbation sans débat dans quelques jours, Macron ne prend aucun risque, bien au contraire: en déclarant la France irréformable à la veille d'un coup d'Etat démocratique, Jupiter veut jouer à Hercule. 

"Dire qu'on veut faire de la politique autrement, ça me fait bien rigoler. Ça fait quarante ans que je l'entends dire." Alain Juppé à propos de Macron.

Ce jeudi à Bucarest, devant un échantillon de Français expatriés, il reprend une antienne que l'on osera qualifier de classe, et que l'on n'avait pas entendue dans la bouche d'un locataire de l'Elysée depuis Nicolas Sarkozy: "la France est devenu un pays de status, de privilèges, c'est ce qui la bloque." Croyez-vous qu'il parle des plus riches de ce pays ? Ou des 350 000 foyers qui économiseront bientôt quelque 3 milliards d'euros d'ISF grâce à un allègement bienvenu décidé par Jupiter ? Non bien sûr.
"La plus grande des inégalités ne réside pas dans les écarts de richesse." Sarkozy, janvier 2012.

Le peuple français déteste les réformes, insiste-t-il. Donc "il faut lui expliquer où l'on va". Cette petite formule en dit beaucoup. Comme souvent, comme toujours, voici un responsable politique qui refuse de voir la réalité: il attribue la responsabilité de sa dégringolade sondagière à un déficit d'explications, et non à ses propres décisions.

Les Français auraient "mal-entendu", mal compris les enjeux de la "transformation" macroniste. Pourquoi ne sont-ils pas enthousiastes à l'idée que l’accord d’entreprise, même s’il est moins favorable, prime sur la loi et les conventions collectives sur encore davantage de sujets comme l’égalité professionnelle et la pénibilité ? Pourquoi n'applaudissent-ils pas à la création d'un nouveau contrat de travail sans durée garantie, mais résiliable à tout moment ? A l'appréciation du motif économique de licenciement au niveau de l’entreprise et non plus du groupe? N'ont-ils pas compris qu'ils doivent se t-r-a-n-s-f-o-r-m-e-r ?


Toute la semaine, syndicats et patronat défilent à tour de rôle devant quelques conseillers ministériels qui détaillent une petite moitié de la loi Travail. Nous sommes à moins d'une semaine de la présentation de cette loi, et seules quelques grandes orientations néfastes pour les salariés sont à peu près connues. Une loi que les députés ne pourront discuter ni amender en aucune matière. Ce hold-up démocratique, ringard comme une monarchie de juillet 1848, est à peine critiqué dans les médias dominants. 



Ami macroniste, as-tu besoin d'être transformé ?


19 août 2017

537ème semaine politique: comment le terrorisme a réveillé la bêtise politique française.

 

Où l'on évoque cette horreur à laquelle on s'habitue, sans pour autant l'accepter, cette violence qui appelle la bêtise, le manque de sang-froid et de retenue, les esprits qui s'échauffent et ceux qui font ainsi le jeu des terroristes. 


La semaine précédente s'était achevée sur des images improbables de nazis vociférant dans les rues d'une ville de Virginie, une voiture précipitée contre les contre-manifestants pour tuer et blesser, et un défilé de milices surarmées. La suivante s'est achevée dans l'horreur d'un nouvel attentat à Barcelone, répliquant le modèle de Nice le 14 juillet 2016.

Terrorisme nazi

 A Charlottesville en Virginie, la menace de dépôt de la statue d'un général sudiste a attiré une manifestation de quelques milliers de soutiens. On a pu voir défiler des skinheads, des pères de famille exhibant leur tatouage de croix gammées, des suprémacistes blancs et autres antisémites vociférant leur haine de l'autre, ou des nostalgiques du KKK. Ce défilé était une démonstration de force, il visait à faire peur, à terroriser "l'ennemi". Il n'en fut rien.

Devant ces images d'un autre temps, la cohorte des contre-manifestants a au contraire rapidement grandi, puis des heurts, des coups de poing ou de matraque, et, samedi, l'un de ces nazis précipite sa voiture pour tuer et blesser dans la foule. Cet attentat est mollement dénoncé par Trump le samedi. Puis le président se reprend le dimanche.

Mais mardi, Trump récidive devant la presse. Il fait un parallèle entre ce général Lee et George Washington. Il explique qu'il y avait des gens "bien" parmi ces suprémacistes blancs qui brandissaient leurs torches comme au sale temps du KKK. Il renvoie dos-à-dos nazis et anti-nazis, "ultra-droite" et antifa. La presse américaine découvre le terme antifa, sans se souvenir que parmi les plus efficaces des premiers antifascistes, il y avait justement ces milliers de GIs américains venus déloger Mussolini dès 1943 puis Hitler l'année suivante de l'Europe de l'Ouest. Ce mardi-là, une partie conservatrice de l'Amérique politique refusait cet héritage et oubliait ses racines.

La réaction indigne de Donald Trump a suscité quelques réactions sans surprise et indécentes en Sarkofrance.

La pudeur élyséenne a d'abord surpris. Alors que les manifestations d'indignation se multiplient aux États-Unis et ailleurs, Macron suit sa ligne clémente, incroyablement clémente avec le clown dangereux de la Maison Blanche. Comme lors de l'épisode nord-coréen où il fut l'un des rares dirigeants occidentaux à éviter de critiquer Trump, Jupiter une fois encore épargne Trump d'une quelconque critique directe. L'attentat de Charlottesville serait-il une affaire si strictement intérieure qu'il ne mérite rien de mieux ? Macron attend donc 5 longs jours, perché dans sa luxueuse villégiature marseillaise, entre deux visites touristiques scénarisées, pour pondre un tweet tout en retenue: "Aux côtés de ceux qui combattent le racisme et la xénophobie. Notre combat commun, hier comme aujourd'hui.

Macron n'est pas seul. Quelques médias français dérapent. Valeurs Actuelles dénonce le "racisme anti-blanc", d'autres minimisent l'évènement, n'évoquant que "violences" et "voiture folle".

Macron est agacé. Son agenda de communication est perturbé. Des paparazzi l'ont attrapé alors qu'un joli publi-reportage à la gloire de Brigitte était diffusé sur ELLE. Jupiter a du menacer des photographes qui insistaient pour refuser le cadre lisse et scénarisé de son agence de publicité. Il exige d'être accompagné quand il rend visite aux joueurs de l'OM (en exhibant leur maillot), ou quand il visite la Cité Radieuse, "en toute discrétion". Il a porté plainte pour harcèlement contre l'un d'entre eux, sans rire. Pauvre Jupiter... Le Point titre quand même sur "Macron, l'homme le plus puissant du monde".

Qu'il est dur d'être aimé par des cons.

Ne riez pas.

Terrorisme islamiste
Jeudi, le temps s'arrête. On oublie Charlottesville. Un terrorisme chasse l'autre. Et le second frappe à nos frontières, chez nos voisins espagnols, avec toujours cette ampleur inégalée. 

A Barcelone, 13 personnes sont tuées et des dizaines d'autres blessées par un terroriste au volant d'une camionnette dans les Ramblas. Puis la police tue 5 terroristes dans une station balnéaire à une centaine de kilomètres de là.



L'attentat de Barcelone réveille la bêtise et la mauvaise foi.

Trump, qui expliquait 48 heures avant qu'il avait attendu 36 heures avant de réagir sur les évènements de Charlottesville, réagit dans les minutes qui suivent l'annonce du drame. Il prône immédiatement l'exécution sommaire des terroristes (nous sommes sûrs que cet argument fera hésiter nombre de candidats à l'attentat-suicide... sic!) en tweetant sur une légende dénoncée par les historiens.

Marine Le Pen et sa troupe de suppôts braillards, qui étaient visiblement tous plongés dans un profond coma politique tant ils étaient silencieux depuis les défilés nazis de Charlottesville, se réveillent sur les réseaux sociaux et devant les micro pour brailler contre le "terrorisme islamissssssste". Il y a des épouvantails plus efficaces que d'autres, n'est-ce pas ? "Il ne faut JAMAIS s'habituer à vivre avec le terrorisme islamiste" explique-t-elle.  

Et rien sur les nazis ?

La droite n'est pas en reste. Quelques supporteurs de Fillon expliquent sur les réseaux sociaux que les attentats auraient été évité si leur ancien mentor avait été élu à l'Elysée (sic!): "Français, vous pouviez agir contre le totalitarisme islamique en votant François Fillon, et ne l'avez pas fait. Assumez" écrit ainsi un élu du mouvement d'ultra-droite Sens Commun. D'autres sous-ténors accusent la macronista de refuser de nommer l'ennemi. "le terrorisme islamiste quand aurez-vous le courage de le dénommer pour le combattre Emmanuel Macron?" tweete Nadine Morano. "Nous devons nommer le mal pour le combattre!" renchérit Eric Ciotti.

Vraiment ? Qui ne sait ni ne veut voir que ce terrorisme est islamiste ? Qui ne comprend que Daech attend précisément cette "reconnaissance" officielle ?

Le Figaro publie opportunément un reportage sur ces "460 enfants revenants" de Daech: "les services ont comptabilisé environ 460 enfants résidant sur le territoire de Daech susceptibles de rentrer." Le titre claque comme un appel au stress: "la moitié des mineurs listés par la France en Irak et en Syrie ont moins de 5 ans."

Fichtre ! Tremblez, citoyen(ne)s, la menace est partout, ces lionceaux de Daech sont partout.

Les morts de Barcelone n'étaient pas enterrés que d'autres "fous de Dieu" poignardent au hasard dans les rues de Turku, en Finlande. Deux passants sont tués. Ils en ont tué 18 à Ouagadougou, 5 jours avant. Paris n'a pourtant pas illuminé sa Tour Eiffel.

La violence reprend ses droits. Sur les ondes radiophoniques, le sinistre Gérard Collomb déboule pour justifier sa prochaine loi sécuritaire: "Nous avons besoin de protéger les Français. De permettre à nos services d'agir. C'est le sens du projet de loi sécurité que nous portons." Vraiment ? Ce projet, présenté fin juin en Conseil des ministres, adopté en première lecture par le Sénat le 18 juillet, est à l'agenda de l'Assemblée pour la rentrée. Ce projet intègre toutes les mesures de surveillance attentatoires à la vie privée dans le droit commun, et autorise la création de zones temporaires de protection de manière préventive où les contrôles de sécurité seront similaires à ceux en pratique en situation d'état d'urgence (perquisitions, fouilles corporelles, etc.).

Bienvenue chez Gattaca !

La violence permet aussi d'éviter de parler des sujets qui fâchent. A l'international, la déstabilisation du Moyen Orient ou les surenchères diplomatiques de Trump. En France, le programme de destruction sociale de Jupiter. Le gouvernement plancherait sur le remboursement intégral des frais d'optique et dentaires, une promesse de campagne du candidat Macron. Trop cher, préviennent les syndicats médicaux. Mais la ministre de la Santé pense avoir trouvé la martingale, les mutuelles de santé. Autre sujet, tout aussi social, le ministère du Travail prévient qu'il faut supprimer 110 000 emplois aidés. La rentrée sera chaude puisque la moitié de ces postes bénéficient à l’Éducation nationale. La droite cache sa joie.


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La violence appelle la bêtise. A Charlottesville, il fallait au contraire expliquer que les nazis et autres suprémacistes qui manifestaient ne représentaient qu'eux-mêmes, c'est-à-dire des racistes, malgré la dénomination mensongère ("unité des droites") dont ils avaient affublé leur manifestation. A Barcelone comme à Turku ou à Ouagadougou, Daech est dans une démarche similaire, s'attribuer une représentativité au nom de l'islam qu'il n'a pas. Ne pas comprendre cela revient à passer à côté de l'Histoire.





13 août 2017

536ème semaine politique: pourquoi Jupiter a peur des vacances.

 

Où l'on parle d'un autre faux pas de Macron en matière diplomatique, de ses premières vacances présidentielles et d'une trouille estivale qui ne dit pas son nom.



La "moralisation" version Jupiter
La nouvelle majorité "en marche" a failli rater son grand moment. En ces premiers jours d'un août plutôt frileux en France, l'absentéisme était tel chez les nouveaux députés de cette contre-révolution en marche que quelques journalistes réalisaient enfin leur déception. Et si la loi de moralisation ne passait pas faute de présents ? Que nenni ! Les députés sont revenus dare-dare. Même Richard Ferrand, le président du groupe des députés LREM est de retour! Son propre absentéisme, assez stupéfiant, faisait jaser


La loi est finalement votée mercredi, par une écrasante majorité (412 sur 548). Une grosse majorité des députés LR ont voté contre, les socialistes ont voté pour, la gauche insoumise et communiste s'est abstenue.

La réserve parlementaire est supprimée, les indemnités de chômage des ministres sont limitées à 3 mois; les ministres doivent avoir un casier judiciaire vierge de délits et crimes; les députés doivent avoir un casier judiciaire vierge de crime et de certains (pas tous) délits (fraude fiscale, atteinte à la confiance publique, corruption, recel, trafic d'influence). Les assemblées décideront de leurs propres règles relatives au remboursement de frais de mandat de ses membres (prise en charge directe, présentation de justificatifs ou versement d’une avance).

Les députés pourront continuer leurs activités de conseil s'ils les ont commencé un an avant leur élection.

Mais il y a pire, le groupe LR a saisi le Conseil Constitutionnel sur les emplois familiaux désormais interdits aux députés. Syndrome "Pénélope" ?

Ne riez pas, pleurez.

Au même moment, trois questeurs de l'Assemblée nationale, deux élus LREM (Laurianne Rossi et Florian Bachelier) et un Républicain "constructif" (Thierry Solère) ont suggéré aux bénévoles de l'association citoyenne Regards Citoyens de suspendre leur travaux car ils nourriraient "l'antiparlementarisme" et la "valorisation des trolls parlementaires". Bienvenue en Macronista ! Depuis 2009, cette association relate sur le site NosDeputes.fr l'assiduité et les travaux de nos députés. Mais cette démarche gêne la "Révolution en marche" de Jupiter. "La démarche a indéniablement un effet pervers" explique Thierry Solère. Lequel fustige la méthode de l'association. Laquelle association a répliqué par un courrier publié sur son site sur ses demandes de véritable moralisation (en particulier, l'absence totale de transparence sur les frais des questeurs).

Le gouvernement a quelques dents contre les associations citoyennes. Le Ministre de l'intérieur joue la même partition désagréable, indécente et ringarde. Il publie vendredi une lettre au député LR Eric Ciotti où il critique les associations d’aide aux migrants de la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, à la frontière franco-italienne: " La structure de pré-accueil des demandeurs d’asile de Nice gérée par "Forum Réfugiés" a dû faire face ces dernières semaines à un afflux exceptionnel de migrants, guidés par différents collectifs de la vallée de la Roya animés par la volonté d’occuper l’espace public et médiatique." La même semaine, Cédric Herrou, l'une des figures emblématiques de l’association Roya Citoyenne, a été condamné en appel à quatre mois de prison avec sursis pour accueil illégal de migrants.

"J’ai vu des gens en difficulté dans la vallée, j’ai réagi." Cédric Herrou.


Un responsable macroniste local n'a pas caché sa déception: "Nous sommes certainement le département de France où le décalage entre le discours présidentiel généreux d’Emmanuel Macron et le traitement sur le terrain par les services de l’Etat est le plus grand" a confié Patrick Allemand.

La semaine précédente, le sinistre Collomb s'affichait en une du JDD avec ce titre qui n'était pas de lui: "Le plan de la France pour trier les migrants."

Nausée.

Il fallait lire ce reportage de Margaux Duquesne.
"Theresa* est arrivée sur l’Aquarius le 23 juillet 2017, avec son t-shirt rose. Marcella, coordinatrice pour MSF, l’a accueillie chaleureusement, comme à son habitude, et l’a aidée à enlever son gilet de sauvetage avant de l’accompagner dans le « shelter«  (« le refuge »), un endroit sur le bateau réservé aux femmes et aux enfants, et interdit aux hommes. Un lieu où les équipes de l’Aquarius (SOS Méditérranée et MSF) font tout pour qu’elles se sentent en sécurité. Elles seront 80 femmes et dix enfants dont trois bébés à dormir ici pendant deux jours. Elles devront se serrées les unes contre autres pour dormir par terre. Certaines ne sortiront pas trop du refuge, hormis pour aller aux commodités. D’autres au contraire, iront voir leur mari sur le pont du bateau, pour qu’il voit leur bébé, ou iront discuter avec d’autres jeunes hommes de leur âge." (lire la suite).

Trumpiste
Mais Jupiter est en vacances. Officiellement, il travaille quand même. Avec Brigitte, il sillonnerait l'Europe pour rencontrer ses homologues. L'une des nouvelles Pravda de la Macronista nous l'assurait il y a trois semaines: "Emmanuel Macron n'a pas vraiment prévu de partir en vacances : il compte partir en tournée dans toute l'Europe." Outre-Atlantique, Donald Trump qui fait du golf dans le New Jersey procède de manière similaire: il envoie quelques communiqués pour dire qu'il bosse. Il faut avouer que sa première semaine de congés a été marquée par une escalade de violence verbale assez surréaliste. Jeudi, Trump promet "le feu et la colère" à la Corée du Nord si celle-ci poursuit ses essais de tirs de missiles et ses menaces à l'encontre des Etats-Unis. Vendredi, il en rajoute sur Twitter: "Les solutions militaires sont maintenant complètement en place, et prêtes à l'emploi, si la Corée du Nord se comporte imprudemment".

Angela Merkel "considère l'escalade verbale comme une mauvaise réponse". La Russie, première puissance nucléaire du monde, s'inquiète aussi de la surenchère entre les deux pays. Même aux États-Unis, démocrates et républicains lucides ont fustigé l'attitude belliciste du clown dangereux de la Maison Blanche. La Chine, sans laquelle le régime nord-coréen ne tiendrait pas longtemps, exhorte "toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et leurs actions, et à agir davantage pour apaiser les tensions." Bref, un consensus s'est presque dégagé parmi les puissances nucléaires du globe pour considérer que le "Chicken Game" puéril dans lequel se sont enfermés Trump et Kim Jong-un est éminemment dangereux, et qu'il faut donc décourager les deux protagonistes de toute surenchère supplémentaire.

En France, Jupiter n'a pas compris cela. Peut-être n'a-t-il rien compris. Peut-être a-t-il besoin de vacances. Car comment interpréter le communiqué officiel de l'Elysée sur la crise entre les Etats-Unis et la Corée du Nord autrement qu'un accès de fatigue ou manque de lucidité politique effarant ?

En France, la réaction officielle de Jupiter nous laisse en effet pantois: pas un mot sur Trump, ni sur l'escalade verbale, bien au contraire: "Le Président de la République assure les alliés et partenaires de la France dans la région de sa solidarité dans la période actuelle." Macron fustige uniquement la Corée du Nord. Il "fait part de sa préoccupation devant l'aggravation de la menace balistique et nucléaire en provenance de Corée du Nord, qui porte atteinte à la préservation de la paix et de la sécurité internationales." Il dénonce "le régime nord-coréen" qui "est aujourd'hui engagé dans une escalade dangereuse, qui fait peser une menace sérieuse sur la sécurité de ses voisins, ainsi que sur la pérennité du régime international de non-prolifération". Mais de Trump, rien, nada, pas un mot. Certes, la Corée du Nord a déclenché les hostilités verbales (et militaires). Mais la République ne mérite-t-elle pas mieux que ce Trumpisme tricolore ?

En fin de semaine, Trump prévient qu'il est prêt à attaquer le Venezuela. On attend avec impatience la réaction de Jupiter. La situation venezuelienne s'est insérée dans l'actualité politique française car il s'agissait d'abord et surtout de prendre en défaut de démocratie les partisans et élus de la France insoumise. Le pays vient de se doter d'une assemblée constituante dans la violence de l'opposition et la répression gouvernementale.

Le même jour, Trump se calme au contraire sur la Corée du Nord. Il explique avoir demandé l'assistance de la Chine. En France, Jupiter reste seul avec son trumpisme prématuré.


La trouille estivale
L'été s'achève, et le jeune monarque prend enfin quelques jours de congés. L'occasion d'un jeu de cache-cache avec la presse qui consacre une multitude d'articles sur le sujet. Mais Macron reste secret, très secret. L'Elysée dément que le couple parte en Italie, malgré l'affirmation d'un quotidien local. Mais l'Elysée ne dit pas où Jupiter part se reposer quelques jours avec Brigitte. Il y a une bonne raison à ce secret bien gardé. Macron a la trouille, une trouille estivale de se retrouver dans les gazettes et les réseaux sociaux fustigé comme Sarkozy puis Hollande. Il a en mémoire, comme nous tous, les premières vacances de Sarkozy sur la côte Est des États-Unis. On se souvient de ces clichés de Nicolas et Cécilia Sarkozy, avec Rachida Dati à Wolfeboro, invités par un ami millionnaire dans un lac entouré de villas. On se rappelle les clichés non moins Bling Bling de Nicolas et Carla au Cap Nègre. Les vacances de Sarko ont participé de la chronique Bling Bling d'un quinquennat indécent. Macron ne veut pas non plus des vacances "normales" de Hollande, ses jours trop "normaux", dans l'un des châteaux de la République à Bregançon alors que la crise européenne gronde à nouveau , ou ces clichés de paparazzi avec Valérie T.

Jupiter a sans doute la trouille d'être photographié en slip de bain avec madame. C'est injuste. Lui qui a construit sa victoire sur une stratégie de communication réussie et surpuissante refuse désormais cette transparence minimale.

Macron est de ce point de vue comme Sarkozy.

Pour conjurer sa trouille, alors qu'il dégringole dans les sondages, Macron avait déjà visité un camp de vacances pour enfants. Une visite détruite par une remarque débile de sa part sur ses "maigres" revenus à l'Elysée en tant que président. 

"Plus question d’intervenir dans les épisodes des Jours comme vous en aviez pris la vilaine petite habitude, Emmanuel Macron. Oui, c’est fini tout ça car, dans cette obsession qui s’interroge sur votre état de grâce, la voilà, elle est là : la disgrâce. L’honnie, la redoutée, l’abhorrée, celle qu’il va falloir tout faire pour tenter d’occire. Oui, tout, jusqu’à l’extrême. Telle cette visite jeudi dernier à la base de plein air et de loisirs des Boucles de Seine « à la rencontre des enfants qui ne partent pas en vacances », comme l’indiquait cette accorte « Note aux rédactions » qui nous y invitait. Cette visite en forme de tentative désespérée au cours de laquelle Les Jours, qui n’ont jamais peur d’enfiler leur gilet à poches de grand reporter, fut-ce au-delà du périphérique, vous ont suivi, Président." (lire la suite - article payant, mais ça vaut le coup)


Le président hors sol a raison de taire où il part en vacances. 

Il pourrait le payer cher.



Post-scriptum: Nicolas Sarkozy a confié qu'il s'emmerdait. Nous concluons cette chronique par le meilleur Tweet pour résumer notre sentiment.



Ami sarkozyste macroniste, ne désespère pas. 

Ce n'est que le début.