13 août 2017

536ème semaine politique: pourquoi Jupiter a peur des vacances.

 

Où l'on parle d'un autre faux pas de Macron en matière diplomatique, de ses premières vacances présidentielles et d'une trouille estivale qui ne dit pas son nom.



La "moralisation" version Jupiter
La nouvelle majorité "en marche" a failli rater son grand moment. En ces premiers jours d'un août plutôt frileux en France, l'absentéisme était tel chez les nouveaux députés de cette contre-révolution en marche que quelques journalistes réalisaient enfin leur déception. Et si la loi de moralisation ne passait pas faute de présents ? Que nenni ! Les députés sont revenus dare-dare. Même Richard Ferrand, le président du groupe des députés LREM est de retour! Son propre absentéisme, assez stupéfiant, faisait jaser


La loi est finalement votée mercredi, par une écrasante majorité (412 sur 548). Une grosse majorité des députés LR ont voté contre, les socialistes ont voté pour, la gauche insoumise et communiste s'est abstenue.

La réserve parlementaire est supprimée, les indemnités de chômage des ministres sont limitées à 3 mois; les ministres doivent avoir un casier judiciaire vierge de délits et crimes; les députés doivent avoir un casier judiciaire vierge de crime et de certains (pas tous) délits (fraude fiscale, atteinte à la confiance publique, corruption, recel, trafic d'influence). Les assemblées décideront de leurs propres règles relatives au remboursement de frais de mandat de ses membres (prise en charge directe, présentation de justificatifs ou versement d’une avance).

Les députés pourront continuer leurs activités de conseil s'ils les ont commencé un an avant leur élection.

Mais il y a pire, le groupe LR a saisi le Conseil Constitutionnel sur les emplois familiaux désormais interdits aux députés. Syndrome "Pénélope" ?

Ne riez pas, pleurez.

Au même moment, trois questeurs de l'Assemblée nationale, deux élus LREM (Laurianne Rossi et Florian Bachelier) et un Républicain "constructif" (Thierry Solère) ont suggéré aux bénévoles de l'association citoyenne Regards Citoyens de suspendre leur travaux car ils nourriraient "l'antiparlementarisme" et la "valorisation des trolls parlementaires". Bienvenue en Macronista ! Depuis 2009, cette association relate sur le site NosDeputes.fr l'assiduité et les travaux de nos députés. Mais cette démarche gêne la "Révolution en marche" de Jupiter. "La démarche a indéniablement un effet pervers" explique Thierry Solère. Lequel fustige la méthode de l'association. Laquelle association a répliqué par un courrier publié sur son site sur ses demandes de véritable moralisation (en particulier, l'absence totale de transparence sur les frais des questeurs).

Le gouvernement a quelques dents contre les associations citoyennes. Le Ministre de l'intérieur joue la même partition désagréable, indécente et ringarde. Il publie vendredi une lettre au député LR Eric Ciotti où il critique les associations d’aide aux migrants de la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, à la frontière franco-italienne: " La structure de pré-accueil des demandeurs d’asile de Nice gérée par "Forum Réfugiés" a dû faire face ces dernières semaines à un afflux exceptionnel de migrants, guidés par différents collectifs de la vallée de la Roya animés par la volonté d’occuper l’espace public et médiatique." La même semaine, Cédric Herrou, l'une des figures emblématiques de l’association Roya Citoyenne, a été condamné en appel à quatre mois de prison avec sursis pour accueil illégal de migrants.

"J’ai vu des gens en difficulté dans la vallée, j’ai réagi." Cédric Herrou.


Un responsable macroniste local n'a pas caché sa déception: "Nous sommes certainement le département de France où le décalage entre le discours présidentiel généreux d’Emmanuel Macron et le traitement sur le terrain par les services de l’Etat est le plus grand" a confié Patrick Allemand.

La semaine précédente, le sinistre Collomb s'affichait en une du JDD avec ce titre qui n'était pas de lui: "Le plan de la France pour trier les migrants."

Nausée.

Il fallait lire ce reportage de Margaux Duquesne.
"Theresa* est arrivée sur l’Aquarius le 23 juillet 2017, avec son t-shirt rose. Marcella, coordinatrice pour MSF, l’a accueillie chaleureusement, comme à son habitude, et l’a aidée à enlever son gilet de sauvetage avant de l’accompagner dans le « shelter«  (« le refuge »), un endroit sur le bateau réservé aux femmes et aux enfants, et interdit aux hommes. Un lieu où les équipes de l’Aquarius (SOS Méditérranée et MSF) font tout pour qu’elles se sentent en sécurité. Elles seront 80 femmes et dix enfants dont trois bébés à dormir ici pendant deux jours. Elles devront se serrées les unes contre autres pour dormir par terre. Certaines ne sortiront pas trop du refuge, hormis pour aller aux commodités. D’autres au contraire, iront voir leur mari sur le pont du bateau, pour qu’il voit leur bébé, ou iront discuter avec d’autres jeunes hommes de leur âge." (lire la suite).

Trumpiste
Mais Jupiter est en vacances. Officiellement, il travaille quand même. Avec Brigitte, il sillonnerait l'Europe pour rencontrer ses homologues. L'une des nouvelles Pravda de la Macronista nous l'assurait il y a trois semaines: "Emmanuel Macron n'a pas vraiment prévu de partir en vacances : il compte partir en tournée dans toute l'Europe." Outre-Atlantique, Donald Trump qui fait du golf dans le New Jersey procède de manière similaire: il envoie quelques communiqués pour dire qu'il bosse. Il faut avouer que sa première semaine de congés a été marquée par une escalade de violence verbale assez surréaliste. Jeudi, Trump promet "le feu et la colère" à la Corée du Nord si celle-ci poursuit ses essais de tirs de missiles et ses menaces à l'encontre des Etats-Unis. Vendredi, il en rajoute sur Twitter: "Les solutions militaires sont maintenant complètement en place, et prêtes à l'emploi, si la Corée du Nord se comporte imprudemment".

Angela Merkel "considère l'escalade verbale comme une mauvaise réponse". La Russie, première puissance nucléaire du monde, s'inquiète aussi de la surenchère entre les deux pays. Même aux États-Unis, démocrates et républicains lucides ont fustigé l'attitude belliciste du clown dangereux de la Maison Blanche. La Chine, sans laquelle le régime nord-coréen ne tiendrait pas longtemps, exhorte "toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et leurs actions, et à agir davantage pour apaiser les tensions." Bref, un consensus s'est presque dégagé parmi les puissances nucléaires du globe pour considérer que le "Chicken Game" puéril dans lequel se sont enfermés Trump et Kim Jong-un est éminemment dangereux, et qu'il faut donc décourager les deux protagonistes de toute surenchère supplémentaire.

En France, Jupiter n'a pas compris cela. Peut-être n'a-t-il rien compris. Peut-être a-t-il besoin de vacances. Car comment interpréter le communiqué officiel de l'Elysée sur la crise entre les Etats-Unis et la Corée du Nord autrement qu'un accès de fatigue ou manque de lucidité politique effarant ?

En France, la réaction officielle de Jupiter nous laisse en effet pantois: pas un mot sur Trump, ni sur l'escalade verbale, bien au contraire: "Le Président de la République assure les alliés et partenaires de la France dans la région de sa solidarité dans la période actuelle." Macron fustige uniquement la Corée du Nord. Il "fait part de sa préoccupation devant l'aggravation de la menace balistique et nucléaire en provenance de Corée du Nord, qui porte atteinte à la préservation de la paix et de la sécurité internationales." Il dénonce "le régime nord-coréen" qui "est aujourd'hui engagé dans une escalade dangereuse, qui fait peser une menace sérieuse sur la sécurité de ses voisins, ainsi que sur la pérennité du régime international de non-prolifération". Mais de Trump, rien, nada, pas un mot. Certes, la Corée du Nord a déclenché les hostilités verbales (et militaires). Mais la République ne mérite-t-elle pas mieux que ce Trumpisme tricolore ?

En fin de semaine, Trump prévient qu'il est prêt à attaquer le Venezuela. On attend avec impatience la réaction de Jupiter. La situation venezuelienne s'est insérée dans l'actualité politique française car il s'agissait d'abord et surtout de prendre en défaut de démocratie les partisans et élus de la France insoumise. Le pays vient de se doter d'une assemblée constituante dans la violence de l'opposition et la répression gouvernementale.

Le même jour, Trump se calme au contraire sur la Corée du Nord. Il explique avoir demandé l'assistance de la Chine. En France, Jupiter reste seul avec son trumpisme prématuré.


La trouille estivale
L'été s'achève, et le jeune monarque prend enfin quelques jours de congés. L'occasion d'un jeu de cache-cache avec la presse qui consacre une multitude d'articles sur le sujet. Mais Macron reste secret, très secret. L'Elysée dément que le couple parte en Italie, malgré l'affirmation d'un quotidien local. Mais l'Elysée ne dit pas où Jupiter part se reposer quelques jours avec Brigitte. Il y a une bonne raison à ce secret bien gardé. Macron a la trouille, une trouille estivale de se retrouver dans les gazettes et les réseaux sociaux fustigé comme Sarkozy puis Hollande. Il a en mémoire, comme nous tous, les premières vacances de Sarkozy sur la côte Est des États-Unis. On se souvient de ces clichés de Nicolas et Cécilia Sarkozy, avec Rachida Dati à Wolfeboro, invités par un ami millionnaire dans un lac entouré de villas. On se rappelle les clichés non moins Bling Bling de Nicolas et Carla au Cap Nègre. Les vacances de Sarko ont participé de la chronique Bling Bling d'un quinquennat indécent. Macron ne veut pas non plus des vacances "normales" de Hollande, ses jours trop "normaux", dans l'un des châteaux de la République à Bregançon alors que la crise européenne gronde à nouveau , ou ces clichés de paparazzi avec Valérie T.

Jupiter a sans doute la trouille d'être photographié en slip de bain avec madame. C'est injuste. Lui qui a construit sa victoire sur une stratégie de communication réussie et surpuissante refuse désormais cette transparence minimale.

Macron est de ce point de vue comme Sarkozy.

Pour conjurer sa trouille, alors qu'il dégringole dans les sondages, Macron avait déjà visité un camp de vacances pour enfants. Une visite détruite par une remarque débile de sa part sur ses "maigres" revenus à l'Elysée en tant que président. 

"Plus question d’intervenir dans les épisodes des Jours comme vous en aviez pris la vilaine petite habitude, Emmanuel Macron. Oui, c’est fini tout ça car, dans cette obsession qui s’interroge sur votre état de grâce, la voilà, elle est là : la disgrâce. L’honnie, la redoutée, l’abhorrée, celle qu’il va falloir tout faire pour tenter d’occire. Oui, tout, jusqu’à l’extrême. Telle cette visite jeudi dernier à la base de plein air et de loisirs des Boucles de Seine « à la rencontre des enfants qui ne partent pas en vacances », comme l’indiquait cette accorte « Note aux rédactions » qui nous y invitait. Cette visite en forme de tentative désespérée au cours de laquelle Les Jours, qui n’ont jamais peur d’enfiler leur gilet à poches de grand reporter, fut-ce au-delà du périphérique, vous ont suivi, Président." (lire la suite - article payant, mais ça vaut le coup)


Le président hors sol a raison de taire où il part en vacances. 

Il pourrait le payer cher.



Post-scriptum: Nicolas Sarkozy a confié qu'il s'emmerdait. Nous concluons cette chronique par le meilleur Tweet pour résumer notre sentiment.



Ami sarkozyste macroniste, ne désespère pas. 

Ce n'est que le début.



1 commentaire:

  1. Excellent, billet très bien torché et plein d'humour. Je me suis fait la même réflexion que vous à propos des vacances sur la côte de Macron. Il est peut-être chaste ?! A part ça, le chômage culmine toujours et la France n'a créé que 290000 emplois en 2016.
    Bon 15 août Juan !
    http://lygies.canalblog.com

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