30 septembre 2017

543ème semaine politique: le boulet fiscal de Macron

 

Où il est enfin question de cette présidence des riches enfin en marche, du boulet fiscal et des menaces sur nos libertés.


Jupiter ne déçoit que celles et ceux qui l'ont pris pour un nouveau Kennedy social-démocrate. Cette semaine, ses sbires ministériels dévoilent l'un des budgets publics les plus inégalitaires que notre Vème République ait connu. En parallèle, l'Assemblée docile achève de voter la légalisation de l'emprisonnement et de l'espionnage sur la base de soupçon. Et quelques éditocrates se réjouissent que la grève des routiers contre la loi Travail ne bloquent pas suffisamment le pays.

Merci Macron, merci patron.

Macron, pénible
Mardi, l'émission Cash Investigation d'un service public télévisuel à qui le gouvernement confirme qu'il perdra 80 millions d'euros de budget l'an prochain dévoile une enquête sur ce que signifie réellement la pénibilité au travail à travers deux cas exemplaires de réussites françaises - l'expansion de la filiale du groupe allemand Lidl et la pépite cool-zen et moderne "Free". On y découvre ces casques audio qui robotisent les préparateurs de colis du nouveau champion de la grande distribution française, les maladies professionnelles qui fracassent des corps pourtant jeunes et "fabriquent des chômeurs de longue durée" comme l'explique un chercheur, ou ces listes noires de salariés constituées par la direction de l'entreprise Free.

Interrogée en fin d'émission, la ministre du Travail cache mal son malaise mais répète les éléments de langage sur ce "dialogue social" si important. Elle ment à trois reprises. Elle ment d'abord quand elle justifie que le plafonnement des indemnités prudhommales a été défini sur la base d'une moyenne"de ce qui se fait aujourd’hui aux prud’hommes". La réforme réduit de moitié au moins ces indemnités pour les salariés d'ancienneté inférieure à une décennie. Pénicaud ment ensuite quand elle explique que le juge aura le dernier mot. Elle ment enfin quand elle promet que ce plafonnement réduira les écarts d'indemnités.

Deux jours plus tard, le premier ministre Edouard Philippe répète les mêmes éléments face à Jean-Luc Mélenchon à la télévision sur la même chaîne: "vous ne croyez pas au dialogue social".  Chez Lidl France, malgré le "dialogue social", les préparateurs qui n'atteignent pas les 250 colis par heure sont ... virés.
"Un quart des salariés va travailler avec la boule au ventre, plus d'un tiers affirme avoir fait un burn-out et 43 % ressentent des douleurs à cause de leur métier. Derrière le succès de certaines grandes entreprises se cachent parfois des méthodes de management ravageuses. Lidl, enseigne majeure de la grande distribution, est sortie du hard-discount en bouleversant le fonctionnement des magasins comme des entrepôts. A quel prix ? Enquête chez Free, auprès des salariés employés dans les centres d'appels, les «ouvriers du XXIe siècle», selon Xavier Niel, son dirigeant." Présentation de Cash Investigation, 25 septembre 2017, France 2.
 On se rappelle la formule du président des riches, le 11 juillet dernier:

"Je n’aime pas le terme [de pénibilité] donc je le supprimerai. Car il induit que le travail est une douleur".

Oui, le travail est parfois une douleur.

Mercredi, Macron est à la Sorbonne pour "parler d'Europe". On croit rêver. Il faut l'écouter pour le croire. L'avant-veille, Angela Merkel a été réélue de justesse, mais pour la quatrième fois, à la tête de l'Allemagne: elle a capté un gros tiers des suffrages, mais l'extrême droite xénophobe fait une entrée fracassante au Bundestag. Alors Macron parle d'Europe, discours retransmis sur les chaînes d'info et spectacle garanti. Son "projet européen" est si généreux qu'on se demande pourquoi il ne commence pas à l'appliquer déjà dans le pays qu'il dirige avec les pleins pouvoirs. Jupiter veut « rendre au peuple » l’Europe, et davantage de « contrôle démocratique. » En France, la loi Travail est ratifiée sans débat par lui-même, monarque vertical, devant les caméras. Et l'un de ses ministres fait voter l'une des pires lois sécuritaires du moment.

Deux rapporteurs de l'ONU sur les droits de l'homme s'inquiètent justement de ce projet de loi sécuritaire, le 12ème en 15 ans, que son sinistre ministre de l'intérieur défend à l'Assemblée. Pour sortir de l'état d'urgence, un régime d'exception qui a au moins le mérite d'être obligatoire examiné par les parlementaires tous les 6 mois, Jupiter l'inscrit définitivement dans la loi ordinaire. Désormais, le droit commun autorise l’exécutif, sans contrôle d’un juge, de surveiller quelqu’un et de le punir sur la base de simples présomptions.

Le simplet qui sert de porte-parole gouvernemental explique benoitement que les honnêtes gens n'ont rien à craindre. Cette loi est non seulement digne d'un Etat totalitaire, mais elle est surtout complètement inutile contre les terroristes islamistes isolés qui décident d'écraser en camion ou de trucider dans les rues.

Macron crée une nouvelle insécurité intérieure, le primat du soupçon sur la preuve. Et croyez vous qu'il attaque les financiers du terrorisme ?

Le boulet fiscal de Jupiter
Tout le monde a encore en mémoire le "paquet fiscal" de Sarkozy voté précipitamment lors de l'été 2007 suivant son élection: en échange d'une mésure prétendument sociale mais ruineuse pour l'emploi (l'exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires), Sarkozy avait fait passer l'essentiel des mesures les plus symboliques de sa présidence des riches (bouclier fiscal, réduction de l'ISF et des droits d'héritage, etc).

Les rentiers avaient gagné.

Macron fait mieux encore. La réduction de l'impôt des revenus du capital, sans contrepartie en termes d'embauches ou d'investissements, est hallucinante.

Jugez plutôt.

Le président des riches réduit l'ISF à quasiment néant, mais il réduit aussi les aides au logement pour financer le cadeau: "120.000 à 150.000 contribuables paieront le nouvel impôt sur la fortune immobilière, contre 340.000 pour l'ISF" explique le quotidien libéral Les Echos. Et le nouvel "IFI" ne rapporterait que 850 millions d'euros, contre plus de 5 milliards pour l'ISF. Et ce nouvel IFI épargnera les yachts, les lingots d'ors, les œuvres d'art.

Merci Macron, merci patron.

Pour se dédouaner, le gouvernement promet que 80% des foyers français seront exonérés de taxe d'habitation (dont 40% qui l'étaient déjà). Mais le cadeau sera livré "d'ici 2020". La quasi-suppression de l'ISF interviendra au contraire dès l'an prochain car les plus aisés ont des besoins plus urgents. La justification est connue: en exonération tout ce qui n'est pas du patrimoine immobilier (entreprises, actions, obligations, lingots d'or et œuvres d'art), cette épargne libérée va "ruisseler" en investissement dans l'économie productive.

Le gouvernement jupitérien veut aussi réduire les prélèvements sur les revenus du capital (qui en bénéficie, à votre avis ?), en créant un prélèvement forfaitaire unique (PFU) une "flat tax" à la Thatcher qui s’appliquera aux revenus de valeurs mobilières (dividendes, intérêts, plus-values de cessions d’actions), à compter du 1er janvier 2018, fixée à 30 % et qui coutera à l'Etat 2 milliards d'euros la première année.

En d'autres termes, à revenu égal, le capital sera moins taxé que le travail. Voici le résumé de cette Présidence des riches.


Récapitulons, sur les 11 milliards d'euros de réduction d'impôt promises dans ce budget pour l'an prochain, plus de 5 milliards portent sur les revenus du capital et le patrimoine des ex-assujetis à l'ISF, 3 milliards en faveur des entreprises et seulement 3 milliards pour les ménages (assujettis à la taxe d'habitation). Belle répartition des cadeaux. Le Père Noël jupitérien a le sens des priorités.

Il y a quelques dizaines de députés socialistes, passés avec armes et bagages chez En Marche, pour encore applaudir ce grand recul. Ces brebis égarées savent-elles seulement à quoi collaborent-elles ?

Merci Macron, merci patron.
"Quand on regarde l’ensemble des mesures proposées dans le programme présidentiel, elles sont clairement au bénéfice des ménages les plus riches." Un économiste de l'OFCE.
Punir la masse
Pour financer ces réductions d'impôts qui bénéficient majoritairement à quelques centaines de milliers de foyers aisés, le gouvernement Macron a prévu des économies. Croyez vous qu'il s'attaquerait à quelques niches fiscales profitant aux mêmes aisés ? Que nenni ! Jupiter frappe là où cela fait mal ... pour le plus grand nombre: voici d'abord 3 milliard de réduction des aides au logement, 1,5 milliards sur la réduction du nombre d'emplois aidés (4 milliards en 2020!). L'argument, répété par Edouard Philippe (qui ?), le premier ministre, jeudi soir sur France 2, est le même: ces dispositifs seraient "inefficaces". Inefficaces pour qui ? La réduction de 80% de l'ISF sans contrepartie serait-elle plus efficace ?

Le reste des 15 milliards d'économies (et non 20, première promesse non tenue les amis macronistes), sera ponctionné sur des secteurs "inefficaces", ne riez pas: la sécurité, les collectivités locales, la sécurité sociale...  Autre mesure, écolo et anti-sociale: le diesel sera taxé davantage, pour quelque 3,7 milliards d'euros supplémentaires l'an prochain.

Sans commentaire.

Merci Macron, merci patron.

Pour sa présentation, concoctée par on-ne-sait-quelle agence de publicité, les "slides" fleurent bon les éléments de langage. La gouvernement met en avant ce qu'il fait pour "le pouvoir d'achat" puis "les salariés", les "familles", les "indépendants". Bizarrement, il manque un "slide", ou plusieurs car cela ne tiendrait pas sur une feuille, un "slide" pour expliquer, assumer, justifier ce que cette présidence des riches fait pour les riches.

Une paille.

70% des réductions d'impôts promises l'an prochain sont promises aux entreprises, au capital et à une minorité de foyers les plus riches.


Les labos disent merci...
La Sécurité sociale a été fondée en 1944. C'est sans doute l'un des anciens et plus précieux progrès républicains. Chaque coup de canif contre elle, au nom de cette vulgate libérale qui veut que chacun devrait être davantage "responsable" de sa santé et de l'orthodoxie budgétaire, est plus important que sa valeur même. Il témoigne d'un état d'esprit, d'une trahison.

Jeudi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn révèle justement son projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018. Cette présidence des riches table sur 4,2 milliards d'euros d'économies, sur le dos des patients ou des établissements de santé, pas sur les labos.

Les labos seront satisfaits: le gouvernement rend 11 vaccins obligatoires (contre 3 aujourd'hui), sous peine d'exclusion de crèches. Le projet de loi ne détaille pas combien coutera cette nouvelle vaccination obligatoire, ni bien sûr si ces vaccins seront obligatoirement "génériques". Seules 12% des économies sur la Sécu incomberont aux labos (baisse du prix des médicaments: 480 millions d'euros).

Les établissements de santé et médico-sociaux devront trouver 1,2 milliards d'euros d'économies. Pour les patients, la note est également salée: le forfait hospitalier augmentera de 2 euros par jour (+200 millions d'euros), en sus des 2 euros supplémentaires sur les consultations de médecins généralistes votées sous Hollande. S'ajouteront quelque 340 millions d'euros de déremboursements de médicaments. La ministre explique que les patients ne subiront rien puisque les mutuelles paieront. Quelle belle "novlangue" macroniste ! Quatre millions de foyers n'ont aucune mutuelle. Et les pour les autres, les mutuelles augmenteront leurs tarifs, comme elles l'ont déjà annoncé (+5% en moyenne l'an prochain).

Les autres baisses ou déremboursements de soins les plus importants concerneront la réduction des arrêts de travail et du transport médicalisé (240 millions), la réduction du nombre de soins (335 millions d'euros), la baisse des prescriptions (320 millions).

La revalorisation des retraites (0,8%) est repoussée de 2018 à 2019. La CSG augmentera dès janvier de 1,7 point (tandis que la baisse des cotisations chômage est versée en deux temps, janvier puis octobre). Généreux, le gouvernement a exclu les retraites de moins de 1 400 euros mensuels de cette hausse.

Pour les familles, l'unique réelle bonne nouvelle de ce projet de loi est aussi modeste que le nombre de familles concernées: l'augmentation de 30% du complément de mode de garde (CMG) pour concernera 78 000 familles monoparentales à faibles revenus. Cette mesure sera financée par une baisse des prestations familiales (environ -15 euros mensuels pour 1,5 million de foyers bénéficiaires;  ) et un durcissement des critères d'attribution (10% de familles seront exclues du dispositif). Au final, par ce tour de passe-passe, ce sont 500 millions d'euros que le gouvernement veut économiser sur les prestations familiales.

Enfin, Jupiter sanctuarise le pacte irresponsable de François Hollande: le CICE est remplacé par un allègement sans contreparties des cotisations sociales (6 points dans la limite de 2,5 fois le SMIC). Il prévoit aussi la suppression du RSI et le transfert de la Sécu des travailleurs indépendants au régime général de la Sécu, avec une phase transitoire de 2 ans.




Merci Macron, merci patron.


23 septembre 2017

542ème semaine politique: le procès en illégitimité de Macron

 

 

Où l'on s'interroge sur le procès légitime en illégitimité  qui est fait à l'encontre des contre-réformes macronistes, sur la violence et les insultes du camp dominant, et sur ce qui va suivre.


Jupiter en porte-à-faux
Lundi, Jupiter parle enfin à l'ONU. C'est un peu le passage obligé de tous les présidents en recherche de légitimité. Jupiter a bien serré très fort la main de Trump en juin dernier, convoqué le Parlementà Versailles pour répéter un long discours, invité Trump au 14 juillet, fait la fête avec Poutine à Versailles (encore), et discouru sur l'avenir de l'Europe sur une estrade au coucher du soleil devant l'Acropole à Athènes, tout ceci n'est rien à côté d'un discours forcément "visionnaire" sur la paix et le bonheur dans le monde. Si Jupiter est grand, Macron reste petit. Il exhorte ainsi es collègues à se soucier du sort des réfugiés, il oublie ce qu'il fait dans son propre pays: "La protection des réfugiés est un devoir moral et politique dans lequel la France a décidé de jouer son rôle. En soutenant le Haut-commissariat aux Réfugiés partout où il doit intervenir, en ouvrant des voies légales de réinstallation au plus proche des zones de conflit, au Liban, en Jordanie, en Turquie, mais aussi au Niger et au Tchad, en défendant le droit d’asile et le respect absolu de la convention de Genève."

L'attitude de la France à l'égard des quelques réfugiés qui parviennent jusqu'à elle disqualifie le discours onusien de Macron. La France est même pointée du doigt par la Commission Européenne pour son retard à la relocalisation des migrants. Le ministre de l'intérieur Gérard Collomb n'a pas eu de mots assez durs et méprisants à l'encontre des migrants et des associations de soutien aux migrants. Bref, Macron sur l'estrade onusienne n'était pas légitime à dire ce qu'il a dit. 


Loi illégitime
Samedi 23 septembre, les opposants à loi Travail rassemble une jolie troupe - insoumis, syndicalistes CGT, FO, Sud, NPA, socialistes, écologistes, le cortège est fourni. C'est le premier grand rendez-vous de l'opposition, les prémisses peut-être de quelque chose. Quelques syndicats, plus divisés, avaient déjà rassemblé deux jours avant 132 000 personnes contre ce texte inique.  Au soir du jeudi, on entend des gens, éditocrates ou autres, s'empresser d'expliquer que cette "faible" mobilisation contre un texte de loi signifie que ce texte est bon pour le pays. Sur quel sujet Macron pourrait-il espérer rassembler autant dans la rue, à part peut-être sa destitution ?

La Macronista a la trouille.

C'est là l'un des problèmes les plus fascinants de cette présidence jupitérienne. Elle a tous les pouvoirs, d'écrasants pouvoirs, et pourtant elle doit justifier sa légitimité, encore et toujours. Car elle se sent illégitime. Macron a été élu contre l'une des plus stupides représentantes de l'extrême droite française. Il a été élu sur un chantage au fascisme. C'était d'ailleurs le pari de tous les prétendants à cette élection, se qualifier même de peu au 1er tour pour gagner le pompon, c'est-à-dire une victoire large et facile contre l'Immonde. Le surréaliste débat de l'entre-deux tours en a convaincu plus d'un que Marine Le Pen était bien l'idiote utile de cette élection, et de ce régime prétendument démocratique et désormais à bout de souffle.

Même des frontistes ont compris combien combien Marine Le Pen était inutile. Cette semaine, la farce présidentielle connait son épilogue. Florian Philippot, l'omni-présent porte-parole médiatique du FN, est dégagé de toute responsabilité. Marine Le Pen ne supporte plus sa "rébellion". Jeudi, il démissionne du FN. Philippot tente de tenir une ligne souverainiste, le gars se croit un destin. Il va terminer chez Dupont-Aignan.

"Il faut que le gouvernement fasse ce pour quoi il a été élu, c'est-à-dire transformer ce pays" explique Christophe Castaner. L'ancien député socialiste surnommé Simplet par ses camarades, devenu porte-parole du gouvernement, fait mine de ne pas comprendre. Il a tort, et il le sait. Macron a été élu pour faire barrage à Marine Le Pen. Sa dégringolade sondagière, inédite sous la Vème République, témoigne l'absence d'adhésion.

La souricière
Cela pose quelques questions: à quoi sert encore la Vème République ? Qui peut soutenir le mode de scrutin majoritaire à deux tours, un mode de scrutin que ce même Macron avait offert de réformer pour faire plaisir à un MODEM (qui est bien discret sur le sujet depuis l'élection de son groupe de députés) ? Pourquoi un parti qui obtient 30% des suffrages (sur plus de 50% d'abstentions) peut-il se sentir fonder à appliquer un programme méconnu sans négociation ni débat ? Comment ne pas comprendre que la politique désespère ? Personne n'accuse Macron ni ses supporteurs d'avoir bourré les urnes. Là n'est plus la question.

Il y a encore des gens pour penser que le vote d'une loi par ordonnance est démocratique sur de telles bases politiquement illégitimes. C'est totalement lunaire, c'est même dangereux. Un éditocrate déclassé, Michael Darmon, rappelle que la création de la Sécurité Sociale a été créée par ordonnance. Autre temps, autre régime.

Comparer la création de la Sécu avec une loi travail qui créé le contrat de travail le plus précaire que ce régime ait connu, la fusion/destruction des instances de représentation du personnel, le plafonnement des indemnités prudhommales même en cas de harcèlement sexuels, ou les "licenciements collectifs à l'amiable" est détestable mais symptomatique de cette novlangue. Pire encore, les conditions de congé maternité devraient être désormais décidées au niveau des entreprises. Et l'on s'inquiète enfin des conséquences néfastes de ce même texte pour les victimes de harcèlement sexuel en entreprise.


Provocations
Qu'importe, la veille de la manif du 23 septembre, Jupiter se met en scène devant les photographes: sur un joli bureau élyséen, entouré de l'ex-DRH de Danone Muriel Pénicaud et son Rantanplan gaffeur en charge de la com' élyséenne Christophe Castaner, Macron signe les ordonnances, elles ne seront ratifiées par l'Assemblée que dans quelques semaines: "Elles consacrent un engagement de campagne important et une réforme en profondeur, inédite, du marché du travail, indispensable à notre économie et à notre société" commente l'Elysée. Dans une novlangue assez incroyable, Jupiter prétend ainsi "refonder la philosophie de notre droit du travail, son état d’esprit, avec des effets profondément structurants sur l’emploi, en particulier pour les plus jeunes et les moins qualifiés." Même les journalistes et experts les plus dociles et/ou admiratifs du macronisme en marche n'ont pas trouvé la moins trace d'avancées pour les salariées, notamment les plus jeunes et les moins qualifiées. Pénicaud prétendait que cette loi faciliterait l'embauche en CDI, elle créé un nouveau contrat de travail, le plus précaire que cette Vème République ait connue. Elle facilite aussi les licenciements.


 La souricière se referme sur les hiérarques syndicaux conciliants qui avaient accepté la "concertation" du gouvernement jusqu'au bout: comme pour toute loi, la seconde phase est la rédaction des décrets d'application, ces textes qui précisent comment s'appliqueront la loi. Or le cabinet de Muriel Pénicaud a décidé de ne pas négocier ces décrets comme promis. Ils seront progressivement "dévoilés" d'ici la fin de l'année.

La belle arnaque.


#JeSuisNévrosé
Ce 23 septembre, une troisième manifestation s'organise donc contre cette loi Travail devenue quasiment réalité. Les attaques des sbires et supporteurs macronistes virent à l'insulte et la menace. Le jeune monarque lui-même a donné la consigne avant de partir à l'ONU à New York en début de semaine: "il faut être intraitable contre le procès en illégitimité que Mélenchon nous fait" ordonne-t-il à ses ministres, d'après le Canard Enchaîné. Publiquement, il complète: "je suis serein, la démocratie, ce n'est pas la rue". Un séminaire de recadrage et motivation des 308 députés macronistes lundi et mardi permet de faire passer les messages.

Le député non-inscrit Manuel Valls, qui s'est incrusté au séminaire LREM, traite Mélenchon de "factieux" (que représente encore Manuel Valls ?). Un député LREM de Paris, ancien de l'UDI, Sylvain Maillard, ose expliquer "que conceptuellement, ce que porte la France insoumise, c'est la fin de la République. Même s'ils nous proposent toujours une VIème République, une République idéale, les idées qu'ils portent, ce sont des idées de dictature."

Rien que ça. Sans rire ? 

Puisque Jean-Luc Mélenchon domine l'opposition, il est la cible principale des attaques. Les caricatures sont faciles. Un sondage est commandé par France Info et le Figaro et publié la veille de la manifestation du 23 septembre. On y apprend que Mélenchon, pourtant largement plus populaire que Macron, ferait un "mauvais président", qu'il serait "clivant", "agressif" et "pas sympathique". Pourquoi donc pensez vous que ce sondage-ci a été commandé, avec ces questions sans rapport avec l'actualité (la prochaine campagne présidentielle est prévue dans 4 ans et demi) ? Cherchez bien. Le décorticage de l'enquête tourne en boucle sur tous les médias. Le sondeur explique: "Il enchante la gauche, séduit les jeunes et les catégories populaires mais il est largement rejeté par toutes les autres catégories de la population." Sacrebleu ! Mélenchon  fait peur aux gens de droite et plus plus aisés ! Un vrai scandale... Le quotidien Libération embraye à son tour avec une une où Mélenchon est portraituré en dictateur de Corée du Nord et flanqué de ce titre: "le média, c'est moi!".

N'en déplaisent à ces mauvais caricaturistes, la manif du 23 septembre est un succès. Ce samedi, ils sont nombreux, 150 000 annoncent les insoumis, et simplement à Paris. Les affiches les plus diverses rappellent l'image que Jupiter donne de lui-même et de notre pays.

La loi Travail n'est qu'une étape. 
La loi de Finances 2018, prochainement examinée par le Parlement promet d'autres surprises. En sus du gigantesque coup de rabot sur l'ISF (3 milliards d'euros pour 350 000 foyers bénéficiaires) et de la réduction de la taxe d'habitation (le seul "cadeau" fiscal pour une majorité des ménages que la Macronista porte aux nues), le gouvernement devrait alléger la "taxe sur les salaires" des établissements bancaires (300 millions d'euros), instaurer une "flat tax" pour les revenus du capital(alors que ces derniers étaient précédemment imposés comme les revenus du travail grâce à ... François Hollande), et une forte baisse des APL.
Effrayé par la bronca qu'il a suscitée, Macron a finalement décidé de conservé 200 000 emplois aidés l'an prochain. Mais quelque 110 000 postes sont tout de même supprimés, pour l'essentiel dans le secteur non marchand. Il a aussi lancé son plan Logement. Un plan qui devrait réduire les aides au logement pour les plus précaires d'environ 60 euros (et non 5 euros) par mois.
De son côté, Collomb peaufine son projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme présenté dans une semaine à l'Assemblée.
Joli programme...

"Macron est à lui tout seul Blair et Thatcher dans une seule personne." Jean-Luc Mélenchon.

Ami macroniste, où es-tu ?




16 septembre 2017

541ème semaine politique: les premières tâches du quinquennat de Jupiter.


 

Où il est question de politique de classe, de novlangue sur la loi Travail, et d'un show médiatique qui fait flop.


Présidence des riches... et des patrons
Oui, Emmanuel Macron est déjà notre nouveau président des riches. L'expression qualifiait parfaitement Nicolas Sarkozy. Dès 2007, l'ancien monarque commet son péché original, un "paquet fiscal" législatif voté dans l'urgence dans l'été 2007. Une loi urgente pour incarner son quinquennat, marquer les esprits et le changement. Ce paquet fiscal comprenait une exonération des heures supplémentaires ("travailler plus pour gagner plus"), la création d'un véritable bouclier fiscal pour les plus riches et la défiscalisation partielle de l'ISF en cas d'investissement dans les PME.

Cette loi TEPA fut non seulement une injustice mais aussi une ineptie, un fiasco économique et politique total au point que Nicolas Sarkozy lui-même fut contraint de la détricoter, sous la pression, pendant son quinquennat. La défiscalisation des heures supplémentaires, qu'Emmanuel Macron envisage de rétablir, avait provoqué une chute des embauches en France avant même la crise de 2008. 

Une décennie plus tard, Jupiter suit les pas de Nico 1er. Sa loi Travail, votée sans débat parlementaire sur son exact contenu, ne comprend pour l'essentiel que les mesures patronales les plus inégalitaires que la Vème République ait connues: suppression de la représentation syndicale dans les entreprises de moins de 50 salariés, fusion des instances du personnel, plans de départs simplifiés, ruptures conventionnelles collectives, et, last but not least, l'ignoble "contrat de projet", un CDI révocable à souhait.

La loi Travail est à Jupiter ce que la loi Tepa fut à Sarko, une première tache, indélébile, qui marque déjà le quinquennat.

La seconde phase de cette présidence des riches sera la quasi-suppression de l'ISF (3 milliards d'euros, soit environ 15 fois l'économie recherchée en rognant 5 euros d'APL mensuels aux étudiants) et l'abaissement à 30% de l'imposition de tous les revenus du capital (alors qu'Hollande avait fait réintégré ces revenus dans l'imposition normale, et plus élevée pour les ménages concernés, des revenus du travail).

Les (précis) Décodeurs du Monde confirment: "les grands gagnants seront par définition les plus aisés, puisque ce sont eux qui verront leur taux d’imposition du capital baisser le plus fortement."

Le show à Saint-Martin
Mardi, jour de manif contre cette loi Travail. Macron décolle pour les Caraïbes, une semaine après le cyclone IRMA qui a tout détruit dans les îles de Saint  Martin et Saint Barthélémy.

On connait la tactique. En 2011, Sarkozy avait choisi le jour de la primaire socialiste pour se montrer en Libye. Les ficelles sont les mêmes. Macron pouvait partir le 11 ou le 13, il a choisi le 12, pour les journaux radio-télévisés.

Macron part avec "du matériel et du renfort". Il ne manque que le sac de riz. Le story-telling est en place. Dans une île ravagée, Jupiter couche "comme les habitants", "lit de camp et toilettes au seau", confient les communicants de l'Elysée, avec de multiples détails pour les journalistes présents sur place. Le message tourne en boucle dans les journaux radiotélévisés, Macron est au plus proche des gens: "À Saint-Martin, Macron voyage à la dure et l’Élysée veut le faire savoir" titre le premier quotidien régional du pays.

Patatras... Sur place, Jupiter rencontre surtout des gens vraiment en colère à qui ... il fait la leçon. Et puis, évidemment, il n'a pas dormi dans un lit de camp.

En France, souvent sous la pluie, quelque 400 000 manifestants font savoir leur désaccord avec la loi Travail que Macron fait passer en force. Avec la CGT, SUD et quelques autres syndicats, des représentants de FO et de la CFDT, Jean-Luc Mélenchon (à Marseille), Benoît Hamon (à Paris), des socialistes et des écologistes, ce premier mouvement commence à rassembler. 

Ce n'est pas le fiasco annoncé malgré une division de l'opposition assez stupéfiante.

Edouard Philippe explique, le soir au JT de France 2, que "chacun a le droit de manifester. Mais la légitimité démocratique s'appuie sur le vote par le Parlement de la loi d'habilitation." Sur les ondes et les réseaux, la novlangue fait fureur. Parlons-en de cette loi d'habilitation. Certains, dont le PM, voudraient nous faire croire que cette loi votée par le Parlement est en fait la réforme du Code du Travail elle-même. Il n'en est rien. Cette loi habilite simplement le gouvernement à faire quasiment ce qu'il veut - ce qu'il a fait d'ailleurs. Elle l'autorise, sans examen ni vote parlementaire,  à aménager "les délais de contestation d'un accord collectif", à exonérer les TPE et PME des bénéfices des accords de branches, à redéfinir les conditions de contestation d'un licenciement, à modifier les conditions de représentation des salariés dans les entreprises, ou à supprimer l'obligation d'accord syndical ou modifier "les modalités d'appréciation du caractère majoritaire des accords ainsi que, le cas échéant, en aménageant le calendrier et les modalités de généralisation de ce caractère majoritaire".

Belle démocratie...

La novlangue sur la loi Travail
En visite à Berlin le surlendemain, le premier ministre évoque l’adaptation nécessaire du code du travail "aux nouveaux besoins", des besoins qui ressemblent furieusement à ceux du Comité des forges au XIXème siècle: disposer d'une main d’œuvre flexible, docile et moins chère. Philippe loue le "miracle allemand" comme hier Sarkozy allait s'agenouiller devant Merkel. Ces gens ne comprennent rien, ne retiennent rien, du moment qu'il s'agit de défendre des intérêts qui demeurent de classe. Edouard Philippe n'avait pas lu les propos d'un économiste allemand, Christian Odendhal, publiés quelques jours plus tôt, à propos du fameux miracle:  "la modération salariale en Allemagne a eu des effets négatifs pour l'Europe. Des salaires plus bas se sont traduits par une consommation et des importations plus faibles. En conséquence, l'Allemagne (accumulant des surplus extérieurs) a exporté du capital – lequel a contribué à nourrir les bulles immobilières et l'endettement ailleurs en Europe."

Il n'y a de modèle allemand en France que pour quelques groupes puissants. L'un de leurs représentants a révélé son mépris pour la chose publique en commission parlementaire. Le député insoumis François insoumis est resté stupéfait devant la morgue et le silence de l'un des héritiers Bigard, numéro un français de la viande, propriétaire de marques qu'il faudra donc boycotter désormais avec plaisir (Socopa, Charal).




Tous les arguments sont entendus pour défendre cette loi Travail, tous sauf l'essentiel: mais quels avantages les salariés vont-ils retirer de ce grand retour en arrière ? On nous explique que c’est l’application d’une promesse présidentielle, ce qui est faux - jamais Macron n'a détaillé le contenu de sa loi Travail ni même ce qu'il avait précisément en tête avant de le présenter aux syndicats en juin dernier. On accuse l'opposition d'être faible - ce qui est vrai, elle est désorganisée, elle se dispute sur des querelles d'agenda et de leadership. Mais cela ne signifie en rien que cette loi est bonne et juste. On ment quand on explique que cette loi a été négociée (ah bon ? Macron a négocié son propre programme...). Elle ne sera même pas débattue par nos élus nationaux alors que Macron dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée.

On argumente surtout qu'il a gagné les élections présidentielle et législatives et qu'il est donc légitime à appliquer le programme qu'il veut. On ignore l'abstention, le très faible score de Macron au premier tour présidentiel. La Vème République est un régime qui permet ces holdups démocratiques. L'application stricte du programme d'un candidat qui n'a rassemblé que 20% des suffrages inscrits démontre la vacuité démocratique de ce régime.

Faut-il s'en réjouir ? Faut-il l'ignorer ?

Jeudi, Paris vit une catastrophe attendue. Non pas le énième attentat, heureusement raté, contre un courageux soldat de l'opération Sentinelle, ni la sortie du énième iPhone qui cette fois coûte plus cher qu'un SMIC; mais la confirmation que la ville-lumière a  été retenue pour organiser les Jeux Olympiques de 2024. La capitale s'en remettra-t-elle ? Jupiter reçoit Sarkozy et Hollande, et la mairesse de Paris, toute fatiguée d'un aller et retour sans surprise à Lima pour recueillir ce résultat.
"Paris accueille les jeux alors que toutes les autres villes candidates se sont désistées. Ça c'est Usain Bolt qui remporte le 100 m alors qu'il est parti tout seul. Donc le type qui franchit la ligne tout seul en levant les bras c'était nous"  Charline Vanhoenacker, France inter.

Macron en signature
Vendredi, Jupiter convoque journalistes, photographes et cameramen pour se faire filmer en train de ... signer un texte de loi, celui sur la moralisation. Il n'a pas osé invité Richard Ferrand. Même Sarkozy n'avait pas osé. Macron singe Trump avec le même ridicule, ce même souci égocentrique de montrer qu'il "maîtrise" la situation, qu'il "agit" sur le monde réel. Ce spectacle est l'un des plus ridicules que la République ait connu. Mais au fond, Macron a effectivement des pouvoirs surpuissants parmi toutes les démocraties occidentales.

Malgré le tweet de Jupiter lui-même ("nous l'avons fait"), cette loi de moralisation laisse de côté quelques évidences qui gênaient la Macronista: Macron s'est bien gardé d'interdire aux députés d'abandonner leur activité de conseil, l'indemnité parlementaire n'est pas fiscalisée. Exit aussi la promesse de supprimer le régime spécial des retraites des parlementaires. (A ce propos, la révélation que Laurent Wauquiez ait pu cotiser à un régime de retraite public pendant 13 ans pour un poste qu'il n'occupe pas est cocasse et indécent. Le vrai cancer social, c'est lui.)

Bizarrement, Macron n'a invité aucun photographe pour la signature de la loi d'habilitation autorisant le gouvernement à réformer par ordonnances le Code du travail. 
Cette loi, qui autorise le gouvernement à s'affranchir de tout débat parlementaire, est publiée au JO le 16 septembre.

Souvenez-vous de cette date.


Ami macroniste, où es-tu ?


9 septembre 2017

540ème semaine politique: ce mépris de classe qui abime Emmanuel Macron.


Où il est question de cet ego surdimensionné qui devient un mépris de classe chez Emmanuel Macron, raillé jusque dans les colonnes du New York Times.


Le mépris
Un historien américain pointe l'ego surdimensionné de Macron, un "président raté", dans une tribune publiée par le New York Times qui fait grand bruit. Cette semaine de rentrée scolaire n'a pas fait exception aux dérapages egocentriques du jeune monarque.

Macron sort du bois, il se montre et parle. Il éructe quand on le contredit. C'est surréaliste. Le "cool" candidat est devenu un monarque sur les dents en si peu de temps. Même la presse la plus complaisante, la plus acquise à sa "transformation" réactionnaire le remarque.

Lundi 4 septembre, jour de rentrée des classes. Jupiter se met en scène dans une classe de jeunes enfants à Forbach. L'image sera belle pour les chaînes d'info. Et sur Twitter, Jupiter poste en son nom une video de l'évènement. Il apparait devant une classe pour souhaiter une "bonne rentrée:" "je voulais vous dire combien je me souviens de l'angoisse qui peut être la vôtre"... 

Macron n'a donc pas grand chose à dire, et rien à annoncer. Il est juste là pour se montrer. Pour montrer que sa décision, sans moyens, de réduire quelques classes de CP à 12 élèves était le début de la transformation. Rappelons que le candidat Macron a promis de réduire de 120 000 le nombre de fonctionnaires d'ici la fin du quinquennat. Comme Nicolas Sarkozy en son temps, il s'agace soudain très vite devant l'irrespect d'un journaliste présent qui ose l'interroger sur sa stratégie de communication. Sacrilège ! Il fallait rester coi, silencieux; prendre des photos de Macron caressant la tête de quelques gamins. Le journaliste imprudent se prend la foudre jupitérienne: "Les journalistes ont un problème. Ils s'intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays. (…) Vous ne me parlez que des problèmes de communication et de problèmes de journalistes, vous ne me parlez pas de la France. " Cette violence surprend à peine. Macron a en commun avec Sarkozy qu'il ne supporte pas, viscéralement, que l'on lui renvoie une autre réalité que la mythologie qu'il tente de construire.

Mardi 5 septembre, Jupiter fait son discours de rentrée aux préfets. Un long discours de méthode, avec très peu de propos réellement politiques, sauf cette perle, qu'il chipe à son ministre de l'intérieur, quand il demande aux préfets plus de coordination avec les Agences régionales de santé pour identifier les suspects islamistes internés dans les hôpitaux psychiatriques, "un nouveau fait social qui est bien là." Attardons-nous sur le propos: Macron confirme ainsi devant l'ensemble du corps préfectoral les propos de son ministre Gérard Collomb après les attentats de Barcelone quand il expliquait qu'il fallait commencer à débusquer les terroristes islamistes dans les hôpitaux psychiatriques...

Dans la même veine, il précise sa politique sur les réfugiés. En juillet, le ministre Collomb, encore lui, s'était fendu d'une sale et méprisante remarque sur les réfugiés de Calais en expliquant que le gouvernement allait installer deux centres d'accueil avec des "douches mobiles" afin d'éviter de "fixer les migrants dans un lieu". Jupiter en rajoute: "Il faut réenvisager la reconduite à la frontière dans le sens de l'efficacité."  Cette simple phrase, tweetée par Macron lui-même ce jour-là, n'est pas anodine:  
Macron laisse entendre, comme Marine Le Pen et la droite furibarde, que l'équipe Hollande/Valls était inefficace pour "refouler". 

Misère de la pensée politique.


Macron tente de se montrer compatissant quand le cyclone Irma vient frapper et dévaster les Caraïbes. Il s'affiche rigide, flanqué de son premier ministre et de l'ineffable Collomb. A aucun moment, alors qu'il le sait et le comprend, Macron n'évoque -t-il les conséquences du réchauffement climatique. C'est un évènement humain, social et environnemental, commente Mélenchon. Replacer ce cataclysme dans cette histoire climatique est une évidence.

Un peu plus tôt, et "ce n'est pas une blague du Gorafi" commente le Parisien, Macron a publiquement demandé aux propriétaires de baisser de 5 euros par mois leur loyer pour compenser la réduction équivalente des aides au logement... "Plutôt que baisser APL il aurait été juste et efficace de taxer les transactions immobilières à plus de 10 000 euros /m2 . même recette!" lui rétorque la socialiste Marie-Noëlle Lieneman.

Mercredi 6 septembre, l'un des courtisans, Philippe Besson, commence la promo de son portrait louangeur du monarque - "Macron, un personnage de roman". 216 pages à la gloire du nouveau Louis XIV. L'auteur ne cache pas son admiration. Il a suivi Macron 9 mois durant. Ces ouvrages "au contact" des candidats devenus présidents sont devenus une tradition de cette Vème République monarchique. Ils font parfois office de bombes à retardement. Nicolas Sarkozy s'était laissé suivre puis conter par Yasmina Reza. L'ouvrage fut court, et dévastateur pour celui qui était déjà au sommet de sa période Bling Bling. François Hollande fut raconté par l'écrivain Laurent Binet, plus critique et rapidement déçu par l'objet de sa prose. A son tour, Philippe Besson relate la conquête, et l'on découvre, entre autres, le mépris de Jupiter pour les intellectuels qui ne le soutiennent pas. Car c'est bien du mépris, et non pas un simple désaccord: "Ils ne m'intéressent pas tellement. Ils sont dans les vieux schémas. Ils regardent avec les yeux d'hier, le monde d'hier. Ils font du bruit avec de vieux instruments.(...) Ils n'aiment pas l'action politique mais vivent de son commentaire. Ils sont devenus des éditorialistes. Des esprits tristes englués dans l'invective permanente."

Macron est enfin Jupiter
Source: Sébastien Fontenelle
Macron est à Athènes, il s'adresse comme toujours à la "communauté française" expatriée dans les salons de l'ambassade locale. On ne sait jamais qui est invité à ces pince-fesses que Sarkozy affectionnait tant depuis la création d'une dizaine de postes de députés des Français de l'étranger. Ces adresses visent aussi à recruter auprès des expat', une proie facile pour les dirigeants de droite. Jupiter lâche une formule désagréable une de plus: "Je serai d'une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d'avoir, chaque jour, la même détermination." Ce n'est ni la première fois que ce mépris de classe s'exprime. On se souvient de sa remarque contre un ouvrier ("la meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler"), les "gens qui ne sont rien", ou les "femmes illettrées" de l'entreprise Gad.

Devant le bad buzz qui enflamme rédactions et réseaux sociaux, les communicants de l'Elysée s'empressent de tenter de corriger le tir. Mais non, Macron ne parlait pas des Français ! Ben voyons !  

Le lendemain soir, la scène est grandiose. Jupiter a vu les choses en grand. Perché sur une estrade surplombant Athènes, le Parthénon éclairé au fond derrière lui, Jupiter a les mains accrochées sur un petit pupitre. Il a choisi cette colline de la Pnyx, un berceau de la démocratie. C'est bien beau, c'est même cocasse de se percher dans ce lieu où dans la Grèce antique, des assemblées de citoyens s'y réunissaient pour débattre et voter les lois de la Cité alors qu'en France, au même moment, Macron passe en force sur une réforme du Code du Travail par ordonnance sans débat parlementaire. Contre cette loi Travail, qui créée le contrat de travail le plus précaire que la Vème République ait connu, CGT, France insoumise et quelques dizaines d'organisations appellent à manifester justement ce 12 septembre. "Abrutis, cyniques, fainéants, tous dans la rue les 12 et 23 septembre !" tweete Melenchon.

"En compilant les notes de la direction du Trésor, j'aurais pu écrire la même chose en un après-midi", commente le jeune député socialiste Boris Vallaud, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée sous François Hollande.
"On peut être jeune et incarner une politique rance". Boris Vallaud, à propos d'Emmanuel Macron.

Oui, on peut être jeune et incarner une politique rance. Macron habille sous un discours de modernité un retour aux années trente en matière de politique sociale et de rapports en entreprise. Il ne comprend visiblement pas l'évidente réalité, l'uberisation croissante de pans entiers de l'économie. Il s'acharne à faire du blairisme 15 ans après Blair; à se réfugier derrière les réformes Schröder/Hartz en Allemagne d'il y a 20 ans comme si la France avait une réunification à gérer. Il rappelle l'anachronique Balladur de 1993, l'osbtiné Juppé de 1995 et même le Chirac converti au libéralisme dents blanches des années 1986. Ce reflux du libéralisme bourgeois, réactionnaire, libéral et rance des années 1985-1995 ne fait pas illusion.

Tandis que Macron voyage, la députée LREM de la Sarthe est prise la main dans le pot de confiture. Marianne révèle que son agence de voyage facturait 119 euros des visites de l'Assemblée. Un autre se "met en congés" après avoir fracasser de son casque de moto un ancien camarade socialiste qui lui reprochait de l'avoir traité de raciste sur Twitter. Et un collectif de 9000 adhérents En Marche a décidé de porter plainte contre le mouvement présidentiel pour manque de démocratie.

La République en marche ressemble aussi à un cirque.


Ami macroniste, où es-tu ?

2 septembre 2017

539ème semaine politique: Macron, président des riches et des patrons

 

Où il est question d'une loi travail où la concertation fut une arnaque, d'une loi qui légalise le contrat de travail le plus précaire que la Vème République ait connu, et de quelques éditocrates qui avaient quand même à applaudir.


En début de semaine, un journaliste, fan de football et devenu éditorialiste, a été embauché pour devenir ... porte-parole de l'Elysée. Porte-parole, rien que ça ? Bruno Roger-Petit supprime ses comptes sociaux quand il est nommé, tout un symbole de cette Macronista. Pense-t-il nous envoyer la bonne parole présidentielle par fac-similé ? Cette simple décision, personnelle sans doute, illustre le début d'une présidence hautaine et tétanisée.

Mercredi, le magazine Le Point publie la première "grande" interview de Jupiter depuis mai. Jupiter fait des bourdes, nombreuses, parfois insultantes. Ainsi récuse-t-il "la politique victimaire" après avoir supprimé le Secrétariat général d'aide aux victimes. "J'ai envie de lui mettre la tête dans notre galère pour lui apprendre le respect des victimes d'attentats" lui répond le responsable d'une association de victimes d'attentats. Jupiter a aussi la formule creuse mais nécessaire pour habiller une politique de classe: "Je crois en la reconstruction d’un héroïsme politique, d’une vraie ambition, pour atteindre y compris ce qui est décrit comme impossible." Macron, héros ... du Medef ? Sur le fond, cet exercice de communication révèle une chose: Jupiter ne change pas, et ne regrette rien. Quand il évoque la suppression prochaine des emplois aidés, qui couteront 44 000 emplois aux handicapés, Jupiter reste hautain et sans regret en les qualifiant de "subventions déguisées vers les collectivités locales ou le secteur associatif", une "perversion de la politique de l'emploi".
Résumé de l’interview (de Macron) dans « Le Point », afin de vous faire économiser 4,50 euros (presque un mois de baisse d’APL) : « Allez vous faire cuire le cul, c’est moi qui ai raison. » Les Jours. 


Une perversion ?

Mercredi en Conseil des ministres, Edouard Philippe propose une "réforme de la fiscalité." Quel sens du timing ! Le CICE sera transformé en allègement direct de charges sociales (merci Macron !); l'impôt sur les sociétés sera abaissé à 25%; et, bien sûr, l'ISF sera allégé de 3 milliards: "cette mesure vise à attirer les investisseurs pour développer les entreprises françaises, ainsi qu’enrayer la fuite des talents. L’immobilier comme outil de travail restera exonéré de toute imposition."

Pire encore, Philippe annonce surtout cette flat-tax pour les revenus du capital qui le faisait bafouiller quand Jean-Jacques Bourdin l'interrogeait la semaine précédente sur RMC. Dès le 1er janvier 2018, tous les revenus du capital ne seront plus imposés qu'à 30%. Joli cadeau pour les plus fortunés qui annule l'une des mesures progressistes du quinquennat Hollande ! Comprenez la mesure, les revenus du capital étaient auparavant taxés comme les revenus du travail.

Merci patron, merci Macron.

Jeudi, le suspense est insoutenable. Edouard Philippe et sa ministre ex-DRH de Danone attendent les journaux télévisés de 13 heures pour dévoiler les 36 mesures de leur réforme du code du travail. Ils ont choisi la clôture de l'université d'été du MEDEF pour annoncer leur joli cadeau, "la réforme de toutes les réformes", celle qui nous projettera dans un avenir radieux "à l'allemande". La coïncidence des dates est désastreuse. Sur Twitter, ils utilisent le hashag #DialogueSocial. On ne sait pas quelle agence publicitaire leur a conseillé pareille bêtise. C'est même indécent quand on se rappelle comment cette loi a été préparée. On s'interroge sur l'identité de ces quelques conseillers de l'ombre qui ont rédigé le texte de la loi puisque, rappelons-le, ce texte n'a pas été amendé ni négocié avec quiconque et surtout pas les organisations syndicales.

La novlangue fait des ravages. 

On nous rassure, on nous assure qu'Emmanuel Macron ne fait qu'appliquer le programme sur lequel il a été élu. Passons sur l'arnaque politique: l'élection de Macron fut un rempart contre l'ignoble front national, jamais un blanc-seing pour son programme. Sa dégringolade sondagière inédite témoigne d'ailleurs de la faiblesse de son socle de convaincus. L'arnaque est ailleurs: pourquoi donc le gouvernement a-t-il caché son projet de loi Travail jusqu'au 31 août ? Pourquoi la ministre du Travail a-t-elle porté plainte contre des personnels de son propre ministre quand des fuites sur le projet ont été publiées par le Parisien, au début de l'été ? Pourquoi ?

On nous assure, on nous rassure, il y a eu une "étroite concertation". En juillet, par une majorité composée de bleusailles, le gouvernement s'octroie les pleins pouvoirs grâce au vote d'une loi d'habilitation par ordonnance qui empêchera tout débat parlementaire une fois la loi connue. Les nouveaux élus macronistes sont rapidement renvoyés en vacances. En parallèle, puis tout l'été, l'équipe macroniste rencontre les syndicats un à un sans jamais donner l'intégralité de son texte ni se confronter à l'ensemble des organisations. Diviser pour mieux conquérir, la démarche est habile, l'enfumage total. 

Depuis quand écarter la représentation nationale de tout débat sur la législation du travail est-il démocratique ?

Cette loi contient quelques avancées. On ne soupçonne pas Macron d'être débile, il fallait bien un os à ronger. Sa loi prévoit ainsi que les salaires et frais de déplacement des salariés de TPE/PME impliqués dans des accords de branches soient désormais pris en charge par un fond. Ou qu'un code du travail numérique sera bientôt mis en ligne. Il y a aussi quelques évidences - récuser un licenciement pour vice de forme quand le fond n'est pas contestable n'est souhaitable pour personne. L'augmentation de 25% des indemnités légales de licenciement est aussi bienvenue. Il y a aussi les inévitables gadgets (la "mobilisation d’un réseau de grandes écoles et universités volontaires pour former chaque année des militants syndicaux", la création d’un "observatoire de la négociation" en entreprise; ). Le texte propose même de renforcer "les possibilités d’évolution vers l’inspection du travail (par concours) pour les élus du personnel et les délégués syndicaux", ne riez pas. Ne pleurez pas non plus.

Ce que disent vraiment les syndicats

Rapidement, médias dominants, commentateurs et éditocrates complaisants pointent combien le front syndical est apathique et divisé. Preuve que l'opposition à cette loi serait faible, ni FO ni la CFDT ne se rallient à la proposition de manifestation du 12 septembre de la CGT; et ni le PS ni la CGT ne se rallient à celle du 23 septembre proposée par la France insoumise. S'attarder sur la participation ou non-participation à une manifestation est facile et paresseux.

Revenons plutôt sur ce que les seules parties prenantes à cette "concertation" ont à dire sur la loi travail, à savoir les syndicats. C'est plus instructif sur ce que contient vraiment la loi que les disputes sur la participation à un cortège.

Les organisations patronales se félicitent. La seule inquiétude que Pierre Gattaz exprime est qu'il faut rester vigilants jusqu'à la rédaction des décrets d'application qui pourraient gâcher ce joli cadeau par des modalités pratiques défavorables.  Il regrette aussi que le gouvernement n'ait pas supprimé le recours aux syndicats dans les entreprises de 50 à 300 salariés. Damned ! Quel gauchiste ce Macron !A l'université d'été du Medef, les sourires sont là. Quelque 12 ministres du gouvernement Macron sont venus

Force Ouvrière a surpris son monde. Depuis le début, et sans doute grâce au recrutement par Macron comme conseiller de l'un des proches de Jean-Claude Mailly, le troisième syndicat national est conciliant. A la publication du texte des ordonnances, Mailly fait deux commentaires essentiels: primo, "nous avons bloqué plein de choses, ça aurait pu être la bérézina", histoire de justifier son attitude depuis l'été. Mais plus grave, il dénonce que les primes d'ancienneté et l'existence d'un treizième mois soient désormais du ressort de l'entreprise, où le rapport de négociation est plus défavorable aux salariés qu'au niveau des branches sectorielles. Et il s'inquiète des conditions de négociations dans les entreprises de moins de 20 salariés puisque le gouvernement laisse le chef d'entreprise libre.

La CFDT, qui avait pourtant soutenu la loi El-Khomri, fustige avec une violence verbale qui a surpris cette loi Travail. Pour se rassurer, les macronistes expliquent qu'il s'agit d'une querelle de positionnement syndical. Encore une fois, attardons nous sur le fond plutôt que sur ces conjectures: Laurent Berger s'est déclaré déçu. Il dénonce une "occasion manquée", et des "dispositions négatives pour les salariés" comme la rupture conventionnelle collective, ou, à l'instar de FO, les pouvoirs accrus des employeurs aux détriments des branches. Il fustige aussi que le gouvernement ait dégagé les syndicats des petites entreprises, une gageure pour un gouvernement qui se réclame du dialogue social.

A la CFE-CGC, ce n'est guère mieux: "le champagne a dû couler à flots à l’université du Medef", commente Gilles Lecuelle, le négociateur du syndicat des cadres CFE-CGC, "ils ont pu faire passer tout ce qu’ils n’avaient pu obtenir ces dernières années".


La CGT fustige "la fin du contrat de travail". Et c'est sans doute effectivement  la mesure phare de cette loi travail, la mesure la plus honteuse: cette loi travail créé le contrat de travail le plus précaire, après l'intérim, que la France ait connu depuis 1936, le "contrat de projet": un contrat sans durée fixe, sans prime de précarité, et révocable à tout moment. C'est l'une des mesures les plus graves pour les salariés, les plus libérales et rétrogrades de cette loi.

Mais il y a pire.

La loi prévoit un barème pour les licenciements jugés abusifs par les prud'hommes (sic!), elle plafonne à un an les délais de recours des salariés. Elle supprime des contraintes administratives en matière de déclaration de pénibilité; elle fusionne les trois instances de représentation des salariés au périmètre du Comité d'Entreprise, le plus vaste, "ce qui revient à supprimer les instances de proximité (DP et CHSCT)", explique ATTAC. "Le Medef sera donc vigilant à ce que la fusion des instances existantes conduise bien à une optimisation des coûts liés au dialogue social et à plus de simplicité." confirme le MEDEF.

Au final, cette loi travail est un retour à un ancien temps où les salariés étaient moins protégés. Qu'on l'assume ou pas, c'est un retour en arrière. La novlangue macroniste n'y change rien. Cette loi "transforme" le présent en passé. Nous revenons proche d'une époque pré-Front populaire. C'est factuellement un retour en arrière. Que d'autres lois, y compris la loi El-Khomri, aient déjà franchi ce pas n'y change rien. On comprend aisément pourquoi le gouvernement et ses soutiens n'assument pas.

Les autres réformes de classe

On s'inquiète, aussi, des effets de la nouvelle réforme des rythmes scolaires sur le travail des femmes. Jean-Michel Blanquer, ex-conseiller sarkozyste devenu ministre de l'Education Nationale, a rétabli la semaine à 4 jours, instauré par le sinistre duo Darcos/Sarkozy il y a bientôt 10 ans. "Un tiers des emplois occupés par les femmes le sont à temps partiel, notamment pour dégager le mercredi' rappelle Le Monde, un quotidien que l'on ne suspectera pas d'anti-macronisme primaire. Blanquer a aussi rétabli les classes bilangues, réservées pour quelques élites.

Bruno Le Maire promet vendredi de dévoiler le nom des entreprises que Macron compte privatiser.

Et Edouard Philippe, qui inaugure une foire commerciale en province, se fait huer.

Emmanuel Macron entame cette rentrée "aux abois", paraît-il. On l'espère. Sa présidence se poursuit comme un sarkozysme souriant, une politique de classe qui a pris le pays par hold-up grâce à l'épouvantail frontiste.

Mesure après mesure, Jupiter démontre ce qu'il est.