28 octobre 2017

547ème semaine politique: le cancer de l'assistanat des riches

Où l'on découvre que les assistés ne sont pas ceux que l'on croit, que la République en Marche ressemble chaque jour davantage à la Sarkofrance qu'il fallu licencier en 2012.



L'assisté
La campagne pour l'élection du président des Républicains prend un autre tour. Trois candidats, dont deux inconnu(e)s sans grande chance, ont recueilli les parrainages nécessaires. Laurent Wauquiez est le favori.

Cela fait longtemps qu'il a déplafonné la démagogie.
"Il y a beaucoup de gens qui seraient prêts à se faire couper les deux bras pour moi." Laurent Wauquiez, cité par Society.
L'ancien énarque, porté en politique par un ancien mentor qui lui confia les rênes d'une circonscription facile, se croit l'incarnation de la France qui souffre, trime et se tait, une "France qui se lève tôt" comme dirait un ancien monarque désormais destitué. Cette propension à tenter de faire peuple de la part d'une micro-caste d'en haut pour mieux délégitimer, dézinguer, détruire les rares protections des plus fragiles est fascinante.

En 2010, alors jeune ministre de Sarko, Wauquiez profitait de ses déplacements ministériels pour solliciter de généreux donateurs à l'étranger pour financer son micro-parti. Trafic d'influence ?  

Laurent Wauquiez en meeting cette semaine attaque donc les "chômeurs fainéants". Ce même Laurent Wauquiez qui "bobo-ise" à Paris dans quelque beaux quartiers tout en ayant abusivement profité d'un avantageux système de cotisation retraite pendant 13 ans pour lequel il n'a travaillé que deux mois, sonne la charge contre les pauvres et les précaires. Wauquiez a "vu ces situations qui nous révoltent, où un demandeur d’emploi pousse la porte de Pôle emploi pour trouver un emploi et on lui répond: ‘vous avez deux ans d’assistance chômage, ne vous pressez pas. Profitez un peu de la vie’". Il les a vu. Aucun journaliste n'était là pour lui demander où précisément, dans quelle agence de Pôle Emploi, à quelle époque.

"Parce que cela, c’est la réalité." Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez a-t-il gagné ? Il a le travail facile. Les sondages lui donneraient raison - 71% des sondés seraient contre "l'assistanat" (à quand un sondage sur la "glande", la "paresse", ou la "bêtise"? Combien sont-ils parmi ces Français du clavier sondagier à être contre la paresse ?). A y regarder de plus près, les sondés sont plus habituellement plus tolérants et compréhensifs à l'égard des plus pauvres. Les résultats de ces dernières décennies sont même particulièrement massifs, comme l'a rappelé l'Observatoire des inégalités. Mais il fallait buzzer cette semaine sur les propos de l'apprenti marquis de l'Auvergne. Alors on commande puis publie des sondages sur l'assistanat.

Wauquiez est aidé par le sommet de l'Etat. Quelques jours auparavant, le porte-parole du gouvernement et désigné président de LREM Christophe Castaner n'a pas dit autre chose sur les ondes radiophoniques: ""La liberté, c'est pas de se dire que finalement je vais bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances". Laurent Wauquiez a gagné. Même (et surtout) ce gouvernement "ni de gauche ni de droite" reprend et propage cette antienne de la droite furibarde.




L'assistanat des plus riches
En début de semaine, Macron désigne le président de LREM. ce sera Christophe Castaner. Les sbires font mine de prétendre qu'il y aura un vote des militants. On sourit. Il n'y a qu'un seul candidat. Castaner est le meilleur symbole de la Macronista. Ex-socialiste, il soutient avec autant d'énergie aujourd'hui ce qu'il détestait hier. Il est l'incarnation idéale de ce quinquennat.

Le jeune monarque part en Guyane. En mars dernier, alors candidat, il l'avait pris pour une île. Gageons qu'il a réalisé son erreur sur place. Son déplacement est précédé d'une autre boulette du protocole élyséen, une note de conseils sanitaires précisant toutes sortes de bêtises. Sur place, le voyage ressemble à ceux d'un ancien monarque, une dizaine d'années plus tôt. Malgré les forces de sécurité, il y a des heurts, de la rancœur. 

Macron refuse de rencontrer le collectif Pou Lagwiyann dékolé, lequel avait pourtant mobilisé un millier de manifestants paisibles qui ne demandaient qu'une chose, voir également le président pour s'entendre dire de sa bouche que les promesses d'avril dernier seraient tenues malgré le changement de gouvernement.

Mais Macron ignore. Et il enfonce, inutilement. Au micro du Quotidien de TMC, il balance. "Je ne reçois que des élus". Sur Twitter, il balance encore: "Je ne suis pas venu à Maripasoula faire des promesses de père Noël."

Que le nouveau monde ressemble à l'ancien...

La com' élyséenne surprend son monde quand le jeune monarque déboule à l'improviste, mais filmé, dans deux des quartiers chauds en périphérie de Cayenne. Selfies, parlotes et sourires. Jupiter a la chemise "immaculée" quand il fait sa blague sur l'odeur de cannabis qu'il renifle à pleins nez. cela fait moderne, courageux et proche des gens.

Source
En métropole, ses députés godillots votent avec gourmandise l'un des plus incroyables cadeaux fiscaux pour les plus riches de ces deux dernières décennies, la "flat tax" sur les revenus financiers: plus-values de spéculation ou de stock-option, dividende, et intérêts d'épargne seront moins taxés que les revenus du travail.

La vie est belle en Macronista.

L'Observatoire des inégalités calcule: "un ménage qui touche 400 000 euros de revenus financiers annuels va bénéficier d’un cadeau fiscal de 96 000 euros sous forme de baisse de son impôt sur le revenu avec le vote du 'prélèvement forfaitaire unique'". On appelle cela de l'assistanat pour riches, rien d'autre. Macron a fait annuler l'une des rares mesures sociales de Hollande, que les revenus du capital soient taxés comme les revenus du travail. Avec son "prélèvement forfaitaire unique", le principe est simple: plus tu es riche, et donc imposable, moins tu paieras d'impôts. Ce cadeau devrait coûter 4 milliards d'euros au budget de l'Etat. Et s'ajoute la suppression de l'ISF qui représente déjà un cadeau de plus de 4 milliards d'euros (sans contrepartie), et non de 3 milliards comme le gouvernement l'a expliqué.

La vie est belle en Macronista.

En métropole, les députés godillots LREM votent aussi la suppression de la généralisation du tiers payant. Et aussi la réduction de dix points du taux d'imposition patronal des actions gratuites délivrées par les grandes entreprises.

Communistes, insoumis et socialistes ont exprimé leur écœurement.
 
Pendant que Jupiter fanfaronnait à Cayenne,  le président de la Commission des Finances du Sénat communiquait l'ampleur de ces cadeaux fiscaux aux plus riches: les 100 plus grandes fortunes de France économiseront en moyenne 1,5 million d’euros grâce à la suppression de l'ISF et cette nouvelle "flat tax".

Merci Macron, merci patron.


Catalogne, l'échec européen
Les indépendantistes catalans s'affichent européens, pacifistes, démocrates. Après deux semaines de vaines tentatives de dialogue avec l'Etat central, la Catalogne a déclaré son indépendance ce 27 octobre 2017. Aussitôt, vers 20 heures, le premier ministre espagnol Rajoy intervient à la télévision. Il annonce la destitution de l’exécutif catalan et la convocation d'élections locales anticipées en Catalogne pour le 21 décembre.

La France insoumise, le PS, et le PCF appelaient tous à une médiation européenne. L'Union européenne est là pour cela: incarner la paix et le dialogue (ne riez pas). Elle n'a rien fait. Bien au contraire. Un à un, Les autres pays européens, dont la France au premier chef, ont une réaction déraisonnable et indigne. Au lieu de proposer leur médiation, ils ont affiché leur soutien inconditionnel à Rajoy.

Interrogé sur le sujet lors de son déplacement en Guyane, Jupiter a simplement déclaré: "J'ai un interlocuteur en Espagne, c'est le Premier ministre Rajoy (...) Il y a un Etat de droit en Espagne, avec des règles constitutionnelles. Il veut les faire respecter et il a mon plein soutien."

L'Europe meurt avec des gens comme  lui.


Ami macroniste, où es-tu ?








21 octobre 2017

546ème semaine politique: les premiers de corvée face à Macron

 

 

Où il est question d'une semaine inédite, où l'on balance enfin les porcs, et où les premiers de cordée enfoncent aussi les premiers de corvée.


La parole se libère, enfin.
Voici un ancien ministre et figure morale de la gauche, un ancien candidat rocambolesque à l'élection présidentielle, un député LREM tombeur de Florian Philippot, et même un intellectuel islamiste accusés tour à tour d'agressions sexuelles. Depuis qu'une journaliste française a osé appeler ses camarades de souffrance à partager sur les réseaux sociaux les harcèlements et agressions sexuelles dont elles ont été victimes sans oser l'avouer, plus de 160 000 messages sont postés avec des hashtags divers dont le désormais célèbre #balancetonporc.

La réaction de la gente masculine devant ce déferlement apparemment sans contrôle est ambivalente. Rares ont été les soutiens, rares sont les soutiens sans critique. Certains mâles geignent de l'amalgame (non, tous les hommes ne sont pas des agresseurs), ce qui est stupéfiant: pourquoi se sentent-ils spontanément visés  quand seuls les porcs sont sur le gril ?

D'autres ont peur de cette "folie". Quelques hommes de pouvoir sont pris en flagrants délits de malaise quand on leur demande s'ils dénonceraient des harceleurs: le ministre Bruno Le Maire refuse de dénoncer ("ce n'est pas dans ma nature"), avant de faire des excuses publiques. Son collègue de l'intérieur Gérard Collomb semble quasi-gâteux quand on lui pose la même question: "Oui, ça dépend… enfin, je veux dire qu’entre le fait de pouvoir flirter et le fait de pouvoir harceler, il me semble y avoir des différences".

D'autres hommes vont plus loin, plus grave, et publiquement. Une fraction de personnalités médiatiques fustigent la délation en masse alors que le nombre d'agresseurs nommément identifiés est ridicule: Raphael Enthoven ou Eric Zemmour sont deux illustrations opposées de cette défaillance masculine. Enthoven apporte son soutien mais fustige la méthode. Zemmour, lui, est fidèle à lui-même, immonde. Il ose une comparaison avec la dénonciation de civils juifs innocents pendant la seconde guerre mondiale.

Le président des riches ...
Source: Arnaud Mouillard
Dimanche, Jupiter passe à la télévision. Contre ce déferlement, il essaye de rester hors de la mêlée alors qu'il aurait fallu y plonger. Il réagit à peine. Cette posture jupitérienne est heureusement corrigée par sa secrétaire d'Etat à l'égalité entre femmes et hommes qui réagit avec compréhension. Elle promet une loi, avec, peut-être enfin, un allongement des délais de prescription contre les agressions sexuelles.

Macron à la télévision, cela devait être l'évènement de la semaine. Ses sondages sont de pire en pire, surtout auprès des classes populaires. Mais Jupiter parle enfin avec des journalistes. Les éditocrates de cette démocratie fatiguée nous promettaient du spectacle. Mieux, cette semaine, les deux finalistes de l'élection présidentielle retrouvent ensemble les plateaux télévisuels. Nous n'avions vu ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen depuis leur grotesque débat de l'entre-deux tours. Macron choisit TF1 dimanche soir. Le Pen s'effondre le jeudi suivant sur France 2, en faisant réaliser le pire score de l'émission depuis sa création.

Du jeune monarque, on entend la confirmation de ses convictions libérales: "Je ne crois pas au ruissellement mais à la cordée". Quelques experts ès libéralisme tentent de décortiquer cette nouvelle pensée de Jupiter, de la raccrocher à un "libéralisme de gauche". La "cordée" en serait l'emblème, là où le libéralisme de droite préférerait la rente. Lutter contre les inégalités d'accès, plutôt que les inégalités de fait, voici la nouvelle théorie de cette France du haut enfin rassemblée en toute cohérence dans la Macronista.

... face à l'idiote utile du Front national
Ce dimanche soir, Jupiter laboure aussi un peu les terres fantasmées de l'extrême droite et la droite furibarde quand il s'attaque aux clandestins: "Toutes celles et ceux qui, étant étrangers en situation irrégulière, commettent un acte délictueux quel qu'il soit, seront expulsés". Pourquoi donc cibler les clandestins délinquants ? Leur délinquance serait-elle en hausse ? Non, Macron réagit à l'attentat de Marseille, où un Tunisien clandestin a poignardé deux jeunes femmes. Est-ce donc la mère de toutes les réponses, la solution ultime au terrorisme ? Non. Mais il fallait s'abaisser à cette facilité pour tenter de remonter dans les sondages.

Jupiter apparait au final arrogant.  Il s'agace qu'on lui rappelle sa formule filmée, théâtralisée et sur-médiatisée sur le "bordel". Il réfute l'accusation de président des Riches, il assume ses provocations.

Après l'émission, il se dit frustré.

Et nous ?

Quelques jours plus tard, Marine Le Pen discute donc à son tour dans le poste, mais dans une belle indifférence. A peine 20% de ses électeurs du scrutin présidentiel se sont attardés à l'écouter, quel bide ! Elle bégaye une mauvaise défense pour justifier sa décision de s'auto-augmenter de 2000 euros par mois sur le budget du parti. Elle reste flou sur le sort de l'euro, aussi floue qu'il y a 6 mois.

 Son ancien meilleur ami Philippot se régale et se défoule, la vengeance est encore chaude: "Je n’ai pas du tout été surpris par le bide d’audience. Je crois que c’est le plus mauvais score de l’histoire de cette émission. Je crois qu’une page est tournée."

Les premiers de corvée
Pendant que quelques mâles s'inquiètent des répercussions d'une parole féminine qui se libère enfin, la présidence des riches fait passer au Parlement deux mesures des plus emblématiques de cette présidence finalement odieuse: la ratification de la loi sécuritaire (où les députés socialistes... s'abstiennent !) et l'adoption du paquet fiscal.

Ce paquet fiscal est une "offense", qualifie Jean-Luc Mélenchon à la tribune de l'Assemblée. La suppression de l'ISF et la création d'une "flat tax" à 30% (au lieu d'un impôt proportionnel sur les revenus) représentent une perte de recettes publiques équivalentes à 75 000 logements sociaux, ou 90 000 places en crèches ou encore 30 000 postes de personnel soignants à l'hôpital public, détaille-t-il. La "flat tax", rappelons-le, nous vient tout droit de l'héritage reaganien et thatchérien, elle est tout aussi injuste puisqu'elle consiste les revenus du capital (dividendes, plus-values de cession de titres financiers, intérêts de l'épargne) moins que les revenus du travail !

En novlangue macroniste, on appelle cela le "Plan Entreprise" (complété d'une réduction du taux de l'impôt sur les sociétés et de la pérennisation de l'inefficace et coûteux CICE de François Hollande en exonérations de cotisations sociales définitives et sans contreparties). Relire quelques tweets de l'actuel porte-parole du gouvernement quand la droite proposait exactement ce qu'il soutient aujourd'hui est cocasse, et indigne.


Cette double mesure enterre aussi la promesse du candidat Macron de ne pas baisser la fiscalité des revenus du capital. Au total, cette dernière va baisser de 4,5 milliards d'euros l'an prochain. Mardi, une centaine de députés de gauche réclame du gouvernement qu'il publie l'impact de cette décision, oubliant pour nombre d'entre eux que Hollande s'était résolu à perdre 1,3 milliards d'euros d'ISF en le plafonnant à la fin de son quinquennat. Après le bouclier fiscal version Sarkozy puis version Hollande, Macron achève de détricoter ce qu'il reste de fiscalité progressive sur les plus aisés de ce pays.

Cette politique de classe se comprend encore mieux à travers quelques exemples: les 100 plus gros contribuables à l'ISF vont économiser 1,3 million par an grâce à la mesure.
"Le but n’est pas de baisser globalement la fiscalité des revenus du capital mais de la rendre plus lisible et plus efficace" Programme présidentiel d'En Marche
Le président des riches l'emporte, sa double mesure de classe est votée par sa majorité godillot. Bruno Le Maire défend la double mesure au motif qu'elle sert l'investissement, il, répète sa "théorie de la création des richesses", il se félicite de la disparition d'un "totem idéologique vieux de 35 ans, qui était devenu inefficace et complexe". L'instauration de sa "flat tax" s'inspire de la politique libérale de la même période, mais Le Maire ne parle pas de "totem" dans ce cas-ci.

Les premiers de corvées le remercient.

Le lendemain du spectacle télévisuel présidentiel, le porte-parole Christophe Castaner répète les éléments de langage, et lâche cette petite saloperie digne d'un Wauquiez en pleine campagne contre le "cancer de l'assistanat": "L'universalité de l'allocation chômage, qui doit profiter à celles et ceux qui n'y ont pas droit […], implique aussi des droits et des devoirs , (...) c'est une forme de liberté, mais la liberté, c'est pour aller vers quelque chose, la liberté, ce n'est pas de bénéficier des allocations chômage pour partir deux ans en vacances."

Christophe Castaner est très certainement l'une des meilleures incarnations de cette Macronista.  Pourvu qu'il ne reste jusqu'à la fin du quinquennat. 

Ami(e) macroniste, ne pars pas.


15 octobre 2017

545ème semaine politique: ce que Macron ne dira pas de Jupiter (sur TF1)

 

Où il est question d'un débat politique à nouveau hystérisé, d'un Jupiter sans recul et si puéril, et d'une politique de classe que la mise en scène élyséenne masque mal.



Appliquer un programme de classe
La campagne fait rage, ou presque. Les Républicains se cherchent un nouveau président. L'élection/désignation est prévue pour décembre, et l'indifférence médiatique guette le scrutin. Alors il faut frapper, secouer, agiter l'électorat le plus réactionnaire de cette droite jadis hystérisée par Sarkozy puis Fillon. Laurent Wauquiez fait la course en tête, faute de rivaux sérieux. Il est secondée par une ancienne juppéiste. Virginie Calmels vise la vice-présidence du parti, au prix d'une pirouette idéologique personnelle en si peu de temps et pour de si funestes raisons qu'elle dépasse l'entendement. Les deux sont bien embêtés avec la politique de Jupiter.

Ils n'en demandaient pas tant. 

Mercredi, la bourgeoise bordelaise défend quand même l'essentiel du projet de budget de Macron, et notamment la quasi-suppression de l'ISF. Elle défend sa classe au micro de Nicolas Demorand sur France inter. On pourrait sourire si son propos sur la suppression de la partie immobilière de l'ISF par Macron ne suintait pas au mépris de classe aussi grand que celui de nos actuels dirigeants: "L’immobilier est un refuge pour beaucoup de Français pour faire face aux aléas de la vie et être propriétaire est quelque chose auquel les Français aspirent".

N'imaginez pas Jupiter reconnaître pareil soutien.  Il réfléchit au contraire à un "grand discours social" pour les semaines à venir.

Ne riez pas.

Caricaturer son opposition
La critique de Macron à l'encontre de Hollande est mal habile. On sent qu'il est mal à l'aise, effrayé de perdre les nombreux convertis socialistes qui peuplent sa majorité. Alors il tacle sur la personne de l'ancien président et, un peu, sur sa politique. Côté gauche, les survivants socialistes n'ont pourtant plus de mots assez durs pour dénoncer les maux macronistes. Même Bernard Cazeneuve se lâche à confier que la Macronista est à droite. Mais ces socialistes se déchirent encore. L'ancienne ministre puis frondeuse Aurélie Filippetti est menacée d'exclusion pour avoir soutenu une liste dissidente aux sénatoriales. Le PS veut aussi purger les ex-camarades désormais macronistes. Le temps est venu de clarifier une position politique qui a quasiment fait disparaître les socialistes de notre paysage politique. A force de contorsions politiques, ils ont été remplacés sur leur droite par l'aréopage macroniste.

 

Contre les insoumis, la macronista se lâche et elle a bien raison. Les insoumis reprochent à Macron sa politique de classe, ses mensonges écologistes et son mépris de la tradition diplomatique gaulliste. C'est largement suffisamment pour faire éructer, par sbires interposés, un jeune monarque si susceptible. 

Du coup, les polémiques sont à la hauteur de leurs attaquants, souvent minables et hystérisées. Au moment même où le chef de file des députés macronistes est exempté de procès car les faits de trafic d'influence dont ont l'accusent sont prescris, quelques macronistes attaquent les insoumis plus visibles comme le couple Corbière/Garrido victimes d'hallucinations collectives et de raccourcis bien ciblés; ou la députée Danièle Obono (dont la participation à un rassemblement du groupuscule des Indigènes de la République 11 ans avant la création de la France insoumise équivaut à considérer les Insoumis soutiennent ce même mouvement ... sic!); ou même le politologue Thomas Guenolé dont la moindre critique contre les médias dominants (c'est-à-dire les plus lus, vus et relayés) lui vaut l'accusation de faire la police de la pensée (sic!).

Et que dire de l'affrontement Valls/Mélenchon, qui ne grandit ni le premier déjà très bas, ni le second, qui mérite mieux ? 

Ou de cette polémique sur le drapeau européen ? Il suffit d'écouter Mélenchon sur l'idée européenne ("tout le monde est pour") pour se convaincre de la bêtise des accusations contre celles et ceux qui n'aiment plus ce drapeau synonyme d'asservissement.

Cacher son boulet fiscal
Lundi, les nouveaux dirigeants de la "Start-Up Nation" se retrouvent en séminaire expresse mais forcément communiqué, filmé, orchestré médiatiquement comme il se doit.

Mercredi, la ministre de la Santé présente le plan de financement de la Sécu en Conseil des ministres. Jupiter est ravi. Il y a des économies, massives, et quelques mesures d'affichage populaire, symboliques dans leur ampleur. La communication gouvernementale commence par un gros demi-mensonge: ce projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 rendrait "7 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux actifs, par une baisse de leurs cotisations sociales." 

C'est techniquement vrai, mais c'est oublié la hausse parallèle de la CSG, et les 4 milliards d'euros de déremboursements et économies de soins que les mêmes ménages devront supporter. Les calculs de gains de pouvoir d'achat sont même fracassants pour le story-telling présidentiel: plus les ménages seront aisés, plus ils bénéficieront d'économies.

La vie est belle en Macronista !

Il y a ensuite ces annonces  symboliques, notre jeune monarque est trop généreux: le minimum vieillesse augmentera de 100 euros... sur 3 ans. Par comparaison, les 350 000 foyers bénéficiaires de la quasi-suppression de l'ISF vont économiser environ 10 000 euros d'impôt en moyenne tout de suite, dès 2018. Merci Macron, merci patron. Seconde mesure symbolique, la revalorisation du complément familial majoré versé aux familles monoparentales et modestes ne concernera que 76 000 familles environ. Tant mieux pour elles, c'est une mesure bienvenue. Mais confondre cette charité marginale digne d'un Ancien Régime craintif avec une politique socialement équilibré est risible.

Au passage, ce PLFSS confirme la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) en allégements généraux sans contre-partie pour les entreprises.

Jeudi, tous les syndicats défilent un à un à l'Elysée. Le show est chronométré, pas plus d'une heure chacun pour se "concerter" sur la réforme de la formation professionnelle et de l'assurance chômage. Fidèle à son habitude, Macron ne dévoile que le minimum et fait démentir toutes les fuites publiées dans la presse. Il ne faut broncher quand la ministre du travail, l'ex-DRH de Danone gavée de stock-options pour ses quelques plans sociaux à succès, explique sans rire que l'assurance chômage doit "se réformer" car les contrats précaires coutent trop cher. Qu'entend-t-elle par là ? Qu'il faut les sur-taxer alors que sa loi Travail vient de créer le contrat le plus précaire que notre Vème République ait connu ?

Mépriser de l'étranger
Le jeune monarque a enfin accepté, il sera interviewé par un journaliste, en direct et à la télévision. Depuis son élection, Jupiter fuyait les exercices audiovisuels en direct. Son besoin de contrôler jusqu'au bout le story-telling de sa présidence était devenu si caricatural et ringard. Le candidat Macron souriant et à l'aise lors du débat de l'entre-deux tours présidentiel avait laissé place à un Jupiter coincé, éruptif et paranoïaque.

L'entretien dimanche a été tenu secret, mais le nouveau Monsieur com' de l'Elysée, l'ancien journaliste Bruno Roger-Petit confirme la normalisation de Jupiter: "c'est un retour aux fondamentaux de l'entretien présidentiel". On entendra donc Macron répéter combien la France ne pas jalouser ses plus riches, que chacun doit rêver d'être milliardaire, et que la spéculation financière, désormais moins fiscalisée que les revenus du travail, est bonne pour l'économie.

Mais l'interview présidentielle la plus fascinante, la plus révoltante, la plus hallucinante est publiée par le magazine allemand Der Spiegel dans la semaine. Le média allemand lui-même ne s'y trompe pas: sa couverture titre sur une double citation: "je ne suis pas arrogant" (en haut de page), "je fais ce que je veux" (en bas de page). Le jeune monarque y confesse surtout que son fameux discours sur l'Europe, déclamé quelques heures après la (petite) victoire législative d'Angela Merkel aux élections législatives allemandes, avait été envoyé à la chancelière puis modifié par elle avant qu'il ne le prononce en France... Quel aveu stupéfiant... Quelle génuflexion...

Jupiter réédite aussi ses critiques à l'encontre de ses compatriotes. Il n'est jamais plus sincère sur les Français que lorsqu'il s'exprime à leur sujet depuis l'étranger. Il dénonce ainsi la "jalousie qui paralyse la France", et réfute toute arrogance ("Je ne me prends pas pour un roi") par cette curieuse et contre-productive formule:
"Je ne suis pas arrogant, je dis et je fais ce que je veux"



Ami macroniste, ne sois pas arrogant.

Tu es au pouvoir.

Sois responsable.

7 octobre 2017

544ème semaine politique: les 5 intox du président des riches.

 

Où le président des riches s'essaye à intoxiquer les plus pauvres, où son mépris de classe le fait déraper, à moins qu'il s'agisse d'un acte volontaire d'un gouvernement de classe sans classe.



Intox #1
Jupiter dort peu, très peu. Le dernier reportage publi-rédactionnel sur le président des Riches figure en couverture de l'Express, "Macron, la nuit". Une vingtaine des pages pour apprendre tous les détails de vie nocturne et travailleuse de Jupiter. Insister ainsi sur l'énergie jupitérienne ne doit rien au hasard. C'est une communication lancée pour contrer l'image d'un président des riches qui abîme le story-telling macroniste. Non, Macron n'est pas ce bourgeois oisif, il mouille sa chemise à l'Elysée, il "ne dort jamais". Il n'est pas comme ces "fainéants" qu'il dénonce publiquement. Et son énergie n'a pas limite. "Il déteste être contraint, il veut reste le maître des horloges".

Il est Jupiter ou il n'est pas.

Conseillers et ministres sont appelés à témoigner: "Personne ne l'a vu somnoler". "Au pouvoir, vous n'êtes pas censé dormir" en rajoute son Simplet. Puisqu'il faut meubler cette longue, très longue enquête qui ne nous épargne rien sauf le début d'une analyse politique et sociale sur les conséquences de la politique macroniste, ce publi-reportage utilise même quelques citations jupitériennes croustillantes extraites de l'hagiographie récente de Philippe Besson ("Un personnage de roman") telles que celle-ci:

"Ma culture est une culture mâle, guerrière."
Ailleurs, les sondages se suivent et se ressemblent. Macron et son Philippe dégringolent.

Intox #2
Tardivement effrayé par la mauvaise image libérale et droitiste que dégage ce début de quinquennat - Libération ne titre-t-il pas sur "Macron, le fils caché de Sarkozy" ? #lol   - Jupiter réclame à ses troupes de revaloriser l'équilibre de sa politique.   

Rapidement, le premier des ministres explique qu'il serait ouvert à une hausse des taxes spécifiques, hors ISF, de certains biens de luxe. Cela ne sert à rien (le mal est fait), et les sommes en jeu sont symboliques et ridicules.

Pourtant les ministres représentant l'aile "sociale" de ce gouvernement se taisent. Ce silence est assourdissant. Il faudra qu'ils expliquent plus tard pourquoi et comment ils sont parvenus à endosser une politique fiscale pour les riches aujourd'hui qui va plus loin que le paquet fiscal de Sarkozy en 2007. Car il faut appeler un chat un chat: malgré les éléments de langage répétés par quelques député(e)s LREM, les lois de finance et de financement de la Sécu pour 2018 en disent beaucoup sur cette macronista. Les riches obtiennent des cadeaux, les pauvres doivent faire des efforts. Une caricature ? Non, un constat après un premier examen des deux projets de loi. Voici les mesures les plus massives, les plus décisives, les plus chères.
Bref, la majorité des réductions fiscales profite à une minorité de ménages aisés et aux entreprises; la majorité des efforts (réduction de dépenses publiques principalement), incombe aux plus grand nombre. C'est une politique de classe. Nulle honte à cela, il suffirait de l'assumer.

(Cliquez ici pour voir la video)
Entendre Castaner benoitement expliquer que "Macron est le président des pauvres" a quelque chose d'indécent. 
"Le budget 2018 prévoit d’alléger les aides personnalisées au logement (APL) touchées par les bailleurs sociaux pour le compte de 2,2 millions de leurs locataires, soit 50 % de leurs clients, d’en moyenne 60 euros par mois." Source: Le Monde.





Intox #3
Mardi, Jupiter visite l'usine Whirlpool d'Amiens. Sarkozy a (et s'est) échoué sur Florange. Hollande aussi. Macron voudrait qu'on se souvienne que lui, il a sauvé Whirlpool. C'est faux, mais c'est comme cela. Cela permet quelques belles images, filmées sous la protection de quelques centaines de CRS et gendarmes, du président des riches au milieu des victimes de la mondialisation. Le président des riches qui sauve des ouvriers, le plan de com' est bien ficelé.

Le député insoumis François Ruffin est là pour l'accueillir. Il est inquiet pour les intérimaires de l'usine. L'échange vire au dialogue de sourds. Il est cependant loin des caricatures que nos éditocrates effrayés propagent à l'encontre des députés insoumis.

Mercredi il est à Egletons, les GM&S et leurs soutiens sont accueillis à coups de lacrymo. Jupiter s'agace. Entouré de micros et caméras, Jupiter lâche à propos de manifestants, "il y a en certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux de regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes ailleurs, car il y en a qui ont les qualifications pour le faire, hein !".

"Au lieu de foutre le bordel".... La formule fait tâche.




Rattrapé par son mépris de classe, notre jeune monarque, ce super-héros de la Start-up France dont on vient de nous dresser le portrait flatteur d'un travailleur nocturne hors normes, exprime tout haut ce que nombre dans la France d'en haut pensent tout bas: les chômeurs seraient d'abord des "fainéants", "des "gens qui ne sont rien". En 2015 déjà, le fils caché de Sarko s'exclamait à la radio: "Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord". Son secrétaire d'Etat Benjamin Griveaux ne fait pas mieux quand il cible deux syndicalistes de l'entreprise GM&S, également en difficulté.

Un peu de sérieux, bordel.

Toute la semaine, conseillers et proches du jeune monarque s'essayent à calmer l'incendie. Mais non, nous assure-t-on, il n'y a nulle mépris dans cette nouvelle formule jupitérienne.

Intox #4
Le Figaro Magazine, 7 octobre 2017
Un malade tue à l'arme de guerre près de 60 civils participants à un concert de country à Las Vegas. Quelques identitaires français croient y voir la main de Daech, ce que même Donald Trump dément pourtant. A Marseille, un petit délinquant devenu terroriste islamiste tue 2 jeunes femmes à l'arme blanche devant la gare Saint-Charles. Un autre groupe est arrêté alors sa bombe artisanale n'a pas explosé dans le hall d'un immeuble bourgeois du XVIème arrondissement de Paris. Cela suffit à réactiver les cris des partisans d'un énième durcissement sécuritaire.

Et voici même Manuel Valls, un ex-premier ministre devenu premier roquet de la Macronista, qui accuse la France insoumise d' "islamo-gauchisme" sur RTL: "Je pense par ailleurs que dans leur discours, dans leurs pratiques concernant l’islam radical, il y a de la complaisance, il y a de l’ambiguïté en tout état de cause. [...] Je pense que c’est un discours islamo-gauchiste. Trois hebdo consacrent la même leur couvertures à "l'islamophère". Tous prétendent que l'une des raisons de ce terrorisme-là serait la complaisance supposée de certains élus, intellectuels et autres citoyens (plutôt à gauche) en faveur de "l'islam politique".

La thèse est stupide et même diffamatoire. Elle cherche surtout à éteindre le débat sur les vraies raisons du terrorisme et comment lutter contre cet islamisme radical.

Ces gens sont les idiots utiles de Daech: ignorant pour certains, dont Manuel Valls, leur propre complicité politique quand ils étaient au poiuvoir à traiter encore avec des Etats soutenant le terrorisme, ils font également mine d'ignorer que Daech justement bâtit son discours de haine sur l'antagonisme entre musulmans et non-musulmans; que ces islamistes radicaux ne cherchent rien de mieux que des caricatures en face d'eux. Accuser de complicité avec ces terrorisme ceux-là même qui dénoncent cet antagonisme est faire preuve d'une ignorance crasse, ou d'une mauvaise foi certaine.

A l'Assemblée, les député(e)s godillots votent la transformation de notre état de droit en ce que d'aucuns appellent la "démocrature" avec l'inclusion dans le droit commun des mesures d'état d'urgence. Ces mêmes godillots vont voter la réduction des moyens de nos forces de sécurité (comme la majorité sarkozyste en son temps).

Moins de moyens pour enquêter, déjouer et réprimer, mais davantage pour espionner, fliquer et enfermer même sans preuve, voici le cocktail de cette République finissante. 

Cherchez l'erreur.


Intox #5
La réforme du Code du travail serait derrière nous. Macron n'aurait rien cédé. Il n'en est rien. Tout est possible.

Primo, les syndicats hier divisés se rassemblent. Ce n'est pas encore l'unité au combat contre la loi Travail, mais cela en prend le chemin. La plupart des syndicats, FO et CFDT compris, se joignent en effet à une première réunion unitaire contre la loi Macron. C'est une première après les déchirements des mois précédents.

Secundo, le gouvernement a cédé au mouvement des routiers. Discrètement, en fin de semaine, il a cédé. Une première brèche dans la loi Travail ... et dans le discours officiel. Au gouvernement, on minimise. A la CGT, on applaudit. A rebours de la loi Travail, Muriel Pénicaud a accepté de réintégrer "les éléments de rémunération compensant le travail de nuit, les jours fériés et les dimanches" à la rémunération conventionnelle, à laquelle il est impossible de déroger par accord d’entreprise comme le prévoyait initialement la loi travail.

Patatras !

Là aussi Jupiter emprunte le chemin de Sarko: grosse voix devant les caméras, quelques invectives pour cliver, mais finalement, il sait céder.



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Ami macroniste, combien gagneras-tu avec les réformes de Jupiter ?