25 novembre 2017

551ème semaine politique: les gadgets féministes de Macron.



Où l'on parle de Jupiter qui parle des violences faites aux femmes, enfin. Ou pas.

 

Où sont les femmes ?
Depuis la mi-octobre, des milliers des femmes en France, comme dans d'autres démocraties, ont parlé. Elles ont témoigné de toutes sortes de situations de harcèlement ou agressions sexuelles. La réaction jupiterienne a d'abord été incroyablement silencieuse. Puis Emmanuel 1er et son premier ministre se sont enfin distingués... pour s'inquiéter des excès de ces cas de "délation".
"On ne peut pas oublier que dans cette libération de la parole, il arrivera mécaniquement que des accusations portées soient excessives par rapport aux faits dénoncés" Edouard Philippe, 21 novembre 2017.
Différentes pétitions initiées par cinq femmes rassemblent 700 000 signatures sur un mot d'ordre simple: "Président, soyez au rendez-vous !". Car il ne l'est pas au rendez-vous, ce Jupiter. Contrairement à sa promesse de campagne, il n'a pas consacré de ministère mais un simple secrétariat d'Etat à la cause de l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Et l'énergie sympathique de la titulaire n'y change rien. Jupiter a aussi voulu réduire les subventions aux associations de défense des droits des femmes.
"Emmanuel Macron a le pouvoir de faire en sorte que les violences sexuelles cessent." Caroline De Haas.
Samedi, Jupiter joue son image, et rate la marche. Il convoque ses principales ministres pour l'assister dans la tâche: on retrouve Nicole Belloubet, la garde des Sceaux qui propose de créer un plancher d'âge si jeune (13 ans, a-t-elle proposé) pour le consentement sexuel; Agnès Buzyn cette ministre de la Santé qui déclarait plus tôt que la Sévu "n'est pas là pour rembourser des montures Chanel" (mépris ou ignorance de classe ? La Sécurité sociale rembourse 1,70 euros par monture) , et, bien sûr  Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes. Il invite même l'ex-alibi banlieue de Sarkozy Fadela Amara, tombée depuis dans un anonymat inespéré. Et aussi l'humoriste Florence Forresti.

Après 40 minutes d'intervention de divers.es invité.e.s, le jeune monarque arrive enfin, salue puis parle.

Le discours d'Emmanuel Macron sur les violences faites aux femmes dure juste le temps de quelques annonces gadgets.

Jupiter rate la marche. Et c'est assez simple de comprendre pourquoi: il élargit trop, il annonce des gadgets, il promet sans moyens. .

Reprenons.

Macron annonce d'abord beaucoup de gadgets symboliques qui ne changeront pas grand chose au changement culturel et aux moyens de terrain que requiert le sujet. Ainsi, l'égalité entre les femmes et les hommes est déclarée "grande cause du quinquennat". On sourit. Ou on pleure. Il commence aussi son intervention par une minute de silence en hommage aux 123 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2016. A la télévision sur les chaînes d'info, ça fait joli. Ado, Macron a fait du théâtre. Il aime toujours la scène. Il lance aussi un clip de prévention pour la "sécurité sexuelle" (?).

Il promet aussi d'élargir les pouvoir du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel à ... Internet et les jeux videos. A-t-il compris que le harcèlement sexuel se pratique d'abord dans les lieux de pouvoir ?

Plus concrètement, on ne boudera pas notre satisfaction quand il désavoue sa ministre de la Justice pour annoncer qu'il préférait fixer à 15 ans (et non 13 ans) l'âge minimal du consentement sexuel. La seconde mesure concrète fut la création "dès 2018", dans 10 centres hospitaliers, "d'unités spécialisées" dans la prise en charge psychotraumatique des femmes victimes de violences mais "à titre pilote". Mais Jupiter s'est même abstenu de préciser si ces traitements seraient réellement pris en charge par cette "Sécu-qui-ne-va-pas-quand-même-rembourser-des-montures-Chanel".

Il a pourtant le constat juste: "C'est notre société entière qui est malade du sexisme". Mais bizarrement, il s'empresse d'ajouter qu'il ne veut pas "que nous tombions dans un quotidien de la délation." L'a-t-on entendu prendre pareille précaution pour le signalement de suspects terroristes ? Ou pour pour tout autre acte criminel ou délictueux ? Non, il y a là sans doute une trouille masculine qui s'exprime à mots couverts.

Quelle tristesse.

Jupiter promet quand même une "loi citoyenne", avec commes mesures phare l'augmentation à 30 ans des délais de prescription en matière de violence sexuelle (pourquoi cette prescription quand on sait que ces violences restent souvent enfouies si longtemps) et l'instauration d'un âge minimal pour le consentement sexuel fixé à 15 ans. Et le budget de la pauvre Marlène Schiappa sera augmenté de 29,8 à ... 30 millions d'euros. On est ravi pour elle. 




La double face de Jupiter.
Ce samedi, Macron a rappelé quelque chose qui n'est pas anodin: sa "grande marche" de 2016 avait fait surgir, dit-il, un sujet "au-dessus des autres", les "violences faites aux femmes". Bizarrement, ce n'est qu'un an plus tard que Jupiter le dévoile et en prend compte.

Toute la macronista est ainsi résumée.


Côté face, la République en Marche serait ce mouvement qui fédère les énergies individuelles citoyennes pour transformer "d'en bas" une France coincée dans des vieux clivages. L'image est belle comme un spot de pub. Ainsi sur le sujet des violences faites aux femmes, la secrétaire d'Etat à l'égalité Femmes/Hommes avait lancé début octobre un tour de France de "consultation citoyenne" pour lequel elle espérait 50 000 participants en 6 mois... On estime à plus de la moitié le nombre de femmes victimes de violences sexuelles... L'écart entre les ambitions de ce énième gadget et la réalité du problème devrait faire suffoquer.

Désigné par Macron lui-même, intronisé par un Congrès tenu à Paris samedi 18 novembre, Christophe Castaner déroule ainsi sur les ondes dès le soir puis toute la semaine combien l'engagement citoyen et "bénévole" est au cœur du projet macroniste. L'objectif est de nous faire croire que Jupiter n'est que le bras armé d'un large mouvement citoyen et spontané, un mouvement (plutôt qu'un parti) de la "France d'en bas"; un mouvement si différent des anciens partis et des anciens clivages.

La réalité des actes, et des coulisses, est toute autre. Il faut être aveugle pour ne pas la voir. Ou complice. Et nul besoin de désigner cette arrogance persistante qui surprend jusqu'aux plus discrets du Palais de l'Elysée.

Le Canard Enchaîné de la semaine lâche ainsi une autre livraison sur la purge de classe que la macronista conduit en France. Le plus intéressant de ces révélations n'est pas tant le montant des économies budgétaires ni sur quels services publics elles seront concentrées que la réalité des processus de décision qui sont à l’œuvre. On pourrait distinguer au moins quatre volets dans cette hypocrisie macroniste.

Primo, le vide de la République en Marche. Le prétendu Congrès fut un moment de déchirements. LREM ne communique pas sur le nombre d'adhérents. Ensuite, les désaccords idéologiques persistent, y compris sur des sujets aussi sensibles que la laïcité. Enfin, la démocratie participative est une posture: samedi 18 novembre à Paris, un tiers des membres du Conseil du parti ne se sont même pas déplacés. Le choix de voter pour ou contre l'unique candidat à huit-clos (plutôt qu'à bulletin secret) s'est décidé à une courte majorité des présents (38 voix sur 516). Le mouvement n'est surtout qu'une façade vide qui ne sert à rien. C'est en coulisses des ministères que se prépare la réalité des actions de la mavronista. Ainsi, révèle le Canard, dès la fin septembre et dans le plus secret, le premier miister a-t-il demandé aux secrétaires généraux des cabinets ministériels et à l'inspection général des finances d'identifier les pistes budgétaires pour réduire les effectifs de la fonction publique (37 000 ETP entre 2020 et 2022), de 10 milliards les remboursements de la sécu et 16 milliards sur les collectivités territoriales.

Secundo, le programme de classe. Rares sont celles et ceux qui parviennent à expliquer l'équilibre de la politique macroniste. L'équilibre serait d'ailleurs déjà suspect. Quel équilibre y-a-t-il à instaurer entre "ceux qui n'ont rien" (comme les appelle Jupiter) et ceux qui ont déjà tout ou hérité de tout ? Ne faudrait-il pas parler plutôt de redistribution ? A ce propos, qu'un ancien député socialiste rejoigne le gouvernement Macron pour seconder l'ex-sarkozyste dans la réduction des dépenses publiques est ... cocasse.

Tertio, le culte du secret. La ministre de la Culture François Nyssen n'est ni la première ni la dernière de cette équipe macroniste à annoncer qu'elle porterait plainte contre les auteurs des fuites dans la presse des pistes d'économies budgétaires drastiques auxquelles ses services réfléchissent. Avant elle, le sinistre ministre de l'>Education Blanquer ou l'ex-DRH millionaire de Danone devenue ministre du Travail, Muriel Pénicaud ont usé des même menaces dans leurs domaines respectifs. Osons une question: si la République en Marche est un mouvement d'en bas, et que ce gouvernement n'en est que la représentation politique fidèle, pourquoi donc ne pas débattre en public de toutes les idées, même les plus farfelues ? 

Quarto, la centralisation des pouvoirs. La Vème République permet de multiples pratiques. Macron a choisi la plus centralisatrice, la plus monarchique. Ainsi le patron du parti au pouvoir, désigné par Jupiter, restera-t-il ministre en charge des relations avec le parlement.



Ami macroniste, qui es-tu ?

4 commentaires:

  1. "A-t-il compris que le harcèlement sexuel se pratique d'abord dans les lieux de pouvoir ?"
    Trop simple : il se pratique des qu'il y a pouvoir, que ca soit au niveau d'un DSK, que d'un contremaitre qui gère les CDDs d'une chaine dans l'agroalimentaire

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  2. Cher Juan,
    Excusez-moi, mais je n'aime pas l'écriture dite "inclusive", c'est trop fatigant à lire.

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