27 janvier 2018

560ème semaine politique: la dernière génuflexion de Macron.

 

 

 

Le temps d'un journée, Jupiter transforme le Château de Versailles en Disneyland pour patrons de multinationales défiscalisées, dernier épisode de cette mise en scène élyséenne. Mais ce n'est pas tout, ni le plus écœurant.


Sons et lumières
A Versailles,  Emmanuel Macron reçoit 140 dirigeants de multinationales pour une visite et des rencontres privées au Château, sans journalistes ni caméras ni images, sauf quelques selfies de ces vainqueurs de la mondialisation tweetés sur les réseaux sociaux.


Au menu, une maigre promesse, 2 ou 3 milliards peut-être, et sur 5 ans, et, peut-être, 2000 emplois. Le même jour, la simple annonce par Carrefour, désormais présidé par une ancien jeune du cabinet Fillon à l'aube des années 2000, de 2400 suppressions de postes pour cause d'optimisation et de modernisation annule l'effet bisounours de la rencontre jupitérienne à Versailles.
"Sur la route de Davos, nous avons profité du fait que les leaders économiques venaient en Europe pour faire un stop à Paris, inviter 100 PDG des plus grands groupes mondiaux et construire avec eux 100 projets pour la France". Emmanuel Macron, 22 janvier 2018.
Bruno-Roger, très petit, abonde, indécent: "Il faut attirer les premiers de cordée, c’est ça qui compte, le retour de la France dans l’économie mondiale".

Les premiers de cordée rigolent. Les annonces concrètes sont modestes.
 
Construire 100 projets pour la France ? Mesurez donc le ridicule de cette kermesse locale. La France compte 5 millions d'inscrits à Pôle Emploi. Ces entreprises évacuent quelques dizaines de milliards d'euros d'impôts publics grâce à leur efficacité et à une complicité d'Etat. Mais Jupiter s'agenouille, "attractivité" oblige. Il braille en anglais ses compliments, il se tait sur l'essentiel, il envoie les flics et les gaz contre des migrants éberlués.

"France is back", "Choose France", Macron et ses communicants multiplient les "stickers" anglophones qui nous collent à la peau, ces slogans qui transforment la France en une halte-garderie pour épargne défiscalisée. Fallait-il donc traduire en anglais les slogans du Front national pour paraître "moderne" ?

Aucun mot sur la délinquance fiscale ou, à défaut, l'évasion fiscale légalisée (Tiens, l'Union européenne retire discrètement 8 des 17 Etats de sa liste noire des paradis fiscaux dont... les Îles Caïmans... silence élyséen...).

Jupiter préfère le selfie, le tutoiement, le discours en anglais ou la coupe de champagne devant les photographes aux questions gênantes sur la fraude des Google, Facebook et autres Lehman Brothers.

Le patron de Lavazza était content. On est content pour lui.

Macron applaudit quand Google promet de former 100 000 personnes par an, gracieusement, à l'informatique. Aucune pudeur, aucune prudence. On dirait Monsanto qui promet ses semences brevetées à des agriculteurs paupérisés.

La démarche est ringarde comme un sommet du G7, inutile comme un séminaire gouvernemental télévisé pour épater la gallerie, ennuyeuse comme un conseil européen. C'est un spectacle pour journalistes ( pourtant de moins en moins béats), pour faire croire, à coup de rafales de tweets sur les réseaux sociaux, que le gouvernement agit.

Il y a pourtant bien des causes qui méritent des sommets, bien des gens qui méritent une tribune et un accès si privilégié aux ministres et sous-ministres de cet aréopage: l’environnement (mais cela choquerait les "investisseurs"), la paupérisation du travail (tiens, le fameux accord européen sur le travail détaché n'est toujours pas signé, neuf mois après les déclarations triomphaliste de Jupiter), le mal-logement, la pauvreté, ou même l'accueil des migrants (mais Macron perdrait de la cote dans les sondages auprès des sympathisants de la droite furibarde). Mais Macron veut du "feel-good".

A Paris, autre spectacle. Des député(e)s LREM organisent leur "grand rendez-vous de l'économie productive". Encore une fois, fausse modernité oblige, on l'affuble d'un slogan anglo-saxon ("make our economy great again") pour illustrer sur les réseaux sociaux cette matinée avec des représentants des institutions financières et bancaires... exclusivement françaises. L'objectif de l'opération est de faire croire qu'on va trouver des solution pour "mobiliser l’épargne et les acteurs financiers".

Ce lundi matin, on parle épargne productive. La jeune députée Amélie de Monchalin, ex-cadre bancaire, fait face à ses anciens patrons et collègues pour les convaincre d'orienter l'épargne libérée grâce aux gigantesques cadeaux fiscaux de la loi de Finances 2018 vers les entreprises et en particulier les PME. Car il n'y avait aucune contrepartie à la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax pour les revenus financiers, absolument aucune. Rien n'incite à cette "réorientation productive"du capital, pourtant seul et unique argument servi par le Président des riches pour justifier pareil cadeau. Il y avait donc urgence à faire un show: "En termes clairs, l'épargne des Français doit financer plus largement et durablement la croissance de nos entreprises." répète Amélie de Montchalin. Son numéro est bien rôdé, elle mérite un César de meilleur espoir féminin. On la croirait presque.

En termes clairs, ce matin-là, la députée LREM fait pourtant choux blanc: aucune promesse, ni annonce, ni plan d'action. Les intervenants bancaires la renvoient dans ses filets. Son "ton martial", ses attaques contre les produits d'épargne improductive (comme les 1 700 milliards d'euros placés en assurance-vie), ses incantations à la bonne volonté des banques et des riches contribuables de transformer leurs économies faramineuses dans le financement de l'économie ("Le monde de la finance n'est ni sans nom, ni sans visage, il n'est pas notre ennemi") ne servent qu'à amuser une assistance goguenarde.

En termes clairs, la main invisible du marché lui fait ce matin-là un doigt d'honneur.

L'indécence et le ridicule ne s'arrêtent pas là.

A l'Assemblée, l'hémicycle est quasiment déserté par les député(e)s LREM, une nouvelle fois massivement absentéistes, pour la célébration du 55ème anniversaire du traité franco-allemand dit de l'Elysée. Jean-Luc Mélenchon exprime sa colère. Richard Ferrand, chef du groupe LERM bredouille une excuse symptomatique de la novlangue macroniste: "L’hémicycle n’était pas vide, il était insuffisamment peuplé !"

Génuflexion
Jupiter file à Davos, station suisse pour richissimes, où 3000 dirigeants se retrouvent pour converser sur l'avenir d'un monde qu'ils voient de haut. L'oligarchie est là, toute entière, ne manquent que ses valets. Et les chefs d’État, de Macron au clown de Washington défilent un à un pour un exercice de génuflexion que d'aucuns devraient trouver humiliant pour les nations qu'ils représentent.

Deux exemples, simples et si éclairants.

D'abord, Trump. Le clown de la Maison Blanche déboule vendredi, pour un discours court et fade. Tout juste ses dernières attaques contre la presse si "méchante" provoque quelques sifflets et huées de la part des journalistes. Comme Macron et quelques autres, Trump mouille la chemise, et prêt à l'allégeance. Il s'agenouille; "venez, venez s'il vous plait". Mais il n'est pas le seul. Tous les dirigeants politiques sont là pour cela, s'agenouiller.

Capituler.

C'est la règle.

Second exemple, notre président-sourire, Macron. Le voici qui prononce un discours, une première partie en anglais, puis sa "traduction" en français. Gros malaise, les deux ne correspondent pas, absolument pas. Elles sont presque opposés. En français dans le texte, Macron parle "solidarité",  "croissance équitable", "évasion fiscale", "crise du capitalisme", "devoir de partager" et "environnement"; il exhorte même ses collègues chefs d'Etat à "arrêter de détricoter le droit social" (ne riez pas!). En anglais, Jupiter évoque au contraire la nécessaire "baisse du coût du travail et du capital", le besoin de "flexibilité" et de "garantir la stabilité pour les entrepreneurs et les investisseurs". Il ose même insister: il faut "changer de business model pour se réadapter à l'environnement". Docteur Jekyll et Mister Hyde ? Non, Macron n'est que la double face d'une simple hypocrisie. S'il se croit sincère, il est assurément bipolaire.

Jeudi à Saint-Genès-Champanelle dans le Puy-de-Dôme, Macron livre ses vœux au monde agricole. Séquence "terroir". Attention, Jupiter est dans le pré. Face à des agriculteurs pas toujours bios, Macron brasse du vent, enfonce les portes ouvertes (il veut des "des paysans qui peuvent vivre du prix payé d’ores et déjà aujourd’hui"); il excelle dans cette langue de bois qui désormais est sa marque de fabrique. Un exemple, le plan Loup, puisque nombre d'agriculteurs veulent éradiquer ce qui reste de ce canidés dans nos contrées, Macron promet deux mesures "concrètes": "anticiper "les moyens de précautions pour protéger les troupeaux" et assumer "un modèle d’agro-pastoralisme". Euh... Qui a compris ? Autre exemple, les circuits courts. Macron "encourage les acteurs à continuer", mais tous seuls.

Il avait une promesse, ou plutôt une confirmation: sa prochaine loi va "renverser la construction du prix en partant des coûts de production", "relever le seuil de revente à perte", voire "encadrer les promotions." Fichtre ! Où est passé le libéralisme béat ? Jupiter deviendrait-il dirigiste ? Non, il adapte son discours à ses interlocuteurs, à Davos comme à Saint-Genès-Champanelle. Sur son site, le député François Ruffin publie le projet de loi, avant même sa présentation en Conseil des ministres; ça couine dans les couloirs de l'Assemblée. Mais le mal est fait. La comm' gouvernementale torpillée. Et le projet apparaît au final bien maigrichon.

Le soir même, à Clermont-Ferrand, Jupiter serre des mains, il sert son image dans les rues de la ville. Il improvise une visite à une heure du matin chez un nouveau coiffeur du coin (si, si). Il déambule, pour faire des selfies, encore des selfies. Cela fait proche du peuple.

Jupiter est un troll.



Ami(e) macroniste, qui es-tu ? 


20 janvier 2018

559ème semaine politique: l'efficacité honteuse d'Emmanuel Macron

Où l'on parle des premières bourdes de l'année de Jupiter, de son story-telling sur l'immigration mis à mal par ses proches. Et de sa première capitulation heureuse.


Il y a des étrangers que Jupiter adore. Lundi, séminaire au Château de Versailles. Jupiter invite quelque 140 CEO participants au sommet de Davos, des "global leaders ", à faire une halte en France pour rencontrer le gouvernement. "Jupiter aime recevoir en son Olympe" commente un autre journal, gauchiste, La Tribune. Le Château est privatisé pour la journée et la soirée, une quinzaine de ministres seront présents pour 6 réunions "thématiques". On nous promet 5 grandes annonces, pour un milliard d'euros d'investissement en France

Croyez-vous qu'il ferait de même avec des responsables syndicaux européens avant une réunion au sommet de l'OIT ? Que nenni. Jupiter choisit ses invités et ses causes. Il a baptisé ce sommet de génuflexion patronale "Choose France". Macron a déjà supprimé l'ISF (sans contrepartie, dans un pays, la France, où les riches sont déjà les plus riches d'Europe), allégé l’impôt sur le revenus des traders, fait passer ses ordonnances Travail, mais il a encore quelques cadeaux comme cette exonération de cotisations sociales pour les salariés étrangers des entreprises qui investissent en France. Puis Jupiter ira à Davos, "cette grand-messe du capitalisme mondial" commente le Figaro (sic!), "souvent critiquée pour son uniformité idéologique en faveur du libre-échange et de la dérégulation des marchés".

Il y a des étrangers qui n'ont pas cette chance. Ils "n'apportent" rien: pas d'usines, pas d'investissement, pas de capitaux. Ils n'ont droit à aucun sommet, aucun tapis rouge, et certainement pas une réception au Château de Versailles. Pire, la France leur doit beaucoup, une partie de son Histoire, son honneur. Depuis quelques décennies, ces étrangers sont des bouc-émissaires faciles. Loin de rompre avec "le monde ancien", Jupiter durcit la politique d'une droite furibarde disqualifiée dans les urnes, jusqu'à attaquer les fondamentaux du droit d'asile, une politique qu'il tente de cacher, maladroitement, sous des discours lénifiants.


Depuis une semaine, ministres et député(e)s jupitérien(ne)s tentent d'expliquer qu'il y a un immense malentendu sur cette politique migratoire. Non, nous assure-t-on, la police ne harcèle pas les migrants pour les décourager. Non, crie-t-on sur tous les plateaux, la France ne renie pas son devoir d'asile. "La circulaire Collomb c'est une exigence de dignité" explique ainsi, sans rire, la ministre de la justice Nicole Belloubet sur France inter. Mieux encore, on nous assure qu'il s'agirait d'être "plus efficace" pour "mieux accueillir" hommes, femmes et enfants fuyant la guerre et les persécutions. En novlangue macroniste, réduire les délais de dépôts d'un dossier d'asile et de recours en cas de refus, et, "en même temps", prolonger les durées de rétention, c'est une "exigence de dignité".

Cette semaine, à son tour, Macron plonge dans la mêlée. Le spectacle est rodé. A Calais, Jupiter allait nécessairement rassurer les inquiets et contredire les menteurs. Il n'en fut rien, bien au contraire. Jupiter lui-même a dynamité son propre story-telling concocté à l'Elysée.

Jupiter fait son show, chaud et froid. Souvent glacial. Il arrive dans le Calaisis, se fait filmer avec un réfugié soudanais, père de famille dans un Centre d'accueil et d'examen de situation (CAES). Il lui explique, en anglais, que la France accueillera les réfugiés de pays en guerre, mais "ne peut accueillir ceux qui viennent de pays en paix". Curieuse formule, première bourde... L'asile version jupitérienne se rétrécie-t-elle aux réfugiée(e)s des "pays insécures" ? Jupiter prend à son compte cette odieuse version qui définit le droit à l'asile non pas en fonction de la situation des réfugiés mais de leur pays d'origine. La Russie ou la Turquie ne sont-elles pas en paix ?

A Calais, Jupiter rencontre aussi quelques associations. Plusieurs le boycottent - dont Médecins du Monde et l'Auberge des Migrants. Rendez-vous manqué et seconde bourde, Jupiter s'agace et coupe la parole du représentant de Human Right Watch France: "les gens qui ont fait le choix de ne pas être là, ils font le choix de ne pas dialoguer".

"On a considéré qu'on allait perdre notre temps." L'Auberge des migrants, à propos de la visite de Jupiter à Calais.

Loin de paraître apaisant, ou de venir pacifier une situation tendue qui lui a aliéné jusqu'à des très proches, Jupiter se fait cinglant et arrogant: au Secours Catholique lui reproche, en face, la circulaire qui autorise le tri des migrants dans les centres d'hébergement d'urgence, Macron perd contrôle: "Les gens qui parlent de rafles, les gens qui parlent de police sont mensongers et indignes du débat." Il n'écoute pas le fond des arguments.

Il n'écoute pas davantage les propos de Jacques Toubon (quel gauchiste celui-là!) qui, 2 jours plus tard, explique que le Défenseur des Droits donne deux mois au gouvernement pour retirer cette circulaire qui bafoue le caractère sacré du droit d'asile, l'inviolabilité des lieux d'hébergement d'urgence et même les règles de fichage de la CNIL.

Jupiter rencontre gendarmes, policiers et pompiers. Leur apporte son soutien. Et nie les accusations de violences et de harcèlement policiers contre les migrants. Pourtant associations et migrants interrogés par la presse qui se presse sur place confirment. Pire, des anciens proches du jeune monarque dénoncent dans une tribune publiée le jour même dans le Monde: "Votre présidence se plaçait sous les auspices d'un humanisme responsable et assumé. Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l'on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l'on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l'on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne. Où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d'hébergement d'urgence."

Devant ces policiers et gendarmes, qui forcément ne mouftent pas - réserve oblige - Jupiter déploie son arrogance. Du haut de sa petite estrade, il livre une violente attaque contre les associations. Pourquoi n'a-t-il donc pas profité de sa rencontre avec les dites associations pour leur dire cela en face ? Le courage macroniste excelle ... mais à distance de l'adversaire. Nouvelle charge, il annonce que les associations seront prochainement interdites de délivrer des repas aux migrants, la tâche en reviendra à l'Etat: "je ne veux plus que nous sous-traitions l'aide alimentaire à des associations qui l'utilisent pour faire prospérer de fausses informations." C'est dit. Il poursuit: "Il y a une contre-vérité qui prospère : il y a des gens qui conseillent aux migrants de rester à Calais, de ne pas se faire enregistrer, de ne pas se laisser prendre leurs empreintes. C'est contraire à l'ordre public. On sera intraitable." Seconde salve, Macron attaque encore ces associations qui "encouragent ces femmes et ces hommes à rester là, à s’installer dans l’illégalité, voire à passer clandestinement de l’autre côté de la frontière, elles prennent une responsabilité immense. Jamais, jamais, elles n’auront l’Etat à leurs côtés".

Jamais, jamais sauf du temps de Sarkozy, un président de la République n'a-t-il livré pareille charge contre des associations humanitaires.

Jeudi, Jupiter poursuit sa séquence migratoire avec Teresa May, la première ministre britannique. Au Royaume Uni, il signe un nouveau traité sur les migrants. Nos voisins britanniques s'engagent à accueillir près de 480 mineurs clandestins dont la famille réside Outre-Manche (sans fixer de date), et à réduire les délais de traitement des dossiers de demande d'asile des migrants ("de six mois à 30 jours pour les majeurs", et "de six mois à 25 jours pour les mineurs non accompagnés"). Voici la seule pièce positive, quoique encore floue, de ce spectacle élyséen.

De retour à Paris, on apprend que le directeur de la rédaction de l'Obs, responsable de cette une sur un Macron entouré de barbelés, est menacé.

Sanction présidentielle ?  

On comprend pourquoi Macron agit ainsi sur le sujet migratoire. Depuis que sa politique s'est révélée dans les faits pour ce qu'elle est - une politique de classe, libérale en économie, généreuse avec les plus riches, cinglante avec les étrangers ou les fragiles, la cote sondagière du jeune monarque remonte. Il prend à droite, toujours plus à droite. Le socle politique de la macronista se solidifie ... à droite.

Loin de servir l'exigence la plus élémentaire de dignité républicaine, Macron court après une opinion publique (supposée) majoritaire qui serait indifférente ou hostile au sort des réfugiés. 

C'est une posture efficacement honteuse.



Ami(e) macroniste, qui es-tu?




13 janvier 2018

558ème semaine politique: Jupiter plane, le FN gouverne.

 

Où l'on mesure l'hypocrisie d'une injonction à voter contre Le Pen pour ensuite lui emprunter ses marqueurs politiques en matière de politique d'asile et d'immigration; où l'on mesure la démesure de la loi Travail maintenant qu'elle est en vigueur; où l'on s'amuse de Jupiter en Chine, à Rome ou à Paris. 

 

 

Marine à l'intérieur ?
Vous souvenez-vous ? Il y a 8 mois, l'injonction était pressante, unanime chez les médias principaux. ll y avait un risque à voir l'Immonde triompher et prendre le pouvoir. Si la menace eut été sérieuse - car elle ne l'était pas - nous aurions pu avoir des sueurs froides: l'empilement des lois sécuritaires et liberticides au nom de la lutte contre l'insécurité et le terrorisme a transformé la République en régime dangereux. Le kit de passage à l'autocratie est prêt à l'emploi, il suffit de la mauvaise personne aux commandes du pays. En mai dernier donc, il fallait voter contre le danger Le Pen. L'injonction était pressante.

Huit mois plus tard, l'état d'urgence est déjà pérennisé dans ses grandes lignes et certains affreux détails dans la loi ordinaire. Et voici maintenant le projet de loi "asile et immigration".

L'Eglise s'en émeut. Des intellectuels protestent. Les associations crient depuis des mois, 26 d'entre elles saisissent le juge des référés du Conseil d'État pour obtenir la suspension de la circulaire Collomb du 12 décembre 2017 qui autorise le tri des réfugiés dans les centres d'hébergement d'urgence par des fonctionnaires de la préfecture. Ces gauchistes du Samu social enfoncent le clou: "nous considérons que cette circulaire rompt avec le principe d'accueil inconditionnel de toute personne en détresse sur le territoire, et nous ne pouvons accepter que des familles, que des enfants, que des femmes vulnérables, restent dehors aujourd'hui".

Mais Jupiter s'obstine. Dans sa course à l’échalote avec la droite furibarde et l'extrême droite, la Macronista a peaufiné son projet sur l'asile et l'immigration. La droite s'accroche à l'augmentation de l'Aide Médicale d'Etat (+108 millions d'euros pour 2018) pour crier au "laxisme" ...

Jeudi, Gérard Collomb présente son projet de loi aux associations. Au sortir de la rencontre, le premier ministre et son sinistre ministre de l'intérieur sont tout sourire, le compte-rendu officiel de cette visite est lénifiant. Rien ne changera, le texte restera tel qu'il est. Les associations dénoncent un texte toujours "déséquilibré".

D'après Collomb, sans rire, il s'agit de "redonner sa pleine portée au droit d'asile en améliorant le traitement des demandes et les conditions d'accueil" (sic!).  Pour "redonner" cette "pleine portée", le gouvernement veut allonger à 4 ans les titres de séjours d'apatrides, faciliter la réunification familiale des frères et sœurs des réfugiés mineurs ou renforcer la protection des jeunes filles exposées à un risque d'excision. Des gestes sympathiques, un devoir humaniste ? Toute la Macronista est résumée dans cette loi, un geste sympathique pour cacher l'essentiel, en l'occurrence ignoble.

Car, en même temps comme on dit en Macronista, Jupiter veut réduire les délais de dépôt de dossier d'asile de 120 à 90 jours et de recours des déboutés d'un mois à 15 jours ("il faut aujourd’hui environ 30 jours ouvrés pour accéder à un rendez-vous en préfecture" rappelle Le Monde) ; autoriser la suppression des allocations et entamer l'éloignement des déboutés sans attendre un éventuel recours, étendre toutes sortes de possibilités de détention des réfugiés (notamment de 45 à 90 jours pour la rétention administrative, et de 16 à 24 heures pour la vérification des papiers); recourir à l'assignation à résidence pendant le délai de départ volontaire; et, last but not least, améliorer le tri en fonction des compétences des candidats à l'immigration.

Où est la "grande vague migratoire" ? Si la France a reçu un nombre "record" de 100 000 demandes d'asile, le nombre de migrants accueilli en Europe en 2017 a été deux fois moindre qu'en 2016. En France, sur 91 000 clandestins interpellés, 14 000 ont été reconduits sous la contrainte, soit +14 % par rapport à 2016.

Quand il fut interrogé sur le sujet, en "off", entouré d'une grappe de journalistes lors de ses vœux à l'Elysée, Jupiter expliquait qu'il fallait respecter des règles. Quand ces règles justifient la destruction des campements et des couchages, l'empoisonnement des rations d'eau (d'après Human Right Watch), le recours au gaz poivre (ou lacrymogène - il y a débat... sic!), ne faut-il pas envisager de les changer ?

En déplacement à Rome, mardi, il brasse du vent, il manie du concept, il publie des beaux tweets avec des photos du Domus Aurea. Il fait des belles phrases, creuses à souhait: "L'humanité sans l'efficacité, ce sont de belles paroles. L'efficacité sans l'humanité, c'est de l'injustice". Ou encore: "il ne faut pas oublier que nous sommes en train de parler de femmes et d'hommes, qui continuent à mourir, en Afrique sur ces routes de la nécessité à travers le Sahara et le Sahel, ou (...) en Méditerranée." Puis, soudainement, il lâche cette mise en garde: il faut "se garder des faux bons sentiments". Cet éclair de cynisme avoué remet Jupiter là où il est, c'est-à-dire au sein de cette droite furibarde, de cette extrême droite effrayée.

Refuser un toit à des sans-abris, de la nourriture à ceux qui ont faim, des premiers soins aux malades, ou la scolarisation à des enfant sous prétexte qu'il leur manque des papiers, voici des "marqueurs" historiques de l'extrême droite en France.

Jupiter, heureux.
Mais Jupiter n'en a cure. Il ne s'y trompe pas. Ces annonces, au risque de contredire son discours libéral et humaniste de campagne, lui assure un soutien grandissant à droite (54% d'opinions favorables dans le dernier sondage du Figaro, +4 points). Sa cote remonte, que demande le peuple ? Puisque les sondages sont meilleurs, c'est qu'il suit la bonne voie n'est-ce-pas ? 

Qu'importe si une ministre inexpérimentée est trop franche quand elle annonce ce que l'on sait déjà sur la taxe d'habitation: supprimée "pour tous", elle reviendra ailleurs, sous une autre forme. Il suffisait d lire et comprendre les annonces de Macron, en octobre dernier devant le Congrès des maires de France. Il avait promis une nouvelle fiscalité locale "plus juste" que la taxe d'habitation.

Jupiter rayonne, il plane. Il perd pied. Trop de bonheur, trop de succès. Il se lâche.


Quand il rencontre enfin le jeune chancelier autrichien Sébastian Kurtz, celui-même qui gouverne avec les héritiers du nazisme à qui il a accepté de confier 6 ministères sur 13, dont les plus régaliens (défense, police, Affaires étrangères), Macron se fend d'un tweet ubuesque: "sur les défis de migrations, de développement, de numérique ou d’environnement, nous avons besoin de plus d'Europe. Le Chancelier porte une ambition européenne pour son pays."

Jupiter rayonne, il plane.

En début de semaine, Jupiter est en Chine. Il inonde Twitter de propos lénifiants ("Ma visite en Chine pose les fondements d’un agenda d’amitié."  ou encore: "Les liens culturels sont indispensables pour la compréhension mutuelle de nos deux civilisations toujours en devenir.")

Il a emmené suffisamment de journalistes dans son avion officiel pour que la presse relaie la "moisson" de contrats avec la plus grande dictature du monde. Notre "président-sourire" évoque quand même les droits humains, mais d'une curieuse manière: "lors de sa conférence de presse avec son homologue (où les journalistes n’ont pas eu la possibilité de poser de questions)", relate la directrice d'Human Right Watch, "Emmanuel Macron a fait une très générale allusion aux libertés et aux droits fondamentaux, mais principalement pour indiquer que la diplomatie entre la France et la Chine se ferait dans le respect « des différences entre les deux pays en la matière. "
Il est vrai que cette "déclaration à la presse" semble incroyablement ringarde. Les deux chefs d'Etat sont assis, le fauteuil parait trop bas pour Jupiter qui peine à apparaitre. Une longue distance, deux mètres sans doute, sépare les deux. Le propos est livré, la presse n'est pas autorisée à contredire ou interroger.

Plus tard, Macron se fait filmer devant d'autres journalistes, mais seul. L'estrade est à sa taille, il la tient fermement des deux mains. On attend un mot éclairé sur les droits de l'homme. Rien. Jupiter poursuit son brassage de concepts - la Chine, "synthèse de la mondialisation". Il insiste, il répète, la France est un "pays d'innovation", un "pays d’entrepreneuriat." "Entrepreneur est un mot que les anglo-saxons ont « volé » à la francophonie." Le voici avec la communauté française, une video de plus sur Twitter, le pouce levé. Puis une autre, avec des patrons chinois, et ce slogan imprimé sur le film: "France is back, Europe is back." Fichtre ! On a compris !

Il est vrai qu'en Chine, nul besoin d'ordonnances ni de loi travail.

En France, les ordonnances Macron sont à peine en vigueur que plusieurs groupes dévoilent leur projet de rupture conventionnelle collective: 1300 suppressions chez PSA, 200 chez Pimkie, 70 chez le Figaro. Mais patatras....Chez Pimkie, les syndicats refusent, et le projet tombe à l'eau. Une nouvelle résistance va-t-elle se faire jour ? Peut-être dans les entreprises où la représentation du personnel existe et/ou est vivace. Pour les autres, renard et poules dialogueront dans un poulailler libre.

Car le dispositif de rupture conventionnelle collective, qui exclue les salariés de tout plan de formation/sécurisation comme dans les plans sociaux d'antan, n'est pas le seul à entrer en vigueur. Juste après Noël, le gouvernement a publié au Journal officiel cinq modèles de lettre de licenciement (pour faciliter les embauches ?). Sont désormais également autorisés les lettres de licenciement à répétition (i.e. des courriers séparés avec des motifs distincts pour justifier le même licenciement et se protéger de tout recours), ou le report à tous les 4 ans la négociation obligatoire sur les salaires.

La façon avec laquelle un gouvernement traite les plus fragiles et les étrangers quand ils ne sont pas puissants est révélateur d'une politique.


Ami macroniste, où es-tu ?




6 janvier 2018

557ème semaine politique: les Fakes News de Jupiter

 

Où l'on parle de ces vœux présidentiels, exercice rituel et fatiguant, parfois anachronique et/ou hypocrite. Et de l'illibéralisme grandissant du jeune monarque.


Une belle année s'annonce
L'année promet d'être belle pour Jupiter. Tous les contextes sont favorables. Au niveau international, la France peut jouer un rôle décisif, apaisant, efficace: le leadership américain est abimé quotidiennement par le clown de la Maison Blanche, la Russie reste ostracisée et sous le coup de sanctions commerciales, l'Allemagne est affaiblie par ses divisions politiques depuis l'échec des dernières élections législatives à la doter d'une majorité stable. Et le Royaume Uni est empêtré dans son Brexit.

Sur le terrain économique, Jupiter n'a pas à affronter de Grande Crise comme Sarkozy, ni d'enlisement comme Hollande. La croissance repart avant même que ses propres mesures n'aient démontrer leur (in)efficacité. Politiquement, Macron s'est trouvé un positionnement central, celui jadis appelé de l'UMPS, qui continue de dominer le paysage politique grâce à des institutions qui favorisent les leaders minoritaires et a rendu indifférent une part croissante des classes populaires majoritaires.

Bref, tous les astres sont alignés. Comment Jupiter pourrait-il donc échouer ? 

D'ailleurs, le jeune monarque ne se sent-il pas pousser des ailes ?  "Toujours j’écouterai, j'expliquerai notre situation et la réalité de celle-ci ; je respecterai et toujours à la fin, je ferai car c'est ce dont notre pays a besoin et c'est ce que vous attendez de moi." Cette formule, que d'aucuns malintentionnés ont pris pour une ode au Medef ou à quelques sponsors bancaires bien connus de la Macronista, est à prendre à la lettre. Et c'est justement là que cela cloche, souvent, terriblement.

Jupiter commence donc l'année avec l'inévitable séquence des vœux. A l'exception, inévitable également, de la curiosité de nos médias, cette séquence se déroule dans une relative indifférence populaire. L'audience n'est pas au rendez-vous quand Jupiter parle sur toutes les télévisions nationales et d'information dimanche 31 décembre. Mais qu'importe, la macronista préfère une France anesthésiée ou indifférente que politisée voir révoltée. Sur le petit écran, Jupiter parle les yeux dans les yeux aux Français qui veulent bien l'écouter et leur donne deux conseils lénifiants:

"Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays et au-delà de votre quotidien, de votre vie, parfois de ses difficultés, dites-vous toujours que vous appartenez à un collectif plus fort, plus grand que vous : la Nation française."
Quelques instants plus tard, sur Twitter et Facebook, ces réseaux sociaux tant honnis par le même Jupiter, il répète des vœux plus courts, deux minutes à peine, pompés quasiment mots pour mot sur un précédent discours que le même Macron, alors ministre de Hollande, avait délivré... à l'université d'été du Medef.

Ne riez pas. le reste est plus sérieux.


L'asile, mais pour qui ?
L'année 2017 fut celle "des impôts évadés, baissés, et optimisés pour les premiers de cordée" comme le rappelait l'une des responsables d'Oxfam France. La France, terre d'asile... des riches ? Pour 2018, le programme présidentiel s'annonce aussi chargé que les mensonges sont indigestes.

Prenons l'asile.

Nicolas Sarkozy n'avait pas cette hypocrisie. Quand il parlait immigration, il lâchait immédiatement "délinquance", "expulsion" et "identité nationale".  Macron n'a pas cette franchise. Dans son monde parallèle, la France est toujours une terre d'asile: "Nous devons aussi accueillir les femmes et les hommes qui fuient leur pays parce qu'ils y sont menacés en raison de leur origine, de leur religion, de leurs convictions politiques. C'est ce qu'on appelle le droit d'asile. C'est un devoir moral, politique et je ne cèderai rien. "

Macron a au contraire tout cédé, mais rien avoué.  `

Qu'importe si un médecin, honoré d'une Légion d'honneur à Noël, a renvoyé le colifichet républicain au motif que la politique d'asile de son pays lui faisait honte. Le geste n'était que symbolique, un symbole que Jupiter n'a pas vu. Notre monarque s'obstine.

Non seulement les conditions d'hébergement sont minables (13 000 places, et une circulaire pour porter ce stock à 20 000 d'ici la fin de l'année), mais la politique jupitérienne est l'une des plus illibérales que la France ait connue à l'égard de l'immigration, asile compris. Et ce, alors même que le nombre de migrants vers l'Europe en 2017 a été divisé de moitié par rapport à 2016!

Le jour où Macron parle, les yeux rivés dans la caméra, depuis son palais, on apprend le suicide de l'un de ces plus jeunes traqués.

Comme en 2010-2011, plus fortement peut-être tant le décalage entre le discours et les actes est encore plus important, la France fait à nouveau honte. Après les associations d'aide aux migrants, ce sont désormais l'ensemble des ONG qui s'inquiètent publiquement. Outre la première circulaire de novembre signé par Gérard Collomb et son collègue de la "Cohésion des territoires" (sic!), qui mettait en place le tri des réfugiés dans les centres d'hébergement d'urgence, une seconde circulaire a été publiée le 12 décembre par les deux mêmes ministres. On y apprend que les aides d’État aux communes pour l'accueil des réfugiés (1.000 euros par accueil) seraient supprimées à compter de 2018.

Pourtant, ne croyez pas que Macron doute de "la cause des droits de l’homme".  Pour ses premiers vœux, à la presse puis au corps diplomatique, Jupiter l'évoque généreusement. Il porte le sujet chevillé au corps.  Les droits de l'homme (et de la femme ?) sont, avec la paix, si régulièrement évoqués dans ses discours européistes et encore ces jours-ci: "la cause des droits de l’homme (...) c’était se réclamer d’un socle commun, ancien et établi, d’une sorte de dénominateur commun dont sortait toujours, volens nolens, une forme de consensus et ce n’est plus le cas." Et en même temps,  cette transcription dans notre droit commun des mesures de l'état d'urgence, une loi qui régule dans notre droit commun le droit de la police à interner sur la base du soupçon et non de la preuve, n'est-elle pas justement fondamentalement illibérale, au nom de la lutte contre le terrorisme ?

Fake News, mais de qui ?
L'Europe a beau jeu. Les vœux au corps diplomatique sont une énième occasion de pérorer sur le sujet. Macron veut privatiser la cause européenne à son profit. La démarche a commencé l'an passé lors de la campagne présidentielle. Les prochaines élections européennes, en 2019, seront un joli test. Le gouvernement vient de modifier le mode de scrutin: les listes seront à nouveau nationales, et non plus régionales.

Tout au long de ses premiers mois élyséens, le jeune monarque n'a pas manqué de tresser des lauriers à une Europe quasi-virtuelle tant elle est éloignée de la réalité.A l'Elysée, jeudi, il s'obstine. Il applaudit "un début de refonte de la politique commerciale, avec des mécanismes permettant une juste réciprocité." Pensait-il au CETA, cet accord passoire signé avec le Canada ? Il ose expliquer qu'il a pu "réformer le travail détaché" en Europe, alors que la réalité est, encore une fois, tout autre. Il a surtout annulé la taxe sur le travail détaché décidée par Hollande. 

L'environnement aurait pu être une belle priorité européenne du quinquennat Macron. Car y-a-t-il meilleur sujet où l'échelon européen, pour peser dans les négociations internationales et mener des politiques coordonnées et efficaces, est essentiel ? L'environnement est quasiment zappé du discours des vœux au corps diplomatique: 262 mots sur les 10 540 que compte son discours, une misère et surtout des platitudes. Il évoque "ce sommet du 12 décembre, (...) un sommet du concret, des engagements pris." Vraiment ? Mais de quels engagements parle-t-il ? De la douzaine d'annonces, souvent modestes, toujours recyclées, publiées dans le dossier de presse de l'évènement ?

Autre sujet, abondamment traité, la presse. 

Parler aux médias sans évoquer la question de leur indépendance vis-à-vis des forces de l'argent eut été incongru. Jupiter mentionne à peine les menaces qui pèsent sur les plus grands médias privés ("Les bouleversements dans l'actionnariat des médias suscitent parfois une certaine inquiétude sur la liberté de la presse"). Croyez vous que les affres, le harcèlement et/ou la censure subies ces derniers temps par des journalistes français, dans des rédactions en France, de la part de leurs actionnaires aient suscité le début d'une réaction ou réflexion à l’Élysée ? Rien, nada. Silence radio.

La seule et immédiate décision de Jupiter tout puissant n'est donc pas de proposer une réglementation plus protectrice de l'indépendance des journalistes mais de lance un énième audit et de promettre une énième refonte, avec plan social à la clé, dans ... l'audiovisuel public.

Plus grave, l'information non contrôlée fait peur, en tout cas à Jupiter. C'est un syndrome monarchique, voire autocratique, bien connu, que de s'inquiéter de ne pouvoir maitriser la parole du public. Et sa formule pour introduire ses nouvelles propositions de contrôle mérite d'être lue et relue: "Nous avons laissé s’installer comme étalon en quelque sorte de la vérité la volumétrie, les informations en partage, la capacité à les diffuser le plus largement possible et à instiller le doute un peu partout. Entre le complotisme et le populisme, le combat est en effet commun, il est de saper toute confiance dans le jeu démocratique, d’y faire apercevoir un jeu de dupe, une valse de faux-semblants et c’est vous, c’est nous qui sommes visés par cette stratégie au profit d’une propagande déterminée."
 
Jupiter demande donc que des pouvoirs étendus soient accordés au CSA pour interdire les "Fake News" en période électorale: "Les pouvoirs du régulateur, qui seront par ailleurs profondément repensés durant l’année 2018, seront accrus pour lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des États étrangers." La proposition est ahurissante (un "Conseil de la Vérité" ??), la diversion est grossière. Jupiter pointe la lune, les idiots regardent son doigt. Il ne s'agit pas d'une cour professionnelle qui pourrait être saisie de plaintes (comme Mélenchon l'a proposé en décembre 2017), mais d'attribuer des pouvoir de sanction à une autorité administrative, sans procès ni jugement. Rien que cela...

Enfin, le pompon de la semaine reste échappée sur la "saine distance" qu'il réclame entre lui et les médias: "la proximité à laquelle nous avions pu nous habituer n'était bonne ni pour le pouvoir politique, ni pour l'exercice du métier de journaliste."

Cette "saine distance" lui fait éviter les conférences de presse, les questions contradictoires en direct, les interpellations médiatiques publiques. Une "saine distance" qui lui fait préférer un selfie video pour Konbini, un appel de Cyril Hanouna sur ses 40 bougies, ou un contrat d'exclusivité photographique avec l'agence d'image Bestimage pour couvrir son couple.  

La "distance" de Macron avec la presse est saine comme le brand content le plus grossier.


Jupiter parle, la presse se tait, la Cour applaudit. Les 2 envoyés spéciaux du quotidien Les Jours se sont régalés à détailler l'affaire: "Après une leçon de déontologie à base de « saine distance » aux journalistes, le Président est allé faire frotti-frotta, de manière assez peu distanciée, avec eux." Deux heures durant, Jupiter répète en petit comité de fausses confidences devant des journalistes courtisans.

Le sujet des Fake News s'invite généreusement le lendemain à l'Elysée. Macron reçoit Erdogan.C'en est cocasse, presque drôle.

L'autocrate turc rêvait de briser son isolement diplomatique, depuis la répression du putsch raté de l'été 2016 qui lui a permis d'emprisonner 50 000 personnes, de faire assassiner des opposant(e)s kurdes jusqu'en France, et d'en limoger près de 140 000 opposants. Macron est le premier à "craquer", à offrir à Recep Tayyip Erdogan cette reconnaissance officielle qui lui faisait défaut. "Je continuerai d’évoquer, avec la Turquie, la situation des journalistes emprisonnés, empêchés d’exercer leur métier dans quelques jours." explique-il la veille à l'Elysée lors des vœux à la presse. "Je le ferai dans le respect mais avec le souci de défendre en même temps, si je puis dire, nos valeurs et nos intérêts."

Vraiment ?

Une séquence, dès le lendemain, permet de douter gravement de cette fermeté. Lors de la conférence qui suit la rencontre, le président turc agresse verbalement un journaliste français, vexé par une question sur la fourniture d'armes en Syrie par la Turquie dans les années 2013/2014. Erdogan hausse le ton, brutalement, accuse le journaliste de reprendre des "Fake News", et passe même au tutoiement.

Macron, à ses côté, ne bouge pas. Il a les yeux baissés. Puis il prend un verre d'eau. Le président turc continue. Macron conserve les yeux baissés, il se gratte la joue puis le nez. Il ne commente même pas ni le fond ni la forme. Il ne défend pas davantage qu'un journaliste ait le droit de poser les questions que bon lui semble.

"Tu es journaliste, non ? Tu aurais dû enquêter là-dessus aussi"


Ami(e) macroniste, tu es citoye(ne), non ? Tu aurais dû te réveiller.