24 février 2018

564ème semaine politique: de quel "équilibre" Macron est-il le nom ?

 

 

Où il est question du prétendu "équilibre" d'une politique qui veut cacher sa radicalité.

Un samedi froid de février, le jeune monarque se déplace au Salon de l'Agriculture. Il est copieusement sifflé, en particulier par des militants des Jeunes Agriculteurs. Puis il s'accroche avec un agriculteur, hausse le ton et dérape: "je vous engueule parce que vous me sifflez!" Cette triste séquence d'un président-sourire qui perd ses nerfs quand la réalité détruit son plan de com' policé, est d'autant plus cocasse qu'elle porte sur le glyphosate: Jupiter perd ses nerfs face un agriculteur qui lui reproche l’arrêt du glyphosate alors que Macron leur laisse justement 3 ans de plus pour nous contaminer. Et pourtant, ce délai de grâce de 3 ans accordé au glyphosate avait été présenté en son temps comme une mesure d'"équilibre" par le gouvernement.

"Équilibre"... 

La Macronista n'a que ce mot à la bouche. Elle est bien servie sur sa droite par les éructations lunatiques du nouveau président de LR. Laurent Wauquiez, biberonné au centrisme humaniste quand il a fait ses débuts en politique, s'est transformé en chantre de la droite furibarde. La publication de quelques extraits d'un discours public devant des étudiants lyonnais a confirmé l'image du personnage, caricaturale. Même Nicolas Sarkozy l'a traité de "merde", à en croire quelques fuites. Aussi Macron et ses proches peuvent-ils feindre de se rassurer sur "l'équilibre" de leur politique. Devant pareille caricature, avec de surcroit une Marion Maréchal-Le Pen qui fait mine de revenir en politique, la droite caricaturée en extrême droite laisse un vaste champ libre à l'action du jeune monarque.

"Équilibre"... vraiment ?

Réduction des droits des salarié(e)s et suppression de 200 000 postes de représentants des salariés dans les entreprise grâce à la loi Travail, suppression de l'ISF et réduction de l'imposition des revenus financiers pour quelques-uns, raccourcissement des délais de dépôts de demande d'asile pour expulser plus rapidement, réforme élitiste du baccalauréat et plan de départs "volontaires" pour 120 000 fonctionnaires; légalisation de l'état d'urgence dans notre loi ordinaire, démantèlement de la loi de Transition énergétique, plans d'économies dans les hôpitaux et déremboursements supplémentaires de soins, la liste est longue et elle s'allonge de semaine en semaine.

La Macronista est une politique déséquilibrée qui améliore massivement et rapidement la situation des plus fortunés, des chefs d'entreprises, et des institutions financières, et dégrade, de plus en plus massivement, mais rapidement également celle de l'immense majorité du pays. Le motif avancé pour cette politique de classe est qu'elle serait bonne pour le pays.

Lors de la campagne présidentielle, il y avait pourtant un éclat, une promesse d'équilibre, d'emprunter à la solidarité défendue par les uns et à l'égoïsme pragmatique, de défendre la liberté et l'autorité. Le fameux "en même temps" fut la marque symbolique du discours macroniste, à tel point que cette expression s'est imposé depuis comme un tic de langage désormais largement répandu dans la société et le monde politique de tous bords.

Mais cet équilibre s'est d'abord rapidement révélé artificiel. Les lois sur le travail, l'état d'urgence ou le budget n'étaient pas "équilibrées". Où est l'équilibre d'une politique qui rend plus à 400 000 foyers les plus riches qu'à 21 millions de foyers populaires ? Où est l'équilibre d'une politique qui prétend améliorer le dialogue social en laissant les employés avec moins de droits et de moyens face aux employeurs ? Parmi les "nouveaux droits", le candidat Macron avait promis l'extension de la Sécu des salariés aux indépendants et professions libérales. Le RSI a certes été "facialement" supprimé (le logo a disparu des échanges de courriers...), mais nul ne sait encore comment cette protection sociale sera financée.

Autre promesse, celle-là déjà non tenue, l'extension de l'assurance chômage aux salariés démissionnaires. C'était dans son "projeeeeet", rappelez-vous. En fait, il n'en sera rien, où très peu. Fautes de financement, les partenaires sociaux ont livré leur copie au gouvernement le 22 février, qui doit juger des critères d'attribution: entre 14000 et 23 000 démissionnaires seraient concernés chaque année. Une broutille...

Où est l'équilibre quand on met dans notre droit commun la possibilité d'emprisonnement sans preuve ? Cette politique du "deux poids, deux mesures" fait florès en Macronista. Quand Macron lâche les chiens médiatiques contre les cheminots, il se garde de rappeler que les revenus financiers sont désormais moins taxés que les revenus du travail de ces mêmes cheminots.

S'il avait trouvé une position d'équilibre sur Notre-Dame-Des-Landes - attendre, écouter, voir, puis trancher - Macron la perd quand il s'agit d'un autre lieu de contestation zadiste, à Bure, dans la Meuse. Le 22 février, des opposant(e)s au projet hallucinant d'enfouissement de déchets nucléaires sont délogés par surprise par les forces de l'ordre. Et ce, alors que les jours précédents, le même gouvernement proposait une "concertation."

En second lieu, Emmanuel Macron et ses proches eux-mêmes perdent tout sens commun, ce pragmatisme qu'ils avaient prétendument monopolisé sur la scène politique. La réforme de la SNCF, qui a pris cette semaine une nouvelle tournure délirante, est un bel exemple de cette dérive. Dans la suite du rapport Spinetta, deux points majeurs sont rapidement devenus les axes centraux de la réforme gouvernementale: la suppression des petites lignes et celle du statut des cheminots. Pour justifier  la démarche, on envoie Christophe Castaner délirer sur les plateaux sur l'ampleur de la dette, "bientôt 50 milliards !": "il faut sauver le service public des transports!" s'exclame-t-il chez BFM. D'où vient cette urgence ? La SNCF n'est même pas évoquée une seule fois dans le programme présidentiel du candidat Macron publié en mars dernier. La SNCF serait-elle en faillite ? Non, pas du tout. L'entreprise publique a dégagé près de 600 millions d'euros de bénéfice net en 2016, et encore 119 millions au premier semestre 2017 sur un chiffre d'affaires en hausse de près de 4%. Et l'endettement ? Pourquoi donc le gouvernement fait-il mine de s'affoler de cette dette comme si la SNCF était une entreprise privée? Le chantage évoqué par Macron en juillet dernier - effacement de la dette contre suppression du statut des cheminots - ne tient pas. Cette dette n'a nullement besoin d'être "nationalisée", elle l'est déjà.

Devant la mauvaise réception de cette réforme, le gouvernement lâche une autre bombe, le recours aux ordonnances. Comme pour la loi Travail de l'été dernier, le procédé consiste à faire voter un texte sans débat sur sa composition. Il a l'avantage d'aller vite. Il a l'inconvénient d'illustrer une fois de plus le mépris dans lequel tient Macron la démocratie parlementaire. La menace a deux objectifs: éviter que l'Assemblée nationale ne serve de tribune pédagogique - "l'opinion" pourrait se retourner plus durement encore - et, surtout, provoquer davantage les cheminots pour caricaturer cette réforme sur ce seul sujet, un épouvantail facile.
"Le dénigrement des chemins de fer est à la mode dans les milieux dirigeants, malgré les qualités de sécurité et de salubrité de ce moyen de transport." Le Monde Diplomatique, février 2018.

En troisième lieu,  il y a des sujets où une position prétendument centriste est a minima intenable, au pire cynique voir ignoble. La position française sur les massacres de civils au Yémen est un exemple de cette fausse"pondération" qui finalement n'est que le cynisme le plus cru. Le sujet n'est pourtant "ni de droite, ni de gauche" tant la real-politik sait faire des dégâts et à droite, et à gauche. La ministre des Armées répète les éléments de langage élyséens, on continue de livrer des armes et des bombes à l'Arabie Saoudite "et en même temps" on réclame un corridor humanitaire. D'autres pays en Europe ont décidé, plus courageusement, de cesser toute vente d'armements aux auteurs des bombardements.

La loi asile et immigration, dévoilée plus complètement cette semaine, est un autre exemple, plus ample encore, de ce cynisme d'Etat. Après la circulaire de tri dans les centres d'hébergement d'urgence de décembre 2017, la Macronista livre son projet de texte: ainsi le gouvernement veut-il réduire les délais légaux de dépôts de dossier pour les immigrés (au lieu d'accorder davantage de moyens pour réduire ces mêmes délais...), doubler les délais de rétention des migrants (à 90 jours), et "en même temps" explique-t-il qu'il veut "renforcer la protection" d'un certain nombre de personnes vulnérables. On devrait sourire si le sujet n'était grave. Le gouvernement s'abrite derrière des comparaisons européennes. Quand il est interrogé sur son double discours, notamment vis-à-vis de l'Afrique, par un journaliste de Quotidien (TMC), Macron s'énerve: "vous ne faites pas votre travail!"

Et pourtant, la réalité est là: cette loi sur l'immigration et l'asile ne cherche pas à améliorer le quotidien des migrants, mais à "endiguer l'immigration".

Le cynisme n'étrangle pas le ministre de l'intérieur: pour justifier un texte "totalement équilibré" selon lui, il explique mercredi, sans rire, que les déboutés, plus rapidement fixés sur leur sort, pourront désormais rentrer plus vite sans avoir "perdu (leurs) racines familiales, le contact avec le pays" (sic!). Cette loi est si équilibrée qu'elle est récusée par la Cimade, Médecins du Monde, Terre d'asile, le GISTI, le Défenseur des droits, Amnesty international, et même Le Monde, quotidien macroniste qui s'indigne, dans un récent éditorial, de la perte d'équilibre d'Emmanuel Macron sur le sujet migratoire: le gouvernement, écrit-il, "néglige cruellement deux principes fondamentaux : l’accueil des personnes en détresse (quasiment absent de son projet) et le respect de la dignité humaine. En la matière, le « en même temps » cher au président de la République n’est plus que de façade."




 Ami(e) macroniste, qui es-tu ?

17 février 2018

563ème semaine politique: la bataille perdue du pouvoir d'achat d'Emmanuel Macron.

 

 

Où l'on parle de politique de classe: un bac plus élitiste, une privatisation de la SNCF qui ne dit pas son nom, la crise du pouvoir d'achat et un énième projet de loi sur l'immigration. Sur ces 4 sujets, une politique de classe évidente.


Il nous amuse avec son service civique obligatoire ou pas, fait tourner en bourrique quelques éditocrates. Il est très fort. La France d'en haut a le président des riches qu'elle mérite.

Jugez.


Privatiser la SNCF
Il est élu depuis peu, il a encore le vent en poupe. Les élections législatives sont passées, sa majorité est aussi écrasante que l'abstention. Emmanuel Macron rencontre un panel de cheminots le 1er juillet dernier à bord du TGV inaugural de la ligne à grande vitesse Le Mans-Rennes. Et il balance son programme pour la SNCF: une loi-cadre pour la fin du premier semestre 2018 pour supprimer le régime spécial des retraites et transformer statuts et entreprise en prévision de l'ouverture à la concurrence décidée au niveau européen pour début 2019.

Neuf mois plus tard, lendemain de Saint Valentin, comme par miracle, voici un rapport "indépendant", avec ses mesures révolutionnaires, qui forcément "lèvent les tabous". Le gouvernement peut s'abriter. Il loue "le diagnostic complet et lucide sur la réalité du service public ferroviaire français auquel les Français sont très attachés."

La "bombe" n'est pas de lui. Mais le story-telling élyséen - des propositions a-politiques -  ne résiste pas à l'examen de la réalité. Le rapport est rédigé par un ancien patron d'Air France. Bizarrement, on ne demande pas à des syndicalistes ni des représentants d'usagers.

La méthode est connue: on applique froidement les  commentaires du secteur privé. On oublie que l'on parle d'un service public. On dépeint donc une situation forcément "préoccupante", on agite le spectre de la dette (46 milliards d'euros), on  évoque des "cheminots-fonctionnaires-flemmards" qui "terminent leur service à 17h", on fustige "l'augmentation continue des coûts", le "déséquilibre du financement du système" et le "retard massif de modernisation du réseau, sacrifié pendant 30 ans au profit des lignes nouvelles".

Et du coup, les "recettes"sont elles aussi prévisibles - 43 propositions cette fois-ci: augmenter les tarifs de seconde classe sur les lignes les plus fréquentées, fermer les petites lignes régionales, supprimer le statut du cheminot, muter les salariés refusant la privatisation de leur ligne après l'introduction de la concurrence en 2019.

Les cheminots sont l'épouvantail facile de tous les réacs. "Les tabous et les privilèges sont des sujets qu'il faut oser assumer de mettre sur la table" explique Castaner, sans surprise.

Personne ne parle de privatisation de la SNCF, et pourtant, c'est bien de cela dont il s'agit: la SNCF est évaluée sur les critères du secteur privé. 


Bac pour riches, bac pour pauvres
La même semaine, Jupiter fait dévoiler la grande réforme du Bac par son ministre modèle, Jean-Michel Blanquer. On loue le ministre, la presse est quasi-unanime, même quand son intervention télévisée un jeudi soir sur France 2 est un flop d'audience mémorable, les éditocrates applaudissent le "bon sens". L'ex-sarkozyste est si rationnel, apparemment peu idéologique. Le chouchou des médias. Et puis surtout, il rassure, il est moins "clivant" que Najat Valaud-Belkacem: Blanquer est blanc, mâle et quinqua. Tout va bien dans les chaumières. Il correspond au cadre.

Pourrait-on s'interroger sur le parti-pris et les objectifs inavoués de la réforme elle-même ? On pourrait louer l'introduction du contrôle continu, pour 40% de la notation finale: mais quelle homogénéité des notes puisque ce contrôle ne sera plus anonymisé lors d'un examen final ? N'est-ce pas le début d'une différenciation de la valeur d'un bac déjà en souffrance ? Un bac obtenu en Seine-Saint-Denis vaudra-t-il autant qu'un bac parisien ? En octobre dernier, plusieurs lycées en Seine-Saint-Denis se sont mis en grève pour protester contre le manque de classes et de professeurs.

Belle logique de classe ! Et que dire du "grand oral", cette nouvelle épreuve proposée en examen terminal, est directement inspiré des sélections des grandes écoles, un examen pour enfants de bonnes familles. Comment ne pas voir que la fusion des filières S, L et ES favorisera les enfants de milieu bourgeois ?

Car le ministre omet une chose essentielle pour que sa réforme du bac ait une autre apparence que cette caricature élitiste: de quels moyens disposera-t-il pour la mettre en œuvre dans les 3 ans comme annoncé ? Il y a 10 jours, le même gouvernement confirmait la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires. L’Éducation nationale présente le plus gros contingent de postes de la Fonction publique.



Virer les migrants?
"Les réfugiés sont une force (...) ce sont des héros." On avait oublié, le temps passe, le marketing politique agit. Cette déclaration émane du candidat Macron. Un an plus tard, ses proches assument: "C'est la prise en compte de l'état de l'opinion." Macron est désormais un cynique aligné sur la ligne Sarko/Le Pen. Jupiter serait donc cette girouette dangereuse, capable de suivre les bas instincts, la meute et la honte.

Pour défendre le projet de loi "immigration et asile", LREM s'est choisie deux anciens socialistes, Elise Fajgeles et Florent Boudié.

Il faut de tout pour faire accepter l'inacceptable. La députée ex-socialiste Elise Fajgeles, rapporteur du texte, répète ses éléments de langage empruntés au siècle d'avant, et au Front national: "il faut être ferme parce que l'on ne peut pas accueillir tout le monde." Il faut être ferme contre les demandeurs d'asile, vraiment ? Elle fait mine de confondre le raccourcissement des délais maximum d'instruction (au-delà desquels les demandes d'asile ne seront plus recevables), sans aucun moyen pour améliorer la situation, serait un "progrès", un témoignage d'"humanité". Et la députée de répéter les arguments des Le Pen, Wauquiez et consorts: "Depuis 2015 nous sommes soumis à un défi migratoire gigantesque."

Depuis 2015...

Vraiment ? 

Le gouvernement se prépare ainsi à l'examen de sa loi "immigration et asile", la 13ème depuis deux décennies. Attardons-nous sur un rapport parlementaire publié cette même semaine. A première vue, il offre quelques statistiques pour inquiéter les inquiets: le nombre de visas délivrés explose depuis 2012: 4 millions l'an passé, contre 2,6 millions en 2012... En fait, l'explosion est surtout touristique (+20% de visas touristiques chinois qui, l'an passé, représentaient près d'un million de visas délivrés). Les visas de longue durée, en hausse, sont marginaux: 210 000 en 2017. S'ajoutent les titres de séjour : 262 000 en 2017 contre 193 000 cinq ans plus tôt. On note au passage que les nouveaux titres délivrés pour motif humanitaire restent marginaux: 40 000 l'an dernier. Et dans cette catégorie, l'attribution de titres de séjour pour des raisons humanitaires médicales a baissé de 35% (4300 versus 6850 un an plus tôt)... Au final, la France, soit 67 millions de personnes, accueille un peu moins de 300 000 personnes pour des raisons humanitaires... No comment.

Les auteurs du rapport évoquent aussi l'immigration clandestine, via quelques statistiques sur l'une des phobies de l'extrême droite et de la droite furibarde, l'Aide Médicale d'Etat (AME). Wauquiez, Sarkozy, Fillon ou Le Pen ont tous réclamé sa suppression. Le nombre de bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat a baissé en 2016: 311 000 contre 316 000 l'année précédente. Mais il a progressé de 100 000 depuis 2012. Seconde statistique, les régularisations de clandestins: 181 210 ressortissants étrangers séjournant illégalement en France ont été régularisés au cours de la période 2012-2017. Le nombre de reconduites aux frontières reste faible, 15%. Et l'asile ? Le nombre de demandes d'asile est d'environ 100 000 par an. Le nombre de refus a explosé: 12 000 il y a 5 ans, 65 000 en 2016.

Face à cette situation, le gouvernement jupiterien a lancé les chiens, les gaz, les CRS, la police et une circulaire pour trier les réfugiés dans les centres d'hébergement, et promis d'interdire aux associations de délivrer des repas aux réfugiés. Maintenant, voici une loi. Des syndicats du personnel de l'OPFRA se sont mis en grève pour protester contre un texte "inique" qui réduit les délais d'instruction, mais augmente ceux de rétention. L'immigration est un sujet en or pour les conservateurs, une manière d'opposer pauvres et plus pauvres, la France d'en bas à plus précaire encore. Une centaine de député(e)s LREM seraient heurtés par le projet, on attend de voir où sont les courageux. "Il n’est pas interdit de mettre un peu d’humanité dans un texte de loi." prévient l'ex-socialiste Jean-Michel Clément.
 
Président des riches
En catimini, les députés godillots votent un amendement qui permet aux employeurs d'imposer le forfait jours aux cadres - sous peine de licenciement en cas de refus. En public, le premier ministre fait refouler une journaliste de France 3 lors d'une visite d'une usine l'Oréal.

"Je n'oublie pas d'où je viens" déclare Macron mardi soir à des journalistes.

On le sait.

Emmanuel Macron s'adresse à une centaine de journalistes, une conférence de presse improvisée lors d'un "rendez-vous" au "mini Palais", un "bar lounge « annexe » du Grand Palais, façon « afterwork », sorte de conférence de presse en fin de journée" comme le décrit le Parisien. Jupiter est cool, si cool. Certains comptes-rendus sont lénifiants, comme si peu de journalistes n'avaient osé, ou aucun n'avait pu poser les "questions qui fâchent." On évite la question sur son chien, ou sur le potager de Brigitte, mais l'on a droit à celle sur sa foi, son sommeil, son rythme de travail, et, forcément, la guerre contre le terrorisme. Rien sur la présidence des riches, la suppression de l'ISF et la flat tax, la multiplication des plans sociaux, le soutien gênant à l'Arabie Saoudite ou le silence sur les attaques turques contre les Kurdes. Tout juste l'interrogent-ils sur le pouvoir d'achat: "70% des Français ne vous font pas confiance pour l’améliorer ?" lui-demande-t-on. "Je ne suis pas obsédé par les sondages", répond-il. Jupiter est "le plus mitterrandien des présidents" commente un quotidien propriété de milliardaire. 

Ce Jupiter si "mitterrandien" débine ses mensonges sur le pouvoir d'achat. Certes, quelque 21 millions de personnes ont bénéficié d'une baisse de cotisations sociales, la joie, le bonheur !  "La baisse des cotisations sociales, ce n'est pas une hausse du pouvoir d'achat" explique l'insoumis Adrien Quatennens. La preuve en chiffres: la baisse des cotisations sociales est déjà compensée par une hausse de la CSG plus importante: le solde net est une dégradation du pouvoir d'achat des ménages de 4,5 milliards d'euros en 2018. D'aucuns évoquent alors la baisse de la taxe d'habitation, soit 3 milliards, mais ce "bénéfice" ne tombera que dans 2 ans, en 2020. A l'inverse, les ménages subiront dès cette année 200 millions d'euros de baisse du forfait hospitalier,  340 millions d'euros de déremboursements de médicaments, et une hausse de 5% des tarifs de mutuelles en conséquence.

Merci qui ?

Merci Macron, merci patron.





11 février 2018

562ème semaine politique: cette "ambiance de grossièreté" qui empoisonne la République

 

 

Où l'on retient combien cette semaine politique en France fut grossière comme la République, en marche et en panne, le fut. 

Sinistre.

 

 

Il aurait fallu parler du retour, sans moyen, de la police de proximité.

Jolie mesure, joli coup. Un contre-feu rapide après les "mauvaises" polémiques sur les migrants.

Grossièretés corses
Jupiter va en Corse. Tweets, Facebook posts, caméras et photographes, tout est là pour que le déplacement soit h-i-s-t-o-r-i-q-u-e.

Un parcours "semé d'embûches" prévient-on. Jupiter arrive en terrain qu'il croit conquis. Les combats en Corse, depuis qu'ils ne tuent plus, sont symboliques comme de savoir si le drapeau corse doit être devant le drapeau de la République, ou pas. Ces Corses et Macron ont les combats qu'ils peuvent.

A Ajaccio, à propos de l'assassinat de Claude Erignac, Jupiter a de mauvais propos, des propos qui rabaissent sa fonction: "Ce qui s’est passé ici le 6 février 1998 ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas." Le bâtonnier Stéphane Nesa s'insurge. Macron a tort. La République ne doit pas tomber dans le piège. La défense, fut-elle de criminel(le)s, a toujours des droits. Il est grossier, au sens le plus basique du terme, que d'expliquer publiquement qu'un accusé, fut-il d'un crime horrible, n'a pas le droit à une défense. Le loyal François de Rugy, président désigné de l'Assemblée nationale justifie;: "Je crois que c’est important que l’on reconnaisse la spécificité et l’identité de la Corse. Le faire dans la Constitution est un signal fort, c’est affirmer que la Corse se situe dans la République française". Mais qui donc pensait que la Corse n'était plus dans la République ?


"Et en même temps", Macron renvoie des nationalistes corses grincheux et grossiers dans les cordes. Il leur accorde la mention symbolique de la Corse dans la Constitution, un joli hochet. Et balaye, fort heureusement, les autres bêtises des Napoléons du coin.

Ce déplacement présidentiel en Corse était une distraction médiatique, médiocre.


Hulot, aussi
Quelques heures plus tard, un ministre au bord de larmes vient devancer l'accusation médiatique. Le lendemain paraît un article à charge, où deux journalistes exhument une affaire vieille d'une décennie, jamais poursuivie en justice pour cause de prescription. Nicolas Hulot a été accusé de viol par une femme, qui ne conserve son anonymat que quelques heures encore. Qu'une victime se dévoile longtemps après un acte, même si les faits sont prescris par la loi, est heureux et nécessaire. Mais là n'est pas l'affaire. La femme n'a rien demandé. Elle doit se dévoiler le lendemain, expliquer qu'elle n'est pour rien dans cette révélation dont on ne sait finalement pas grand chose. Hulot est dévasté. Une ministre macroniste accuse le journal, dirigé par un ancien ministre hollandais, de se venger. Quelques beaufs misogynes en rajoutent pour dénoncer le mouvement #balancetonporc. D'autres accusent le journal de se faire de la pub à moindre frais (qui sait réellement combien risque un média naissant à publier de fausses informations ne sortirait pas pareille bêtise).

Hulot serait-il "l'homme à abattre" ? Pas vraiment, il, s'est abattu tout seul dans une sorte de suicide politique achevé avec sa nomination ministérielle par Jupiter. Nicolas Hulot incarne depuis des années l'ambivalence française vis-à-vis de la lutte pour l’environnement: un discours généreux et quelques actions puissantes, "et en même temps" un comportement personnel contradictoire (sa collection de véhicules diesels, les shampoings et autres produits dérivés chimiques d'Ushuaïa). Enfin ministre, il couvre des reculs et ses reniements incroyables -  sur les perturbateurs endocriens,  le Glyphosate le CETA, inquiétudes et même son "dada", la fin des énergies fossiles, Hulot autorise de curieuses exceptions.  Hulot est même silencieux sur les compteurs Linky d'ERDF (près de 6 milliards d'euros), tout justes épinglés par la Cour des Comptes
Fin décembre, le soir de la Saint-Sylvestre, un décret paraît au JO pour autoriser les préfets à faire fi, entre autres, des normes environnementales dans quelques régions et départements, pour "alléger les démarches administratives, réduire les délais de procédure ou favoriser l’accès aux aides publiques".

Non, personne n'a besoin de "fouiller" dans la vie de Hulot pour l'affaiblir. Ce ministre est un alibi politique qui ne sert à rien pour la défense de l'environnement.


La boucherie saoudienne
Jupiter subit une séquence internationale. Il la subit, littéralement. Pas de show au Château de Versailles, de déclaration bilingue et schizophrène à Davos. Cette semaine, une actualité internationale désagréable force les portes de l'Elysée. En Syrie, les forces de boucher Assad sont en passe de terrasser les dernières poches de résistance, au grand dam des ONG. L'ONU est impuissante, la Russie met son veto à toute prise de position. Macron appelle Poutine, en vain. Notre Jupiter national, si prompt à de grands shows médiatiques au Château de Versailles, ne peut grand chose. Au Yémen, les forces saoudiennes bombardent. Les morts de civils s'accumulent. Les armes françaises font merveille. 30 000 bombardements, on imagine l'efficacité française... L'Arabie Saoudite est un très bon client. A la fin de son mandat, François Hollande avait autorisé pour 455 millions d'euros de ventes d'armes que l'on devinait destinées à la répression au Yémen. Macron lui-même joue au pompier pyromane: il signe des contrats d'armements avec le rival qatari (en décembre), puis  avec les Emirats Arabes Unis, allié militaire des Saoudiens dans le guerre au Yémen. Et dans quelques jours, il y retourne. "Et en même temps", il fait des œillades appuyées aux dirigeants saoudiens. En novembre dernier, il s'invite à l'improviste.
"Pour ce qui est des chars Leclerc, je vous confirme que leur implication au Yémen a fortement impressionné les militaires de la région" Stéphane Mayer, PDG du groupe Nexter, 2017.
Interrogée sur l'utilisation de bombes françaises au Yémen sur France inter, à quatre reprises, la ministre de la défense Florence Parly est grossière ce maton-là. Elle bredouille que c'est bon pour l'emploi en France. Quel est ce gouvernement qui s'enflamme contre le lointain Venezuela (duquel il encourage les importations de pétrole), mais n'a pas un mot sur la catastrophe humanitaire yéménite ? D'autres pays de l'Union européenne ont interdit l'exportation d'armes vers l'Arabie Saoudite, pas la France. Mais la Macronista est trop heureuse de clamer la hausse historique de son propre budget militaire.




La République en panne
A l'Assemblée, c'est bien une entreprise de destruction du Parlement qui se déroule devant nous. Christophe Castaner, toujours ministre ET patron désigné par Jupiter de LREM, joue sur son smartphone quand François Ruffin parle du burn-out. Ce n'est pas la première fois, ni sans doute la dernière que des élus macronistes expriment leur mépris.

François de Rugy, un homme de toutes les trahisons propulsé président de l'Assemblée grâce au vote sans concurrence de quelque 300 élus, LREM, peaufine la réforme de l'Assemblée. Il applique les consignes du patron de l'Elysée. Jupiter avait promis un plan social au Palais Bourbon, 277 députés de moins, sur 577. Cette promesse, comme beaucoup d'autres, n'a pas vraiment été au cœur de la campagne, c'est le moins qu'on puisse dire. Disposer de davantage d'élus pour travailler nos lois n'est pas une priorité macroniste, bien au contraire. La loi Travail a supprimé nombre d'instances spécialisées de représentation des salarié(e)s, nous sommes prévenus. Le jeune monarque n'aime pas trop les représentations intermédiaires. Il a fait fusionner toutes les instances en un seul comité suroccupé, sous-équipé, sous-représenté. La "République en marche" cherche le recul de la représentation parlementaire ou sociale.

De Rugy s'y croit. Il dérape quand il présente la démarche: "la première fois que la réforme de la Constitution part du Parlement". C'est faux, c'est grossièrement faux. Cette réforme constitutionnelle est une initiative jupitérienne. Les député(e)s godillots sont appelé(e)s à l'écrire dans les règles de la volonté présidentielle, puis à la voter. Et, surtout, se taire.

Faire voter par des député(e)s leur propre plan social, n'est-ce pas cynique et truculent à la fois ?

Autre grossièreté, des enfants dorment dehors, dans la neige et le froid. En France. Migrants, ils évitent les centres d'accueil puisque Jupiter et son sinistre Collomb ont décidé d'y envoyer des agents de préfecture pour repérer les clandestins. Dans les sondages, Macron est en passe de perdre ce combat-ci, humanitaire. Ni de gauche, ni de droite, juste humanitaire.

Jupiter s'inquiète des "signaux faibles". Il demande à ses proches de le rassurer. Il stresse. Les retraités, ce vivier électoral de Sarkofrance et aujourd'hui de la Macronista, gronde, hausse de la CSG oblige. Cette baisse de popularité liée à la question du pouvoir d’achat est évidente. Mais même sur la question des migrants, où l'intolérance et la violence des mesures macronistes devaient emporter une large adhésion xénophobe, la roue tourne. Une immense majorité des sondés refuse cette ignominie jupitérienne.

La honte sans l'efficacité, voilà où est tombé Macron. Que dire de ce plan social dans la fonction publique, 120 000 agents à virer avec un plan de départs volontaires. Rien que ça. L'annonce, une semaine avant une semaine enneigée où la France entière râle contre le manque de fonctionnaires pour faire face....  N'est-ce pas truculent également ? Plus grossière fut la réaction de ce député LREM, Sylvain Maillard: "Même dans les cas de grand froid, certains SDF ne souhaitent pas être mis à l'abri. Certains SDF souhaitent rester seuls dans la rue, c'est leur choix. Rien ne les oblige à être mis à l'abri".  Un "connard" rétorque à juste titre l'un d'entre eux.

Dernière grossièreté, le pouvoir d'achat. On apprend que 21 millions de salariés ont vu leur salaire net augmenter en  ce mois de janvier. L'élément de langage avait été posé en septembre dernier. Que la République en marche est généreuse et ... hypocrite: ce cadeau couterait 7 milliards d'euros (pour 21 millions de foyers). C'est à, peine le double de l'allègement fiscal accordé aux quelque 350 000 foyers anciennement bénéficiaires de l'ISF. La belle arnaque... Accorder quelques euros aux uns, les plus nombreux, et quelques millions à une poignée d'autres, n'est-ce-pas grossier ? A l'inverse, les retraités paieront plus.

C'est ainsi.

Ami macroniste, merci.


3 février 2018

561ème semaine politique: le plan social du président des riches

 

Où l'on parle de ce plan social inédit sous la Vème République; des anti-modèles et des priorités de la Macronista; et de ces urgences que Macron fait mine d'ignorer.



Le plan social
Jeudi 1er février, le premier "comité interministériel de la transformation publique" réunit quelques ministres, dont le premier. Gérald Darmanin monte sur l'estrade, mal rasé, un peu fatigué. Une autre affaire l'accable.

L'ex-sarkozyste devenu ministre du budget, est accusé de viol par une ex-call girl. Darmanin nie les faits ... mais il avoue avoir réclamé une partie de jambes en l'air en échange d'une intervention en faveur de cette dame auprès du ministre de la justice de l'époque. Cet aveu assez incroyable ne suscite rien d'autre chez les pontes de la Macronista, Jupiter en tête, qu'une vague de soutiens au ministre: "laissons faire la justice" nous dit-on. Un ex-officiel de Sarkofrance monnaye des faveurs sexuelles, et personne ne trouve à y redire quand il devient ministre de la Macronista. Ce nouveau monde a décidément des relents de l'ancien. Au Royaume-Uni, cette même semaine, un ministre démissionne en public car il est arrivé une minute trop tard pour écouter une question de l'opposition qui le concernait sur les inégalités de revenus: la vieille démocratie britannique est sacrément moderne, elle.

Ce matin-là, Darmanin détaille quand même son propos, un plan de départs volontaires dans la Fonction publique. La presse loue le caractère inédit de la démarche: "enfin" les fonctionnaires vont subir ce que les salariés du privé subissent depuis des lustres, croit-on lire en filigrane. Pourtant l'essentiel n'est pas là. L'essentiel est dans l'ampleur du massacre: cette promesse du candidat Macron est bel est bien le plus grand plan social, secteurs public et privé confondus, que la République est connu - 120 000 suppressions de postes  ! 

La France n'est pourtant pas mieux dotée en fonctionnaires que ces voisins européens: elle compte 125 fonctionnaires pour 1000 habitants, comme le Royaume Uni ou l'Allemagne (qui compte de surcroit deux fois moins de militaires que chez nous!).

A l'inverse de Sarkozy qui, entre 2007 et 2012, n'avait pas remplacé un départ à la retraite sur deux tout au long de son quinquennat, Macron choisit la manière forte, un plan de "départs volontaires", selon l'expression consacrée. Dans le secteur privé, un tel dispositif consiste à proposer des conditions de licenciement parfois avantageuses, tout en maintenant la pression sur les salariés (suppression d'affectation, accélération des cadences, etc), pour motiver le départ d'un contingent de salariés. Il suit une procédure plus simple que le plan de licenciement économique.

Darmanin précise:  "Il ne s'agit pas d'un plan de départs volontaires pour tout le monde, bien évidemment. Il s'agit d'adapter le fonctionnement de nos services publics, et, et de le faire, évidemment, avec et pour les agents publics." Quelque 700 millions d'euros, dont 200 millions dès 2018, ont été provisionnés pour ce plan social.

La novlangue écœure: "modernisation", "adaptation", "transformation", "départs volontaires", "repenser le contrat social".

Les postes que Macron veut supprimer
"Il faut repenser là où on a besoin de plus d'État et là où on a besoin de moins d'État. C'est cette transformation-là qu'il faut faire" justifie Darmanin. Justement, où se porteront donc les 120 000 suppressions de postes ? 

Chez les surveillants qui manifestent contre leur sous-effectif et leur manque de moyens dans des prisons surpeuplées? Chez les policiers dont les heures supplémentaires impayées excèdent les 22 millions ? A Pôle Emploi, où les 40 000 collaborateurs sont submergés entre la masse de cas à traiter et les objectifs chiffrés de leur ministère ? Chez les infirmier(e)s qui suffoquent devant l'explosion de la charge des soins aux urgences - l'une des conséquences des déremboursements de soins mis en œuvre depuis plus d'une décennie ? Chez les fonctionnaires des impôts alors que la fraude et l'évasion fiscale se modernisent sans cesse ? Chez les enseignants alors que le babyboum des années 2000 surcharge les classes ?  A l'inspection du travail peut-être puisqu'il faudrait "simplifier la vie des entreprises" ? Chez les personnels d'EHPAD, à bout par l'accroissement de leur charge d'encadrement et de soin d'une population âgée dépendante croissante ? (A ce propos, la ministre de la santé, celle qui disait que la Sécu n'était pas là pour "rembourser des montures Chanel", tient la même semaine des propos lénifiants sur son budget: "L’État qui finance la partie soins médicaux des  a prévu 100 millions d’euros supplémentaires pour 2018, j’ai rajouté 50 millions fléchés ! C’est déjà énormément d’argent").

Partout, les personnels les plus essentiels, les plus demandés, les plus nécessaires, et souvent les moins bien payés de nos services publics craquent, suffoquent, ou protestent. La Macronista ne les célèbre pas. Bien au contraire, elle organise des séminaires, colloques et interventions pour expliquer combien cette Fonction publique est si lourde et coûteuse, combien elle a besoin de se "transformer" et de "s'adapter". Les futurs "managers publics" seront rémunérés au mérite, avec des carrières plus individualisées. Individualisées sur quels critères ?  Ces promesses, on les entend depuis 3 décennies.

C'est l'autre aveu, l'autre "révélation" de l'attitude macroniste vis-à-vis de la République: un mépris à peine caché, une indifférence évidente à l'égard de nos agents publics.

 Darmanin a-t-il commis une boulette ? Pas du tout. En déplacement à Tunis, Macron explique que "ce n'est pas la fin de la fonction publique". C'est juste un massacre annoncé. Et, encore une fois, le plus large plan social que notre pays ait connu depuis la guerre.

"Il faut réorganiser (la Fonction publique) plus vite comme le font les entreprises". Macron a un modèle et un seul, celui de l'entreprise - celui-là même qui s'est révélé incapable d'anticiper ni de gérer les catastrophes les plus récentes: obligations pourries et subprimes, évasion fiscale, pollution illégale, harcèlements sexuels, inégalités femmes/hommes, contaminations alimentaires, assèchement des ressources naturelles, etc.

Un modèle qui n'aurait pas survécu sans l'intervention publique - qui a oublié le renflouement massif et sans-contrepartie des banques en 2008-2009.

Un modèle qui pourtant occulte tous les autres dans l'imaginaire jupitérien.


Les aveux
https://lafranceinsoumise.fr/2018/02/01/video-burnout-les-crames-du-boulot/Le jeune monarque prétend qu'il y a urgence. Oui, mais laquelle ? Cette semaine, dans le cadre de cette procédure baptisée "niche parlementaire" pour désigner ce court moment où l'initiative de proposer des lois est laissée aux députés notamment de l'opposition, nombre de lois répondant à des problèmes urgents ont été offertes au débat par les déput(e)s insoumis(es): le Burn-Out (dont l'explosion après une décennie de crise inquiète) , le CETA (dont la ratification par chaque Etat membre est imminente), le droit à l’Eau, ou le contrôle au faciès.

Toutes ces propositions ont été refusées, sans débat, par le groupe (ultra) majoritaire de LREM, toutes sans exception. Pourquoi ? Il faut lire les texte pour réaliser que chacun d'entre eux méritait un débat, voire un consensus. Mais les godillots macronistes, pour l'essentiel absents de l'hémicycle par absentéisme aggravé, ont tout rejeté, sans débat ni question.

La Macronista a d'autres urgences, les siennes, celles d'une France d'en haut protégée par sa richesse et ses réseaux.

Les conditions de travail des policier(e)s, des surveillants, des infirmier(e)s ou des juges, le mal-logement ou la lutte contre l'évasion fiscale, les nouveaux bracelets électroniques d'Amazon ou la mise au pas d'un média historique par un milliardaire proche n'en font pas partie, bien au contraire.

Lundi, le mal-logement est encore dénoncé par la fondation Abbé-Pierre, dans la 23ème édition de son rapport annuel sur le sujet. Les chiffres sont astronomiques: 15 millions de Français sont touchés par la crise du logement, dont 4 millions mal logés ou sans logement. "La hausse des prix creuse les inégalités résidentielles et bouche l’horizon des ménages des couches populaires" prévient la Fondation. Quelle est la réponse du gouvernement aux interrogations de la Fondation Abbé Pierre? Une baisse du budget consacré aux HLM, et une coupe dans les APL... La Macronista a trouvé 3 milliards d'euros d'économie pour compenser la suppression de l'ISF sans contre-partie, mais rien, absolument rien pour la crise du logement. L'équipe Hollande, au moins, était parvenue en fin de quinquennat à son objectif de 500 000 constructions dans l'année.

Lundi, un jeune sous-ministre est quand même dépêché sur les ondes pour expliquer que la baisse des APL était effectivement une mauvaise mesure, mais que les bailleurs sociaux allaient la compenser par une baisse des loyers. Sur l'encadrement des loyers, il réclame un délai. Sur les constructions de logement, il promet 60 000 nouvelles places pour les étudiants, et la rénovation de 150 000 logements sociaux. Sur la ponction du budget des HLM, pas un mot.

La Macronista a d'autres urgences, les siennes.

Jupiter est pour l'essentiel ailleurs. Il termine ses vœux. Brigitte rencontre Angelina Jolie. Le couple présidentiel file en Tunisie et au Sénégal où il retrouve Rihanna. Jupiter se dit "rassuré" par le président turc Erdogan sur la situation en Syrie. Rassuré ? En Syrie, les forces turques combattent aux côtés de djihadistes pour terrasser les Kurdes.

Comme c'est étrange.