31 mars 2018

569ème semaine politique: hommage national, affront social.

 

Semaine d'hommages, semaine de conflits sociaux, semaine paradoxale. Union nationale ou front social, faudrait-il choisir ? Ce pas de deux, mal aisé, a été réussi par Macron et Mélenchon, sans conteste.



Hommage national, ou presque
Les cadavres des victimes n'étaient pas refroidis que les furax, les rageux et les haineux se lâchent. Cette semaine, deux drames, l'attentat de Trèbes et le meurtre de Mireille Knoll, ont suffit.

Deux responsables politiques attaquent dans une même formule Jupiter et ses ministres prétendument coupables de naïveté. Marine Le Pen et son jumeau Laurent Wauquiez braillaient contre l'angélisme supposé du gouvernement. Wauquiez est désavoué par des proches, et nombre de députés républicains qui, enfin, se souvenaient que la dénomination de leur parti pouvait avoir un sens.

Au passage les deux répétaient la même ineptie, emprisonnons les fichés S quand ils sont Français, expulsons-les quand ils sont étrangers. Au-delà des problèmes éthique (sanctionner sur le soupçon, est-ce la nouvelle norme ?) et pratique (ils sont 15 000), la proposition est surtout bien naïve: le fichage S sert justement à identifier, surveiller, enquêter. Quelles seraient les conséquences, désastreuses, de priver les forces de renseignement de pareil outil dans la lutte contre le terrorisme ? Même le très fidèle sarkozyste Frédéric Péchenard, ex-directeur général de la police national et désormais élu de droite à la Région ile-de-France, a fustigé la bêtise.

Wauquiez réclame aussi l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux terroristes (quelle dissuasion!), et, bizarrement, le rétablissement de l'état d'urgence: primo, l'essentiel de l'état d'urgence est désormais dans le droit commun. Secundo, jamais Wauquiez n'explique ce que ce rétablissement aurait d'utile pour prévenir des cas tels que l'attentat de Trèbes. Plus ridicule encore, Wauquiez propose enfin de "créer un délit d’incitation à la haine de la République". Oulalala la menace dissuasive ! Cette naïveté, couplée à un discours de division au moment où il aurait un moment d'union, est confondante.

A l'Assemblée nationale, même les autres opposants les plus irréductibles à la politique jupiterienne taisent un instant leurs désaccords.

Si l'on oublie un heureux instant les outrances marginales d'un Wauquiez ou d'une Le Pen, il y a deux discours qui marquent ce moment historique. Jean-Luc Mélenchon à la tribune de l'Assemblée reçoit une ovation de gauche à droite: il rappelle que le message du terroriste - faire peur, diviser, mépriser la vie humaine des "non-musulmans" - a été défait par ce gendarme héroïque, il célèbre "l'acte hors du commun" du lieutenant-colonel Beltrame et sa valeur humaniste et généreuse . Mélenchon proclame aussi son soutien à tout hommage national que le gouvernement voudrait organiser. Les autres leaders d'opposition, à l'exception des rageux d'extrême droite, sont à l'unisson. "Personne ne devrait prendre prétexte du malheur qui nous frappe pour entrer dans une surenchère démagogique" rappelle le socialiste Olivier Faure.
"le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a remis le monde humain en ordre ; il a réaffirmé la primauté de la compassion ; il a assumé la primauté d’un altruisme absolu, celui qui prend pour soi la mort possible de l’autre, illustrant ainsi les valeurs de foi et de philosophie auxquelles il était attaché personnellement. " Jean-Luc Mélenchon, 30 mars 2018.


Contre le terrorisme, la meilleure riposte, comme dans d'autres pays frappés du même fléau, est d'abord l'union derrière la République et ses valeurs. Mardi, six téléspectateurs sur dix sont devant leur écran de télévision pour regarder l'hommage aux Invalides au héros Beltrame, désormais colonel. Le second discours historique est celui de Macron. Jupiter célèbre peut-être trop "l'exemplarité du chef" aux dépends de la signification humaine du sacrifice.

Mais l'hommage présidentiel sonne juste et patriotique: "Votre sacrifice, Arnaud Beltrame nous oblige. Il nous élève. Il dit comme aucun autre ce qu’est la France, ce qu’elle ne doit jamais cesser d’être et qu’elle ne cessera jamais d’être tant que des femmes et des hommes décideront de la servir avec le courage, le sens de l’honneur, l’amour de la patrie que vous avez démontrés."
"Être prêt à donner sa vie parce que rien n’est plus important que la vie d’un concitoyen, tel est le ressort intime de cette transcendance qui le portait. Là était cette grandeur qui a sidéré la France." Emmanuel Macron, 28 mars 2018
En même temps que l'attentat de Trèbes, une autre mort. Ce n'est pas un attentat. Mais la signification politique est forte, trop forte. Une vieille dame de 85 ans, rescapée de la Rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942, est lacérée et brûlée dans son appartement du 11ème arrondissement de Paris. Les deux suspects aussitôt arrêtés se renvoient la balle, l'un accusant l'autre de crime antisémite. La double qualification d'antisémitisme et de crime crapuleux est aussitôt retenue par la justice. Une marche blanche est organisée dès mardi, mais M. Kalifat, président du CRIF et ancien membre du Bétar, interdit à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon de venir à l’hommage à Mireille Knoll.

Cette privatisation d'un hommage est crétin, cette réaction du CRIF est une faute politique et morale: il légitime l'argument des lâches et des antisémites selon lequel il faudrait confondre Israël avec son gouvernement et, pire encore, les juifs de France. Parce les insoumis s'opposent à la politique souvent criminelle du gouvernement Netanyahou contre les Palestiniens, ils seraient interdits de manifester contre l'antisémitisme. Le fils de Mireille Knoll intervient aussitôt à la télévision pour appeler tout le monde à manifester: "Le CRIF fait de la politique, moi j’ouvre mon cœur."

Près de Gaza, 16 Palestiniens sont tués, 1400 blessés, lors d'affrontements à la frontière dans le cadre d'une "grande marche du retour" organisée. Peut-on fustiger ce massacre sans se faire traiter d'antisémite ? 

Le soir de la manifestation, Gilbert Collard (FN) s'agrippe à quelques proches et crie: "regardez, j'ai des amis juifs!". Il est ridicule. Marine Le Pen est huée, part puis revient, protégée par quelques gros bras de la Ligue de Défense Juive, un groupuscule d'extrême droite. Le cas de Mélenchon est plus simple: d'autres représentants musclés de la même LDJ se précipitent sur lui et la délégation d'élu(e)s insoumis(e)s - Danielle Simonet, Clémentine Autain, Danièle Obono, Caroline Fiat  - pour les siffler et les bousculer. Dans une rue adjacente, Mélenchon temporise: "c'est dommage, mais il faut le prendre avec philosophie et ne pas jeter de l'huile sur le feu."

La "concertation"... des luttes!

Comment parler d'union face au terrorisme islamiste et, "en même temps", relayer cette lutte des classes qui ne dit pas son nom? Pourtant cette lutte est bien là. Elle se constate, jour après jour, n'en déplaisent à celles et ceux qui voudraient l'effacer par d'autres débats, ou la nier sous le coup d'autres polémiques ou réformes. Mercredi, Macron lâche une nouvelle diversion, l'école obligatoire dès l'âge de trois ans. Des mots creux, puisqu'on ne sait quels moyens il apporte en renfort tandis que son ministre des Comptes publics (Darmanin), flanqué d'un débauché socialiste (Dussopt) prépare la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires.

Sur le front social, le combat continue donc. La fameuse "convergence des luttes" n'est pas encore achevée, mais on en prend le chemin. On perçoit un début de panique larvée chez les macronistes. Sur France info, Sylvain Maillard, ce député qui expliquait à l'automne dernier que la majorité des SDF était à la rue par choix, explique que "pour un cheminot qui travaille, dix autres le surveillent". Il n'est plus à une provocation près.

La grève "perlée" a surpris. Les syndicats, cette fois-ci pleinement unis, ont innové. Cette grève se présente comme potentiellement durable. Et la désorganisation sévère. Si elle réussit, elle portera un mauvais coup à l'image de Jupiter, ce-président-qui-réforme-coute-que-coute.

Le gouvernement panique. Ses proches s'inquiètent. Richard Ferrand, le patron du groupe de députés macronistes, prévient: "il va quand même falloir expliquer en quoi cette réforme de la SNCF va permettre aux trains d'arriver à l'heure. Car pour l'instant la démonstration n'est pas faite." La direction de la SNCF prévient les cheminots qu'elle ne paiera pas les jours de congés si ceux-ci sont accolés à des jours de grève.


"Personne ne remet en cause le droit de grève" répète l'éditocrate Jean-Michel Aphatie, "mais la pertinence ou le bien-fondé de la grève en la circonstance".

Sur les ondes et les tribunes, la ministre des transports répète le mot concertation à en faire rire les journalistes. Cette concertation est si sérieuse qu'à quatre jours de la grève,  le patron de la SNCF annonce près de 90% de trains annulés ... dès lundi soir, veille de la grève perlée annoncée pour 3 mois. La moitié des Eurostars est déjà annoncée comme annulée.

En coulisses, le gouvernement cède pas à pas. 

La grogne sociale s'étend. Le 3 avril, les éboueurs se mettent aussi en grève. La FNME-CGT, première organisation syndicale dans l'énergie, appelle aussi à la grève à partir "du 3 avril jusqu'au 28 juin".

Vendredi 30 mars, "journée justice morte". A Bordeaux, Marseille, Lyon, Nantes ou Besançon, Greffiers et avocats protestent sous des formes diverses: minute de silence, entassement de Dalloz devant les tribunaux, couronne de fleurs mortuaire jetée à l'eau... Les gestes sont symboliques, la colère ne l'est pas. En cause, le projet de réforme de la justice, avec ses 5 chantiers. Annoncé début octobre dernier, à Nantes, il n'avait pas suscité trop de commentaires ni de réactions. La presse officielle était même béate: "La composition des tandems chargés de piloter les cinq chantiers reflète un souci d’efficacité et de pragmatisme." Six mois plus tard, la même presse réalise l'écart entre le discours bisounours et la réaction des personnels concernés: "suppression des 307 tribunaux d’instance et de la fonction spécialisée de juge d’instance, organisation judiciaire illisible et éloignée du citoyen, déshumanisation de la justice, privatisation du contentieux civil ». Les personnels dénoncent une « régression des droits de la défense, [un] recul du contrôle de la justice sur les atteintes aux libertés publiques, [une] suppression larvée du juge d’instruction et du juge de l’application des peines, [une] réduction de la collégialité." Fichtre !


"Racler, réduire, supprimer", le résumé de la réforme de la Justice par les organisations syndicales est sans appel.

Du côté des facs et des lycées, le mouvement semble prendre. La vidéo du tabassage d'étudiants grévistes par des hommes cagoulés à la fac de droit de Montpellier, puis l'interview surréaliste du doyen justifiant l'intervention ont fait s'intéresser à d'autres violences, comme celles des fascistes du GUD dans un lycée autogéré parisien. Mais la mobilisation dans les universités s'étend - de Montpellier et Toulouse, à Paris-I Panthéon Sorbonne, Bordeaux, Nantes, Rouen, Lille, Strasbourg, et Nancy. - et se durcit contre la réforme de l'entrée en études supérieures. Une dizaine d'établissements, sur 70, sont touchés.

Tous les lycéens ont du clore leur dossier de vœux d'études post-bac dans cette application qui a remplacé APB. Ce système d'affectation cache mal sa logique de classe: l'utilisation de l'application est complexe, surtout pour quiconque souffre déjà de la fracture numérique. L'objectif de l'enseignement scolaire public n'est pas tant de réduire les inégalités sociales que d'éviter d'aggraver toute ségrégation sociale. Or Parcoursup est en fait un filtre social de plus: les vœux sont encadrés, certains sont découragés (notamment par la publication des attendus de chaque établissement), le conseil de classe doit donner son avis sur les souhaits des lycéens (et cet avis est tenu secret jusqu'en juin), et, enfin, le futur étudiant doit rédiger son projet professionnel. Pire, les enseignants découvrent l'ampleur du désastre Parcoursup: pour les études très demandées, ils se retrouvent à devoir lire quelques milliers de lettres de motivation en quelques semaines, une tâche impossible. Le syndicat SNES-FSU appelle les enseignants à valider tous les vœux plutôt que de trier.

Le gouvernement ne peut rien lâcher, c'est trop tard.

Dans le privé, Air France voit un quart de ses vols annulés vendredi. Samedi, voici Carrefour, ce leader privé de la grande distribution, qui subit des grèves aussi massives, "un mouvement de grande ampleur" résume le Figaro. Les grévistes protestent contre les suppressions de 4 700 postes dans le groupe et la baisse de la participation (57€ en moyenne contre 610€ l'an dernier). Les dividendes de l'entreprise en 2017 étaient de 345 millions d'euros.

Deux poids deux mesures, ou l'histoire éternelle de la lutte des classes.

Dans la semaine, Gérald Darmanin annonce la création d'une police fiscale pour renforcer la lutte contre la fraude. Par cette pirouette sans moyens, Darmanin renforce cette anomalie française où la fraude à l'impôt des particuliers n'est pas de la police de tous. Ce "verrou fiscal" permet au ministre du budget de contrôler si et comment ces enquêtes sont menées.

Justice de classe.

Tard dans la nuit de mardi à mercredi, les députés godillots votent discrètement une loi sur le secret des affaires qui fait si plaisir aux lobbies patronaux: désormais, sauf à dénoncer des crimes et délits, les lanceurs d'alerte seront poursuivis par la justice pour toute divulgation d'une information sur l'activité d'une entreprise. Exit, par exemple, les révélations sur l'évasion fiscale (légale) des grands groupes ou les dangers pour la santé de certains médicaments ou produits (Mediator, bisphénol A): " Il s’agit de protéger nos entreprises contre l’espionnage économique, le pillage industriel ou la concurrence déloyale " plaide un sous-fiffre macroniste. "Un travail d’enquête approfondi mené par l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory" rappelle Bastamag, "montre comment un petit groupe de multinationales essentiellement françaises et états-uniennes ont orchestré l’élaboration de la directive en relation étroite avec la Commission européenne et des cabinets d’avocats d’affaires internationaux."


***


Protéger le secret de leurs affaires.

Maintenir une justice réservée pour les fraudeurs fiscaux.

Alléger l'impôt des revenus du capital et supprimer l'ISF
.
Réduire les services publics.

Virer des fonctionnaires.

Introduire davantage de ségrégation sociale dans l'enseignement public

... qui dit mieux ?




24 mars 2018

568ème semaine politique: l'injustice version Macron, et les racailles post-attentats.

 

Où il est question d'attentats, de grève, d'injustice, de racaille, de fatigue. 

Et de Macron.




Louis XVI et Marie-Antoinette
Il râle contre la vétusté du court de tennis de la Lanterne, ce château laissé à disposition des premiers ministres que deux présidents - Sarkozy puis Macron - ont transformé en résidence secondaire, à deux pas du Château de Versailles. Marie-Antoinette, aka Brigitte la première dame  s'invite chez quelques agricultrices, à Lanfains, dans les Côtes-d'Armor: ça fait "peuple". La visite est si discrète que Tristan Bromet, chef de cabinet de Brigitte Macron, se dépêche d'en publier quelques clichés sur Instagram.

Le couple présidentiel est ainsi, tout en contradiction permanente: des clichés savamment préparés pour propager l'image d'un couple "proche" du bon peuple, tandis que quelques fuites rappellent régulièrement leurs caprices monarchiques. Il n'est même pas certain que Macron réalise qu'il s'agit d'une contradiction. La France d'en haut n'a pas ce genre de préoccupation.

C'est une normalité assumée.

Cette semaine, Macron est surtout ailleurs. Il parle francophonie, fait des selfies en direct sur Twitter et converse avec Angela Merkel sur la Grande Europe. Merkel, Macron et May continuent leur cirque contre l'autocrate Poutine, tout en restant étrangement silencieux sur les massacres de rebel(le)s et civil(e)s kurdes par l'allié islamiste Erdogan.


Alors qu'il chute dans les sondages, Emmanuel Macron parvient encore à diviser les oppositions pour mieux conduire sa politique de classe au service d'une fraction déjà privilégiée du pays. Cette semaine, la fameuse "convergence des luttes" s'est presque cristallisée. Et la Macronista a fait feu de tout bois pour contrer ce front uni naissant.

Jeudi, anniversaire d'un autre 22 mars cinquante ans plus tôt, une journée de grève et de manifestations rassemble des centaines de milliers de personnes dans les rues ou dans la grève. Retraités, personnels d'Ehpads, ou d'hôpitaux, enseignants et cheminots: la grève, là ou elle peut l'être, est très suivie et paralyse une partie du pays.

Une part croissante, majoritaire d'après les sondages, juge la politique macroniste injuste, doute de son efficacité économique et persiste à penser qu'il n'agit que pour les plus riches.

Mais Jupiter n'en a cure. Il applique son programme, dans sa version officielle et sa version cachée. Et qu'importe qu'une infime minorité ait vraiment choisi ce programme en 2017.

Les mensonges
"Noblesse du rail" braille Brice Couturier, un éditocrate macroniste que la République généreuse défiscalise par ailleurs au nom de la liberté d'informer, pour qualifier les cheminots. Sur France Culture un vendredi soir lendemain de manifestation et de grève, l'homme ose appeler à "l'égalité réelle" pour justifier les coups de canifs dans les avantages d'une profession. Attaquer les cheminots n'est pourtant pas l'angle d'attaque de la Macronista. Cet éditocrate s'emporte.

Les éléments de langage du clan Macron sont répétés sur toutes les ondes. Ils sont publiés par le Media. Ils se résument en deux arguments: ne pas attaquer frontalement les grévistes et leurs soutiens; et nier la portée des réformes en cours. Ainsi, il ne s'agirait pas de "casser la fonction publique", ni de "remettre en cause le statut des fonctionnaires".

On préfère insister sur la nécessaire transformation des services publics pour les "améliorer". Par un curieux raisonnement, le constat partagé de services publics étouffés par le manque de moyens face aux besoins souvent croissants de la population débouche sur l'argument macroniste qu'il faut couper, réduire, voire privatiser.

Prenez la SNCF.

1. La réforme de la SNCF n'est pas une promesse de campagne. Au courant de la mise en concurrence du rail français, Macron a caché ce point. C'est un mensonge (électoral) par omission, rien de moins.

2. La réforme de la SNCF ne vise à résoudre les problèmes de service du rail mais à préparer l'entreprise à l'ouverture à la concurrence: "La transformation en société anonyme est imposée par la réglementation européenne, si on veut des conditions de concurrences équitables. Les cheminots vont faire des efforts" explique Louis Gallois, l'ancien PDG de l'entreprise. Combien de citoyen(ne)s sont convaincus qu'une mise en concurrence des trains va améliorer le service public ? Pourquoi donc cette question n'a-t-elle pas été posée en premier ? Elle est pourtant simple à comprendre, et ferait l'objet d'un joli débat. Là aussi l'hypocrisie macroniste est évidente. Dans son édition du 21 mars, premier jour du printemps, le Canard Enchaîné révèle que Matignon a caviardé un passage de  l'entretien de la ministre des transport Elisabeth Borne aux Echos où elle estimait probable qu'il y aurait des plans sociaux à la SNCF après la réforme.

3. Enfin, il ne s'agit pas non plus pour le gouvernement d'uniformiser tous les statuts et conventions collectives du pays. Au contraire, Macron choisit ses cibles et cherche à éviter la constitution de fronts communs. La réforme des retraites, par exemple, a été repoussée à 2019.

Oser parler "d'égalité réelle" l'année où Jupiter plafonne l'imposition des revenus du capital à 30%, les rendant par là-même plus attractif que ceux du travail est cocasse, et grossier.

Oser parler "d'égalité réelle" quand la réforme de la SNCF ne traite pas des astreintes de week-ends, de nuit ou de jours fériés du personnel ? Oser parler "d'égalité réelle" quand Macron cible une poignée d'avantages pour mieux les désigner à la vindicte populaire est à peine surprenant.

Face au mouvement de protestation de la Fonction publique, le double discours macroniste est confondant d'hypocrisie. Sur les ondes, la députée LREM Amélie de Montchalin martèle: "nous, on concerte, on négocie, on agit".

Monchalin ment, et répète ses mensonges. Concertation ? "La convention collective à la SNCF, cela fait deux ans qu’on en discute et que la direction bloque" explique un représentant du personnel. Pire, ce n'est pas l'annonce de 70 réunions, comme pour la loi Travail qui change grand chose. Dès la publication du rapport Spinetta, Macron a prévenu qu'il procèderait par ordonnances pour limiter le débat parlementaire sur le contenu de la loi et, surtout "encadrer la durée de la grève" a-t-il confié à ses conseillers. Négociation ? Les points ouverts à la négociation sur la SNCF sont minimes. Le gouvernement a prévenu qu'il ira jusqu'au bout. Il ne comprendra que le rapport de forces. De Bruxelles, Jupiter contredit d'ailleurs sa jeune groupie: ces mouvements sociaux "ne sont pas de nature à conduire le gouvernement à revenir sur ce qui a commencé à être mis en œuvre."

Fâcheuse coïncidence, l'INSEE confirme la baisse du pouvoir d'achat des Français au premier trimestre le jour où le ministre des Comptes publics tweete fièrement qu'il vient de signer le décret qui augmente de 30 euros par mois le minimum vieillesse. Gérald Darmanin n'a pas fait la même publicité lorsque sa loi de finances a rendu 150 000 euros d'ISF annuels en cadeau à quelque 350 000 foyers aisés. 

Sarko la bavure
Jupiter est paraît-il suractif. Il ne s'est pourtant pas agité pour renforcer les moyens de la justice ni la rendre plus indépendante du pouvoir politique. Mardi, deux jours avant le mouvement du 22 mars, Sarkozy chipe la vedette aux grévistes. Il était prévenu depuis le 7 février qu'il passerait à la casserole de l'interrogatoire. Il passe 48 heures en garde à vue pour des soupçons de financement illégal de sa campagne de 2007. Président, il avait bloqué l'enquête sur ces faits révélés par Médiapart en 2010. Que le temps judiciaire est long, faute de moyens et d'indépendance. Sarkozy sort du bureau des juges avec une mise en examen qui vaut déjà condamnation par son triple intitulé:  "corruption passive et financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens".  Mais il a un traitement de faveur. Dès le soir, il a les honneurs du premier JT du pays.
"Je pourfendrai cette bande, je ferai triompher mon honneur et je n’ai pas l’intention de céder un centimètre de terrain à cette bande." Nicolas Sarkozy
Quelques jours avant cette séquence outrancière

Le Parti médiatique se félicite du travail d'investigation de Mediapart qui a permis à la justice d'avancer, il a raison. Mais ne nous trompons pas. La carrière politique de Sarko est terminée. Sarkozy est depuis longtemps un épouvantail facile dont les excès n'amusent plus. Sarkozy est de l'histoire ancienne.

Il est une autre campagne dont le financement nous intéresse, celle d'Emmanuel Macron. La Commission des comptes de campagne a préféré ouvrir ses dossiers à la presse sur les comptes de celle de Mélenchon uniquement, qui pourtant a dépensé 7 millions de moins.

Daech dans nos campagnes
Vendredi, un jeune franco-marocain, fiché au FSPRT (fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste) et ex-dealer, attaque et tue au nom d'Allah dans l'Aude. Un automobiliste, puis l'employé et un client de Super-U à Trèbes, et enfin un officier de gendarmerie qui s'était proposé en otage pour libérer les civils. Ce dernier, un héros français, meurt de ses blessures le lendemain.

On imagine bien sûr que la menace d'une déchéance de nationalité l'aurait découragé de commettre cette attaque (#lol).

L'émotion est forte, immense, a-politique, parfois silencieuse.

Les hommages pleuvent, de droite comme de gauche, des syndicats de magistrats aux organisations de policiers, des officiels et des civils, des députés macronistes, LR, socialistes, insoumis, ou communistes.

Sauf chez quelques racailles des réseaux sociaux: on lit des tweets immondes, tantôt chez l'extrême droite furibarde, tantôt chez quelques islamistes français, et même chez quelques soutiens officiels de la Macronista ou vague suppléant FI rapidement exclu.  La fachosphère lance l'attaque contre l'islaaaaaam. De l'autre côté, quelques barbus des réseaux sociaux amalgament pour brailler contre les amalgames. Plus surprenant, quelques soutiens bien officiels de la macronista dérapent, dérivent.

Cette indécence en cascade, alors que l'hommage aux morts mériterait silence et recueillement est triste comme une victoire des cons.



On se demande quel sens trouvent certains à rager ainsi sans retenue. Il suffit parfois d’un attentat pour que certains partent en vrille. Et cette fois-ci, au début du printemps, ils sont nombreux.

Emmanuel Macron n'est pas tombé dans ce piège. Certains de ses soutiens éructent.

Le terroriste est certes un cliché ambulant: musulman bien sûr, mais aussi bi-national et délinquant.  Cette racaille a blessé à mort un lieutenant-colonel de gendarmerie, Arnaud Betrame, qui s'était proposé comme otage pour libérer des civils.

Le gendarme meurt samedi de ses blessures.

Daech vient de créer le premier martyr français.




N'est-ce pas la nouvelle la plus importante ?



17 mars 2018

567ème semaine politique: le Bling Bling pas si discret de Macron

Où il est question de décalage entre la réalité et l'image, de Falcon et de photographies, de suicides et de cheminots.


Il est face à une dame d'un certain âge qui lui reproche les 60% de hausse de la CSG sur les retraites, alors il s'explique. Jupiter "aime la contradiction" ose commenter un éditocrate. La courte séquence vidéo est propulsée par les services élyséens sur les réseaux sociaux pour expliquer combien ce président est pédagogue. Sa pédagogie a ses limites. Jupiter n'explique pas pourquoi les 4,5 milliards d'euros prélevés sur les retraités correspondent justement au montant de la suppression de l'ISF.

Crédit: Elysée.
En déplacement en Indre-et-Loire dans le cadre de la visite d'une école de Rilly-sur-Vienne, il face face à une autre dame d'un certain âge qui lui demande si ce n'est pas "une dictature qui se prépare", "une dictature en marche", avec ces places de prison supplémentaires et ses fermetures d'écoles. L'Elysée ne propulse pas cette vidéo sur les réseaux. Car Macron y répond plein de mépris et de sourire coincé: "vous êtes parti loin" glisse-t-il à deux reprises avant de laisser la dame en plan, le visage figé.

La séquence fait tâche dans la com' élyséenne. Macron n'aime pas recevoir cette violence sans filtre devant des témoins. Il veut raconter une légende composée de foules souriantes et de selfies positifs.

Deux jours auparavant, Jupiter a enfin signé la vente de ces 6 EPR en zone sismique. L'EPR est ce nouveau modèle de centrale nucléaire dont le coût explose tellement tous les devis qu'il finit par couter plus cher au vendeur (Areva, c'est-à-dire EDF, c'est-à-dire l'Etat, c'est-à-dire vous et moi, les contribuables) qu'à l'acheteur. La presse s'en fait l'écho. Rares sont les éditocrates qui relèvent l'incroyable absurdité. En revanche, Paris Match s'autorise un reportage dégoulinant de complaisance baveuse sur le couple Macron en visite privée du Taj Mahal,. "Pour assurer un souvenir inoubliable à leurs invités, les Indiens ont fermé les 8 kilomètres de route entre l’aéroport et le palais et vidé ce dernier de ses touristes."

Jupiter avait autorisé une poignée de journalistes et de photographes pour immortaliser le moment.
"Même les chèvres de la capitale s'inclinent sur son passage."Paris Match sur Brigitte Macron
La France de 2018 est ainsi, politiquement dévitalisée par son sommet, à cause de son sommet. Vendredi, le couple élyséen emprunte un Falcon de la République pour une rencontre privée avec le peintre Soulage à Sète. Puis repart en avion de ligne pour Paris.

Visite privée, Falcon public.

La vie est royale.

Quand il rencontre des plus pauvres, ou des anciens, Jupiter donne des leçons d'effort collectif. En coulisses, il fait preuve des mêmes travers Bling Bling qu'un Sarkozy plus transparent. Il a confié un rôle et des moyens à son épouse que personne n'a élu. Cette semaine, il se fait suivre par la brillante photographe Annie Leibovitz. Photographies faussement intimes, sous toutes les coutures, pour une couverture de Vanity Fair en avril, au moment de son déplacement ... aux États-Unis. L'Elysée paye déjà un contrat de photographies officielles à l'agence Bestimage.

L'argent public, toujours l'argent public. Macron n'a-t-il pas les moyens de se payer des photos en couple ?

Jupiter se présente comme sur-actif. Les reportages hagiographiques sur ce "président-qui-ne-dort-jamais" ont été nombreux. Et pour s'assurer que la couverture médiatique élogieuse se poursuive sans accroc, même la chaîne parlementaire s'est dotée d'une documentariste ouvertement macroniste. Jupiter fait désigner par ses députés un proche et admirateur zélé à la présidence de LCP, le retour d'une ORTF ridicule. "La macronie aurait-elle commencé à célébrer, de façon funèbre, le cinquantenaire de Mai 68 ?" s'interroge l'insoumise Clémentine Autain. Pour sa défense, Bertrand Delais explique qu'il a gagné "à la loyale". Personne ne dit qu'il a triché. On dit juste que l'auteur de trois documentaires à la gloire de Macron en moins d'un an n'a pas sa place à la tête d'une chaîne publique d'informations parlementaires. Ce nouveau godillot a été élu dans les règles par un cortège de députés macronistes.

Qui est surpris ?

Emmanuel Macron, ce sur-homme qui impose à la France une cadence "effrénée" de réformes "nécessaires" et "courageuses" cache pourtant son agenda. Ou plutôt, il n'en montre que ce qu'il veut. La macronista est d'abord une affaire de communication avant d'être un sacerdoce au service de la France d'en haut. A la différence de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande, dont l'emploi du temps pouvait se suivre à la quasi-demi heure près, puisque tout ou presque était publié, Macron cache beaucoup de ses journées. Son agenda officiel est peu détaillé, vidé de toute ce qui pourrait faire polémique ou contredire l'image officielle. Semaine après semaine, il faut chercher ailleurs, creuser dans la presse parfois régionale ou sur les réseaux sociaux ces clichés ou ses brèves qui échappent à la communication officielle du jeune monarque. Et découvrir cette vie discrète, Bling Bling à souhait, financée par l'argent public avec autant de facilité que dans l'ancien monde.

Comme cette célébration avec quelques chasseurs à Chambord, devant quelques cadavres de sangliers, en décembre dernier.

Comme cette visite en Falcon de la République, un billet à 50 ou 60 000 euros le trajet, pour aller rendre visite à l'admirable Soulage un vendredi de mars.

Jupiter croit contrôler l'agenda. Nous sommes en 2018, ce jeune homme est-il un vestige des années 70 ?

Loin de ces images contrôlées ou empêchées, les classes luttent, partout. Mercredi, le gouvernement détaille sa réforme de la SNCF en Conseil des ministres. Jupiter ne s'exprime pas, il laisse son premier collaborateur Philippe et une ministre au nom prédestiné, "Borne", raconter le story-telling macroniste. La "concertation" a remplacé la negociation. La sous-ministre en charge des transports annonce la couleur: le gouvernement est prêt à discuter de ... la date de prise d'effet de la fin du statut des cheminots pour les nouvelles recrues. Syndicats et partis politiques d'opposition de gauche annoncent une journée de manifestation le 22 mars. Puis l'intersyndicale des salariés de la SNCF innove: faute de négociation, elle prévient qu'une grève de deux jours tous les 5 jours débutera le 3 avril jusqu'en juin. Le gouvernement est interloqué. Les éditocrates les plus complaisants y vont de leurs bons mots contre les "cheminots-privilégiés".

Pourtant, les motifs du mouvement ne sont pas la défense d'un statut: les syndicats veulent connaître les conditions d'ouverture du rail à la concurrence en 2019, ce que la Macronista se refuse de faire, trop effrayée à l'idée de s'engager dans un tel débat qui contredirait sa propagande européiste. Car Macron a de grands projets pour l'Europe. Il accueille une Angela Merkel enfin reconduite chancelière mais affaiblie par sa réélection de justesse. Jupiter veut "réformer la zone euro". Mis l'Europe du Nord vient justement de retoquer ces grandes propositions.

Les hôpitaux font moins parler d'eux, malgré les ravages des plans d'économies et des sous-effectifs. Dans un reportage de France 2, on voit des patients d'un EHPAD seconder le personnel soignant, trop peu nombreux. A Paris, au début du mois, dans un hôpital public, une technicienne de laboratoire, en contrat à durée déterminée, s'est suicidée. A Besançon, dans un autre hôpital public, une médecin a tenté de mettre fin à ses jours, quelques jours avant la visite, annulée, de la ministre de la santé Agnès Buzyn dans l'établissement. N'imaginez pas de grande mobilisation médiatique pour cela.

Jeudi soir, l'un des bonimenteurs de la macronista, Gérald Darmanin, a l'honneur du prime time du service public. Le ministre du budget, accusé par trois femmes d'abus de faiblesse, n'est pas interrogé sur la seule question qui vaille: trouve-t-il normal de solliciter des faveurs sexuelles en échange de services ?
« Il fallait que je couche pour avoir la lettre et me faire innocenter. » Sophie K. à propos de Gérald Darmanin.
Pour le reste, Darmanin a eu quelques difficultés face à Olivier Besancenot, toujours très efficace pour démolir les représentants de la France d'en haut, à démontrer qu’Emmanuel Macron n’était pas "le président des riches". Rendre si vite, si efficacement quelques 5 milliards d'euros à quelques dizaines de milliers de fortunés, pour expliquer ensuite aux retraités, aux personnels hospitaliers et aux EHPAD qu'il fallait se serrer la ceinture. Et que dire de la hausse globale des prélèvements, attestée par l'INSEE malgré les argumentaires foireux mais sur-tweetés de la Macronista ? Que dire de la privatisation de quelques bijoux monopolistiques ?

A la télévision, Darmanin ose qualifier de "coup de canif dans le pacte républicain" les quelque 36 milliards d'euros de fraude fiscale annuelle. Coup de canif ? WTF !?!

Le même jour, les prochaines mesures de contrôle des chômeurs sont dévoilées, une "priorité nationale": rater un rendez-vous à Pôle emploi entrainera une radiation dans les15 jours, au lieu de deux mois auparavant.

Deux poids, deux mesures.

Autre opération de communication, voici Macron qui se fâche si rouge contre la Russie qu'il décide d'éviter le pavillon officiel russe au Salon du Livre qu'il inaugure vendredi. Fichtre ! On a le courage que l'on peu ! Jupiter a le cul entre deux chaises. Il accuse la Russie nommément, comme son homologue britannique, mais il s'abstient de toute sanction véritable. En cause, un ancien espion russe passé à l'Ouest, libéré par l'Etat russe il y a quelques années, est empoisonné au Royaume Uni. La première ministre Teresa May accuse nommément la Russie. Pourquoi ? Le poison utilisé était fabriqué en Union soviétique dans les années 70. Pourquoi donc Vladimir Poutine prendrait-il le risque de faire assassiner un agent retraité une semaine avant une élection présidentielle et trois mois de la Coupe de monde de football ?

Samedi, sous une neige soudaine et tardive, le mouvement des Jeunes avec Macron se choisit un nouveau patron. Fidèle à la tradition macroniste, il n'y qu'un seul candidat - comme pour la désignation du président de groupe de députés (Richard Ferrand), du président de l'AN (François de Rugy), ou de délégué général de En Marche (Christophe Castaner). Et comme d'habitude, c'est un homme blanc: "Nous donnerons notre définition de l'écologie politique, pour accélérer cette prise de conscience !" braille le nouveau venu à la tribune. Pas un mot sur les EPR indiens. "Nous nous battrons pour que l'égalité inscrite dans les textes devienne effective !" renchérit-il. Pas un mot sur la flat tax, la suppression de l'ISF ou de 120 000 postes de fonctionnaires. Ni davantage sur la loi Travail.

Observer ces jeunes, pour certains d'ex-jeunes socialistes, ovationner cette nouvelle Présidence des riches avait quelque chose de cocasse et de sinistre à la fois.




Ami(e) macroniste, mais qui es-tu ?



10 mars 2018

566ème semaine politique: pourquoi Macron va-t-il vendre des EPR en zone sismique en Inde ?

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La question est posée, elle ne sera pas adressée officiellement.


En fin de semaine,  Macron s'envole pour l'Inde. La presse principale reproduit les communiqués de presse élyséens -  "Visite d'Emmanuel Macron en Inde : 13 milliards d'euros de contrats signés" (France 24), "Visite d’État de Macron en Inde : un contrepoids à la Chine" (Ouest-France), "Macron en opération séduction au pays des Maharadjahs" (Le Parisien) , "la France annonce la signature de 20 contrats d’une valeur de 13 milliards d’euros" (Le Monde) - se fend d'un portrait dithyrambique d'une digne représentante de l'écologie macroniste - Brune Poirson, "l'écologie sans idéologie" dixit Le Point (sic!), ou prête ses colonnes aux éloges de Ségolène Royal, exilée comme "ambassadrice pour les pôles", pour faire de la pub aux projets écolo de Jupiter.

En bref, les principaux médias nous vendent "l'engagement écologique de Macron" à travers le sommet de l'Alliance solaire internationale où Macron intervient ce 10 mars, la valeur des contrats signés dans ce pays gigantesque pour des entreprises françaises et, évidemment, l'importance diplomatique de ce déplacement de 3 jours.

Le coup diplomatique que l'on tente de vendre - Jupiter traitant d'égal à égal avec le président du pays le plus peuplé du monde - est rapidement occulté par le vrai coup diplomatique de Donald Trump. Le président américain annonce qu'il rencontrera prochainement le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. C'est indéniablement un très joli coup, et un signe d'apaisement inhabituel de la part de cette Maison Blanche en furie.

La valeur des contrats signés est un "must" de tout déplacement présidentiel à l'étranger: ça évite de parler d'autre chose (les droits de l'homme quand on est en Chine ou au Qatar, la pauvreté quand on visite l'inde, etc), mais surtout cela permet de coller une (fausse) preuve d'action à l'image du monarque en place. Macron adore signer des lois et des contrats devant les caméras. En Inde, il est servi. Pourtant, même sur ce terrain symbolique-ci, la prouesse macroniste est modeste: 12 des 13 milliards annoncés sont le fruit d'un seul contrat de livraison de moteurs d'avion pour Safran.

En Inde, il y a plus grave que ce petit déraillement de la communication diplomatique élyséenne ou ces agitations dans des sommets écolo où l'on ne décide de rien. En Inde, Jupiter voulait surtout vendre, encore et toujours, un peu de nucléaire français. Et cette fois-ci en zone sismique.

On se souvient de Sarkozy se dépêchant à Pékin, trois semaines à peine après la catastrophe nucléaire de Fukushima dans le Japon voisin, l'un des « sujets prioritaires » du tête-à-tête entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao, au Grand Palais du peuple ce soir de mars 2011. L'Elysée sarkozyste expliquait même à l'époque combien "Fukushima n'invalide pas la pertinence du nucléaire civil". 
L'ancien monarque avait fait beaucoup d'effort pour exporter le nucléaire français. Outre la Chine, Sarkozy avait entamé des démarches avec son meilleur allié, le colonel Kadhafi, avant la brouille mortelle de 2010.

Sept ans plus tard, jour pour jour après Fukushima, Macron est en Inde pour vendre des EPR.

La communication présidentielle n'insiste pas sur cette dimension du voyage.

Le PDG d'EDF est du voyage. D'après le site Energeek, la signature de la commande est bel et bien l'un des objectifs élyséens. Un "protocole de coopération" relatif à la construction de six EPR sur le site de Jaitapur, en bord de mer, pour une capacité potentielle de 9,9 GW, avait été signé il y a 2 ans entre le groupe EDF et le groupe indien Nuclear Power Corp of India Ltd (NPCIL). Et les premiers repérages ont été initiés par Areva dès 2009. La région de Jaitapur, en bord de mer, a pourtant déjà subi plusieurs tremblements de terre d'une magnitude supérieure à 6.  "Le site indien de Jaitapur est exposé aux séismes et aux tsunamis" commentait sobrement le Monde en janvier 2017. Différents documents secrets du Department of Atomic Energy l'attestent. Des associations locales, Greenpeace et tous les élus du coin s'opposent au projet, sauf, évidemment, les autorités de l'état du Maharashtra, duquel dépend la zone.
"Nous, les pêcheurs et les agriculteurs de Jaitapur et les zones adjacentes, voulons qu'il soit très clair que notre opposition tenace au projet nucléaire proposé est totale et ne sera pas vaincue par des moyens ou les manières possibles." Déclaration publique, juin 2013.
La signature de cette commande se chiffrerait à 60 milliards de dollars. On n'en doute pas. Partout où il a été déployé, l'EPR est un gouffre qui apparaît sans fin. A Flamanville, il dépasse les 10 milliards d'euros, trois fois plus que prévu; 22 milliards d'euros à Hinkley Point, au Royaume-Uni, soit 2 milliards de plus que prévu.

Mais il faut défendre la filière nucléaire fraaaaançaise, coûte que coûte! Sous un vernis écolo, bien servi par Nicolas Hulot, le gouvernement Macron fait feu de tout bois pour développer, ou plutôt sauver le nucléaire français. Qu'importe si le recyclage des premières centrales est un casse-tête économique et écologique; qu'importe si l'on découvre enfin aujourd'hui coûte bien plus cher qu'on ne l'a dit.

En novembre dernier, Nicolas Hulot avait reporté la plupart des objectifs de la loi de transition énergétique votée sous Hollande et portée à l'époque par Ségolène Royal devenue depuis Macronista-gaga. "Atteindre les 50% d’atome dans le mix électrique d’ici à 2025 était certes un sacré défi dès le départ, dès la loi de 2015" rappelle Libération. "Pour tenir cette promesse, il aurait fallu fermer l’équivalent de 17 à 20 réacteurs sur les 58 actuels, calculait la Cour des comptes en 2016, et 27 à 31 selon Greenpeace." La promesse macroniste de tenir ces engagements est enterrée dès le début du quinquennat. 

Quatre mois plus tard, la planification de la fermeture des centrales trop anciennes est elle aussi enterrée: il est urgent ... de ne rien faire. La communication présidentielle s'active pour convaincre que Macron s'active, multiplie les réformes, transforme le pays au point de donner le tournis à ses détracteurs, et pourtant. Sur ce sujet des plus urgents, des plus graves, la procrastination est la règle.

La programmation pluriannuelle de l’énergie, qui devait réactualiser ces objectifs, est repoussée... à 2019. Le soutien aux énergies renouvelables s’incarne dans des shows médiatisés, des tweets et des belles déclarations, pas dans les actes. En 2017, la part de l’électricité consommée en France issue des énergies renouvelables est tombée à 18,4%, contre 19,6% en 2016.

Exporter des EPR hors de prix, y compris dans des zones dangereuses (mais lointaines), geler la fermeture des centrales vieillissantes, repousser la planification de nouveaux objectifs, voici en résumé le premier bilan écolo peu convaincant du Président des riches.

"La transition écologique est une priorité pour aujourd’hui qui affecte tous les secteurs de la vie économique et sociale." pouvait-on lire dans le programme présidentiel du candidat Macron.

Sans rire.

Cet enterrement qui ne dit pas son nom fait tâche. On croyait Macron si actif. Nos éditocrates expliquent qu'il cherche à "sidérer l'opposition" par sa sur-activité. Cette semaine encore, un projet de réforme constitutionnelle est dévoilé, quelques semaines après que des premiers sondages nous garantissent que les Français étaient majoritairement d'accord (sic!): la simple réduction du nombre d'élus (sénateurs et députés), pour affaiblir encore davantage le Parlement, agite heureusement quelques gazettes et des républicains authentiques, de droite comme de gauche. Vendredi, c'est la ministre de la Justice qui jette un nouveau hochet au sérail politico-médiatique, la création de "tribunaux criminels" composés de juges professionnels, pour remplacer les jurys d'assises sur les crimes les moins graves.

Jupiter ne sidère pas. Il fait suffoquer. Il engage un programme de "réformes" et de privatisation de l'Etat qui pourrait être débattu, mais qui ne le sera pas puisque le jeune monarque fait en sorte d'éviter le débat. Et sur quelques sujets majeurs - la pauvreté (les Restos du Cœur lancent leur nouvelle campagne cette semaine) ou l'écologie (la France insoumise organise un vote sur la sortie du nucléaire du 11 au 18 mars), Macron se tait, ou plutôt amuse la galerie avec des shows, des sommets et des tweets.

Ami macroniste, où es-tu ?


3 mars 2018

565ème semaine politique: ce statut des riches dont Macron ne parle pas


 

Dans une démocratie apaisée, le débat politique et social n'aurait nul besoin de stigmatiser une catégorie sociale, pas même les plus riches du pays.

Pourtant, l'actuel gouvernement tend des perches. 



Comme Sarkozy en son temps, qui avait inauguré cette démarche du dénigrement récurrent de groupes entiers, Jupiter reprend l'ouvrage, avec moins d'outrances et plus de cynisme clinique - chômeurs, migrants et immigrés, cheminots et salariés, fonctionnaires en général ou professeurs en particulier, personne n'est à l'abri de cette nouvelle chasse à courre.



Depuis quelques semaines, on observe avec attention comment la macronista lance son offensive contre la "catégorie du mois", les cheminots: d'abord un rapport patronal qui permet de lancer des "idées-choc" de "briser les tabous" en tous genres; puis l'attention médiatique se focalise sur la fermeture des petites lignes, la hausse des prix et... le statut des salariés; enfin, quelques jours plus tard, un ex-directeur devenu premier ministre concentre le sujet sur les cheminots. "Les syndicats vont apparaître comme les défenseurs d'un statut privilégié que les Français réprouvent" a confié Emmanuel Macron en début de semaine. Jupiter ne se cache pas d'avoir désigné les cheminots à la vindicte médiatique et populaire.

Une troupe de cadres supérieurs véhiculés en voiture rapide avec chauffeur donne désormais des leçons de transports publics, la démarche est cocasse.

La description par Edouard Philippe, lundi 26 février, de cette litanie des maux que traverserait une SNCF, sans jamais mentionner que l'entreprise a dégagé un peu plus d'un milliard d'euros de bénéfices l'année précédente, avait quelque chose de lénifiant.

Il est pourtant un statut qui mériterait une attention particulière, le statut des riches. Ils sont peu nombreux, très peu nombreux ces premiers de cordées. Ils représentent pourtant l'essentiel des pouvoirs, des fortunes, et des lieux de décisions. On sait mal d'où ils détiennent cette place de premier de cordée. La cordée n'a jamais voté pour leur première place. La richesse n'est pas un mal, mais en France, elle est un secret aussi bien gardé que la stigmatisation des "statuts" des moins fortunés est devenue un sport national, une sorte de chasse à courre.

Le culte du secret
On aimerait mieux les connaitre, disposer de cette même richesse d'informations dont le gouvernement est capable quand il s'agit d'attaquer un "statut"  : d'où vient leur fortune ? Combien sont-ils ? Combien payent-ils réellement d'impôts ? Quand le gouvernement supprime l'ISF, il faut une pétition, rien que cela, pour que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire donne enfin quelques chiffres, mais pas trop: "Pas question de remettre en cause le secret fiscal" justifie-t-il. Évitons une "chasse à l'homme" prévenait Christophe Castaner. Sans blague...  La chasse à courre contre les pauvres le dérange moins.

Le statut des riches se protège d'abord par une omerta sur la réalité de leur importance.

On propage l'idée que la France a encore une classe moyenne, moins riche que les riches, plus riche que les pauvres. Mais qui a simplement observé la répartition par catégorie sociale des revenus comprend que ce constat ne correspond à rien: la France comprend une immense majorité de foyers aux revenus modestes voire écrasés, et une minorité totalement décrochée du reste dans des hauteurs indécentes.

Un ministre, un maire de grande ville, un député se situe statistiquement dans le dernier décile.

Qui dit mieux ?

Nier l'inexistence des classes moyennes a un but politique, éviter de laisser le dernier décile dans un face à face politiquement désastreux avec les autres 90% de la population.

Les riches se cachent. Sinon ils auraient la trouille.


La suppression de l'ISF
En octobre dernier, Le Maire a fini par lâcher quelques données incomplètes:  "Nous allons rendre 400 millions d'euros aux 1 000 premiers contributeurs à l'ISF." Les détails de ces heureux millionnaires sont livrés au compte goutte: "Les cent premiers contributeurs à l’ISF paient 126 millions d’euros. Les cent premiers patrimoines paient 73 millions d’euros d’ISF."  Bizarrement, nulle étude ne fut publiée sur l'origine de ces richesses: d'où vient le patrimoine de ces fortunés ?

Héritage ou méritocratie ?

Mais il y a mieux.

La Flat tax
Grâce à Jupiter, les revenus du capital sont désormais moins taxés que les revenus du travail: impôts et cotisations sociales sont plafonnés à 30% sur tous les revenus financiers depuis le 1er janvier 2018. Environ 450 000 foyers aisés sont les bénéficiaires de la mesure les plus coûteux pour les finances publiques . Qui sont-ils ? Comment se répartissent leurs revenus financiers entre placements court, moyen et long terme, plus-values et épargne ? Chut ! C'est secret !

A court terme, le cadeau est de 1 milliard d'euros la première année. C'est sans compter les effets d'aubaine: désormais moins taxées que du salaire,  les stock options, actions gratuites et autres bonus financiers devraient être privilégiés par les entreprises à des augmentations de salaires pour leurs salariés les mieux payés.

A l'exact inverse du discours macroniste, la Flat Tax ne sert pas "l'investissement productif", c'est-à-dire dans le capital des entreprises: elle sert plutôt les placements à court terme comme l'ont rapidement souligné les conseillers en placement: inutile d'attendre 4 ou 8 ans suivant les anciennes formules de l'assurance vie pour réduire les prélèvements fiscaux. Pire, ce plafonnement est sans contre-partie ni contrainte. En son temps, la loi TEPA (le "paquet fiscal" de Sarkozy en 2007), avait permis de défiscalisé de l'ISF sous condition de placement des fonds exonérés dans des entreprises. Malgré les abus, il y avait au moins une contrainte. Avec Macron, rien de tout cela. Le cadeau est généreux.

L'évasion fiscale
Environ 800 contribuables s'enfuient chaque année pour fuir l'impôt national. Bizarrement, personne ne s'interroge sur le sens qu'il y a à leur laisser une nationalité française alors qu'ils échappent désormais au minimum exigible pour être Français, le paiement de l'impôt.

C'est un autre avantage du statut de riche: on peut s'échapper pour fuir l'impôt. On a des conseillers, des banques qui parfois sont attrapées par le scandale grâce à des lanceurs d'alerte malheureusement rapidement sanctionnés et terrorisés, ou des journalistes qui font leur travail d'investigation jusqu'au bout malgré les pressions.

Quand l'évasion devient une fraude, elle échappe à la Justice des simples citoyens. Cette exception française s'appelle le "verrou fiscal": c'est au ministre des Finances, généralement sociologiquement proche des suspects, de décider comment les poursuites, si poursuites il y a, se dérouleront.
"Au plan général, il y a lieu de rappeler que l’intervention de la commission dans la sélection des dossiers devant être déférés au pénal s’inscrit dans le cadre d’une politique globale des pouvoirs publics." Commission des infractions fiscales, rapport 2016.
La vie est belle quand on a le statut des riches.

La défiscalisation des belles demeures
Soucieux de calmer la grogne après la suppression de l'ISF, le gouvernement a mis en avant un nouvel impôt, l'IFI, l'Impôt sur la Fortune Immobilière. Ce nouvel impôt rapportera le quart de l'ancien ISF, moins d'un milliard d'euros par an.

Macron a aussi augmenté les droits annuels applicables aux "bateaux de plus de 30 mètres et 750 kW", et de 1 point l’imposition de la plus-value sur la vente de lingots d'or (11 %, contre 10 % en 2017).  Au total, on espère une dizaine de millions d'euros de rentrée fiscale. Fichtre! Bel effort !

Rassurez-vous, il y a d'autres solutions de défiscalisation, comme le classement en monument historique auprès de la Direction régionale des affaires culturelles. L'IFI lui-même n'est pas excessif: 9100 euros par an si votre patrimoine immobilier atteint les 1,3 million d'euros.

Pour financer ces nouveaux bénéfices du statut des riches, le gouvernement a notamment décidé d'augmenter la CSG pour tous, sauf les retraites inférieures à 1200 euros par mois. La retraite moyenne en France est de 1300 euros, et le seuil de pauvreté fixé à 1100 euros.

Sans commentaire.

Environ 60% des retraités sont frappés par cette augmentation.

Les meilleures écoles
L'accès aux meilleurs établissements scolaires et universitaires est garanti pour celles et ceux qui ont le statut de riches: les classes de leurs enfants ne sont pas surchargées, les professeurs absents sont remplacés rapidement; ils ont accès à des classes bilangues; les résultats aux examens et concours nationaux sont meilleurs que la moyenne. La carte scolaire, qui fige les ghettos, leur garantit de bonnes places pour leurs enfants.

Il y a peu, le gouvernement Macron a même promis un bac réformé sur-mesure pour les enfants des classes fortunées: un contrôle continu qui permettra de distinguer le bac obtenu dans les bons et les moins bons établissements et un grand oral final comme dans les grandes écoles. Que du bonheur.

L'accélération des fermetures de classes en zones rurales depuis que Macron est aux commandes ne les concernent pas. Pas davantage que la suppression d'environ 100 000 emplois aidés qui affectent les classes surpeuplées des ZEP.

Le meilleur visa, les meilleurs soins
Le statut des riches octroie à ses bénéficiaires tout ce qu'il faut pour se loger, et se soigner. Pas de jour de carence en cas de maladie, la mutuelle et la sur-mutuelle sont là.  Pas de problème d'accès aux soins, les déremboursements ne les concernent pas.

Le riche n'a pas de problème de soins, ni de visa. Il "aide" l'économie. L'immigré quand il est riche trouvera les portes grandes ouvertes. Sarkozy avait accéléré la signature de conventions fiscales favorables pour les investisseurs du Moyen Orient.

Macron aime accueillir à Versailles, privatiser le vestige le plus bling-bling de l'absolutisme royal français. Mais il faut être puissant et riche. Il n'y a pas de sommet social à Versailles. Ni ailleurs d'ailleurs.


La surreprésentation politique
L'Assemblée nationale élue en juin 2017 ne compte quasiment plus aucun(e) élu(e) issu(e) des classes populaires. "Employés et ouvriers représentent la moitié de la population active, mais seulement 3 % des députés" notait l'Observatoire des inégalités après les élections législatives. Le constat au Sénat et dans les collectivités locales les plus importantes n'est pas meilleur: la France d'en haut est sociologiquement surreprésentée dans les classes qui décident, proposent, votent les lois.

Il est toujours rassurant de savoir que l'Etat est contrôlée par les siens.

Un échantillon représentatif de la France des riches désigne au plus grand nombre lesquels parmi les classes populaires devront se conformer au nouveau monde.

La vie est belle.


La surreprésentation médiatique, le "parti médiatique"
Étrangement, ces riches si présents déjà partout et si peu nombreux dans la population ont pourtant le contrôle économique des médias principaux. En début de semaine, Jean-Luc Mélenchon a publié une violente diatribe contre les médias. La salve est violente, sans concession: "La haine des medias et de ceux qui les animent est juste et saine". Sans surprise, malheureusement certains journalistes se sont confondus avec leurs employeurs. Ils ne lisent même pas la seconde phrase du billet de Mélenchon, pourtant explicative du reste qui suit: "Pourquoi nous haïssent-ils à ce point ?" La diatribe est une réponse, quelques éditocrates et autres journalistes l'ont prises pour une attaque. Il suffisait de lire la seconde phrase, mais sans doute était-ce déjà trop.
"Nous subissons un bashing quotidien depuis six mois pleins. Il y a toujours une histoire contre nous en cours. Et à côté de cela, il y a aussi plusieurs tweets par jour de plusieurs bonzes du journalisme plus ou moins en détresse de notoriété, les agents des communautés qui débitent leurs éléments de langage, l’extrême droite et ainsi de suite. Tant de monde se bouscule au portillon pour nous salir ! Sans compter les humiliations et les mépris dont nous accablent les chapelles de la toute « petite gôche »." Jean-Luc Mélenchon, 26 février 2018.
 Il n'y a aucun procès d'intention à faire aux propriétaires des médias privés principaux (le public est sous le coup d'une menace de réforme en profondeur, après avoir été qualifié de "honte de la République" par le monarque en place). Mais simplement reconnaissons que nos médias privés sont possédés non par leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, mais par des intérêts commerciaux privés dont les têtes de ponts ne brillent pas par leur sensibilité à la cause des classes populaires.
"Tout cela ne nous fait donc pas perdre de vue l’essentiel. Il s’agit de la lutte pour le pouvoir. Les neufs milliardaires payent cher pour qu’une armée de plumes et de lecteurs de prompteurs jaspinent dans les micros les derniers ragots qui peuvent être dégainés."
Il s'agit plus que d'une lutte pour le pouvoir. Il s'agit d'un agenda politique et social. Il y a d'abord la loi. Les deux tiers de la parole politique radiophonique et audiovisuelle sont réservés à l’exécutif et au législatif.  Deux tiers du temps consacrés aux prises de paroles politiques des journaux radio-télévisées doivent être accordés à Emmanuel Macron et ses supporteurs. S'ajoutent ensuite la presse écrite, et ses supports numériques. Il ne s'agit pas de haïr les journalistes, bien au contraire. Mais de haïr ce système et ses porte-voix.


Ami(e) macroniste, as-tu au moins le bon statut ?