28 avril 2018

573ème semaine politique: les trumperies de Macron


Où l'on s'interroge sur le sens de des "trumperies" de Macron, de ces bashings contre Hollande, le Media ou contre Macron, et du silence assourdissant de la Macronista officielle et officieuse sur son Code de la Honte voté malgré la désertion d'une centaine d'élu.e.s macronistes.


Trumperies
Aussitôt le Code de la honte voté, il s'échappe. Voici Jupiter qui débarque pour trois jours aux États-Unis avec un  programme publicitaire millimétré: premier jour "civil", une rencontre puis un dîner entre couples, des confidences préalables à Fox News, la seule chaîne d'information que Trump écoute sans faillir. Et, surtout, puis une séquence de saynètes présidentielles qui amusent trois jours durant.

Il faut juger Macron à l'aune de sa réussite publicitaire, puisqu'une large part de son parcours et de son projet politiques n'est que publicité et communication.

Tout est pensé, millimétré, contrôlé. Et quand ça dérape, le ridicule n'est pas excusé par une sincérité qui n'existe pas.

Il y a d'abord cette première séquence: deux présidents avec chacun une pelle pour enfouir un petit arbuste, et derrière, les deux premières dames qui prennent la pose en évitant d'enfoncer leurs escarpins trop profondément dans la gadoue.

Durant ce voyage, la proximité physique de Macron et Trump prend des allures gênantes: Trump qui essuie quelques pellicules sur l'épaule de Macron; Macron qui prend la main de Trump à l'envers, et vice-versa, à tout bout de champs. Cette succession de moments ratés fait les choux gras de tous les humoristes politiques du coin. La star Jimmy Fallon, ouvertement anti-Trump s'en régale et s’interroge à voix haute, en éclatant de rire: "comment dit-on arrêtez les gars en français ?".

Autre séquence, Macron face au Congrès américain. Ovation, applaudissements, sourires et contentements. Macron fait un discours aussi réussi qu'artificiel. Il empile les slogans et petites phrases qui se tweetent facilement - "il n'y pas  de planète B" - et qui paraissent lumineuses devant l'affreux jojo Trump.

Le ton grave, Macron invoque les "droits humains" partout sur Terre et la gloire des démocraties, trois jours à peine après que sa majorité fracturée ait voté l'une des pires lois contre les réfugiés. Le Code de la honte voté le samedi précédent, a manqué d'une centaine d'élu.e.s macronistes à l'Assemblée, planqué.e.s pour cause de vacances. Macron se fait aussi photographier avec une icône du combat pour les droits civiques, lui qui abime dans son pays les droits des salariés et a fait entrer dans le droit commun les mesures d'exception a-démocratiques de l'état d'urgence.

Macron a "toujours cette façon de sourire en niant l'évidence" résume Hollande dans son ouvrage "les leçons du pouvoir".

Dernière séquence, Macron en bras de chemise, parle au milieu d'une foule de jeunes. On lui pose des questions, sauf une, qu'il attendait, sur l’environnement. Mais Macron déroule quand même. Il conseille, comme à chaque fois qu'il est à l'étranger, que "toujours suivre les règles, c'est du bullshit". Les paysans de Notre Dame des Landes et les étudiants de Tolbiac apprécieront. "Macron le caméléon" s'amuse Marianne, "Expert dans l'art de s'adapter à son auditoire, le président de la République s'est livré ce mercredi 25 avril à l'un de ses exercices de prédilection : un échange avec les étudiants d'un pays étranger."


Hollande bashing contre Jupiter bashing
Retour en France, Hollande est encore sur tous les plateaux, ou presque. Et il balance.
Yann Barthès: " le président des riches, c'est ce qu'on entend beaucoup, c'est ce que vous pensez ?"
François Hollande: "Non, ce n'est pas vrai... Il est le Président des très riches."
Yann Barthès: "..."
François Hollande: "Vous avez ma réponse."
Les macronistes s'agacent de ce retour politique qu'ils n'attendaient pas. Ils enragent, ils dérapent. Les piques ne sont jamais aussi acérées que lorsqu'elles visent d'anciens proches. François Hollande revient, pépère. Et flingue gentiment. Dans son livre, il relate la trahison, une trahison qu'il avait devinée dès l'annonce de la démission de Macron en 2016. L'Histoire dira peut être comment une belle proportion de Hollandistes, officiels ou anonymes, ont plié armes et bagages pour suivre le jeune monarque sans reconnaître ni se sentir gêner par cette incroyable trahison.

Certains macronistes la rage haineuse. Hollande les touche au vif, là où fait mal, avec humour et précision. Ainsi Benjamin Griveaux, l'ex-strausskahnien qui brigue déjà la mairie de Paris pour 2020: "C'est de l’humour gras et avec une touche d'homophobie. Cela ne lui fait pas honneur…" Puis c'est Christophe Castaner, "le toutou" comme on le surnomme, qui déclare "préférer" la "sagesse" de Nicolas Sarkozy à l"aigreur" de François Hollande. La sagesse de Nicolas Sarkozy, vous avez bien lu. Cette sagesse qui a conduit l'ancien monarque a se jeter dans la bataille de la primaire de droite, puis le soutien jusqu'au-boutiste à Fillon contre Alain Juppé. La même sagesse qui l'a accompagné en garde à vue puis en mise en examen pour corruption.

La sagesse ?

Ministres tétanisés
Macron est loin, Gérard Collomb digère mal la fracture apparue dans sa majorité à l'occasion du Code de la Honte. Certains députés LeRM sont "des casse-couilles tétanisés par l'extrême gauche" confie-t-il. Et lui, Collomb, n'est-il pas tétanisé par l'extrême droite ? Quand une cohorte du groupuscule fasciste Génération identitaire s'installe sur un col des Alpes pour empêcher des migrants de passer, avec un hélicoptère loué pour se filmer, l'attentisme puis l'indulgence du ministre de l'intérieur sont fascinants. Les militants ne seront pas poursuivis, assure la police.  

"Humanité et fermeté", n'est-ce-pas ?

Deux macronistes brassent du vent. Le Parti médiatique honore Jean-Louis Borloo, ex-centriste sarkozyste, d'une couverture sur un énième rapport à propos "des banlieues". Combien de fois Borloo a-t-il été aux commandes de cette politique de la ville ? On ne compte plus. On a presque oublié qu'il a été ministre de la Ville (2002-2004), puis de l'Emploi et de la Cohésion sociale (2004-2005) et du Logement (2005-2007). Cette fois, c'est un rapport, pour donner du sommet de l'Etat l'illusion que l'on agit puisque l'on écrit.

Seconde ventilation, cette fois sur l'environnement.

Nicolas Hulot est ministre à bout. Macron n'a voulu l'emmener voir Trump. Hulot a été décrédibilisé depuis l'attaque au bulldozer de Notre-Dame-des-Landes. La gendarmerie poste des images tournées en hélicoptères de ces destructions, comme un trophée mal filmé. Du coup Nicolas Hulot aussi brasse du vent. Le voici qui brandit de belles intentions sur la "rénovation énergétique des bâtiments", avec peu de moyens (200 millions au total, dont 50 millions pour aider 35 000 foyers précaires quand le gouvernement reconnait lui-même que 14% des François ont froid l'hiver dans leur logement...), un planning au-delà de l'espérance de vie de son auteur, et des mesures vagues à souhait ("Créer une nouvelle dynamique de filière pour rénover plus, mieux et moins cher", ou encore "Entraîner les territoires par la mobilisation des acteurs locaux").

A Washington, son nouveau mentor braille son amour de la défense de l'environnement à coup de formules bien choisies - "there is no planet B". Devant Trump, certains prennent cela pour un acte de résistance. En France pourtant, Macron a fait repousser sine die les objectifs de la loi de transition énergétique; ou refuser d'interdire le glyphosate. Revenons à Hulot: ce ministre a-t-il seulement compris qu'il est au pouvoir ? Qu'il peut faire théoriquement voter ce qu'il veut puisqu'il a à sa disposition une majorité si godillot qu'elle vote sans débat des lois aussi scélérates et contestées que la loi Asile et immigration ?

Hulot ne sert à rien, voilà le triste constat. Même le Monde, quotidien indulgent avec la Macronista, ne sait que dire: "Un observatoire de la rénovation énergétique sera créé, alors qu’il existe déjà un Observatoire national de la précarité énergétique, une Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et un plan bâtiment durable." Fichtre ! Quelle annonce ! Autre élément de langue de bois, écrite par on-ne-sait-quelle agence de publicité: le gouvernement va "missionner une start-up pour accompagner la rénovation des bâtiments publics des collectivités en mutualisant les moyens afin de massifier les contrats, de réduire les coûts et lever les freins contractuels, juridiques et institutionnels." Relisez la phrase plusieurs fois, et mesurez le vide politique, le manque d'ambition publique.

Dès qu'ils sortent de leur politique de classe, ces ministres brassent du vent, agitent des concepts et lancent des phrases creuses pour faire croire qu'ils agissent pour le bien du grand nombre.

La " mobilisation nationale" décrétée par Hulot ce 26 avril pour la rénovation énergétique des bâtiments dispose d'un cinquième du montant du cadeau fiscal pour les plus riches voté l'an dernier.

Érection médiatique
Le parti médiatique a eu une érection cette semaine: la première contre le Media. La création d'un média généraliste opposé à la ligne dominante du pouvoir et de la couverture médiatique a toujours heurté.

On ne pardonne rien au Média. Ni ses erreurs, ni ses faux-pas, ni ses débuts techniques parfois chaotiques. Dans sa version écrite, le Média relaye la fausse nouvelle, illustrée avec un cliché sans rapport, qu'un étudiant a été gravement blessé après l'évacuation violente par les CRS de l'université de Tolbiac le 20 avril. Patatras ! Le Media reconnait l'erreur, puis s'excuse. Gérard Miller, l'un des fondateurs du journal, expose qu'il ne faut jamais cesser de filmer l'émotion du terrain. Rien n'y fait, bien au contraire.  Ce n'est pas une erreur, braillent macronistes et quelques autres, c'est une "Fake News" ! Vraiment ?

Un philosophe médiatique, qui dispose d'une chronique quotidienne dans la tranche matinale la plus écoutée d'une station radiophonique nationale, s'enflamme sur l'affaire. Il y consacre son billet d'humeur lundi, puis encore jeudi. Pas un mot en revanche sur le code de la honte. Pas une allusion, pas une critique, pas davantage un soutien. La loi asile et immigration n'est pas dans le cadre de son indignation. Raphael a l'indignation étroite et la leçon de morale "trollistique".

Le Média diffuse l'un des plus longs et complets dossiers de la semaine sur ce millionnaire de la Françafrique placé 30 heures en garde à vue puis mis en examen (tandis que la chaîne CNEWS dont ce dernier est actionnaire ne dit quasiment mot). Le Media est le seul à consacrer largement ses JT à la "météo sociale", à tendre largement ses micros aux porte-paroles des revendications, à consacrer largement son temps d'antenne à des voix dissidentes et critiques.

Et c'est forcément déjà trop pour certains. La survie de ces médias privés dissidents - où l'on trouve, pêle-mêle, Mediapart, L'Huma, le Monde diplomatique, le Media ou les Jours - est un vaste sujet où il n'y a qu'une certitude: il leur manque des moyens.

Libérer la précarité ?
Le chômage, la croissance s'essouffle... déjà. Au premier trimestre 2018, alors que les premiers effets des "réformes" de ce "président-qui-a-déjà-accompli-plus-que-tous-ces-prédécesseurs" (sic!) devaient se faire sentir, la croissance du PIB a connu un "trou d'air": 0,3 % entre janvier et mars, loin du rythme atteint lors du dernier trimestre 2017 (0,7 %). En cause, la croissance de l’investissement des entreprises s'est ralenti: +0,5 % après +1,6%. Que se passe-t-il ?

Côté emploi, les premiers résultats ne sont pas fameux, en partie à cause de la suppression de nombre d'emplois aidés

A quoi bon "libérer le capital", avec la suppression de l'ISF et le plafonnement fiscal à 30% des revenus du capital ? A quoi bon "libérer le travail" avec la loi de précarisation votée par ordonnances en septembre dernier ? 

A quoi bon ?

Vendredi, Muriel Pénicaud, la ministre (millionnaire) du Travail, fait le service après-vente de son projet "social" du moment: la "loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel". Quel joli titre ! "Libérer et protéger", reprend Benjamin Griveaux, c'est la ligne directrice de la politique sociale du candidat devenu président Macron. Le gouvernement joue gros, ce projet est censé rétablir son image, et incarner le versant "social" du "ni de droite ni de gauche." Il y a de l'ambition: "transformer" l’apprentissage et la formation professionnelle, "réformer" l’assurance-chômage", lutter pour l’égalité professionnelle femmes-hommes et améliorer l’emploi des personnes en situation de handicap. Fichtre !

Sur la Formation professionnelle et l'apprentissage, Pénicaud s'emballe: "il n'y a plus de limite au financement!" C'est faux, mais ça sonne bien. Concrètement, le gouvernement octroie généreusement 500 euros par an à tous les salariés "pour choisir leurs formations en toute liberté". Au passage, Pénicaud s'attribue une mesure qui n'est pas d'elle mais des partenaires sociaux - l'octroie supplémentaire de 800 euros par an, plafonné à 8 000 € aux salariés non qualifiés pour changer de catégorie professionnelle. Sur l'apprentissage

Au global, ce projet de loi est surtout riche ... en gadgets et en promesses vagues voire hypocrites:
  • Pénicaud promet ainsi une contribution de "solidarité financière" des grandes entreprises pour les TPE-PME, mais sans préciser de combien, et une simplification des taxes d'apprentissage et de formation.
  • Véritable progrès, mais sans calendrier, l'élargissement aux salarié.e.s à temps partiel (dont le nombre ne cesse d'augmenter) des mêmes droits que leur collègues à temps complet.
  • Alors que la formation professionnelle est jugée défaillante (sinon, pourquoi ce plan), Pénicaud propose de réduire les obligations des entreprises en la matière (sic!): "La construction du plan de formation sera fortement simplifiée".
  • Enfin, le pompon, l'inévitable gadget numérique, une "application mobile" pour que "chacun, salarié ou demandeur d’emploi, ait la liberté de choisir sa vie professionnelle." Sans rire ?! On va changer de vie grâce à une app mobile, c'est pas hyper-cool toussa toussa ?

Premiers scandales
Mercredi, Le Canard Enchaîné révèle comment Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint à l'Elysée, a œuvré à la cession du géant Alstom, une entreprise clé de la filière nucléaire française, à l'Américain General Electric. Jupiter a toujours nié être intervenu ni d'avoir même été au courant autrement que tardivement de la dite cession. Les auteurs d'un rapport d'une commission parlementaire démontrent le contraire.

En fin de semaine, la veille d'une long weekend jusqu'au 1er mai, c'est au tour de Mediapart de lancer un autre pavé dans la mare: un financement illégal de la campagne du candidat Macron, rien que ça ! L’entreprise GL Events dirigée par un proche de Gérard Collomb et "aujourd’hui très en cour à l’Élysée", aurait offert des ristournes jusqu'à 100% de réduction (sic!)  pour l'organisation de meetings du candidat Macron. La Commission des comptes de Campagne s'interroge. L’Élysée a eut cette réponse sibylline: "Au cours de la campagne présidentielle, le mouvement est parvenu à tenir les coûts des différents événements grâce à une approche agressive des négociations commerciales." Agressives ? Certainement, agressives avec la vérité et la justice puisque ces ristournes, que GL Events justifie comme un "geste commercial pour fidéliser la clientèle" sont justement illégales dans le cadre d'un financement de campagne présidentielle...


Chômage qui repart, croissance ralentie, un droit d'asile dégradé... Belle semaine.

Ami.e macroniste, viens faire la fête !




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