27 mai 2018

577ème semaine politique: comment la présidence des riches s'attaque à la jeunesse

 

Qui aurait pu croire que le plus jeune président que la Vème République ait connu serait aussi le plus dur et le plus injuste avec la jeunesse ? La politique macroniste prend tout son sens quand elle s'applique aux plus jeunes du pays.


Étouffer

Mardi, des manifestants protestent contre les coups contre les services publics. La fonction publique se prépare à un plan de 120 000 suppressions de postes d'ici 2022. L'avant-veille, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire expliquait qu'il faudra aussi couper dans les aides sociales, avant d'être contredit par son collègue du Budget, l'ex-sarkozyste Gérald Darmanin. Ce désaccord est une querelle artificielle: Darmanin a surtout la trouille que cette franchise soudaine de Le Maire n'enflamme davantage l'opposition.

https://www.bondyblog.fr/reportages/cest-chaud/emmanuel-macron-et-les-banlieues-labsence-programmee/
Caprice du calendrier, le jeune monarque dévoile le même jour son plan pour la ville et les quartiers défavorisés. Ou plutôt son absence de plan: "Je ne vais pas vous annoncer un plan ville, un plan banlieue, parce que cette stratégie est aussi âgée que moi." Notez cette allusion à sa propre jeunesse.

Trois semaines auparavant, Macron avait reçu un énième rapport fortement médiatisé sur le sujet rédigé aux frais des contribuables par l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy Jean-Louis Borloo. Ce mardi jour de manif pour la défense des services, le voici qui torche le sujet avec un discours creux et truffé de clichés dans les salons dorés du palais. Il empile quelques clichés bourgeois sur les banlieues - le "l'enfermement dans des modes de clientélisme" des politiques précédentes, la "profonde insécurité", "la grande violence, du banditisme, du trafic", "l'assignement à résidence."

Macron multiplie ces formules publicitaires béates et creuses ("construire une politique d'émancipation") dont la Macronista a le secret pour endormir l'auditoire et éviter de nommer les vrais problèmes sociaux. Jugez celle-ci, exemplaire en brassage de vent et de concepts: "l'objectif que nous voulons poursuivre c'est d'essayer de mettre ensemble toutes ces énergies quand elles s'expriment, parce que le grand problème du coup, souvent des quartiers, c'est comme il y a beaucoup d'énergies concurrentes, il y a des effets d'entropie, et on n'entend plus que la concurrence des énergies, non, mettons-nous d'accord, on n'a qu'un objectif c'est qu'on doit réussir."

Les quartiers défavorisés souffriraient d'un "trop plein d'énergies concurrentes"...  vraiment ? Ne riez pas.

Sur les inégalités d'équipements publics, la promesse jupitérienne est à nouveau d'un vide exemplaire: "il faut qu'on réfléchisse à l'idée d'avoir, en effet, cet opérateur de rattrapage des équipements national qui permette dans les quartiers, comme dans le très rural, comme dans d'autres endroits de la République, de mobiliser les financements publics, mais surtout, et c'est là la vertu que je vois de cette idée, qui est très forte, de mobiliser tous les acteurs publics, privés, Etat, collectivités."

Peu de promesses concrètes, donc, pour corriger le manque de moyens publics notamment en matière scolaire. Aucune allusion aux décisions inégalitaires de cette première année de quinquennat comme le désengagement des emplois aidés qui frappe d'abord ces communes, la réforme élitiste des affectations post-bac qui laisse sur le carreau en priorité les élèves des quartiers populaires au risque de renforcer leur résignation et leur hargne, ou les inégalités de revenus aggravés par une politique fiscale qui bénéficie aux beaux quartiers. Rien, le vide, le silence. Macron parle ce jour-là sans dire grand chose sauf à vouloir occuper l'auditoire et cocher la case "banlieue" dans son agenda politique.

Même sa promesse de campagne de doubler le budget de l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine, de 5 à 10 milliards d'euros, a été décalée ("Les crédits seront au rendez-vous, même si la première année nous n'étions pas au rendez-vous, je le prends pour moi, c'est ma faute, mais nous le serons à l’avenir.") à cause de la réduction des APL et de la priorité fiscale donnée aux foyers les plus aisés dès la première année du quinquennat.

Il annonce la sélection d'une "vingtaine de projets" dans les prochains jours,  "à qui on va donner beaucoup de moyens pour leur permettre d’accélérer, de se déployer au niveau national", "30 000 stages de 3ème" (sic!) et la mise en place d'une "plateforme" baptisée « la France une chance ». Macron a toujours cette fichue manière d'habiller sa politique de gadgets publicitaires pour masquer son inaction. Il promet de poursuivre le dédoublement des classes en REP, ou la nouvelle obligation scolaire en maternelle dès 3 ans, sans évoquer la vampirisation d'autres classes en zones rurales puisqu' "il n'y a plus d'argent".

Ce discours pompeux et creux est exemplaire du "dévoiement du langage" en vogue dans la Macronista.
Sylvine Thomassin, maire socialiste de Bondy. résume: "Son discours était digne d’un président complètement hors-sol. Je m’interroge. Comment un homme aussi brillant que lui peut avoir si peu d’intelligence des territoires ? Il a montré une méconnaissance flagrante de la réalité du terrain. Je me suis sentie méprisée, insultée."



Trier

Mardi, une centaine de personnes, pour moitié des lycéens, ont été placées en garde à vue, une garde à vue prolongée de 24 heures le lendemain pour une vingtaine de mineur.e.s. En cause, la brève occupation d'une salle du lycée Aragot à Paris XIIème arrondissement, où se déroulait une AG après la manifestation de la fonction publique le jour même. En toute illégalité, les parents des élèves mineurs incarcérés n'ont été prévenus qu'une dizaine d'heures plus tard. Interrogé, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb nie tout problème et met en garde: "la première chose que les professeurs devraient dire à leurs élèves, c'est qu'effectivement quand on est un jeune mineur, on ne va pas nécessairement occuper son lycée, ni aller dans les manifestations qui peuvent dégénérer." Quelques interpelés témoignent plus tard que le même message leur a été délivré par les policiers: "ne participez pas à ces manifestations."

Ce même mardi, les premiers résultats d'affectation post-bac géré par les algorithmes de la nouvelle plateforme Parcoursup sont publiés: 400 000 élèves - les moins bon.ne.s et/ou celles et ceux des lycées les moins prestigieux -  sont en liste d'attente. Ils n'auront, au cours de l'été, que des délais de plus en plus courts pour répondre aux éventuelles réponses positives qui leur parviendront plus tardivement. Parcoursup a été construit sur les décombres d'APB, quand ce dernier système était fustigé pour avoir confié 0,4% des affectations dans l’enseignement supérieur en 2017 à un tirage au sort.

Parcoursup est une supercherie libérale et un fiasco politique: ce nouveau système a laissé les facultés publiques libres de sélectionner comme elles l'entendent, à l'exception d'une proportion minimale d'élèves boursiers. Il a supprimé la hiérarchisation des vœux, ce qui inévitablement provoque des "embouteillages" monstres de candidatures dans les établissements et favorise l'attribution des meilleures places aux élèves des meilleurs établissements.

Cette sélection ne dit pas son nom, elle n'est pas avouée, ou à peine, par les responsables macronistes: mardi 22 mai, Macron ose parler de "sélection par le mérite"; Dès les premières heures du fiasco, la ministre de l'enseignement supérieur tente de minimiser les problèmes: elle promet qu'avant le bac (dans une quinzaine de jours) "deux tiers des lycéens auront une réponse", positive ou négative, ce qui en creux signifie qu'environ 250 000 élèves seront encore dans l'incertitude.
"Par-delà la technique (la plateforme, l’algorithme), il y a bien une philosophie, celle de la concurrence généralisée, entre les élèves d’abord, entre les établissements ensuite, au moyen d’une sélection qui ne dit pas son nom". Tribune d'universitaires publiée par Libération le 25 mai 2018.
En Macronista, on trouve cela "normal". On trouve normal d'avoir à définir un projet professionnel dès l'âge de 17 ou 18 ans. Normal d'être en concurrence pour suivre un enseignement public, normal d'être sélectionné sur des notes de première et (partiellement) de terminale sans attendre le bac national. Normal d'appliquer les règles de sélection du privé au public. Normal de trier les élèves sur des notes non unifiées, prélude à la réforme élitiste du bac.

Cette précarisation des futurs étudiants est un prélude. Parcoursup est une étape essentielle dans la politique de classe, une première étape dans l'apprentissage de la discipline et la résignation: "le président de la Start-up Nation était en fait un vieux con comme les autres" écrit un enseignant sur son blog. C'est l'un des meilleurs résumés de cette supercherie. Le gros du contingent des refus d'affectation ou de mise en attente concernent les départements moins riches et les établissements jugés "moins" bons.

Résigner

La politique macroniste a donc fait de la jeunesse l'une de ses proies prioritaires: le projet est quasi-thatchérien. Il s'agit (1) d'inculquer que la précarité est un état normal et non contestable et qu'il n'y a pas d'alternative politique et sociale; (2) de nier la lutte des classes en créant suffisamment de situation de concurrence entre tous, et, évidemment, (3) de soigner les premiers de cordée de la France d'en haut et protéger leurs rentes.

Le projet macroniste pour la jeunesse a commencé par la suppression maladroite des APL, puis la suppression discrète des classes rurales pour permettre le dédoublement plus médiatisé de milliers de classes en zones d'urgence, puis l’annulation de 2600 recrutement d'enseignants du second degré au budget 2018. Il s'est poursuivi avec la répression violente des occupations d'universités.

L'aveu récent du ministre de l'Education nationale que cette équipe macroniste ne consacre pas d'investissement majeur dans son "interview-bilan" au JDD début mai est passé presque inaperçu: "les contraintes économiques" ne sont pas pour tout le monde. Le gouvernement gère une fausse pénurie quand il s'agit des services publics pour tous, qui n'affecte pas la redistribution fiscale généreuse pour les plus fortunés du pays.

En février dernier, le gouvernement a lancé sa réforme de l'apprentissage, dans une nouvelle loi baptisé "Liberté de choisir son avenir professionnel" (sic!): il y a des progrès - une maigre allocation de 500€ pour passer un permis de conduire (dont le coût moyen est d'environ 1400€), l'extension des réductions étudiantes aux apprentis, une obole de 30 euros supplémentaires par mois - mais cette réforme suit une logique qui n'a pas fait ses preuves: elle étend l'âge limite de 26 à 30 ans, une aubaine subventionnée pour les entreprises, pour une rémunération dérisoire (715 euros mensuels).

Mais la plus grave des réformes contre la jeunesse fut celle du bac et des affectations post-bac: un bac plus élitiste (contrôle continu, renforcement des matières littéraires, grand oral au bac) et une sélection sur dossier étendu à toutes les établissements de France sur fond de gel des moyens, hors inflation, de l'Education nationale en 2018, qui dit mieux ?

De l'étranger, Macron commente. Jupiter n'est pas content qu'on l'attaque. Il s'obstine, et répète, telle Maggie au Royaume Uni il y a 40 ans, qu'il n'y a pas d'alternative possible. Interrogé par son amie journaliste Ruth Elkrief sur BFM TV , le jeune monarque prévient: "Aucun désordre ne m’arrêtera. Le calme reviendra." Cette obstination cherche à résigner le plus grand nombre. Le message est clair: vous pouvez manifester, protester, ou râler, rien ne bougera, rien de changera.



Emmanuel Macron n'a pas été élu sur ce programme. Il a été élu contre Marine Le Pen en faisant croire à une politique "équilibrée". Son équipe de députés godillots a remporté les élections législatives suivant cet élan. Pourtant, Macron applique un programme d'une manière autoritaire et sans débat: ordonnances Travail ou Code de la honte, réforme du bac et de l'affectation post-bac, atteintes aux droits humains ou suppression du statut des cheminots, cadeaux fiscaux pour les premiers de cordées ou plans d'économie sur les hôpitaux, ces mesures sont quelques-unes de cette politique thatchérienne inavouée.

Dans de nombreuses rues de France, des anti-macronistes de toutes natures défilent samedi 26 mai à l'appel de la Fondation Copernic et d'Attac. Se sont joints près de 70 organisations, une foule d'associations (Attac, Amis de la terre, Act'up, , Les Effronté.es!, Mouvement de la paix, LDH), de syndicats (CGT, Solidaires, Sud PTT, la Confédération paysanne, Unef, le Syndicat de la magistrature), et des partis politiques à gauche (La France Insoumise, PCF, EELV, Générations et NPA). Bataille de chiffres sur la participation mais peut-être un pas vers quelque chose, la structuration d'une opposition civique, sociale et politique.
"On a fait tomber les cloisons entre syndicats, politiques et associationsFrançois Ruffin, député LFI.

"Le mouvement social n'a pas désarmé", résume Jean-Luc Mélenchon. En milieu de semaine, les deux tiers des employé.e.s de la SNCF votent contre la réforme gouvernementale. Les plus belles plumes du Parti médiatique s'empressent de relayer quelques sondages sur ce "mouvement qui s'essouffle", ces "grèves-qui-n'ont-plus-le-soutien-des-Français". La ministre Borne et le PDG Pépy fustigent un scrutin "non démocratique".

Il faut décourager. D'ailleurs, Edouard Philippe n'a-t-il pas confirmé que l'Etat reprendrait les deux tiers de la dette de la SNCF ? L'Etat reprend une dette ... publique dont il est le premier responsable... La belle affaire, quelle générosité !







20 mai 2018

576ème semaine politique: comment écrire le vrai premier bilan de Macron.

 

 

Libérer, protéger, unir. C'est le triptyque d'un faux bilan, le mauvais résumé d'un abus de bien social, un abus contre la République. Les publicitaires de la macronista publient cette semaine le compte-rendu d'une première année. 

Un bilan détestable comme les gazages de migrants à Calais ou les matraquages d'étudiants à Paris.

Odieux comme le mépris d'une ministre de la Santé face à des infirmières épuisées.

Sinistre comme ce monarque qui moque "ceux qui ne sont rien"


Les premiers craquements
Il parait qu'ils sont une trentaine. Ce n'est pas nombreux, à peine 10% des député.e.s macronistes. Ils sont une trentaine à s'inquiéter de ne pas voir venir de volet "social" dans la politique jupitérienne. Dans ce petit groupe, il y a des ancien.ne.s socialistes, telle Brigitte Bourguignon, la présidente de la commission des Affaires sociales à l'Assemblée nationale, sans doute surpris de se retrouver à soutenir une politique que les grandes plumes de la presse néoconservatrice anglo-saxonne qualifie de Thatchérienne. Se croire "progressiste" et faire voter la réduction du budget de la Sécu sociale et, massive, de l'imposition de la fraction la plus riche du pays, ce n'est pas simple tous les jours.

A côté de cette minorité à scrupules, le MODEM de François Bayrou essaye depuis quelques mois d'incarner désormais d'aile gauche du camp jupitérien. Ce même MODEM a voté sans sourciller ni s'opposer le Code de la honte récusé par Amnesty International, la Cimade, Emmaüs et quelques centaines d'autres associations humanitaires.

On a les combats qu'on peut.

Quelques élu.e.s. parmi les plus cancres de l'Assemblée tel Bruno Bonnell s'autorisent des rares tweets sur les (maigres) mesurettes sociales. Car elles existent, reconnaissons-les, ces mesurettes sociales. Elles sont aussi nombreuses que marginales et financièrement insignifiantes. Les macronistes les plus fidèles les arborent comme des badges de bonne conduite sociale. A l'été 2007, Nicolas Sarkozy, alors si pressé de rendre service à ce "premier cercle" qui l'avait soutenu, financé et célébré au  Fouquet's, avait fait voter son paquet fiscal avec comme "mesure sociale" l'exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires, pour masquer un renforcement du bouclier fiscal des plus riches. Chacune des mesures fiscales de Sarkofrance avait cette même hypocrisie, un petit pas pour les plus nombreux, un énorme cadeau pour quelques milliers de privilégiés.

Qui ne voit pas un évident parallèle avec la macronista ? Exhiber quelques dizaines d'euros d'augmentation du minimum vieillesse pour masquer quelques cent-cinquante mille euros  d'économie annuelle d'ISF pour 350 000 foyers est tristement indécent. Qui a oublié que certains macronistes d'aujourd'hui braillaient alors contre cette hypocrisie de Sarkofrance d'alors ?

D'une présidence des riches à l'autre, l'histoire est cruelle.

Mercredi 16 mai, le gouvernement publie le bilan de sa première année. Edouard Philippe parle aux médias, qui relayent sans équivoque. L'occasion est trop belle de commenter.

Libérer les puissants
Première mesure mise en valeur pour "libérer" l'activité, les ordonnances Travail qui offriraient "plus de souplesses et de visibilité aux entreprises comme aux salariés". Le gouvernement ose expliquer qu'elles "favorisent et simplifient la négociation collective" alors que c'est tout l'inverse avec la fusion des instances représentatives des salariés et son corollaire la suppression de quelques 200 000 représentants du personnel. Certes, ces ordonnances "consacrent la hausse des indemnités légales de licenciement" mais à quel prix ? La facilitation des licenciements. La belle affaire !

Le gouvernement se félicite de la baisse des cotisations sociales (mais il masque les autres augmentations d'impôts), il s'applaudit: "le travail, y compris le travail indépendant, paie mieux qu’il y a un an", et pourtant l'INSEE, à deux reprises, a dénoncé une baisse du pouvoir d'achat.

Plus hypocrite encore, les publicitaires de Matignon se réjouissent que "toute la fiscalité ait été repensée" (ce qui est vrai) "pour favoriser l’investissement productif" (ce qui est faux): la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) n'est accompagné d'aucune condition d'investissement productif. Même Sarkozy en 2007 s'était abstenu pareille bêtise. Pas davantage conditionnée, la fiscalité des revenus du capital a été abaissée à 30%, cotisations sociales comprises, pour tous les revenus financiers: l'argent qui dort rapporte fiscalement mieux que le travail... Pas belle la vie ?

Macron (pour)suit une politique fiscale irresponsable qui ne favorise pas l'investissement mais la rente et le placement financier.

Dans son bilan, le gouvernement égrène ses "milliards" d'investissements publics en tous genres, sans détail. Evacués la transformation énergétique. Oubliée la fermeture de centrales nucléaires. Caché le sauvetage de l'industrie nucléaire française en quasi-faillite. Le plus grand plan social que la France ait connu - le plan "Action Publique 2022" et ses 120 000 suppressions de postes - est sobrement décrit comme une décision pour "encourager et diffuser l’innovation dans la fonction publique."

Où est l'équilibre d'une politique qui rend plus à 400 000 foyers les plus riches qu'à 21 millions de foyers populaires ?

Protéger les riches
Le volet "protection" de ce bilan annuel est maigre dans sa composante sociale: sans surprise, le gouvernement ne met jamais en rapport les masses financières en jeu pour que l'on juge réellement, objectivement de l'inéquité de sa politique sociale et économique. Il ment quand il affirme avoir "protégé le pouvoir d’achat grâce à la suppression de la taxe d’habitation": cette dernière baisse, pas immédiate, représentera 3 milliards d'économie l'an prochain. Mais la baisse du pouvoir d'achat des ménages est estimée à 4,5 milliards d'euros cette année. Il ment quand il affirme avoir "protégé contre la précarité grâce à la revalorisation de tous les minima sociaux et du soutien aux familles les plus modestes" alors qu'il a fait adopter par ordonnance la création du contrat de travail le plus précaire que la Vème République ait connu; qu'il a remplacé un système d'affectation post-bac défaillant par un système plus élitiste et plus précarisant pour le plus grand nombre. Qu'il a réduit les APL, augmenté le forfait hospitalier de 2 euros pour les patients, même les plus précaires, réduit le nombre d'emplois aidés.

Cette présidence des riches est d'abord protectrice du statut des riches.

Matignon se félicite d'une meilleure "protection contre les risques sanitaires" grâce à son plan de vaccination, une opération au passage très rentable et bienvenue pour les labos. Il loue son "plan d'accès aux soins" qui "permettra de lutter contre les déserts médicaux, en doublant le nombre de maisons de santé, en généralisant la télémédecine et en augmentant le nombre de médecins dans les zones les moins dotées". Mais pas un mot sur le plan d'économies voté dans le cadre du projet de loi de financement de la protection sociale pour 2018 (4 milliards), ou la suppression de 30 000 postes d'infirmier.e.s. Pas un mot sur ces 1,6 milliard d'euros d'économie demandés aux établissements de santé et médico-sociaux, ni sur les  340 millions d'euros de déremboursements de médicaments ou les 320 millions de "réductions de soins". Pas un mot sinon un mépris de classe et quelques matraquages quand des personnels de santé à bout protestent de leurs conditions de travail.
"L’économie demandée aux établissements de santé pour 2018 s’élève à 1,6 milliards d’euros, dont 960 millions d’euros pèseront directement sur les établissements de santé en 2018, le différentiel (640 millions d’euros) partira sur des économies relatives à différents mécanismes (baisse des prix des médicaments, économies de fonctionnement dans la gestion interne des établissements ou la prise en charge des patients, etc.)." Force Ouvrière Santé, 9 mai 2018.
Protection contre le mal-logement ? Macron a soigneusement évité de réformer l'encadrement des loyers, une mesure Hollande contestée en justice. En décembre, il est contraint de reconnaitre son échec contre les sans-logements, tandis qu'un député macroniste se répand sur les plateaux télévisés pour expliquer que les SDF préfèrent la rue.

"Protéger les Français contre les risques du chômage" ? Les ordonnances "Travail" facilitent les licenciements, réduisent la représentation des salariés. Dans son bilan, le gouvernement va jusqu'à mentir en affirmant que "les salariés qui souhaitent développer un projet personnel pourront, une fois tous les cinq ans, démissionner, tout en conservant leur droit à une indemnisation au titre du chômage." Les conditions fixées à ces cas sont telles qu'une dizaine de milliers de personnes seront éligibles.

Sur les ondes radiophoniques, le ministre de l'économie Bruno Le Maire reconnait sans sourciller qu'il faudra réduire les aides sociales: "Expliquer qu'on va réduire la dépense publique sans rien toucher aux aides sociales ce ne serait pas cohérent et pas juste ni lucide vis-à-vis des Français."

Ce grossier double langage porte également ses fruits sur l'Education nationale: tandis que le ministre Blanquer se félicite de sa première année rue de Grenelle, ses services avouent qu'un tiers des bacheliers, soit 270 000 élèves, devraient être recalés de la première phase de réponses post-bac de Parcoursup. Ses réformes du bac et de l'accès à l'enseignement supérieure ont introduit une logique de classe et de sélection qu'il se refuse à reconnaitre, au motif que la massification de l'enseignement ne fonctionnerait plus. par ailleurs, le même ministre se refuse à dévoiler le nombre de postes enseignant et administratif qu'il supprimera dans les 4 années à venir, malgré le "babyboum scolaire", pour contribuer au plan social de la fonction publique.

Le volet "protection de l’environnement" dans ce bilan fatiguant est heureusement court: le gouvernement se félicite d'avoir "accéléré la mise en œuvre de l’accord de Paris", ce qui est faux, la réalité est inverse: il omet de mentionner la ré-autorisation de l'importation de l'huile de palme (300 000 tonnes par an pour aider TOTAL) par Nicolas Hulot. Il tait l'abandon du plan de transformation énergétique décidée sur Hollande, le maintien de centrales nucléaires délabrées.  Il fait silence sur le matraquage des écolos de Notre-Dame-des-Landes ou la prolongation de l'autorisation du glyphosate.

Unir ... les droites ?
Le dernier chapitre de ce bilan officiel s'intitule "unir". 

Vraiment ? 

La novlangue macroniste n'est pas moderne. Elle est sans doute plus efficace que les précédentes. Ce bilan de la première année serait incomplet sans un rappel que chaque contre-réforme habillée de modernité neo-libérale a été accompagnée de saillies verbales odieuses mais franches de la part de députés et ministres macronistes trop zélés. La cascade de faux dérapages et vraies confessions, odieuses, sur l'état d'esprit de cette macronista à l'égard de la France d'en bas a peu à voir avec "l'union", bien au contraire.
"Il y a trahison du Réel par le discours sous l’ère . Il utilise les mots pour leur faire dire le contraire de ce que dit le Réel tout en ayant la prétention de décrire le Réel." Frédéric Lordon.
Quand Macron supprime les APL, on se souvient de la députée Claire Petit: "Si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu'on vous enlève cinq euros, qu'est-ce que vous allez faire de votre vie ?" Quand on accuse le gouvernement d'échec dans sa lutte contre le mal-logement, on se souvient du député Sylvain Maillard: "la majorité des SDF dorment dans la rue par choix". Quand deux infirmières interpellent le président en visite dans leur établissement, on se souvient de l'attitude méprisante de la ministre Agnès Buzyn. La même qui expliquait que "la Sécu n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde".

Quand Macron refuse la suppression du "verrou fiscal", cette disposition assez unique qui laisse au ministre des finances, et non à la Justice comme d'ordinaire, l'opportunité de décider des poursuites en cas de fraude fiscale, où est l'union ?

Quand Macron fait croire que 30 000 places de stages hebdomadaires pour des élèves de troisième des quartiers difficiles a un quelconque rapport avec un plan banlieues, de qui se moque-t-il ?

Quand Macron envoie les bulldozers à NDDL avant même d'évaluer les projets de reconversion de ce territoire qu'il a fort heureusement sauvé d'un aéroport inutile, où est l'union ? Il massacre l'une de ses rares décisions d'apaisement de ce début de quinquennat. Cette semaine, des employés d'entreprises de démolition, portant masques ou cagoules sont venus "finir le travail" de démolition.

Le plus ignoble de ce bilan est sans doute le court chapitre sur la réforme de la politique migratoire, une réforme applaudie par le Front national pour ses mesures restrictives sur le droit d'asile. Le "Code de la Honte", comme l'ont qualifié quelque 400 associations, a été voté en l'absence d'une centaine d'élu.e.s macronistes gêné.e.s par cette "tâche". Matignon a raison d'écrire qu'il "accélère le traitement des demandes d'asile" - notez la novlangue administrative : la loi réduit le délai de dépôt de dossiers pour expulser plus vite. Mais il rallonge les délais de rétention, y compris des enfants, pour expulser plus efficacement. Cette semaine, Jupiter va faire le beau dans un sommet pour promettre que la France sera généreuse pour accueillir les victimes de discriminations sexuelles. Comment retenir sa nausée en mesurant le décalage avec la réalité de la politique d'accueil de la Macronista ?


"Lors de sa visite à Calais en janvier 2018, Emmanuel Macron, avait annoncé que l’État se chargerait de la distribution des repas auprès des migrants. Une décision censée améliorer le sort des exilés. Pourtant, la répression policière n'a pas cessé, à laquelle les bénévoles assistent, impuissants. Comme Marion Deloule, 23 ans, épuisée, qui s'est mise en pause." Bondy Blog, 17 mai 2018

Le gouvernement ose également penser que la réforme de la SNCF, d'abord justifiée en stigmatisant ces "profiteurs de cheminots", aide à unir le pays alors qu'il ne s'agit que de faciliter la gestion des "ressources humaines" de la SNCF quand le rail sera privatisé. Quand des cheminots sont expulsés de leur gare à coups de matraques et gaz lacrymo, où est l'union ?


"Ces transformations, nombreuses, nécessaires, profondes, ne connaîtront ni atténuation, ni temps morts. En libérant plus d’un côté, en protégeant mieux de l’autre, elles renforcent et modernisent le modèle français. Un modèle auquel le Gouvernement et sa majorité, comme l’ensemble des Français, sont profondément attachés." (conclusion du bilan gouvernemental).

Cette contre-révolution, thatchérienne , violente, profonde, ne connaitra ni atténuation, ni temps mort. En défendant le statut des riches, en protégeant les bien-nés, en délégitimant l'exigence républicaine de solidarité et d'accueil, elle transforme le modèle français. 




12 mai 2018

575ème semaine politique: la dystopie méprisable d'Emmanuel Macron.

 

Dans les enquêtes, Emmanuel Macron est le "président des Riches" pour 7 sondés sur 10. 

Mais il n'en a cure. 

Il est ailleurs. 

Dans l'"absolu".



Propagande d'anniversaire
Pour la première bougie élyséenne du jeune monarque, ses proches n'ont pas fait de fête ni de célébration Bling Bling. Il y eut plutôt un joyeux mitraillage médiatique en faveur du petit prince. Sur les ondes, le porte-parole Benjamin Griveaux flingue à tout va avec rage et hargne. Le premier ministre Edouard Philippe se "délocalise" pour 3 jours dans le Cher, il s'agit de montrer, comme Sarkozy en son temps qui délocalisait ses conseils des ministres en province, que la Macronista n'est pas coupée du "terrain". Et le zélé Christophe Castaner lance un "voyage chez l'habitant" de trois jours, pour "prendre le pouls du pays", ce qui amuse beaucoup les réseaux sociaux.
"Pendant trois jours, je vais dormir chez l'habitant et voir la politique gouvernementale confrontée à la réalité." Christophe Castaner
Il leur suffisait de se déplacer à la gare Montparnasse, où quelque 200 employés de la SNCF ont été évacués de leur lieu de travail à coup de matraques et de gaz lacrymogènes sous les yeux ébahis des usagers; où à l'université de Grenoble, où d'autres forces de l'ordre sont venues également matraquer et gazer des étudiants qui bloquaient l'établissement. Ou encore à l'hôpital de Sedan où un millier de personnes protestaient le 4 mai contre les fermetures de postes puisque le gouvernement a lancé un plan d'économie sur les hôpitaux publics de 1,6 milliards d'euros (dont 12 millions d'euros pour les établissements des Ardennes). Quelques représentants de cette France d'en bas que Castaner ne rencontre jamais sont d'ailleurs venus chahuter le missionnaire de la Macronista au siège du parti présidentiel. Nulle casse, juste du chahut. Mais Castaner s'est empourpré comme sait si bien faire son patron Jupiter, et a annoncé qu'il portait plainte.

Le plus bel hommage fut la diffusion sur France 3 d'un énième portrait documentaire d'une complaisance hallucinante, écrit et réalisé par le nouveau président de La Chaîne Parlementaire (sic!), Bertrand Delais. Ce dernier a été désigné à la tête de cette chaîne publique, "à la loyale", c'est-à-dire par le vote ultra-majoritaire des député.e.s godillots de la Macronista.

Dans ce portrait hégériaque à la gloire de l’œuvre "disruptive" du président des riches, le seul moment de vérité personnelle sur Emmanuel Macron est cette déclaration où le jeune monarque témoigne du mépris de classe qui lui est désormais habituel. "Les gens qui pensent que la France, c'est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, (...) où l'on invoque la tragédie dès qu'il faut réformer ceci ou cela, et qui pensent que le summum de la lutte c'est les 50 euros d'APL, ces gens-là ne savent pas ce que c'est que l'histoire de notre pays. (...) L'histoire de notre pays, c'est une histoire d'absolu. C'est ça la France."


Le mépris de Macron est méprisable. Il stigmatise entre autres ce quart de la population qui a des fins de mois difficilesLe mépris de Macron est contagieux. Sa ministre des affaires européennes se lâche contre "le shopping de l'asile", avant de s'excuser.

Jupiter invoque une "histoire d'absolu" dans l'histoire de notre pays. Il est effectivement absolument dégradant pour la République d'avoir fait voter ce Code de la Honte, absolument indigne pour l'exigence de fraternité cette nouvelle inégalité fiscale entre revenus du Travail et du Capital; absolument impensable cette création du contrat de projet, cette réduction du budget de l’hôpital public et le renforcement de la sélection à l’université.

Quand Macron parle d'absolu, il heurte absolument au-delà de son mépris de classe. 

Mondes parallèles
D'où cette autre question: dans quel monde vit-il ? 

"La 'présidence start-up' d'Emmanuel Macron est une dystopie libérale", écrit un historien, David Broder, dans les colonnes du magazine américain Jacobin. "Sa révolution thatchérienne, qui confronte agressivement les syndicats tandis qu'il chante les louanges de la libre entreprise, a longtemps été une aspiration de la droite du pays." Après avoir pompé élus et électorat du centre-gauche de feu le parti socialiste pour remporter les élections présidentielles et législatives de 2017, Macron a fait une OPA à succès sur le programme de la droite libérale et conservatrice depuis qu'il est au pouvoir, au grand dam des Républicains contraints de se ridiculiser jour après jour dans les outrances xénophobes d'un Laurent Wauquiez.  

Macron est "ce président de droite qu’on n’attendait pas" résume Jean-François Copé. On s'interrogera, ou pas, sur les états d'âmes, s'ils existent, de celles et ceux qui ont pu choisir Macron après avoir choisi Hollande en 2012 ou Ségolène Royal en 2007.
"Jusqu’à présent, la seule manière de faire ressentir rapidement un changement aux Français consistait à distribuer de l’argent public. Notre pays s’était habitué à cette morphine. J’assume ce passage d’un traitement symptomatique à un traitement plus en profondeur, même si cela prend plus de temps." Emmanuel Macron.
 Macron fait des efforts de vocabulaire. Ses supporteurs aussi. Ainsi on ne parle plus de solidarité nationale, mais de "morphine".

La présidence Macron est une dystopie. Que comprendre d'autre ?

Quand Macron parle d'Europe, comme jeudi 10 mai lors de la remise du prix Charlemagne décerné par la municipalité d'Aix-La-Chapelle en présence d'Angela Merke, il fait impression sur quelques éditocrates et journalistes euro-béats: il faut lire à ce propos le compte rendu lénifiant de l'envoyée spéciale du Monde, , un copié/collé des éléments de langage élyséens: "Emmanuel Macron a prononcé son discours le plus fort sur l’Europe depuis celui de la Sorbonne, en septembre 2017".  Ou Emmanuel Berretta dans les colonnes du Point, qui reprend les mêmes formules: "Le président est à Aix-la-Chappelle pour recevoir le prix Charlemagne des mains de la chancelière. L'occasion d'un quatrième discours fort sur l'Europe. Charlemagne a fait l'unité européenne par le glaive, Emmanuel Macron a choisi le verbe." Ou encore l'Express, qui lui aussi reprend la formule soufflée par les conseillers élyséens de "discours fort":

Mais que fait Macron réellement en faveur de l'Europe, la vraie, celle des citoyens ? Il fait des tweets dans toutes les langues. Il glorifie l'Union européenne, mais ne développe aucune idée nouvelle pour réconcilier les citoyens avec cette chose politique, cheval de Troie du libéralisme le plus réactionnaire. Même sa "grande" et unique avancée, la "réforme" des règles européennes en matière de travail détaché est un ... fiasco. Car passées les grandes annonces victorieuses d'octobre 2017, la réglementation européenne n'a pas changé.

Macron n'a pas développé la moindre idée nouvelle sur l'Europe. 
Le silence est total. 
L'impasse également.

Quand on écoute ses incantations pro-européennes, on réalise avec effroi le décalage avec la réalité. A Aix-La-Chapelle, ce discours "fort" comprend 4 commandements: "1. Ne soyons pas faibles. Choisissons. 2. Ne soyons pas divisés. Unissons-nous. 3. N'ayons pas peur. Osons faire. 4. N'attendons pas. Agissons maintenant."  Mais de quoi parle-t-il ? De ses sourires complaisants avec le gouvernement autrichien où les héritiers des nazis détiennent les ministères régaliens ? De son silence envers la Hongrie devenue dictature ? Son absence de projet européen - rien sur les déséquilibres institutionnels, rien sur la politique économique, rien sur l'absence diplomatique -  est aussi impressionnante que la vigueur de ses trémolos dans la voix quand il braille son ambition européenne.

Macron évoque la jeunesse allemande qui "attend tout de l'Europe parce qu'elle se souvient de son histoire" mais il néglige la jeunesse grecque pour qui l'Union européenne s'est incarnée dans le visage d'une Troïka dépêchée sur place pour sauver les prêts français et allemands au prix d'un programme austéritaire mémorable. Macron évoque la jeunesse européenne, mais il tait la réduction des effectifs enseignants, le renforcement de la sélection à l'université, et la création du contrat de travail le plus précaire que la République ait connu dans son propre pays. Macron évoque la jeunesse mais tait les matraques et les gaz lacrymogènes qu'il ordonne quotidiennement contre celles et ceux qui récusent sa loi de sélection de classe à l'université en France.

Contre la jeunesse
Macron vit dans une dystopie libérale où la libéralisation du marché du travail, la baisse des impôts des plus riches, ruissellerait en emplois, investissements et pouvoir d'achat pour le plus grand nombre. La réalité est différente: ce programme n'a "marché" nulle part sauf à accepter une aggravation des inégalités et de la pauvreté y compris de ceux qui travaillent. Au premier trimestre, le premier effet de la potion jupitérienne s'est fait sentir: le pouvoir d’achat des Français a baissé de 0,4 % selon l'INSEE.

Macron vit dans une dystopie. Il pense que sa diplomatie est un succès parce qu'il fait la couverture de Forbes. Quand Donald Trump, auprès duquel il a tout récemment témoigné d'une proximité presque physique et indécente, dénonce l'accord sur le nucléaire iranien puis instrumentalise odieusement les attentats de Paris pour justifier la légalisation du port d'armes aux Etats-Unis, Emmanuel Macron a le sourire coincé, le tweet silencieux. Il est dans son monde parallèle où il fait de grandes choses.

Au Yémen, l'ONU dénonce une "forte escalade" et les 236 civils tués en avril. Au Yémen, la République en Marche tait les ventes d'armements modernes à ceux qui tuent ces mêmes civils au nom de la préservation du chiffre d'affaires de l'industrie.

Dans la dystopie libérale d'Emmanuel Macron, Nicolas Sarozy figure tel un gauchiste égaré. Les entreprises du CAC40 prévoient la distribution en dividendes non productifs de 53% de leurs profits de l'an 2017, soit environ 47 milliards d'euros. Des dividendes qui, en France, seront moins fiscalisés que les salaires grâce à la réforme fiscale d'Emmanuel Macron.

Le putsch
Dans ce monde parallèle, les Français réjouis et modernes, seront "connectés", et dix milliards d'euros d'investissements ont été promis à "l'innovation de rupture" (ne riez pas). Dans ce nouveau monde, la réforme constitutionnelle annoncée cette semaine réduira les pouvoirs du Parlement tandis que ceux du président déjà énormes seront conservés en l'état. Macron veut faire voter une réforme très poutinienne, mais les macronistes braillent contre Mélenchon qui part en voyage en Russie. 

Les Français auront moins de députés, "pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace". Ces mêmes députés verront leur capacité d'amendement aux lois du gouvernement restreintes. (interdiction "dès leur dépôt" des propositions et amendements hors du domaine de la loi, sans "lien direct avec le texte" ou sans "portée normative"). Ces mêmes députés ne seront plus appelés à voter ni débattre si un texte de loi est adopté en commission restreinte.

Le véritable projet macroniste, qu'il faut comprendre dans cette saillie méprisante sur l'absolu français, est la création d'un imaginaire libéral positif, une démarche presque gramsciste: convaincre les esprits à défaut de réaliser.


Ami.e macroniste, réveille -toi.





5 mai 2018

574ème semaine politique: la violence irresponsable du président des riches




Alors qu'une autre scandale politique fait surface - la sous-facturation de prestations de campagne par un proche d'Emmanuel Macron - la macronista s'est trouvée des diversions cette semaine.

Anniversaire électoral oblige, c'est la "fête à Macron". La violence de quelques centaines de "Black-Blocs" dans les rues de Paris l'après -midi du 1er mai que la police a laissé s'équiper sans souci puis se défouler abime l'image de Jupiter. Cris d'effroi à droite, à gauche, partout. Depuis l'Australie où il s'est réfugié trois jours, Emmanuel Macron désigne les "pyromanes indignés", c'est-à-dire les insoumis, comme responsable de ces dérapages. Ses perroquets en rajoutent. Pour cette fête à Macron organisé le weekend anniversaire de l'élection présidentielle par le député François Ruffin, les macronistes transpirent à grosses gouttes sur tous les plateaux. Il leur faut casser au mieux l'image festive et bon enfant de cette manifestation.  

Pour effrayer les familles et décourager les éventuels participants, le gouvernement répète et fait répéter sur toutes les ondes qu'il "craint des violences", des débordements, des excès. Il lui faut caricaturer l'opposition dans une radicalité qu'elle n'a pourtant pas pour mieux habiller en pragmatisme centriste la réalité de la politique macroniste. Mediacratie dominante et autres perroquets de la Macronista répètent leurs inquiétudes sur les débordements. Gérard Collomb promet 2000 policiers et gendarmes dans les parages à Paris.

Accuser l'opposition de violence et surmédiatiser la violence d'une poignée de racailles dans les rues de la capitale appellent une question:

Mais où est la violence ? 

Faudrait-il faire un inventaire ? Emmanuel Macron fête ce weekend sa première année à l'Elysée, et une fraction croissante de la France populaire suffoque déjà. Quel est votre regret, demande une journaliste peu offensive au porte-flingue de la macronista, Benjamin Griveaux, lequel répond: "Qu'Emmanuel Macron n'ait pas été élu président de la République dix ans plus tôt, le pays s'en porterait mieux." En fait, Macron  a été élu il y a 39 ans, en Grande Bretagne. Il s’appelait Margaret Thatcher. 

C'est bien le seul bilan provisoire, le meilleur résumé et même un consensus qu'éditocrates, militants, ou simples citoyens, à gauche comme à droite, partagent après cette première année: Macron fait du thatchérisme, le sourire en plus. Le magazine Forbes ne s'y trompe pas. Secrètement, Macron en jouit.

Quelques-uns, naïfs ou menteurs, expliquent que la facette sociale de la macronista ne saurait tarder. Fin 2012 déjà, combien attendaient le fameux "tournant social" de François Hollande ? Cette fois-ci, Macron est allé franco, à fond, et sans gêne. Il a aligné un à un tous les marqueurs du conservatisme libéral.

Cet inventaire est provisoire, incomplet et déjà violent à lire.
  1. La réduction des APL pour les ménages modestes;
  2. L'élargissement du plafond de revenu des auto-entrepreneurs pour favoriser ce statut précaire;
  3. Le durcissement des conditions d'offre raisonnable d'emploi;
  4. La pérennisation du CICE sous forme d'exonération définitive de cotisations sociales;
  5. Le recours aux votes bloqués par les ordonnances pour la loi Travail et la réforme de la SNCF;
  6. Le maintien du glyphosate pour servir les intérêts de l'agro-industrie;
  7. La suppression de la taxe française sur les transactions financières;
  8. L'évacuation violente de Notre-Dame-des-Landes avant toute négociation;
  9. L'alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence sans compensation pour les plus pauvres ;
  10. L'accord sur le CETA;
  11. La suppression partielle des emplois aidés, principalement en milieu scolaire et associatif.
  12. La création du Parcoursup, outil informatisé de sélection sur dossier à l'université;
  13. La réduction des prestations familiales dès 2018 (-500 millions d'euros);
  14. Le plafonnement de la fiscalité des revenus du capital (-2 milliards d'euros);
  15. La suppression de l'ISF, sans contrepartie d'investissement, (- 3 milliards pour 350 000 foyers);
  16. La suppression de 120 000 postes de fonctionnaires;
  17. Le plan d'économies sur les hôpitaux publics (-1,6 milliard d'euros en 2018);
  18. Le harcèlement des aidants aux migrants à Calais mais la tolérance des racistes identitaires dans les Alpes;
  19. La réduction des délais de dépôts de demandes d'asile et de recours en cas de refus; l'allongement de la durée de rétention, la pérennisation de la rétention des mineurs; 
  20. La centralisation de l'exercice du pouvoir;
  21. La pérennisation des activités de lobbying pour les députés;
  22. Le statu quo sur les perturbateurs endocriniens pour des raisons économiques;
  23. La réduction supplémentaire de 2 milliards d'euros du budget de la Sécu (déremboursements de soin, etc ) en sus des économies sur les hôpitaux susmentionnées;
  24. La création du contrat de travail le plus précaire, "le contrat de projet";
  25. La réduction des instances de représentation du personnel (avec son corollaire, la suppression de 200 000 postes de représentants);
  26. La rupture conventionnelle collective;
  27. L'extension du secret des affaires contre le droit de la presse à informer sur les entreprises.
  28. Le blocage d'une directive européenne qui vise à élargir le cadre des congés parentaux pour "équilibrer" l'utilisation qui en est faite entre les femmes et les hommes.
  29. La réforme de la SNCF, qui n'était pas dans le programme présidentiel, pour faciliter la privatisation du rail français et la fermeture des petites lignes.

Cette liste n'est pas complète. 

Dans les colonnes du magazine américain Forbes, Macron dévoile la suite de son projet, la suppression de l'exit-tax. Les supporteurs macronistes expliquent, à peine gênés, que cet impôt qui vise à taxer la plus-value latente lors du transfert par les contribuables de leur domicile fiscal hors de France, ne représente finalement pas grand chose. Les reportages fleurissent dans la presse mainstream sur son inefficacité - elle ferait "fuir" les riches. 

La violence est dans cette suggestion qu'un riche qui part est un drame tandis qu'un pauvre qui reste et subit est normal, qu'un riche est supérieur aux autres hommes. Que son évasion fiscale, que la République n'ose pas appeler une désertion, est un mal plus grave que la précarisation du plus grand nombre dans le pays.

Contrairement aux mensonges des supporteurs macronistes, l'exit-tax représente environ 500 millions en moyenne par an (800 millions d'euros en 2016), pour quelque 400 assujettis.
"Je veux supprimer l’exit tax. (...) Je ne veux pas d’exit tax. Ce n’est pas logique. Les gens sont libres d’investir où bon leur semble. Si vous pouvez attirer des investisseurs, tant mieux, mais si ce n’est pas le cas, ils devrez être libres de lever le camp." Emmanuel Macron au magazine Forbes, avril 2018.

Les atouts sociaux de Jupiter sont bien faibles: une suppression de la taxe d'habitation pour les 60% de foyers qui la payaient encore (mais la compensation par un autre impôt local est à l'étude), la suppression des cotisations salariales d'assurance chômage et d'assurance maladie pour les salaires de moins de 4000 euros, mais en contrepartie d'une augmentation de la CSG de 1,7 point. D'après l'INSEE, les différentes mesures de la Macronista ne font pas qu'enrichir les plus riches, elles dégradent le pouvoir d'achat de l'immense majorité de la population. 

En 2019, Jupiter a promis une énième réforme des retraites pour allonger encore une fois la durée de cotisations retraites du plus grand nombre. Aucun mot ni débat sur les retraites chapeaux des patrons du CAC 40 qu'on a le plaisir de relire ou redécouvrir à l'occasion des différentes assemblées générales d'actionnaires en ce mois d'avril.

Répétons la question: où est la violence ?

La violence de Jupiter est dans ses actes et dans ses mots.  Dans les canards du libéralisme mondialisé, Jupiter cache à peine sa politique de classe. Ainsi sur la loi Travail: "L’idée principale de cette réforme est de supprimer de nombreuses régulations prévues par la loi au niveau national, afin de créer plus de flexibilité et ramener de nombreuses décisions au niveau du secteur ou de l’entreprise." Réduire les moyens collectifs de protection des salariés, donner la primeur à l'entreprise où les salariés sont plus fragiles, puis supprimer des dizaines de milliers de postes de représentants du personnel, n'est-ce pas violent ?   

La violence est dans cette novlangue macroniste, ce décalage entre la fausse neutralité du vocabulaire et la réalité de la précarisation des individus les plus fragiles, un décalage connu en d'autres lieux, entre d'autres temps, en d'autres circonstances. Cette novlangue souvent technocratique dépeint en mode rose et optimiste une réalité sociale difficile. Elle appelle "transformation" sa contre-révolution conservatrice qui favorise les plus aisés en espérant un "ruissellement" vers le plus grand nombre qui ne s'est jamais démontré dans l'Histoire récente. Elle anesthésie le débat politique en caricaturant ses adversaires. Elle évoque la "disruption" pour moderniser une action rétrograde.

La violence est dans ce double discours qui s'accommode du commerce des armes les plus modernes à l'Arabie Saoudite pour bombarder les populations civiles du Yémen mais donne des leçons de droits humains au boucher Bassar el Assad en Syrie; la violence est dans cette fraternisation criminelle avec le président islamiste Erdogan qui massacre les Kurdes, dans cette fraternisation ridicule avec le clown dangereux de la Maison Blanche, dans cette fraternisation suffoquante avec l'autocrate russe reçu en grandes pompes à Versailles. La violence est dans cette hypocrisie diplomatique qui abuse de grands mots pour couvrir une petite politique, une politique qui décrédibilise la République à force de dépasser bien largement les exigences parfois tristes de la real-politik.

La violence se lit dans ces sourires méprisants ou ces mépris sans sourire - Macron moquant "ceux qui ne sont rien" lors de l'inauguration d'une gare; sa ministre Agnès Buzyn souriant exaspérée quand deux infirmières à bout interpellent le président dans une clinique; Macron, encore lui, qui ne cèdera rien  " ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes." Agnès Buzyn, encore elle, expliquant que la Sécu "n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde" (N.D.R: la Sécu rembourse 2 euros par monture...).

La violence est dans cette politique du "deux poids deux mesures" qui accorde 10 milliards de réduction fiscale aux foyers les plus aisés et un peu moins en suppression de taxe d'habitation aux autres 25 millions; qui durcit le contrôle des chômeurs mais maintient le verrou fiscal pour les fraudeurs fiscaux. Qui fait des beaux discours sur le combat des femmes contre le harcèlement mais assure son ministre du budget accusé d'abus de faiblesse et de trafic d'influence.

La violence de Jupiter est celle de cette  "transformation" thatchérienne qu'il veut appliquer à la France avec 4 décennies de retard. Elle se lit dans cette obstination qui méprise le dialogue social, remplacée par la "concertation" et que Jupiter répète sans sourciller: "Certains syndicats voudront peut-être organiser des grèves durant des semaines, voire des mois. Nous devons donc nous organiser. Mais je n’abandonnerai pas et je ne reverrai pas nos ambitions à la baisse car nous n’avons pas le choix."

La violence est dans les mots et les actes de ce président qui fait mine d'ignorer qu'il n'a pas été élu sur son programme. Toutes les propositions politiques en 2017 -  celle des "Marcheurs", comme les autres - n'ont obtenu qu'une faible minorité des suffrages des inscrits aux élections de 2017. Cette victoire de l'abstention (57% au second tour des législatives), cet échec de la démocratie aurait mérité davantage de modestie et d'ouverture au dialogue pour refonder nos institutions et la République. Au lieu de quoi, un laquais de la France d'en haut, arrivé premier à une course éparpillé, élu vainqueur sur un référendum anti-Le Pen, se croit autorisé à parler et agir au noms "des Français".



Qui est violent ?

La violence est sociale.

Elle est au sommet de l'Etat.