12 mai 2018

575ème semaine politique: la dystopie méprisable d'Emmanuel Macron.

 

Dans les enquêtes, Emmanuel Macron est le "président des Riches" pour 7 sondés sur 10. 

Mais il n'en a cure. 

Il est ailleurs. 

Dans l'"absolu".



Propagande d'anniversaire
Pour la première bougie élyséenne du jeune monarque, ses proches n'ont pas fait de fête ni de célébration Bling Bling. Il y eut plutôt un joyeux mitraillage médiatique en faveur du petit prince. Sur les ondes, le porte-parole Benjamin Griveaux flingue à tout va avec rage et hargne. Le premier ministre Edouard Philippe se "délocalise" pour 3 jours dans le Cher, il s'agit de montrer, comme Sarkozy en son temps qui délocalisait ses conseils des ministres en province, que la Macronista n'est pas coupée du "terrain". Et le zélé Christophe Castaner lance un "voyage chez l'habitant" de trois jours, pour "prendre le pouls du pays", ce qui amuse beaucoup les réseaux sociaux.
"Pendant trois jours, je vais dormir chez l'habitant et voir la politique gouvernementale confrontée à la réalité." Christophe Castaner
Il leur suffisait de se déplacer à la gare Montparnasse, où quelque 200 employés de la SNCF ont été évacués de leur lieu de travail à coup de matraques et de gaz lacrymogènes sous les yeux ébahis des usagers; où à l'université de Grenoble, où d'autres forces de l'ordre sont venues également matraquer et gazer des étudiants qui bloquaient l'établissement. Ou encore à l'hôpital de Sedan où un millier de personnes protestaient le 4 mai contre les fermetures de postes puisque le gouvernement a lancé un plan d'économie sur les hôpitaux publics de 1,6 milliards d'euros (dont 12 millions d'euros pour les établissements des Ardennes). Quelques représentants de cette France d'en bas que Castaner ne rencontre jamais sont d'ailleurs venus chahuter le missionnaire de la Macronista au siège du parti présidentiel. Nulle casse, juste du chahut. Mais Castaner s'est empourpré comme sait si bien faire son patron Jupiter, et a annoncé qu'il portait plainte.

Le plus bel hommage fut la diffusion sur France 3 d'un énième portrait documentaire d'une complaisance hallucinante, écrit et réalisé par le nouveau président de La Chaîne Parlementaire (sic!), Bertrand Delais. Ce dernier a été désigné à la tête de cette chaîne publique, "à la loyale", c'est-à-dire par le vote ultra-majoritaire des député.e.s godillots de la Macronista.

Dans ce portrait hégériaque à la gloire de l’œuvre "disruptive" du président des riches, le seul moment de vérité personnelle sur Emmanuel Macron est cette déclaration où le jeune monarque témoigne du mépris de classe qui lui est désormais habituel. "Les gens qui pensent que la France, c'est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, (...) où l'on invoque la tragédie dès qu'il faut réformer ceci ou cela, et qui pensent que le summum de la lutte c'est les 50 euros d'APL, ces gens-là ne savent pas ce que c'est que l'histoire de notre pays. (...) L'histoire de notre pays, c'est une histoire d'absolu. C'est ça la France."


Le mépris de Macron est méprisable. Il stigmatise entre autres ce quart de la population qui a des fins de mois difficilesLe mépris de Macron est contagieux. Sa ministre des affaires européennes se lâche contre "le shopping de l'asile", avant de s'excuser.

Jupiter invoque une "histoire d'absolu" dans l'histoire de notre pays. Il est effectivement absolument dégradant pour la République d'avoir fait voter ce Code de la Honte, absolument indigne pour l'exigence de fraternité cette nouvelle inégalité fiscale entre revenus du Travail et du Capital; absolument impensable cette création du contrat de projet, cette réduction du budget de l’hôpital public et le renforcement de la sélection à l’université.

Quand Macron parle d'absolu, il heurte absolument au-delà de son mépris de classe. 

Mondes parallèles
D'où cette autre question: dans quel monde vit-il ? 

"La 'présidence start-up' d'Emmanuel Macron est une dystopie libérale", écrit un historien, David Broder, dans les colonnes du magazine américain Jacobin. "Sa révolution thatchérienne, qui confronte agressivement les syndicats tandis qu'il chante les louanges de la libre entreprise, a longtemps été une aspiration de la droite du pays." Après avoir pompé élus et électorat du centre-gauche de feu le parti socialiste pour remporter les élections présidentielles et législatives de 2017, Macron a fait une OPA à succès sur le programme de la droite libérale et conservatrice depuis qu'il est au pouvoir, au grand dam des Républicains contraints de se ridiculiser jour après jour dans les outrances xénophobes d'un Laurent Wauquiez.  

Macron est "ce président de droite qu’on n’attendait pas" résume Jean-François Copé. On s'interrogera, ou pas, sur les états d'âmes, s'ils existent, de celles et ceux qui ont pu choisir Macron après avoir choisi Hollande en 2012 ou Ségolène Royal en 2007.
"Jusqu’à présent, la seule manière de faire ressentir rapidement un changement aux Français consistait à distribuer de l’argent public. Notre pays s’était habitué à cette morphine. J’assume ce passage d’un traitement symptomatique à un traitement plus en profondeur, même si cela prend plus de temps." Emmanuel Macron.
 Macron fait des efforts de vocabulaire. Ses supporteurs aussi. Ainsi on ne parle plus de solidarité nationale, mais de "morphine".

La présidence Macron est une dystopie. Que comprendre d'autre ?

Quand Macron parle d'Europe, comme jeudi 10 mai lors de la remise du prix Charlemagne décerné par la municipalité d'Aix-La-Chapelle en présence d'Angela Merke, il fait impression sur quelques éditocrates et journalistes euro-béats: il faut lire à ce propos le compte rendu lénifiant de l'envoyée spéciale du Monde, , un copié/collé des éléments de langage élyséens: "Emmanuel Macron a prononcé son discours le plus fort sur l’Europe depuis celui de la Sorbonne, en septembre 2017".  Ou Emmanuel Berretta dans les colonnes du Point, qui reprend les mêmes formules: "Le président est à Aix-la-Chappelle pour recevoir le prix Charlemagne des mains de la chancelière. L'occasion d'un quatrième discours fort sur l'Europe. Charlemagne a fait l'unité européenne par le glaive, Emmanuel Macron a choisi le verbe." Ou encore l'Express, qui lui aussi reprend la formule soufflée par les conseillers élyséens de "discours fort":

Mais que fait Macron réellement en faveur de l'Europe, la vraie, celle des citoyens ? Il fait des tweets dans toutes les langues. Il glorifie l'Union européenne, mais ne développe aucune idée nouvelle pour réconcilier les citoyens avec cette chose politique, cheval de Troie du libéralisme le plus réactionnaire. Même sa "grande" et unique avancée, la "réforme" des règles européennes en matière de travail détaché est un ... fiasco. Car passées les grandes annonces victorieuses d'octobre 2017, la réglementation européenne n'a pas changé.

Macron n'a pas développé la moindre idée nouvelle sur l'Europe. 
Le silence est total. 
L'impasse également.

Quand on écoute ses incantations pro-européennes, on réalise avec effroi le décalage avec la réalité. A Aix-La-Chapelle, ce discours "fort" comprend 4 commandements: "1. Ne soyons pas faibles. Choisissons. 2. Ne soyons pas divisés. Unissons-nous. 3. N'ayons pas peur. Osons faire. 4. N'attendons pas. Agissons maintenant."  Mais de quoi parle-t-il ? De ses sourires complaisants avec le gouvernement autrichien où les héritiers des nazis détiennent les ministères régaliens ? De son silence envers la Hongrie devenue dictature ? Son absence de projet européen - rien sur les déséquilibres institutionnels, rien sur la politique économique, rien sur l'absence diplomatique -  est aussi impressionnante que la vigueur de ses trémolos dans la voix quand il braille son ambition européenne.

Macron évoque la jeunesse allemande qui "attend tout de l'Europe parce qu'elle se souvient de son histoire" mais il néglige la jeunesse grecque pour qui l'Union européenne s'est incarnée dans le visage d'une Troïka dépêchée sur place pour sauver les prêts français et allemands au prix d'un programme austéritaire mémorable. Macron évoque la jeunesse européenne, mais il tait la réduction des effectifs enseignants, le renforcement de la sélection à l'université, et la création du contrat de travail le plus précaire que la République ait connu dans son propre pays. Macron évoque la jeunesse mais tait les matraques et les gaz lacrymogènes qu'il ordonne quotidiennement contre celles et ceux qui récusent sa loi de sélection de classe à l'université en France.

Contre la jeunesse
Macron vit dans une dystopie libérale où la libéralisation du marché du travail, la baisse des impôts des plus riches, ruissellerait en emplois, investissements et pouvoir d'achat pour le plus grand nombre. La réalité est différente: ce programme n'a "marché" nulle part sauf à accepter une aggravation des inégalités et de la pauvreté y compris de ceux qui travaillent. Au premier trimestre, le premier effet de la potion jupitérienne s'est fait sentir: le pouvoir d’achat des Français a baissé de 0,4 % selon l'INSEE.

Macron vit dans une dystopie. Il pense que sa diplomatie est un succès parce qu'il fait la couverture de Forbes. Quand Donald Trump, auprès duquel il a tout récemment témoigné d'une proximité presque physique et indécente, dénonce l'accord sur le nucléaire iranien puis instrumentalise odieusement les attentats de Paris pour justifier la légalisation du port d'armes aux Etats-Unis, Emmanuel Macron a le sourire coincé, le tweet silencieux. Il est dans son monde parallèle où il fait de grandes choses.

Au Yémen, l'ONU dénonce une "forte escalade" et les 236 civils tués en avril. Au Yémen, la République en Marche tait les ventes d'armements modernes à ceux qui tuent ces mêmes civils au nom de la préservation du chiffre d'affaires de l'industrie.

Dans la dystopie libérale d'Emmanuel Macron, Nicolas Sarozy figure tel un gauchiste égaré. Les entreprises du CAC40 prévoient la distribution en dividendes non productifs de 53% de leurs profits de l'an 2017, soit environ 47 milliards d'euros. Des dividendes qui, en France, seront moins fiscalisés que les salaires grâce à la réforme fiscale d'Emmanuel Macron.

Le putsch
Dans ce monde parallèle, les Français réjouis et modernes, seront "connectés", et dix milliards d'euros d'investissements ont été promis à "l'innovation de rupture" (ne riez pas). Dans ce nouveau monde, la réforme constitutionnelle annoncée cette semaine réduira les pouvoirs du Parlement tandis que ceux du président déjà énormes seront conservés en l'état. Macron veut faire voter une réforme très poutinienne, mais les macronistes braillent contre Mélenchon qui part en voyage en Russie. 

Les Français auront moins de députés, "pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace". Ces mêmes députés verront leur capacité d'amendement aux lois du gouvernement restreintes. (interdiction "dès leur dépôt" des propositions et amendements hors du domaine de la loi, sans "lien direct avec le texte" ou sans "portée normative"). Ces mêmes députés ne seront plus appelés à voter ni débattre si un texte de loi est adopté en commission restreinte.

Le véritable projet macroniste, qu'il faut comprendre dans cette saillie méprisante sur l'absolu français, est la création d'un imaginaire libéral positif, une démarche presque gramsciste: convaincre les esprits à défaut de réaliser.


Ami.e macroniste, réveille -toi.





1 commentaire:

  1. Juan,

    J'ai,depuis longtemps, renoncé à vous contredire sur le fond (il faudrait un commentaire plus long que votre billet );mais ne pourriez-vous pas, au moins,abandonner cette ridicule et bien -pensante écriture inclusive sans avenir ? Comme le dit la remarquable linguiste (entre autres)Barbara Cassen, qui vient d'être élue à l'Académie française, mieux vaudrait accorder l'adjectif avec le genre du dernier mot qui le précède,fût -il féminin et précédé d'autres mots masculins.

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