28 juillet 2018

586ème semaine politique: l'abécédaire d'un scandale d'Etat qui devient une farce du pouvoir

 

Ils voudraient faire croire à une "tempête dans un verre d'eau", mais l'affaire des barbouzes de l’Élysée a pris une tout autre ampleur.`Cette affaire est politique: elle revalorise le parlement, elle dévoile les dangers de l'autocratisme jupitérien, elle détruit le mythe du "Nouveau monde" auprès de certains de ses soutiens.



Autocratie
L'une des véritables révélations de cette affaire concerne les travers de la gestion du pouvoir, autocratique comme jamais, sans contrôle et en roue libre. Macron lui-même plaide l'erreur humaine. Comment corrige-t-on l'erreur humaine dans nos systèmes démocratiques ? Avec des contre-pouvoirs. Macron justement a affaibli, et continue d'affaiblir les contre-pouvoirs de notre régime: il attaque la presse dans son ensemble, il réduit les pouvoir de l'Assemblée avec son projet de révision constitutionnelle. Il fustige les syndicats, met au pas sa majorité godillot qui n'en demandait pas tant.

La gestion de pouvoir d'Emmanuel Macron est autocratique, opaque et dangereuse. Il est heureux qu'elle soit dévoilée, et cette révélation, la vraie de cette affaire, a frappé tous les observateurs politiques, de gauche comme de droite.
  
"Tout d'un coup, nous nous rendons compte qu'Emmanuel Macron dirige la France de manière assez opaque" Ariane Chemin, journaliste au Monde.

Barbouzes
"Barbouze: membre d'une police secrète ou parallèle, ou d'un service d'espionnage (parfois nom masculin en ce sens)." Source: Larousse.

Alexandre Benalla faisait partie d'une police parallèle: il détenait une arme au nom d'une prétendue "mission de police", comme la commission sénatoriale l'a prouvé, un logement de fonction et une voiture équipée de matériel de surveillance, un badge du GPSR sans en être membre, et pouvait se procurer des attributs (casque et brassard) pour assurer la sécurité du président de la République sans faire partie des forces assermentées pour cela ni même leur rendre des comptes. Vincent Crase, le second homme, partageait une partie de ses mêmes avantages. Vendredi après-midi, Libération publie une video avec de nouvelles violences des deux barbouzes contre des manifestants, trois heures avant les faits de la Contrescarpe.

En cherchant bien, la presse trouve un autre proche de Benalla, un conseiller "secret" et ancien agent secret. Ludovic Chaker, cet " ami d’Alexandre Benalla occupe un poste inusité, celui de chargé de mission auprès du chef d’état-major particulier du président de la République" écrit le journaliste Jean-Dominique Merchet. "Sauf erreur de notre part, c’est la première fois qu’un tel poste est créé au sein de l’un des institutions les plus confidentielles du pays. « Nous sommes hors-sol », juge un bon connaisseur de ces milieux."

Il y avait des barbouzes à l'Elysée, démasqués quand ils ont été identifiés par la presse sept semaines après des actes de violence.

Bestimage
L'Elysée soutient Alexandre Benalla. Des éléments de langage lui ont été préparés. L'interview chez TF1 semble avoir été dictée, aux mépris des faits, par la cellule de com' de l'Elysée: au Monde, Benalla déclare "Je n'ai pas le sentiment d'avoir trahi le président de la République, j'ai le sentiment d'avoir fait une grosse bêtise". A TF1, il reconnait au contraire la "trahison".

Mieux, l'agence privée Bestimage, qui a l'exclusivité de la communication photographique élyséenne, aurait été mandatée pour s'occuper également de Benalla. Mimie Marchand, la patronne de l'agence, dément tout rôle alors que les journalistes du Monde la surprennent au moment de leur interview : "J'étais venue donner des clés d'une maison de vacances à Biarritz." 

Plus c'est gros...


Contradictions
 Au second jour des auditions parlementaires, Macron parle devant les députés de son camp, des ministres et le président de l'Assemblée nationale. Ah la séparation des pouvoirs... Sarkozy aussi avait pris l'habitude hypocrite de parler aux députés de sa majorité par troupeau entier pour les revigorer le moment venu. Macron s'exprime, il est filmé, il braille cette formule désormais célèbre : "Le responsable c'est moi, qu'ils viennent le chercher!".

Le lendemain, lors d'un déplacement en province, il poursuit, et se contredit: il se dédouane, tiens donc: " ce n’est pas le président de la République, c’est le cabinet de l’Elysée, ils ont pris leur responsabilité. "

Il provoque aussi au sujet de Benalla: tantôt "fier de l'avoir recruté" ("parce qu'il avait un parcours différent"), tantôt honteux d'avoir été "trahi". C'est un "baiser de l'araignée", une manière de dire que ce "Benalla" 'n"est pas du sérail. Il minore ensuite l'importance des faits. Où est passé le candidat Macron qui réclamait des sanctions contre les violences policières ? Il en appelle au sens de la sanction proportionnée, niant les faits premiers: un barbouze a frappé. L'IGPN a confirmé ne pas avoir jugé bon d'ouvrir une enquête après le visionnage de la vidéo, cette normalisation des pratiques de nervis ne choque donc plus.

Convergence
C'est la revanche du parlement.  La Macronista est au centre, au centre de la tenaille, celle de la vérité. Et voici que et la gauche, et la droite s'allient. Macron devrait se réjouir de cette démarche "transpartisane". Pourtant, sans surprise, il y a une rage effrayée qui se constate aisément sur les réseaux sociaux à voir cette convergence des luttes politiques, de la part des mêmes qui n'avaient aucune pudeur à se réclamer de droite (et parfois d'extrême droite comme en matière de politique migratoire) et de gauche (quoique l'on cherche à ce moment du quinquennat les traces des gauchitude dans l'épopée macroniste).


Curée
Alexandre Benalla est une cible facile. On évite de parler de son acolyte, dont le statut intermittent est plus surprenant encore (cf. "Intermittent"). On évite de s'interroger sur le système de pouvoir, la gestion du pouvoir, le rapport aux contre-pouvoirs.

L'affaire Benalla est une belle diversion.

On oublierait presque cette présidence des riches, la reprise du chômage, le trou d'air de la croissance malgré cette politique de l'offre si favorable aux entreprises.

On oublierait la prochaine mise en examen de Muriel Pénicaud, soupçonné de favoritisme dans un contrat de 13 millions d'euros.

"C’est à une véritable fête qu’Emmanuel Macron a convié cette année les gros patrimoines." Capital, juillet 2018.



Défiance
D'après le Canard Enchaîné, toute cette affaire Benalla/Crase serait une vengeance de la police, jalouse des passe-droit de ces barbouzes de l'Elysée. Après cette seconde semaine, et les interventions publiques de Macron, Collomb et Benalla, la réaction des syndicats policiers, tous grades confondus, témoigne l'ampleur du mépris et de la défiance à l'égard de Macron, Collomb et le gouvernement.

Ainsi le Syndicat CFDT des Cadres de la Sécurité Intérieure s'étonne-t-il que "tout citoyen puisse venir interpeller des manifestants."  Celui des commissaires de police abonde: "Alexandre Benalla se répand dans les médias alors qu’il est mis en examen. La justice appréciera."

Eléments de langage
Voir "Perroquets"

Faute
Cette affaire d'Etat repose sur plusieurs fautes. Bizarrement, les responsables de la Macronista, Alexandre Benalla, et Jupiter lui-même, sont peu précis sur la "faute".  

De quelle faute parle-t-on ? 

Quand Benalla sort de son silence, il se contredit. Dans les colonnes du Monde, mercredi, puis sur TF1, vendredi, l'ancien chargé de mission de Macron reconnait une "grosse faute"... ou pas: il ne voit pas de faute dans les violences, mais dans le tort qu’il a causé à Macron: "J'ai le sentiment d’avoir fait une grosse bêtise. Et d’avoir commis une faute. Mais cette faute, elle est plus d’un point de vue politique : je n’aurais jamais dû aller sur cette manifestation en tant qu’observateur, puis j’aurais, peut-être, dû rester en retrait.".En fait, la faute qu'il reconnait n'est pas d'avoir frappé un homme au sol, bien au contraire. Il revendique le droit à frapper un homme au sol. Il excuse son geste par deux raisons.

Primo, le couple victime de ses coups avait commencé quelques instants plus tôt en jetant deux projectiles en verre sur les forces de l'ordre. Deuxio, les CRS, pourtant nombreux, ne parviendraient pas à maitriser le garçon et sa compagne. le premier argument met en rage les syndicats de policiers (cf. plus bas). Le second est démenti par le commandant de la compagnie de CRS auditionné dans la semaine.


Hypocrisie
Macron est hypocrite. Il en appelle au devoir de responsabilité avec autant de grandiloquence qu'il se sait intouchable.

 "S’ils veulent un responsable, il est devant vous ! Qu’ils viennent le chercher". Emmanuel Macron

Que cela serve de leçon sur la limite institutionnelle de ce régime que Macron pratique avec outrance. Un chef d’État britannique ou allemand n'aura pas pu avoir ce mépris.

Inquiétudes
Ce n'est pas une affaire d'Etat ("une tempête dans un verre d'eau" commente Macron), mais bizarrement Jupiter-tout-puissant est resté 5 jours silencieux sur les ondes et les réseaux sociaux. Quand on connaît l'ampleur habituelle du trollisme présidentiel sur Twitter et Facebook, parfois en plusieurs langues pour être sûr que partout en Europe la grandeur de notre jeune monarque soit appréciée à sa juste valeur, ce silence de quelques jours vaut cure de quelques mois. Ce ramadan présidentiel est stupéfiant. Il témoigne de l'importance accordée par l'Elsyée et Macron lui-même à cette affaire, et qu'importe son numéro d'acteur la semaine passée.

Dès les premières heures suivant les violences du 1er mai, les patrons de la Macronista - Macron, Philippe, Collomb, Castaner, et les hiérarchies policière et de l'Elysée - sont au courant que les deux hommes pris en flagrant délit sont des collaborateurs du Palais. Mais silence, secret et discrétion. L'inquiétude est grande. Pour preuve, révèle BFM, Ismaël Emelien, le conseiller politique du président de la République, a eu en sa possession les images de vidéosurveillance des manifestations du 1er mai obtenues de manière illégale par Alexandre Benalla.

C'est du recel.

L'inquiétude est encore palpable quand Macron sort de son silence. Il a la trouille de la dislocation de sa majorité. La trouille encore quand il refuse son audition parlementaire au nom de la séparation des pouvoirs lors qu'il tient une réunion "interne" avec les députés de son camp. La trouille toujours quand il braille « venez me chercher » à l’abri de son château.

Intermittent
Il y a un homme qui s'en sort "bien". Vincent Crase, le second homme des violences de la place de la Contrescarpe à Paris, rapidement dégagé de l'Elysée puisqu'il n'y collabore aux dires de l'Elysée qu' "occasionnellement". C'est le statut de cet homme qui interroge: militant marcheur, salarié de En Marche, il donne aussi des coups de main ponctuels à la sécurité du palais présidentiel et s'affiche avec des brassards de police dans les manifestations du 1er mai.

On croit rêver.

Pourtant les commissions d'enquête parlementaire ne se sont pas encore penché sur son cas.

Parce qu'il est intermittent sans doute...


Irresponsables
Ils ont un modèle, Jupiter, celui-là même qui crie au chat perché bien à l'abri de son statut. le hashtag AllonsChercherMacron fait le régal des internautes. Au total, plus de 3 millions de tweets sont publiés sur cette "tempête dans un verre d'eau" en 7 jours.

Lundi, Gérard Collomb, ce ministre de l'intérieur qui pérore depuis 16 mois sur sa maitrise de tous les sujets sur le front de la sécurité du pays, apparaît bien naze et incompétent devant les députés puis les sénateurs: il ne sait rien, n'a rien fait, n'a rien entendu. Et quand il a parlé avec Macron trois jours après l'explosion médiatique, il a "surtout évité de parler de l'affaire Benalla". 

De qui se moque-t-on ?

Devant la commission sénatoriale d'enquête, au Sénat, Alexis Kohler, Secrétaire Général de l’Élysée, et à ce titre le véritable directeur opérationnel de la présidence, apparaît paumé, hagard, brouillon. Il explique que  Benalla “n’a jamais été en charge de la protection du président.

De qui se moque-t-on ?

Lâcheté
Du temps de Sarkofrance, nombre d'antisarkozystes d'hier devenus macronistes aujourd'hui auraient braillé de tout leur corps avec autant d'énergie qu'ils sont aujourd'hui silencieux contre les faits du moment. L'acharnement de certains d'entre eux à recycler les arguments sarkozystes d'antan - critique de la presse dans son ensemble, dévalorisation du parlement, complotisme - est aussi lâche que cette macronista savait être arrogante.

Lâcheté aussi à l'Elysée. Quand les faits sont révélés, c'est sauve-qui-peut: sanction anecdotique et couverture. Même le couple de victimes, dont les rageux macronistes ont rapidement dénoncé les actes précédents leur interpellation musclée, n'ont-ils pas été arrêtés comme tant d'autres ce 1er mai ? Pour éviter que la présence de Benalla et Crase ne soit révélée également.
"Le vrai courage c’est de prendre ses responsabilités avant que la presse ne révèle le scandale et avant que la commission d’enquête ne découvre chaque heure des versions contradictoires." Olivier Faure, 24 juillet 2018
Lâcheté inquiétante car il s'agit de responsabilité d’État.
"Avez-vous compris, monsieur le Premier ministre, qu'il n'y a pas de pérennité ni de légitimité à l'État républicain quand les ministres se défaussent sur les fonctionnaires qui exécutent les ordres qu'ils donnent ?" Jean-Luc Mélenchon au premier ministre, 24 juillet 2018.

Mensonges
Quand Macron se décide à parler, il ment. Il relaye des canulars pour faire croire que la presse ment (cf. "Presse""). Il répète que la sanction contre Benalla a été "proportionnée" à cette "trahison". Vraiment ?Aucune retenue de salaire, un poste maintenu auprès du Président, et en prime, un appartement de fonction le 9 juillet quai Branly... Sans rire ?

Benalla se décide à faire de de même, il parle. Et il ment. Ses actes du 1er mai ont tout de la préméditation: il a demandé à être observateur un jour de "congé". Il a rodé durant la journée avant de s'en prendre au couple désormais célèbre de la place de la Contrescarpe. Il a frappé ses victimes.

Il minore aussi son importance auprès de Macron. Le nombre incroyable de photographies les présentant ensemble durant cette seule première année du quinquennat, tout comme la communication au Journal officiel de sa nomination témoigne d'un rôle plus important.

Il ment enfin sur les violences qu'il a commises, elles ont été filmées. Il ose expliquer avoir chercher à ceinturer une victime déjà à moitié assomé par un coup matraque. Il a été inculpé pour 5 faits: «violences en réunion», «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique», «port et complicité de port prohibé d’insignes réglementés»,  .«recel de violation du #secret professionnel», «recel de détournement d’images issues d’un service de video-surveillance de police.»

A l'Assemblée ou au Sénat, on se demande également si certains ont bien compris qu'ils ont prêté serment: Collomb, Kholer, les hiérarques policiers se défaussent les uns après les autres sur à peu près tous les sujets.

Voir "Pieds Nickelés"



Mythe
Seconde victime de l'affaire, le mythe du nouveau monde. Macron candidat promettait d'être exigeant en matière de violence policière. Boum, pif, paf, patatras... Quand l'un de ses proches participe à des violences policières, il estime que la sanction - suppression de 15 jours de congés payés (lol!) - est "proportionnée" (selon ses termes). La République "exemplaire", qui a pris le relais de la "République irréprochable" de Nicolas Sarkozy, révèle ses zones d'ombre et ses barbouzes: des gens non qualifiés, parfois intermittents, qui court-circuitent les forces de sécurité et confondent leur statut avec un permis de baffe contre des opposants.

Cette Macronista justifie les violences policières. 

A la faveur des auditions sénatoriales, on découvre aussi que l'équipe de Macron à l'Elysée n'a pas jugée bon de faire de déclaration de patrimoine... C'est béta.

Jeudi soir, alors que quelques supporteurs macronistes se déchainaient contre la France insoumise accusée de collusion politique et idéologique avec le Front national, d'autres macronistes votaient la loi Asile et Immigration en seconde lecture. Le Projet de l’extrême droite “enfin” devenu loi grâce à la Macronista, merci Macron.


Obstruction
Cette affaire n'est pas un scandale d'Etat, expliquent à longueur de journées les officiels et les officieux de la Macronista. Bizarrement pourtant, les députés macronistes de la commission d'enquête, la présidente Yaël Braun-Pivet en tête, font tout pour torpiller l'instruction.

Cette affaire n'est pas une affauire d'Etat mais >Benalla a été protégé, et l'affaire cachée. 

Lundi, le directeur de l'ordre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris (DOPC), Alain Gibelin confirme à trois reprises avoir vu Benalla pendant sa période de sanction. Mardi, après une protestation de l'Elysée, il revient en audition et plaide l'erreur de bonne foi. 

Macron abime ainsi les institutions: la REM avait presque réussi à redresser l'image d'un régime aux contre-pouvoirs efficaces avec la création de commissions parlementaires. Patatras ! Macron se fait filmer avec le président de l'Assemblée nationale en train de brailler à la résistance et la responsabilité. Jupiter montre qu'il reste maître des ficelles et des pantins LREM. Et la commission d'enquête de l'Assemblée nationale implose. Jeudi, la gauche et la droite se désolidarisent. Quelques trolls macronistes, relayés par Castaner et quelques autres primaires, fustigent l'alliance "rouge-brun", faisant mine d'ignorer que républicains, socialistes, communistes, insoumis ont aussi quitté la commission de l'Assemblée.

Macron refuse de comparaitre devant les député(e)s. Il interdit aussi à ses proches de se rendre à l'Assemblée. Mais au Sénat, pas le choix. Pas assez de sénateurs aux ordres pour faire obstruction.


Parlement
Sous la pression médiatiques, après la révélation des faits par le Monde, la Macronsita craque et accepte à contre-coeur que deux commissions d'enquête, l'une au Sénat l'autre à l'Assemblée, soient constituées. Mieux, la révision constitutionnelle en cours d'examen par les député(e)s godillots LReM qui prévoyaient la suppression d'un tiers des élus et la réduction de leur pouvoir d'amendement et de propositions, est suspendue. La convergence des oppositions pour comprendre et mettre à jour comment Macron gouverne surprend les macronistes.

Au Sénat, les supporteurs jupitériens  sont quasiment inexistants, la commission auditionne quasiment qui elle veut. A l'Assemblée, les auditions virent au pugilat. La présidente macroniste censure autant qu'elle peut. Les députés de l'opposition massacrent les auditionnés. Jeudi, la commission des députés explose. Les auditions reprennent le lendemain avec uniquement les macronistes dans la plus grande indifférence.

On peut railler cette revalorisation du parlement. Elle est une joyeuse surprise, et sacrément efficace à jouer un rôle de "révélateur", à défaut d'être un réel contre-pouvoir faute d'une opposition suffisamment volumique. Elle révèle a minima les réflexes autocratiques rageux de l'équipe macroniste. Plutôt que de faire preuve d'un peu de recul, puisque le fond de cette affaire serait "anecdotique", sa rage démontre le danger qu'il y a à la voir au pouvoir affaiblir la République et nos droits fondamentaux.

La macronista est un danger. Elle l'a prouvé toute la semaine.
"Le cœur de la réforme institutionnelle, c'est de dire que l'exécutif doit avoir plus de contrôle du législatif. Ma bagarre [...] c'est de dire qu'au contraire il faut un législatif qui contrôle mieux l'exécutif. (...) On a un président de la République qui concentre non pas les pleins pouvoirs, mais plein de pouvoirs, et qui n'est absolument pas contrôlé." François Ruffin

Perroquets
Cette affaire rappelle aussi combien les ficelles tirées par Macron sont tenues au plus près.
Primo, des relais macronistes sur les réseaux sociaux publient dès les révélations du Monde des images volées à la préfecture de police pour minorer les accusations contre Benalla: "Selon les documents obtenus par Mediapart" explique le site d'information, "plusieurs comptes Twitter soutiens de LREM ont diffusé, jeudi 19 juillet, les images de la vidéosurveillance de la place de la Contrescarpe, avant de les effacer."

Secundo, les portes-flingues de la Macronista apparaissent en temps réel pour ce qu'ils sont: de simples perroquets des éléments de langage élyséens, dénués d'autonomie de pensée: ils relayent ainsi des arguments parfois stupides ("les Français s’en fichent, la preuve, personne n’en parle sur Facebook ou sur mon lieu de vacances.") parfois grossier ("C’est un complot des insoumis", "les insoumis les savaient depuis début mai" ), ils se contredisent d'un jour à l'autre sans rougir ("le président n'y est pour rien" puis, "le président assume"),

Macron se tait 5 jours durant, même silence du côté des Griveaux, Bergé, Castaner et autres Schiappa. Macron se décide à parler, ils se réveillent. Quand Benalla parle sur TF1, voici Marlène Schiappa, Aurore Bergé et un député LReM qui répètent simultanément les mêmes mots ("Cette interview montre un homme qui ne ressemble pas à la petite frappe").


Pieds Nickelés
Deux des plus fidèles sortent du lot: Christophe Castaner, qui refuse d'être auditionné bien qu'il soit l'employeur direct de l'un des deux barbouzes, Vincent Crase. Cet homme se planque quatre jours durant, "pour ne pas gêner", la trouille au ventre. Il attend les éléments de langage élyséens. Puis le voici à l'attaque. Il éructe sur les réseaux sociaux. Il explique que la sanction de Benalla a été réelle et sérieuse. Quand on l'interroge sur la présence du garde du corps dans le bus des Bleus de l'équipe de France de football vers l'Elysée, il justifie que Benalla était là pour s'occuper des bagages. 

Plus c'est gros...

Quand les oppositions de droite comme de gauche votent des motions de censure, il les accuse de sédition, rien de moins.

L'autre Pied Nickelé exemplaire est une femme, Marlène Schiappa. La sous-secrétaire d'Etat alibi au droits des femmes explique sans rire que les Français n'en ont cure de cette affaire. La preuve, dans son charmant bled familial de Bourgogne, elle n'en a pas entendu parlé. Quand le canard du coin publie un article sur le sujet, la voici qui insiste et sélectionne les quelques passages allant dans son sens. Mais elle se voit publiquement contredite par l'auteur de l'article. Et se trompe sur le titre du journal.

Ces Pieds Nickelés n'ont pas compris la force et la violence des réseaux sociaux.

Police
La police s'est abimée. Elle s'est sans doute aussi vengée. Les versions contradictoires de certains de ses responsables ont révélés des failles et, surtout, une soumission inquiétante aux actes illégaux de l'Elysée.

Cf. "Défiance."

Port d'armes
Alexandre Benalla avait un port d'armes.

Quand le secrétaire général de l'Elysée est interrogé sur le nombre d'employés de l'Elysée qui ne sont pas membres des forces de sécurité mais possèdent une arme, il bégaye: il ne "sait pas" si d'autres collaborateurs de l'Elysée ont un port d'armes, ni même comment Benalla a été recruté.

Le port d'armes à l'Elysée mériterait davantage de précaution, non ?

Presse
Quand le Monde révèle l'identité du casqué violent, le 18 juillet, le scandale éclate. Puis les révélations s'enchaînent. Et Macron s'énerve. Filmé devant ses proches députés et ministres, puis lors d'un déplacement en province, Macron se trumpise: hier, autoritaire et donneur de leçons de comportement à l'encontre de celles et ceux qui l'interpellent publiquement (lycéen, grévistes, infirmières etc), il se montre aujourd'hui agressif contre les médias qui réclameraient "du sang et des larmes".  Il mêle des vrais canulars et des vraies révélations pour abimer la crédibilité de la presse. A moins qu'il n'ait rien compris lui-même.


Et il blague tout sourire pour déminer cette affaire d’État. Cette légèreté quand l'heure est grave dévoile un homme hors sol, et une autre forme de mépris. Il attaque les médias et l'opposition dans son ensemble. Que reste-t-il ? Le bonapartisme à la petite semaine.

Ridicule
Le ridicule ne tue plus, sinon l'hécatombe aurait été sévère. Macron qui joue à l'exil à Baden-Baden pour si peu, ses ministres tétanisés qui racontent n'importe quoi, la hiérarchie policière et ministérielle qui défile et se défausse, les supporteurs macronistes qui relaient sans recul ni honte le moindre arguments, toutes les rumeurs même les plus complotistes.

Sport
Sur l'antenne de TF1, Alexandre Benalla explique combien tout ceci n'est qu'une tempête dans un verre d'eau. L'interview est enregistrée quelques minutes avant une autre révélation: Benalla et son compère Crase ont été filmés en train de brutaliser d'autres manifestants trois heures plus tôt avant les violences de la place de la Contresca

Dans la cascade de révélations sur les avantages et passe-droit de ce chargé de mission si proche d'Emmanuel Macron, il y a ce badge d'accès permanent de l'Assemblée nationale. L'intéressé se justifie, c'était uniquement pour accéder à la salle de sport de l'hémicycle, l'une des plus pourries et moins dotées de ces lieux de pouvoir à proximité de l'Elysée. Ce grand foutage de gueule continue sur d'autres sujets: après sa rétrogradation, 15 mois après son installation à l'Elysée, Alexandre Benalla récupère un appartement de 80 mètres carrés quai Branly. Un appartement dont le Secrétaire Général ne sait rien: "je ne suis pas intervenu et je n'interviens pas sur l’attribution des logements à la résidence de l'Alma."

Violences (policières)
Les forces de l'ordre sont soumises à forte pression. Par exemple ce 1er mai, la confrontation avec des Black Blocks, a été violente. Et largement rappelée, et à dessein, lors de ces auditions d'enquête parlementaire dont l'objet a été circonscrit aux "évènements du 1er mai" pour éviter tout remous au sein du pouvoir.

La difficulté du maintien de l'ordre tient pourtant à l'exemplarité que l'on attend des forces de sécurité en pareille situation de tension. Le recours excessif au gaz, les frappes de femmes et d'hommes sans défense sont des fautes qui méritent sanction. Et que dire d'AdamaTraore, tué par la police il y a deux ans jour pour jour ? A-t-il fait l'objet de pareille couverture médiatique ? Non.
"À qui veut se donner la peine de simplement regarder, les réseaux sociaux offrent depuis deux ans des tombereaux de vidéos de brutalités policières proprement ahurissantes" Frédéric Lordon.
 "Grâce" à l'affaire Benalla, les violences policières sont enfin révélées à des gens qui fermaient les yeux et détournaient le regard. Mais à cause du danger que causait cette affaire pour leur mentor, nombre de macronistes ont préféré minoré et excusé ces violences illégales.

"La mise au débat public des manières réelles de la police via les méfaits d’un séide de seconde zone fait irrésistiblement penser à Al Capone, tombé pour fraude fiscale." Frédéric Lordon.




21 juillet 2018

585ème semaine politique: la République altérée d'Emmanuel Macron


L'équipe de France de football remporte la coupe du monde, 20 ans après sa première étoile, un lendemain de fête nationale. Le symbole est beau, la troupe est joyeuse, elle est diverse comme la France. Assez vite, la victoire des champions est confisquée par la mise en scène élyséenne. Ces symboles-là sont trop précieux. Las, ce temps joyeux et insouciant est remisé aux oubliettes par une autre affaire, un scandale d’État.

 

 


UN SCANDALE D’ÉTAT
Plusieurs hommes salariés de l’Élysée ont profité de leur jour de repos le 1er mai dernier pour se joindre aux forces de l'ordre et, en toute illégalité, arrêter, frapper, et molester des manifestants opposant à la politique d'Emmanuel Macron. L'affaire a été étouffée, les sanctions légères.

Voilà les premiers faits. Mais ce n'est pas tout.

L'un était un ancien gros bras du parti socialiste, viré par Montebourg lors d'un premier dérapage, et devenu depuis près de deux ans le garde du corps d'Emmanuel Macron et l'un des organisateurs de sa sécurité ("Adjoint du chef de cabinet", "en charge de la sécurité du président"). Le second était réserviste de la gendarmerie et militant encarté au mouvement présidentiel, il travaillait "occasionnellement" pour l'Elysée d'après la présidence de la République. Un troisième est en cours d'identification.

Les images ont choqué. On y voit le premier, Alexandre Benalla, casqué en train de frapper une jeune manifestante qui s'agrippe à son sac à main tandis que l'homme la tire, puis lui fait une "balayette" pour la faire chuter. Puis il part frapper un autre manifestant attrapé par des CRS. Il est filmé, le visage sombre.

L'affaire enfle rapidement. Benella a déjà participé à d'autres opérations "de maintien de l'ordre" explique un responsable syndical policier. Il dispose d'un véhicule équipé d'accessoires de police. Comme l'Elysée tarde à livrer les éléments de langage, les plus fidèles macronistes sont désemparés, se taisent et fuient la presse. Les député(e)s Attard et Bergé sont soudainement muets quand les micros se tendent. Le porte-flingue Benjamin Griveaux, habituellement si en verve, ou le bavard Christophe Castaner bredouillent de mauvaises explications ("l'incident est clos", "on n'a pas cherché à étouffer l'affaire"). Il faut attendre vendredi soir, deux jours plus tard, pour que les premiers snipers sortent enfin de leur silence pour dénoncer "une escalade guignolesque de la part de l'opposition". Macron lui-même, blafard, ne réagit que d'une phrase à une question de journaliste: "la République est inaltérable".

Mais quel silence assourdissant, deux jours durant.


LES COURTISANS SE TAISENT OU SE PLIENT
Cette affaire illustre l'autocratie dans laquelle nous sommes tombés: la conception personnelle du pouvoir défendue, confortée, aggravée par Emmanuel Macron génère ces dérapages et ces excès. Tout procède d'abord d'un seul homme, le monarque - le gouvernement de la France est hyper-centralisé, président et premier ministre ont un cabinet commun, les ministres sont souvent des potiches tenus par des directeurs de cabinet mâles et expérimentés. Les contre-pouvoir sont affaiblis méthodiquement: les député(e)s sont godillots. La fronde n'est pas tolérée. Les débats sont à la marge. La pire des crises, le vote de la loi Asile et immigration, aka "le Code de la Honte", a vu jusqu'où l'opposition interne pouvait s'exprimer: une exclusion, une douzaine de frondeurs, et une centaine d'abstentions. En autocratie, voici le syndrome de Versailles - on se tait devant Louis XIV, on s'écarte devant le comportement même illégal de ceux qui se réclament du prince.
"L’affaire Benalla évoque un climat nauséabond de basse police et de cabinet privé au cœur de l’Élysée. Cette privatisation de la sécurité présidentielle, avec ses dérives barbouzardes, dévoile la part d’ombre du monarchisme macronien." Edwy Plenel, Mediapart.
Macron affaiblit les contre-pouvoirs. Il faut saluer l'enquête du Monde qui a révélé l'affaire. Mais à l'encontre de la presse, au nom d'une prétendue nécessaire distance, Macron a tenu à l'écart les médias: les conférences de presse sont rares, elles ne sont jamais assorties de questions/réponses contradictoires.
"Grave, le tabassage de manifestants. Grave, un proche de Macron se substituant aux forces de l’ordre. Mais gravissime, la réaction du pouvoir, ou plutôt son absence de réaction" Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, Les Jours.

La communication a pris le dessus - déambulation, mise en scène dans une école de campagne, etc.. Les associations humanitaires sont fustigées - les ONG sont expulsées de l'aide alimentaire aux migrants, ou accusées de complicité avec les passeurs.

Les cheminots sont désignés à la vindicte. Les chômeurs sont accusés de flemmardise. Les grévistes sont accusés de gêner.  Un député joue même au briseur de grève de la poste en distribuant lui-même le courrier.

Emmanuel Macron n'est pas seulement antisocial, il est d'abord autocratique. 

Cette concentration progressive des pouvoirs dans les mains d'un jeune monarque entraine son lot de courtisanerie. Elle attire, favorise les comportements de courtisans qui masquent les excès du pouvoir. Alexandre Benalla était coutumier de ces sorties "hors sol" mais protégées, à en croire les syndicats de police.

Dans une démocratie, ces barbouzes auraient été immédiatement arrêtés, puis mis en examen. Mais nous sommes en France. Le gendarme à la retraite, militant des marcheurs, fut discrètement suspendu puis discrètement viré. Le "chargé de mission" Benalla fut suspendu 15 jours. Un troisième homme court toujours.

L'ex-journaliste devenu communicant de la Répression ose déclarer ceci:
Il faut attendre deux mois, deux longs mois et demi pour que des sanctions plus graves soient envisagées, et la justice enfin saisie après des révélations de la presse.

LES NEUF PREMIÈRES QUESTIONS
Cette affaire de milice présidentielle appelle plusieurs questions en cascade, toutes désagréables pour le jeune monarque qui fait des selfies avec notre équipe de France de football.

#1. Les faits remontent à deux mois et demi. Quand Emmanuel Macron a-t-il été mis au courant de ces violences illégales ? Quand a-t-il su que l'homme qui l'accompagne dans ses déplacements personnels (au Touquet) et professionnels (en province, à l'étranger) jouait des poings contre des étudiants récalcitrants ? D'après son propre directeur de cabinet,  Patrick Strzoda, Jupiter a été mis au courant très rapidement "des faits de violences en réunion avaient été commis en marge du 1er-Mai." Donc Jupiter est au courant très tôt. Donc il est surprenant que les sanctions furent si légères si tôt. Le barbouze Benalla a réintégré l'Elysée le 19 mai. 

#2. Pourquoi la sanction "immédiate" fut-elle si légère ? Pourquoi Gérard Collomb, mis au courant le lendemain des faits de violence, a-t-il d'abord considéré que frapper illégalement des manifestants ne mérite qu'une suspension administrative de 15 jours ? Considère-t-il que ce ne sont que des "incidents" ? La qualification de délit ne conviendrait-elle pas mieux pour désigner "l'usurpation de signes réservés à l'autorité publique" ? Vendredi 20 juillet, Alexandre Benalla puis Vincent Crase sont enfin placés en garde à vue pour "violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions", "port illégal d'insignes réservés à l'autorité publique" et "complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéoprotection". Un commentaire de Gérard Collomb ? Ces mises en examen suivent, et non précèdent, les révélations de la presse.

#3. Qui peut croire que personne n'était au courant de la gravité des faits ? Qui peut croire que personne dans les forces de police, au ministère de l'intérieur, dans l'appareil d’État n'était au courant des faits dévoilés par Le Monde ce 18 juillet 2018, c'est-à-dire une scène en public, filmée, dans laquelle deux collaborateurs de l'Elysée ont finalement été identifiés par l'Elysée puisqu'ils ont été sanctionnés légèrement quelques jours plus tard ? Notre appareil d'Etat macroniste cherchait-il à couvrir ou bien est-il composé de buses inefficaces ?

#4. Pourquoi avoir voulu étouffer l'affaire ? "Début mai, dans les jours qui suivent, l’Elysée commence à s’inquiéter" explique France info. "Pendant plusieurs semaines, les conseillers du président font le dos rond. Ils espèrent, sans trop y croire, que l’affaire tombera dans l’oubli." Tardivement, une fois l'affaire révélée au grand jour, l'Elysée se décide à virer Benalla le 20 juillet (sic!). Le motif du licenciement fait sourire, rien à voir avec les faits de violence: l'Elysée a engagé "la procédure de licenciement" d'Alexandre Benalla, "en raison de faits nouveaux portés à sa connaissance". Selon l'Elysée, le chargé de mission "aurait été destinataire d'un document de la préfecture de police qu'il n'était pas autorisé à détenir". Sans blague... Frapper une lycéenne sur la place de la Contrescarpe, cela ne méritait pas meilleure sanction ?

#5. Si ces hommes ont abusé de leur emploi élyséen, pourquoi la Présidence de la République ne s'est-elle pas immédiatement portée civile contre eux ? L'autorité de l’État a été engagée, commente Jean-Luc Mélenchon. C'est un fait. La police, la gendarmerie sont abimées par de tels faits. Y-a-t-il une milice qui fonctionne ainsi régulièrement ? Les syndicats de policiers doivent réagir.

#6. Alexandre Benalla a-t-il commis d'autres dérapages ? "Ce n'est pas la première fois qu'il vient sur un service d'ordre ou qu'il vient se mêler de services de police." a précisé un responsable syndical policier.

#7. Pourquoi Emmanuel Macron a logé Alexandre Benalla dans ce même quai Branly où François Mitterrand logeait sa fille cachée Mazarine à Paris ? Pourquoi l'avoir embauché à l’Élysée alors que lui et Vincent Crase, son "supérieur", réclamaient des armes à feu et autres équipements surréalistes de sécurité pendant la campagne, au grand dam des propres membres de l'équipe macroniste?

#8. Le second homme sanctionné, Vincent Crase collaborait "très ponctuellement" pour l'Elysée. On croit rêver. Combien d'intermittents de la sécurité la Présidence de la République embauche-t-elle ainsi ?  

#9. Pourquoi y-a-t il peu de réflexes humanitaires et démocratiques au sein de la Macronista ? La défense des premiers jours par les supporteurs du monarque a usé des techniques habituelles pour circonscrire l'incendie: on attaque l'opposition qui en ferait trop ("opposition guignolesque" explique Aurore Bergé), on nie l'évidence ("on n'a rien étouffé" déclare Griveaux), on relaye des rumeurs pour minimiser "l'incident", on agite un peu de théories complotistes ("mais pourquoi avoir tardé à révéler l'affaire ?"... sic !), on attaque l'un de ceux, militant, qui a filmé les faits.








 
LA RÉVISION SANS CONSTITUANTE
Pendant ce temps à l'Assemblée nationale, les député(e)s godillots de la Macronista votent la réduction du pouvoir parlementaire

Sans blague...

Ils/Elles votent un à un les articles de la réforme constitutionnelle, et en premier lieu la réduction d'un tiers du nombre de ... député(e)s (de 577 à 400). Justement, l'Assemblée, de gauche à droite, avec cette unanimité trans-partisane sin chère à Emmanuel Macron, "ni de gauche, ni de droite", exige une commission parlementaire pour enquêter sur cette affaire d'Etat.

Les "valets de l'Elysée" comme les qualifie l'insoumis François Ruffin exécutent pourtant des ordres pris ailleurs, de l'autre côté de la Seine, ne mouftent pas. La Garde des Sceaux Nicole Beloubey, agacée que les travaux parlementaires soient interrompus à cause de l'affaire Benalla, évoque une "prise d'otage" de l'Assemblée. Cette dame est ministre de la Justice de la République et au soir d'une révélation de barbouzerie hallucinante au sommet de l’État, voici qu'elle se plaint que le Parlement veuille enquêter... Ne faudrait-il pas davantage de contrepouvoirs ? Visiblement pas pour cette pauvre dame.

La même réforme prévoit aussi de laisser l'ordre du jour des travaux de l'Assemblée nationale dans les mains du gouvernement.

Cette même réforme veut donc diminuer le nombre de parlementaires. Nos député(e)s sont pourtant épuisé(e)s. Toutes et tous le reconnaissent, officiellement ou officieusement. La Macronista s'enorgueillit même de ce rythme effréné des "réformes" législatives et lois en tous genres envoyés à l'abattage parlementaire depuis juin 2017. Chaque examen parait pourtant trop court, vu l'ampleur des tâches et des ambitions affichées.
"L’exécutif avait besoin de saboteurs de l’intérieur et vous êtes aujourd’hui ses saboteurs"
François Ruffin
La réforme parlementaire prévoit aussi de plafonner à 50 jours la durée d'examen des projets de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Ces textes définissent les éléments de base les plus essentiels de la solidarité nationale: qui paye l'impôt, comment et pour quel usage ? Il y avait paraît-il urgence à limiter le temps d'examen des député(e)s.

La Macronista s'abrite comme souvent derrière quelques progrès pour faire passer ses gros reculs - la suppression de la Cour de Justice de la République, ou le retrait des anciens présidents de la République du Conseil Constitutionnel.


LE SURSAUT PARLEMENTAIRE
(Mise à jour 22 juillet 2018)

Samedi, voici le sursaut, l'affaire s'emballe, Jupiter se terre. Benalla avait aussi un badge d'accès à l'Assemblée. Il est aussi repéré sur une autre manifestation, cette fois de la CGT en octobre dernier. On identifie également deux autres barbouzes, Benalla et Crase finissent en garde à vue, ainsi que trois vrais policiers soupçonnés d'avoir transmis des copies de vidéosurveillance le jour des révélations du monde. Les victimes du tabassage du 1er mai acceptent de parler aux enquêteurs.  On se rappelle cette déclaration du monarque, quand il n'était que candidat à l'élection présidentielle, mars 2017, sur le plateau de l'émission Quotidien sur TMC:  "Ce n'est pas possible qu'il n'y ait pas de sanction dans la hiérarchie policière quand il y a une violence policière."

Des langues se délient au sein de la police. Le fondateur du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) lui-même évoque un "circuit parallèle" au sein de la Macronista. C'est hallucinant.

"Souverain dont la puissance n'est soumise à aucun contrôle."
Emmanuel Macron n'est pas encore un autocrate, la preuve en a été donnée samedi 21 juillet lorsque l'Assemblée nationale a pu constituer une commission d'enquête sur l'affaire des barbouzes de l'Elysée. La révision parlementaire, elle, s'enlise. 

L'Assemblée montre enfin qu'elle peut jouer un rôle qui ne serait pas que de témoignage ou de tribune lors de ce quinquennat.

Macron est absent. Il refuse de s'exprimer. Il est aphone. L'affaire a rendu aphone le seommet de la macronista. L'envoyée spéciale de Bloomberg en France s'étonne du silence élyséen sur les réseaux sociaux. Le jeune monarque déjeune en secret samedi avec ses ministres de l'intérieur et de la justice pour peaufiner sa défense. Il a obtenu que ses proches collaborateurs à l'Elysée ainsi que l'appareil du parti macroniste - Christophe Castaner en tête - échappe aux auditions filmées devant la représentation nationale. Mais dès lundi, Gérard Collomb sera contraint de s'expliquer. Brigitte Macron, également "protégée" par Alexandre Benalla, pourrait être interrogée également.

Les réseaux sociaux et Internet ont permis de propager ces videos accusatrices des 3, puis 4 barbouzes opérant en toute illégalité en renfort de l'Elysée. Mais ne serait-il pas temps de revisiter certaines promesses du candidat devenu président ?

"Nous créerons un état-major permanent des opérations de sécurité intérieure, de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Directement rattaché au président de la République, il associera les services et états- majors des ministères de l’Intérieur et de la Défense, avec la participation des ministères des transports, de la santé et de l’industrie." Extrait du programme présidentiel d'Emmanuel Macron.


***

Ami macroniste, re-saisis-toi.







14 juillet 2018

584ème semaine politique: ces 11 bleus de Macron qu'il faudrait cacher




C'est une joyeuse équipe qui portera les couleurs du pays dimanche 15 juillet lors de la finale de cette coupe du monde de football en Russie.

Les commentaires de l'extrême droite sont terrifiants et nazis, tristement prévisibles et racistes. Les réjouissances dans les rues et sur les routes de France le soir de la qualification en demi-finale,  vingt ans quasiment jour pour jour après une autre victoire d'une équipe Black-Blanc-Beur, font enrager la fachosphère: Riposte Laïque célèbre l'équipe croate, "la seule équipe européenne qui reste".

Le jeune monarque récupère l'évènement, forcément. Une belle partie de la filière culturelle lui demandait d'hésiter à se rendre en Russie pour faire pression sur les autorités russes pour la libération d'un cinéaste d’opposition en phase terminale de grève de la faim en Sibérie. Macron a préféré les matches et les selfies. On est à peine surpris. "Ne resterait-il nulle part, ni chez nous ni ailleurs, dix, ou six, ou deux, ou un, juste un puissant qui puisse parler au puissant ?" écrit Christiane Taubira. "La fête du football devient obscène, ses vertus englouties sous le sang qui ralentit sa course dans le corps et le cerveau d’Oleg Sentsov."

"La fête du football devient obscène" Christiane Taubira

A Versailles, dans la salle du Congrès, le parlement au complet ou presque écoute silencieusement le jeune monarque. Une heure et quelques minutes d'un discours sans annonce ni projet. Macron fait acte de contrition, expose une fausse humilité. Il associe "terrorisme", "immigration", "peur" dans l'un de ses chapitres, la démarche est connue, gros clin d'oeil à l'extrême droite et la droite furibarde. On dirait les confessions télévisuelles d'un mauvais show de télé-réalité. Les député(e)s insoumis(e)s et quelques élus de droite ont boycotté cet exercice inutile et coûteux - près de 300 000 euros pour rien. Les ministres ont fait des selfies dans le Palais...

Jupiter propose une réforme constitutionnelle de plus, autoriser le président à "écouter et répondre" aux groupes parlementaires lors de pareils congrès. Cette proposition sent bien l'improvisation de dernière minute. Cette mesure fut justement refusée au nom de la séparation des pouvoirs par ... son propre groupe politique quinze jours auparavant.

Les éditocrates s'emballent sur le sujet alors que l'essentiel est forcément ailleurs: le déshonneur, l'inefficacité, et l'injustice de la politique macroniste ne se décryptent pas dans ces caprices de jeune monarque. En voici 11, pris au hasard, et simplement dans l'actualité de cette semaine.

1. Déshonneur d'abord, avec 600 migrants - hommes, femmes et enfants - morts noyés durant le seul mois de juin en Méditerranée, soit plus que lors des 5 mois précédents. Cette triste actualité rappelle à Macron combien ses propos sur les ONG qui sauvent des migrants en mer (jugées "complices des passeurs" d'après Macron, Castaner, Collomb et autres Griveaux) furent indignes. L'association SOS Méditerranée, à l'origine de ce comptage, dénonce l'obstruction dont sont coupables les Etats européens, dont la France: "Il y a un mois, le navire de recherche et sauvetage Aquarius, géré par SOS MEDITERRANEE en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a été empêché par les autorités italiennes de débarquer 630 personnes secourues en mer. D'autres blocages et obstruction des navires de sauvetage des ONG par les Etats européens ont suivi."

2. Déshonneur encore, quand le gouvernement réduit à compter de juillet la prime d'activité des salariés handicapés:  "600 invalides qui la touchaient ont perdu en moyenne 158 euros par mois", résume France info.

3. Inefficacité ensuite, avec les exonérations de cotisations sociales patronales du CICE pérennisées par Macron l'an dernier: un pognon de dingue - 100 milliards d'euros en 5 ans! - a été englouti par le CICE sans qu'un quelconque "expert" ne parvienne à en dresser le bilan.

Les élu(e)s macronistes promettent l'évaluation rigoureuse des politiques publiques. Justement, parlons du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi, créé par François Hollande en 2013, pérennisé par Emmanuel Macron en 2017 sous forme d'exonérations de cotisations sociales définitives et sans contre-parties. Les évaluateurs se grattent la tête: impossible d'en dresser le bilan, à l’exception de celui de son coût, faramineux, pour les finances publiques.

"Cinq ans après sa mise en place, en 2013, les économistes sont toujours incapables de déterminer avec précision quels ont été les effets sur la masse salariale de cette mesure-phare de la politique économique du quinquennat Hollande." s'interroge le très sérieux Le Monde, "Le CICE a-t-il été utilisé par les entreprises pour recruter, investir, doper les salaires, ou pour augmenter leurs marges ?" Cherchez bien... En 2017 les groupes français du CAC40 n'ont jamais autant distribué de dividendes depuis une décennie. "La France est le pays au monde où les entreprises cotées en bourse reversent la plus grande part de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires" explique l'ONG OXFAM: 47 milliards d'euros ! Un pognon de dingue, désormais exonéré d'ISF et dont l'imposition a été plafonnée plus bas que celle des revenus du travail. 

4. Inefficacité aussi quand 89 000 bacheliers sont toujours sans affectation huit jours après le bac; Parcoursup, le fiasco continue. Près de 130 000 candidats ont lâché la plateforme Parcoursup: 90 000  alors qu'ils avaient eu au moins un de leurs vœux accueilli favorablement;  18 500 autres rejetés de filières sélectives et n'ont pas été acceptés, et 21 500 qui ont quitté la plateforme sans une proposition.

5. Injustice aussi, quand on découvre les effets des baisse des APL se fait sentir, les bailleurs réduisent leurs prestations puisque Macron leur a demandé d'absorber - deux tiers des Offices publics de l’habitat ont prévenu qu'ils allaient réduire à compter de cet été l'entretien des bâtiments;

6. Injustice encore, le gouvernement prévoit de supprimer 100 000 contrats aidés supplémentaires en 2019. 

7. Les premières pistes du budget 2019 fuitent opportunément dans la presse:` le ministère le plus touché par des réductions de budget sera celui... de l'emploi avec la suppression pour deux milliards d'euros d'emplois aidés (cf. ci-dessus). Mais ce n'est pas tout. La "Cohésion des territoires" perdra 9%, tout comme l'Agriculture.

8. Bercy envisage aussi supprimer quelque dizaine de milliers de postes ... dans l'administration fiscale. En fait, Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics, n'a pas osé dévoiler publiquement de chiffres mercredi 11 juillet quand il a présenté à la presse son plan d'économies dans la Fonction publique sobrement baptisée "déconcentration de proximité". Darmanin a la trouille, on le comprend. La bêtise est difficile à assumer. Une syndicaliste confirme pourtant: "Nous avions déjà averti l'année dernière que nous nous dirigions vers 18.000 à 20.000 suppressions de postes. À l'époque, il n'y avait eu aucun démenti". La fraude fiscale est évaluée à 80 milliards d'euros par an. Pire encore, le scandale récent des Panama Papers a donné quelques vertiges sur l'ampleur de l'évasion fiscale, entre 100 et 240 milliards de dollars chaque année aux Etats. En France, cela représente 136 euros par Français et par mois.... Mais l'équipe macroniste décide "des coupes massives dans les effectifs du fisc" au motif de la numérisation du traitement de l'impôt (aka "l'uniformisation du recouvrement au sein de la Direction générale des finances publiques")... Et Edouard Philippe de pérorer sur combien "il faut qu'un euro pris dans la poche des Français soit bien dépensé" pour justifier le plus grand plan social que notre République ait connu.

Sont-ils bêtes ou complices ?
9. Le même gouvernement confirme de jolis cadeaux fiscaux pour les traders: mercredi, Edouard Philippe déroule le tapis rouge à la finance quelque 200 acteurs issus du gratin de la bourse réunis à Paris. C'est Noël en plein juillet ! Il promet d'inclure les bonus des capital-risqueurs et autres traders dans le bénéfice de la "flat-tax", ce prélèvement forfaitaire unique à 30% créé l'an passé par Macron. Les futurs impatriés financiers à Paris auront aussi une école pour leurs enfants, à Courbevoie. Que d'attentions !
10. Les couacs macronistes sur le plan de lutte contre la pauvreté sont aussi ridicules que les efforts de cette équipe détachée de la France d'en haut sur le sujet: la ministre de la santé Agnès Buzyn est en pleurs après la salve de son patron jupitérien. Elle avait pourtant confirmé ("Normalement ce plan (anti-pauvreté) devrait être présenté autour du 10 juillet, mais nous verrons si l'équipe de France est en demi-finale") ce qu'un conseiller élyséen, on devine Bruno-Roger Petit, confiait à la presse huit jours avant: "L’annonce se fera mieux (à la rentrée) qu’entre deux matchs de l’équipe de France".

11. Une saison après les assouplissements du régime d'auto-entrepreneur décidés par Macron, les premiers effets sont sans surprise: le nombre de nouveaux précaires explose !

Le gouvernement se félicite justement de cette loi PACTE qui devrait redonner sens et énergie à la "Start-Up Nation" chère à Macron.  Le quotidien conservateur Les Echos ne s'y trompe pas en publiant un article dithyrambique sur le regain de l'auto-entreprenariat illustré d'une photo ... d'un livreur de Deliveroo, l'un de ses nouveaux esclaves des temps modernes dont une partie des troupes s'est mise en grève le mois précédent pour protester contre leur précarité. Sur les 12 derniers mois, les créations d'entreprise ont cru de 15%, surtout grâce à celles de micro-entreprises qui ont bondi de 25%! Ce boum est particulièrement sensible ... dans le secteur de la livraison et du transport... Sans blague...


Ami macroniste, où es-tu ?



8 juillet 2018

583ème semaine politique: comment Macron les assigne à résidence

 

 

Où l'on évoque cette actualité sinistre que les succès footballistiques français n'effacent pas. Et du dernier argument en date de la Macronista pour défendre cette présidence des riches.



La dernière défense du macronisme ambiant dont on ne voit venir le volet social est la suivante: au moins a-t-il libéré les énergies et l'esprit d'entreprise, la liberté d'agir et de se développer. L'argument a sa formule clé, répétée ces dernières semaines comme un élément de langage publicitaire destiné à frapper les esprits communs: Macron lutte contre "l'assignation à résidence" des mal-né(e)s. Pendant la campagne, le candidat jupiterien avait déjà abusé de la formule.
"Moi, j'ai un ennemi, c'est l'assignation à résidence, les gens qui sont bloqués dans leur situation, le regard qui cantonne les gens à leur quartier, leur famille" Emmanuel Macron, candidat, mars 2017.
Mais contre quelle assignation à résidence Emmanuel Macron voulait-il donc lutter ? Sa première année au pouvoir, avec tous les pouvoirs, a au contraire révélé tout l'inverse.

Le foot Black-Blanc-Beur
En matière de politique migratoire, Emmanuel Macron a emboité le pas de Sarkozy et de Valls, et les élements de langage de Marine et Jean-Marie Le Pen. Or qu'y-a-t-il de plus hasardeux que le lieu et le milieu dans lesquels on nait ? Être figé et refoulé dans son pays de naissance n'est-il pas l'une des assignations à résidence les plus évidentes ?


Dans les stades russes, une équipe Black-Blanc-Beur finit par réjouir le pays en se qualifiant pour les demi-finales. Les héros du moment, majoritairement issu de l'immigration et de ces mêmes quartiers dits populaires qui effraient la France d'en haut et les dérivés de la droite furibarde, se prénomment Kylian, Nadil, Blaise, N'Golo, Corentin, Benjamin ou Antoine.

Quel décalage entre ces réjouissances collectives et le discours politique habituellement glacial, majoritairement xénophobe qui emporte le pays quand on évoque la diversité et l'immigration !

Y-a-t-il seulement une trêve grâce au football quand l'équipe nationale est victorieuse ?

Pas vraiment. D'abord, l'instrumentalisation politique est partout, dans tous les camps. Emmanuel Macron accueille 300 jeunes sportifs dans les jardins de l'Elysée pour se faire filmer hurlant sa joie devant la victoire contre l'Uruguay qui propulse la France en demi-finale. L'objectif politique est évident. Les journalistes ont été interdits, mais les publicitaires numériques de l'Elysée filment et postent à volonté cette mise en scène qui place artificiellement encore une fois Macron au centre du sujet. Eut-il voulu sonner une trêve politique pendant cette Coupe du Monde de fottball que Jupiter aurait certainement agi différemment. Il aurait pu aurait convier opposants et partisans; il aurait pu inviter des jeunes sportifs sans se faire filmer. Il aurait pu même éviter toute mise en scène comme le duo Chirac/Jospin vingt ans avant.

Mais Macron est un produit de la France d'en haut qui doit se vendre en permanence.

En face, Jean-Luc Mélenchon en rajoute, à tort sans doute. Il glisse des messages politiques implicites ou explicites dans ses applaudissements aux victoires françaises ou autres du mondial. Une coupe du monde nous fait oublier les ravages du fric dans les championnats nationaux.

Une horde d'éditocrates, aussi silencieuse que complaisante à l'égard des instrumentalisations macronistes, lui tombent dessus comme des mouches autour d'une grillade estivale. Quelques tweets sur la défaite allemande, et paf ! Voici un plein édito à heure de grande écoute de Thomas Legrand sur France inter qui accuse la France insoumise de ne plus "maitriser plus sa dérive populiste."`. Un tweet de Mélenchon sur France-Uruguay qu'il regarde en compagnie du consul de ce dernier, et boum, voici Jean-Michel Aphatie, l'un des princes du commentaire politique sans fond, qui s'acharne, rageur.

Ces gens-là, éditocrates de profession, qui commentent la petite phrase, les basses tactiques, le jeu des uns et le hors-jeu des autres, n'ont rien ou peu à dire sur le fond de la politique qui se déroule sous nos yeux, ou si peu. Il y a pourtant de quoi dire, plus sérieusement, plus grave qu'une joyeuse coupe du Monde dans une autocratie slave. Il faut se réfugier dans les interviews du Media (observez la rage haineuse de ces mêmes éditocrates contre les partis-pris du Media quand eux-même ne reconnaissent les leurs), dans les reportages sérialisés des Jours, les investigations de Mediapart, les témoignages du BondyBlog, ou dans l'humour au vitriol de Guillaume Meurice pour trouver un autre traitement de l'actualité voire une autre actualité tout court.




Assigner les immigrés à résidence
La semaine précédente, la capitulation française devant les oukazes xénophobes de l'extrême droite italienne, autrichienne et hongroise, lors d'un sinistre sommet européen, avait déjà choqué.

En début de semaine, avant de faire le clown devant les caméras des smartphones de ses conseillers pendant un match qualificatif décisif d'une équipe de France black-blanc-beur, Macron donne des leçons de démographie (et non de démocratie, faut pas pousser...) en Afrique. Avec le sourire, et cette charmante décontraction qui lui permet de déclamer des atrocités déconcertantes sans que ses hôtes ne réalisent la gravité de ce qu'ils entendent, Jupiter énonce le fantasme raciste de la fachosphère occidentale: "les Africains font trop d'enfants et vont nous submerger."

Voici le message, littéral, que le jeune monarque explicite: "Le sujet de l'immigration est un des grands défis politiques d'aujourd'hui et des prochaines années, parce qu'il ne s'arrêtera pas. (...) Ce défi, il plonge l'Europe dans une crise morale et politique, et il naît, il faut bien le dire, d'une crise africaine." Il enfonce le clou: "Quand vous êtes un pays pauvre, estime-t-il, où vous laissez la démographie galopante, où vous avez 7-8 enfants par femme, vous ne sortez jamais de la pauvreté, parce que même quand vous avez un taux de croissance de 5 % ou 6 %, vous n'arrivez jamais à en sortir tant que la concentration de la richesse ne se fait pas bien." Ah ces Africains ! La fécondité africaine alimente encore et toujours les fantasmes du jeune monarque.

L'image est posée, là.

Valeurs Actuelles et la droite furibarde feront le reste.

Sinistre.

Les digues ont-elles sauté ?


Assigner les banlieusards à résidence
A Nantes, un drame. Un jeune homme noir d'une vingtaine d'années est tué d'une balle par un CRS lors d'un contrôle routier. La victime était sous le coup d'un mandat d'arrêt. Immédiatement, les autorités évoquent un cas de légitime de défense, le jeune aurait "refusé de se plier au contrôle", il aurait "reculé son véhicule", et ainsi "blessé au genou l'un des CRS". Localement, l'émotion est grande, et plusieurs nuits d'émeutes, avec casses, incendies et dégradations, se succèdent.

France 2, dans son journal le lendemain, diffuse un reportage totalement "à charge" contre la victime.  Le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, ancien élu écolo du coin devenu macroniste servile, n'a pas pas un mot sur le mort. Il se fend simplement d'une condamnation des dégradations. Des représentants LR lui emboitent le pas. Macronistes, républicains, et frontistes sont unanimes à dénoncer les violences, à minimiser le meurtre. Des collègues policiers du l'auteur du coup de feu confirment le mensonge officiel.

Sur les ondes, une sale petite musique - "il l'a bien cherché", "il faut peut-être ces bavures pour rétablir la peur de la police". Sur la chaîne d'information LCI, un "expert" se lâche: "tant on n'aura pas le respect de l'autorité policière, tant qu'on ne retrouvera pas ces fondamentaux-là, et bien il faudra accepter de vivre avec des bavures, peut-être, ou tout simplement un acte de légitime défense mais qui sera de toute façon toujours incompris dans ces univers qui ne respectent pas la loi française, qui respectent d'autres lois, ça peut-être la charia dans d'autres cas." Bêtise crasse, amalgame délinquance/immigration/charia, raccourcis injustifiés, tout y est, la nausée aussi.

Nous sommes en France, en 2018, pays des Lumières où quelques-uns justement éteignent brutalement nos lumières en justifiant le meurtre d'un homme sans arme au nom d'un respect qu'ils ne méritent plus.

Samedi, le policier placé en garde à vue avoue: il n'y avait pas de légitime défense. Il a visé, et tiré, pour empêcher le conducteur de fuir. Et l'indignation violente à Nantes a créé cette pression nécessaire pour dévoiler l'affaire, immédiatement et sans tarder.
Le silence des autorités est frappant. Jupiter lui-même, son porte-parole habituellement si bavard Benjamin Griveaux, son ministre de l'intérieur Gérard Collomb font profit bas.

Le Conseil constitutionnel lâche une autre bombinette: saisi d'une Question Prioritaire de Constitutionnalité sur les condamnations récentes de deux aidants aux migrants clandestins, Cédric Herrou et Pierre-Alain Muet, le conseil valide la démarche de fraternité de ces généreux.

Le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile punissait de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende "le fait d’aider directement ou indirectement un étranger à entrer, circuler ou séjourner irrégulièrement en France". Le Conseil a jugé qu'on ne pouvait ainsi condamner "toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché n'a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l'étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique de celui-ci." C'est dit, c'est clair, c'est précis.

Le délit de solidarité est abrogé.

Macron se tait, une fois encore, lui qui a porté le fer, personnellement, contre les associations d'aide aux migrants à Calais. Collomb fait mine de se réjouir. Il explique, à tort, que cette censure du Conseil constitutionnel "conforte la position" du gouvernement (sic!), au motif qu'il avait fait assouplir le délit de solidarité pour éviter de punir les secouristes humanitaires (sans commentaires).

La macronista choisit ses clichés.

Assigner les pauvres à résidence
Elu président, Jupiter s'est aussi montré bon serviteur de la rente, des bien-nés et des bien-logés. La France d'en haut peut le remercier.

"J'en ai assez d'entendre qu'on a fait des cadeaux aux riches !"couine Griveaux.

Il est énervé, comme souvent quand il doit écouter des critiques à l'encontre de son gouvernement. Griveaux incarne parfaitement son rôle de porte-flingue, et livre une bien vilaine image de cette fausse décontraction/vraie arrogance de la Macronista au pouvoir. Ce matin-là, sur Europe 1, Griveaux s'énerve. Il a passé la moitié de sa semaine médiatique à faire campagne pour la mairie de Paris   - multiplication des attaques contre Anne Hildago, rencontre filmée et commentée avec les 12 député(e)s macronistes parisien(ne)s). Mais le journaliste ce matin-là le confronte à des sondages très mauvais - Macron a enfin rejoint les bas-fonds sondagiers qui ont plombé Hollande en son temps. L'accusation de présidence des riches le fait bondir.

Pourtant les sondages sont formels, tout comme la réalité économique des mesures du début de quinquennat: l'équipe Macron a réduit les impôts et cotisations sociales de quelques centaines de milliers de Français les plus aisés d'un montant supérieur à la totalité des réductions d'impôts concédées aux neuf dixièmes restants de la population. Et le tout sans contrepartie d'investissement dans l'économie. Pire encore, la relance de la croissance, unique justification officielle à cette politique déséquilibrée, ne vient pas. Et même la Cour des Comptes s'inquiète.

Ajoutez-y le nouveau Code du Travail qui facilite les licenciements et fragilise les salariés, les hausses de déremboursements de la Sécu, la suppression amorcée du gigantesque plan social dans les services publics, la réforme élitiste du bac et de l'affectation post-bac (deux fois d'élèves se trouvent sans affectation après Parcoursup qu'avec l'ancien système APB un an avant), et même la préparation de la SNCF à la privatisation du rail...

Même les statistiques officielles contredisent le gouvernement: le pouvoir d'achat des ménages baissent, répète l'INSEE. Dernière "anecdote": au 1er juillet, les tarifs réglementés du gaz augmentent de 7,45%, soit davantage que les recommandation de la commission de régulation de l'énergie (qui préconisait 6,5%).

Qui dit mieux ?


Assigner les Français devant leur poste
En son propre sein, au milieu de cette cohorte pléthorique de député(e)s macronistes, une "aile gauche" se fait jour et couine son désarroi depuis des mois. Cette fois-ci, voici quelques futures frondeurs qui créent leur propre mouvement.

Ces faux frondeurs tolèrent encore la dérive monarchique, les attaques contre la laïcité, le remplacement de la vaisselle élyséenne pour un demi-million d'euros par Madame Brigitte ("car les services étaient dépareillés"... ), la piscine à 34 000 euros à Brégançon pour accomoder les vacances du couple jupitérien, les déplacements en jet privé au frais du contribuable. Même la pratique monarchique du pouvoir ne les gênent pas. Ils réclament juste un "peu de social". Le sbire Griveaux leur répond à la radio: le plan pauvreté, c'est pour le 1er janvir 2019". Les riches étaient pressés, les pauvres sont patients. Notez cette similitude d'attitude: Sarkozy fait rapidement voter dès l'été suivant son élection son "paquet fiscal" qu'il trainera comme un boulet un quinquennat durant. Une décennie plus tard, Macron fait de même. Sarko attend deux ans pour créer le RSA (et son contrôle administratif monstrueux). Macron attend lui aussi deux ans pour "s'attaquer" à la pauvreté.

A quelques jours de la fête nationale, Emmanuel Macron convoque le parlement en Congrès à Versailles. Y-a-t-il une urgence à venir écouter silencieusement le chef de l'Etat ? Non, aucune.

Sarkozy, qui avait fait voter ce droit très monarchique dans la Constitution, puis Hollande ne s'étaient que rarement livré à l'exercice. Emmanuel Macron a prévenu, il en abusera. Il ne veut rater aucune occasion de tribune. Et qu'importe si cette cérémonie coûte 286 000 euros. Rien n'est trop cher pour un discours jupitérien.

 Un tiers du coût tient à la captation audiovisuelle de "l'évènement".

Il faut que les Français écoutent leur monarque devant leur poste de télévision. L'horaire du discours a été calé pour être repris à temps dans les journaux télévisés.



#Macronmonarc
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Ami macroniste, où es-tu ?