14 juillet 2018

584ème semaine politique: ces 11 bleus de Macron qu'il faudrait cacher




C'est une joyeuse équipe qui portera les couleurs du pays dimanche 15 juillet lors de la finale de cette coupe du monde de football en Russie.

Les commentaires de l'extrême droite sont terrifiants et nazis, tristement prévisibles et racistes. Les réjouissances dans les rues et sur les routes de France le soir de la qualification en demi-finale,  vingt ans quasiment jour pour jour après une autre victoire d'une équipe Black-Blanc-Beur, font enrager la fachosphère: Riposte Laïque célèbre l'équipe croate, "la seule équipe européenne qui reste".

Le jeune monarque récupère l'évènement, forcément. Une belle partie de la filière culturelle lui demandait d'hésiter à se rendre en Russie pour faire pression sur les autorités russes pour la libération d'un cinéaste d’opposition en phase terminale de grève de la faim en Sibérie. Macron a préféré les matches et les selfies. On est à peine surpris. "Ne resterait-il nulle part, ni chez nous ni ailleurs, dix, ou six, ou deux, ou un, juste un puissant qui puisse parler au puissant ?" écrit Christiane Taubira. "La fête du football devient obscène, ses vertus englouties sous le sang qui ralentit sa course dans le corps et le cerveau d’Oleg Sentsov."

"La fête du football devient obscène" Christiane Taubira

A Versailles, dans la salle du Congrès, le parlement au complet ou presque écoute silencieusement le jeune monarque. Une heure et quelques minutes d'un discours sans annonce ni projet. Macron fait acte de contrition, expose une fausse humilité. Il associe "terrorisme", "immigration", "peur" dans l'un de ses chapitres, la démarche est connue, gros clin d'oeil à l'extrême droite et la droite furibarde. On dirait les confessions télévisuelles d'un mauvais show de télé-réalité. Les député(e)s insoumis(e)s et quelques élus de droite ont boycotté cet exercice inutile et coûteux - près de 300 000 euros pour rien. Les ministres ont fait des selfies dans le Palais...

Jupiter propose une réforme constitutionnelle de plus, autoriser le président à "écouter et répondre" aux groupes parlementaires lors de pareils congrès. Cette proposition sent bien l'improvisation de dernière minute. Cette mesure fut justement refusée au nom de la séparation des pouvoirs par ... son propre groupe politique quinze jours auparavant.

Les éditocrates s'emballent sur le sujet alors que l'essentiel est forcément ailleurs: le déshonneur, l'inefficacité, et l'injustice de la politique macroniste ne se décryptent pas dans ces caprices de jeune monarque. En voici 11, pris au hasard, et simplement dans l'actualité de cette semaine.

1. Déshonneur d'abord, avec 600 migrants - hommes, femmes et enfants - morts noyés durant le seul mois de juin en Méditerranée, soit plus que lors des 5 mois précédents. Cette triste actualité rappelle à Macron combien ses propos sur les ONG qui sauvent des migrants en mer (jugées "complices des passeurs" d'après Macron, Castaner, Collomb et autres Griveaux) furent indignes. L'association SOS Méditerranée, à l'origine de ce comptage, dénonce l'obstruction dont sont coupables les Etats européens, dont la France: "Il y a un mois, le navire de recherche et sauvetage Aquarius, géré par SOS MEDITERRANEE en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a été empêché par les autorités italiennes de débarquer 630 personnes secourues en mer. D'autres blocages et obstruction des navires de sauvetage des ONG par les Etats européens ont suivi."

2. Déshonneur encore, quand le gouvernement réduit à compter de juillet la prime d'activité des salariés handicapés:  "600 invalides qui la touchaient ont perdu en moyenne 158 euros par mois", résume France info.

3. Inefficacité ensuite, avec les exonérations de cotisations sociales patronales du CICE pérennisées par Macron l'an dernier: un pognon de dingue - 100 milliards d'euros en 5 ans! - a été englouti par le CICE sans qu'un quelconque "expert" ne parvienne à en dresser le bilan.

Les élu(e)s macronistes promettent l'évaluation rigoureuse des politiques publiques. Justement, parlons du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi, créé par François Hollande en 2013, pérennisé par Emmanuel Macron en 2017 sous forme d'exonérations de cotisations sociales définitives et sans contre-parties. Les évaluateurs se grattent la tête: impossible d'en dresser le bilan, à l’exception de celui de son coût, faramineux, pour les finances publiques.

"Cinq ans après sa mise en place, en 2013, les économistes sont toujours incapables de déterminer avec précision quels ont été les effets sur la masse salariale de cette mesure-phare de la politique économique du quinquennat Hollande." s'interroge le très sérieux Le Monde, "Le CICE a-t-il été utilisé par les entreprises pour recruter, investir, doper les salaires, ou pour augmenter leurs marges ?" Cherchez bien... En 2017 les groupes français du CAC40 n'ont jamais autant distribué de dividendes depuis une décennie. "La France est le pays au monde où les entreprises cotées en bourse reversent la plus grande part de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires" explique l'ONG OXFAM: 47 milliards d'euros ! Un pognon de dingue, désormais exonéré d'ISF et dont l'imposition a été plafonnée plus bas que celle des revenus du travail. 

4. Inefficacité aussi quand 89 000 bacheliers sont toujours sans affectation huit jours après le bac; Parcoursup, le fiasco continue. Près de 130 000 candidats ont lâché la plateforme Parcoursup: 90 000  alors qu'ils avaient eu au moins un de leurs vœux accueilli favorablement;  18 500 autres rejetés de filières sélectives et n'ont pas été acceptés, et 21 500 qui ont quitté la plateforme sans une proposition.

5. Injustice aussi, quand on découvre les effets des baisse des APL se fait sentir, les bailleurs réduisent leurs prestations puisque Macron leur a demandé d'absorber - deux tiers des Offices publics de l’habitat ont prévenu qu'ils allaient réduire à compter de cet été l'entretien des bâtiments;

6. Injustice encore, le gouvernement prévoit de supprimer 100 000 contrats aidés supplémentaires en 2019. 

7. Les premières pistes du budget 2019 fuitent opportunément dans la presse:` le ministère le plus touché par des réductions de budget sera celui... de l'emploi avec la suppression pour deux milliards d'euros d'emplois aidés (cf. ci-dessus). Mais ce n'est pas tout. La "Cohésion des territoires" perdra 9%, tout comme l'Agriculture.

8. Bercy envisage aussi supprimer quelque dizaine de milliers de postes ... dans l'administration fiscale. En fait, Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics, n'a pas osé dévoiler publiquement de chiffres mercredi 11 juillet quand il a présenté à la presse son plan d'économies dans la Fonction publique sobrement baptisée "déconcentration de proximité". Darmanin a la trouille, on le comprend. La bêtise est difficile à assumer. Une syndicaliste confirme pourtant: "Nous avions déjà averti l'année dernière que nous nous dirigions vers 18.000 à 20.000 suppressions de postes. À l'époque, il n'y avait eu aucun démenti". La fraude fiscale est évaluée à 80 milliards d'euros par an. Pire encore, le scandale récent des Panama Papers a donné quelques vertiges sur l'ampleur de l'évasion fiscale, entre 100 et 240 milliards de dollars chaque année aux Etats. En France, cela représente 136 euros par Français et par mois.... Mais l'équipe macroniste décide "des coupes massives dans les effectifs du fisc" au motif de la numérisation du traitement de l'impôt (aka "l'uniformisation du recouvrement au sein de la Direction générale des finances publiques")... Et Edouard Philippe de pérorer sur combien "il faut qu'un euro pris dans la poche des Français soit bien dépensé" pour justifier le plus grand plan social que notre République ait connu.

Sont-ils bêtes ou complices ?
9. Le même gouvernement confirme de jolis cadeaux fiscaux pour les traders: mercredi, Edouard Philippe déroule le tapis rouge à la finance quelque 200 acteurs issus du gratin de la bourse réunis à Paris. C'est Noël en plein juillet ! Il promet d'inclure les bonus des capital-risqueurs et autres traders dans le bénéfice de la "flat-tax", ce prélèvement forfaitaire unique à 30% créé l'an passé par Macron. Les futurs impatriés financiers à Paris auront aussi une école pour leurs enfants, à Courbevoie. Que d'attentions !
10. Les couacs macronistes sur le plan de lutte contre la pauvreté sont aussi ridicules que les efforts de cette équipe détachée de la France d'en haut sur le sujet: la ministre de la santé Agnès Buzyn est en pleurs après la salve de son patron jupitérien. Elle avait pourtant confirmé ("Normalement ce plan (anti-pauvreté) devrait être présenté autour du 10 juillet, mais nous verrons si l'équipe de France est en demi-finale") ce qu'un conseiller élyséen, on devine Bruno-Roger Petit, confiait à la presse huit jours avant: "L’annonce se fera mieux (à la rentrée) qu’entre deux matchs de l’équipe de France".

11. Une saison après les assouplissements du régime d'auto-entrepreneur décidés par Macron, les premiers effets sont sans surprise: le nombre de nouveaux précaires explose !

Le gouvernement se félicite justement de cette loi PACTE qui devrait redonner sens et énergie à la "Start-Up Nation" chère à Macron.  Le quotidien conservateur Les Echos ne s'y trompe pas en publiant un article dithyrambique sur le regain de l'auto-entreprenariat illustré d'une photo ... d'un livreur de Deliveroo, l'un de ses nouveaux esclaves des temps modernes dont une partie des troupes s'est mise en grève le mois précédent pour protester contre leur précarité. Sur les 12 derniers mois, les créations d'entreprise ont cru de 15%, surtout grâce à celles de micro-entreprises qui ont bondi de 25%! Ce boum est particulièrement sensible ... dans le secteur de la livraison et du transport... Sans blague...


Ami macroniste, où es-tu ?



2 commentaires:

  1. Sur ce sujet je rejoins Mme Taubira.
    Quand on réalise l’extravagance démesurée qui a agité une foule de supporters déchaînés, incités à se dégrader juste pour un ballon rond, il est permis de désespérer et de très sérieusement s’inquiéter sur le futur proche.

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  2. Un état des lieux plutôt inquiétant.

    Entre un exécutif européen souffrant de sciatique éthylique qui le fait dangereusement tanguer à Bruxelles et un exécutif français friand de culture exotique qui taquine le déhanché au nightclub afrobeat Shrine de Lagos pour finir déchaîné au stade Loujniki de Moscou, le doute n'est plus permis : nous avons affaire à des équilibristes.

    Cependant qu'on met un pognon de dingue là-dedans, ni l'Europe ni la France ne s'en sortent !

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