25 août 2018

590ème semaine politique: Macron a peur.

 

Où il est question d'une inquiétude qui monte.


"Un problème de comportement"
"Les Français reprochent à Macron son comportement et son inefficacité" résume Christophe Barbier. L'un des éditocrates en chef de la Macronista sonne le tocsin ce jeudi de pré-rentrée. Un début de panique saisit les macronistes. "Je suis très serein. Je sens monter la fébrilité, l'inquiétude, le suspens depuis lundi mais il n'y a aucun suspens" tente de rassurer Gilles Le Gendre, l'un des dociles porte-paroles des député(e)s godillots. "Nous assumons nos priorités" explique Benjamin Griveaux. Le stress est palpable. C'est normal, presque logique. La coupure estivale n'a pas changé l'agenda.

Primo, la discrétion Bling Bling du jeune monarque et de son épouse en vacances a été mal perçue: aux prix de quelque 300 000 euros de travaux d'aménagement, dont une piscine, au Fort de Brégançon, le couple Macron s'est offert des vacances dispendieuses au moment où ses suppôts et supporters promettaient efforts et sacrifices au plus grand nombre. Le député LREM Gilles Le Gendre susnommé rappelait d'ailleurs l'objectif: "nous avons pris l'engagement que notre déficit public serait nul à la fin du quinquennat." Et qui va payer cet effort quand le quinquennat débute par un boulet fiscal de 5 milliards de réduction d'impôts pour les plus fortunés du pays ?


Cette semaine, Macron s'exhibe torse nu, photos volées par des paparazzi ou mise en scène par l'agence Bestimage qui a l'exclusivité des clichés présidentiels, rémunérée sur fonds publics ? Quoiqu'il en soit, les images font tâche. Le jeune monarque justifiait les travaux du Fort pour son besoin de tranquillité, et le voici qui sort.

Secundo, les premiers résultats ne sont pas là, bien au contraire. Alors on s'interroge. Cela fait un an, quasiment jour pour jour, que les Ordonnances Travail ont été adoptées au forceps, et huit mois qu'elles sont entrées en vigueur. Les faramineuses économies d'impôts réservées aux foyers les plus riches - les "ultra-riches" dans le langage hollandais - n'ont rien donné sauf quelques centaines de milliers d'heureux. Les défiscalisations en faveur des entreprises (baisse de l'IS, pérennisation du CICE, réduction des impôts pour les cadres de la finances) non plus: le gouvernement espérait 235 000 créations d'emplois marchands en 2018: sur les 6 premiers mois de l'année, ces créations ont à peine atteint 77 000 postes, moins d'un tiers de l'objectif annuel, et presque deux fois moins qu'à la même période de l'année passée !

Combien de temps un patron reste-t-il en poste quand il réalise deux fois moins de ventes que prévu ?


"Un problème de croissance"
Chez les macronistes - supporteurs officiels ou Parti médiatique - on flippe, on stresse, on s'inquiète.  "Macron a-t-il plombé la croissance ?" s'interroge le Point. "Ça sent le roussi" renchérit l'Express.

Au premier semestre, la France affiche la croissance la plus faible de la zone euro. Après 2,3% en 2017, les économistes mêmes libéraux et peu suspects de macronisme s'inquiètent. Et prévoient un petit 1,7% pour 2018 (1,8% pour la Banque de France). Ces mauvaises nouvelles sont d'autant plus incroyables que les plus hautes autorités du pays ne cessaient de louer le contexte économique favorable environnant: accélération du commerce mondial, reprise de la croissance américaine et de la zone euro, le Haut Conseil des Finances Publiques, qui n'est pas un repère d'insoumis, notait il y a un an que les voyants étaient tous au vert.

Bref, Macron a planté la reprise en France, mauvais karma, mauvaise nouvelle, premier désaveu d'incompétence doublée à l'injustice.

Les plus béats veulent y croire encore: les premiers allègements de cotisations salariales et de taxe d'habitation devraient entrer en vigueur cet automne et soutenir une consommation défaillante. Mais l'INSEE n'en démord pas: le pouvoir d'achat des Français va baisser cette année. Les salaires stagnent, mais l'inflation est repartie à la hausse. Dans son projet de loi de finances, le gouvernement l'estimait à 1%. A fin juillet, elle dépasse déjà les 2% en glissement annuel.

La liste est longue des dépenses de base dont les prix bondissent: Le tarif régulé de l'électricité d'EDF augmente de 37% au 1er août, le carburant de 12%, les PV automobile de 130%, les cartes grises de 15%, les mutuelles sur lesquelles le gouvernement compte pour compenser les déremboursements de soins de +6%; le forfait hospitalier, +15%.

Qui dit mieux ? 

Patatras... L'échec économique est sans doute le plus redouté par Emmanuel Macron. Comme Sarko en son temps, le jeune monarque fait la preuve, rapidement, que son programme est non seulement injuste mais également inefficace.

Les plus riches ne dépensent pas, ils épargnent, ils placent, ils thésaurisent, ils accumulent. Les 10% des foyers les plus riches détiennent la moitié du patrimoine national. Cette présidence des riches et des ultra-riches leur a fait de généreux cadeaux comme la suppression de l'ISF et une réduction de la taxation des revenus de la rente, servis avec cet argument que cela allait stimuler l'investissement dans les entreprises. Or quand on réduit les impôts des plus riches, ils ne consomment pas ni n'investissent pas. Ils épargnent davantage encore. La théorie du ruissellement, renommée "théorie des premiers de cordée" par Emmanuel Macron, est un échec.  La même dizaine de milliards d'euros consacrées à de la dépense publique ou populaire (via un relèvement plus généreux des minima sociaux par exemple) auraient eu un autre effet sur la consommation.

Dans ses cartons, le gouvernement a encore un projet libéral, la loi PACTE, qui cache des initiatives de bon sens - la poursuite de l'idée de "guichet unique", sous forme dématérialisée, unifiée et normalisée - , mais aussi d'autres qui simplifient la création d'entreprises aux détriments des droits des salariés - comme le report de la création de représentation du personnel (5 ans !!), ou la réduction des cotisations sociales sur l'intéressement et la participation (qui paiera ?). Mais surtout, cette loi fourre-tout permettra d'afficher que le gouvernement "agit".

La véritable réforme, celle qui risque d'impacter la quasi-totalité du pays, reste cachée.

Le projet "CAP22" est ce grand programme de "réforme", comprenez réduction de la dépense publique. Mi-juillet, le Figaro croyait tenir les bonnes feuilles de ce rapport tant attendu et concocté par une quarantaine de proches de la Macronista: 30 milliards d'euros d'économies, 120 000 postes de fonctionnaires supprimés.

Effrayé, le gouvernement a repoussé à octobre le dévoilement du fameux plan.

L'autre fiasco qui attend Macron à la rentrée s'appelle Parcoursup. Le nouveau système d'affectation post-bac des bacheliers vire au cauchemar. Fin août, le gouvernement se félicite que quelque 600 000 élèves aient une affectation... On suffoque devant l'aveu... L'effectif qui devait passer le bac dépassait les 800 000 en juin dernier... Le système est bloqué: 100 000 bacheliers refusent la proposition qui leur a été faite. La grande mécanique est plantée. Au final, 63 000 élèves sont en attente d'une affectation post-bac. Avec APB, il y a 1 an à la même époque, ils étaient 10 fois moins.  Pire, Parcoursup est accusé de discrimination à l'encontre des plus fragiles. Une plainte a été déposée auprès du Défenseur des Droits.

est un fiasco.

Pour les autres parents et élèves, c'est effectivement la rentrée. Certains adultes se réjouissent, la classe de leur progéniture a été dédoublée - 75 000 élèves supplémentaires cette année bénéficieront de la mesure. Heureux pour eux... Mais d'autres parents se désolent. La classe ou l'établissement de leurs enfants ont été simplement supprimés. ce jeu de vase-communicant d'une Macronista qui réserve les vrais efforts aux plus riches n'est évidemment pas avoué ni revendiqué par les suppôts et supporteurs du régime. Blanquer a débloqué 2800 postes dans le 1er degré, merci. Mais il a supprimé 2600 postes supprimés dans le secondaire malgré l'augmentation de 30 000 élèves.

Le ministre Blanquer parade: avec un casque pour insister sur les dangers du kayak en camp de loisirs; en polo quand il visite un camp de loisirs; en costume-cravate quand il annonce la rentrée.
Il y a aussi ce grand silence, pas un mot sur les suppressions de postes.

La rentrée gouvernementale a aussi été pourrie par cette annonce d'un gel de prestations sociales l'an prochain pour tenir les objectifs de réduction des déficits ? Gérald Darmanin, qui ne participera pas aux journées du féminisme aux côtés d'Elisabeth Levy, organisées par sa consœur Marlène Schiappa, tente de rassurer: "Le Premier ministre annoncera le budget dans les prochains jours mais le programme du président de la République sera respecté, y compris au niveau de la revalorisation des prestations sociales". Il faut se plonger dans le-dit programme.

Les promesses du candidat en matière de revalorisation des prestations sociales étaient simples. Tremblez donc.

1/ Une augmentation du minimum vieillesse de 100 euros par mois.
2/ Une autre de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) de 100 euros par mois également.

Pour les autres, motus et bouche cousue. Rien sur le RSA, les APL, les prestations familiales et toutes ces autres aides sociales qui "coûtent un pognon de dingue"La réponse de Gérald Darmanin est bien hypocrite et terrifiante: il n'y aura rien, rien de bon.

Autre sujet d'inquiétude macroniste, les élections européennes. Le jeune monarque espère bien convaincre les centristes europhiles de tous bords de voter pour ces listes faute de mieux. Pour lui, l'enjeu n'est pas l'Europe, mais surtout son propre quinquennat. Ces élections sont les premières de mi-mandat. Lors du précédent scrutin, la France avait envoyé un lourd contingent d'affreux neo-fascistes du Front national, depuis fracturés entre Rassemblement national et Patriotes.

Macron a choisi Castaner. Le Rantanplan des Marcheurs va lancer la campagne des élections européennes. Avec quel programme ? Clamer que les macronistes rassemblent les progressistes qui seuls défendent l'idéal européen de paix et de prospérité contre leurs opposants caricaturés en nationalistes.

Quel projet... Quelle caricature...

Macron s'est auto-érigé en incarnation de l'idéal de l'Union Européenne, photo et discours à l'appui. Le voilà qui a la trouille d'en devenir le bouc-émissaire, que c'est cocasse...

Depuis 18 mois qu'il est à l'Elysée, Macron a livré des discours en désaccord croissant avec sa propre pratique de la politique européenne. Des discours généreux sur l'idéal de paix, d'accueil, et de prospérité que devrait porter l'Union Européenne. Au lieu de quoi, Emmanuel Macron a fat ami-ami avec le gouvernement néo-fasciste autrichien, puis s'est concilié avec les neo-fascistes italiens de Salvini sur le dos des migrants. Cette capitulation devant les extrêmes droites européennes, couplée à la chasse aux migrants vaut en soi disqualification. Macron a aussi applaudi la mise à genoux de la Grèce. Il s'est empressé de faire voter la transposition de la directive sur le secret des affaires qui punit journalistes, lanceurs d'alerte et simples citoyens dès lors qu'ils s'attaquent à des entreprises. Il a cédé sur la prolongation de l'utilisation du glyphosate quand un tribunal américain condamnait l'un des plus gros fabricants de ce pesticide à 285 millions d'euros de dommages et intérêts en faveur d'un jardinier atteint de cancer.

L'Europe défendue par Macron depuis mai 2017 se résume à la chasse aux réfugiés, la tolérance de la pollution et des pesticides, la traque des lanceurs d'alerte et la poursuite de la réduction des services publics.

Dans ce contexte, il faudra laisser les hiérarques macronistes brailler qu'ils sont les seuls "europhiles" qui comptent alors qu'ils sont les fossoyeurs de l'idéal européen.

Vers le 15 septembre, Agnès Buzyn va pouvoir enfin présenter le plan tant attendu de lutte contre la pauvreté. de son aveu même, un aveu qui lui avait valu une volée d'insultes de la part de son patron de président lui-même, l'annonce de ce plan avait été repoussée à la rentrée pour ne pas se téléscoper avec la coupe du monde de football.

Sans attendre l'annonce officielle, Buzyn débute le service "avant-vente". Elle promet un "changement de paradigme". Entendez - pas d'augmentation des minima sociaux, pas de plan logement (Griveaux a même annoncé l'inverse, une réduction du budget du Logement puisqu'il "ne marche pas") , pas même un plan d'information pour ce tiers de foyers éligibles au RSA qui ne le réclament pas découragés qu'ils sont.

Agnès Buzyn a donc sorti le ventilateur. Elle enfonce des portes ouvertes: la pauvreté, c'est mal. Celle qui expliquait qu'on n'allait "pas rembourser des lunettes Chanel" explique désormais que sortir de la pauvreté est une question d'insertion, "un accompagnement réel vers l'activité, le travail, la santé, le logement, l'éducation" comme dirait Macron.

Le pouvoir d'achat, pour la seconde fois en 10 ans, va baisser en France. Et une ministre du gouvernement responsable de cette faillite pense avoir des leçons à donner sur la pauvreté.

La Macronista a aussi peur des affaires.
Pauvre ministre de la culture... Déjà inexistante, Françoise Nyssen doit s'expliquer sur l'aménagement de quelques mezzanines dans le siège parisien de son entreprise familiale, en violation des règles de protection et d'aménagement des sites classés monuments historiques.

L'été a aussi été pollué par les interrogations sur les conflits d'intérêts familiaux d'Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée, le même gars si évasif sur Alexandre Benalla, son logement et son statut.

Benalla, justement, a déclaré au fisc son installation quai Branly cet été. La police cherche sa compagne, désespérément. Qu'y-avait-il dans le coffre-fort d'Alexandre Benalla ? Depuis un mois, la police cherche à auditionner la fiancée de l'ancien garde du corps. En vain. L'affaire Benalla a d'autres conséquences: on attends toujours les déclarations de patrimoine des membres de l'Elysée, comme le prévoit la loi. On s'attend aussi à une micro-réorganisation des services présidentiels. On espère une démission du ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, qui s'est intégralement défaussé tant sur l'Elysée que sur les services de police.

Depuis l'affaire Benalla, la "Dream Team" de Macron se terre. Sibeth Ndiaye ne tweete plus, un dossier à charge sur la haine des médias en macronie dans Vanity Fair (sic!) tétanise dans les bureaux. Sylvain Fort, l'autre conseiller des discours, et son agence de communication corporate grassement rémunérée pendant la campagne de 2017, se cache tout autant. Que dire de Bruno Roger-Petit qi fait rire jusque dans les semi-fictions de Christophe Barbier ? Le fidèle Ismael Emelien est emporté dans l'affaire Benalla, lui qui a fait passer à quelques militants des vidéos de surveillance des évènements de la Contrescarpe le 1er mai illégalement récupérées auprès de la police.






***
  • Fiasco de Parcoursup
  • Echec économique
  • Barbouzeries
  • Travers Bling-Bling
  • Compromissions xénophobes

Que reste-t-il ?


Ami macroniste du second tour, éloigne-toi.





18 août 2018

589ème semaine politique: l'incroyable plan de com' du président des riches

 

 

Les vacances présidentielles battent leur plein et l'opération de com' apparait telle qu'elle est, comme souvent, immense et indécente. La torpeur estivale permet à la Macronista de truster le terrain de la communication. Entre publi-journalistes et trolls activistes, la situation est idéale. 


La plus grande difficulté est de faire croire que l'on bosse alors que c'est faux. Aucun projet de loi à préparer ni aucune loi à faire voter; nombre d'administrations sont en congé annuel. Les émissions d'actualité sont en sommeil. Bref, la France médiatique et politique est au rythme des vacancesr. L'exercice est facile car il n'y a qu'à parader et la planète média mord à l'hameçon trop facilement. Il y a là un boulevard, les Français ont la tête ailleurs, ils sont réceptifs. On leur martèle qu'il faut décompresser.

Les esprits au repos sont prêts à recevoir la parole présidentielle.

Le couple royal
"Parfois, les gens attendent plusieurs heures dans l'espoir d'échanger quelques mots." Poids des mots, choc des photos, ce commentaire sirupeux émane de Paris Match. Mais toute la presse, même la plus "sérieuse" semble prise d'un virus bien connu. Pour le Parti Médiatique, chaque édition quotidienne est l'occasion d'un "point Monarque", comme il y a le point "météo", le point "bouchons de circulation", ou le point "vacances dans nos terroirs."

Les vacances discrètes du jeune monarque sont bizarrement parsemées de photos prétendument officieuses et spontanées. Le président des ultra-riches a eu du mal à se trouver un logis, pauvre roi. Bruno Jeudy, publi-journaliste, ose écrire que ce n'est "pas facile, pour un président, de se loger en vacances" (sic!). " Les Macron ont dû patienter un an avant de s’installer à Brégançon. Le temps que soient effectués des travaux de première urgence : la réinstallation des lignes téléphoniques sécurisées et la réfection des cuisines !" Les quelques millions de Français qui ne partent nulle part cet été en vacances, comme chaque année, seront ravis de l'apprendre.

La lecture de la presse estivale donne parfois la nausée.

On met évidemment en scène la rencontre avec un jeune garçon, on montre "madame" en jet-ski ou en vélo électrique, ou encore le couple royal à un "pot de l'amitié" à Bormes-les-Mimosas. On fait écrire par quelques naïfs que "les rares photos des vacances d'Emmanuel Macron ont toutes été prises par des amateurs" (sic!) le jour même où le couple pose devant des reporters lors d'une visite d'exposition dans les parages. Autre improvisation, un "bain de foule" est "prévu" samedi 18 août près de Brégançon, dixit une chaîne d'information.

Dominique Jacovides, le photographe de l'agence Bestimage, n'est jamais loin pour mitrailler le couple présidentiel dès qu'il sort de son "Elysée d'été": Brigitte sur un vélo, Brigitte et Emmanuel avec des campeurs, Emmanuel devant le musée, Emmanuel avec la "foule".

Bestimage s'occupe de tout.

Cette presse aux ordres, cette presse qui multiplie ces publi-reportages dégoulinants, cette presse hallucinante à lire, n'est pourtant pas en reste pour fustiger le Média.

Quand il s'agit de donner des leçons, elle est là.

L'entreprise fondée en début d'année comme une alternative de plus au Parti Médiatique se déchire bêtement et publiquement pendant l'été à cause d'une inévitable crise de moyens. On accuse l'ancienne patronne qui a filé aider la campagne européenne des insoumis d'avoir été payée pour ses 6 ou 9 mois au Media (sic!). On accuse la nouvelle directrice qui prend ses fonctions, dans la douleur, dans quelques jours, d'avoir décidé de tout alors qu'elle n'a accès à rien. Mais journalistes godillots et trolls macronistes, les mêmes qui relaient sans critique, ni recul, les communiqués de presse élyséens à la gloire du jeune monarque et son épouse en "vacances studieuses mais méritées", donnent des leçons de journalisme indépendant et de bonne gestion.

Qu'ils sont drôles. 




Sur les réseaux sociaux, les trolls recopient les éléments de langage présidentiel avec la régularité d'une Pravda numérique: deux tiers de louanges ou d'arguments vomitifs, un tiers d'attaques pour l'essentiel concentrées sur les insoumis ou le Media ou les deux. Certains, comme Thierry Cabarrus, ex-supporteur béat de François Hollande, sont plus gênants que d'autres quand il suggèrent aux ONG d'aller déposer les migrants dans les camps d'esclaves de Libye (*). D'autres, comme ce "Petit Caporal", se moquent de la députée Obono avec un humour ouvertement raciste à l'occasion de l'université d'été des insoumis.

Ou bien ils justifient la non-revalorisation du RSA, une poignée de semaines avant l'annonce tant attendue du fameux "plan pauvreté". Sur un an, l'inflation est de 2,3%, un niveau inégalé depuis des années, quand les salaires n'ont progressé que de 1,5% (dans les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur privé) et le point d'indice gelé dans la fonction publique.

Les ministres en surchauffe
La quasi-totalité des ministres et quelques figures de l'Assemblée sont mobilisés pour cette Blitzkrieg estivale.

Agnès Buzyn est évidemment sur le pont. Nombre de structures hospitalières à bout se sont effondré à cause des épisodes de canicule: certains services voire établissement ferment, faute de personnel (comme à Saint Vallier, à Vannes-Auvray, à Beaufort, au Mans, à Blanc dans le Val-de-Loire, à La Réole en Gironde), d'autres sont en grève (comme à Vierzon). Les services d'urgence ne vont pas mieux, bien au contraire. "Nos équipes d'urgence en charge et en responsabilité du plus grand département touristique de France, travaillent la peur au ventre et n'ont jamais vécu à ce point ce sentiment d'impuissance, de débordement et de limites permanentes." explique le docteur  Vincent Carret, urgentiste, le 14 août 2018. "Non, tout ne va pas bien aux urgences et au Samu cet été".

La ministre de la santé n'en a cure, elle stresse  sur les victimes des chaleurs et les mauvais reportages à la télévision.Mi-août, elle a le sourire bien voyant sur les publi-reportages du Parti Médiatique. Le bilan des décès de la canicule n'est pas communiqué, pas de drame, tout va bien.

Sur le site de l'Association des Médecins Urgentistes de France, la carte des risques psychosociaux dans les services d’urgences et les SAMU est pourtant édifiante. Le décalage avec la communication lénifiante et "tout-sourire" de la ministre devient indécent.

Son collègue de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer abuse du même procédé - il parade dans les centres de loisirs pour occuper les esprits loin du fiasco de Parcoursup. A deux semaines de la rentrée scolaire, plus de 60 000 étudiants n'ont pas d'affectation. Blanquer sort son va-tout, indemniser des étudiants pour qu'ils partent plus loin. La sous-ministre en charge de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal, déroule quelques mensonges pour mieux accuser les élèves: 50 000, parmi les 66 000 élèves en attente d'affectation, seraient "inactifs" sur cette plateforme. 

Le porte-flingue macroniste Benjamin Griveaux, lui, n'a attendu qu'un weekend pour se faire photographier pour un publi-reportage dans Paris Match, puis, une semaine plus tard, voici un entretien dans Var-Matin et Nice-Matin pour dénoncer les "conservatismes". Griveaux fait évidemment silence sur la "flat tax"qui économise quelques milliards d'euros d'impôts sur les revenus financiers, la suppression de l'ISF, ou la réduction du droit d'asile. La "révolution" que Griveaux prône ressemble à la Restauration de 1815.

Autre porte-flingue, la députée Aurore Bergé pose avec des chats dans Paris Match, avec cette formule qu'elle tweete aussitôt: "la manière dont on traite les animaux reflète le niveau d'une société." Elle voudrait autoriser les animaux dans l'enceinte de l'Assemblée. C'est gentil. L'humoriste Guillaume Meurice lui rappelle qu'elle aurait pu commencer par voter POUR et non pas CONTRE l'interdiction du broyage des poussins ou de castration des porcelets lors du vote de la loi Alimentation.

La Macronista, cet ensemble d'élus expérimentés ou novices, de castors fidèles et de jeunes arrivistes n'ose assumer publiquement la réalité de ses actes, de ses votes, de ses décisions. Elle embrouille le chaland avec sa novlangue souvent technique, parfois bisounours, pour masquer la réalité.C'est cela qui la rend aussi odieuse que les outrances de l'extrême droite fascisante dont elle emprunte le programme migratoire ou la droite furibarde dont elle conserve les arguments économiques.

"Triste réalité"
Parfois la réalité met pourtant à mal la communication gouvernementale. L'épisode "Glyphosate" a ridiculisé une fois de plus Nicolas Hulot et son impuissance. Fallait-il rire ou pleure en écoutant Hulot brasser le vent en exhortant au sursaut contre le pesticide qu'il venait d'autoriser pour trois années encore ? Le jardinier en phase terminale de cancer qui vient l'emporter contre Monsanto a utilisé le Round-Up pendant... deux ans seulement.

Le second épisode de la série "Aquarius" fut également cocasse. Il fallut une rencontre téléphonique au sommet de plusieurs Etats européens, dont la France bien sûr, pour décider de comment se répartir 141 migrants rescapés des camps d'esclaves libyens. Oubliera-t-on le Code de la Honte qui facilite l'enfermement des familles et la réduction du droit d'asile ?

Que dire que l'inutile secrétaire d’État Brune Poirson ? Elle s'indigne de la pollution, elle tweete, elle tweete, elle tweete même ses goûts littéraires aux Editions Actes Sud, propriété de sa collègue ministre de la Culture, laquelle est épinglée par la presse pour son évasion fiscale.  

Brune Poirson a oublié qu'elle était ministre, le gazon de son ministère est plus utile qu'elle pour la planète.

Plus grave, Florence Parly ministre des Armées, évoque l'utopie d'un monde sans soldats (avec des drones ?), et prépare "la guerre dans le Cosmos" (sans blague)... tandis qu'une frappe aérienne des forces alliées aux Saoudiens tue quarante enfants. La France vend toujours des armes aux islamistes saoudiens qui, en retour, font la guerre au Yémen contre la population civile.

Plus sérieuse également, l'affaire Benalla n'a pas fini de livrer ses secrets. On cherche encore son coffre-fort, bizarrement "évacué" d'un appartement que l'ancien garde du corps de Macron ne pouvait ouvrir le jour de la perquisition. L'une des victimes de se confie à la presse et accuse Vincent Crase de l'avoir frappé. Car cette affaire de barbouzes a cet autre volet, l'énième légitimation des violences policières. On ne reproche à ces barbouzes de l'Elysée pas tant d'avoir frappé que d'avoir usurpé leur appartenance aux forces de l'ordre. Quand à "l'ONG" qui s'est amusé à ficher quelques milliers d'activistes sur Twitter, quelques curieux dévoilent peu à peu les dessous de cet espionnage numérique. La CNIL s'est saisie du sujet.

Il est illégal de ficher les gens en fonction de leur opinion politique sans leur consentement, même quand ces opinions sont publiquement exprimées. Et même les CGU de Twitter sont explicites à ce sujet, n'en déplaisent à quelques esprits embrumés par la révolution numérique.

Plus bête, la privatisation de quelques joyaux monopolistiques de la République que Macron a décidé de vendre pour mieux maquiller ses comptes publics, réduire le déficit budgétaire sans augmenter les impôts ni réduire les dépenses publiques. Aéroports de Paris, "ADP", est le prochain sur les rangs. Trois fonds, dont deux étrangers, comptent leurs billets pour rafler nos aéroports parisiens, une activité ultra-rentable et sans réelle concurrence.

La stratégie macroniste est d'abord financière.

Qui en doutait ?






Ami(e) macroniste, assume.






(*) L'homme, effaré sans doute par les réaction indignées devant un tel cynisme, s'est excusé ensuite d'un tweet en expliquant qu'il ne faisait que relayer "cette position car elle est largement développé à droite et à l'extrême droite dans toute l'Europe" et "fermer les yeux sur la tentation égoïste est du déni de réalité". Le castor réalise qu'il est

12 août 2018

588ème semaine politique: Macron, et le choc de l'été

 

 

 Où l'on découvre que l'été n'est pas si calme.



BOOMERANG
Une poignée de bénévoles mus par l'envie de démonter les Fake News laissent fuiter quelques informations détonantes: "En investiguant un peu plus , on remarque une forte part de personnes qui ont tweeté plus de 300 fois en une semaine. Cette part a écrit 1 767 682 tweets (44% des tweets !) Parmi ceux-ci, correspondance de 27 % avec l'écosystème russophile" balance l'un des auteurs. La Macronista toute entière pousse un "ouf" rageur de soulagement  - ils l'avaient bien dit ! L'affaire Benalla était un montage grossier d'une alliance rouge-brune pro-poutinienne ! Et Boum, L'un des dirigeants d'En Marche tweete son plaisir. Le ministre Griveaux relaye ces fuites. L'ancien porte-flingue de Sarkofrance, Frédéric Lefebvre, écrit même au Sénat pour réclamer une commission d'enquête pour "faire la lumière sur cette manipulation d'ampleur".

La presse relaye, relaye, relaye.

A tort, puisque tout est bidon.

L'affaire leur revient à tous comme un boomerang. D'abord l'étude est enfin publiée dans son intégralité. Patatras... l'influence russophile était un mythe. La supercherie fait long feu. Mieux encore, on découvre un fichier qui recense, numérote puis classe environ 5 000 personnes. Tout juste deux mois après la mise en œuvre de la RGPD qui impose de demander le consentement des fichés, cela fait tâche.

Le sous-secrétaire d'Etat au numérique, au doux surnom de "Copier/coller" tant il répète avec exactitude les éléments de langage de l'Elysée, préfère supprimer son compte Twitter le temps des vacances.

Ne riez pas.
 "Le mot "russophile" est "ultracompliqué à expliquer, sans doute un mauvais terme. Ça fait penser à une organisation, un complot. On l'a appris à nos dépens", reconnaît Alexandre Alaphilippe. "A partir de là on a été accusés de dire que les bots russes avaient créé l'affaire Benalla, et – parce qu'on avait été financés par Twitter – que c'était lié aux suppressions de comptes et qu'on avait donné nos fichiers à Twitter." L'ONG a en effet reçu 125.000 dollars de Twitter, qui avait gagné de l'argent sur des campagnes de désinformation sponsorisées et décidé d'en redistribuer une partie à des organisations qui combattaient cette désinformation." Source: l'Obs.
Les auteurs de l'étude bidon s'excusent, se défendent. Mais les macronistes ne trouvent rien à redire, bien au contraire. Ficher les gens grâce à ceux qu'ils disent et publient sur les réseaux sociaux, c'est "normal".

N'est-ce pas le moins surprenant ? Cette supercherie révèle la faible importance de la protection des données personnelles chez certains, mais surtout l'ampleur du stress que l'affaire Benalla a généré dans les sphères macronistes.


MISES EN SCÈNE
Mardi 7 août, le jeune monarque sort de son fort estival saluer les manants qui font le siège de son entrée. Caméras et photographes sont là, évidemment. Elles captent ce moment précieux où le petit Maxime, 8 ans, qui "chante la Marseillaise 10 fois par jour et rêve de rencontrer Emmanuel Macron", s'extasie de bonheur quand il le rencontre. L'émotion n'est pas feinte, la mise en scène est totale. Un "journaliste" d'Europe1 raconte tout fier comment il a organisé la rencontre à la demande du conseiller presse de l’Élysée. La presse n'est pas aux ordres, n'est-ce pas ? Elle sert les plats. 

Le couple passe des vacances "discrètes". L'absence de transparence surprend. Le jeune monarque se cache. On nous avait promis, pour justifier les 300 000 euros de rénovation du palais de Brégançon, que le lieu serait "l’Élysée d’été." Un Elysée bien au repos. Finalement, "ce sont des vacances privées"... Ah bon...  Mais du coup, camarade président, tu rembourses les frais ou pas ? 

Jeudi 9 août, quatre jours de silence sur les réseaux sociaux, puis soudain il se réveille et publie un court message sur le "droit à l'erreur" des usagers de la Fonction publique. Il a bien raison. Après la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires à l'issue du quinquennat, on espère ques les usagers auront "droit à l'erreur"... 


Vendredi 10 août, mise en scène encore. "Emmanuel Macron toujours en action" commente BFM TV le soir. Qu'a-t-il fait ? Il a décroché son téléphone pour appeler Vladimir Poutine à propos du cinéaste dissident Oleg Sentsov qui est en train de mourir de sa grève de la faim en prison en Russie. Le prisonnier "ne s'est plaint de rien", commentent les autorités russes. Macron a pourtant rencontré Poutine pendant de longs moments, deux heures de match final en Russie, le 15 juillet dernier, alors que la pétition pour le dissident battait son plein. Pourquoi donc n'a-t-il rien dit à Poutine à ce moment là ?

Mais à ce moment précis-là, Jupiter ne voulait pas "polluer" son "moment" footballistique. Oleg Sentsov méritait moins que quelques selfies avec les gagnants de la Coupe du Monde.

Les ministres ne sont pas en reste. Voici un reportage dans Paris Match sur le ministre Griveaux, photographié en short en train de "déconnecter". Un autre sur Gérard Collomb "qui a pris le train pour aller en vacances à Agen". Ou encore Jean-Michel Blanquer qui fait une tournée provinciale de centres de loisirs, accompagné de ce qu'il faut de journalistes locaux, il "se passionne pour les activités en plein air". Il se passionne moins pour le fiasco Parcoursup.

Quelque 66 000 bacheliers n'ont toujours aucune affectation pour la rentrée prochaine, à deux semaines de la reprise scolaire.

66 000.

Le fiasco de Blanquer est assez incroyable. Aussi incroyable que le silence qui l'entoure, la complaisance qui l’accompagne. Il y a un an, presque jour pour jour, le gouvernement fraichement nommé accusait l'ancien système, APB, de tous les maux. Le tirage au sort pour les quelques milliers de bacheliers sans affectation en août avait achevé l'ancien régime. Dès décembre, le nouveau ministre présentait un nouveau logiciel, quelques centaines de milliers d'euros, peut-être un million ou plus, pour développer la précipitation une nouvelle application baptisée Parcoursup. La belle affaire ! "De grands changements vont arriver parce qu'ils sont indispensables." déclarait-il, triomphant, en septembre. Vraiment ? Et il ajoutait: "L'esprit dans lequel ce sera fait c'est surtout de mieux orienter, mieux répartir chacun, tenir compte aussi des besoins exprimés".

L'arnaque fut belle, le fiasco total. L'application, truffée de bugs, exigeait des futurs bacheliers autant de lettres de motivation que d'établissements, et aucune hiérarchie dans les voeux ce qui signifiait que les établissement, à quelques exceptions près, avaient donc un choix de sélection des élèves démultiplié à un niveau inédit. Un mois avant le bac, Parcoursup délivre ses premiers résultats pour 800 000 élèves. A peine la moitié obtiennent une réponse favorable, l'autre moitié est déboutée. Parcoursup impose aussi un délai de réponse décroissant à fur et à mesure que des places se libèrent. Deux mois plus tard, environ 150 000 élèves sont sortis du jeu, éjectés ou découragés. A deux semaines des premières rentrées scolaires, 66 000 bacheliers sont sans affectation.

Mais Jean-Michel Blanquer parade en tee-shirt, en chemise avec ou sans cravate, dans les centres de loisirs de France, devant journalistes et caméras régionales.
"Quand on ne répond pas à un seul vœu, on est considéré comme "inactif" et viré de la plateforme. Faire ça, c’est extrêmement efficace : une personne de virée, c’est dix places de gagnées." Louis Boyard, UNL, cité par Regards.
 Blanquer est responsable de ce fiasco. Il a aussi lancé une réforme élitiste du bac, et une autre du bac professionnel (-15% d'enseignement des mathématiques et des sciences humaines) qui s'apparente à une ghettoïsation inavouée. 

Blanquer choisir ses priorités. L'interdiction des portables au collège et au lycée en fait visiblement partie. Il a même trouvé le temps d'écrire (de faire écrire ?) un livre - "Construisons ensemble l'école de la confiance", éditions Odile Jacob.

Qui a dit qu'être ministre était un job à temps plein ?

AFFAIRISME
Alexandre Kohler
Alexandre Benalla est en vacances forcées. Le Canard Enchaîné révèle que le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a menti sous serment quand il déclara à la commission d'enquête sénatoriale qu'il ne connaissait pas le responsable de sécurité du président. Il publie un gentil mot de remerciement adressé par le préfet au jeune protégé de Jupiter - "merci pour la magnifique photo-souvenir !" On est heureux pour lui, on aimerait voir cette photo.

Silence dans les rangs. Les officiels du gouvernement sont tous en congés, sauf Agnès Buzyn (santé) qui suit les statistiques de morts pour cause de canicule comme le lait sur le feu et Jean-Michel Blanquer qui fait le beau.

Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, est un homme curieux. Il ne sait pas combien d'employés élyséens sous sa direction possèdent une arme à feu. Il a "oublié" aussi de faire signer des déclarations d'intérêts à TOUS les membres de la Présidence. Sacré tête en l'air ! En revanche, il a le sens de la famille.

Déjà sous le coup d'une enquête préliminaire du parquet pour un soupçon de favoritisme avant son accession à l'Elysée, voici qu'il fallait l'objet d'une seconde plainte de l'association Anticor pour "prise illégale d’intérêts": "Mediapart a révélé que M. Kohler avait, en qualité de représentant de l’Agence des participations de l’État, siégé au conseil de surveillance du du Grand Port Maritime du Havre", sans révéler ses liens familiaux avec l’armateur MSC, dont il a d'ailleurs été  ensuite directeur financier de la filiale croisières.

Favoriser sa famille sur le dos des intérêts de l'Etat ?

Quelle belle accusation !

A l'Elysée, on s'inquiète. 

C'est normal.


ÉCHEC
La croissance s'essouffle... déjà ? 

"Difficultés passagères" commente Macron à ses ministres (*).  Il faut croire que la précarisation de l'emploi salarié par les Ordonnances Travail de l'été 2017,  la baisse des APL et des remboursements de soin, le relèvement de la CSG pour tous ont découragé la demande. La politique de l'offre est encore une fois, à ce stade, un échec: l'amélioration du patrimoine et du pouvoir d'achat des 1% les plus riches renforce l'épargne et les placements, pas l'investissement. Et les employeurs, "libérés de la peur d'embaucher", ne se sont pas rués pour créer des emplois. Pire, l'inflation repart.

Au second trimestre, l'emploi intérimaire s'affaisse, le signe pourrait être inquiétant car l'évolution de l'intérim est l'un de ces premiers symptômes. Très sobrement, le quotidien des affaires Les Echos explique que les créations d'emplois sont insuffisantes pour résorber le chômage. On sourit: les créations nettes d'emploi salarié privé fléchissent ! 31 000 créations nettes d'emploi après +46 000 au trimestre précédent. Où est passé l'enthousiasme patronal?  Quelque 6,7 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi, dont moins de la moitié sont indemnisées. Le nombre de sans-emploi (catégorie A) est reparti à la hausse, à 3,44 millions (+01%), surtout chez les femmes (%0,5%) et les jeunes (+1,9%).

L'une des rares mesures économiques de l'été est un cadeau. Noël en août, merci Macron, merci patron.

Macron aime le foot. L'affaire Benalla a ruiné les éventuels bénéfices de la victoire française lors de la Coupe du Monde de football. Mais Macron aime le foot et le sport en général. Il vient d'ailleurs de faire un joli cadeau à tous nos sportifs (et leurs entraineurs) millionnaires: ils auront le bénéfice fiscal du "droit à l'image" en vigueur dans les arts et lettres, cinéma, mode et autres terrains culturels. En d'autres termes, une partie de leurs revenus sera désormais exonérés de l'essentiel des cotisations sociales et de l'impôt sur le revenu.  Le patron de Ligue de football professionnel est R.A.V.I: "ce dispositif législatif donne à nos clubs non seulement des moyens supplémentaires pour les conserver, mais aussi plus de chances d'attirer de grandes stars étrangères".

Vive le foot ! Vive le sport !

Nos sportifs les plus riches, déjà riches, paieront donc proportionnellement moins d'impôts que la populace qui les applaudit.

Merci Macron, merci patron.

Autre choc, belle nouvelle, la multinationale de l'agrochimie MONSANTO est condamnée aux Etats-Unis  à 289 millions de dollars de dommages et intérêts en faveur d'un jardinier de 47 ans en phase terminale de cancer. En cause, l'utilisation deux ans durant du RoundUp -  49 euros le demi-litre chez Amazon. un pesticide au glyphosate, classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le même glyphosate que le gouvernement français a décidé de laisser en libre circulation trois années encore en France.

Rappelons-nous ce que déclarait Emmanuel Macron il y a quelques mois à propos du glyphosate:

"Il y aura un point de rendez-vous et si les choses n’avancent pas dans trois ans, on passera par la loi."
On attend un procès.

Nicolas Hulot, ministre de l'environnement, ne sait plus quoi dire. On oublierait presque qu'il est ministre: "Il faudrait maintenant que l’on passe à une autre échelle. Nous devons mener tous ensemble une guerre pour réduire les molécules les plus dangereuses, sans attendre la démonstration absolue de leur dangerosité. " pérore-t-il...  "Appliquons enfin le principe de précaution".

Sans rire ?

"Les multinationales ne sont puissantes que parce que nous sommes faibles. Est-ce qu’un jour nous comprendrons que Monsento-Bayer n’a pas d’autre objectif que de mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète ?" continue-t-il sur les ondes. Mais qui est donc "ministre de la Transition écologique et solidaire" ?








Ami macroniste, reste ici.






(*) cité par le Canard Enchainé du 9 août 2018.

5 août 2018

587ème semaine politique: la "dream team" de Macron

 

 Où l'on parle des vacances. 

Et de l'équipe de rêve de Pieds Nickelés qui travaillent pour Jupiter.


Insolation ministérielle
Le 1er août, c'est le "jour du dépassement", ce moment de l'année, chaque année plus tôt, où la Terre a épuisé les ressources qu'elle peut regénérer en une année. Cela mérite un tweet du porte-parole du gouvernement, Benjami Griveaux. Rien de plus. Et certainement pas un commentaire sur la privatisation du rail, ni un bilan sur l'extension du transport par autocar en défaveur du train décidé par Macron quand il était ministre. Pourtant, à la faveur de l'été et des grandes transhumances estivales, trois années après l'entrée en vigueur de cette aberration écologique, un petit bilan aurait été souhaitable.

La canicule frappe le pays, pour la seconde fois de l'été, toute l'Europe est touchée. Le réchauffement climatique se constate partout. L'occasion eut été belle de poser le sujet sur la place publique, de provoquer débats et prises de conscience. De se saisir d'un moment évident où chacune et chacun, quelque soit son âge, sa situation géographique et sa classe sociale peut dresser un rapport évident avec la crise climatique. Mais Nicolas Hulot a disparu des radars. Comme la plupart des ministres, sa côte sondagière est basse, mais pour l'ancienne vedette des Français, c'est une sacrée dégringolade. L'incarnation écolo de cette Macronista a peu fait, s'est tu souvent, et a même agi contre la nécessaire révolution écologique. Cette fois-ci, en pleine canicule, Hulot n'a rien d'autre à faire qu'une interview dans le JDD pour appeler à "l'union sacrée pour le climat."  Julien Bayou (EELV) résume: "Hulot lance un nouvel appel pour le climat. Bien... En attendant c'est l'Etat qui fait appel du jugement qui enterrait le projet EuropaCity. Et c'est le gouvernement qui joue "l'union sacrée" pour le nucléaire, la mega mine d'or ou les forages pétroliers en Guyane". Quand 4 centrales nucléaires ferment à cause des fortes chaleurs, pas un commentaire non plus.

Hulot brasse du vent comme un ventilateur. En période de forte chaleur, c'est toujours utile.

Mieux encore, alors que la France sue, souffre et s'interroge, le porte-flingue Benjamin Griveaux, qui se voit déjà Maire de Paris dans deux ans, explique qu'il n'y a "pas de tension générale dans les services d'urgence" à cause de la chaleur, juste avant de saluer d'un tweet pour son propre départ en vacances. Le même jour, le premier quotidien de France, Sud-Ouest, titrait: "Canicule : les services d’urgence déjà au bord de la rupture." Et d'expliquer: "Avec les fermetures de lits et les congés, le personnel des urgences, en sous-effectif, peine à correctement soigner des malades qui perdent leurs nerfs. En découlent stress et grande fatigue, le tout aggravé par la canicule."

La seule ministre réellement convoquée à réagir  à cet épisode de surchauffe est la ministre de la santé. Agnès Buzyn déboule dans un hôpital nîmois qu'elle a fréquenté quand elle était médecin, un jour sans climatisation et 35 degrés dans les couloirs. Elle annone que tout a été prévu pour éviter les 15 000 morts "de trop" de la canicule de 2003. Les patients apprécieront.

Aux personnels hospitaliers qui réclament des équipements décents, Agnès Buzyn n'osera rappeler le plan d'économies sur les hôpitaux qu'elle a fait voter pour 2018.

Vers le Sud
"L'Elysée de l'été", "l'Elysée du Sud". La com', toujours la com'. Le marketing frappe encore. Macron ne parle pas de crise climatique, il a d'autres soucis.

Pour justifier sa piscine, et quelque 300 000 euros de réaménagement du palais de Bregançon, la communication macroniste fait savoir que Jupiter ne chôme jamais, même en vacances. Vendredi soir; 3 août, alors que sa voiture Citroën noir aux vitres fumées passe rapidement devant les badauds rassemblés devant l'entrée du château, on prévient que Teresa May, la première ministre britannique bien en peine pour "négocier" le Breixit, sera son hôte. Et d'ailleurs, voici aussitôt un publi-reportage de 10 minutes rapidement diffusé sur Facebook où Emmanuel et Brigitte font visiter sa résidence d'été au couple britannique.

Cette semaine, Macron s'échappe. Il est furieux. Il met surtout en scène son départ en vacances et celui de son gouvernement - un "dîner convivial" où le monarque convie ses ministres avec conjoints à l'Elysée pour inaugurer la nouvelle vaisselle élyséenne, puis "des vacances studieuses" rappellent les communicants et autres trolls macronistes sur tous les tons - pour casser la séquence Benalla. Car cette affaire a fait des ravages.

En France, une étude révèle qu'une dizaine de pourcent des millions de tweets publiés sur ce scandale auraient des accointances russophiles. Il n'en faut pas moins pour que la Macronista, Castaner en tête, embraye et dénonce la main de Moscou.

Sans rire.

Jupiter abîmé
A l'étranger, l'image de Macron a été fortement dégradée à cause de cette affaire. Cette "tempête dans un verre d'eau" a fait chuter le jeune monarque. Jupiter est au sol, parmi les mortels: "Macron tombe des hauteurs de son trône jupitérien pour retrouver le commun des politiques faillibles" (Frankfurter Allgemeine Zeitung). Il a perdu cette fraîcheur et cette modernité qui faisait encore la blague hors des frontières. Il s'est abimé tout seul par son arrogance, sa posture de "Roi Soleil", sa morgue de "Rastignac météor" ( Bilan , magazine suisse), "le fonctionnement d'une présidence hypercentralisée dominée par une équipe de conseillers trentenaires, mâles" (Financial Times), "sa façon de gouverner, régalienne et peu à l'écoute des gens" (El País), "son style de gestion monarchique" (Washington Post). La presse étrangère parle de "tourmente" (Daily Telegraph), de "crise majeure" (Daily Mail)

Pour sa troisième semaine de polémiques, l'Assemblée nationale a sabordé sa commission d'enquête, et, surtout, deux motions de censures ont pu être déposées, "ni de gauche, ni de droite". L'occasion pour les oppositions, "de gauche et de droite" de faire entendre leur voix. Les hiérarques macronistes sont en rage, ils dénoncent des "esprits séditieux". L'un des idiots utiles de la Macronisa, Christophe Castaner, se fait petit. Il est auditionné par le Sénat lundi. Grand moment où l'homme apparaît petit. Le ténor des tribunes macronistes se dévoile comme piètre manager, et politique assez lâche quand il est cuisiné sur l'autre barbouze de l'Elysée. En coulisses, les "marcheurs" à le critiquer sont de plus en plus nombreux.

L'ampleur des mensonges au sommet conduirait pourtant ministres et conseillers à la démission dans la plupart de nos démocraties voisines. En Suède, un ministre démissionne pour "un verre de trop". En France, un ministre de l'intérieur peut témoigner qu'il ne sait rien de ce qui se passe au sein de la sécurité de l'Elysée et rester en poste. En Espagne, le chef du gouvernement, qui est l'équivalent de notre président de la République en termes de pouvoir, a été renversé par le parlement, sans élection, à cause des révélations de fraude et de corruption de son parti. En France, une avalanche de mensonges autour d'une équipe de branquignoles armés et agissant en supplétifs de la police pour réprimer des manifestants ne déclenche rien.

La Macronista répète qu'il ne s'agit que d'une affaire individuelle, et pourtant, cette semaine a démontré le contraire. Cette semaine, on apprend en effet qu'ils ont tous menti, effrayés, secoués, énervés.

Le président Macron ment, le ministre Collomb ment, Alexandre Benalla ment, le ministre Castaner ment, le secrétaire général de l'Elysée Kohler ment, le responsable de la communication élyséenne Bruno Roger-Petit ment, la directrice de l'agence Bestimage, sous contrat exclusif avec le couple Macron, ment.
  1. L'Elysée a travaillé avec Benalla dès le déclenchement de l'affaire pour minimiser celle-ci. Deux jours après les révélations du Monde, Benalla est allé remettre à l'un des plus proches collaborateurs d'Emmanuel Macron  un DVD-ROM des images de video-surveillance de la place de la Contrescarpe le 1er mai. L'Elysée a veillé à la communication d'Alexandre Benalla, au plus fort de la crise. 
  2. Alexandre Benalla n'a pas été sanctionné (maintien du salaire) après les évènements du 1er mai.
  3. Alexandre Benalla a obtenu un passeport diplomatique fin mai, après les évènements de la Contrescarpe..
  4. La police a trouvé trois armes non déclarées à la Préfecture de police au siège du parti présidentiel.
  5. Benalla avait perdu les clés de son appartement quand la police l'a accompagné pour une perquisition. Quand les policiers sont revenus le lendemain, les scellés avaient été forcés et le coffre-fort avait disparu. La justice a décidé de ne pas porter plainte pour cette disparition fort opportune.
  6. Benalla avait un réel rôle de coordination de la sécurité du président à l'Elysée. Il en imposait aux gendarmes et policiers du Palais qu'il énervait.
  7. Castaner s'est dit "choqué" par les images de violence du 1er mai qu'il a vu dès le 2 mai, mais il n'a rien fait. Il a attendu deux mois, après la mise en examen de l'intéressé pour Il a été mis en examen pour "violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public », « immixtion dans l'exercice d'une fonction publique » et « port prohibé » d'une arme à feu, pour engager une procédure de licenciement. 
  8. Benalla disposait de 3 armes de poing et un fusil à pompes, ce que ses employeurs élyséens ignoraient prétendument.
  9. Crase a travaillé "une quarantaine de fois" pour l'Elysée depuis 2017, via la Garde républicaine où il s'était fait affecté sur entremise d'Alexandre Benalla. BRP évoquait une collaboration "occasionnelle".
  10. L'Elysée a du reconnaitre qu'il n'avait pas signé de déclarations d'intérêts à ses collaborateurs et conseillers.
  11. Vincent Crase, en tenue de gendarme réserviste, était présent parmi les invités du défilé du 14 juillet 2018 à Paris, malgré  son "limogeage" après les évènements de l'Elysée.
  12. Le porte-parole de la présidence, Bruno-Roger Petit ("BRP"), a menti en déclarant le 19 juillet que Vincent Crase avait été licencié. 
  13. Enfin, la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale a été dissoute et ne rendra aucun rapport sur les faits. Belle enquête !

L'idiote utile
Passée la mauvaise séquence des motions de censure en début de semaine, l'urgence élyséenne était de communiquer pour passer à autre chose. Et les macronistes les plus zélés ont fait feu de tous bois, et de concert, pour appuyer les consignes. Jupiter lui-même l'a résumé dans un tweet factuel, à la sortie du dernier conseil des ministres de la saison: "Au total, ce sont presque 70 projets de loi qui ont été définitivement adoptés depuis juin 2017." Et quelles lois...

Marlene Schiappa, la secrétaire d'Etat à l'Egalité des Femmes et des Hommes a été envoyée au front plus que d'autres. Au passage, le premier ministre s'excuse d'avoir laissé la dite ministre utiliser son ministère pour faire la promotion de son bouquin... La vie est belle en Macronista ! Sur cela, Schiappa est silencieuse. Mais sur l'affaire Benalla ou "sa" loi sur les violences sexuelles et sexistes adoptée en seconde lecture, elle tweete, parle et inonde les médias de sa présence. Parlons donc brièvement de sa loi justement. Belle avancée, l'extension de la prescription des délais de prescription pour les victimes de viol de 20 à 30 ans. Mais pour le reste, quel "machin" législatif assez vide, aux lacunes criantes, mais qui permet d'afficher une action, et de faire sa pub sur les plateaux.

Les associations féministes sont déçues, et ce n'est pas la première fois - baisse des crédits . Les député(e)s macronistes ont été incapables de s'accorder sur la "présomption de non-consentement" des mineurs de moins de 15 ans en cas de relations sexuelles.

"Le texte de loi, accompagné d’un grand renfort de communication, se révèle bien pauvre. Son impact sur nos vies sera minime, voire nul. Le gouvernement a même refusé certains amendements des parlementaires comme celui qui voulait rendre obligatoire le signalement par les médecins des maltraitances subies par les enfants." Le Groupe F.
Autre "avancée" de la semaine, l'interdiction des téléphones portables dans les collèges et lycées.... Quelle France en avance sur son temps ! Cette équipe macroniste, trolls compris, qui ne cessait de fustiger la "perte de temps" parlementaire sur l'affaire Benalla au motif que la France avait de plus graves sujets à traiter que des barbouzeries élyséennes a consacré une quasi-journée pleine sur le sujet...

Dernier auto-satisfecit, le Code de la honte, cette loi qui réduit les délais de dépôts de dossiers et de recours pour les réfugiés mais double leur durée de rétention, qui complexifie la procédure de reconnaissance de filiation et le durcissement de l’accès à un titre de séjour pour les parents d’enfants français, systématise le bannissement et les audiences par visio-conférence;

Marlène Schiappa n'avait rien à dire sur une loi qui facilite l'emprisonnement des familles. Pourtant, il y a matière,

Justement, l'Aquarius, ce bateau affrété par SOS MÉDITERRANÉE repart en mer pour sauver des migrants en mer. Il fut refoulé en juin dernier par l'Italie co-gouvernée par les fascistes et le gouvernement macroniste, est à nouveau en mer avec quelque 500 migrants.

Fucked-up nation
Sur le plan économique, la "start-up nation" se porte mal, plus mal qu'il y a un an: le chômage repart, la croissance s'affaisse, le déficit budgétaire est contenu grâce à quelques artifices. A périmètre constant, les recettes fiscales nettes sont en baisse de 3,5 milliards d'euros à fin juin par rapport à la même période de l'an passé, avant même l'effet de la suppression de l'iSF, de la flat tax pour les revenus financiers (dont 44% du bénéfice ira à 1% des foyers les plus riches), la réduction d'un tiers des impôts sur les stock options des cadres sup, ou de la baisse de l'imposition des traders. Les dépenses sont stables, à 172 milliards d'euros, grâce au plan d'économie dans les hôpitaux et la Sécurité sociale, la réduction des aides au Logement pour les plus fragiles et des emplois aidés, la suppression de la prime d'activité pour quelque 68 000 handicapés.

Que dire de Muriel Pénicaud, dont on attend chaque semaine la mise en examen ? Le plus cocasse dans l'affaire des soupçons de favoritisme en faveur d'Havas quand elle confia quelque 13 millions d'euros d'argent public à cette agence privé pour la promotion de la Fraaaance avant de devenir ministre de Macron, fut sans doute la révélation de cet email adressé à sa secrétaire à qui elle réclamait, par écrit, de ne pas faire figurer un RDV secret avec le patron de l'agence... Muriel Pénicaud a fait voter sa loi sur l'apprentissage. Au passage, le gouvernement a discrètement enterré l'une des promesses phares, et bidon, du candidat Macron - l'extension de l'indemnisation chômage aux indépendants et professions libérales et aux salariés démissionnaires.

La nouvelle loi a été baptisée "loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel". Quelle novlangue ! Après la précarisation inédite des salariés avec les ordonnances Travail en 2017 et les contrôles renforcés contre les chômeurs alors que le chômage repart à la hausse, le gouvernement, avec précipitation et sans étude d'impact suffisante, badigeonne sa communication avec un nouveau projet de loi: extension de l'application du SMIC aux apprentis de 26 à 30 ans, fusion des aides, étalement des recrutements d'apprentis sur l'année, extension à 40 heures par semaine, au lieu de 35 heures, de la durée de travail des apprentis, et... libéralisation de la formation professionnelle sans contrôle sur les prix malgré le financement public.

Et que dire de ce qui ne se lit pas dans les comptes publics ? Macron a gelé le taux du Livret A sous l'inflation (6 milliards d'euros de manque à gagner pour les épargnants), supprimé les CHSCT et quelque 200 000 postes de représentants du personnel dans les entreprises, créé un nouveau contrat de travail des plus précaires, délocalisé au niveau des branches et des entreprises des pans entiers du code du travail comme le recours aux CDD, les conditions de salaires et de congés; réduit les normes environnementales et sanitaires des constructions de logements, réduit la liberté de la presse et des lanceurs d'alertes avec sa loi sur le secret des affaires; réduit les libertés individuelles avec la transposition de l'essentiel de l'état d'urgence dans le droit commun.

Que dire de la ministre des Armées, quand elle justifie la fourniture d'armes à l'Arabie Saoudite ? "À ma connaissance, les équipements terrestres vendus à l’Arabie saoudite sont utilisés non pas à des fins offensives mais à des fins défensives, à la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite" a-t-elle déclaré lors d’une audition devant la commission de la Défense, à l’Assemblée national il y quelques semaines. Joli foutage de gueule ! Qui prend sérieusement le Yémen, l'un des pays les plus pauvres de la planètes, pour une menace pour l'Arabie Saoudite qui le pilonne avec les équipements militaires français ? Début juillet, la France a aussi officialisé un accord sobrement qualifié de "technique" en matière de renseignement avec ce même pays, temple du fondamentalisme islamiste.

Effectivement, "presque 70 projets de loi ont été définitivement adoptés depuis juin 2017", et bien pire encore.

Ami(e) macroniste, ne pars pas.