29 septembre 2018

595ème semaine politique: Make Jupiter great again


Où l'on apprend que Jupiter est champion de la Terre; qu'il a besoin d'"aide". Et même qu'il "s'excuse". 

 

(Et aussi qu'il choisit lui-même les procureurs de la République).



Make Jupiter great again
"Quand on a appris qu'Emmanuel Macron allait recevoir ce prix (...), on est un peu tombés de notre chaise" a sobrement expliqué Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Il y avait de quoi être surpris.

Il y avait même de quoi suffoquer.

Trois semaines après la démission tonitruante du ministre Nicolas Hulot, qui dénonçait publiquement l'inaction de Macron en matière de protection environnementale, le directeur du Programme des Nations unies de l’environnement (PNUE) décerne une médaille de "Champion de la planète" à un échantillon de responsables politiques dont Emmanuel Macron.

Sans rire.

Bien sûr, Macron fut habile, avec ses "One Planet Summits" (décembre 2017 puis septembre 2018) dédié à la "finance verte" (sic!) avec paillettes et selfies, son slogan "Make our Planet great again", ces clichés où il plante un arbuste dans le jardin de la Maison Blanche. Habile aussi avec la multiplication de comités Théodule pour "habiller" l'inaction. Habile enfin à ré-utiliser le langage inquiet et les constats parfois virulents des écologistes et des scientifiques sur les dégradations irréversibles subies par la planète. Qui sait nommer les maux devrait vouloir guérir. Et pourtant... La liste des renoncements et compromissions permet de dresser le portrait d'un homme cynique et l'échec d'une politique inefficace en matière d'écologie.

Depuis juin 2017, la liste des renoncements et trahisons écologistes est déjà longue:
  1. Le report de la dénucléarisation de l'énergie française : Hollande avait fait quelques pas. Macron a repris le flambeau nucléariste que brandissait Sarkozy il y a 10 ans. avec cette dangereuse priorité donnée aux EPR, super-centrales qui sont des gouffres financiers et mal sécurisées, ou le redémarrage, début avril 2018, du réacteur numéro 2 de la centrale de Fessenheim.
  2. L'adoption du CETA l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada le 21 septembre 2017;
  3. Le report de tous les objectifs de la loi de transition énergétique votée sous François Hollande. En 2017, la France était pourtant déjà en retard (7% d'émissions de gaz à effet de serre en trop).
  4. L'affaiblissement du rail, via sa privatisation à compter de 2019, avec l’abandon de certaines lignes dans les territoires et la mise en concurrence du fret ferroviaire et la priorité donnée aux transports par car.
  5. Le silence sur la mise en œuvre d'engagements récents comme la neutralité carbone des budgets public (annoncée en décembre 2017, tue en septembre 2018) ;
  6. La tentative de légitimation de la compatibilité écologique du modèle productiviste, financier et capitaliste avec la défense de la planète.
  7. La validation de multiples initiatives locales qui sont ou seront des désastres écologiques - comme le site d'enfouissage des déchets radioactifs de Bure ou la mine de la Montagne d'or en Guyane, premier chantier soutenu par le nouveau ministre de Rugy dès sa nomination. L'interdiction de l'aéroport de Notre-des-Landes n'a pas empêché la traque des zadistes locaux.
  8. Le soutien à l'agro-industrie via l'irresponsable loi "Agriculture et alimentation" qui précéda de peu la démission de Hulot, qui sanctuarise la non-interdiction du glyphosate, le maintien des pratiques brutales dans la production animale (castration à vif, broyage de poussins vivants), ou le maintien de l’épandage aérien des pesticides.
  9. La privatisation des barrages hydroélectriques (10 % à 12 % de la production d’électricité en France) qui menace la gestion de l'eau;
  10. La réduction des moyens du ministère de l'Environnement (-1000 postes);
  11. La suppression de la protection contre les antennes-relais dans la loi Elan.

Bref, Docteur Jupiter joue aux écolos sur les tribunes étrangères avec autant d'énergie que Mister Macron soigne les lobbies anti-écologistes et maintient le statu-quo. La politique macroniste en matière de défense de l'environnement est un habillage.

Le projet de budget 2019 en est une nouvelle illustration. Dans son dossier de presse, le gouvernement promet d' "accélérer la transition écologique en mobilisant tous les leviers, budgétaires, fiscaux et réglementaires." Vraiment ? Jugez plutôt. Les mesures les plus fortes portent sur les voitures avec une hausse de 1,3 milliards d'euros de la fiscalité énergétique, pour l'essentiel aux détriments des ménages modestes, et une augmentation à 570 millions d'euros des aides à la reconversion des véhicules polluants. Mais pour le reste, ... les ambitions sont modestes, le renoncement est manifeste. Nicolas Hulot ministre promettait le financement de 500 000 rénovations énergétiques de bâtiments par an, ce chiffre s'effondre à 75 000 en 2019. Le gouvernement reconvertit aussi le chèque énergie en argument de transition écologique - "l’État va accentuer les moyens consacrés à l’accompagnement des citoyens les plus fragiles dans la transition écologique. En particulier, le chèque énergie sera fortement augmenté en 2019, à hauteur de 50€, pour atteindre 200€ en moyenne." En réalité ce dispositif a été lancé en mars dernier pour compenser partiellement la suppression des tarifs sociaux du gaz et de l'électricité.

La belle arnaque ...

Champion... des riches
6 milliards ! Quel cadeau ! Ministres et porte-paroles répètent la bonne nouvelle de ce projet de budget 2019, quelque 6 milliards d'impôts seront "rendus" aux ménages l'an prochain. Il faut faire croire que cette présidence des riches n'est pas. Il faut convaincre que la Macronista est équilibrée. Il faut faire oublier que la première année du quinquennat a fait trébucher la croissance.

La réalité est comme souvent bien différente.
Primo, n'oublions pas qu'il n'y a plus grand chose à "rendre" aux plus riches, puisque la taxation des revenus financiers est désormais rabaissée et plafonnée (flat tax à 30%), l'ISF supprimée, et même la taxe d'habitation leur sera épargnée. Au total, environ 5 milliards d'euros d'économies d'impôts chaque année ont été votées et mises en place dès la première année du quinquennat , 5 milliards dont nous n'entendrons plus parler, évidemment, puisqu'ils sont derrière nous.

Sur les nouveautés budgétaires pour 2019, le Haut Conseil des Finances Publiques, qui n'est pas un repère d'insoumis, loin s'en faut, s'est ému de quelques points. Dans un avis publié le 19 septembre sur les projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour l’année 2019, il s'étonne d'abord des mauvais résultats économiques de la France en 2018: certes, le ralentissement de la croissance en 2018 n'est pas que français. Mais "en France, le ralentissement a été plus prononcé que pour la moyenne de la zone euro avec une croissance limitée à 0,2 % pour chacun des deux premiers trimestres 2018". Cet écart, note-t-il, "porte essentiellement sur les dépenses des ménages, en particulier la consommation qui a stagné en France au cours du 1er semestre (+ 0,1 %) alors qu’elle continuait d’augmenter à un rythme proche de 1,5 % l’an dans la zone euro". Et il porte le coup de grâce, qui devrait faire frissonner la Macronista: "ceci pourrait s’expliquer notamment par les effets de la mise en œuvre de mesures fiscales qui ont pesé sur le pouvoir d’achat des ménages (augmentation de la CSG non totalement compensée sur la période par la baisse des cotisations salariales, hausse des taxes sur le tabac et les produits pétroliers)."
"Votre raisonnement, alors, c’est-à-dire le raisonnement que l’on nous serine depuis quarante ans, c’est : on va faire grossir le gâteau,  comme ça, les pauvres auront plus de miettes, les riches auront un plus gros morceau et tout le monde sera content.
C’est une imposture. C’est une escroquerie." François Ruffin à l'Assemblée nationale, 26 septembre 2018.

Le ruissellement ne fonctionne pas, ni sous Sarkozy ni sous Macron. Comme Sarkozy, Macron creuse le déficit public  - à 99 milliards d'euros contre 85 milliards en 2016 - à cause d'une politique anti-sociale et contreproductive. A cause des baisses d'impôts (0,2 point de PIB), le Haut Conseil s'inquiète que "la trajectoire de finances publiques définie par cette loi s’écarte des engagements européens de la France".

Le "cadeau" de Jupiter aux ménages n'est pas de 6 milliards d'euros en 2019, pas même 2 milliards. L'OFCE évoque effectivement une amélioration du pouvoir d'achat de 1,7 milliards d'euros (à comparer, encore une fois, avec l'ampleur des cadeaux consentis à quelques centaines de milliers de foyers aisés). La défiscalisation désocialisation des heures supplémentaires, la bascule de cotisations en CSG (- 4,2 Md€), et la baisse de la taxe d’habitation (- 3,8 Md€) est amputée de la hausse de la fiscalité énergétique (3 Md€) et du tabac (1,3 Md€) et du relèvement des cotisations Arrco-Agirc (1,9 Md€). Ces 1,7 milliards de gain de pouvoir d'achat seront également, par construction, plus importants pour les salaires les plus riches.

Pire encore, les ménages les plus économiquement contraints subiront les effets directs ou indirects d'autres mesures d'économies sur le budget de l’État qui vont affecter leur quotidien: le gouvernement a beau jeu de mettre en valeur les quelques 2 milliards de dépenses redéployées vers le plan Pauvreté (8 milliards d'ici 2022), mais la Sécurité sociale devra économiser 4 milliards. Les aides au logement (- 1,2 Md€) et les contrats aidés (- 2,1 Md€) seront réduits également. Les retraites et les prestations sociales (hors minimum vieillesse et allocation aux adultes handicapés) sont quasi-gelées. L'Éducation nationale va perdre 1800 postes. Les services fiscaux, 2300 (alors que l'évasion et la fraude fiscales n'ont jamais été aussi importantes); l’Environnement 1100; la Santé (500).

La baisse du coût du travail ne "ruisselle" pas en créations d'emplois, bien au contraire. Et pourtant, le gouvernement s'obstine. 

Le CICE est un échec, mais Macron le pérennise. Le CICE a permis de "soutenir les créations d'emplois" "de l’ordre de 100000 emplois créés ou sauvegardés sur la période 2013-2015"... une paille alors que le CICE a englouti 62 milliards d'euros sur la même période . A compter du 1er janvier 2019, il sera transformé en un nouvel allégement de cotisations sociales. Ensuite, le projet de loi PACTE prévoir de réduire d’environ 500 M€ les cotisations sur la masse salariale pour les entreprises dont les effectifs se situent entre 20 et 50 salariés. Enfin, la défiscalisation désocialisation des heures supplémentaires est la dernière fausse bonne idée pour abimer l'emploi et les embauches (pour un coût de 2 milliards d'euros environ.

Make Jupiter great again (bis)
Quand on a appris qu'Emmanuel Macron, en déplacement aux Antilles, faisait son mea culpa et qu'il demandait aux "journalistes, populations, élu(e)s" de l'aider, on est un peu tombés de notre chaise.

Avant de partir, d'un coup de stylo, Jupiter avait rayé les noms de trois candidats au remplacement du procureur de Paris François Molins, un signe d’interventionnisme direct de l'Elysée assez inédit et décomplexé. L'arrogance jupitérienne dans toute sa splendeur. Donc le petit cirque touristique et médiatique organisé aux Antilles pour montrer un jeune monarque "cool" en bras de chemises, allant aux devant des populations d'île en île, fait sourire.

Il aurait fallu oublier qu'en France, son gouvernement refusait encore une fois l'accueil d'une poignée de migrants transportés par l'Aquarius.

En Bretagne, Hollande pilonne Macron et son mépris de classe. A Lille, la maire Martine Aubry fusille à distance lors de sa conférence de rentrée où elle pilonne Macron et son mépris de classe:
"Quand on est président de la République, comment peut-on dire aux Français que ce sont des fainéants, qu’ils n’ont qu’à traverser la rue pour trouver du boulot, dire “va t’acheter un costard”, ou “le pognon de dingue pour les pauvres” ?" Martine Aubry, 28 septembre 2018.

Mais aux Antilles, le jeune monarque veut prouver qu'il a "compris" pourquoi il est si impopulaire. "Le président a décidé de changer" promet Le Monde. "Il a pêché, il se repent" complète le Figaro.  Les conseillers élyséens partagent les éléments de langage aux journalistes accrédités, lesquels doivent ensuite relayer le message de changement: Jupiter est devenu humble, compatissant, presque social: "je prends le temps d'aller au contact, d'expliquer, de parler aux gens quand ils ne sont pas d'accord." Il se frotte, il se confronte, il se précipite sur chaque passant, certains parfois s'écartent, agacés.

La démarche est grossière, et ne trompe pas grand monde.

Cette bêtise bourgeoise s'accompagne d'une arrogance naturelle qui reprend vite le dessus.

Un journaliste: "'Gaulois réfractaire', ça a été très mal compris ça..."
Macron: "Oui, mais c'était une erreur, et je l'assume."
Le  journaliste: "Une erreur de votre part ?"
Macron: "Non, une erreur de l'avoir réduit comme cela car cela entretient justement toute ces confusions."



Ami(e) macroniste, ne t'excuse pas.




22 septembre 2018

594ème semaine politique: Santé et chômage, le cercle vicieux du ruissellement macroniste

 

Où l'on déconstruit l'argumentaire social du président des riches, après l'échec du ruissellement et les économies sur le dos des patients et des chômeurs qu'il a mis en place.


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Rantanplan
Alexandre Benalla n'était pas garde du corps. Ni responsable de la sécurité de l'Elysée. Et s'il portait un flingue quand il était auprès du président de la République, c'était pour sa propre sécurité, pas celle de Macron. Voici trois des idioties que l'ex-barbouze de l'Elysée explicite, sous serment, devant la commission d'enquête sénatoriale dont il avait qualifié le président de "petit marquis" quelques heures auparavant. Cette audition fait rire, autant que les pressions précédentes proprement ahurissantes du clan macroniste pour que cette audition n'ait pas lieu avaient pu convaincre qu'il s'agit bien d'une affaire d'Etat. Le second auditionné, Vincent Crase, tente en vain de se cacher des caméras. Il refuse de dévoiler la fonction de Benalla. Il fait bien rire quand il explique qu'il n'avait jamais le temps de voir Benalla, "même pas pour déjeuner à midi".

Il y a donc une affaire Macron, Benalla et Crase ne sont que des pantins. Cette affaire fait flipper, tant elle révèle la désorganisation de l'Elysée, l'amateurisme de ceux qui nous gouvernent, les libertés qu'ils prennent avec le bon fonctionnement de la Présidence, et les délits individuels qu'ils tolèrent.

Mais cette affaire n'efface pas les "bonnes nouvelles politiques" de la semaine.


Flip-Advisor
Agnès Buzyn a retrouvé le sourire. Elle l'exhibe sur les plateaux de télévision pour présenter son plan santé. Enfin des bonnes nouvelles ! D'abord les propositions de création de communautés professionnelles territoriales de santé sont bien accueillies par les syndicats de médecins. Ensuite, elle supprime le numerus clausus des études de médecine qui disqualifiait en fin de première année les deux tiers des étudiants. Enfin, elle annonce des moyens supplémentaires, 400 millions d'euros l'an prochain ! C'est Noël en septembre !

Et au passage, elle glisse l'une des idées les plus crétines du moment, un nouvel exemple de cette maladie du nouveau monde, l'uberisation des esprits qui pousse chacun(e) à noter, "liker"ou "unliker":

"Les patients vont pouvoir noter les hôpitaux."

Patatras...

La manœuvre avait commencé deux semaines auparavant. Le 10 septembre, le ministère publie le bilan des dépenses de santé en 2017. La presse conservatrice et financière se jette sur une phrase choc: "la part du reste à charge direct des ménages dans la consommation des Biens et services médicaux poursuit son mouvement de baisse régulière depuis 2008 et s’établit à 7,5 % en 2017." Et hop ! Ce constat, souvent sans davantage d'analyse, tourne en boucle dans les médias !  Les ménages seraient de mieux en mieux pris en charge ! De quoi vous plaignez-vous les pauvres ?

On se réjouit évidemment que le "reste à charge" des ménages sur leurs dépenses de soins soit l'un des plus faibles de l'OCDE (8%, soit 15 milliards d'euros en 2017), et en diminution constante depuis une décennie. Mais la ficelle est grosse, et la réalité sacrément plus nuancée. Primo, le bila, publié par les services de Mme Buzyn traite de l'ancien monde, 2017, avant la révolution jupitérienne. Secundo, cette mesure est très partielle: elle ignore le manque de soins; et elle ne répertorie que la fraction non remboursée par l'Assurance maladie, pas les dépenses de soins intégralement à charge des ménages. Tertio, ce constat est réducteur: il tait honteusement que les ménages ont à leur charge des cotisations sociales (13% du financement de l'assurance maladie par exemple) et de mutuelles - le reste à charge après remboursement de la Sécu est de 28% en moyenne, hors patients en Affection de Longue Durée, il tombe à 8% après prise en charge des mutuelles qui elles-même sont payées... par les patients.

4 milliards d'économies en 2018
Mais ne gâchons pas le bonheur d'Agnès Buzyn. La ministre était heureuse d'annoncer qu'elle avait du budget ... Vraiment ? Qui a oublié la Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2018 (LFSS 2018) et ses 4,2 milliards d'euros d'économies ? L'action du gouvernement Macron depuis juin 2017 tient en quelques mesures majeures:

1. L’adossement du RSI au régime général est un transfert d'environ 15 milliards de charges et autant de produits vers le régime général. Le RSI couvre 4,6 millions d'assurés en maladie, 2 millions de retraités et 2,8 millions de cotisants dont 40% sont micro- entrepreneurs.

2. Le report de la revalorisation des retraites a permis d'économiser -400M€ (tandis que l'équipe macroniste se gargarisait d'avoir revalorisé le Minimum Vieillesse de +120M€). La mise en œuvre des réformes Sarkozy puis Hollande du régime de retraites a par ailleurs permis d'économiser à peu près autant. La désindexation des retraites de l'inflation est le dernier coup dur en date.

3. La démolition des dispositifs Hollande de prise en compte de la pénibilité au travail est un autre fait d'armes de Jupiter. Le président des riches a fait supprimer la cotisation pénibilité due par les entreprises et le fonds pénibilité créé sous Hollande. Dans ses Ordonnances Travail de l'été 2017, il a gravement allégé la mesure de la pénibilité par les entreprises (pour le calcul des conditions de retraites ultérieures). Pourtant la France est l'un des pays où les inégalités sociales de mortalité et de santé sont les plus élevées en Europe occidentale. Pire, elles s'aggravent. A 35 ans, un cadre a encore 49 ans d'espérance de vie, dont 34 en bonne santé. Un ouvrier du même âge, seulement 43 années, dont 24 en bonne santé.

4. Macron a réduit également les prestations familiales, 300M€ d'économies, essentiellement sur les allocations pour la petite enfance.

5. Mais le plus important fut certainement les 4 milliards d’économies sur l'assurance maladie. La progression naturelle des prestations maladie (+3,2% en 2017 ramenés à +2,2% en 2018) a été contenue par un plan d'économies de 4 milliards: "la taille de la population, le vieillissement et la prévalence des ALD, expliquent au total près de 60 % de la croissance des dépenses de santé" notait la Sécu en 2017. Malgré ces évolutions structurelles, le gouvernement a cherché à économiser sur le dos des patients tout en réduisant la pression fiscale sur les foyers les plus riches. Le plan d'économies, détaillé par les services de Bercy, a frappé les hôpitaux publics (1,5 milliards) et les patients (réduction des prescriptions de médicaments et dispositifs médicaux pour 320 millions; effort de "maîtrise médicalisée" demandée aux médecins dans leurs prescriptions pour 320M€; moindre prise en charge des arrêts de travail pour 240M€; augmentation du forfait hospitalier pour 200M€; déremboursements de spins pour 180M€).

Face à ce premier bilan, temporaire, le "plan santé pour 2022" présenté en fanfare par Emmanuel Macron lui-même puis ses perroquets ministres et député(e)s fait pâle figure: l'effort de 400 millions d'euros, débloqués pour financer diverses mesures (dont 4000 postes d'assistants médicaux payés au SMIC) est une goutte d'eau, 10% à peine des économies demandées à la santé publique cette année. Le gouvernement veut aussi créer 400 postes de médecins généralistes salariés dans des déserts médicaux par le biais d'incitations non encore négociées avec les syndicats de médecins, et, vraie bonne nouvelle, la réduction progressive de la part de financement à l’activité (T2A) et à l’acte mise en place sous Sarkozy et responsable d'une gestion injuste et inefficace des hospitalisations.

Last but not least, Macron n'a rien à dire, rien à proposer à la moitié des personnel de santé... les infirmier(e)s. Une profession sous tension, au bord de la crise de nerfs et du burn-out, qui se supporte en première ligne pourtant l'essentiel des travers du système actuel pointé par le gouvernement dans sa présentation du plan - saturation des urgences, 

Le cercle vicieux du ruissellement
Mais ce n'est pas tout. La politique fiscale de Macron, en sus d'être injuste, a aussi fait des dégâts sur les comptes sociaux.

Pour 2018, le gouvernement Macron avait fait voter "un allégement sans précédent des prélèvements sur les revenus d’activité" en supprimant le paiement de certaines cotisations sociales (assurance maladie, assurance chômage). En instaurant la "flat tax" qui forfaitise et plafonne les impôts et cotisations sociales sur les revenus du capital, le gouvernement a aussi allégé de 2,4 milliards d'euros les prélèvements sociaux sur les revenus du capital qui finançaient la Sécu. En contrepartie, la CSG avait augmenté pour tous (sauf sur les indemnités chômage et les retraites inférieures à 15 000 euros par an, soit 40 % des retraités ayant les revenus les plus faibles; et sauf pour les revenus du capital épargnés de toute hausse de prélèvement grâce à la flat tax...).

Notez le tour de passe-passe: 7 milliards d'allègement de cotisations sociales d'un côté, 25 milliards d'euros d'augmentation de CSG de l'autre... Les vrais gagnants ? Ces ultra-riches qui ont vu leur imposition et cotisations sociales baisser grâce à la suppression de l'ISF et surtout l'instauration de la flat tax.

Pour la Sécu, les conséquences furent structurelles. Comme le prévoyaitl'administration l'an dernier, cette réduction de cotisations sociales couplée à une hausse massive de la CSG "augmente les recettes des régimes de base et du Fond de Solidarité Vieillesse alors qu’elle diminue celles de l’UNEDIC", c'est-à-dire de l'indemnisation chômage. En d'autres termes, par ce tour de passe-passe, les comptes des branches santé et vieillesse récupéraient davantage de financement, alors que l'assurance chômage se trouvait déstabilisée.

Un an plus tard, nous voici en septembre 2018. Nulle surprise à voir le gouvernement réclamer plus d'un milliard d'euros d'économie annuels  aux partenaires sociaux qui gèrent l'UNEDIC. La boucle est bouclée.

Jeudi, la ministre Muriel Pénicaud, qui attend toujours sa mise en examen pour favoritisme du temps où elle gaspillait de l'argent public pour les soutenir les premiers pas de la candidature Macron, dévoile enfin son objectif austéritaire - 3,6 milliards sur les 3 prochaines années.

Moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par l'UNEDIC, rappelons-le. Non seulement les chômeurs vont morfler, mais c'est aussi le signe de l'échec d'une politique. La reprise économique n'a pas eu lieu.  

Le "ruissellement" des énormes cadeaux fiscaux à quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches et des exonérations de contribution sociale sans contrepartie n'a pas eu lieu. Le chômage ne baisse pas, voir il augmente. L'emploi intérimaire a perdu de son dynamisme. La dernière mesure sarkozyste annoncée en fanfare début septembre - l'exonération de cotisations sociales des heures supplémentaires, ira aggraver la situation des comptes sociaux tout en décourageant l'embauche comme lors du quinquennat Sarkozy.

Il faut resituer la lâche petite phrase de mépris d'Emmanuel Macron sur les chômeurs dans le contexte de ces annonces Pénicaud. A un jeune horticulteur au chômage qu'il croise dans les Jardins de l'Elysée le jour de l'ouverture au public pour les Journées du patrimoine, il le sermonne et lui conseille de traverser la rue pour faire la plonge.


"Vous allez à Montparnasse par exemple… Honnêtement, hôtel, café, restaurant, je traverse la rue, je vous en trouve !. " Emmanuel Macron, 16 septembre 2018

Cette petite phrase méprisante fera une semaine de polémiques, mais elle rappelle surtout l'agenda politique macroniste: les chômeurs n'ont qu'à se bouger.




Ami macroniste "de gauche", mais qui donc es-tu ?



14 septembre 2018

593ème semaine politique: ce qu'a fait Emmanuel Macron pour les pauvres

 

 

Où l'on parle de l'action du jeune monarque à destination des neuf millions de pauvres du pays. 

 

Et de quelques caprices autocratiques. 

 

 

Émanciper les riches
Emmanuel Macron a déjà fait beaucoup pour les pauvres. Il les a d'abord méprisé publiquement: il les a accusé de coûter un "pognon de dingue" (qu'il est cocasse d'entendre les Griveaux, Bergé, Valls déjà parti et autres perroquets militants applaudir aujourd'hui au "pognon de dingue" prétendument promis pour "éradiquer la pauvreté"). Il s'est moqué de "ceux qui ne sont rien" que l'on croise dans les gares. Sur le sujet sensible de la santé, sa ministre Agnès Buzyn a également incarné ce mépris de classe par quelques formules glaçantes depuis que Macron est au pouvoir: à propos de l'une des rares promesses sociales - la gratuité des lunettes et des prothèses dentaires - elle avait ainsi rapidement minoré l'ambition d'une formule méprisante : "on n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde." Et que dire de ces héros de la Macronista tels le député de Paris Sylvain Maillard qui raillait les SDF "dans la rue par choix", ou sa collègue O'Petit qui moquait les étudiants "qui pleurent pour 5 euros d'APL en moins" ?

Sur son estrade, frappée d'un logo de la République française qu'il a fait modifier d'une croix de Lorraine sans crier gare, ce jeudi 13 septembre, Macron loue encore les "premiers de cordée". Il enfonce le clou, bravache qu'il est: "ce combat, c'est un combat de justice, de dignité, de responsabilité, n'oublier personne, c'est dire en quelque sorte comme diraient certains, au premier de cordée : n'oubliez pas les derniers de cordée." Pense-t-il à ces 400 000 foyers ISF heureux gagnants de la première année du quinquennat ? A ces traders de la finance londonienne qu'il tente d'attirer à coup de crèche, école, lycée et exonérations fiscales dédiées ?

Macron utilise des belles formules, souvent éloignées de la réalité de son action. Il parle de "projet solidariste et humaniste qui fait que chacune et chacun doit considérer qu'une part de notre place dans la société est aussi un peu d’aider l'autre". La semaine précédente, le Conseil constitutionnel a validé son Code de la Honte qui rapproche la République française du programme xénophobe des gouvernements italien, autrichien et hongrois en sabrant le droit d'asile. Macron a un projet "solidariste et humaniste"... ne riez pas, voici Docteur Jekyll et Mister Hide.

Macron en rajoute donc sur sa métaphore préférée de la "cordée". Et cela sonne faux, faux comme le discours d'un "nouveau converti" qui en rajoute au point de devenir gênant. Sur les réseaux sociaux, quelques journalistes ricanent. Mais qui donc lui a écrit son texte ? "Il y a dans chaque enfant qui naît dans une famille pauvre un Mozart qu'on assassine. C'est insupportable d'injustice et de gâchis". Macron insiste sur les inégalités de naissances et "les accidents de la vie".  Il donne une cohérence à son action: "Il ne s'agit pas là de dire parce que j’entends toujours les commentaires, c'est un formidable tournant social, je crois à l'unité de la politique qui est conduite par le gouvernement."  

Macron plaide donc que ce volet social n'est qu'une facette d'une politique plus grande qui vise à donner à chacun(e) une activité. Vraiment ?

Dans sa première loi de finances, Macron a abaissé lourdement la fiscalité des plus riches: suppression de l'ISF (3,5 milliards d'euros par an pour 350 000 foyers), réduction et plafonnement des impots et cotisations sur les revenus financiers (la fameuse "flat tax" soit 1,5 milliards d'euros minimum par an), allègement des taxes sur les professions financières pour attirer les cadres de la City après le Breixit, suppression de l'exit-tax, etc... soit quelques 6 milliards d'euros d'exonérations sans contrepartie, une politique fiscale irresponsable qui ne favorise pas l'investissement mais la rente et le placement financier.  Mais comme le président des riches s'est engagé à réduire le déficit public, cette réduction se finance sur le dos de la dépense publique- plan "CAP2022" (30 milliards d'euros d'économies d'ici 2022), suppression de postes dans les services publics, réduction des dotations aux collectivités locales, plan d'économies à la Sécurité sociale.

"Robin des bois à l'envers", Macron prend à tous pour redistribuer à quelques-uns. 

Merci patron.

Discours contre réalité
Jeudi 13 septembre, Macron insiste sur l'inégalité des chances, la reproduction de la pauvreté de génération en génération: "Le scandale de la pauvreté, c’est-à-dire de vies qui ne sont pas choisies, d’accidents qu’on a subis, de batailles qu’on a menées, parfois perdues. (...) Le cœur de la philosophie que je porte, c'est le retour à l'activité" explique-t-il.  D'aucuns pourraient considérer qu'il s'agit de revaloriser le mérite et de fustiger la rente. Que nenni ! Les premières mesures, massivement couteuses pour les comptes publics, du jeune monarque ont justement été d'exonérer la rente. Pour s'excuser, il brandit la suppression de la taxe d'habitation pour tous (même les riches), mais elle sera compensé par d'autres taxes ou économies sur les services publics qui frapperont tous les foyers. Macron braille qu'il a réduit les cotisations salariales (santé, chômage) de 3 milliards d'euros, mais cette baisse est compensée par une augmentation de la CSG pour tous (+1,7 point).

Emmanuel Macron a déjà fait beaucoup pour les pauvres. 

Il les a fragilisé.

Pour leurs enfants, il a remplacé un système d'affectation post-bac défaillant par un système plus élitiste et plus précarisant pour le plus grand nombre. Il a créé un "bac pour riches", qui fait la part belle au contrôle continu (bac des communes riches contre bac des communes pauvres), au grand oral et aux matières littéraires.

Le président des riches a réduit les aides au logement pour les ménages modestes (soit environ 2 milliards d'euros d'économies par an, l'exact montant qu'il affirme aujourd’hui consacrer à son plan pauvreté... ) et entend supprimer les emplois aidés d'ici l'an prochaine. L'immense majorité de ces derniers sont dans le secteur non-marchand, principalement en milieu scolaire et associatif. C'est-à-dire justement là où les ménages les plus modeste en ont besoin. Grâce à Macron, la Sécurité sociale rembourse moins, et la crise hospitalière a été aggravée par une réduction de budget en 2018: hausse du forfait hospitalier, suppression de 1,6 milliards d'euros de crédits pour les hôpitaux, et déremboursements de soins.

Emmanuel Macron a déjà fait beaucoup pour les pauvres. Il a déjà réduit leur maigre pouvoir d'achat pour sa première année du quinquennat. L'alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence sans compensation pour les plus pauvres en est une des causes. Pour 2019 et 2020, il a même plafonné la revalorisation des aides au logement (APL), de l'ensemble des allocations familiales et des pensions de retraite à 0,3%, soit 1,3 point en deçà de l'inflation.

Emmanuel Macron a déjà fait beaucoup pour les pauvres. Il s'est assuré qu'il y en aura d'autres. Le premier piège à pauvreté est le travail, ou plutôt son absence, ou sa précarité. Justement, la première mesure de Jupiter fut les Ordonnances Travail, ou le renforcement de la précarité au nom de la "peur de l'embauche": création du contrat de travail le plus précaire: révocable comme un CDI à la fin d'un projet, limité comme un CDD, renforcement des pouvoirs des employeurs contre les conventions collectives plus protectrices, limitation des recours aux prud'hommes, facilitation des licenciements, suppression de 200 000 représentants du personnel avec la réduction du nombre d'instances représentatives du personnel. Dans sa loi suivante sur "la liberté de choisir son avenir professionnel" (sic!), Macron a élargi le plafond de revenu des auto-entrepreneurs pour favoriser ce statut précaire. En parallèle, il a fait durcir les conditions d'"offre raisonnable d'emploi" pour les chômeurs.

Emmanuel Macron veut faire davantage  pour les pauvres, un "pognon de dingue". Presque autant en 4 ans pour 9 millions de pauvres que ce qu'il a fait en deux ans pour 500 000 foyers les plus riches.

Dans son discours, il loue l'ambition d'émanciper: "il y a au cœur, de ce dont nous parlons," explique-t-il, "un projet productif qui permet seul l'émancipation de chacun." Mais Macron a surtout émancipé les riches, les puissants et les grandes entreprises à travers la libéralisation du code du travail, la préparation à la privatisation de quelques joyaux (le rail, les aéroports), la défiscalisation des revenus financiers. Le Président des riches s'inquiète de la révolte possible des pauvres et des classes populaires: " Ceux qui ont pensé à un moment qu'on pouvait réussir à quelques-uns dans une société, sur des territoires, ils ont eu à vivre à un moment la protestation de leur propre peuple, regardez de l'autre côté de la Manche ce que dit le Brexit, il dit simplement qu'une part du pays s'est dit : ce projet-là n'est plus pour moi, je n’ai plus ma place, ces gens-là ne me veulent pas, ils ont oublié qu'il y avait une corde, ils sont partis de l'autre côté de la montagne et m'ont laissé seul."

Charité de classe
Jugeons donc la réalité des mesures proposées. Il s'agit d'un mélange de mesures ultra-précises mais non chiffrées et souvent au conditionnel, et d'un chiffrage global, cumulé sur 4 années pour faire plus importants (et soumis aux futures lois de finances et de financement de la Sécurité sociale des années 2019 à 2022).

Voici les principales mesures annoncées, avec leur chiffrage ramené en base annuelle pour faciliter la comparaison avec les cadeaux fiscaux, réels et votés, de la seule première année du quinquennat Macron pour les 2% des foyers les plus riches - soit 5 à 6 milliards d'euros. A chaque fois, le même constat : l'indécence n'est pas dans ces mesures, mais dans la faiblesse de ces ambitions, l'incroyable pingrerie de la clique macroniste qui, tels quelques puissants de l'Ancien régime, croit s'acheter une bonne conduite avec cette exercice de charité aristocratique.

Communication numéro 1 - "L’égalité des chances dès les premiers pas" - 310 millions d'euros annuels. 

Le gouvernement recycle (30 000 nouvelles places en accueil collectif déjà votées), et énumère des mesures floues et sans moyens - "plan de formation" des 600 000 professionnels de la petite enfance, "renforcement de la politique de soutien à la parentalité" (fichtre !) et renforcement de "la transparence des modalités d’attribution des places de crèches."

Il promet la création de 300 crèches d’ici 2020, d'un "bonus mixité sociale" dans l’accueil collectif pour 90 000 places, et du tiers payant du complément mode de garde courant 2019 pour l’accueil individuel.

Il ne s'épargne aussi aucune hypocrisie: il promet de "soutenir les collectivités dans 60 quartiers prioritaires avec deux adultes par classe de maternelle (un Agent territorial spécialisé des écoles maternelles et un enseignant)" alors que , "en même temps", il a décidé de supprimer 13 milliards d'euros de dotation aux collectivités locales, l'équivalent de 60 000 agents territoriaux et, last but not least, de supprimer d'ici l'an prochain les emplois aidés dont une grande partie sont en fait des renforts dans l’Éducation nationale.

Communication numéro 2:  "garantir les droits fondamentaux de l'enfant" - 67 millions d'euros annuels. Macron promet "des repas à 1 euro à la cantine et des petits déjeuners proposés dans les écoles prioritaires": en fait, le gouvernement entend proposer aux "communes les plus fragiles de moins de 10 000 habitants" (exit les pauvres des grandes agglomérations), un mécanisme d’incitation "pour appliquer une tarification sociale de la restauration scolaire avec un plafond du barème le plus bas à 1€ le repas."

Communication n° 3: "Un parcours de formation garanti pour tous les jeunes" - 110 millions d'euros annuels. Après le fiasco de Parcoursup (le système d'affectation post-bac a laissé sur le carreau environ 120 000, dont 50 000 sans affectation aucune à deux semaines de la rentrée universaire), le gouvernement remet le couvert. Il créé une "obligation de formation jusqu'à 18 ans" - ça n'engage à rien, cela ne veut pas dire grand chose, mais c'est joli dans la plaquette. Le gouvernement étend de 100 000 places la Garantie Jeunes créé par Hollande.

Communication n° 4: "des droits sociaux plus accessibles, plus équitables et plus incitatifs à l’activité" - 1,2 milliard d'euros par an. L'essentiel du plan est là. Le gouvernement entend fusionner progressivement toutes les aides existantes pour simplifier les dispositifs. La com' élyséenne appelle cela "créer un revenu universel d'activité", mais cela n'a rien à voir avec un revenu minimum garanti et inconditionnel. Le coût de cette mesure n'est pas chiffré. Pire, il promet de "moderniser la délivrance des prestations sociales en favorisant les échanges d’informations entre acteurs", en gros, faciliter le flicage des bénéficiaires entre organismes.

A l'inverse, Macron recycle une mesure déjà votée pour 2018, la revalorisation de la prime d'activité pour 3 millions de ménages, et "80 € par mois au niveau du SMIC" (trop généreux !). Plus intéressant, le gouvernement renomme une promesse de campagne: exit le remboursement intégral, désormais, il s'agit d' "accompagner le « 100% santé » sur l’optique, les aides auditives et le dentaire."

Charité macroniste oblige, la CMU sera faussement améliorée: le gouvernement promet une "aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS), marquée par un taux de non-recours supérieur à 50 %, sera intégrée à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-c) avec une participation financière inférieure à 1€ par jour." Vous avez bien lu. Moyennant 30 euros par mois, les pauvres pourront bénéficier d'une complémentaire santé...

Enfin, le gouvernement annonce 1450 places supplémentaires d’ici 2022 pour les lits d’accueil médicalisé (LAM) et lits halte soin santé (LHSS) et 1200 places supplémentaires pour les appartements de coordination thérapeutique (ACT). Comment juger ? Le même gouvernement refuse de dévoiler le nombre de lits d’hôpitaux qu'il entend fermer cette année.

Communication n° 5: "l’accompagnement de tous vers l’emploi" - 260 millions d'euros annuels
Après les Ordonnances Travail, cette annonce est sans doute la plus hypocrite. Le gouvernement créé une "garantie d'activité" pour 300 000 allocataires par an, soit environ 5% des adultes qualifiés de pauvre dans ce pays (50 millions d'euros par an). Il ne promet pas de simplifier le parcours d'attribution du RSA et alléger les conditions de flicage administratif imposés par Sarkozy (rappelons qu'environ 5 milliards d'euros ne sont pas réclamés par leurs bénéficiaires), il promet de simplifier l'orientation des bénéficiaires qui demandent le RSA, nuance.... Grosse nuance.

S'ajoute la création de 100 000 postes dans l'insertion sur 4 ans: de quoi parle-t-on ? Patatras ! Le dossier de presse du gouvernement comporte des informations contradictoires. Enfin, le gouvernement ajoute 240 M€ au total "mobilisés pour améliorer la formation des salariés du secteur social de l'insertion (IAE)."

La politique de Macron vis-à-vis des 9 millions de pauvres consiste à faire le minimum, et à en exiger le remboursements par des économies ailleurs sur le dos des mêmes plus fragiles. 

De quel "équilibre" Macron est-il le nom ?

Caprices monarchiques
On avait failli rater ces annonces charitables. Et c'est sans doute trop d'honneur que de leur consacrer autant de lignes, une goutte d'eau dans la politique macroniste. Cette semaine, il y a plus cocasse.

La désignation du fidèle opportuniste François de Rugy au ministère de la transition écologique, lequel embauche rapidement un agent d'Havas pour sa communication politique et soigner ses revirements antiécologistes, n'empêche pas, évidemment, le refus des députés LREM de garantir l'interdiction du glyphosate dans l'utilisation des pesticides industriels. En fin de semaine, la jeune ministre Brune Poirson s'agite sur son clavier pour contre-tweeter alors que les député(e)s marcheurs se couchent encore devant les lobbies de la chimie.

Malgré ses nombreuses casseroles judiciaires, le zélé Richard Ferrand est désigné président de l'Assemblée. L'hémicycle sera bien tenu. Une soixantaine de marcheurs n'ont pas soutenu cette candidature, quelle fronde ! Ferrand fait un trait d'humour misogyne - "excusez moi de ne pas être une dame" - face aux journalistes qui l'interrogent sur ce nouveau monde qui ressemble à l'ancien.

Plus drolatique, l'Elysée informe qu'une boutique physique va ouvrir dans le Palais pour vendre quelques produits dérivés. Le général de Gaulle payait son électricité. Macron affuble le symbole de la République d'une Croix de Lorraine et facture 55 euros des tee-shirts à son effigie pour financer son palais. La version en ligne dispose déjà de quelques tee-shirts à la gloire du jeune monarque. Plus ridicule encore, on apprend qu'Alexandre Benalla, l'ex-garde du corps du monarque pris en flagrant délire de violences contre manifestants un premier mai de 2018, avait expliqué lors de sa garde à vue en début d'été qu'il était responsable de cette boutique ! Ne riez pas, la République est à terre.

Benalla refuse l'audition prochaine devant la commission d'enquête du Sénat. Il a des mots violents, indignes: "M. Philippe Bas (président de la commission sénatoriale), je mesure très bien mes propos, ce petit marquis m'impose aujourd'hui de venir devant lui, sinon il m'envoie la police ou la gendarmerie.". Il n'est pas seul. Christophe Castaner, le patron du parti macroniste, prouve une nouvelle fois sa bêtise contreproductive en accusant le Sénat de chercher à destituer le Président (lol...). Puis voici la ministre de la Justice elle-même qui dénonce une "immixtion du pouvoir exécutif dans une procédure judiciaire". Elle écrit même une tribune dans le Monde pour justifier que Benalla mis en examen peut choisir devant ses juges "de se taire", un droit "garanti notamment par la Convention européenne des droits de l'homme"... On est stupéfait, voici donc la ministre de la Justice, d'un gouvernement émanation fictive du parlement, qui donne des conseils juridique à un barbouze de l'Elysée. Puis le sbire Griveaux, porte-parole macroniste et candidat à la mairie de Paris, qui lâche publiquement qu'il regrette que la commission sénatoriale ne soit pas dirigée ... par un membre du parti macroniste (sic!). Et enfin Macron lui-même, qui s'indigne et passe un coup de fil au président du Sénat pour se plaindre de l'audition.

Ministres et président s'inquiètent publiquement de l'audition d'un homme dont ils minoraient tous l'importance. Qui doute encore qu'il s'agit d'une affaire d'Etat ?







8 septembre 2018

592ème semaine politique: Macron est-il xénophobe ?

 

 

 

Voici la crise politique: les premiers doutes, une majorité politique qui se désynchronise une fois de plus très rapidement de son socle électoral, de mauvais résultats qui s'accumulent. Le système politique est en crise. 

Le rêve jupitérien a disparu. Le "nouveau monde" a fait pschitt. Et l'on découvre cette proximité politique inavouée entre les gouvernements français, hongrois, italien et autrichien.

 



LA CRISE POLITIQUE
La crise est politique car qui croit encore aux bêtises macroniennes ? La crise de confiance frappe au cœur.

La crise politique se dévoile quand la communication officielle ne prend plus. L'affaire Benalla est toujours là. Le remplacement de Hulot est un cirque. L'élection du successeur de Rugy au perchoir de l'Assemblée une caricature de Vème République.

Le BenallaGate reprend son cours. On attend l'audition du barbouze de l'Elysée. On découvre qu'il se trimballait avec le trophée de la Coupe du monde de foot au lendemain de la victoire des Bleus; que l'Elysée a fait effacer son salaire dans le contrat de travail transmis à la justice; que Benalla s'est bien assuré que les Bleus racourcissent leur trajet de célébration sur les Champs Elysées pour rejoindre Macron au Palais. On attend surtout la fameuse réorganisation des Pieds Nickelés élyséens. L'affaire Benalla a révélé (1) des barbouzeries illégales, (2) une incompétence notoire à l'Elysée et LREM, et (3) des mensonges au sommet de l'Etat pour couvrir cet effarant amateurisme.

Première victime, Bruno Roger-Petit. L'ex-journaliste fut nommé en charge de la communication élyséenne pour bons et loyaux services rendus avec sa carte de presse pendant la campagne de 2017 sur les ondes et les réseaux sociaux il y a juste un an. Le voici enfin viré de la Présidence - on dit "ex-filtré" en langage officiel. Son année élysée s'est achevée sur sa première et dernière intervention publique, face aux caméras, pour proferrer quelques gros mensonges dans les premières heures de l'affaire Benalla.

La crise politique se mesure quand la majorité se fissure. La nomination de Rugy en remplacement de Hulot déclenche une élection au Perchoir de l'Assemblée. Qui pour présider l'Assemblée nationale ? Le/la député(e) issue du camp macroniste a toutes ses chances vu l'écrasante majorité LREM. Richard Ferrand, chef du groupe, encombré de casseroles judiciaires depuis que Mediapart et le Canard Enchaîné ont révélé l'an dernier qu'il se servait de sa présidence du département de Bretagne pour arranger ses finances familiales, est désigné par Jupiter. Deux dissidentes s'opposent - l'effacée Barbara Pompili (ex-EELV) et la présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet. Cette dernière, qui a planté la commission d'enquête des député(e)s sur l'affaire Benalla, se déclare candidate mardi matin, expliquant que Richard Ferrand n'incarne pas le renouvellement politique. Et se désiste cinq heures plus tard après une salve de menaces internes de l'Elysée et des proches de Ferrand. Le nouveau monde fait regretter l'ancien.

Macron est contraint de resserrer son équipe sur le petit cercle des plus fidèles et des très ambitieux. Il a perdu les convaincus d'un jour, le socle fragile qui l'avait porté aux nues. La démission surprise de Nicolas Hulot n'abime pas seulement une énième rentrée politique. Elle plante l'argumentaire macronien. Hulot part en dénonçant le faux discours, les vraies trahisons, le poids des lobbies, et l'impasse budgétaire européenne.

Le remplacement de Nicolas Hulot vire au psycho-drame. Des noms circulent, le cirque des petites ambitions est assez incroyable à observer. Le "nouveau monde" ressemble à une caricature de l'ancien. Macron choisit immédiatement Rugy, un écolo-libéral qui chaque fois suit le pouvoir. Mais il fait croire qu'il consulte jusqu'à Daniel Cohn-Bendit et Pascal Canfin car il faut faire croire qu'il consulte, qu'il a le choix, que les ambitions se pressent à l'Elysée pour servir la Grande Transformation. En réalité, il ne,peut que choisir parmi quelques sbires prêts à avaler toutes les couleuvres nécessaires pour cacher l'inaction coupable face au dérèglement climatique.

La première décision du ministre Rugy est de valider le projet de mine aurifère de la "Montagne d'Or" en Guyane, la récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé, sur 8 km2 en forêt amazonienne. Une aberration écologique que Rugy valide sans souci ni remords puisque Jupiter en a décidé ainsi.

Il y a aussi cette ministre des sports, Laura Flessel, démissionnée pour raisons fiscales. On découvre deux jours plus tard que son ministère devra supprimer 1 600 postes d'ici 2022 - entraineurs, conseillers, directeurs techniques. C'est une boucherie dans le sport national français, dévoilées deux mois à peine après la victoire des Bleus à la Coupe du Monde de football e, Russie.

Bel effet Coupe du Monde...

La crise est politique quand le peuple ne croit plus en ces dirigeants. Faute d'élections, on s'accroche aux sondages. Et voici Macron sèchement disqualifié, plus brutalement que Hollande en son temps. Le nouveau monde a vécu. Les sondages deviennent effarants. "Si on s'était occupé des sondages, Macron n'aurait jamais été candidat" minore la députée Aurore Bergé, c'est faux mais ça rassure les esprits faibles. Hollande a été empêché de se représenter notamment à cause de son impopularité sondagière auprès de son socle électoral initial. Tout se dérègle. Hulot démissionnaire redevient la star des cotes. La popularité de Macron s'effondre plus bas que celle d'Hollande à la même période du mandat. Une écrasante majorité s'inquiète du poids des lobbyes dans les coulisses du pouvoir jupitérien.

La crise politique nait surtout de l'échec d'une politique. Tous les voyants sont au rouge. Entre mensonges libéraux, hypocrisie de classe et incompétences notoires, la Macronie au pouvoir ne surprend pas. Le "ruisselement" tant attendu ne fonctionne pas. Pire, les cadeaux fiscaux aux plus riches, comme les allègements fiscaux pour les entreprises n'ont rien donné, ils ont affaibli la croissance. Et le gouvernement s'enfonce, il promet une défiscalisation des heures supplémentaires qui affaiblira d'autant mieux les embauches déjà fragilisées par ce retournement inattendu de conjoncture en France.

Les premiers échecs macronistes sont aussi ailleurs. Rentrée des classes oblige, il faut se pencher sur les faramineux résultats de Parcoursup. Bizarrement, son fiasco fait moins de bruit que les difficultés de quelque 6000 bacheliers il y a un an. La ministre Frédérique Vidal ment, ment et re-ment: elle promettait que "les facs ne seront pas sélectives", Parcoursup a au contraire permis de généraliser la sélection à tous les établissement universitaires du pays . Elle avait promis que tous les bacheliers auraient une place grâce àn Parcoursup, ce qui est faux. Pire encore, Vidal justifie que seuls 3 000 jeunes sont encore "sans affectation". Il y en a en fait ...  120 000.

Les député(e)s macronistes veulent se rassurer - la rentrée parlementaire et son lot de lois de contre-réforme vont divertir l'attention et convaincre l'assistance de penser à autre chose. La loi PACTE, justement, est à l'étude. Quelques anciens gauchistes reconvertis en Macron-fans tentent d'imposer une plus grande transparence sur les écarts de salaires dans les entreprises. Après avoir voté la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax, la démarche est cocasse, naïve, presque ridicule. Mais voici que le gouvernement cherche en parallèle, grâce à la même loi, à relever de 15.000 à 200.000 euros le montant à partir duquel les entreprises ne payant pas leur impôts verront leurs noms rendu public...

"Selon que vous serez puissant ou misérable, - Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." Jean de la Fontaine.

La macronista s'abrite aussi derrière le fameux "travailler plus pour gagner plus"... L'échec sarkozyste ne leur a pas suffit. Ils s'obstinent. Silence sur les inégalités de patrimoine faramineuses, qu'ils ont contribué à renforcer avec la suppression de l'ISF et l'instauration de la Flat Tax notamment: "Un Français sur deux a donc un stock de richesse supérieur à 158 000 euros. Cette moitié de la population la mieux dotée possède au total 92 % du patrimoine. Cela veut dire, a contrario, que la moitié des Français les moins riches, eux, ne possèdent que 8 % du patrimoine total des Français." commente ALTERNATIVES ECONOMIQUES. "les 10 % des ménages les mieux dotés en patrimoine possèdent, en moyenne, 1,25 million d’euros. C’est 627 fois plus que les 10 % les plus modestes, qui doivent se contenter, toujours en moyenne, de 2 000 euros. Quant aux très très riches, le 1 % des Français les plus fortunés, ils ont accumulé en moyenne 4,1 millions d’euros !" Le silence sur ces inégalités, qui pèsent sur l'activité économique, est aussi macroniste qu'effarant.


L'AUTORITARISME LIBÉRAL
A Marseille, Macron s'affiche avec Merkel. Génuflexion devant la patronne de la CDU, jolis clichés face à la Méditerrannée, et belles paroles creuses pour lancer la campagne européenne. Les deux se déclarent "très préoccupés par la montée des populismes et des migrants".

Tout est dit.

Macron s'abime en louant "l'Europe de la paix." Féru d'Histoire, notre Jupiter national oublie la guerre des Balkans des années 90 - 300 000 morts au coeur de l'Europe en une décennie, rien que cela. Cette Europe de la paix détourne, bloque, et laisse couler des bateaux de migrants dans la Méditerranée, ou asservit la Grèce pour sauver la face de Goldman Sachs et les créances de la complaisance bancaire européenne.

Macron s'abime en déclarant que "L’Europe n’est pas un supermarché, l’Europe est un destin commun." Il a validé le CETA, applaudit à l'ouverture des marchés "et en même temps" les restrictions à la circulations des citoyens.


Macron fait silence sur les similitudes effarantes entre sa politique et celles des populistes autrichiens et italiens. Ce libéralisme autoritaire prend des formes variées en Europe. Macron tente d'imposer un autre clivage, "européistes contre souverainistes", avec l'aide, le concours, le soutien de la majorité des éditocrates français. Dans cette analyse grossière, les insoumis en France, le mouvement "AufStehen" en Allemagne sont évidemment amalgamés avec les neofascistes italiens ou l'ultra-libéral autocrate Orban dont les députés européens siègent pourtant avec les élus d'Angela Merkel au Parlement européen. Macron réclame une clarification, mais laquelle ? ce jeu de dupes ne doit pas faire illusion. Pourtant, même le Monde est forcé de reconnaitre que "le clivage entre les présidents français et hongrois porte moins sur l’immigration que sur l’Etat de droit."

Il y a pourtant un autre clivage qui se dessine, brutal pour les fragiles, généreux avec les puissants. Ce clivage qui traverse l'Europe oppose l'ambition écologique et sociale des un(e)s au libéral-autoritarisme des autres (Macron, Salcini, Orban, Kurtz).

Les gouvernements hongrois depuis 2010, français depuis 2017, autrichien et italien depuis 2018 présentent une proximité terrifiante dans leurs politiques économiques et sécuritaires. Certes, les gouvernements italien et autrichien récemment élus ont mis en avant quelques mesures sociales (qui les ajustent à peine au niveau français par ailleurs), comme

Mais pour le reste, l'essentiel, les gouvernements autoritaires hongrois, autrichien et italien suivent ou précèdent le macronisme français. Qui lui-même leur emprunte les mêmes actions (sans le discours) contre immigrés et réfugiés. A l'exception notable du protectionnisme économique qui distingue la Hongrie du reste du groupe, ces politiques ont des différences de degré (néo-fascisme libéral en Italie, autocratisme libéral en France et en Autriche), mais pas de nature.

 Jugez plutôt:
  1. Opposition à l’instauration de quotas européens d’accueil de réfugiés
  2. Renforcement des pouvoirs sécuritaires,
  3. Législation restrictive sur le droit d’asile, 
  4. Baisse de la fiscalité sur les entreprises,
  5. Baisse de la fiscalité du patrimoine,
  6. Création d'une "Flat Tax" (20% en Italie, 30% en France),
  7. Assouplissement du droit du travail, 
  8. Simplification des contraintes administratives pour les entreprises,
  9. Flexibilisation du droit du travail,
  10. Soutien aux heures supplémentaires,
  11. Coupes dans les retraites (France, Italie), 
  12. Réduction du nombre de parlementaires (France, Italie),
  13. Validation du CETA (France, Autriche),
  14. Economies sur les services publics.
  15. Soumission à l'OTAN (objectif des 2% du PIB en dépenses militaires en Hongrie),
  16. Soutien à Donald Trump (Orban, Macron).

Le libéralisme autoritaire sévit en France comme en Autriche, en Hongrie et en Italie.





Cette semaine, le Conseil Constitutionnel valide la loi Asile et immigration: les délais de dépôts de dossier d'asile des réfugiés sont écourtés, tout comme leur délais de recours en cas de rejet. "Cette mesure ne répond pas à l’engorgement des dispositifs d’asile et fragilise les demandeurs." L'internement, y compris des enfants, est au contraire allongé à 3 mois. La notification d'un refus pourra se faire par tous moyens, y compris SMS. Des réfugiés déboutés pourront être expulsés sans attendre le résultat de leur recours.

Les responsables de cette loi - celles et ceux qui l'ont conçue, défendue, et votée - parlent aujourd'hui d' "Europe de la paix" et de l' "Europe des progressistes".

Honte à eux.

1 septembre 2018

591ème semaine politique: la politique de haine d'Emmanuel Macron




Il ne les a pas prévenu. Puis il exécute, il met à bas, il démonte, il démantibule les 15 premiers mois prétendument écologiste du gouvernement Macron/Philippe. Non, il ne démissionne pas parce qu'il est impatient devant les lenteurs politiques. Il s'en va parce que rien n'a commencé et tout le monde dans l'entourage macroniste n'en a rien à fiche. Il s'en va parce qu'isolé au sein des "startupeurs" lobbistes, il ne pouvait compter ni sur ses anciens amis devenus députés godillots marcheurs, ni les autres arrimés à l'opposition.
"Est-ce que nous avons commencé à réduire les gaz à effet de serre ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire les pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non." Nicolas Hulot sur France inter, mardi 28 août 2018.
Il jette l'éponge parce que la prolongation de l'utilisation du glyphosate pour 3 ans au moins, sans interdiction formellement votée pour la suite; l'absence de moyens financiers pour atteindre les objectifs de transition énergétique; l'humiliation de la loi sur l'alimentation, ou la sanctuarisation de notre industrie nucléaire vieillissante a détruit toute motivation à rester faire de la figuration.

Nicolas Hulot s'en va après le second été le plus chaud que la France ait connu depuis qu'elle mesure les températures, c'est-à-dire quelques siècles. Quel symbole !
"Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là et donc je prends la décision de quitter le gouvernement."  Nicolas Hulot.
Côté macroniste, c'est d'abord la stupéfaction, la sidération: "pour l'instant, on va dans le mur." pleure Mathieu Orphelin, député macroniste bien naïf. Emmanuel Macron est énervé. Il apprend la nouvelle à l'étranger, au Danemark. Sa réaction se déroule en trois temps. D'abord les fidèles relayent l'inévitable message. Les éléments de langage sont répétés au mot près dans toutes les bouches de la Macronista officielle - Aurore Bergé, Mounir Majoubi, Gilles Legendre, Gabriel Attal - et de quelques militants. Une floppée de clones, pour l'essentiel toujours inconnus du grand public, déroulent les mêmes arguments, au mot près: le bilan de Hulot en 15 mois est exceptionnel, Hulot serait un idéaliste impatient. Pourtant le pauvre ministre a justement dit l'inverse. Il jette l'éponge car rien n'a commencé.  En complément, les trolls raillent contre le manque de courtoisie de Hulot qui aurait pu prévenir Macron, ou contre les critiques d'hier qui applaudissent aujourd'hui (?).

"La macronie commence sa décomposition".— Jean-Luc Mélenchon 28 août 2018
Second temps, Macron réagit vite, il applaudit à la "liberté" de l'homme. C'est joli. Mais en France, ces deux premiers moments n'ont pas suffis, la presse s'en donne à cœur joie et la tétanie est générale. Hulot a raison, dixit les premiers sondages. Le désaveu sondagier est si massif que, troisième temps, Macron lâche sa bombinette, une petite phrase qui fera tâche et rebondira allègrement dans l'actualité franco-française: "Il ne s'agit pas d'être naïf, ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n'est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement! Encore que! Mais nous avons en commun cette part d'Européen qui nous unit." Nouveau mépris présidentiel depuis l'étranger. C'est la marque de fabrique de ce jeune monarque. Ses conseillers invoquent l'humour. Un couac succédant à un autre, un écrivain proche ami et admirateur béat de Jupiter obtient un poste d'ambassadeur au consulat de Los Angeles, belle villégiature et petits arrangement entre amis.

Au Danemark, puis en Finlande, Macron diabolise ses opposants, il développe son argumentaire binaire, le bien contre le mal, les "progressistes" contre les "nationalistes". Macron et Orban se sont choisis. Comme avec Marine Le Pen en France lors du scrutin présidentiel français de 2017, Emmanuel Macron est trop heureux de disposer d'un pareil épouvantail en la personne de l'autocrate hongrois pour les élections européennes de 2019.

Il nous refait le coup du "tout sauf les extrêmes".

On connait la suite.

Les macronistes s'autoproclament "progressistes", "solidaires" et"généreux". En France, les 18 premiers mois de macronisme ont permis de constater de quoi il en retournait: réduction du droit d'asil, enfermement des enfants de migrants, maintien du délit de solidarité, faramineux cadeaux fiscaux improductifs pour les foyers les plus riches, augmentation des déremboursements de soins, comment encore oser se poser en défenseur des solidarités face à l'extrême droite européenne.

Macron déclare à propos de Salvini et Orban: "S'ils considèrent qu'il y a, en France, l'ennemi du nationalisme, du repli sur soi, de la politique de haine, d'une politique qui consiste à dire que l'Europe doit payer ce qui nous arrange mais n'impose aucune forme de responsabilité et de solidarité, ils ont raison."

Le macronisme au pouvoir en France est une politique de la haine - contre les migrants et plus généralement"ceux qui ne sont rien". Le macronisme en France est une politique qui consiste à dire que les classes populaires doivent payer, et qui n'impose aucune forme de responsabilité aux plus riches.


Anecdote symbolique, les avocats de la ministre de la Culture reconnaissent que cette dernière n'a pas respecté les règles de protection du patrimoine quand elle a fait réaménager l'hôtel particulier parisien qui lui sert de siège social, et réclame une "indulgence" qui leur est aussitôt accordée. Justice à deux vitesses que celle-là.

Contradiction politique, Macron n'a pas de mots assez doux pour la chancelière Merkel dont les députés européens sont dans le même groupe parlementaire à Bruxelles que ceux de l'autocrate Orban...

Cherchez l'erreur.

Non seulement Macron a fait la preuve de l'exact inverse de ce qu'il proclame, mais en il apparait surtout comme l'idiot utile des Orban et Salvini qui dirigent une partie de l'Europe. Ces neo-fascistes, soutenus en France par le Rassemblement national, en Autriche par un gouvernement contaminé par les héritiers du neonazisme aux postes régaliens du pays, se servent de Macron comme d'un épouvantail facile: il présente les attributs de cette haute bourgeoisie mondialisée et inefficace, tout en affichant sa faiblesse au quotidien puisqu'il légitime les principes de la xénophobie qu'ils défendent à travers ses actions dans son propre pays.

Macron est un président de classe, celui des ultra-riches.

La démission de Hulot est une crise gouvernementale, l'aveu d'un d'un échec, le premier retournement politique et l'un des plus symboliques que l'on aurait pu craindre/espérer.

Cette démission efface surtout la grande nouvelle qui devait lancer "l'an II" de la Macronie, la "désocialisation" des heures supplémentaires. Pour contrer les accusations de "présidence des riches" et politique de classe, l'équipe Macron avait choisi un accent social pour cette rentrée.
Notez au passage cette curieuse qualification officielle, "la désocialisation", belle novlangue utilisée pour vendre l'exacte même mesure stupide, rétrograde, contre-productive et démagogique de Nicolas Sarkozy de l'été 2007, annulée par François Hollande en 2012: la défiscalisation des heures supplémentaires.

A l'époque, cette mesure sarkozyste coutait entre 3 et 4 milliards d'euros annuels, aggravant le déficit public. Elle avait aussi découragé les embauches - chômeurs contre salariés en heures sup ? A qui profite le crime et la bêtise ? Dès avril 2008, l'emploi intérimaire puis CDD s'effondraient en France, une année avant la Grande Crise. Deux ans plus tard, en mai 2010, la DARES constatait que 44% des entreprises concernées par un surcroît d'heures supplémentaires depuis la mise en oeuvre de la mesure utilisaient les heures sup défiscalisées en alternative aux recrutements en CDI ou en CDD.

La nouvelle funeste avait été annoncée tonitruant par le premier des collaborateurs Édouard Philippe le dimanche précédent le bordel. Macron croyait tenir son annonce de rentrée, pour effacer les critiques sur la baisse du pouvoir d'achat: "Nous voulons que les Français puissent revenir vers le travail, que ce travail paie, et qu’il paie de mieux en mieux."

Travailler plus pour gagner plus, ça ne vous rappelle rien ?

Cette mesure est censée également atténuer à défaut d'effacer le gros coup de "rabot" décidé pour 2019 et 2020 sur les retraites et l'essentiel des aides sociales. Hypocrite, le ministre des Comptes Publics Gérald Darmanin expliquait courant août que les aides sociales ne baisseraient pas quand des premières fuites dans la presse faisaient craindre le pire. En réalité, elles vont bel et bien baisser en valeur réelle puisque leur revalorisation sera trois fois inférieure aux prévisions officielles d'augmentation des prix. Et idem pour les retraites.

D'après l'INSEE, le pouvoir d'achat des ménages français a baissé en moyenne de 0,6% au premier trimestre 2018. Quelques militants macronistes brandissent un sondage réalisé comme chaque année par le cabinet Deloitte selon lequel le pouvoir d'achat des salariés aurait progressé au au contraire.

Au mieux, ce budget 2019 est un jeu à somme nulle : les revalorisations du revenu de solidarité active (RSA), de la prime d’activité, du minimum vieillesse et de l’allocation pour les adultes handicapé, ajoutées à la baisse de la taxe d’habitation, la suppression des cotisations chômage sur les plus bas salaires et la défiscalisation des heures supplémentaires sont compensées par la hausse de la CSG et le coup de rabot sur les retraites et les autres prestations sociales.

Pire, le gouvernement poursuit son œuvre de destruction sociale: ainsi, les "emplois aidés qui ne permettent pas d'avoir un emploi viable" seront progressivement supprimés (459 000 contrats aidés en 2017, 200 000 fin 2018). Dans cette catégorie, on trouve une majorité d'emplois dans le secteur non marchand (environ 300.000 en 2016), un séisme pour les quartiers populaires comme l'explique Bastamag, qui correspond à environ un milliard d'euros d'économie sur le dos des associations (animateurs) et collectivités locales (assistance dans les administrations, les cantines, les classes primaires, les bibliothèques).

Le gouvernement confirme la suppression de 50 000 postes de fonctionnaires d’État d'ici 2022, sans préciser le détail. On imagine que le solde pour atteindre l'objectif de 120 000 sera demandé aux collectivités locales.

Aux syndicats, il prévient également qu'il veut rogner voir supprimer les cumuls salaires/indemnités chômage: 830 000 salariés précaires sont concernés, pour un coût d'environ 5 milliards d'euros par an. Et il lance un chantier de révision des conditions d'indemnisation des arrêts de travail (après avoir refusé, au printemps dernier, de légiférer sur le burn-out...).

Le gouvernement n'échappe pas non plus à la reprise des affaires. Prochainement, Alexandre Benalla sera auditionné par les enquêteurs. Alexis Kohler devra répondre des accusations de favoritisme familial avant qu'il ne devienne secrétaire général de l'Elysée. Des barbouzeries de Benalla aux influences des lobbies, la rentrée est mauvaise, les sondages si importants en Macronista sont désastreux.

Peut-être est-ce le signe d'un début de prise de conscience: l'action politique d'Emmanuel Macron est simplement une politique de classe, pour une classe contre les autres, avec le soutien naturel de la majorité de cette minorité sociale surpuissante et de quelques idiot(e)s utiles qui n'ont rien compris.


Ami(e) macroniste, ne pars pas.