8 septembre 2018

592ème semaine politique: Macron est-il xénophobe ?

 

 

 

Voici la crise politique: les premiers doutes, une majorité politique qui se désynchronise une fois de plus très rapidement de son socle électoral, de mauvais résultats qui s'accumulent. Le système politique est en crise. 

Le rêve jupitérien a disparu. Le "nouveau monde" a fait pschitt. Et l'on découvre cette proximité politique inavouée entre les gouvernements français, hongrois, italien et autrichien.

 



LA CRISE POLITIQUE
La crise est politique car qui croit encore aux bêtises macroniennes ? La crise de confiance frappe au cœur.

La crise politique se dévoile quand la communication officielle ne prend plus. L'affaire Benalla est toujours là. Le remplacement de Hulot est un cirque. L'élection du successeur de Rugy au perchoir de l'Assemblée une caricature de Vème République.

Le BenallaGate reprend son cours. On attend l'audition du barbouze de l'Elysée. On découvre qu'il se trimballait avec le trophée de la Coupe du monde de foot au lendemain de la victoire des Bleus; que l'Elysée a fait effacer son salaire dans le contrat de travail transmis à la justice; que Benalla s'est bien assuré que les Bleus racourcissent leur trajet de célébration sur les Champs Elysées pour rejoindre Macron au Palais. On attend surtout la fameuse réorganisation des Pieds Nickelés élyséens. L'affaire Benalla a révélé (1) des barbouzeries illégales, (2) une incompétence notoire à l'Elysée et LREM, et (3) des mensonges au sommet de l'Etat pour couvrir cet effarant amateurisme.

Première victime, Bruno Roger-Petit. L'ex-journaliste fut nommé en charge de la communication élyséenne pour bons et loyaux services rendus avec sa carte de presse pendant la campagne de 2017 sur les ondes et les réseaux sociaux il y a juste un an. Le voici enfin viré de la Présidence - on dit "ex-filtré" en langage officiel. Son année élysée s'est achevée sur sa première et dernière intervention publique, face aux caméras, pour proferrer quelques gros mensonges dans les premières heures de l'affaire Benalla.

La crise politique se mesure quand la majorité se fissure. La nomination de Rugy en remplacement de Hulot déclenche une élection au Perchoir de l'Assemblée. Qui pour présider l'Assemblée nationale ? Le/la député(e) issue du camp macroniste a toutes ses chances vu l'écrasante majorité LREM. Richard Ferrand, chef du groupe, encombré de casseroles judiciaires depuis que Mediapart et le Canard Enchaîné ont révélé l'an dernier qu'il se servait de sa présidence du département de Bretagne pour arranger ses finances familiales, est désigné par Jupiter. Deux dissidentes s'opposent - l'effacée Barbara Pompili (ex-EELV) et la présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet. Cette dernière, qui a planté la commission d'enquête des député(e)s sur l'affaire Benalla, se déclare candidate mardi matin, expliquant que Richard Ferrand n'incarne pas le renouvellement politique. Et se désiste cinq heures plus tard après une salve de menaces internes de l'Elysée et des proches de Ferrand. Le nouveau monde fait regretter l'ancien.

Macron est contraint de resserrer son équipe sur le petit cercle des plus fidèles et des très ambitieux. Il a perdu les convaincus d'un jour, le socle fragile qui l'avait porté aux nues. La démission surprise de Nicolas Hulot n'abime pas seulement une énième rentrée politique. Elle plante l'argumentaire macronien. Hulot part en dénonçant le faux discours, les vraies trahisons, le poids des lobbies, et l'impasse budgétaire européenne.

Le remplacement de Nicolas Hulot vire au psycho-drame. Des noms circulent, le cirque des petites ambitions est assez incroyable à observer. Le "nouveau monde" ressemble à une caricature de l'ancien. Macron choisit immédiatement Rugy, un écolo-libéral qui chaque fois suit le pouvoir. Mais il fait croire qu'il consulte jusqu'à Daniel Cohn-Bendit et Pascal Canfin car il faut faire croire qu'il consulte, qu'il a le choix, que les ambitions se pressent à l'Elysée pour servir la Grande Transformation. En réalité, il ne,peut que choisir parmi quelques sbires prêts à avaler toutes les couleuvres nécessaires pour cacher l'inaction coupable face au dérèglement climatique.

La première décision du ministre Rugy est de valider le projet de mine aurifère de la "Montagne d'Or" en Guyane, la récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé, sur 8 km2 en forêt amazonienne. Une aberration écologique que Rugy valide sans souci ni remords puisque Jupiter en a décidé ainsi.

Il y a aussi cette ministre des sports, Laura Flessel, démissionnée pour raisons fiscales. On découvre deux jours plus tard que son ministère devra supprimer 1 600 postes d'ici 2022 - entraineurs, conseillers, directeurs techniques. C'est une boucherie dans le sport national français, dévoilées deux mois à peine après la victoire des Bleus à la Coupe du Monde de football e, Russie.

Bel effet Coupe du Monde...

La crise est politique quand le peuple ne croit plus en ces dirigeants. Faute d'élections, on s'accroche aux sondages. Et voici Macron sèchement disqualifié, plus brutalement que Hollande en son temps. Le nouveau monde a vécu. Les sondages deviennent effarants. "Si on s'était occupé des sondages, Macron n'aurait jamais été candidat" minore la députée Aurore Bergé, c'est faux mais ça rassure les esprits faibles. Hollande a été empêché de se représenter notamment à cause de son impopularité sondagière auprès de son socle électoral initial. Tout se dérègle. Hulot démissionnaire redevient la star des cotes. La popularité de Macron s'effondre plus bas que celle d'Hollande à la même période du mandat. Une écrasante majorité s'inquiète du poids des lobbyes dans les coulisses du pouvoir jupitérien.

La crise politique nait surtout de l'échec d'une politique. Tous les voyants sont au rouge. Entre mensonges libéraux, hypocrisie de classe et incompétences notoires, la Macronie au pouvoir ne surprend pas. Le "ruisselement" tant attendu ne fonctionne pas. Pire, les cadeaux fiscaux aux plus riches, comme les allègements fiscaux pour les entreprises n'ont rien donné, ils ont affaibli la croissance. Et le gouvernement s'enfonce, il promet une défiscalisation des heures supplémentaires qui affaiblira d'autant mieux les embauches déjà fragilisées par ce retournement inattendu de conjoncture en France.

Les premiers échecs macronistes sont aussi ailleurs. Rentrée des classes oblige, il faut se pencher sur les faramineux résultats de Parcoursup. Bizarrement, son fiasco fait moins de bruit que les difficultés de quelque 6000 bacheliers il y a un an. La ministre Frédérique Vidal ment, ment et re-ment: elle promettait que "les facs ne seront pas sélectives", Parcoursup a au contraire permis de généraliser la sélection à tous les établissement universitaires du pays . Elle avait promis que tous les bacheliers auraient une place grâce àn Parcoursup, ce qui est faux. Pire encore, Vidal justifie que seuls 3 000 jeunes sont encore "sans affectation". Il y en a en fait ...  120 000.

Les député(e)s macronistes veulent se rassurer - la rentrée parlementaire et son lot de lois de contre-réforme vont divertir l'attention et convaincre l'assistance de penser à autre chose. La loi PACTE, justement, est à l'étude. Quelques anciens gauchistes reconvertis en Macron-fans tentent d'imposer une plus grande transparence sur les écarts de salaires dans les entreprises. Après avoir voté la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax, la démarche est cocasse, naïve, presque ridicule. Mais voici que le gouvernement cherche en parallèle, grâce à la même loi, à relever de 15.000 à 200.000 euros le montant à partir duquel les entreprises ne payant pas leur impôts verront leurs noms rendu public...

"Selon que vous serez puissant ou misérable, - Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." Jean de la Fontaine.

La macronista s'abrite aussi derrière le fameux "travailler plus pour gagner plus"... L'échec sarkozyste ne leur a pas suffit. Ils s'obstinent. Silence sur les inégalités de patrimoine faramineuses, qu'ils ont contribué à renforcer avec la suppression de l'ISF et l'instauration de la Flat Tax notamment: "Un Français sur deux a donc un stock de richesse supérieur à 158 000 euros. Cette moitié de la population la mieux dotée possède au total 92 % du patrimoine. Cela veut dire, a contrario, que la moitié des Français les moins riches, eux, ne possèdent que 8 % du patrimoine total des Français." commente ALTERNATIVES ECONOMIQUES. "les 10 % des ménages les mieux dotés en patrimoine possèdent, en moyenne, 1,25 million d’euros. C’est 627 fois plus que les 10 % les plus modestes, qui doivent se contenter, toujours en moyenne, de 2 000 euros. Quant aux très très riches, le 1 % des Français les plus fortunés, ils ont accumulé en moyenne 4,1 millions d’euros !" Le silence sur ces inégalités, qui pèsent sur l'activité économique, est aussi macroniste qu'effarant.


L'AUTORITARISME LIBÉRAL
A Marseille, Macron s'affiche avec Merkel. Génuflexion devant la patronne de la CDU, jolis clichés face à la Méditerrannée, et belles paroles creuses pour lancer la campagne européenne. Les deux se déclarent "très préoccupés par la montée des populismes et des migrants".

Tout est dit.

Macron s'abime en louant "l'Europe de la paix." Féru d'Histoire, notre Jupiter national oublie la guerre des Balkans des années 90 - 300 000 morts au coeur de l'Europe en une décennie, rien que cela. Cette Europe de la paix détourne, bloque, et laisse couler des bateaux de migrants dans la Méditerranée, ou asservit la Grèce pour sauver la face de Goldman Sachs et les créances de la complaisance bancaire européenne.

Macron s'abime en déclarant que "L’Europe n’est pas un supermarché, l’Europe est un destin commun." Il a validé le CETA, applaudit à l'ouverture des marchés "et en même temps" les restrictions à la circulations des citoyens.


Macron fait silence sur les similitudes effarantes entre sa politique et celles des populistes autrichiens et italiens. Ce libéralisme autoritaire prend des formes variées en Europe. Macron tente d'imposer un autre clivage, "européistes contre souverainistes", avec l'aide, le concours, le soutien de la majorité des éditocrates français. Dans cette analyse grossière, les insoumis en France, le mouvement "AufStehen" en Allemagne sont évidemment amalgamés avec les neofascistes italiens ou l'ultra-libéral autocrate Orban dont les députés européens siègent pourtant avec les élus d'Angela Merkel au Parlement européen. Macron réclame une clarification, mais laquelle ? ce jeu de dupes ne doit pas faire illusion. Pourtant, même le Monde est forcé de reconnaitre que "le clivage entre les présidents français et hongrois porte moins sur l’immigration que sur l’Etat de droit."

Il y a pourtant un autre clivage qui se dessine, brutal pour les fragiles, généreux avec les puissants. Ce clivage qui traverse l'Europe oppose l'ambition écologique et sociale des un(e)s au libéral-autoritarisme des autres (Macron, Salcini, Orban, Kurtz).

Les gouvernements hongrois depuis 2010, français depuis 2017, autrichien et italien depuis 2018 présentent une proximité terrifiante dans leurs politiques économiques et sécuritaires. Certes, les gouvernements italien et autrichien récemment élus ont mis en avant quelques mesures sociales (qui les ajustent à peine au niveau français par ailleurs), comme

Mais pour le reste, l'essentiel, les gouvernements autoritaires hongrois, autrichien et italien suivent ou précèdent le macronisme français. Qui lui-même leur emprunte les mêmes actions (sans le discours) contre immigrés et réfugiés. A l'exception notable du protectionnisme économique qui distingue la Hongrie du reste du groupe, ces politiques ont des différences de degré (néo-fascisme libéral en Italie, autocratisme libéral en France et en Autriche), mais pas de nature.

 Jugez plutôt:
  1. Opposition à l’instauration de quotas européens d’accueil de réfugiés
  2. Renforcement des pouvoirs sécuritaires,
  3. Législation restrictive sur le droit d’asile, 
  4. Baisse de la fiscalité sur les entreprises,
  5. Baisse de la fiscalité du patrimoine,
  6. Création d'une "Flat Tax" (20% en Italie, 30% en France),
  7. Assouplissement du droit du travail, 
  8. Simplification des contraintes administratives pour les entreprises,
  9. Flexibilisation du droit du travail,
  10. Soutien aux heures supplémentaires,
  11. Coupes dans les retraites (France, Italie), 
  12. Réduction du nombre de parlementaires (France, Italie),
  13. Validation du CETA (France, Autriche),
  14. Economies sur les services publics.
  15. Soumission à l'OTAN (objectif des 2% du PIB en dépenses militaires en Hongrie),
  16. Soutien à Donald Trump (Orban, Macron).

Le libéralisme autoritaire sévit en France comme en Autriche, en Hongrie et en Italie.





Cette semaine, le Conseil Constitutionnel valide la loi Asile et immigration: les délais de dépôts de dossier d'asile des réfugiés sont écourtés, tout comme leur délais de recours en cas de rejet. "Cette mesure ne répond pas à l’engorgement des dispositifs d’asile et fragilise les demandeurs." L'internement, y compris des enfants, est au contraire allongé à 3 mois. La notification d'un refus pourra se faire par tous moyens, y compris SMS. Des réfugiés déboutés pourront être expulsés sans attendre le résultat de leur recours.

Les responsables de cette loi - celles et ceux qui l'ont conçue, défendue, et votée - parlent aujourd'hui d' "Europe de la paix" et de l' "Europe des progressistes".

Honte à eux.

5 commentaires:

  1. tu écris
    Les gouvernements hongrois depuis 2010, français depuis 2017, autrichien et italien depuis 2018 présentent une proximité terrifiante dans leurs politiques économiques et sécuritaires.

    C'est Pas terrifiant c'est MERVEILLEUX
    Comme je l'ai déjà dit il y de plus en plus de français qui comme moi soutiennent à fond Macron en France ET Salvini en Europe !! Heureusement donc que les deux se rentrouvent sur des politiques commune
    ton ami super macroniste

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. 23% aux dernières nouvelles,de quoi d'ailleurs ? Donc c'est de moins en moins de Français, la xénophobie rend aveugle ?

      Supprimer
  2. @ Juan

    .../... Certes, les gouvernements italien et autrichien récemment élus ont mis en avant quelques mesures sociales (qui les ajustent à peine au niveau français par ailleurs), comme ... ??

    Comme quoi Juan ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. le gouvernement italien a décidé mis en place une sorte d'équivalent du RSA, mieux payé.

      Supprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.