27 octobre 2018

599ème semaine politique: la guerre des classes.

 

 

Où l'on parle des attaques contre l'opposition, de la réincarnation de Nicolas Sarkozy, de la guerre des classes et du krach boursier à venir.


Fête à Méluche (suite)
 Remy Heitz est nommé procureur de la République de Paris. C'était le choix de Macron. Au moins, c'est clair.

C'est un autre procureur, Christophe Perruaux, nommé en janvier dernier par Emmanuel Macron, qui a ordonné la quinzaine de perquisitions parmi les responsables de la France insoumise. Au moins, là aussi, c'est clair. Mélenchon parle de complot élyséen.

La chasse au Mélenchon se poursuit mais s'affaiblit. Cent policiers pour 15 perquisitions simultanées, et un ragot intime balancé par Mediapart sur Mélenchon et Chikirou, et puis... plus grand chose. Ou plutôt, la riposte.

Coup sur coup, coup après coup, le leader de la France insoumise réplique, défend et use de sa protection parlementaire. N'importe qui d'autre que lui, dans cette Macronista sur-fliquée, aurait fini en garde-à-vue, sans avocat. Mélenchon est protégé dans sa parole par son statut. Il y a quelques journalistes de l'Editocratie pour oser se demander publiquement s'il est bien normal et citoyen de contester la force publique quand on se sent injustement agressé.

La France politique est fatiguée et fatigante.

Mélenchon a hurlé une indignation partagée devant la disproportion du dispositif policier et les fausses accusations. Il a nié, l'a répété sur les réseaux sociaux. Il l'a écrit précieusement, précisément. Trois jours plus tard, voici Sophia Chikirou, "celle par qui le scandale est arrivé", qui s'explique sur BFM TV. Reconnaissons à la chaîne d'information de jouer son rôle. Chikirou réplique avec une rage froide. Elle démonte les arguments qui l'accusent, un à un. Elle pointe la "gentille" misogynie (in)volontaire de ses accusateurs mâles qui la décrivent comme autoritaire. Elle fusille les agences de com du PS ou de LREM qui facturaient moins pour plus cher. Sophie Chikirou mitraille.

France inter, publie rapidement un billet expliquant que "certains faits" pourraient être "contestables". Lesquels ? Pas les ceux qui ont l'objet d’accusations les plus graves par la presse. Prudente, la radio publique attaque des arguments secondaires. Le Canard enchaîné rapporte le soulagement des concurrents à gauche qui reprennent tels quels les éléments de langage macroniste - Mélenchon serait grillé pour 2022. Puis suit l'inévitable cascade de sondages. Mélenchon "cliverait" davantage. Sa cote sondagière "dégringole".

On rigole. A l'exception de Jean-Michel Blanquer dont la "popularité" sondagière est paraît-il au beau fixe (même si dans les mêmes sondages, près de 60% des sondés ne savent pas qui il est!), l'omni-président Macron ne cesse de chuter, sondage après sondage, mais personne ne s'inquiète de 2022 pour lui. Jupiter apparaît même presque aussi plus clivant que Mélenchon, un comble !

Sarkozy réincarné
Autre affaire de financement électoral, gigantesque celle-là: Nicolas Sarkozy se pourvoie en cassation au motif qu'il manque une signature de juge sur l'un des documents d'instruction, pour éviter ou repousser un éventuel procès dans l'affaire Bygmalion. Rappelons que l'ancien monarque avait explosé du double le plafond de dépenses électorales (43 millions d'euros dépensés, contre 22 millions autorisés). "Sarkozy défend son honneur" ose justifier Rachida Dati. La République défend son argent et ses lois.

Nicolas Sarkozy n'est pas seulement cet ancien présumé délinquant qui tente de se faire passer pour un "Sage" retraité malgré la dizaine d'affaires judiciaires qui suivent (péniblement) leur cours; Sarkozy est aussi cet inspirateur quotidien de la macronista au pouvoir. 

Dernier exemple en date, voici le retour du "un fait divers, une loi". La France de l’Éducation s'échauffe - élèves, parents, professeurs et sachants s'émeuvent. Des milliers de messages utilisent le hashtag "PasDeVagues" pour rassembler des indignations contre les conditions d'enseignement dans les établissements scolaires après la publication d'une vidéo où un grand ado braque avec un flingue qui se révélera factice sa professeur, à Créteil. Le garçon écope d'une mise en examen, mais la polémique enfle, rapidement récupérée par le ministre "modèle" de l’Éducation. Quelques jours après, on apprend comme par hasard que quatre autres lycéens de 15 à 16 ans, dans la commune dont Edouard Philippe était maire avant sa nomination à Matignon en 2017, au Havre, ont été arrêtés et placés en garde à vue jeudi, au Havre, pour avoir braqué deux de leurs professeurs avec des armes factices également. Mais les faits remontent à trois semaines.

Comme au meilleur temps de Sarkofrance, le gouvernement met en scène sa "riposte": d'abord un comité gadget pour "habiller" l'action publique, en l’occurrence la réunion d'un "comité stratégique sur la protection de l'école", avec une cinquantaine d'hommes, blancs et quinquas, tous gradés de l'intérieur, photographiés pour la postérité. Puis des photos des trois ministres Blanquer (Éducation), Castaner (Intérieur) et Belloubay (Justice), le visage grave sur le perron du ministère de l'intérieur; et enfin, last but not least, cette proposition régurgitée des bas-fonds du sarkozysme sécuritaire, avec le même vocable, au mot près: "Je n'exclus pas la possibilité d'une présence physique de forces de l'ordre, à des moments de tension particulière, dans les établissements des quartiers les plus difficiles. Et je pense en particulier aux quartiers de reconquête républicaine." Les quartier de "reconquête républicaine" ont été désignés en février dernier par son prédécesseur, Gérard Collomb. Le ministère de la Sécurité a ainsi identifié 60 quartiers qui cumulent "délinquance, trafic de drogue, incivilités diverses, pauvreté, chômage, habitat dégradé, repli communautaire et radicalisation". Leur liste n'a pas été entièrement dévoilée, mais l'on cite déjà la cité des Tarterêts de Corbeil-Essonne (Essonne), Les Merisiers (Trappes, Yvelines), Le Mirail (Toulouse, Haute-Garonne), Le Neuhof et la Meinau (Strasbourg, Bas-Rhin) et La Mosson et La Paillade (Montpellier, Hérault).

L'hypocrisie
Sarkozy inspire aussi Macron dans ses diatribes européennes et son action diplomatique. L'enquête sur l'assassinat du journaliste saoudien Khasoggi progresse. Ryad a confirmé sa responsabilité directe. L'affaire embarrasse jusqu'en France. Un cliché montrant le fils adulte du journaliste assassiné contraint de serrer la main du jeune monarque saoudien est glaçant. En Europe, la chancelière Angela Merkel exige l'interruption des ventes d'armes à l'émirat islamiste. L'Allemagne est pourtant le troisième exportateurs de biens et services en Arabie Saoudite, derrière les Etats-Unis et la Chine, mais devant la France.  Merkel est soutenue par l'Autriche, puis la Slovaquie. Jupiter s'agace. Quand il est interrogé par un journaliste sur une éventuelle suspension des contrats français, alors qu'il visite justement le salon de l'armement au Bourget, il s'agace encore davantage, et contre tous les médias: "Mon agenda n'est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non" répond-il, pète-sec. Cette agression contre les médias ne choque visiblement pas les dits-médias, plus prompts à fustiger Mélenchon. "Je suis sur un autre sujet. Ça n'a rien à voir avec le sujet qu'on est en train de traiter. Rien. Rien. Donc je n'y répondrai pas. Je regrette. Ça continuera tant que je serai à la place à laquelle je suis. Que ça plaise ou que ça déplaise."

Puis, vendredi à Bratislava, Macron renchérit: "C’est de la pure démagogie de dire “il faut arrêter de vendre des armes”, ça n’a rien à voir avec l’affaire Khashoggi." Quelle belle novlangue... l'Arabie Saoudite se sert de l'armement français pour massacrer la population civile au Yémen. Quand des ONG réclame une suspension de ces ventes d'armes pour ce motif, la Macronista répond (1) qu'elle n'est pas au courant, ou (2) que cela ne la regarde pas.

Quand l'actualité fournit un prétexte dramatique pour sauver la face et durcir le ton face à l'émir sanguinaire, Macron se couche à nouveau.

L'hypocrisie diplomatique est également manifeste en matière de politique européenne. Alors qu'il poursuit sa tournée en Europe de l'Est, et visite la République tchèqhe et sa voisine slovaque. Il "plaide pour une Europe pragmatique, unie, ambitieuse." Il dénonce le risque de l'extrême droite: "qui a gagné les élections européennes en France ? Le Front national". "Contre les dangers qui menacent l’Europe, on continue à s’engager sans relâche."

La novlangue est usée. La réalité est tenace.

Macron sert les plats de l'extrême droite en se pinçant (à peine) le nez: il fait refouler les navires humanitaires; ils accusent les aidants aux migrants d'être complices des traffics et des passeurs. Il réduit de moitié les délais de dépôts de dossier d’asile mais double la durée de rétention des réfugiés avec sa loi Asile et Immigration. La "machine à expulser" est "l'ordinaire du macronisme", relate quotidiennement le réseau RESF.

Macron défend une Europe souveraine, mais pour qui ? En France, sa présidence des riches accroit les inégalités, abime le pouvoir d'achat des Français hormis les ultra-riches, et a même fait trébucher la reprise économique en 2018. Pour le troisième trimestre cette année, le chômage progresse encore. "Donnez-lui un peu de temps", entend-on ici ou là parmi ses supporteurs avoués ou éditocrates complices. La belle affaire...

Macron va plus loin que Sarkozy, et évidemment que Hollande, dans une politique de l'offre qui échoue depuis une dizaine d'années à force de rendre beaucoup à ceux qui ont déjà beaucoup et qui thésaurisent ou placent au lieu d'investir ou de consommer. Le projet de budget 2019, qui n'est pas encore voté, est à peine meilleur (les 6 milliards de réduction d'impôts pour les ménages sont un tour de passe-passe, avec notamment 4 milliards d'impôt sur le revenu de décembre 2019 seront comptabilisés exceptionnellement en sur l'exercice suivant...), avant la réforme des retraites promise pour l'an prochain.

Cette guerre des classes a souvent la même issue, une Grande Crise, précédée d'un krach boursier.

Au niveau mondial, le spectre d'un nouveau choc avait surgit au printemps. Le dixième anniversaire de la faillite de Lehman Brothers en septembre dernier réactive les prédictions et les craintes. Quelques signes annonciateurs de l'existence d'une bulle financière prête à exploser sont là: des salaires des traders de Wall Street qui ont retrouvé leur niveau faramineux d'avant 2008; et un surendettement des États, des entreprises et des particuliers.

Face à ce krach que certains nous prédisent prochainement, Macron aura agi au préalable comme Sarko avant la Grande Crise de 2008: de manière totalement irresponsable en vidant davantage les caisses de l'Etat au profit des grandes entreprises et des foyers les plus aisés.



Ami macroniste, reste là.


20 octobre 2018

598ème semaine politique: des abrutis en Macronie.

 

 

Où il faut bien parler de Mélenchon. 

 

Enfin.



L'accouchement
Finalement, Macron accouche d'un gouvernement, une flopée de nouveaux ministres avec peu de surprises. Quinze longs jours pour trouver enfin un remplaçant à Gérard Collomb, et par un curieux effet de dominos, voici un tiers de l'équipe qui change. Le gouvernement ne prête pas serment devant ses député(e)s godillots comme la coutume l'aurait voulu, malgré 8 entrées au gouvernement, notamment aux postes clés de l'intérieur et de l'agriculture.

Le nouveau monde ressemble à l'ancien, avec ses rivalités, ses petites manoeuvresn ses grosses disputes. Ce remaniement a surtout révélé la rivalité naissante entre Macron et Philippe, comme hier entre Sarkozy et Fillon ou Hollande et Valls. A force de petites traitrises et blocages minables, la République est restée sans ministre de l'intérieur de plein exercice pendant deux semaines parce que Jupiter ne trouvait pas forcer la main à son indispensable premier collaborateur. La tribu ministérielle devient ainsi pléthorique (35 ministres), malgré la promesse présidentielle d'une équipe resserrée, à forces de dosages politicards.

Petit caprice, Jupiter prend en otage les antennes télévisuelles pendant 12 trop longues minutes mardi soir... pour ne rien dire de neuf, tel le VGE ébranlé de 1978. Il lit un discours raturé, face caméra."Parfois, par ma détermination et mon parler-vrai, j'ai pu déranger ou choquer certains, et j'entends les critiques. Mais nous avons réapparaitre des mœurs anciennes et le poison de la division et de l'instabilité." Macron utilise cette formule bien connue, aussi fatigante qu'obsolète: se réfugier dans le "contact direct" avec le peuple qui est le propre de tous les monarques de cette Vème République. Il répète ce contre-sens historique qu'il aurait été élu pour un programme. Chacun sait que Jupiter a été élu par défaut, contre Le Pen, et pas pour son programme qui, par ailleurs, fut peu détaillé pendant la campagne. Sa majorité législative, écrasante, l'a remportée sur fond d'abstention massive, à la faveur du scrutin majoritaire qui attribue la victoire au candidat arrivé en tête. Que les oppositions n'aient pas fait électoralement mieux, et de peu, ne signifie pas que la "majorité" institutionnelle qui gouverne le pays doit rester sourde au reste du pays.

Macron ne veut pas l'entendre, il le payera. C'est l'autre leçon de ce remaniement poussif.

Il poursuit son contre-sens en affirmant que puisque ses (contre)réformes n'ont pas rencontré d'opposition dans la rue, elles sont légitimes et acceptées par la majorité du pays. Se fie-t-il aux sondages pour affirmer pareille bêtise ? Ils sont tous défavorables au gouvernement. De quel "succès" parle-t-il ? La croissance a été abimée par la dégradation du pouvoir d'achat de l'immense majorité du pays, au profit de l'extrême minorité des plus riches qui, elle, s'est vu octroyer de juteuses exonérations fiscales. Sa politique migratoire suscite l'indignation de toutes les organisations humanitaires. Sa gestion personnelle est un désastre, de l'affaire Benalla au départ précipité de deux poids lourds du gouvernement, mais non, Macron ne change pas.

Au contraire, il s'obstine: "Il n'y a aujourd'hui ni tournant, ni changement de cap ou de politique."

Gouvernement des riches
Le nouveau ministre de l'agriculture, un ex-socialiste, se distingue rapidement. Les fabricants de pesticides peuvent dormir tranquille. Cet homme a une curieuse manière d'inaugurer son ministère, en méprisant la loi, son principe de précaution, et la loi qui impose au contraire à tout pesticide de prouver son innocuité.
"C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas" Didier Guillaume, ministre.
Didier Guillaume n'est pas seul. Il a une nouvelle collègue Emmanuelle Wargon, ex-patronne de la communication et du lobbying de Danone, nommée à l'Ecologie secrétaire d’État auprès du sinistre De Rugy, qui tente de justifier son engagement en faveur de l'environnement.  Jupiter a aussi nommé deux membres de la même famille, une nouvelle ministre de la Cohésion des Territoires, la très catholique anti-mariage pour tous Jacqueline Gourault, et son gendre, Marc Fesneau, aux Relations avec le Parlement, ainsi que le petit copain de son conseiller politique...

Et bien sûr il y a Castaner, le Rantanplan de la Macronista, qui hérite de l'Intérieur. Un gars qui fut patron du mouvement En Marche, et qui, à ce titre, salaria sans le savoir un barbouze, Vincent Crase, comme l'a révélé l'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla. Castaner est aussi loyal qu'incompétent. Macron lui a retiré la politique territoriale, et l'a flanqué d'un ministre adjoint sarkozyste et d'un directeur de cabinet ancien proche de Claude Guéant et déjà condamné par la Justice...

On est bien.

La fête à Méluche
Mais la planète éditocratique a la tête ailleurs. C'est la fête "à" Méluche, en deux étapes.

Il a d'abord suffit d'une étincelle. Mardi, une centaine de policiers sont dépêchés au petit matin pour perquisitionner les appartements de responsables de la France insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon. Il s'énerve, il gueule, il râle avec le fichu caractère qu'on lui connait, il hurle devant les caméras, lors d'une seconde perquisition, sa grosse voix fait peur aux godillot(e)s, et dérange certains de ces alliés. Pire, il pousse un procureur adjoint qui l'empêche d'avancer. Il faut voir et revoir et les images: Mélenchon bouscule l'homme  légèrement. Contrairement à ce que répètent ensuite la plupart des médias, la violence n'est pas physique mais symbolique. 

On ne touche pas à un représentant de l'Etat paraît-il. Il faudra s'en souvenir quand le pays sombrera en autocratie.

Voici donc le Parti médiatique qui s'échauffe: éditocrates et perroquets du pouvoir - Méluche ne serait pas digne d'être président. Cette argument de "stature" est curieux: il n'y a aucune campagne présidentielle avant 4 ans. Mélenchon n'a affiché aucune ambition personnelle pour 2022, le projet institutionnel de la France insoumise est au contraire de supprimer la monarchie présidentielle, et dans 4 ans, Mélenchon aura 70 ans. Bref, cette focalisation sur la stature présidentielle est d'abord une diversion et un épouvantail. L'ampleur du dispositif policier, pour une simple enquête préliminaire, interroge. La justice a-t-elle procédé ainsi pour l'affaire Benalla ? Non, le barbouze et ses soutiens ont été si bien protégés que personne n'est venu "les chercher", et Benalla a même eu le temps de planquer son coffre.  La justice a-t-elle ainsi groupé les enquêtes pour les affaires Kohler, Ferrand, ou même le financement de la campagne Macron ? Non bien sûr.

La disproportion du dispositif est factuellement surprenante. Mais la République paye aussi aujourd'hui un autre soupçon sur sa police et sa justice, celui de la partialité: une police renforcée dans ses pouvoirs par des dizaines de lois, jusqu'à la loi Macron sur l'état d'urgence qui lui attribue quasiment tous les pouvoirs; une justice de procureurs aux ordres de l'Elysée comme l'a rappelé Macron lui-même récemment lors de la nomination du successeur de François Molins; et une pratique verticale, monarchique du pouvoir où tout remonte à Jupiter comme ce dernier aime à le rappeler.

Mais ce n'est pas tout.

Seconde étape de cette "Fête à Méluche", quelques heures plus tard, France inter publie une quelques maigres révélations sur les comptes de Mediascop, la société de Sonia Chikirou, l'ex-patronne du Media TV, et qui fut en charge de la com du candidat Mélenchon en 2017.... Là encore, notez la disproportion: la campagne de Mélenchon fut la moins chère des 5 plus hauts candidats. Les prestations facturées par Mediascop ont couté 1,2 million d'euros. Mais l'effet de loupe est manifeste. Mediapart en rajoute une couche, quelques heures plus tard, et révèle que Mme Chikirou aurait une "relation extra-professionnelle" avec le leader de la France insoumise sous prétexte qu'elle dormait là la nuit précédente la perquisition. Fabrice Arfi, journaliste star du journal, ne s'excuse pas, au contraire, d'étendre le soupçon: "La vie privée de M. Mélenchon (...) devient d’intérêt public quand elle percute le soupçon judiciaire d’enrichissement indu durant la campagne de 2017 de celle qui est aussi sa compagne." C'est dit. Mediapart étend le soupçon, rien que le soupçon.  "Je m'attendais à une chose bien glauque" résume Jean-Luc Mélenchon. Et de démentir toute relation intime.

L'agenda est curieux, commente Daniel Schneidermann sur Arrêt sur images. "De deux choses l'une : soit ces nouvelles révélations se fondent sur les documents saisis mardi lors des fatales perquisitions. Dans lequel cas, le circuit menant de la police aux investigateurs aura été particulièrement court. Soit l'équipe de Sylvain Tronchet (France inter) se fonde sur des documents en sa possession depuis longtemps. Et dans ce cas, pourquoi les publier précisément trois jours après lesdites perquisitions ?"

Mélenchon demande la publication intégrale de ses comptes de campagne, mais personne n'écoute. On reste figé sur la "bousculade", requalifiée en "violence sur agent de l’État". La même presse reste discrète sur la campagne de Macron, 45% plus chère (17 millions), pour laquelle des soupçons similaires existent.

Les vraies choses
Pendant que la totalité des éditocrates du pays et une belle majorité du corps journalistique s'obnubile sur Mélenchon, Jupiter est actif: il multiplie les scènes filmées de signature de loi sur son pupitre, toujours encadré de deux ministres, comme pour cette loi de programmation militaire (qui accroit le budget de la Défense aux 2% du PIB réclamés par l'administration Trump), ou la funeste réforme de la SNCF qui ouvre la voie à la concurrence du rail français.

Jupiter a fort à faire avec le Breixit, qui s'annonce catastrophique. Le sommet européen de la semaine est un fiasco pour tous. On voit Macron faire la bise à la quasi-totalité de ses homologues, président du conseil italien compris. Sourire, bises et palpation pour aboutir à un échec. Macron n'est pas responsable, le gouvernement britannique l'a bien cherché. Mais lors de sa conférence de presse, Macron dévoile son alignement sur les propositions du gouvernement autrichien en matière migratoire. En Autriche, les conservateurs dirigent avec l'extrême droite, qui détient le porte-feuille de l'intérieur justement. Macron assume et salue "l’engagement de la présidence autrichienne sur celles-ci qui désormais font consensus : le renforcement de l’agence européenne de protection de nos frontières, FRONTEX, dont les effectifs seront augmentés et l’accélération des procédures de reconduite des migrants qui ne remplissent pas les conditions du droit d’asile en Europe." Le projet européen de Macron est d'abord migratoire, la fermeture, l'expulsion, les clôtures et les reconduites. Le Code de la Honte n'a pas été voté il y a quelques mois pour rien. Cette semaine, contre l'avis du gouvernement, des députés macronistes ont fait passer un amendement offrant une réduction fiscale de 5 euros par nuit, 1500 euros par an, aux familles hébergeant des réfugiés rescapés des filtres de la nouvelle loi Asile/Immigration.

En matière migratoire, Macron est notre Orban national.

Macron se lance dans la campagne des élections européennes, il a un mauvais bilan en France. Après les injustes, contre-productives mais massives réductions fiscales pour les 1% les plus riches du pays, Macron avait promis de rééquilibrer la barre: "6 milliards d'euros de réduction d’impôt en moins pour les ménages l'an prochain" avait-il braillé en septembre. Les perroquets macronistes "de gauche" étaient fiers et soulagés même si une partie du miracle était du à la réintroduction partielle de l'une des aberrations sarkozystes, l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires. Et puis patatras... La taxe d'habitation n'a pas baissé autant que les macronistes l'avaient promis. Et puis les tarifs régulés du gaz ont explosé depuis janvier (+16%)

Le dernier tour de passe-passe macroniste concerne l'impôt sur le revenu. Les perroquets du pouvoir répétaient depuis septembre combien les impôts allaient baisser l'an prochain, et en particulier l'IR. Il n'en sera rien. Le gouvernement a décidé de repousser à 2020 l'enregistrement comptable de l’impôt du mois de décembre 2019. Et hop ! Cela permet d'afficher une baisse de près de 3 milliards d'euros, alors qu'en fait, à, périmètre constant, l'IR progressera de 4 milliards, à 76 milliards.


Diplomatie enfin, Macron a beaucoup de grands mots pour décrire l'Europe qu'il affectionne, "cette Europe plus forte." Mais il se couche quand on évoque la dictature saoudienne, business oblige. Après ses silences sur la guerre au Yémen opérée par les Saoudiens, le jeune monarque, obligé servile de cet émirat, n'a pas dit grand chose sur l'assassinat, puis le découpage en morceaux, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul. Un air contrit en direct à la télévision quand on lui annonce cette disparition il y a 8 jours ("les faits sont très graves"), puis plus rien, plus rien, bien au contraire. Macron affiche son soutien à l'Arabie Saoudite dans la "lutte contre le terrorisme" à Erevan lors du sommet de la francophonie qui suit. Puis à Bruxelles, interpellé sur le sujet, le voici contraint de répondre avec un peu de langue de bois ("Nous attendons sur ce cas que toute la lumière soit faite sur ce qui s'est passé") et une prudence surréaliste.

Chaque phrase de sa réponse annule la précédente pour laisser apparaître au final une non-prise de position: "Dans les circonstances actuelles nous avons décidé de surseoir à certaines visites politiques telle que celle prévue par le ministre M. Le Maire en Arabie Saoudite, une décision prise de manière coordonnée entre européens. C'est, je crois, ce qui s'imposait à court terme compte tenu des faits et l'absence de clarification à ce stade. Enfin comme vous le savez il ne m'appartient pas de commenter la situation politique interne des pays." Macron est couard, alors que nombre de multinationales annoncent qu'elles boycotteront le futur "Davos du désert" à cause de cette affaire.

Inefficace en politique économique intérieure, xénophobe en matière migratoire, couard sur le terrain international, Emmanuel Macron n'a plus grand chose à vendre pour convaincre.



14 octobre 2018

597ème semaine politique: Comment Jupiter dégringole

Où l'on découvre la fragilité politique d'Emmanuel Macron.


Députés Playmobil contre élèves handicapés
Il a pris le micro pour quelques minutes. Il s'adresse avec une rage froide à ses collègues député(e)s macronistes qu'il qualifie de "Playmobils": "ce vote vous collera à la peau comme une infamie." François Ruffin, ce député insoumis qui prend l'Assemblée nationale pour ce qu'elle peut être encore, c'est-à-dire une tribune pour éclairer les esprits sur la réalité de cette majorité conservatrice et réactionnaire, attaque frontalement le vote unanime (moins une voix) des député(e)s macronistes contre l'étude d'un projet de loi proposée par LR (la droite, et non les insoumis) pour une meilleure « inclusion des élèves en situation de handicap ». 
"Nous donnerons accès à un·e auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants en situation de handicap qui en ont besoin pour avoir une scolarité comme les autres." Emmanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle.

Vous avez bien lu.

Les "Marcheurs" ont rejeté non pas le projet, mais son examen même... En l'espace d'une grosse décennie, le nombre d'élèves handicapés dans les établissements scolaires français est monté de 100 000 à 340 000 (2018).
"Vous allez voter une motion de rejet préalable. Ça porte bien son nom, “rejet préalable”. C’est à dire que la discussion n’aura même pas lieu sur un point aussi important, que le texte ne sera même pas examiné. Vous empêchez carrément le débat. Vous l’interdisez." François Ruffin, 11 octobre 2018.
Le moment le plus sur-réaliste fut sans doute d'entendre le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer expliquer que le projet de statut unique d'accompagnant d'élèves handicapés proposé dans ce texte de loi était justement "la feuille de route du gouvernement".

L'hypocrisie est parfois un art.

Ces 70 député(e)s présents, et leur 230 autres collègues abstentionnistes, sont-ils réellement infâmes ? Ils plaident que le gouvernement a créé un nouveau contrat à durée déterminée (AHES), et débloqué 12 400 postes supplémentaires pour 2019, une obligation issue des précédents gouvernements.

Sont-ils donc si infâmes à refuser cette loi ? Il y a une raison simple à ce refus unanime à améliorer le statut des accompagnants: ces pauvres député(e)s n'avaient simplement pas reçu d'instruction de l’exécutif... Les député(e)s macronistes ont fait la preuve depuis 2017 qu'ils ne sont que godillots, des "Playmobils" inconséquents comme les surnomme François Ruffin. Cette majorité est en surnombre, et "en même temps" si fragile.

Dix-huit mois après l'accession au plein pouvoir d'Emmanuel Macron, cet aréopage pléthorique est fragile.


Présidence des riches
La présidence des riches choisit ses priorités.

Quand on l'accuse de ne pas agir sur des sujets de précarité, cette présidence s'étouffe, s'étrangle, et braille sa bonne foi. Les mêmes éléments de langage sont servis - "il y a ceux qui parlent, et il y a ceux qui travaillent". Personne ne doute que l'équipe macroniste, de son sommet jupitérien jusqu'aux rangs des députée)s Playmobils, travaille. Chacun a bien compris en faveur de qui elle travaille.

Les faits sont d'ailleurs têtus. La rentrée depuis septembre devait être "sociale" - plan santé, plan pauvreté, revalorisation du travail (via la désocialisation des heures supplémentaires, réduction des cotisations sociales) et réduction des impôts pour le plus grand nombre (6 milliards d'euros en 2019 nous promettait-on !).

Mais patatras ! La démission fracassante de Nicolas Hulot a souligné combien l'action environnementale d'Emmanuel Macron est une imposture marketing. Le plan pauvreté n'égale pas la moitié des cadeaux fiscaux (ISF, flat tax) votés l'an dernier pour les foyers les plus aisés du pays. La désocialisation des heures supplémentaires, version allégée d'une mesure sarkozyste désastreuse pour les comptes publics et l'emploi que le gouvernement Hollande/Ayrault avait rapidement supprimée en 2012.

Surtout, le bilan chiffré des décisions fiscales de la Macronista s'affine: ménages modestes et retraités aisés sont les grands perdants des réformes fiscales de Macron pour les deux premières années pleines du quinquennat (2018 et 2019). Pour 60% des ménages, le "gain" enregistré grâce à la baisse de la taxe d'habitation est six fois inférieur (+1% en moyenne) comparé à celui du 1% des plus riches de France (+6%).

Ici encore, cette présidence des riches apparait politiquement fragile.

Le roi est nu.

Impasse à l'Intérieur
Curieuse séquence en effet, que celle du remplacement de Gérard Collomb au gouvernement. L'équipe macroniste au pouvoir tarde à trouver un remplaçant à ce second poids lourd de la macronista à avoir quitté le navire de façon imprévue, brutale et cette fois-ci discourtoise."Il faut faire les choses avec calme" explique Macron depuis Erevan, en Arménie, où il préside un sommet de la francophonie.

Jupiter peine à trouver un ministre de l'intérieur. On peut trouver au moins deux raisons à cet échec: primo, l'équipage politique de la Macronista est faible en ressources. La Macronista n'existe politiquement pas: elle se révèle aussi fragile qu'il y a 18 mois. Il est difficile de trouver en son sein une personnalité qui cumule sens et expérience politiques. Emmanuel Macron cherche un fidèle pour ce poste qui présidera au redécoupage des circonscriptions électorales. Il ne reste que Christophe Castaner, gaffeur invétéré de la Macronista, qui ait encore les grâces du jeune monarque, mais Edouard Philippe n'en veut pas.

Secundo, la Macronista est moins en vogue. L'opposition a retrouvé un peu de vigueur, les débauchages individuels sont plus difficiles. Les sondages sont si mauvais, l'image du pouvoir si détestable... Pire, et c'est sans doute l'obstacle le plus important, c'est en matière de sécurité que Macron a conduit l'une des politiques les plus en contradiction avec l'image humaniste artificielle qu'il avait réussi à installer lors de la campagne présidentielle de 2017. L'inclusion de l'état d'urgence dans le droit ordinaire a aligné Macron sur les lignes paranoïaques liberticides des gouvernements précédents. Mais plus grave, la politique migratoire et d'asile d'Emmanuel Macron, qu'il faut assumer et défendre quand on est ministre de l'Intérieur, est finalement aussi ignoble que les dérives sarkozystes sur l'Identité nationale, ou les éructations xénophobes du gouvernement italien.

Macron parle humanisme, Europe et droits de l'homme, mais il agit dans les faits, à quelques détails près, comme Salvini et Orban. 

La loi Asile et Immigration, rebaptisée Code de la Honte, a été fustigée par l'intégralité des associations humanitaires - de la Cimade à Amnesty International. Ses articles les plus ignobles, tels que la réduction de moitié des délais de dépôts d'asile et de recours en cas de rejet de dossier, le doublement de la durée d'internement, ou l'emprisonnement des enfants, ont été soutenus par l'extrême droite. Qui veut assumer cette charge ?

Le couple présidentiel danse devant les caméras, une danse folklorique arménienne, lors d'un sommet de la francophonie.

Le roi est nu, mais il danse.

Ami macroniste, où es-tu ?



6 octobre 2018

596ème semaine politique: les signaux faibles d'une République en vrac

 

 

Où l'on a l'impression de vivre dans un monde parallèle. 


CRISE D’AUTORITÉ
"Je vous rassure. Il y a un cap, des institutions, un gouvernement au  travail, au service du pays et du peuple français." Voici Emmanuel Macron qui parle, sourire coincé en déambulant sous protection policière dans les couloirs du Salon de l'Automobile à Paris, alors qu'il vient de perdre son ministre de l'intérieur sur un caprice.

Après la démission fracassante de Nicolas Hulot début septembre, voici Gérard Collomb, second poids lourd et fidèle de la première heures, l'homme du réalignement xénophobe et du "pragmatisme" libéral qui claque la porte. La cause ? Collomb a la trouille de perdre sa mairie de Lyon. La tenue d'un meeting dans une salle quasi-déserte lui a fait perdre les plombs.

Mardi, Emmanuel Macron refuse pourtant la démission de son ministre de l'intérieur et déclare qu'il a "renouvelé sa confiance et lui a demandé de rester pleinement mobilisé sur sa mission pour la sécurité des Français." Mais "Papy" insiste, et fait craquer Jupiter l'après-midi même. Quelque sheures plus tard, il est dans le train pour Lyon. un départ expresse pour une démission rocambolesque... Et cette explication drôlatique, pour enfoncer le clou: "Les choses se sont faites de manière concertée avec Emmanuel Macron" explique plus tard Gérard Collomb. Notez les termes. Les déclarations de la semaine émanant de la Macronista sont cocasses.

La gestion de la sécurité du pays se retrouve sans ministre dédié. Édouard Philippe est envoyé faire l'intérim -  dans le contexte insécuritaire que les macronistes décrivent pour justifier l'inclusion de l'état d'urgence dans le droit commun en 2017, ce cumul des postes paraît surréaliste. Car maintenant, voici que l'on murmure que d'autres ministres vont dégager. Le caprice d'un vieil homme, routard de la politique, replace symboliquement "la République en Marche" dans l'ancien monde tant décrié, il fait voler en éclats les quelques restes de l'édifice macroniste.

Macron est autoritaire, mais il manque d'autorité. Le jeune monarque se fait piétiner par ses plus proches soutiens.

On peut croire que la succession de clichés pris aux Antilles montrant le jeune monarque en sueur posant pour divers selfies entre deux jeunes hommes torses nus, dont l'un pointant un doigt d'honneur devant la caméra, n'a pas arrangé la stature présidentielle. Le philosophe Michel Onfray, éjecté durant l'été de l'université de Caen, publie un texte au vitriol que d'aucuns se précipitent pour l'accuser d'homophobie.
"A Saint-Martin, il est avec le mec et il dit 'Ah t'est costaud, tu devrais faire du bâtiment… Et puis il le tâte! Qu'est-ce que c'est que cette histoire Monsieur le président de la République?" Fabrice Eboué, humoriste, 2 octobre 2018.

Emmanuel Macron fait-il exprès ? Non, sans doute. Il est simplement peu expérimenté. Sa victoire par défaut a pu masquer son absence de talent et d'expérience. Les masques tombent un à un.

Mais ce n'est pas tout. Collomb se confie le lendemain à la télévision. Et enchaîne une succession de déclarations ahurissantes: sur l'affaire des barbouzes de l'Elysée, il réitère son ignorance, surprenante et dangereuse à ce niveau de responsabilité: "J'ai toujours pensé qu'Alexandre Benalla était un policier." rappelle-t-il. Le "premier flic de France" était-il si "neuneu" à propos du garde du corps de Macron, auditionné par les juges dans la semaine? Sur Lyon, "la construction d'une ville, c'est le temps long. Il faut avoir à la fois l'expérience et l'enthousiasme de la jeunesse" déclare le septuagénaire qui s'accroche à son baldaquin municipal. Gérard Collomb ne portera pas non plus les couleurs de LREM. Le "nouveau monde" a ses limites. LREM voulait "dépasser" les clivages politiques, Collomb se précipite au contraire pour accumuler les étiquettes politiques autour de lui, comme dans l'ancien temps, et tenter de convaincre que son assise est large.

Qui est surpris ?

CRISE DE CONFIANCE
Deux départs en Macronista, trop d'honneurs. C'est Noël avant la Toussaint. Sept départs en 500 jours, Jupiter bat un record. Cette cuisine politicienne n'est politiquement pas grand chose si ce n'est qu'elle révèle que Macron a perdu le contrôle. 

Les éléments de langage tardent à venir. Aurore Bergé est tout occupée à défendre "son" rapport sur l'audiovisuel français (40 propositions dont un tiers ne sont que le rappel des engagements de l'Etat.... ). Benjamin Griveaux ne sait comment défendre la situation ridicule dans laquelle se trouve l’aréopage macroniste:"Rien de ce qui se passe depuis 48h ne s'apparente à une crise politique, l'Etat fonctionne, les transformations sont engagées."

Le plus surprenant est le trouble provoqué par les conditions du départ de Collomb dans les cercles médiatiques les plus proches de la Macronista. Est-ce le début du réveil, les prémices d'une prise de conscience ? En son temps, l'antisarkozysme s'était rapidement enrichi d'une fraction médiatique et politique agacée et choquée par le comportement de l'ancien monarque.

Macron vit une trajectoire similaire à celle de Sarkozy. Il a rapidement perdu ceux des électeurs qui l'ont choisi uniquement comme vote anti-Le Pen lors du second tour présidentiel. Puis c'est avec la majorité de l'électorat de gauche que a rupture s'est creusée. Mais Jupiter compensait la désagrégation de son flanc gauche et centre-gauche par le renforcement de son flanc droit, admiratif de sa présidence des riches, et déçu par l'hystérisation furibarde des Républicains provoquée et alimentée par Laurent Wauquiez. Depuis juillet, la séquence est à nouveau différente. La Macronista s'affaisse même à droite. L'affaire Benalla a révélé un summum d'incompétence au sommet de l'Etat, sur un sujet clé à droite, la sécurité, de surcroît présidentielle. L'obstination de Macron, de ses ministres et suppôts à tenter de bloquer les enquêtes sur les barbouzeries élyséenne a aggravé le reste.

La démission surprise de Hulot a choqué une presse acquise à la cause macroniste. Et si Jupiter était nul ? Voilà la question. Dans les médias, les signaux faibles de ce désaveu généralisé se multiplient: l'Express, Challenges, le Point, l'Opinion, Ouest-France, les chaînes d'information, les rédactions politiques des radios nationales, les éditorialistes de gauche comme de droite, le Parti Médiatique tout entier s'éloigne ou stresse du ridicule présidentiel et de l'échec de sa politique. Challenges, l'hebdo de l'économie et de la finance, se fait l'écho des ratés de la gestion version Macron: "Macron dirige le gouvernement comme s'il était le PDG de Carrefour. (...) Il y a un malentendu de départ. Parce qu’il est jeune, on lui a associé une image de modernité.(...) Emmanuel Macron partage une vision assez ancienne selon laquelle le pouvoir se suffit à lui-même et garantit la fidélité de ses ministres."

Même Gala, l'un des meilleurs clients de l'agence Bestimage pour ses clichés exclusifs du couple Macron depuis 2016, se met à la critique sur les bourdes du jeune monarque lors de l'hommage à Charles Aznavour. Et Paris Match, l'autre meilleur client des publi-reportages clés en main des agences élyséennes, s'inquiète tout autant: "Macron devrait laisser le général en paix" commente Bruno Jeudy. "De Gaulle avait relevé deux fois la France. Macron, lui, se bat contre les 'péripéties'."

Boum.

CRISE SOCIALE
Les signaux faibles d'une République en vrac sont aussi sociaux et économiques. Jugé à l'aune de ses propres objectifs libéraux, le président des riches est pour l'instant en échec. Certes, un demi-million de foyers les plus aisés sont les grands gagnants de la suppression de l'ISF, de l'instauration de la "flat tax" qui plafonne l'imposition de leurs revenus financiers à un niveau plus bas que celles des salaires et, l'an prochain, ces derniers profiteront même de la suppression de la taxe d'habitation (sic!). Pour 2018, Bercy anticipe une "relance de la distribution de dividendes"... Quelle surprise ! L'imposition des revenus financiers dans le barème de l'IR avait fait fléchir la distribution de dividendes aux actionnaires sous le quinquennat Hollande (13 milliards d'euros par an) par rapport aux niveaux constatés sous Sarkozy où leur imposition était forfaitaire (20 milliards d'euros par an).

Mais le "ruissellement" de ce flots d'argents vers l'investissement, la création d'emplois et la consommation se fait attendre. Le gouvernement en est réduit à privatiser des monopoles publics (la privatisation de la Française des Jeux a été votée cette semaine) ...

Pire, la consommation des ménages marque le pas, les créations d'emplois ont été plombées, et s'affichent au plus bas depuis deux ans au dernier semestre. La croissance reste faible. Le pouvoir d'achat s'est replié début 2018. Le gouvernement espère une reprise provisoire au moins pour le dernier trimestre avec l'entrée en vigueur des réductions de cotisations sociales ou de la baisse de la taxe d'habitation. Rien n'est moins sûr. D'abord, nombre de foyers découvrent que la baisse de la taxe d'habitation n'est en fait qu'une annulation de son inflation... Ensuite, le gouvernement a discrètement changé les modalités de calcul de la prime d'activité pour les travailleurs modestes. Au final, la hausse de cette prime tant promise ne sera que de ... 8 euros par mois en moyenne. Enfin, cette "reprise" du pouvoir d'achat ne concerne pas tout le monde: "à l'horizon, 2020, 79 % des ménages comptant au moins un retraité seront perdants" confie l'Opinion. Et l'an prochain, la mise en place du prélèvement à la source provoquera un choc dans les chaumières peu habituées à la mensualisation de leur impôt sur le revenu.  

"Je ne me suis pas engagé sur le pouvoir d'achat" justifie le président des riches.

On avait compris.

"Des péripéties", commente Macron. L'homme perd les pieds. Il a réembauché Bruno Roger-Petit, son ancien conseiller en communication dégagé au cours de l'été, avec le titre aussi ronflant qu'inutile de "conseiller mémoire".

Jupiter a donc besoin d'un conseiller pour sa mémoire, ou bien pour ses mémoires et espérer laisser une trace autre que son indifférence aux noyades des migrants en Méditerranée et ses cadeaux fiscaux pour les plus riches du pays.

Dans son hommage à la Constitution d'un régime fatigué, Macron rate l'essentiel.

A Colombey-les-deux-Eglises, il caricature les partisans d'un changement de Constitution: "Ceux qui veulent la VIe République n’aiment pas l’État"... fichtre ! Rien que ça ! Des ennemis de l'Etat ?


Pas un mot sur les dérives présidentielles, bien au contraire: "le chef de l’Etat occupe une place et dispose de prérogatives puissantes sans pour autant que s’instaure un régime présidentiel" commente-il devant les membres du Conseil constitutionnel. Macron nie le caractère monarchique du régime, plus monarchique et potentiellement,nt autocratique que ceux des Etats-Unis, du Royaume Uni ou de l'Allemagne. Féru d'Histoire, Macron n'a sans doute pas lu "le Coup d'Etat permanent" où François Mitterrand détaille et dézingue les travers de cette constitution dont plus tard, 14 années durant, il s’accommoda fort bien.

Peu de commentaire non plus sur l'abstention. Elle est croissante, et elle a pourtant atteint un niveau record lors des élections présidentielles et législatives de 2017. Quiconque ne voit pas que le désintérêt des Français pour leurs institutions les plus essentielles est un danger est bien aveugle, ou hypocrite. Macron évoque le point: "ce lien de confiance entre les électeurs et les élus s’est étiolé d’année en année, les chiffres de la participation électorale l’attestent." Les correctifs qu'il entend apporté sont connus, et insuffisants: une (micro)dose de proportionnelle, et le non-cumul des mandats. C'est tout. Macron ose ensuite arguer que la réduction des moyens, des délais et du nombre de parlementaires permettra d'améliorer le travail législatif.

Lors de ce discours, Jupiter défend sa mainmise sur la justice. Avec cette novlangue habituelle, il explique que "la justice doit être indépendante mais elle ne saurait être hors de tout". Lui-même vient personnellement de choisir le remplaçant de l'un des plus importants procureurs du pays: "A ce titre, n'en déplaise à des esprits chagrins ou mauvais lecteurs de notre Constitution actuelle comme je l'espère de celle à venir, son lien avec le pouvoir exécutif même assorti de robustes garanties ne saurait être totalement rompu."

La Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) désavoue Jupiter sur ce sujet. Dans un rapport de 300 pages, la CEPEJ fustige l'absence d'indépendance du parquet, une anomalie française en Europe. Le nombre de procureurs y est déjà trop faible (2,8 pour 100.000 habitants), et ces derniers sont inévitablement surchargés par le grand nombre de procédures qu’ils reçoivent (7,45 pour 100 habitants): un parquet aux ordres du président, et surchargé pour accomplir ses missions, voilà le terrible constat.


Le discours est plat et ennuyeux. Quelques heures avant, dans les rues de Colombey-les-Deux Eglises, Jupiter dérape, encore "La seule chose qu'on n'a pas le droit de faire, c'est de se plaindre" Emmanuel Macron fait la leçon à quelques retraités, en visite à  pour l'anniversaire de la Vème République. La séquence passe mal. Macron ne sait s'empêcher de donner des leçons "au peuple", à ces "Gaulois réfractaires". Jeunes, vieux, ouvriers, collégiens, retraités, chômeurs ou infirmières, Jupiter sermonne, encore et toujours.

L'accumulation de ces signaux faibles - sur l'échec de sa politique économique, le déséquilibre de sa politique sociale, le manque de séparations des pouvoirs, l'incompétence élyséenne, et la crise d'autorité du jeune monarque en crise d'autorité - donne l'impression que la macronista vit dans un monde parallèle.





Ami(e) macroniste, où es-tu ?