22 décembre 2018

607ème semaine politique: Macron a enfin peur.

 

 

La veille de Noël, le jeune Monarque se fait filmer donnant des cadeaux - face caméra pour les Gilets Jaunes, en mouvement et en blaguant pour quelques enfants conviés au Palais. Voici pourtant les coulisses de ces arnaques de fin d'année. Et d'une trouille qui grandit au sommet de l'Etat.


Il se déplace par surprise. Ou en cachette. A huis clot en tout cas. Il a peur, une vraie trouille de constater lui-même la haine et la révolte que sa politique a suscité. La peur de se confronter à des manifestants récalcitrants. Macron a du lâcher un peu sur le pouvoir d'achat, et déjà l'INSEE évalue les effets positifs de ces mesures, critiquant en creux l'asphyxie économique et sociale progressive dans laquelle le macronisme idéologique a précipité le pays depuis 2017. Grâce à ces maigres 10 milliards d'euros, à peine un quart des sommes consacrées à l'inefficace CICE, l'INSEE promet un petit rebond de la croissance en début d'année 2019, rien que ça.

Il ne fait pas bon de critiquer publiquement Jupiter. Une enseignante l'a appris à ses dépends, convoquée par le rectorat à cause d'une tribune assassine après l'intervention présidentielle. Dans l'enceinte de hémicycle, les députés de tous bords, même écrasés par une majorité macroniste pléthorique et godillot, peuvent au moins faire entendre leur voix. A l'heure où l'on parle de référendum d'initiative citoyenne, il est bon de rappeler les avantages et les limites de ces travaux parlementaires.



Il y a peu, Emmanuel Macron avait justement choisi de réduire les moyens du parlement. Il appliquait le même raisonnement que pour les instances de représentation du personnel amputées de 200 000 représentants à cause des Ordonnances travail: il faut alléger la charge des député(e)s et sénateurs, réduire leur nombre pour gagner en "efficacité": "Un Parlement moins nombreux, mais renforcé dans ses moyens, c'est un Parlement qui travaille mieux" expliquait-il l'été dernier. Faire passer la suppression d'un tiers de la représentation parlementaire pour un "renforcement des moyens" est une belle tartufferie qui ne fait plus illusion. La pérennisation de l'état d'urgence dans le droit commun et, bientôt, une réforme de la justice qui promeut des algorithmes pour les litiges mineurs,  la visioconférence pour certains procès et des gardes à vue sans accord écrit d’un juge, ajouté à l'emprisonnement préventif de milliers de manifestants tout au long du mois de décembre transforme peu à peu la République en un régime autoritaire.

La réforme constitutionnelle a été repoussée aux calendes grecques quand la France, y compris politique, a découvert les barbouzeries surréalistes d'Alexandre Benalla et Vincent Crase à l'Elysée (Au passage, le second énergumène qui molestait aussi des manifestants avec un brassard de police avait une société de surveillance rémunérée 300 000 euros, selon Mediapart, par un oligarque russe proche de Vladimir Poutine en juin dernier, alors qu'il officiait encore à La République en Marche et à l'Elysée). Dans cette réforme, donc, Macron affaiblissait encore davantage la représentation démocratique en supprimant 308 élus, pour l'essentiel des députés (qui passeraient de 577 à 385), au moment même où les mêmes élus se plaignent à juste titre de la surcharge.

Et voici que la simple revendication d'un référendum d'initiative citoyenne par des gilets jaunes, renforcée par le dépôt d'une proposition de loi de la France insoumise, suscite sarcasmes et inquiétudes: le référendum, nous explique-t-on, serait la pire des formules anti-démocratiques. Le référendum d'initiative citoyenne est-il la panacée ? Bien sûr que non. Mais qui ne comprend pas le hiatus politique dont la France souffre à nouveau depuis ses dernières élections présidentielles et législatives. En mai 2017, Emmanuel Macron l'a emporté de justesse au premier tour. C'est factuel. L'écart entre les quatre candidats les mieux placés était d'un niveau historiquement faible qui a d'ailleurs légitimé les chantages au vote anti-Le Pen pour le second tour. Qui a oublié les injonctions à voter contre la Bête Immonde, les excommunications politiques des insoumis qui ont choisi de ne pas voter pour Macron au second tour de 2017 ? Leur avait-on demandé d'approuver le programme par ailleurs flou du futur président des riches ? Non bien sûr.

Pendant l'entre-deux tours, Macron s'est gardé de mettre en valeur les aspects les plus clivants de son programme, le cœur de son projet conservateur. Et pour cause... Lors des élections législatives qui ont suivi, l’abstention que d'aucuns oublient aujourd'hui a atteint 51% au premier tour puis 57% au second tour dans un scrutin majoritaire qui ne laisse par définition aucune proportionnalité à la représentation du vote. C'est une abstention inédite et record sous la Vème République. En 2012, l'abstention frôlait les 45%; en 2007, les 40%, en 2002 (premier chantage anti-Le Pen), 35% au premier tour puis 40% au second.

Cette majorité mal élue, élue par défaut et abstention n'a retenu qu'une leçon, celle qu'elle avait gagné et obtenu un blanc-seing pour appliquer l'un des programmes les plus socialement clivants que la Vème République ait connue. Funeste erreur qu'elle paye aujourd'hui. Dix-huit mois plus tard, les mêmes macronistes roulent des yeux ébahis. Cette myopie est au mieux une erreur, au pire une imposture.

Voici donc que des "gens" réclament un droit révocatoire et le recours au référendum parce qu'ils se sentent floués. Les plus bas du front macroniste braillent qu'ils auraient du voter ou qu'ils ont perdu en 2017.

Sans rire ?

En 2008, Nicolas Sarkozy avait fait voter une procédure complexe et impraticable pour faire passer son caprice d'autoriser le président à s'exprimer devant le parlement réuni en congrès. Le référendum fout la trouille. En 1969, il a coûté son poste au Grand Sauveur, le général de Gaulle. En 1992, le traité de Maastricht a été validé de justesse après une campagne qui a fait frissonner les colonnes vertébrales des Européistes "socialistes" et libéraux. En 2005, la victoire du Non au traité constitutionnel européen a sonné le glas du recours au référendum en France. Sarkozy à peine élu deux ans plus tard a fait ratifier, sans référendum, le texte honni.

Quand le mouvement des Gilets Jaunes inquiète par ses revendications si basiquement populaires - pouvoir d'achat et démocratie - la France d'en haut sort les armes des références historiques - le référendum, c'est Hitler - ou la menace - le référendum, c'est le retour de la peine de mort et la suppression du mariage homosexuel. Le point Godwin est décroché par l'estimé Jean-Claude Carrière, scénariste et écrivain, qui lâche au micro complaisant de France inter: "Dès qu’il est question d’un référendum populaire, Mussolini et Hitler ne sont pas loin."

Fichtre ! Quel joli pas de deux en l'espace de quelques mois ! En juin, on nous explique que le pouvoir doit être concentré dans ce rapport direct de l'homme providentiel et sage avec le peuple, et qu'importe les députés, les sénateurs, les élus du personnel. En décembre, on nous valorise au contraire tous les mérites de la démocratie représentative quand le peuple dit merde à son monarque.

Quelle courte vue, quelle petitesse, quelle misère. 

L'Assemblée nationale vote les "mesures d'urgence économiques et sociales" et notemment la défiscalisation partielle des heures supplémentaires, plafonnée à 5000 euros de gain annuel. Ce rétablissement d'une mesure sarkozyste emblématique sera coûteux, on sait qu'il est contreproductif pour l'embauche: la machine économique patine, asphyxiée par une consommation des ménages qui stagne. Le rythme des créations d’emploi a déjà été divisé par trois en 2018 par rapport à 2017.

A l'automne 2017, Macron a défiscalisé l'argent qui dort de quelques centaines de milliers de foyers aisés. Un an plus tard, il incite les classes populaires à "travailler plus pour gagner plus".

Cette mesure est démagogique: elle a ses limites - le gain de "pouvoir d'achat" est limité à 5000 euros -  et mensongère: elle insinue que le travail rémunère davantage si les contributions sociales sont réduites ou supprimées. Il laisse à penser que le  niveau des cotisations sociales - celles-là même qui financent assurance maladie,  retraites, assurance chômage - sont un obstacle à la  rémunération. C'est faux. Primo, les 2 ou 3 milliards d'euros que la Sécurité sociale perd en cotisations à cause de cette mesure stupide ne seront pas compensées à l'euro près par l’État. C'est donc d'abord un appauvrissement des prestations sociales à venir. Secundo, les cotisations sociales ne sont pas une charge, mais une part du salaire consacrée à des dépenses évidentes: le soin, la retraite, le chômage.

Les riches ont obtenu le plafonnement de la taxation des revenus de la rente et de la spéculation, les gens auront la défiscalisation de leurs heures supplémentaires ... à financer par une baisse des prestations sociales.

La démagogie se mesure aussi aux montants en jeu: "Dès 2019, ce gain sera, compte tenu d’un nombre moyen de 109 heures supplémentaires effectuées, de 155 €". Vous avez bien lu: l'économie de cotisations sociales  serait de 1,42 euros par heure...

Une fortune...

Les mesures "d'urgence économique et sociale" ont des angles morts: "il n’y a rien pour l’outre-mer malgré la situation à La Réunion, rien pour les jeunes malgré la mobilisation des lycéens, rien pour les chômeurs, rien pour les fonctionnaires." explique le député insoumis Adrien Quatennens à l'Assemblée. "Les riches et les grosses entreprises ne paieront pas plus d’impôts alors que c’est la revendication essentielle. En définitive, ce projet de loi est coûteux pour l’État et la sécurité sociale." Même la droite se régale, dans la bouche de Charles de Courson: "Estimez- vous juste, et même conforme au principe constitutionnel d’égalité, le fait que les trois fonctions publiques ainsi que les indépendants en soient exclus ?" Les retraites restent désindexées de l'inflation, les minima sociaux gelés à l'exception du minimum vieillesse.

Le chiffrage des cadeaux macroniste s fait tourner la tête à Bercy: 1,3 milliard d'euros pour l'annulation de la hausse de CSG sur les retraites seules inférieures à 2 000 € nets mensuels (3000 pur un couple) en 2019; 2,5 milliards d'euros pour la revalorisation anticipée de la prime d'activité, puis encore 6 milliards sur le cumul des heures sup et de la défiscalisation des éventuelles primes de fin d'année versées avant le 31 mars 2018. Au total, le chiffre tout rond de 10 milliards, magie de la comptabilité macroniste, tourne en boucle sur les plateaux télévisuels et déclenche une mini-crise qui fait sourire au sein de l’exécutif: en 2017, Macron et Philippe ont fait voter environ 30 milliards de cadeaux fiscaux supplémentaires pour les foyers aisés et les entreprises et visiblement à l'époque, personne à Bercy n'a eu ne serait-ce qu'un rôt déplaisant pour les digérer. Mais quand il s'agit de verser 80 ou 60 euros de prestations sociales supplémentaires (les 100 euros supplémentaires pour tous les SMICards n'existent, les gens. La mesure est amputée des augmentations légales et ne concernera pas 45% des SMICards, notamment des femmes, au prétexte que leur mari gagne trop.

Mercredi, les frontières du ridicule politique sont dépassées quand le premier ministre lui-même annonce la suppression de la hausse du chèque énergie, puis annule son annulation...Désastre en direct, à l'Assemblée... Benjamin Griveaux, qui a repris le rôle de porte-parole godillot et sans recul que Frédéric Lefebvre tenait en Sarkofrance, lâche la plus drôlatique des explications sur ce couac: "D'abord, une annulation et une annulation c'est moins plus moins et ça fait plus, et donc c'eut été une mauvaise décision. Et la bonne nouvelle c'est que nous ne la prenons pas."

Les 10 milliards ne suffisent pas. Malgré ce matraquage médiatique surpuissance, le mouvement des gilets jaunes reste populaire dans les sondages. Mais que veulent donc ces gens ?! Sur BFM, la journaliste Ruth Elkrief que l'on avait surpris pendant la campagne présidentielle en connivence macroniste lors d'un meeting, s'étrangle: "ce qui me frappe, c'est le scepticisme qui demeure. Dans d'autres conflits, quand 10 milliards d'euros sont mis sur la table, les gens entendent".Les Gilets Jaunes font peur. On montre le bordel, on insiste sur les "quenelles" neofascisantes que certains chantent. On raille quelques exemplaires complotistes.

Mais cette fois-ci, les "gens" n'entendent pas. La presse répète que le mouvement s'affaiblit car son thermomètre n'est que le nombre de manifestants dans les rues. 89 000 policiers, une dizaine de milliers de grenades lancées, près de 3000 arrestations préventives plus tard, certes, les manifestants sont moins nombreux.

Cette peur chez les riches et les puissants est fascinante. les Gilets Jaunes ont joué le rôle d'un révélateur presque chimique.

Macron aussi a peur. Si peur qu'il a lâché en moins d'une journée une augmentation générale des salaires aux fonctionnaires les plus dangereux pour le maintien de son ordre social, les policiers. Aucun fonctionnaire n'aura le bénéfice d'une prime de fin d'année, ni d'une augmentation de son traitement après ces quelques années de gel du point d'indice, sauf les policiers.

Le symbole est fort: quand un régime donne des gages imprévus à ses forces de l'ordre, c'est qu'il a la trouille, la vraie, la plus effroyable des trouilles.

 Macron a peur, cette "apocalypse en jaune fluo" le terrifie. Alors il surjoue les modestes. Il répond à une pétition sur le site Change.org, c'est moins dangereux que de sortir dans la rue. "C’est ça, le nouveau président de la République que l’on veut désormais nous vendre. Il a compris. Il a écouté. Il sait. Le voilà au pied de son Olympe présidentiel, nu face à la foule" résument Les Jours, décembre 2018.  Puis il tente de détailler les modalités de son grand débat national. Sarkozy en son temps s'était réfugié dans un débat, circonscrit à l'identité nationale. Ce spectacle, couteux et inutile, vise à divertir des réformes anti-démocratiques - ordonnances Travail, réforme de la Justice, réforme constitutionnelle - et éteindre les critiques.

Macron a peur, mais Macron fait aussi peur jusque dans son camp. La séquence depuis juillet et l'affaire Benalla stupéfait même ses proches soutiens. "Qu'ils viennent me chercher!!" braillait-il au chaud dans la cour protégée d'un bâtiment officiel. Personne n'a compris cette séquence. Pas plus que la vidéo faussement prise "sur le vif" où il dénonçait ces "pauvres qui coûtent un pognon de dingue." Depuis que Mimi est partie, la communication de Macron déraille. Trop jeune ? Manque de culture politique ? Aveuglé par sa classe d'adoption ? Les tentatives d'explications ne manquent pas pour justifier ce ratage intégral.

Les Gilets Jaunes ont brisé Macron.

C'est un résultat appréciable.

La suite n'est qu'une question de temps.



Ami(e) macroniste, reste là.


5 commentaires:

  1. "Ami(e) macroniste, reste là."
    oui Juan je reste là !
    Oui Juan nous les super riches nous avons eu peur quelques jours mais c'est fini
    nous savons que les classes dominantes finissent toujours par dominer!
    encore un attentat terroriste et les gilets jaunes seront complètement oubliés.. et on pourra reprendre le business
    aucun espoir pour la prise de conscience que tu espères
    la seule chose qui va être dure c'est de faire réélire Macron ....
    mais on a de la ressource !

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  2. le Figaro
    Malgré cette proximité, Nicolas Sarkozy ne revendique pas pour autant un rôle de conseiller d'Emmanuel Macron. Ni même de visiteur du soir… Il serait plutôt un «parrain», selon son épouse. «Le nouveau gouvernement et le nouveau président sont proches de mon mari, ils lui demandent des conseils comme on le fait à des parrains», avait déclaré dès novembre 2017 Carla Bruni-Sarkozy dans une interview au Corriere della Sera. «Pour Macron, c'est assez génial d'avoir un président qui a vécu des choses difficiles et avec qui il peut échanger», confie un ministre.

    Macron + Sarko c'est plus fort que Juan !!!

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  3. Quelle idée, de se féliciter de ce que Macron "ait peur" Seuls les présidents qui sont porteurs d'un vrai projet auquel ils,croient (oui, De Gaulle a eu peur en 1968) peuvent avoir peur- peur pour leur projet, pas pour leur poste! Imaginez-vous Hollande ou Sarkozy ayant peur ? Vous pourriez concéder à vos,adversaires politiques la,sincérité de leurs convictions, lorsqu' ils en ont - ce qui est le,cas.

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